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François Bayrou favorable à une taxe sur le halal pour financer les mosquées

« Cette voie-là pour financer [les mosquées] est une voie qui mérite d’être explorée »

Une idée « maintes fois évoquée » sur un sujet « extrêmement polémique », a reconnu le patron du Modem

Francois Bayrou à Paris, le 22 septembre 2020. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

François Bayrou, président du MoDem, allié de la majorité présidentielle, s’est prononcé ce jeudi en faveur d’une taxe sur les produits halal qui pourrait permettre de financer le culte musulman.

Il était interrogé sur BFMTV et RMC sur cette idée maintes fois évoquée depuis les années 1990 visant les produits halal ou casher, mais jamais entrée en vigueur. Soulignant sa prudence face à « un sujet extrêmement polémique », il a estimé qu’« on peut réfléchir » à inscrire une telle mesure dans le projet de loi de lutte contre les séparatismes et pour la laïcité porté par le gouvernement.

Se doter de « ressources propres »

« Cette voie-là pour financer [les mosquées] est une voie qui mérite d’être explorée », car « quand on n’a pas de ressources » propres, cela permet à « des Etats étrangers de s’immiscer dans l’animation des communautés » avec « cette arme de faire des libéralités, de donner des moyens à des communautés qui n’en ont pas ». C’est pourquoi « on avait proposé il y a longtemps une contribution sur la certification, pas seulement halal mais casher aussi », a-t-il rappelé.

Le sujet est sensible : le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a créé un début de polémique en se disant « toujours choqué d’entrer dans un hypermarché » et de voir « de telles cuisines communautaires », précisant ensuite que ce qui le gênait n’était pas la vente de produits halal mais le fait qu’ils soient placés dans des « rayons spécifiques ».

Des accords avec des pays étrangers

Dans la lutte contre l’islamisme radical, l’ancien ministre a par ailleurs évoqué le sujet de l’aide internationale, plaidant pour que « la France, qui aide un très grand nombre de pays, [puisse] en contrepartie demander qu’il y ait des accords réciproques qui permettent de réaliser réellement les expulsions » d’individus étrangers radicalisés, que les pays d’origine n’ont souvent « pas envie d’accueillir ».

Il ne faut pas poser ce sujet « en termes de chantage, car la surenchère perpétuelle est très mauvaise conseillère ». Mais « il est naturel que dans les relations internationales, on puisse avoir une négociation sur les conditions de l’aide quand on aide, sur les accords réciproques notamment en matière de visas pour les étudiants, et en même temps demander qu’en contrepartie un pays assume les responsabilités qui sont les siennes à l’égard de ses ressortissants », a détaillé François Bayrou.

Le projet de loi sur les séparatismes doit être présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Après la décapitation d’un professeur, l’exécutif a annoncé qu’il pourrait être « enrichi » de mesures supplémentaires.

La terrible guerre des Grecs pour se libérer des Turcs.

 

Cinq siècles de révoltes, de guerres, de carnages entre les deux peuples

Après quatre cents ans de domination ottomane, les Grecs menèrent, au long du XIXe siècle, une longue guerre de libération nationale. Exprimée par Victor Hugo et lord Byron, la solidarité avec le peuple grec fut la grande cause du romantisme. Par Pierre Feydel

POURQUOI ON EN PARLE ?

Delacroix Eugène 1798–1863. “Scènes des massacres de Scio”, 1824. Paris, Musée du Louvre.

Erdogan sait entretenir les haines. L’islamisation de la basilique Sainte-Sophie, au cœur d’Istanbul, et celle de l’église Saint-Sauveur, dans ses faubourgs, sont autant de camouflets pour les Grecs. Un rappel de la prise de Constantinople, l’ancienne Byzance, capitale d’un empire dont la langue officielle était le grec. Des humiliations bien plus insupportables que la revendication des gisements sous-marins de pétrole ou de gaz en mer Égée par Ankara, alors qu’Athènes les estime dans ses eaux. Cinq siècles de révoltes, de guerres, de carnages entre les deux peuples semblent n’avoir jamais suffi.Le dernier massacre n’est pas si loin. Le 5 septembre 1955, à Salonique, une bombe explose au consulat turc, lieu de naissance de Mustafa Kemal Atatürk. Une provocation des services spéciaux de l’armée turque que dénonce la police grecque. En vain. Le lendemain, le quartier grec d’Istanbul est investi par des émeutiers qui pillent, violent, ou rouent de coups les Grecs et incendient les maisons et leurs commerces. Ce pogrom n’épargne ni les Arméniens, ni les juifs. On relève une cinquantaine de morts. La communauté grecque de la cité compte alors 135 000 membres. Cinquante ans plus tard, il en reste à peine plus de 2 000.

