EXPERT EN RADICALISATION et DERIVES
Articles les plus vus
Catégories
Partenaire
Visites

Bouleversant témoignage au procès Lelandais,

« J’ai rêvé qu’il disait Maman, viens me sauver »…

 

Le procès de Nordahl Lelandais se tient à Chambéry.
Le procès de Nordahl Lelandais se tient à Chambéry. — Marie WILLIAMS / AFP

Le bouleversant témoignage de la mère du caporal face à Lelandais

Elle s’est avancée d’un pas décidé à la barre avant de se retourner vers l’accusé pour le fixer droit dans les yeux. Et déverser élégamment toute sa peine, sa colère. La quatrième journée du procès de Nordahl Lelandais, jugé pour le meurtre du caporal Arthur Noyer devant les assises de la Savoie, a été marquée par le puissant témoignage de Cécile Noyer, la maman de la victime. Une mère venue crier sa douleur dans la plus grande dignité. Huit mois se sont écoulés entre la disparition de son fils et la découverte de son corps. « Ces 8 mois ont été un enfer », raconte-t-elle en tentant de maîtriser ses sanglots.

Affaire Arthur Noyer : « J’ai rêvé qu’il disait Maman, viens me sauver »… Le bouleversant témoignage de la mère du caporal face à Lelandais

Le frère et les parents d'Arthur Noyer à la cour d'assises de la Savoie.
Le frère et les parents d’Arthur Noyer à la cour d’assises de la Savoie. — M. Allili/ Sipa
  • Nordahl Lelandais doit être jugé jusqu’au 12 mai devant les assises de la Savoie pour le meurtre d’Arthur Noyer, en avril 2017.
  • Jeudi soir, les parents du jeune caporal ont livré de poignants témoignages, implorant l’accusé de dire la vérité.
  • La grand-mère a également lu une émouvante lettre pour rendre hommage à « son petit Arthur », dont elle embrasse la photo chaque matin.

A la cour d’assises de la Savoie,

Elle s’est avancée d’un pas décidé à la barre avant de se retourner vers l’accusé pour le fixer droit dans les yeux. Et déverser sa peine et sa colère dans la plus grande dignité. La quatrième journée du procès de Nordahl Lelandais, jugé pour le meurtre du caporal Arthur Noyer devant les assises de la Savoie, a été marquée par le puissant témoignage de Cécile Noyer, la maman de la victime.

Huit mois se sont écoulés entre la disparition de son fils et la découverte de son corps. « Ces 8 mois ont été un enfer », raconte-t-elle en tentant de maîtriser ses sanglots. Dans le box des accusés, Nordahl Lelandais la regarde mais courbe le dos. Elle l’appelle « Monsieur » puis se reprend. « Non pas Monsieur, rectifie-t-elle. Quand vous dites que vous avez passé de mauvaises nuits après avoir tué Arthur, je vais vous raconter un cauchemar. »

« Vous avez volé sa vie, vous avez volé ses dernières volontés »

Entre deux longs silences, Cécile décrit ce souvenir traumatisant : « J’ai rêvé qu’Arthur me téléphonait. Je l’entendais. Il me disait  »Maman, viens me sauver. J’ai froid, je ne sais pas où je suis ». Je me suis réveillée, j’ai regardé mon téléphone… Il n’y avait aucun appel d’Arthur. C’est terrible. Je n’ai pu me rendormir, j’ai pleuré toute la nuit. » Aujourd’hui, les proches du caporal attendent des réponses mais pas celles que l’accusé a livrées. Dans le rang des parties civiles, personne ne croit à la thèse de la mort accidentelle. « Quand on tue par accident, on a un minimum de culpabilité. Vous l’avez tué, balancé son corps dans un ravin et continué de vivre comme si de rien n’était. Le lendemain, vous êtes allé au cinéma. Le jeudi à 7h, vous aviez un rendez-vous sexuel et le soir, vous faisiez la fête en boîte de nuit », soulève encore Cécile Noyer en direction d’un Nordahl Lelandais sans réaction. Et d’enfoncer le clou : « Vous avez volé sa vie, vous avez volé ses dernières volontés. » Arthur, conscient qu’il pouvait mourir en mission, souhaitait faire don de son corps à la science avant d’être incinéré. « Même ça, vous lui avez volé », appuie la témoin.

« Tous les matins, je t’embrasse sur la photo que j’ai de toi »

Son mari a lui aussi bien du mal à parler sans pleurer. « Quand je sens poindre l’idée de faire de mon fils un bouffon… », prévient Didier Noyer sans parvenir à conclure sa phrase. L’homme a souhaité faire la paix avec la famille Lelandais. C’est lui qui est allé trouver en premier la mère de l’accusé. « Quand je vous ai entendu parler l’autre jour, je me suis dit que nos fils étaient pareils : des sportifs, des beaux garçons entourés de plein de copains. Les amis de votre fils auraient pu être ceux d’Arthur », analyse le père du caporal.

Les yeux embués, il s’adresse avec douceur à la mère et la sœur de Nordahl assises au premier rang : « Avec tout le respect que je vous dois, tous deux [nos garçons] ont commencé par le côté lumineux de la force sauf qu’il y en a qui est tombé du côté obscur, votre fils. Le mien est resté du côté lumineux. »

Comparé à Dark Vador, Lelandais ne bronche pas, comme sonné. Cécile Noyer le somme d’« assumer ses actes ». « Votre mère et votre sœur se sont excusées mais elles ne sont pas responsables. C’est vous et vous seul qui l’êtes. »

Monique, 73 ans, la grand-mère du caporal s’avance à son tour devant les jurés tenant une lettre à la main. Elle s’adresse à la cour pour évoquer la mémoire de son « petit Arthur », ce petit-fils tant aimé qui se délectait de ses « nouilles au beurre ». « Voilà quatre ans que tu es parti », soupire-t-elle. Depuis, elle a « perdu le sommeil », « les fêtes n’ont plus d’importance ». Chaque matin, elle observe le même rituel : « J’embrasse la photo que j’ai de toi », confesse-t-elle pudiquement avant de défier à son tour du regard Nordahl Lelandais. « Dites-nous la vérité », l’exhorte-t-elle d’un ton ferme. L’accusé acquiesce de la tête. Il aura une dernière occasion de le faire ce vendredi matin.