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Islam

5 – La radicalisation violente et son processus

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

5eme chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité avant la fin 2019

A près l’AVANT-PROPOS, l’INTRODUCTIONNAISSANCE DE DAESH, L’HOMME QUI A «INVENTE» LE DJIHADISME EST MORT IL Y A 50 ANS, QUI SONT-ILS, ET POURQUOI ILS DETESTENT LA FRANCE, EN PARTICULIER ?

QUI SONT-ILS, ET POURQUOI ILS DETESTENT LA FRANCE, EN PARTICULIER ?

DAESH est l’acronyme arabe signifiant : « Etat Islamique ». Terme réfuté, en fait, car il ne s’agit pas d’un état en tant que tel, mais d’un groupe, né en 2003, suite à l’intervention des américains en Irak. Le 11 septembre, les Etats Unis sont la proie d’attaques aériennes. Le Pentagone et la Maison Blanche sont visés. Les tours du World Trade Center se désagrègent. Le monde découvre, avec effroi, le terrorisme. Les troupes américaines chassent, à l’époque, Oussama Ben Laden, Al Qaïda et s’attaquent à Saddam Hussein … puis ils quittent le pays, l’Irak en décembre 2001. La genèse de la fondation de Daesh nous éclaire sur ce que l’Occident nous cache.

Les Chiites sont à la tête du pays et la minorité sunnite subit la pression. La colère gronde et des hommes exploitent cette oppression d’une partie du peuple irakien. En particulier, les officiers de l’armée irakienne fidèle à l’ancien chef d’état Saddam Hussein et tous les opposants. Dans les prisons, celui qui a pris le nom d’Abou Bakr Al Baghdadi, se radicalise. Proche des frères musulmans, il glisse vers le salafisme et la radicalisation quand il entre en contact, en prison, avec les officiers de Saddam. Il déclare, alors, la guerre aux américains et aux chiites qui l’ont enfermé et présente, allégeance à Al Qaïda, dès sa libération.

Lorsque les forces américaines quittent le territoire américain, en décembre 2011, les armées irakiennes prennent le relai et utilisent le matériel de guerre laissé par les Etats Unis. Al Qaïda est, à l’époque, rayé de la carte et Ben Laden est mort. Profitant de l’oppression que subissent les sunnites d’Irak, forts de quelques milliers de sympathisants, les fondations de l’E.I. avec 17 des 25 dignitaires rencontrés dans les prisons américaines en Irak, fondent Daesh.

La guerre sainte est lancée. La ville de Rakka, en Syrie, devient le quartier général de Daesh. Brutalement, Daesh s’est imposé à nous dans l’actualité. Aux origines, les tensions entre chiites et Sunnites (46%-54%) ces derniers persécutés (exécutés par centaines) se tournent vers Daesh qui attaquent les prisons du régime chiite irakien. La population soutient, désormais, le groupe commandé par Al Baghdadi. Cette organisation dite djihadiste, a été créée en 2006 mais ce n’est que le 29 juin 2014 qu’elle proclame le califat sur le territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie.

Les guerres, dans ces deux pays ont déstabilisé les gouvernements locaux et ont permis, à ces groupes rebelles, de se former sans être réprimés, sur un territoire de près de 7.000.000 habitants. On impute à l’E.I. des crimes de guerre, des crimes contre l’Humanité et même des génocides. Daesh est une entité bien organisée. Tous se battent pour faire régner le califat, pour conquérir les terres saintes, pour restaurer la charia, la loi islamique. Puissamment armé et doté de moyens financiers considérables, c’est une véritable troupe d’invasion que doivent contrer les forces de la coalisation internationale engagées en Syrie.

Regroupant six organisations terroristes dont la branche irakienne d’Al Qaïda, Daesh prend racine sur les restes du régime de Bagdad. Daesh veut restaurer le califat. D’abord simple branche d’Al Qaïda, cette organisation a, peu à peu, gagné son indépendance et renforcé ses positions. Cette appellation, califat, puise ses sources dans l’histoire de la domination abbasside et sous-entend une volonté de renouer avec la puissance d’un état religieux pur.