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Victor Hugo est encore un jeune homme blond, imberbe. Il a deux passions, Adèle, une amie d’enfance, et la poésie pour laquelle il commence à être apprécié. C’est alors un royaliste convaincu. Il a à peine 20 ans lorsque se produit, en 1822, le massacre de Chio, qui bouleverse l’Europe. Quelques années plus tard, il publie les Orientales un recueil d’œuvres où les drames grecs sont évoqués : « Les Turcs sont passés là. Tout est ruine et deuil./ Chio, l’île des vins n’est plus qu’un sombre écueil. » En mer Égée, cette terre d’à peine 842 km2n’est pas très loin des côtes turques. Un endroit prospère. Les Grecs se sont révoltés contre le sultan en mars 1821. Un an plus tard, ils tentent de gagner l’île à leur cause. Les notables hésitent à s’engager.

Pour leur forcer la main, 2 000 partisans grecs débarquent. Kara-Ali, l’amiral de la flotte ottomane, organise la contre-offensive. L’accompagnent 30 000 volontaires appâtés par le butin. Les troupes grecques se retirent. Aussitôt le massacre commence. Sur un peu plus de 100 000 habitants, 25 000 sont tués, 45 000 emmenés en esclavage. Trois mois plus tard, le capitaine Constantin Kanaris lance un brûlot qui coule le vaisseau de l’amiral ottoman. Kara-Ali et 2 000 marins turcs perdent la vie dans le naufrage. Un nouveau héros grec est né. Et la vengeance, cet impératif moral balkanique, satisfaite. Mais rien n’est fini. Tout commence dans ce conflit sauvage.

« Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, je veux de la poudre et des balles. » L’enfant du poème de Victor Hugo va rallier toute l’opinion publique européenne à sa cause. Sans doute parce que les massacres ottomans révulsent l’opinion, mais aussi parce que cette rébellion est celle de la liberté des peuples, du réveil de ces nationalités qui secouent tout au long du XIXe siècle le vieux continent, jusqu’à provoquer la Première Guerre mondiale.

Les Turcs ont envahi la Grèce dès le XVe siècle. Ils n’ont pas cherché à convertir les orthodoxes. Même si les chrétiens n’ont pas tout à fait les mêmes droits que les musulmans. Ils y ont donc installé une administration qui a, au fil du temps, perdu de son efficacité, laissé des potentats locaux abuser de leur pouvoir, augmenter la pression fiscale et s’avérer incapables de garantir la sécurité. À cette déliquescence s’est ajoutée la propagation des idées de la Révolution française, qui font leur chemin dans la bourgeoisie grecque.

« LA LIBERTÉ OU LA MORT »

Officiellement, la guerre d’indépendance grecque commence le 25 mars 1821. Au monastère d’Aghia Lavra, à Kalavryta, au nord du Péloponnèse, lorsque l’archevêque orthodoxe de Patras et 5 000 paysans font fuir les cavaliers turcs venus arrêter le métropolite. Voilà l’indépendance grecque proclamée.

En réalité, les membres de la société secrète révolutionnaire l’Hétairie, d’inspiration carbonariste (du nom de cette organisation clandestine, née en Italie, libérale, républicaine et anticléricale) ont déjà provoqué des troubles sur la côte nord du Péloponnèse. En janvier 1822, à Épidaure l’indépendance est proclamée par 59 représentants des régions soulevées. Le drapeau à croix blanche et à bandes bleues et blanches est arboré ; la devise du futur État grec proclamée : Elefthería í thánatos « La liberté ou la mort ».

Les insurgés remportent quelques succès dès les premiers mois et exécutent des Turcs. À Tripolizza, en plein Péloponnèse, 12 000 musulmans sont massacrés. En riposte, des Grecs sont tués à Istanbul, à Salonique, à Smyrne et dans d’autres cités. Le patriarche de Constantinople, Grégoire V chef de l’Église orthodoxe grecque, sera pendu. Son corps est exposé trois jours, puis livré à la foule. La guerre d’indépendance prend aussi des allures de guerre sainte.La réaction ottomane ne s’est pas fait attendre. Les troupes du sultan Mahmoud IIréoccupent le nord de la péninsule. Ce qui n’empêche pas les rebelles de poursuivre leurs opérations, d’où le drame de Chio.

La férocité de la répression turque révulse. La Grande-Bretagne menace de rompre ses relations diplomatiques avec la Sublime Porte. En Russie, le prince Golitsyne réunit des fonds pour aider les victimes, racheter des esclaves. En 1824, le roi Charles X achète pour le Louvre la toile d’Eugène Delacroix Scènes des massacres de Scio. Et le mouvement philhellène de soutien aux Grecs se propage à travers toute l’Europe. On y retrouve des libéraux qui seront en France sur les barricades de 1830 et plus tard animeront en Europe les révolutions de 1848. Mais aussi des chrétiens solidaires des orthodoxes martyrisés, d’anciens soldats de Napoléon qui veulent prendre leur part aux luttes pour la liberté, des intellectuels, des artistes, des figures du romantisme.

