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« La guerre culturelle est déclarée »

Je pensais que ça arriverait, mais pas aussi vite !

La Grande Déraison paraît en français ces jours-ci, mais l’édition originale dans laquelle vous recensez les méthodes par lesquelles la gauche radicale a instrumentalisé les causes des femmes, des LGBT et des minorités ethniques, a déjà un an. Bref, l’actualité a prouvé la validité de votre propos. Pressentiez-vous la vague d’hystérie collective que nous connaissons depuis quelques mois ? Entretien avec Douglas Murray, par, Jeremy Stubbs

Douglas Murray. Je pensais que ça arriverait, mais pas aussi vite ! Notre problème fondamental est ce que j’appelle la « surcompensation ». Nous pouvons tous convenir que, historiquement, les personnes LGBT, comme les femmes et les personnes de couleur, ont subi des préjugés et des discriminations. La réponse actuelle est la politique de la réaction excessive temporaire. On peut comparer ce qui nous arrive au mouvement d’un pendule. Il y a un an, j’ai eu le pressentiment que, au lieu de revenir vers un équilibre, nous allions pencher encore plus dans le sens des groupes revendicateurs – et ce n’est pas fini.

Je cite dans le livre un certain nombre de penseurs, essentiellement néo-marxistes, dont les réflexions très explicites remontent aux années 1980.

La majorité de nos concitoyens, de droite comme de gauche, approuve la proposition suivante : toute personne doit pouvoir atteindre ce que lui permettent ses compétences et son ambition, indépendamment de son sexe, de sa sexualité ou de la couleur de sa peau. Mais à gauche, on prétend que des groupes importants œuvrent à empêcher ces personnes de devenir médecins, avocats ou politiciens. La gauche prétend aussi que la droite est raciste, sexiste et homophobe, qu’elle rêve d’un monde où les femmes seraient soumises aux hommes, l’homosexualité illégale et les Noirs des citoyens de troisième classe. Il s’agit donc de compenser, et même de surcompenser, par des quotas et de la discrimination positive, notamment à l’embauche, les torts faits aux minorités. À droite, nous devons montrer que cette approche ne fera qu’exacerber les divisions et l’angoisse générale. Malheureusement, nous avons laissé s’installer l’impression que le débat oppose une gauche antiraciste et une droite raciste.

Il n’y a aucune raison pour que l’assassinat de George Floyd par un policier du Minnesota, provoque des pillages à Stockholm ou des émeutes à Bruxelles

Comment ces extrémistes sont-ils arrivés à prendre en otage nos institutions, nos médias et nos politiciens ?

En jouant sur un malaise général face aux différences ! Face aux réelles différences qui existent entre les personnes, deux attitudes sont possibles : on peut tendre à leur effacement, ou on peut les attiser. L’ambition des libéraux, c’est d’éradiquer la différence ou, du moins, de la rendre sans importance. Mais des acteurs malhonnêtes cherchent aujourd’hui à exacerber, manipuler et dénaturer les divisions. Les nouvelles féministes, bien plus que leurs prédécesseurs, attisent délibérément les tensions entre les hommes et les femmes. Même chose avec les nouveaux antiracistes. Bref, qu’il s’agisse de race ou de genre, nous sommes entourés de faux pompiers qui sont de vrais pyromanes.

Le mouvement #BLM, qu’on ne trouve ni en Afrique ni en Asie, est un produit de l’Occident libéral, du capitalisme tardif, globalisé. C’est le produit d’un monde – pour retourner contre les progressistes un de leurs mots fétiches – « privilégié ». Il y a, paradoxalement, un certain génie dans cette stratégie qui consiste à se focaliser sur des questions qui inquiètent les citoyens ordinaires. Que ce soit en France ou au Royaume-Uni, la plupart d’entre nous savent que tout dans le passé de notre nation n’est pas parfait. Et loin de nous dire, très raisonnablement, que nous ne sommes pas comptables des turpitudes de nos ancêtres, nous écoutons plutôt la voix de notre culpabilité présumée. Cela nous rend vulnérables. La gauche sait qu’elle parle à un public intimidé, prêt à endosser n’importe quelle accusation outrancière. Et elle en profite.

Ne prêtez-vous pas à ces mouvements un machiavélisme dont ils sont incapables ?