C’est une organisation politique et religieuse instituée à la mort du prophète Mohammed pour maintenir et perpétuer l’état islamique et désigner un successeur au prophète. Le califat a connu son apogée sous le règne des Abbassides entre 750 et 1258. Le pouvoir califal était chargé de protéger les territoires musulmans, de préserver la religion telle que fixée par le prophète Mohammed. Or, depuis 1258 et la prise de Bagdad par les mongols, les arabes sunnites subissent une déchéance aussi bien politique que religieuse. On parle même d’humiliation et c’est justement cette humiliation que Daesh cherche à venger en retrouvant la grandeur passée du califat. Il faut retracer les frontières et créer un Etat : « l’assise territoriale d’un Etat n’a de valeur que si elle porte une population, ce que Daesh a bien compris. Cette question, la délimitation des frontières est particulièrement délicate dans cette région.

En effet, le découpage du Proche Orient résulte des accords de Sykes-Picot, conclu secrètement par la France et la Grande Bretagne en 1916, révisés à la fin de la première guerre mondiale puis entérinés par la Société des Nations Unies, à San Remo, en 1920. Les frontières ont été décidées par les autorités occidentales. Ces frontières sont le souvenir d’une domination occidentale au début du XXe siècle et la marque des trahisons de ces puissances, qui avaient promis la reconnaissance de l’existence de la nation arabe et la création d’un état arabe. Contre ces frontières impérialistes, Daesh entend imposer sa propre conception de l’Etat, qui « récuse tout ordre politique, qui ne procède ni se fonde sur le divin. »

Prétendre à la qualité d’Etat donne la possibilité au califat de prendre en charge l’organisation politique et administrative et le droit de battre la monnaie. Le califat veut donc un état totalitaire, indépendant du reste du monde en imposant une idéologie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 – La radicalisation violente et son processus

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

4eme chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité avant la fin 2019

A près l’AVANT-PROPOS, l’INTRODUCTIONNAISSANCE DE DAESH, L’HOMME QUI A «INVENTE» LE DJIHADISME EST MORT IL Y A 50 ANS

L’HOMME QUI A «INVENTE» LE DJIHADISME EST MORT IL Y A 50 ANS

Le 29 août 1966, Sayid Qutb était exécuté par pendaison dans une prison du Caire. Il ne se doutait probablement pas que, cinquante ans plus tard, sa pensée continuerait à inspirer les groupes djihadistes du monde entier. Qutb n’était pas le premier théoricien à prôner l’islam comme programme politique. Mais pour atteindre cet objectif, il a légitimé et encouragé un usage généralisé de la violence, contre les régimes «impies» dans les pays musulmans, contre l’Occident, Israël et les Juifs, contre les musulmans qui refusent ce programme. Et, finalement, contre le monde entier.

Sayid Qutb naît le 9 octobre 1906 et grandit dans le village de Musha, au nord de l’Égypte. Très jeune, il s’intéresse à la religion tout en critiquant ses institutions. Après ses études au Caire, il devient enseignant tout en poursuivant une carrière d’écrivain et de critique littéraire. Sa pensée se radicalise lors d’un séjour aux États-Unis, entre 1948 et 1950. La mixité, la liberté dont jouissent les femmes et le matérialisme (ainsi que le jazz et les coupes de cheveux…) lui déplaisent fortement. Cette expérience le conduit à une condamnation de l’Occident « décadent », mais le bloc soviétique ne trouve pas non plus grâce à ses yeux. C’est durant cette période qu’il écrit son premier essai, De la justice sociale en islam (1949).

De retour en Égypte, Qutb se rapproche des Frères musulmans et milite activement contre la tutelle britannique. Il signe également un ouvrage ‘conspirationniste’ et violemment antisémite, Notre lutte contre les Juifs (1950). En 1952, le mouvement ‘frériste’ soutient le coup d’État qui porte au pouvoir Gamal Abdel Nasser. Cette lune de miel entre nationalistes arabes et islamistes ne dure pas : Nasser réprime les Frères musulmans et Sayid Qutb multiplie les séjours en prison, où il est torturé. C’est depuis sa cellule qu’il commence la rédaction de A l’ombre du Coran, son œuvre principale –et monumentale (trente volumes). Il est exécuté le 29 août 1966 après avoir achevé le premier tome de Jalons sur la route, une série de conseils adressés à ses disciples. Qutb a introduit plusieurs principes qui font la spécificité de la pensée djihadiste. Une vision radicale et intransigeante, qui place la violence au cœur de sa stratégie.