 

CIVILISATION CONTRE BARBARIE

Pour autant, les puissances ne veulent pas bouger. Après la chute de Napoléon, la Sainte-Alliance et ses congrès ont gelé les frontières des États européens et la nature de leur régime. Le but est simple : empêcher toute guerre, mais aussi toute révolution. Le prince Metternich, gendarme de l’Europe, est très attaché à cette chape de plomb qui écrase la liberté des peuples. Avec un stupéfiant mépris, le chancelier de l’Empire austro-hongrois lance un jour : « Les Turcs sont de fort bonnes gens. Ils égorgent les Grecs. Les Grecs leur coupent la tête. La révolution grecque est une question hors de civilisation. Que cela se passe là-bas ou à Saint-Domingue, c’est la même chose. » Mais ce que n’a pas prévu l’éminent diplomate, c’est que l’ampleur des tueries ottomanes créée une violente émotion qui va servir de catalyseur. Les comités philhellènes jaillissent partout en Europe.

Ce sont d’abord des comités suisses et allemands qui donnent le ton. Puis le centre de gravité du philhellénisme gagne Londres, Paris. Les amis des Grecs s’organisent partout, aux Pays-Bas, en Italie, en Scandinavie, en Prusse. Le choix est simple : la civilisation contre la barbarie. D’ailleurs, la Grèce n’est-elle pas le creuset de la culture européenne. Chateaubriand s’indigne : « Notre siècle verra-t-il des hordes de sauvages étouffer la renaissance d’un peuple qui a civilisé la terre… » Shelley, un des plus grands poètes britanniques, insiste : « Nous sommes tous des Grecs. Nos lois, notre littérature, notre religion, nos arts prennent tous leurs racines en Grèce. »

Donc, c’est dit, au nom d’une forme de gratitude civilisationnelle, l’Europe, l’Occident, la chrétienté n’a pas un droit mais un devoir d’ingérence en Grèce. Le colonel Baleste, d’origine corse, débarque en Crète. Il forme une unité sur le modèle européen, le Tacticon. Une quarantaine d’officiers italiens des guerres napoléoniennes encadrent la nouvelle formation. Lorsque Baleste est tué, c’est le piémontais Tarella qui le remplace. Un Wurtembourgeois, le général comte Karl von Normann-Ehrenfels rejoint à Péta, en Épire, le Tacticon et des volontaires philhellènes qui forment le carré pour résister aux Turcs. Ils sont finalement vaincus, leurs bataillons massacrés. Mais la gloire est acquise.

Le colonel Charles Nicolas Fabvier un artilleur de Napoléon, flanqué du chef d’escadron Auguste Regnaud de Saint-Jean d’Angély, hussard et ex-ordonnance de l’Empereur qui finira maréchal de France, réorganise le Tacticon. Le capitaine d’artillerie Pauzé met sur pied une école centrale militaire. Arrivent plus tard un afflux de volontaires allemands et suisses sous les ordres d’un général bavarois, Carl Wilhelm von Heideck. Les bataillons philhellènes compteront jusqu’à 4 000 hommes. Ils vont s’illustrer lors de la prise d’Athènes par les Turcs en sauvant la garnison de l’Acropole.

Depuis 1824, les affaires des insurgés grecs vont assez mal. Le sultan a reçu l’aide de son vassal, le pacha d’Égypte Méhémet-Ali, qui lui envoie Ibrahim Pacha, son fils. Ce dernier envahit la Morée avec une armée équipée et entraînée qui ravage le pays. En 1826, il met le siège devant Missolonghi, un endroit stratégique à l’entrée du golfe de Corinthe. La ville a déjà été plusieurs fois assiégée par les Turcs, jusque-là repoussés.

Un personnage flamboyant y a débarqué le 5 janvier 1824 : George Gordon Byron, sixième baron Byron de Rochdale, une véritable star du romantisme. Un poète exalté, mais aussi un personnage sulfureux. Ce « libertin effronté », comme il se qualifie lui-même, est aussi un ardent partisan de la liberté. Lorsqu’il débarque en uniforme rouge dans Missolonghi, il est accueilli avec chaleur par Aléxandros Mavrokordátos une des grandes figures de l’indépendance grecque et qui sera plusieurs fois Premier ministre de son pays libéré. Byron ouvre sa bourse, paie des soldes, tente de créer et d’armer une troupe. Saisi par les fièvres de cette ville marécageuse, il meurt le 19 avril 1824. Pour les Grecs, il est quasiment mort au combat. Le voilà en tout cas honoré comme un héros de l’indépendance. L’Europe romantique est en deuil.

 

INTERVENTIONS EUROPÉENNES

Ibrahim Pacha finira deux ans plus tard par s’emparer de ce symbole de l’héroïsme grec. Cernés, affamés, épuisés, les derniers défenseurs de la cité tentent une ultime sortie. Trois colonnes se jettent sur les Turcs. En première ligne, 2 000 combattants, derrière eux, 5 000 vieillards, femmes et enfants, armés eux aussi. Les Turcs les massacrent, mais 1 800 d’entre eux parviennent à s’échapper. Lorsque les Ottomans pénètrent dans la ville, les survivants se font exploser dans leurs poudrières. Les prisonniers sont exécutés ou vendus comme esclaves. Sur les remparts, les vainqueurs disposent 3 000 têtes tranchées. Cette fois, c’est trop. L’héroïsme grec est d’autant sublimé par la fureur sanglante des Ottomans. Le philhellénisme est au comble de l’exaltation. Rossini, directeur du théâtre des Italiens, à Paris, organise un concert en hommage aux assiégés. Les étudiants se précipitent aux Tuileries pour convaincre le roi Charles X d’aider les Grecs. Eugène Delacroix connaît avec son tableau la Grèce sur les ruines de Missolonghi un triomphe. Jean-Gabriel Eynard, financier et diplomate suisse, et le roi Louis Ier de Bavière dépensent des fortunes pour racheter des femmes et des enfants de Missolonghi vendus comme esclaves en Égypte. Pouchkine plaide en Russie pour la Grèce.