Je cite dans le livre un certain nombre de penseurs, essentiellement néomarxistes, dont les réflexions très explicites remontent aux années 1980. À cette époque, même les gauchistes les plus arriérés ont compris que la révolution ne va pas se faire sur la seule base de la lutte des classes. Certains théorisent la substitution des minorités discriminées au prolétariat. Pour Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, il fallait créer une alliance incorporant les minorités sexuelles et raciales ainsi que les femmes qui, quoique non minoritaires, sont sous-représentées dans la société(1). À leurs yeux, la classe ouvrière, raciste et sexiste, était méprisable. C’est très révélateur. La pensée « intersectionnaliste », qui domine la gauche aujourd’hui et qui met l’accent sur l’appartenance à des groupes minoritaires, ne prend pas du tout en compte la classe sociale. La raison en est que les questions socioéconomiques sont transversales par rapport aux catégories que cette pensée met au centre de sa stratégie révolutionnaire. On peut très bien appartenir à une minorité et être privilégié sur le plan social. Si la gauche prenait au sérieux la question de l’inégalité, elle s’occuperait de toutes ses manifestations, y compris celles liées à la beauté physique. Toutes les études le montrent : les gens très beaux s’en sortent beaucoup mieux dans la vie, quel que soit leur choix de carrière.

 

François Bayrou favorable à une taxe sur le halal pour financer les mosquées

« Cette voie-là pour financer [les mosquées] est une voie qui mérite d’être explorée »

Une idée « maintes fois évoquée » sur un sujet « extrêmement polémique », a reconnu le patron du Modem

Francois Bayrou à Paris, le 22 septembre 2020. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

François Bayrou, président du MoDem, allié de la majorité présidentielle, s’est prononcé ce jeudi en faveur d’une taxe sur les produits halal qui pourrait permettre de financer le culte musulman.

Il était interrogé sur BFMTV et RMC sur cette idée maintes fois évoquée depuis les années 1990 visant les produits halal ou casher, mais jamais entrée en vigueur. Soulignant sa prudence face à « un sujet extrêmement polémique », il a estimé qu’« on peut réfléchir » à inscrire une telle mesure dans le projet de loi de lutte contre les séparatismes et pour la laïcité porté par le gouvernement.

Se doter de « ressources propres »

« Cette voie-là pour financer [les mosquées] est une voie qui mérite d’être explorée », car « quand on n’a pas de ressources » propres, cela permet à « des Etats étrangers de s’immiscer dans l’animation des communautés » avec « cette arme de faire des libéralités, de donner des moyens à des communautés qui n’en ont pas ». C’est pourquoi « on avait proposé il y a longtemps une contribution sur la certification, pas seulement halal mais casher aussi », a-t-il rappelé.

Le sujet est sensible : le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a créé un début de polémique en se disant « toujours choqué d’entrer dans un hypermarché » et de voir « de telles cuisines communautaires », précisant ensuite que ce qui le gênait n’était pas la vente de produits halal mais le fait qu’ils soient placés dans des « rayons spécifiques ».

Des accords avec des pays étrangers

Dans la lutte contre l’islamisme radical, l’ancien ministre a par ailleurs évoqué le sujet de l’aide internationale, plaidant pour que « la France, qui aide un très grand nombre de pays, [puisse] en contrepartie demander qu’il y ait des accords réciproques qui permettent de réaliser réellement les expulsions » d’individus étrangers radicalisés, que les pays d’origine n’ont souvent « pas envie d’accueillir ».

Il ne faut pas poser ce sujet « en termes de chantage, car la surenchère perpétuelle est très mauvaise conseillère ». Mais « il est naturel que dans les relations internationales, on puisse avoir une négociation sur les conditions de l’aide quand on aide, sur les accords réciproques notamment en matière de visas pour les étudiants, et en même temps demander qu’en contrepartie un pays assume les responsabilités qui sont les siennes à l’égard de ses ressortissants », a détaillé François Bayrou.

Le projet de loi sur les séparatismes doit être présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Après la décapitation d’un professeur, l’exécutif a annoncé qu’il pourrait être « enrichi » de mesures supplémentaires.