Qutb considère que les régimes politiques existants dans les pays musulmans, démocratiques ou non, sont illégitimes et maintiennent le peuple dans la jahilya, l’état d’ignorance. Le monde occidental joue le même rôle. Selon Qutb, pour éviter le triomphe de la jahilya, une avant-garde doit donc détruire leurs institutions par la «force physique» et le djihad. C’est ce choix qui fait la spécificité du djihadisme dans la galaxie islamiste. Les partis politiques «islamiques» envisagent la possibilité de participer aux élections pour changer le système de l’intérieur. Les salafistes «quiétistes» s’imposent des règles strictes mais refusent l’action politique. En revanche, les djihadistes veulent une insurrection violente, contre leurs dirigeants et contre l’Occident. Le théoricien introduit l’idée d’un djihad offensif à l’échelle mondiale. En islam, le concept de djihad peut prendre la forme d’une lutte armée, mais généralement sous une forme défensive, pour protéger la communauté des croyants. Pour Qutb, le djihad est offensif: par le prêche et par la lutte armée, la loi divine doit s’imposer d’abord à l’ensemble des musulmans, puis au reste du monde. Selon lui, un bon croyant est donc en guerre avec la terre entière. Qutb considère qu’un musulman qui refuserait de prendre part à ce combat est un ennemi et un apostat. Cette idée constitue le fondement du takfirisme[1]. Elle légitime notamment le recours à la violence contre les civils musulmans. Aujourd’hui, ces derniers restent les principales victimes des groupes armés djihadistes.

Après la mort de Sayyid Qutb, son frère Mohammed Qutb devient professeur d’études islamiques en Arabie saoudite. Grâce à lui, les œuvres du théoricien sont largement diffusées. Au même moment, Ayman al-Zawahiri, l’actuel leader d’Al-Qaïda, rejoint la clandestinité avec pour objectif de mettre en œuvre la pensée de Qutb. Il participe à la création du Djihad islamique égyptien, qui organisera l’assassinat du président Sadate en 1981. C’est également sous l’influence de Qutb que l’islamiste palestinien Abdallah Azzam, surnommé «l’imam du djihad», lance une fatwa appelant les musulmans à se rendre en Afghanistan pour combattre l’URSS, engagé militairement dans le pays depuis 1979. Suite à cet appel, Ayman al-Zawahiri et Oussama ben Laden se rendent sur le théâtre afghan, où ils se rencontrent.

Entre 1988 et 1992, al-Zawahiri, Ben Laden et Abdallah Azzam et d’autre leaders djihadistes créent Al-Qaïda. L’organisation terroriste se donne pour objectif de combattre l’Occident et les régimes «impies» par la violence. À partir du conflit afghan, creuset du mouvement djihadiste contemporain, cette idéologie se diffuse dans le monde entier. Du 11 septembre 2001 à l’apparition de l’organisation État islamique, ses fondamentaux ont peu changé. Sayyid Qutb a affirmé qu’une seule voie était possible, celle de la guerre totale: contre les régimes en place dans les pays musulmans, contre l’Occident et contre les musulmans qui refuseraient cet affrontement. Une vision jusqu’au-boutiste qui ne pouvait entraîner que violence et chaos[2].

[1] Les takfiris sont des extrémistes islamistes nés d’une scission des Frères musulmans et adeptes d’une idéologie ultra-violente. Le terme takfiri signifie littéralement « excommunication » ceux qui méritent la peine de mort. Les takfiris considèrent les musulmans ne partageant pas leur point de vue comme étant des apostats, ce qui les autoriserait bien légitimement à verser leur sang.