Metternich a perdu. La France, la Grande-Bretagne et la Russie, par le traité de Londres, reconnaissent l’autonomie de la Grèce et décident d’intervenir. Le 20 octobre 1827, une flotte anglo-française détruit, pratiquement à l’ancre, 60 navires turcs et égyptiens dans la baie de Navarin, à l’ouest du Péloponnèse. En 1828, 15 000 soldats français sous les ordres du lieutenant général Nicolas-Joseph Maison débarquent en Grèce. Ils s’emparent de toutes les places fortes de la Morée en un mois. Les troupes régulières grecques prennent le relais. Missolonghi est repris. La même année, les soldats du tsar envahissent la Turquie et conquièrent la Géorgie. Le sultan cède. Le traité de Constantinople, le 21 juillet 1832, consacre l’indépendance grecque après dix ans d’effroyables combats. Une petite Grèce réduite au Péloponnèse et à quelques îles des Cyclades voit le jour. Et les puissances affublent le jeune état d’un roi d’origine bavaroise. Othon Ierse révèle un homme autoritaire qui refuse tout projet de Constitution. Il sera renversé en 1862. La marche des Grecs vers leur liberté sera encore longue.

Assassinat de Samuel Paty : « Des idéologues sèment et ça a poussé dans la tête de ce garçon »

La mission de tuer est supérieure à sa propre vie.

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Le collège de Conflans, deux jours après l’attentat / Samuel Boivin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid,  ancien commandant de police met l’accent sur l’influence qu’ont pu exercer ceux qui ont placé une cible sur le professeur. Du terroriste de Conflans, on sait peu de choses. Abdoullakh Anzorov, ce Tchétchène de 18 ans qui a décapité un professeur d’histoire-géographie, était inconnu des services de renseignement. Mais ses actes de barbarie, son mode opératoire, sa soif d’en découdre avec les policiers, ses messages vengeurs contre Samuel Paty, nous éclairent sur son profil psychologique. Déchiffrage avec Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid. Pendant ses dix ans au sein de l’unité d’élite, il est intervenu auprès de trois cents forcenés, et passé expert dans l’art de percer les cloisons mentales les plus étanches.

Les Tchétchènes sont plutôt sur des actions communautaires Les filières tchétchènes jugées en France en 2006 avaient des projets d’attentat en groupe. Là, c’est un désoeuvré qui a voulu incarner la nécessité de défendre idéologiquement le prophète. Il est alors sous une double emprise : sa fidélité vis-à-vis de l’islam et sa loyauté aux musulmans fondamentalistes. Les ressortissants tchétchènes, prisonniers de leur image de guerriers absolutistes, se sentent dans l’obligation d’être des combattants. On l’a vu lors de l’immense rassemblement à Dijon, ils avaient dit aux forces de l’ordre de ne pas venir.

Les plus fragiles sont dans la tranche d’âge 18-25 ans. Eux ont tout à prouver. Jeunes, ils sont protégés par le groupe. Lorsqu’arrive l’émancipation, ils sentent une obligation de se montrer à la hauteur. Même quand on est mince, pas costaud, il est difficile de se dissocier de cette ultraviolence véhiculée par toutes les filmographies, des Tchétchènes guerriers et absolutistes, n’ayant peur de rien.

Abdoullakh Anzorov s’est rendu devant le collège pour repérer sa victime, qu’il ne connaissait pas personnellement, qu’il désigne ensuite comme un « chien de l’enfer » prétendant se venger de celui « qui a osé rabaisser Mouhammad ». 

Il est fier d’être un combattant. Jusque-là, il n’était connu que pour des faits de petite délinquance. C’est en somme un suiveur qui devient leader. Et il est dans une démarche mortifère : il s’en va affronter les forces de l’ordre en leur tirant dessus avec un pistolet d’Airsoft. Il se jette sur eux, poignard à la main, sachant très bien qu’il va mourir. Il est dans une impasse cognitive, il n’y a pas d’autre issue que la mort. C’est un « suicide by cop » (suicide par la police, NDLR). Quand j’étais commandant et patron des négociateurs au Raid, j’ai vu plusieurs de ces individus venir affronter l’unité d’intervention, pour se faire tuer. Ils savent que tout est perdu. La mission de tuer est supérieure à sa propre vie.

Dès le départ, il était donc dans une logique kamikaze. 

Totalement. Il a tout sur lui pour aller au bout de son acte, même de quoi provoquer la police. Son arme d’Airsoft n’allait pas l’aider à tuer le professeur. L’impréparation est totale, mais la préméditation est indiscutable.