Après l’effroi, la France craint que Samuel Paty soit mort pour rien

Je croyais qu’on avait décidé de nommer les choses…

L’hommage national, c’est bien. Mais la plus belle manière d’honorer la mémoire de notre courageux collègue n’est-elle pas de faire en sorte qu’il ne soit pas mort pour rien? De tirer les leçons de son assassinat pour qu’il soit le seul et non le premierUn texte d’Ingrid Riocreux, spécialiste du langage médiatique

Paris, 21 octobre 2020, hommage national à l’enseignant d’histoire décapité, Samuel Paty © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22504966_000016

Je croyais qu’on avait décidé de nommer les choses. Alors pourquoi entendons-nous encore nombre de journalistes, de professeurs et d’hommes politiques affirmer : « il faut reconnaître que dans certains quartiers, il est difficile d’abor-der certains sujets avec certains élèves ». Ce qui est certain, c’est qu’en reconnaissant cela, on ne reconnaît rien du tout.

La parole officielle, c’est-à-dire le discours dominant, et lexicalement prescriptif, porté par la sphère politico-médiatique tente de maintenir la distinction entre islam et islamisme comme entre deux communautés étanches, à tout prix. Au prix même du sang. Plus surprenant, sur les forums de discussion entre professeurs et dans les messages syndicaux, l’une des principales préoccupations semble être encore et toujours d’éviter les amalgames.

Le lendemain de l’assassinat, nous professeurs avons reçu beaucoup de messages sur notre boîte électronique professionnelle, dont la teneur pouvait faire bondir. Je cite un extrait du message de la FSU (fédération syndical unitaire) : « [la FSU] demande que chacun s’abstienne de toute instrumentalisation politique. Elle refusera toute stigmatisation des musulmans. » Or, qui sont les « certains élèves » avec qui il est difficile de traiter « certains » sujets? Sont-ce des islamistes, de dangereux extrémistes fanatiques et sanguinaires, des « barbares » comme on le dit aussi par une métaphore aussi pudique que grandiloquente? Non, bien sûr, ce sont de simples musulmans. La plupart d’entre eux ne feraient pas de mal à une mouche et n’auraient jamais tué un professeur… mais peuvent approuver son assassinat. Cette mise à mort atroce a fait exploser la frontière artificielle savamment construite par le discours officiel de la grande presse et des politiciens pusillanimes entre islam et islamisme. L’assassin n’a été que le bras armé d’une révolte lancée par des musulmans outrés qui ne s’offusquent pas tous (ou pas tous réellement) de l’issue du scandale.

Bien entendu, nous aurons droit à quelques mesurettes de circonstance dont l’inefficacité n’aura d’égale que la mousse médiatique qui les entourera. Mais comme beaucoup de mes collègues, je n’ai plus guère d’espoir que la situation s’améliore. Je la crois condamnée à empirer inexorablement. Et comment ne pas déplorer, au demeurant, la réaction de tant de professeurs qui affirment fièrement qu’ils « continueront à éveiller l’esprit critique des élèves pour en faire des citoyens libres ». Continuez, vous avez raison : cela marche si bien. Il me semble qu’on prend comme une incitation à persévérer un événement qui devrait, tout au contraire, nous inciter à changer de méthode, et vite.

Rentrant de weekend dimanche soir, mon mari et moi traversions en voiture un quartier résidentiel tranquille non loin de chez nous et sommes tombés sur la sortie du dimanche d’une classe de caté coranique. Alors que la radio relatait en édition spéciale les manifestations d’hommage à Samuel Paty, cette vision nous a laissés bien pensifs et fort inquiets. Rien d’illégal, juste un grand barbu en djellaba bleue entouré d’une nuée d’enfants, rien qui puisse justifier un signalement à la police mais tout pour engendrer une forme de malaise chez quiconque assistait à ce spectacle. Et chez nous particulièrement : parce que les enfants qui faisaient cette sortie du dimanche avec leur terrifiant catéchiste, avec ce barbu bleu qui leur a sans doute répété que « tuer un professeur est mal mais se moquer du prophète est pire », ces enfants, dans dix ans, seront élèves dans le lycée où nous enseignons tous les deux. Et nous avons eu cette vision de notre gros lycée public sans histoire, notre gros lycée sympathique et agréable parce que nos élèves ne sont pas des bourgeois arrogants pourris d’argent mais des enfants issus des classes populaires ou de familles immigrées qui croient encore en l’école, où les groupes d’amis font encore merveilleusement fi des appartenances ethniques, où la religion donne lieu à des taquineries innocentes entre élèves, entre profs et même entre profs et élèves, notre lycée, nous avons entrevu ce qu’il sera dans dix ans, gangrené par la peur, rendu triste et sombre par les élèves du grand barbu en djellaba bleue, devenus grands, devenus dangereux.