[2] Par Antoine Hasday journaliste ayant écrit vingt huit articles.

3 – La radicalisation violente et son processus

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

3eme chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité avant la fin 2019

A près l’AVANT-PROPOS, l’INTRODUCTIONNAISSANCE DE DAESH

NAISSANCE DE DAESH

Daesh est l’acronyme arabe signifiant  « Etat Islamique ». Terme réfuté, en fait, car il ne s’agit pas d’un état en tant que tel, mais d’un groupe né en 2003 suite à l’intervention des américains en Irak.

Le monde découvre, avec effroi, le terrorisme. Le 11 septembre 2001, les Etats Unis sont la proie d’attaques aériennes. Le Pentagone et la Maison Blanche sont visés. Les tours jumelles, « World Trade Center », se désagrègent. Les troupes américains chassent, à l’époque, Oussama Ben Laden, Al Qaïda et s’attaquent à Saddam Hussein … puis il quitte le pays, l’Irak, en décembre 2011. Les chiites sont à la tête du pays et la minorité sunnite subit la pression. La colère gronde et des hommes exploitent cette oppression d’une partie du peuple irakien. En particulier, les officiers de l’armée irakienne, fidèles à l’ancien chef d’état et de tous les opposants.

Dans les prisons, celui qui a pris le nom d’Abou Bakr Al-Baghdadi, se radicalise. Proche des frères musulmans, il glisse vers le salafisme et la radicalisation quand il entre en contact, en prison, avec les officiers de Saddam. Il déclare la guerre aux américains, aux chiites qui l’ont enfermé et prête allégeance à Al Qaïda dès sa sortie. Lorsque les forces américaines quittent le territoire américain, en décembre 2011, les armées irakiennes prennent le relai et utilisent le matériel de guerre laissé par les Etats Unis. Al Qaïda est, à l’époque, rayé de la carte et Ben Laden est mort. Profitant de l’oppression que subissent les sunnites d’Irak, forts de quelques milliers de sympathisants, les fondateurs de l’état islamique (E.I.) avec 17 des 25 dignitaires, rencontrés dans les prisons américaines en Irak, fondent Daesh.

La guerre sainte est lancée. La ville de Raqqa, en Syrie devient le quartier général de Daesh. Brutalement Daesh s’est imposé à nous dans l’actualité. Cette organisation, dite djihadiste[1], a été créée en 2006, mais ce n’est que le 2 juin 2014 qu’elle proclame le califat sur le territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie.

Les guerres, en Irak et en Syrie, sur un territoire de 7.000.000 d’habitants, ont déstabilisé les gouvernements locaux et ont permis à ces groupes rebelles de se former sans être réprimés. On impute à l’E.I. des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et même des génocides.

Très organisé, âgé de 45 ans, Al Baghdadi est un homme érudit et très secret. Le chef est entouré de deux bras droits, l’un pour la Syrie, l’autre pour l’Irak, anciens officiers qui prennent, ici, leur revanche. S’ils sont originaires du Moyen-Orient, une partie de l’armée est constituée d’étrangers, notamment de jeunes occidentaux, (britanniques, français, belges … ), des personnes jeunes. Les plus fragiles et les plus susceptibles d’être recrutés sont ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société dans laquelle ils vivent du fait de leur jeunesse, de leurs origines.

Nos populations souffrent probablement d’une forme de routinite aiguë, une forme de fixisme aiguë nous dit le psychanalyste français Boris Cyrulnik. Qu’est-ce que la routinite ou le fixisme aiguë ? C’est une affection de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude… Alors pourquoi ont-ils l’impression d’être tombé dans une névrose ?

Les Etats Unis estiment, aujourd’hui à 25 000 les djihadistes. Il semblerait que l’état islamique dispose suffisamment de soldats, il préfère, cependant former des étrangers puis les renvoyer dans leur pays d’origine, en cellule dormante dans le monde puis mener des opérations spéciales comme les attentats de Paris et de Nice, etc.