L’acte en lui-même, le fait de trancher une tête de sang-froid, à l’aide d’un couteau de 35 centimètres, paraît particulièrement barbare… et surréaliste.

Le couteau de 35 cm fait partie de l’arsenal imaginaire et fantasmatique du personnage. C’est le sabre de Saladin. Il n’avait pas besoin de ça, il faut juste un couteau tranchant pour procéder à une décollation. Peut-être s’est-il motivé en allant voir des vidéos de décapitation de Daesh qui abondent sur le Dark Net. Ce mode opératoire est le meilleur moyen d’effrayer le monde. Quelle image laisse-t-il ? Celle d’un acte horrible, celle de la justice de l’Etat islamique dans son califat, d’une justice moyen-âgeuse. On tranche la tête, on sort l’âme du corps : pour arriver à une telle transgression des freins moraux, il faut déshumaniser sa cible. Dès lors que l’Autre n’est plus humain, il est permis de faire n’importe quoi.

Nous, nous avons des freins moraux, mais ce garçon se dit qu’il ne sera pas jugé par la justice des hommes, mais divine. Seul Dieu lui dira si ce qu’il a fait est bien ou non. Dès lors qu’il prépare son acte, il n’appartient plus à la communauté des hommes, c’est fini.

Comment peut-il en arriver à une telle déconnexion ?

Il a suffi que des mentors, des gens malins lui laissent entendre : « Si tu veux faire, fais ». Ces idéologues, qui se sentent une nécessité de faire du prosélytisme partout, sèment. Et à un moment donné, cela pousse quelque part. Là, ça a poussé dans la tête de ce garçon.

Car le passage à l’acte seul, isolé, décorrélé de tout contact, est rare. Deux facteurs sont aggravants pour le fonctionnement psychique. Le premier, c’est la famille, qui peut tellement se révolter face à une offense faite à Dieu, que l’enfant se sent obligé d’incarner celui qui va rétablir l’ordre. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas ici. Le second, ce sont les relais immédiats, communautaires ou relationnels, pas nécessairement tchétchènes. Des islamistes influents qui, en tant que mentors, créent une obligation morale à ceux qui les écoutent. Là il est possible que ce garçon ait été révolté par ce qu’on lui racontait, des choses inexactes, partielles…

En toute vraisemblance, Anzorov, qui utilisait Twitter, a en effet visionné des vidéos relayées en ligne, qui ont popularisé la polémique liée à la diffusion des caricatures du prophète, au collège de Bois-d’Aulne. Celle du parent d’élève Brahim C., suivie de celles du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui parle d’un professeur « voyou » dont il réclame la « suspension immédiate » parce qu’il aurait « agressé, humilié devant leurs camarades » des « enfants de 12-13 ans, musulmans »… 

Il a pu se radicaliser tout seul par le visionnage de ces vidéos — celles-ci et d’autres — mais indiscutablement, cette polémique, lancée par Sefrioui, a forcément eu un impact. A partir du moment où on un mentor se positionne, qu’il paraît sincère, l’offense se partage émotionnellement.

Pour certains membres de communautés étrangères, qui ne sont pas dans les repères de la communauté nationale classique, offenser Dieu paraît inepte, incompréhensible. Le logiciel est binaire : gentils d’un côté, méchants de l’autre. Il y a les respectueux et les offenseurs, ce qui permet de donner du sens à cette situation. Dans leur concept moral, la laïcité n’existe pas…

La laïcité, un outil contre les religions en France ?

C’est le thème du septième épisode de la série « La Casa del Hikma ».

La laïcité, tout le monde en parle. Et vous qu’en savez-vous ? C’est le thème du septième épisode de la série « La Casa del Hikma ».

Vidéo – La Casa del Hikma : la laïcité, un outil contre les religions en France ?
 
La laïcité est régulièrement l’objet – et, à bien d’occasions, un prétexte – de débats houleux et à des polémiques ces dernières années en France.

Ces débats, qui viennent agiter l’actualité, naissent parfois d’incompréhensions mais aussi, beaucoup, d’une instrumentalisation à des fins politiques ou idéologiques de ce qu’est la laïcité dans ses fondements ; débats qui, à leur tour et dès lors qu’ils ne sont pas entourés de sérénité, appuient des idées reçues au sein de la société. Celles opposant laïcité, religions et liberté religieuse sont parmi les plus tenaces.

La laïcité est-elle une arme contre les religions de nos jours ? Est-ce un principe qui érige l’athéisme comme « la » bonne religion en France ? 

La laïcité empêche-t-elle la liberté de culte ? Est-elle un outil agissant contre la visibilité religieuse ? Faut-il garder sa foi en privé, ne pas l’exposer dans l’espace public, pour être une personne respectueuse de la laïcité ?

C’est autour du tryptique républicain – Liberté, Égalité, Fraternité – que doit s’articuler la laïcité dans sa pratique, plaide Jean-Louis Bianco. « Parce qu’être laïque, ça veut dire qu’on a des convictions et qu’on respecte celles des autres », note le président de l’Observatoire de la laïcité.