Et Samuel Paty sera mort pour rien.

Assassinat de Samuel Paty : « Des idéologues sèment et ça a poussé dans la tête de ce garçon »

La mission de tuer est supérieure à sa propre vie.

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Le collège de Conflans, deux jours après l’attentat / Samuel Boivin / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid,  ancien commandant de police met l’accent sur l’influence qu’ont pu exercer ceux qui ont placé une cible sur le professeur. Du terroriste de Conflans, on sait peu de choses. Abdoullakh Anzorov, ce Tchétchène de 18 ans qui a décapité un professeur d’histoire-géographie, était inconnu des services de renseignement. Mais ses actes de barbarie, son mode opératoire, sa soif d’en découdre avec les policiers, ses messages vengeurs contre Samuel Paty, nous éclairent sur son profil psychologique. Déchiffrage avec Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid. Pendant ses dix ans au sein de l’unité d’élite, il est intervenu auprès de trois cents forcenés, et passé expert dans l’art de percer les cloisons mentales les plus étanches.

Les Tchétchènes sont plutôt sur des actions communautaires Les filières tchétchènes jugées en France en 2006 avaient des projets d’attentat en groupe. Là, c’est un désoeuvré qui a voulu incarner la nécessité de défendre idéologiquement le prophète. Il est alors sous une double emprise : sa fidélité vis-à-vis de l’islam et sa loyauté aux musulmans fondamentalistes. Les ressortissants tchétchènes, prisonniers de leur image de guerriers absolutistes, se sentent dans l’obligation d’être des combattants. On l’a vu lors de l’immense rassemblement à Dijon, ils avaient dit aux forces de l’ordre de ne pas venir.

Les plus fragiles sont dans la tranche d’âge 18-25 ans. Eux ont tout à prouver. Jeunes, ils sont protégés par le groupe. Lorsqu’arrive l’émancipation, ils sentent une obligation de se montrer à la hauteur. Même quand on est mince, pas costaud, il est difficile de se dissocier de cette ultraviolence véhiculée par toutes les filmographies, des Tchétchènes guerriers et absolutistes, n’ayant peur de rien.

Abdoullakh Anzorov s’est rendu devant le collège pour repérer sa victime, qu’il ne connaissait pas personnellement, qu’il désigne ensuite comme un « chien de l’enfer » prétendant se venger de celui « qui a osé rabaisser Mouhammad ». 

Il est fier d’être un combattant. Jusque-là, il n’était connu que pour des faits de petite délinquance. C’est en somme un suiveur qui devient leader. Et il est dans une démarche mortifère : il s’en va affronter les forces de l’ordre en leur tirant dessus avec un pistolet d’Airsoft. Il se jette sur eux, poignard à la main, sachant très bien qu’il va mourir. Il est dans une impasse cognitive, il n’y a pas d’autre issue que la mort. C’est un « suicide by cop » (suicide par la police, NDLR). Quand j’étais commandant et patron des négociateurs au Raid, j’ai vu plusieurs de ces individus venir affronter l’unité d’intervention, pour se faire tuer. Ils savent que tout est perdu. La mission de tuer est supérieure à sa propre vie.

Dès le départ, il était donc dans une logique kamikaze. 

Totalement. Il a tout sur lui pour aller au bout de son acte, même de quoi provoquer la police. Son arme d’Airsoft n’allait pas l’aider à tuer le professeur. L’impréparation est totale, mais la préméditation est indiscutable.

L’acte en lui-même, le fait de trancher une tête de sang-froid, à l’aide d’un couteau de 35 centimètres, paraît particulièrement barbare… et surréaliste.

Le couteau de 35 cm fait partie de l’arsenal imaginaire et fantasmatique du personnage. C’est le sabre de Saladin. Il n’avait pas besoin de ça, il faut juste un couteau tranchant pour procéder à une décollation. Peut-être s’est-il motivé en allant voir des vidéos de décapitation de Daesh qui abondent sur le Dark Net. Ce mode opératoire est le meilleur moyen d’effrayer le monde. Quelle image laisse-t-il ? Celle d’un acte horrible, celle de la justice de l’Etat islamique dans son califat, d’une justice moyen-âgeuse. On tranche la tête, on sort l’âme du corps : pour arriver à une telle transgression des freins moraux, il faut déshumaniser sa cible. Dès lors que l’Autre n’est plus humain, il est permis de faire n’importe quoi.

Nous, nous avons des freins moraux, mais ce garçon se dit qu’il ne sera pas jugé par la justice des hommes, mais divine. Seul Dieu lui dira si ce qu’il a fait est bien ou non. Dès lors qu’il prépare son acte, il n’appartient plus à la communauté des hommes, c’est fini.

Comment peut-il en arriver à une telle déconnexion ?

Il a suffi que des mentors, des gens malins lui laissent entendre : « Si tu veux faire, fais ». Ces idéologues, qui se sentent une nécessité de faire du prosélytisme partout, sèment. Et à un moment donné, cela pousse quelque part. Là, ça a poussé dans la tête de ce garçon.

Car le passage à l’acte seul, isolé, décorrélé de tout contact, est rare. Deux facteurs sont aggravants pour le fonctionnement psychique. Le premier, c’est la famille, qui peut tellement se révolter face à une offense faite à Dieu, que l’enfant se sent obligé d’incarner celui qui va rétablir l’ordre. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas ici. Le second, ce sont les relais immédiats, communautaires ou relationnels, pas nécessairement tchétchènes. Des islamistes influents qui, en tant que mentors, créent une obligation morale à ceux qui les écoutent. Là il est possible que ce garçon ait été révolté par ce qu’on lui racontait, des choses inexactes, partielles…

En toute vraisemblance, Anzorov, qui utilisait Twitter, a en effet visionné des vidéos relayées en ligne, qui ont popularisé la polémique liée à la diffusion des caricatures du prophète, au collège de Bois-d’Aulne. Celle du parent d’élève Brahim C., suivie de celles du prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui parle d’un professeur « voyou » dont il réclame la « suspension immédiate » parce qu’il aurait « agressé, humilié devant leurs camarades » des « enfants de 12-13 ans, musulmans »… 

Il a pu se radicaliser tout seul par le visionnage de ces vidéos — celles-ci et d’autres — mais indiscutablement, cette polémique, lancée par Sefrioui, a forcément eu un impact. A partir du moment où on un mentor se positionne, qu’il paraît sincère, l’offense se partage émotionnellement.

Pour certains membres de communautés étrangères, qui ne sont pas dans les repères de la communauté nationale classique, offenser Dieu paraît inepte, incompréhensible. Le logiciel est binaire : gentils d’un côté, méchants de l’autre. Il y a les respectueux et les offenseurs, ce qui permet de donner du sens à cette situation. Dans leur concept moral, la laïcité n’existe pas…

La laïcité, un outil contre les religions en France ?

C’est le thème du septième épisode de la série « La Casa del Hikma ».

La laïcité, tout le monde en parle. Et vous qu’en savez-vous ? C’est le thème du septième épisode de la série « La Casa del Hikma ».

Vidéo – La Casa del Hikma : la laïcité, un outil contre les religions en France ?
 
La laïcité est régulièrement l’objet – et, à bien d’occasions, un prétexte – de débats houleux et à des polémiques ces dernières années en France.

Ces débats, qui viennent agiter l’actualité, naissent parfois d’incompréhensions mais aussi, beaucoup, d’une instrumentalisation à des fins politiques ou idéologiques de ce qu’est la laïcité dans ses fondements ; débats qui, à leur tour et dès lors qu’ils ne sont pas entourés de sérénité, appuient des idées reçues au sein de la société. Celles opposant laïcité, religions et liberté religieuse sont parmi les plus tenaces.

La laïcité est-elle une arme contre les religions de nos jours ? Est-ce un principe qui érige l’athéisme comme « la » bonne religion en France ? 

La laïcité empêche-t-elle la liberté de culte ? Est-elle un outil agissant contre la visibilité religieuse ? Faut-il garder sa foi en privé, ne pas l’exposer dans l’espace public, pour être une personne respectueuse de la laïcité ?

C’est autour du tryptique républicain – Liberté, Égalité, Fraternité – que doit s’articuler la laïcité dans sa pratique, plaide Jean-Louis Bianco. « Parce qu’être laïque, ça veut dire qu’on a des convictions et qu’on respecte celles des autres », note le président de l’Observatoire de la laïcité.

 


Face à l’ambiance de « chasse aux sorcières »,

L’Observatoire de la laïcité contre-attaque, 

Après l’annonce d’un renouvellement de la direction de l’Observatoire de la laïcité, l’instance présidée par Jean-Louis Bianco s’est défendue, vendredi 23 octobre, des attaques dont elle est la cible depuis des années. Aux côtés de l’ODL, de nombreuses organisations et personnalités, consternées, ont affiché leur soutien.

Le remplacement annoncé de Nicolas Cadène, qui occupe depuis 2013 le poste de rapporteur général à l’Observatoire de la laïcité (ODL), soulève depuis lundi 19 octobre un bouclier d’incompréhensions et de critiques. Et pour cause, cette information est tombée trois jours après l’attentat perpétrée à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. et pourrait intervenir bien avant le terme du mandat en avril 2021, ce qui serait alors vécue comme une injuste punition.
Face à l'ambiance de « chasse aux sorcières », l’Observatoire de la laïcité contre-attaque
Dans le collim-ateur de plu-sieurs membres du gouverne-ment dont la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, Nicolas Cadène se voit reprocher, selon un proche de l’ex-secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, de prôner « une laïcité d’apaisement ».

A l’ODL, « on a besoin de gens convaincus, de vrais laïques, pas de gens qui plaident pour une « laïcité d’apaisement » ou qui sont obnubilés par les dérives d’extrême droite alors que les militants islamistes piétinent tous les jours la République », rapporte ainsi Le Point de l’entourage de la ministre pour qui « il n’est plus crédible ». « Il semble plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Le fait qu’il s’affiche et discute avec le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) a achevé d’agacer en très haut lieu », est-il aussi rapporté.

De faux procès dont s’agace en haut lieu la direction de l’ODL, qui a fini par l’exprimer publiquement dans un communiqué paru vendredi 23 octobre avec, pour objet, la volonté de « rétablir la vérité »face à une « « chasse aux sorcières » partie des réseaux sociaux ».

Sa mise au point intervient quelques jours après l’annonce de Matignon d’un renouvellement de cette instance afin qu’elle soit « davantage en phase avec la stratégie de lutte contre les séparatismes ». « A l’évidence cette conception n’est pas partagée par tous et le gouvernement en tirera toutes les conclusions dans les prochains jours », a-t-on même signifié, faisant ainsi planer la menace non plus uniquement sur Nicolas Cadène mais aussi sur Jean-Louis Bianco, à la tête de l’ODL depuis 2013.

Un procès en laxisme dont l’ODL se défend

L’instance, dont les prises de position sont fort peu goûtées par ses détracteurs, en particulier dans les rangs du Printemps républicain et de ses soutiens, s’est insurgée contre la « multitude de mensonges » formulés à leur encontre et « lancés par quelques militants identitaires suite à des propos parus dans Le Point », à commencer par sa prétendue défense d’une « laïcité souple ».

L’instance « n’adjective jamais la laïcité et rappelle très strictement le droit, c’est-à-dire celui qui découle des lois laïques (loi de 1905, loi de 2004, etc.). Tous ses avis sont adoptés à l’unanimité de ses 22 membres (parlementaires de l’opposition comme de la majorité, hauts fonctionnaires, personnalités qualifiées) et ont tous été confirmés par les plus hautes juridictions », a-t-elle signifié.

L’ODL, qui avait félicité la teneur du discours d’Emmanuel Macron contre « le séparatisme islamiste »,, a rappelé qu’il est à l’origine de la circulaire « contre l’islamisme et pour la laïcité » de février 2020, de l’abrogation du délit de blasphème qui subsistait en Alsace-Moselle, ou encore de l’obligation pour les imams détachés et les aumôniers d’être formés à la laïcité.
 

Une complaisance avec le CCIF réfutée
Quant à ses supposées accointances avec le CCIF, nourries depuis 2016 lorsque l’ODL a signé la tribune « Nous sommes unis », elle rappelle que celle-ci n’émane pas d’elle et « a été signée par près de 15 000 personnes dont près de 100 personnalités » de divers horizons comme le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, l’ancien grand maître du Grand Orient, Jean-Michel Quillardet, ou encore le grand rabbin de France, Haïm Korsia, comme en témoigne ici le site. « Ces personnalités sont-elles « proches de l’islamisme » ou « proches du CCIF », qui est également signataire ? », s’interroge l’ODL, qui a été au cœur d’une vive passe d’armes à laquelle Manuel Valls s’était mêlé à l’époque.


Le dernier échange public dont Saphirnews a connaissance date du mois d’août 2020 sur Twitter et Nicolas Cadène ne faisait pas montre de complaisance envers le CCIF. Il lui opposait alors un « non » à la demande de l’association, qui appelait la France, à l’occasion du 22 août, à « reconnaitre la communauté musulmane (comme d’autres d’ailleurs) comme une des minorités vivant sur son territoire », ceci « afin de mener ce travail de prévention et de protection de l’intégrité physique des citoyens français de confession musulmane ».

« Non. L’universalisme pose le principe de l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs appartenances. Avec la laïcité, il n’y a pas une majorité convictionnelle face à des minorités. Il n’y a que des Français. Ça n’empêche en rien la lutte contre la haine à raison religieuse », avait-il alors écrit à juste titre le 25 août. Autrement, « le risque est de permettre des droits et devoirs distincts entre citoyens selon leurs appartenances propres. Ce qui s’oppose à notre système républicain ».
 
Des marques de soutiens nombreux
Depuis plusieurs jours, de nombreuses organisations et personnalités appréciant le travail mené par l’ODL sous la présidence de Jean-Louis Bianco, y compris dans les rangs de la majorité présidentielle, sont montées au créneau sur les réseaux sociaux.

Une quinzaine d’universitaires et de chercheurs ont ainsi exprimé leur plein soutien à l’instance dans une tribune à l’adresse d’Emmanuel Macron parue sur Libération mardi 20 octobre. « Dans l’adversité, alors que les angoisses légitimes des Français peuvent conduire à des confusions qui renforceraient l’adversaire, nous croyons qu’il importe de garder recul et équanimité. C’est à cette condition que l’Etat de droit républicain sera préservé dans ses principes fondamentaux de liberté, d’égalité et de fraternité », ont-ils signifié.

« Au-delà de nos différences, nous reconnaissons unanimement le travail salutaire de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène à la tête de l’ODL, tant il est considérable et palpable sur le terrain. Et il est, à notre sens, absolument indispensable que ce travail continue et soit publiquement soutenu par les pouvoirs publics contre les injustes attaques et les tentatives de déstabilisation dont il fait l’objet, en particulier venant – entre autres – de courants identitaires, comme de ceux qui se plaisent à faire de la laïcité un catalogue d’interdits, oubliant qu’elle est d’abord un système de libertés », ont-ils conclu.

Solidarité Laïque, la Ligue de l’Enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme et la Libre Pensée ont aussi apporté leur soutien à l’ODL, à son président et à son rapporteur général, rappelant que « les actions pédagogiques ont une importance capitale » pour mieux faire comprendre la laïcité, « à un moment où la laïcité est trop souvent réduite à des slogans ».

« Nous avons besoin de l’Observatoire de la laïcité dans notre travail au quotidien pour défendre et illustrer la laïcité, et cela plus que jamais quand elle est attaquée par l’obscurantisme, la bêtise et la haine, par les ennemis de la République », ont-elles plaidé.
 
Un appel à « faire bloc »… à l’eau ?
L’ODL « ne s’inscrit pas dans les polémiques des réseaux sociaux. La vraie vie, ce n’est pas Twitter ou Facebook, ce sont les 350 000 acteurs de terrain que nous avons formés, ce sont les plus de 900 déplacements de terrain que nous avons effectués partout en France. Tout cela, avec un budget moyen de 59 000 euros par an. Tout cela grâce à l’action d’une équipe permanente de seulement 7 personnes que coordonne, avec un talent reconnu de tous, le rapporteur général Nicolas Cadène », a appuyé avec vigueur l’ODL, qui déclare son refus de participer à des « « guéguerres politiciennes » d’un autre temps ».

« Le combat contre l’islamisme et contre tous les fanatismes suppose l’unité et, comme l’a dit le Président de la République, de « faire bloc » », a affirmé l’ODL. L’heure n’est malheureusement pas à la concorde. Le Premier ministre, Jean Castex, devrait recevoir prochainement Jean-Louis Bianco afin de lui faire part de la décision du gouvernement.