Daesh est une entité bien organisée. Les djihadistes se battent pour faire régner le califat, pour conquérir les terres saintes, pour instaurer la charia, la loi islamique. Puissamment armé et doté de moyens financiers considérables, c’est une véritable troupe d’invasion que doivent contrer les forces de la coalition internationale engagées en Syrie. Regroupant six organisations terroristes dont la branche irakienne d’Al-Qaïda, Daesh prend racine sur les restes du régime de Bagdad. Aux origines, les tensions entre chiites et sunnites[2], ces derniers persécutés et exécutés par centaines, se tournent vers Daesh qui attaque les prisons du régime chiite irakien. La population soutient, désormais, le groupe commandé par Al Baghdadi.

D’abord, simple branche d’Al Qaïda, Daesh a, peu à peu, gagné son indépendance et renforcé ses positions jusqu’à proclamer son califat. Cette appellation puise ses sources dans l’histoire de la domination abbasside et sous-tend une volonté de renouer avec le puissant d’un état religieux « pur ».

Le califat a été une vraie organisation politique et religieuse instituée à la mort du prophète Muhammed. Il a connu son apogée sur les règnes des abbassides entre 750 et 1258. Le pouvoir califal était chargé de protéger les territoires musulmans, de préserver la religion telle que fixée par le prophète Muhammed. Or, depuis 1258 et la prise de Bagdad par les mongols, les arabes sunnites subissent une déchéance aussi bien politique que religieuse. On parle même d’humiliation et c’est justement cette humiliation que Daesh cherche à venger en retrouvant la grandeur passée du Califat.

[1] Djihadiste : appellation non appropriée. La Racine djihad correspond à l’effort fait sur sois même.

[2] Chiites et Sunnites : 46%/54%

 

2 – La radicalisation violente et son processus

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

2eme chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité avant la fin 2019

A près l’AVANT-PROPOS, l’INTRODUCTION

INTRODUCTION

Tout au long de nos rencontres, les événements sont venus rappeler l’actualité brûlante de ce sujet. Les attentats qui ont frappé la France entre les 7 et 9 janvier derniers ont placé la lutte contre le terrorisme parmi les principales préoccupations de nos concitoyens. Depuis, les faits n’ont pas démenti cette légitime préoccupation, alimentée par le récit quasi-quotidien d’une manifestation de la radicalisation de certains individus ou des exactions commises ou inspirées par Daech.

Notre collectif poursuit ses travaux avec comme objectifs : «procéder à la prise en charge des personnes radicalisées ou en voie de radicalisation et effectuer l’étude des moyens de prévention dans les cités, les quartiers, et des école. Il s’agit aussi de permettre aux familles en difficulté de venir vers nous. Nos entretiens dans les médias et nos conférences permettent une meilleure visibilité pour les familles présentant des personnes avec des risques manifestes de réalisation d’actes terroristes. Nous sommes aussi alertés, sur de pareil cas par les différents organismes autour de la Préfecture,

Le constat fait par notre équipe est d’abord celui d’une menace très élevée, qui prend plusieurs formes. Cette menace que font peser les organisations terroristes étrangères, cible particulièrement la France. Les conflits internationaux au Moyen- Orient, mais aussi, il faut bien le dire, les difficultés pour les jeunes de percevoir les lignes directrices de notre politique française, constituent un terreau fertile pour ce phénomène. Aucune des personnes dont nous avons recueilli le témoignage n’a laissé entendre que le phénomène décroîtrait à brève échéance. Les attentats de janvier dernier ont incontestablement accéléré la réponse publique au défi que constituent ces filières et individus djihadistes. Dès le 21 janvier 2016, le Gouvernement annonçait un plan de renforcement des moyens humains et matériels et le 13 avril 2016, notre collectif entamait l’examen du projet de loi sur le renseignement, répondant ainsi aux besoins très importants exprimés par tous les membres au cours de leurs propres expériences.