 


Le communautarisme a-t-il été minimisé ?

Le texte de J-P Obin, inspecteur général de l’Éducation nationale,était resté lettre morte. 

Les atteintes à la laïcité sont assez courantes au sein des établissements scolaires. 935 cas ont été répertoriés en sept mois à peine. Cette montée du communautarisme a-t-elle été minimisée ?

L’assassinat du professeur Samuel Paty remet au cœur du débat la question : la montée du communautarisme a-t-elle été minimisée ? Jean-Pierre Obin, un ancien inspecteur général de l’Éducation nationale, avait remis en 2004 un rapport dans lequel il faisait état de « contestations au nom de la religion » dans certains établissements. À l’époque, le texte était resté lettre morte. « Comme toujours quand on met la poussière sous le tapis, les choses se diffusent et progressent si on ne fait rien pour les arrêter. Les atteintes à la laïcité se sont multipliées et se sont étendues », affirme-t-il. Les professeurs ont-ils les outils adaptés pour faire face aux atteintes à la laïcité ?

Débattre pour convaincre

« Quand vous avez en classe une contestation, il faut être solide pour tenir. Dans les formations que je monte, j’ai des enseignants qui rencontrent des difficultés sur certains thèmes et viennent s’outiller », explique Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie et membre du Conseil des Sages de la laïcité. En théorie, la charte de la laïcité est pourtant claire. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse pour contester un enseignement. Mais pour certains professeurs, il faut autoriser le débat pour tenter de convaincre l’élève. Le 2 novembre prochain, une minute de silence sera organisée en hommage à Samuel Paty dans les établissements scolaires. Le ministère a prévenu que les élèves refusant de s’y soumettre seront sanctionnés.

 

 

LE DÉCRET CRÉMIEUX ACCORDE LA CITOYENNETÉ FRANÇAISE AUX JUIFS D’ALGÉRIE

Il est considéré comme l’une des premières grandes mesures de la IIIème République.

Il y a peut-être 1, 5, 10 ans ou encore un siècle tout juste, se produisait un événement marquant. Dans cette nouvelle rubrique intitulée « Ça s’est passé aujourd’hui », à l’image d’un éphéméride, le Crif revient sur quelques événements majeurs de l’Histoire date par date.

24 octobre 1870 : Il y a 150 ans, le décret Crémieux accorda la citoyenneté française aux 37 000 Juifs d’Algérie

Le décret numéro 136, concernant les Juifs d’Algérie, déclare la « naturalisation collective » des « israélites indigènes d’Algérie ». Celui-ci est promulgué à Tours et notamment signé par Adolphe Crémieux, ministre de la Justice et chargé des affaires algériennes, Léon Gambetta; ministre de l’Intérieur, Alexandre Glais-Bizoin et Léon Fourichon, députés. 

Le décret n°136 n’est en réalité qu’un des nombreux décrets de Crémieux, mais il est considéré comme l’une des premières grandes mesures de la IIIème République. 

À l’origine de ce décret, un homme : Isaac Adolphe Crémieux, l’un des chefs du parti républicain, et le fils d’un commerçant juif de Nîmes. Ce juriste et philanthrope juif français bénéficie d’une grande réputation d’intégrité dans le pays. Adolphe Crémieux a également participé à la création de l’«Alliance israélite universelle», dont il devient par la suite le président (de 1863 jusqu’à sa mort), avec l’objectif de protéger les Juifs où qu’ils soient.

Néanmoins, ce décret établit aussi une discrimination inédite entre les juifs, élevés au rang de citoyens français, et les musulmans. Tandis que les musulmans d’Algérie sont maintenus dans le statut d’indigène, c’est le début d’une fracture douloureuse et irréductible entre les deux communautés.

Par ailleurs, en France, où toute forme d’antisémitisme avait disparu sous la Restauration monarchiste et le Second Empire, le décret entraîne paradoxalement une mise en lumière des Juifs. L’antisémitisme apparaît avec force sous la IIIe République, à la faveur du scandale de Panama, qui précèdera de peu l’affaire Dreyfus. 

Dans sa très longue histoire, une partie du peuple juif a vécu plus de deux mille ans en terre d’Afrique. Il y était présent depuis l’époque des Phéniciens, certains venant de Cyrénaïque, d’autres de Judée ou d’Espagne.

Si un certain nombre d’entre eux, lors de l’arrivée des Arabes au VIIème siècle, se convertirent à l’Islam, d’autres restèrent ce qu’ils sont encore aujourd’hui, des Juifs.

Ils ont côtoyé les Berbères, ils ont eu des moments de bonheur, de doute ou de détresse. Ils ont souvent courbé l’échine en subissant la loi du « DHIMMI », ils ont supporté avec dignité humiliations et vexations, mais ils n’ont jamais sombré.

Et la France est arrivée, leur accordant en 1870, par le décret Crémieux, la nationalité française. Ils sortirent alors de l’état de soumission dans lequel ils se trouvaient depuis des siècles, rejoignant la civilisation des libertés naissantes, la patrie des droits de l’homme.

Un autre décret fut en même temps promulgué mettant fin à l’administration militaire en Algérie : Elle devenait française, se scindait en trois départements et passait au régime civil. Ce furent des hourras dans la population européenne : le sol qu’elle cultivait lui appartenait enfin ! La France s’étendait maintenant au sud, par-delà les mers. Une joyeuse folie secoua le pays, mais les musulmans ne participèrent pas à la fête.

Rien n’était prévu pour eux. Certes, Napoléon III leur avait proposé, dans le sénatus-consulte de 1865, la nationalité française, mais il fallait qu’ils acceptent les lois françaises au lieu et place de la charia. Très peu de musulmans osèrent franchir le pas. Ils étaient considérés comme des renégats par leurs coreligionnaires.

Choqués par cette négation de leur identité, les musulmans crièrent à l’outrage,  dépossédés de leurs biens, ils n’étaient plus rien. Ils avaient également du mal à accepter que la France accorde aux juifs la nationalité française. C’était une injustice pour eux, les juifs qui vivaient là en Dhimmi, depuis des siècles, avaient soudain davantage de droits que les Arabes. C’était à n’y rien comprendre ! La révolte grondait et en 1871, les Kabyles se soulevèrent. Ils attaquèrent des villes et brûlèrent des fermes. À Palestro, ils massacrèrent trente et un colons. Le décret Crémieux n’était pas le détonateur de cette vive réaction musulmane, mais il y contribua. Leur chef, le bachaga Mokrani déclara : « Je veux bien me mettre au-dessous d’un sabre, dût-il me trancher la tête mais au-dessous d’un juif, jamais ! Jamais ! »

Les juifs eux-mêmes, implantés dans le mépris qu’on leur accordait généreusement, ne surent s’ils devaient se réjouir ou craindre de nouvelles menaces: les regards qu’ils croisaient ne laissaient présager rien de bon. Les nombreux émigrés espagnols, qui avaient hérité du même privilège, gardaient un mépris ancestral pour cette « race maudite » qui avait participé à la crucifixion de Jésus. Quant aux métropolitains de souche, affichant sans détour leur supériorité, ils n’appréciaient guère ce peuple « lâche, hypocrite et voleur ». Un journal, L’Antijuif, se vendait dans les cafés, où l’on aimait vilipender tout ce qui différait d’un Européen.

C’est au moment de l’affaire Dreyfus que tout faillit basculer. L’article «  J’accuse » de Zola dans l’aurore mit le feu aux poudres. Il y eut de violentes réactions antisémites, tant du côté des musulmans que du côté des chrétiens. Mené par Max Régis, le fils d’un immigré italien, les forces antijuives d’Alger s’organisèrent, répandant d’horribles propos et montant la foule contre les juifs : «  Ce sont des parvenus, ils profitent de nous, ils nous ruinent, ils sont menteurs. »

Et ce qui devait arriver arriva, en effet cette haine aboutit le samedi 22 janvier 1898 à des attaques dans tout le pays contre les juifs.

Les jours suivants,  la situation générale restait précaire. Même si les manifestations s’étaient calmées, la détente n’était pas revenue. Les extrémistes, omniprésents, empêchaient les passions de s’apaiser. Les propos de leur journal L’Antijuif étaient d’une violence inouïe : « Nous arroserons de leur sang l’arbre de notre liberté […] Il faut éliminer cette pourriture pour que notre patrie se glorifie. » Les difficultés de mise en valeur du pays, les mauvais rapports avec les autochtones, les méventes agricoles, l’incapacité à instaurer ici une réelle démocratie ne trouvaient qu’un seul responsable : les juifs. Dans les cafés les discussions étaient vives et les rixes fréquentes, car il se trouvait parfois quelques énergumènes pour oser défendre ces parasites, au nom de la sacro-sainte démocratie.

Malheureusement, l’histoire s’emballa et les extrémistes prirent le contrôle d’Alger. Max Régis, leur chef, fut élu maire. Leur seul objectif : l’abrogation du décret Crémieux qui avait permis aux israélites de devenir français, et leur expulsion d’Algérie.

Après la délivrance et l’espoir inouï de l’émancipation, les juifs devraient-ils à nouveau courber l’échine ? Les affaires déclinèrent, peu d’Européens pénétrant dans les boutiques juives. La vie devint difficile. Alors « la race maudite » comme il était dit tenta de s’adapter, se faisant la plus discrète possible, en attendant que Dieu veuille bien se souvenir de Son peuple.

Quatre années passèrent. Les juifs pliaient sans se sentir vaincus. Les racistes s’époumonaient, menaçant Paris de sécession si l’on ne supprimait pas le décret Crémieux, mais leurs vociférations se perdirent dans l’immensité des flots qui séparaient les deux continents. Leurs discussions stériles, leurs luttes de clans, le marasme économique persistant leur ôtèrent toute crédibilité, si bien qu’aux élections de 1902 les candidats républicains l’emportèrent sur les ultras. C’était le triomphe du bon sens ; l’antisémitisme algérien avait échoué.