Le plan de lutte contre la radicalisation, dont la France s’est dotée en 2014, doit monter en puissance et être pleinement développé à l’échelon local afin de mettre en place des suivis individualisés des personnes radicalisées. Dans cette partie, nous avons examiné également la question de la radicalisation en prison, lieu de toutes les influences : votre rapporteur, ayant une longue expérience en tant qu’aumônier pénitentiaire, considère, pour sa part, que des efforts importants doivent être consentis pour protéger les détenus les plus vulnérables, prendre en charge ceux qui sont radicalisés mais aussi isoler drastiquement les «idéologues». Il faut également s’interroger sur l’opportunité d’accentuer la lutte contre la propagande djihadiste, car depuis le début de l’année, les candidats ne semblent pas découragés de rejoindre cette organisation. De même, il faut se poser la question sur le rôle que la recherche en France doit jouer pour mieux connaître les phénomènes de radicalisation et son processus, qui peuvent être à l’œuvre. Enfin, notre collectif pense nécessaire d’encourager la réflexion universitaire sur la religion musulmane.

Tels sont les principaux axes autour desquels notre association ASPRA s’est efforcée, de façon consensuelle, de faire des propositions concrètes, soucieuse d’apporter ainsi sa pierre à la construction d’une réponse publique pertinente aux problèmes soulevés par le phénomène djihadiste. Sous l’effet de la radicalisation d’un nombre croissant d’individus, et de l’aggravation de la menace terroriste djihadiste, il est apparu nécessaire d’examiner plus avant le phénomène processus de radicalisation à l’œuvre chez un nombre croissant de personnes. L’étude des processus de radicalisation décrit des phénomènes d’emprise, d’isolement et de manipulation mentale qui existent de tout temps dans les grandes sectes religieuses. Le processus de radicalisation n’est pas toujours visible mais il se traduit souvent par une rupture rapide et un changement dans les habitudes de la personne.

Le phénomène que connaît actuellement la France est largement inédit, tant au regard de son ampleur que de sa nature. Les djihadistes quittant la France rejoignent principalement les rangs de Daech et, dans une moindre mesure, ceux de Jabhat Al-Nosra – organisation affiliée à Al- Qaïda. Traqués par l’armée irakienne reconstituée grâce à l’aide extérieure, les combattants reviennent en Occident en constituant des cellules dormantes. Une aggravation très préoccupante de la menace terroriste en France apparaît, qui aura profondément modifié les rapports et les formes de violences.

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

1er chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité avant la fin 2019

AVANT-PROPOS

Le 6 janvier 2015, à l’initiative de la Préfecture de la Savoie j’ai pu rencontrer Madame Christiane Taubira, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Il me paraît utile de la tenir, encore mieux, informée de la gravité de la situation qui sévie en France. Les annonces répétées des menaces d’attentats de l’E.I. sont là. Armé d’une expérience de 23 années auprès des détenus dans les prisons savoyardes: le Centre de Détention d’Aïton et la Maison d’Arrêt de Chambéry, avec comme bagages le diplôme d’éducateur spécialisé à la PJJ, un DESSP, une licence Science de l’Education, mon projet est de provoquer une commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes. Je les avais diagnostiqué depuis le début de l’année 2012. À l’origine de cette proposition, je souhaitais, notamment, faire toute la lumière sur les conditions du retour de Turquie de nos ressortissants impliqués dans des filières djihadistes.

Les attentats qui ont frappé la France entre les 7 et 9 janvier 2015 sont venus dramatiquement rappeler l’acuité de la menace qui pesait sur nos concitoyens. L’actualité n’a d’ailleurs jamais cessé de peser sur mes travaux avec, pour s’en tenir à notre seul territoire, l’agression de plusieurs militaires à Nice, la cyber-attaque contre TV5 Monde, l’attentat évité contre une église de Villejuif ou encore l’inquiétante comptabilité, égrenée au fil des auditions, du nombre toujours croissant de départs de Français ou résidents français vers les zones de djihad.