Ce fut une explosion de joie dans la communauté juive. Les affaires allaient redémarrer. Ainsi malgré un climat trop souvent délétère les juifs poursuivirent leur marche vers la modernité. Ils bénéficièrent pleinement des lois de la République et leur niveau social et culturel s’éleva rapidement. Le rapprochement avec la France, où fut votée, alors, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, accentua l’éloignement des pratiques cultuelles traditionnelles. Ainsi les nouvelles générations juives, particulièrement dans les grandes villes,  reçurent une éducation religieuse de plus en plus sommaire. On ne disait plus bar-mitzva mais communion, on utilisait fréquemment le nom de Temple pour désigner la synagogue.

Un nouveau siècle était commencé et, sous le soleil d’Algérie, il était bien difficile de croire ce qu’on lisait dans les journaux de la métropole, ces effrayantes nouvelles venant du bout du monde. Qui savait où se trouvait la Russie en pleines émeutes, cette Europe centrale enneigée où l’on s’habillait de fourrure des pieds à la tête, ces montagnes où rôdaient les vampires et les elfes ? Que leur importaient ces querelles de peuples qui tuaient les archiducs ? On parlait aussi de la guerre que la France venait de déclarer à l’Allemagne, mais tout semblait si différent de l’Algérie avec ses plages, ses palmiers et cette truculence quotidienne ! Dans la carriole, les enfants, en robe blanche ou en culotte courte, riaient en chantant, les femmes, protégées d’ombrelles et vêtues de mousseline, papotaient allégrement, et les hommes, ayant depuis longtemps abandonné le vaste saroual noir pour le pantalon européen, débattaient de sujets graves. Qui aurait pu reconnaître en ces gens assurés les anciens DHIMMI, méprisés et humiliés, de l’Empire ottoman ? Qui aurait imaginé qu’ils se seraient si facilement intégrés à la civilisation occidentale, rejetant dans l’ombre les siècles troubles du Maghreb médiéval ? Ils jouissaient à s’en étourdir de cette exceptionnelle douceur de vivre sous le ciel bleu de l’Algérie française.

Lorsqu’éclata la guerre de 1914, les juifs d’Algérie, victimes des violentes campagnes antisémites menées par leurs concitoyens européens, dénigrés par les musulmans qui les avaient réduits au statut de DHIMMI durant des siècles, s’engagèrent comme un seul homme aux côtés de la France. Ils accomplirent leur devoir avec abnégation et courage, souhaitant ainsi montrer leur attachement et leur reconnaissance à leur nouvelle patrie, qui les avait libérés de la soumission et leur avait permis de sortir de l’obscurantisme. Dans cette guerre terriblement meurtrière, les juifs contribuèrent à la victoire finale de toutes leurs forces. Ils payèrent un prix du sang élevé, puisque, forte de 65000 âmes, la communauté juive d’Algérie envoya 13000 de ses fils sous les drapeaux et 2850 d’entre eux périrent.

Le temps passa, il y eut la douloureuse période de la seconde guerre mondiale où le régime de Vichy abrogea le 22 juin 1940 le décret Crémieux. Là, durant 3 années, la communauté juive d’Algérie retrouva le statut de « Juif indigène », en subissant les lois d’exclusion imposées par Pétain.

Le temps passa encore et  ce fut le déchirement. En 1962, après cinq siècles pour certains, deux mille ans pour d’autres, nous avons du quitter tous l’Algérie.

Dans la peine, la souffrance et les larmes nous avons, malgré nous, abandonné ce sol, où nos familles étaient nées, avaient appris, avaient construit leur vie.

Si certains de nos coreligionnaires n’étaient pas prêts à rompre avec cette présence multi centenaire de notre communauté en Afrique, le saccage de la grande synagogue d’Alger le 10 décembre 1960 leva les derniers doutes de ceux qui hésitaient encore. Ce jour-là une véritable marée humaine pénétra dans le lieu saint et détruisit, vola, pilla tout ce qui s’y trouvait. Un slogan revenait sans cesse: « Mort aux Juifs ». Comment rester dans de telles conditions, nous n’avions pas le choix.

À la veille de la guerre d’Algérie, la population juive était surtout présente dans les grandes villes. En 1953, 21% des médecins, 18% des dentistes, 16% des avocats et 18% des fonctionnaires sont juifs. Il y avait aussi 472 exploitants agricoles. Plus de 30% des femmes juives travaillent à cette époque. En une génération les juifs s’intégrèrent entièrement à la France et à l’Occident. En une génération, les juifs ne parlèrent plus l’arabe que leurs parents pratiquaient depuis des siècles.

À la veille de la guerre d’indépendance de l’Algérie, de par leurs origines, leur histoire, leur religion, les juifs constituaient un groupe distinct de la majorité européenne pieds-noirs avec laquelle ils partageaient cependant leur attachement à la souveraineté française.

En 1962 La parenthèse du Sirocco s’était définitivement refermée sur le Peuple du Livre.

Pour certains d’entre nous, nous sommes la dernière génération des Juifs d’Algérie à avoir connu ce pays, où se trouvent nos racines. Bientôt, peu de choses subsisteront de notre présence là-bas. Cinquante huit années plus tard, rien ne s’est effacé dans notre souvenir.