C’est dans ce contexte que mes craintes m’ont conduit à mobiliser un groupe et de créer une association afin d’effectuer des rencontres, travaux, conférences, dont l’objectif est de sensibiliser des personnes autour de moi. Cette association nommée ASPRA[1] a pour objet : RECHERCHES SUR LES PROCESSUS DE RADICALISATION. Elle est créée en avril 2016 et a pour objectifs : Comment agir sur ce terme « de radicalisation, mais aussi sur désembrigadement ? Comment déconnecter la personne de son adhésion à l’idéologie de DAESH ? Et comment l’encourager à entamer un travail psychologique pour comprendre pourquoi cette idéologie a fait autorité sur elle à ce moment-là de sa vie ? Près d’une cinquantaine de personnes : médecins, aumôniers, éducateurs, anthropologues, professeurs, et des déplacements en France et dans les trois pays du Maghreb, m’ont permis de prendre la mesure réelle de la menace – maximale et durable – et de la nécessité de renforcer les moyens et les prérogatives juridiques des acteurs de la lutte contre le terrorisme djihadiste et la radicalisation.

Notre pays est en guerre contre le terrorisme et contre l’expression qu’il revêt aujourd’hui : celle du fanatisme religieux et de l’extrémisme islamiste, celle qui arbore notamment le visage de l’État islamique, portant à un degré jamais égalé les risques qui pèsent sur notre pays et sur nos libertés.

Plus grave encore, malgré des alertes lancées dès 2012 sur les risques que présentent ces individus isolés, radicalisés, la mobilisation des pouvoirs publics a été trop tardive. La France a perdu plusieurs années en matière antiterroriste. Il a fallu attendre avril 2014 pour qu’un plan « anti djihad » soit lancé alors que les départs pour la Syrie s’opéraient depuis 2012. Le Gouvernement actuel a trop retardé la mise en place des vraies réformes et n’a adopté que des réponses partielles, avec des oublis considérables. Seuls les évènements tragiques de janvier 2015 ont généré quelques réponses à la hauteur du défi auquel notre pays est confronté. L’intensification actuelle de la menace renforce l’impression d’une action publique qui, faute d’anticipation, subit la pression des événements. Hélas, force est de constater que nous sommes à la remorque des événements et que nous avons une guerre de retard par rapport aux terroristes. Il est urgent de rattraper ce temps perdu.

Il nous faut ensuite rompre avec une forme de naïveté et regarder objectivement l’ampleur du phénomène auquel nous sommes confrontés : les chiffres des candidats au djihad ne cessent de croître et la France demeure l’une des cibles privilégiées. La France à sur son territoires le pourcentage de musulmans sur son territoire, le plus important de tous les pays occidentaux.

En Syrie ou en Irak, ces combattants volontaires reçoivent une formation paramilitaire et idéologique leur donnant les moyens concrets d’une action violente à leur retour dans notre pays. La réponse actuelle n’est pas à la hauteur de la menace que représentent ces individus armés, formés et déterminés. De quelques dizaines de personnes à surveiller nous sommes passés à plusieurs milliers en quinze ans ! Les moyens sont loin[2] d’avoir connu la même évolution ! L’audition des magistrats du pôle antiterroriste a démontré une situation de tension intenable, de déficit des moyens humains et matériels, tant dans les services judiciaires que dans les services enquêteurs.

Cette guerre, nous ne pourrons pas la gagner seuls. Sans une coopération européenne et internationale considérablement intensifiée, le phénomène ne fera que croître. Parallèlement, notre réponse doit intervenir à la source même des difficultés : en renforçant les moyens et la détermination de la coalition internationale à combattre Daech, notamment en Irak et en Syrie car plus les terroristes seront neutralisés sur les théâtres de guerre, moins la menace intérieure sera forte. C’est aussi en renforçant les sanctions à l’encontre des pays accueillant ou soutenant ces terroristes, notamment au plan financier ; en s’attelant également au financement des organisations terroristes, notamment en empêchant la vente du pétrole de Daech.

La Direction Centrale du Renseignement Intérieur regrette, à tort la fusion en 2008, des services concurrents de la Direction Centrale des Renseignements Généraux et de la Direction de la Surveillance du Territoire. Le rapprochement opportunément des deux services a créé une structure particulièrement efficace ; les Renseignements Généraux (RG) deviennent des Renseignements Territoriaux (RT).

[1] Association de Recherche sur le Processus de Radicalisation : ASPRA

[2] Ainsi mentionne le rapport fait au nom de la commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes.