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Laïcité

Les enseignants confrontés à une contestation en hausse…

 …de la laïcité à l’école

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En partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’institut de sondage Ifop a réalisé une enquête publiée ce 6 janvier auprès des professeurs concernant les formes de séparatisme religieux émanant des élèves.

Sondage : les enseignants confrontés à une contestation en hausse de la laïcité à l'école

Les résultats montrent que la contestation de la laïcité, en nette hausse, est une réalité à laquelle la grande majorité des enseignants doivent désormais faire face.

Ce mercredi 6 janvier, la fondation Jean Jaurès et l’Ifop publient le premier volet d’un nouveau dispositif d’enquête, « l’Observatoire des enseignants », déclenché en réaction à l’attentat subi par le professeur Samuel Paty : en interrogeant en décembre un échantillon de 801 enseignants, il s’agissait d’obtenir des informations sur la place des contestations de la laïcité dans leur métier, leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la place de la religion dans l’enceinte scolaire. La première salve de cette étude examine donc l’ampleur et la forme des contestations de la laïcité à l’école. Le constat, dressé par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès, est clair : les résultats font « apparaître une prégnance conséquente du religieux qui s’est immiscé dans la vie professionnelle des enseignants.»

En effet, pas moins de 80% des professeurs interrogés affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses, dont 59% dans leur établissement actuel. Le phénomène, massif, est aussi en progression, puisque 53% des enseignants au collège ont déjà été l’objet de contestations, contre 46% lors d’une enquête Ifop-CNAL menée en 2018. Un enseignant sur quatre déclare même être régulièrement témoin ou victime d’incidents ayant trait à la laïcité dans son établissement. Contrairement à un préjugé, les difficultés ne sont pas rencontrées uniquement dans les écoles, collèges et lycées de banlieues populaires ; elles y sont certes plus fréquentes, de même que dans des régions comme l’Île-de-France ou le sud-est, mais les revendications religieuses se produisent sur tout le territoire national.

Les incidents liés à la laïcité sont les plus nombreux au collège, où 46% des professeurs en font état, mais le primaire n’est pas épargné (26%), le lycée (38%) encore moins. On retrouve une grande diversité d’anicroches de toutes natures, mais certaines sont plus fréquentes que d’autres, comme les incidents concernant la restauration scolaire ; les jours de classe manqués liés à l’exercice d’un culte ou à la célébration d’une fête religieuse ; les contestations d’enseignements sur la laïcité, la sexualité ou l’égalité entre filles et garçons ; les absences de jeunes filles à des cours de natation ou de sport. Au total, 53% des enseignants ont observé de la part d’élèves des formes de contestation au nom de la religion, et 59% des formes de séparatisme religieux à l’école. L’Ifop a en outre mesuré un cas particulier, celui des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, lors desquelles 19% des professeurs (et 34% de ceux qui enseignent en REP) ont constaté au moins forme de contestation ou de désapprobation : justifications des violences, refus de participer à la minute de silence, injures ou provocations… Des chiffres qui tranchent avec les seuls 793 signalements recensés par le ministère de l’Education nationale le 18 novembre dernier.

Une autocensure massive 

Face à cette montée en puissance de l’intrusion du religieux à l’école, deux questions se posent aux professeurs : doivent-ils s’autocensurer pour éviter des troubles, et doivent-ils signaler les faits lorsque ceux-ci adviennent ? Parmi les 801 enseignants interrogés par l’Ifop, 49% disent déjà s’être autocensurés dans le secondaire, un nombre en progression sensible : ils étaient seulement 36% en 2018. Par ailleurs, 22% disent s’autocensurer « de temps en temps », contre seulement 10% deux ans plus tôt. En banlieue populaire, ce sont 70% des profs qui déclarent avoir modifié le contenu de leur cours par prudence. Le signalement des incidents est largement répondu, puisque 84% des enseignants interrogés s’y sont prêtés, contre 16% n’ayant rien dit. En revanche, le signalement ne se fait quasiment jamais auprès du rectorat (5%), et pas si souvent auprès de la direction de leur établissement (56%). Une explication pourrait résider dans le manque de soutien dont estiment bénéficier les profs : près de la moitié évoque un « soutien total », 86% un « soutien partiel » au niveau de l’établissement, des chiffres qui descendent à 21% (soutien total) et 54% (soutien partiel) s’agissant du rectorat. C’est auprès de leurs collègues (73%) que les enseignants estiment avoir le plus reçu un appui sans équivoque.

Malgré ces données, l’Ifop note toutefois que le corps enseignant reste en partie divisé sur certaines questions de laïcité : ainsi, si 75% des professeurs estiment que Samuel Paty a « eu raison de faire un cours sur la liberté d’expression en s’appuyant sur des caricatures de presse », 9% pensent qu’il a eu tort, et 15% ne souhaitent pas répondre. La démarche du prof d’histoire-géo tragiquement assassiné est soutenue par les trois quarts des enseignants du public, mais seulement par les deux tiers de ceux du privé ; 40% des professeurs déclarant croire en une religion se rangent du côté des critiques ou des silencieux, de même que 35% de ceux qui enseignent dans les banlieues populaires, « peut-être plus nombreux à penser qu’il faut, à l’école, tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves » selon Iannis Roder, de la Fondation Jean Jaurès.

Jacques Julliard : "Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France"
Hans Lucas via AFP

Jacques Julliard : « Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France »

La liberté finira par triompher, par les armes de l’esprit citoyen et de la vérité. Le meurtre abominable de notre collègue Samuel Paty est pour toute la corporation des historiens, un motif de douleur, mais aussi de fierté. C’est pourquoi, afin de lui rendre hommage, je signe : Jacques Julliard, professeur d’histoire.

Le crime est tellement atroce, le rituel de la décapitation tellement barbare, que nous avons tous envie de nous persuader que nous venons d’atteindre le seuil de l’intolérable et que nous sommes, par conséquent, à un tournant, que la dynamique de l’abominable ne peut que s’inverser.

L’attentat contre la liberté d’enseigner est tellement contraire à notre tradition républicaine et à notre pacte social que, décidément, il ne sera pas toléré, et que le mouvement de l’indignation générale va inverser le sens de l’histoire.

Les paroles du président de la République sur les lieux mêmes du crime, reprenant, à travers le « ils ne passeront pas ! » l’esprit de la résistance antifasciste durant la guerre d’Espagne, font que l’on peut espérer voir enfin le gouvernement prendre des mesures à la hauteur du déni.

Je crains malheureusement que nous ne soyons vite déçus.

Renseignement, rectorats, politique... Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre
© Dessin de Pinel pour « Marianne ».
 

Renseignement, rectorats, politique… Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre

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Samuel Paty a été décapité, le 16 octobre, pour avoir fait son devoir d’enseignant. Au-delà des auteurs directs de l’attentat, son assassinat aura été rendu possible par tous ces renoncements, ces dysfonctionnements et ces couardises qui défont silencieusement notre société. Et si l’on ouvrait les yeux ?

Le mouvement est continu. Devant le collège du Bois-d’Aulne, du matin au soir, la foule défile. Des fleurs, des pleurs, un cahier d’hommages, des policiers aux aguets, des ambulances, des bénévoles de la Protection civile. Ce samedi 17 octobre au matin, une bande de barbus, qu’on n’a jamais vus dans le coin, observaient la scène de loin, pendant que des policiers en civil les photographiaient. À l’intérieur de l’établissement, une cellule d’écoute psychologique. Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), ses petits pavillons tranquilles, ses terrains de sport et ses allées ensoleillées. Dans l’une d’elles, vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire-géographie a été décapité parce qu’il avait fait son devoir. Les élèves qui ont eu Samuel Paty comme professeur ont du mal à parler : « Je ne me suis jamais autant intéressée à l’histoire qu’avec lui » se souvient une élève de troisième. Elle s’exprime lentement, lutte contre l’émotion, avec, de temps en temps, un regard pour sa mère. En 2019, en quatrième, Samuel Paty avait été son professeur principal, et elle l’avait retrouvé avec un enthousiasme que chaque cours confirmait : « Je me rappelle chaque sujet, chaque période, il savait stimuler notre intérêt. L’année dernière, c’était les Lumières. Et ce module sur la laïcité, et sur Charlie Hebdo. Ça n’avait posé aucun problème. Il nous avait bien expliqué avant que cela toucherait à la religion, et que ceux qui éventuellement seraient choqués avaient la possibilité de détourner le regard ou de sortir. Il n’a pas du tout désigné les musulmans. Ce n’était pas son genre, il ne stigmatisait personne. »

La rumeur et le fanatisme, comme un cocktail explosif, ont tué Samuel Paty. Celui qui l’a achevé s’appelle Abdoullakh Anzorov, un réfugié tchétchène tout juste sorti de l’adolescence, dont l’inouïe sauvagerie nous laisse sidérés. Âgé de 18 ans, il a été abattu par la police. Ceux qui ont précipité son lynchage se nomment Brahim C., parent d’élève menteur, et Abdelhakim Sefrioui, un prédicateur fiché pour radicalisation à caractère terroriste. Ils ont été placés en garde à vue, parmi onze personnes. « L’enquête se concentre sur la capillarité entre le tueur et le parent d’élève… Comment l’information a circulé de l’un à l’autre avec, au milieu, Sefrioui » révèle une source gouvernementale. Leur culpabilité pénale devra être déterminée ; leur responsabilité morale ne fait aucun doute. Et puis, il y a des responsabilités plus indirectes. Ces dysfonctionnements qu’on s’est habitué à taire. Ces petits riens qui, mis bout à bout, ont mené au désastre. Les défaillances du renseignement territorial, qui avait conclu dans une note du 12 octobre, à un climat « apaisé ». La couardise des rectorats. L’impuissance de la justice, des politiques, des fonctionnaires. « Pas de vague » qu’ils disaient. Toutes ces lâchetés, toutes ces erreurs, ont mené à l’horreur.

 

Le CFCM sous tension

Réconcilier l’inconciliable par nature.

 
(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

C’est la quadrature du cercle pour les musulmans. Réconcilier l’inconciliable par nature. En France les dirigeants ont du mal à comprendre que par définition l’Islam est avant tout la soumission TOTALE et EXCLUSIVE au prophète, ce qui rend impossible toute soumission à d’autres lois. C’est à ce titre que la commission Crémieux avait exclue les musulmans de la nationalité française en 1970. Cent cinquante ans plus tard nos actuels dirigeants semblent ne pas comprendre cette difficulté et rêvent encore d’un Islam de France

Conseil national des imams : Le CFCM juge « inexpliqué » le retrait de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman Mohammed Moussaoui juge « inexpliqué » le choix du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman de France a regretté ce mardi la décision selon lui « unilatérale et inexpliquée » de la grande Mosquée de Paris (GMP) de se retirer du projet de Conseil national des imams (CNI). Lundi, le recteur de la grande Mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a annoncé sa volonté « de ne plus participer aux réunions qui visent à mettre en œuvre le projet du Conseil national des imams et de geler tous les contacts avec l’ensemble de la composante islamiste du CFCM ».

Le Conseil national des imams (CNI) est un projet poussé par l’Elysée pour permettre de certifier leur formation en France, dans le cadre du projet de loi contre l’islam radical et les « séparatismes ».

Tensions autour d’un projet de charte

La grande Mosquée de Paris a notamment accusé certaines fédérations du CFCM de bloquer les négociations dans l’écriture d’une « charte des valeurs républicaines » qui devait être rendue au gouvernement début décembre.

Des « membres de la mouvance islamiste » ont fait croire « que cette charte avait pour ambition de toucher à la dignité des fidèles musulmans », a accusé Chems-Eddine Hafiz, dénonçant un « mensonge éhonté ». « Une conclusion étonnante et complètement détachée de la réalité », selon Mohammed Moussaoui, qui a assuré que « tout se déroulait normalement ».

Le CFCM dément la version du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du CFCM a affirmé dans un communiqué que « la dernière mouture de la charte a obtenu l’approbation de l’ensemble des fédérations, y compris celle de la grande Mosquée de Paris » le 15 décembre 2020 et que les différentes fédérations devaient « confirmer solennellement par écrit avant le 30 décembre 2020 leur adhésion au texte final ». Selon lui, « aucune modification » n’a été apportée au texte depuis sa validation le 15 décembre.

Mohammed Moussaoui a appelé « à installer immédiatement le Conseil national des imams et à doter ce dernier des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission », tout en assurant qu’il souhaitait que la grande Mosquée de Paris « puisse continuer à œuvrer avec ses partenaires du CFCM ».

Le CNI doit délivrer un agrément aux imams en fonction de leurs connaissances et de leur engagement à respecter un code de déontologie.

Au terme d’un mois marqué par une succession de polémiques autour de l’islam, et au lendemain de l’attentat de la mosquée de Bayonne, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé des pistes contre la radicalisation, mardi 29 octobre, et infléchi son discours sur le voile.

(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

En quoi consistent les annonces du Conseil français du culte musulman (CFCM) ?

Dans la foulée de leur rencontre, lundi 28 octobre à l’Élysée, avec le président Emmanuel Macron, qui les a exhortés à « combattre » davantage l’islamisme et le communautarisme, les responsables du culte musulman avaient promis des « annonces très fortes » pour le lendemain. La réunion exceptionnelle du conseil religieux du CFCM, mardi 29 octobre à la Grande Mosquée de Paris, en présence de tous les représentants des fédérations musulmanes, a finalement débouché sur une déclaration en dix points, au ton ferme et apparemment déterminé.

Outre l’attaque de la mosquée de Bayonne par un ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national), la veille, condamnée « avec force » par le CFCM, les deux questions à l’ordre du jour étaient le voile et la détection de la radicalisation. Concernant cette dernière, plusieurs pistes ont été évoquées : la mise en place d’un « conseil de l’ordre des imams », qui délivrerait aux imams une certification qui pourrait leur être retirée en cas de discours contraires aux lois de la République ; mais aussi une réflexion sur les signes de radicalisation religieuse, « afin de lever toute confusion avec la pratique religieuse piétiste ».

Lors d’une conférence de presse improvisée à l’extérieur de la Grande Mosquée, Anouar Kbibech, vice-président du CFCM, a énuméré ces principaux signaux de radicalisation : « Tout appel à la violence, une interprétation erronée de certains textes sacrés pour légitimer cette violence, et ne pas daigner à l’autre le droit d’avoir ses propres croyances. » Une manière pour le CFCM de prendre le contre-pied des « signes » relevés le 9 octobre par le ministre de l’intérieur : au lendemain de l’attentat de la préfecture de police, Christophe Castaner avait invité les Français à être attentifs à d’éventuels changements de comportement dans leur entourage, comme le port de la barbe ou la pratique « ostentatoire » de la prière rituelle.

Dans son communiqué, le CFCM a également proposé l’intégration de théologiennes (mourchidates) au sein du conseil religieux, ce qui serait une première, et rappelé que le port du voile est une « prescription religieuse », mais que celles qui ont décidé de s’en affranchir « ne sont pas moins musulmanes ».

Cette déclaration sur le port du voile constitue-t-elle un changement ?

En 2004, à l’occasion du vote de la loi sur l’interdiction du port des signes religieux à l’école, le CFCM avait rappelé l’obligation du port du voile pour les femmes musulmanes, tout en disant sa volonté de respecter la loi. « En ne parlant plus de “prescription obligatoire”, le CFCM marque une inflexion dans son discours sur le port du voile », observe Bernard Godard, spécialiste de l’islam et ancien fonctionnaire au ministère de l’intérieur.

Il n’est pas certain pour autant que cette inflexion du discours officiel ne change quoi que ce soit à la pratique des musulmanes de France. Tout d’abord parce que la représentativité du CFCM, dont les prochaines élections se tiendront les 10 et 17 novembre, ne cesse de s’effilocher. Ensuite parce que cette déclaration, qui intervient à peine vingt-quatre heures après le rappel à l’ordre du chef de l’État, pourrait être interprétée par certains fidèles comme une soumission des re Or à la fin d’un mois d’octobre marqué par une importante montée des tensions autour de l’islam et de sa visibilité dans l’espace public, après qu’un élu du Rassemblement national a pris à partie une femme voilée lors d’une séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté le 11 octobre. 

« Quand Jean-Michel Blanquer (le ministre de l’éducation, NDLR) dit que le voile n’est pas souhaitable, il commet une erreur d’appréciation », estime ainsi Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences-Po Lyon, qui déplore les « maladresses » répétées de certains politiques ces derniers jours. « Le personnel politique devrait s’en tenir au rappel du droit, et veiller à ce qu’il n’y ait pas de troubles à l’ordre public. Cette extension illimitée des domaines de laïcité, à l’épreuve du fait musulman, crée beaucoup de crispations.» 

Ces crispations traversent-elles l’ensemble des musulmans de France ?

Outre la polémique sur le voile qui a suivi cette sortie scolaire en Bourgogne, ce début d’automne aura été émaillé de nombreux autres épisodes explosifs, des propos tenus par Éric Zemmour lors de la Convention de la droite le 28 septembre au débat autour des « listes communautaires », à cinq mois des municipales. Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand, entre autres, demande à Emmanuel Macron de les « interdire »« parce que l’islam politique est en train de vouloir s’implanter ».

« Paradoxalement, en dénonçant le communautarisme, on le fait encore plus exister : cela avive un sentiment d’appartenance, alors que les musulmans de France n’ont pas forcément envie d’être enfermés dans une communauté », déplore le père Christian Delorme, à Lyon. Fustigeant un contexte d’« inflation verbale » et même d’« islamofolie », ce militant du dialogue islamo-chrétien constate, comme d’autres, que les musulmans se sentent « massivement » stigmatisés.

Les musulmans se sont dits inquiets face aux déclarations de certains membres du gouvernement, et représentants musulmans face aux demandes des pouvoirs publics.

« Même ceux qui d’ordinaire n’étaient pas concernés par ces affaires d’observance religieuse se sentent obligés de se liguer avec les mères de famille voilées, car on est entré dans la logique du “eux” contre “nous” », s’alarme Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France, qui n’hésite pas à parler de « situation de crise » et de « nation fracturée ».

L’islamologue rappelle toutefois que sur la question du voile, entre autres, les musulmans de France présentent des positions pouvant être « antinomiques ». C’est ce qu’a rappelé la tribune publiée récemment dans Marianne et signée par 101 musulmans, qualifiant le voile islamique de « sexiste et obscurantiste ».

Dans ce contexte, l’inquiétude des musulmans face à la stigmatisation et celle des Français face à l’islam semblent monter de manière parallèle. Le 27 octobre, Le Journal du dimanche a publié un sondage Ifop montrant qu’une grande majorité de la population souhaite une interdiction de plus en plus large des signes religieux ostensibles. Pour 78 % des sondés, le modèle français issu de la loi de 1905 est aujourd’hui « en danger ».

Au Québec, la loi sur la laïcité attaquée en justice

Le texte est attaqué devant la Cour supérieure du Québec à Montréal.

Au Québec, la loi sur la laïcité attaquée en justice
Manifestation au Québec contre la loi sur la laïcité.

Un an après la mise en application de la loi sur la laïcité au Québec, le texte est attaqué devant la Cour supérieure du Québec à Montréal.

C’est une première dans le pays. L’année dernière, le Québec se dotait d’une loi sur la laïcité de l’Etat, s’attirant ainsi les foudres des adeptes du multiculturalisme. Par

Désormais au Québec, les signes religieux sont interdits aux fonctionnaires engagés en position d’autorité tels que les policiers, les juges ou les enseignants. Selon un sondage effectué en mars 2019 au moment du projet de loi, 74 % des Québécois francophones déclaraient y être favorable contre 43% des Québécois parlant une autre langue. « », observe l’historien québécois Frédéric Bastien. « Il s’agit presque d’une polarisation linguistique », résume l’historien. Près de 80% des Québécois sont francophones.

UNE LOI TIMIDE

Certains Québécois estiment même que le gouvernement s’est montré quelque peu frileux avec cette loi. Il faut dire que le texte apparaît particulièrement modéré – pour ne pas dire timide – notamment pour les européens, et plus particulièrement les Français. Ainsi, la « clause grand-père », incluse dans la loi, garantit les droits acquis, et empêche donc tout effet rétroactif. En d’autres termes, les fonctionnaires engagés avant l’application de la loi peuvent continuer à porter, s’ils le souhaitent, voile, kippa ou turban.

La loi ne concerne que certaines catégories de fonctionnaires, ceux que l’on considère en position d’autorité. Ainsi, le personnel dans les écoles assurant l’encadrement des enfants le midi ou le soir par exemple, n’est pas soumis à la loi. Les crèches ne sont pas concernées non plus. A cela s’ajoute l’absence de sanction.

Professeur de droit public à l’Université Laval, Patrick Taillon a témoigné au tribunal en tant qu’expert, proposant une analyse de droit comparé avec ce qui se fait en Europe en matière de laïcité : « Avec cette loi, le Québec veut être plus européen que canadien. La loi 21 est assez proche de ce qui se fait aux Pays-Bas, mais à des années-lumières de ce que la France applique. »

DE VIOLENTES ATTAQUES

Mais pour les partisans du multiculturalisme canadien, la loi 21, aussi légère soit-elle, demeure une offense. Plusieurs associations, conseillées par une vingtaine d’avocats, attaquent, depuis novembre, des dispositions du texte devant le tribunal de Montréal.

L’organisation Amnistie Internationale Canada francophone ne fait pas partie des requérants mais s’est mobilisée contre le texte. « Nous ne sommes pas opposés à la laïcité qui n’est pas un droit fondamental mais un choix de société. On s’oppose à des articles de la loi qui entravent le droit à l’expression religieuse, et qui touchent notamment les femmes musulmanes », estime la directrice de la section canadienne francophone de l’ONG, France-Isabelle Langlois, attachée aux libertés individuelles.

Avocat de la Coalition Inclusive Québec opposée au texte, Maître Azim Hussain n’a pas hésité à convoquer l’Histoire afin d’expliquer la dangerosité de cette loi, établissant un parallèle entre le texte et la ségrégation raciale américaine. Il atteignait très vite, et avec aisance, le point Godwin, laissant entendre que les dispositions de la loi sur la laïcité de l’Etat pouvaient entrainer un régime de discrimination semblable… aux lois du IIIème Reich. Contactée, la Coalition Inclusive Québec n’a pas souhaité répondre à nos questions. Maître Rémi Bourget, avocat de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), plaidant contre la loi 21, a pour sa part utilisé l’argument français de « l’infréquentabilité » en tentant un parallèle entre la loi relative à la laïcité et Marine Le Pen pour justifier de la xénophobie du texte. Pour ces avocats, certainement meilleurs en droit qu’en histoire, toute forme de reductio ad hitlerium est acceptable dès lors qu’il s’agit d’obtenir l’invalidation de la loi 21.

Des excès qui ne surprennent pas les observateurs : « On note une dramatisation dans les échanges, tout est hypertrophié. Ce procès reflète les excès de notre époque auquel le Québec n’échappe pas », relève Patrick Taillon. Pour ce juriste, aucun avocat en faveur de la loi n’aurait pu tenter un équivalent sans provoquer un scandale chez les opposants au texte : « Un double standard s’est mis en place. Les excès de langage les plus vifs qu’utilisent les requérants ne choquent pas car ils portent préjudice au « camp des méchants ». » Depuis le début du procès, les tensions ne faiblissent pas, bien au contraire.

« Quelle que soit la décision prise par le juge, la partie qui aura perdu portera la cause en appel », précise France-Isabelle Langlois. Fin du premier round dans quelques semaines.

  • Eclairage : juge et partie ?

« Je m’attends à ce genre de débordement sur les réseaux sociaux, mais certainement pas dans un tribunal », réagit l’historien Frédéric Bastien face aux comparaisons historiques outrancières des avocats opposés à la loi 21. Il a donc déposé une plainte devant le Conseil canadien de la magistrature contre le juge Marc-André Blanchard. « Le code de déontologie permet pourtant au juge d’intervenir. Il ne l’a pas fait », souligne l’historien qui envisage de déposer une autre plainte au syndic du Barreau du Québec contre l’avocat Azim Hussain ayant établi un parallèle entre le texte et les lois nazies.

Les partisans de la loi 21 n’ont pas oublié la position du juge Marc-André Blanchard, en 2018. Le Conseil national des musulmans, l’Association canadienne des libertés civiles et la citoyenne québécoise portant le niqab Marie-Michelle Lacoste contestaient devant le tribunal l’obligation, contenue dans la « loi 62 », de découvrir son visage pour donner ou recevoir un service public. Le juge Blanchard avait alors suspendu l’application de cette disposition. Comme bien d’autres juges, Marc-André Blanchard a été nommé par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau. Le même Trudeau, qui, en 2019, estimait que le projet de loi 21 légitimait « la discrimination contre les citoyens. »

 

« Ceux qui bénéficient de la laïcité ne la défendent pas »

Le silence comme les critiques de la laïcité sont les résultats de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire.

Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies, raconte son combat parfois solitaire pour défendre la laïcité auprès des instances internationales (entretien initialement publié par Le Point). Par Clément Pétreault

Y a-t-il encore quelqu’un pour défendre la laïcité et le sécularisme auprès des instances internationales ? Pour Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies dans le domaine des droits culturels, la laïcité – et le sécularisme qui en résulte – n’ont pas franchement la cote auprès des organismes internationaux, où siègent de nombreux représentants qui ne dissimulent pas leurs convictions religieuses, notamment lorsqu’il est question des droits des femmes. Plus inquiétant encore pour cette professeure de droit à l’université de Californie à Davis, la laïcité fait aussi l’objet d’un contre-discours véhiculé par des milieux universitaires anglophones, qui perçoivent essentiellement cette spécificité française comme une entrave au fait religieux. Karima Bennoune est née et a grandi en Algérie et aux États-Unis. Elle a publié Votre fatwa ne s’applique pas ici, (Temps Présent Éditions), un récit basé sur les témoignages de plus de 300 personnes dans 30 pays, qui s’opposent aux fondamentalismes. Consultante pour l’Unesco avant de devenir rapporteuse dans le domaine des droits culturels pour l’ONU, Karima Bennoune défend la laïcité comme un préalable aux droits de l’homme.

Le Point : Comment est comprise la laïcité dans des instances internationales comme l’ONU ?

Karima Bennoune : Il est assez rare qu’une instance de l’ONU se prononce explicitement au sujet de la laïcité, sauf de temps à autre pour la critiquer, notamment sur la question du voile. En tant que rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels à l’ONU, j’ai toujours souligné l’importance de la laïcité [traduite par « secularism » en anglais, NDLR] comme condition préalable aux droits humains. Ces prises de position ne sont pas exactement considérées comme politiquement correctes à l’ONU. Mais j’insiste, car la laïcité en tant que principe de séparation entre l’État et la religion est, entre autres, un élément puissant dans la lutte contre les idéologies extrémistes et fondamentalistes qui visent les femmes. J’ai écrit dans un rapport que la laïcité « ménage aux femmes et aux minorités un espace qui leur permet de critiquer ces idéologies et d’exercer leurs droits culturels sans discrimination. La laïcité se manifeste sous diverses formes, dans toutes les régions du monde ». La laïcité n’est pas l’athéisme et j’aime la définition qu’en donne la féministe indienne Gita Sahgal : « La laïcité ne signifie pas l’absence de religion, mais renvoie plutôt à une structure étatique qui défend tout à la fois la liberté d’expression et la liberté de religion ou de conviction, où il n’y a pas de religion d’État, où la loi n’est pas d’inspiration divine et où les acteurs religieux ne peuvent imposer leur volonté sur les politiques des pouvoirs publics. » Elle n’oppose pas « les croyants et les laïques, mais les antilaïques et ceux qui ont des valeurs laïques », et ce n’est pas un détail !

Comment expliquer ce silence de l’ONU autour de la laïcité ?

Il me semble que le silence comme les rares critiques de la laïcité sont les résultats logiques de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire – contre la laïcité. Malheureusement, ces positions sont très à la mode dans certains milieux, y compris parmi certains défenseurs des droits humains en Occident, et surtout parmi ceux qui travaillent en anglais. Cela accroît la responsabilité des défenseurs de la laïcité qui doivent continuer à s’exprimer à haute voix, même quand cela ne semble pas convenable. Nous avons besoin d’une coalition des laïques aux Nations unies, une coalition capable de défendre ces valeurs avec vigueur. J’ai beaucoup de reconnaissance à l’égard des féministes françaises qui ont insisté pour que la France soutienne mon rapport à l’Assemblée générale sur les fondamentalismes et les droits culturels des femmes, mais dans l’ensemble nos efforts actuels sont plutôt ponctuels et nous avons besoin de les systématiser. Il est facile de se plaindre ou de critiquer, mais ce n’est pas suffisant… Nous avons besoin de travailler ensemble au-delà des frontières linguistiques, et j’espère que nous tisserons davantage de liens entre ceux qui travaillent en français et ceux qui mènent des combats similaires ailleurs et dans d’autres langues. La laïcité devrait être envisagée comme préalable systématique aux droits humains.

Estimez-vous la laïcité en danger ?

Absolument et partout. Les menaces fusent de toutes parts. Politiques, populistes, religieux, universitaires… Il y a bien évidemment la menace que constituent les mouvances fondamentalistes qui sont apparues dans le sillage de toutes les grandes traditions monothéistes du monde, mais il ne faut pas négliger les ravages de la vision woke (« éveillée ») qui a engendré les thèses postmodernes ou « postcoloniales » que l’on voit fleurir partout, notamment à l’université. De manière générale, je suis frappée par le fait que beaucoup de ceux qui bénéficient de la laïcité dans leur vie quotidienne ne la défendent pas.

Justement, est-elle défendue ?

Absolument et partout ! Et surtout par celles qui aimeraient bien bénéficier de la protection qu’elle peut offrir. Bien souvent, ce sont des féministes d’Afrique du Nord ou d’Asie du Sud qui sont en première ligne dans ce combat. Je me souviens d’une conversation marquante avec une militante pour les droits des femmes, fille d’un imam au Niger, alors que je menais des recherches pour mon livre Votre fatwa ne s’applique pas ici. Elle me parlait des islamistes de son pays et me disait : « Ces types font peur aux gens. Ils ont des ambitions politiques. La laïcité, c’est une manière de leur barrer la route. » Cela est tout aussi clair pour les féministes polonaises dans le contexte que l’on connaît. Heureusement, le combat laïque est mené par des militants tout autour du monde, comme c’était le cas de mon regretté père, Mahfoud Bennoune.

Est-ce un combat dangereux ?

Oui, ce combat pour la laïcité est dangereux dans bien des situations. Lorsque je suis allée aux Maldives en mission pour l’ONU en 2019, j’ai rencontré les familles de deux jeunes laïques maldiviens : Ahmed Rilwan, poète et journaliste, porté disparu en 2014, et l’auteur satirique et blogueur Yameen Rashid. Rashid, qui a mené une campagne implacable pour retrouver son collègue Rilwan après sa disparition, fut assassiné en avril 2017 à l’âge de 29 ans. L’assassinat de Rilwan par un groupuscule lié à Al-Qaïda après son enlèvement a été confirmé, en 2019. Si nous voulons faire avancer la laïcité au niveau mondial, nous avons besoin d’agir ensemble pour mettre fin à ces tragédies innombrables et soutenir tous les Rilwan et Rashid, dans toutes les régions du monde ! Nous devons travailler en réseau au niveau international pour soutenir les laïques, pour que nul ne milite et ne se sacrifie dans l’obscurité. Quand ces militants tombent – dans n’importe quel pays du monde –, nous avons la responsabilité de commémorer leur travail et de le continuer. Nous avons besoin de briser les murs de solitude dans laquelle travaillent nombre de nos collègues défenseurs des droits humains et de la laïcité. Je pense très fort à Mohamed Cheick Mkhaitir, courageux blogueur mauritanien qui a été condamné à mort pour « blasphème » et ensuite emprisonné pendant 5 ans et 7 mois pour son combat contre l’utilisation de la religion pour justifier l’esclavage… Il continue à courir des risques et reçoit des menaces même en exil en France actuellement. Malgré cette expérience, il est en train de créer une association intitulée Vision laïque africaine (Vilaf) pour promouvoir la laïcité en Afrique. Il faut le soutenir !

Y a-t-il une compétition des modèles de société au sein des institutions internationales ?

Oui. Et je déplore que des arguments relativistes se retrouvent dans des textes de résolutions des Nations unies. J’ai évoqué cette question dans mon rapport pour l’assemblée générale de 2018, à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’universalisme est actuellement la cible de multiples attaques, notamment de la part de certains gouvernements, y compris ceux qui font un usage impropre de la culture et des droits culturels en guise de justification. Cette situation est porteuse de multiples défis pour la jouissance de tous les droits humains. Compte tenu des nombreuses attaques, il est nécessaire d’aller au-delà des platitudes. Nous avons besoin d’un renouvellement fondamental de l’universalisme, lequel devrait non seulement rappeler l’émancipation et les droits qu’il a permis d’obtenir, mais également de penser à la manière dont on va pouvoir renouveler la promesse avec la participation des nouvelles générations.

Les athées sont-ils représentés et leur avis est-il pris en compte ?

Oui. Encore une fois, je tiens à souligner que l’athéisme et la laïcité ne sont pas synonymes, et parmi les laïques que j’ai rencontrés partout dans le monde, il y a aussi beaucoup de croyants et de pratiquants. Il existe des ONG qui défendent les droits des athées, comme Humanists International, qui est très actif dans l’écosystème onusien. Leur travail est très important, mais, hélas, les fondamentalistes et les partisans du conservatisme religieux sont plus nombreux dans ces espaces – surtout quand on parle des droits des femmes – et ils ont beaucoup plus de ressources et de soutien, y compris étatiques. Je suis heureuse de constater que mon collègue Ahmed Shaheed, rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction, souligne toujours la liberté de religion… « ou de conviction » parce qu’il a bien compris l’importance d’inclure la question des droits des « personnes areligieuses » aux débats.

Vous parliez de relativisme culturel. Cette notion, notamment défendue par de nombreux progressistes, ouvre-t-elle la voie à des formes religieuses radicales et sectaires ?

Oui, sans aucun doute. La résurgence du relativisme culturel – à droite comme à gauche – représente une menace sérieuse sur les droits humains, y compris les droits des femmes et des minorités. J’ai rédigé un rapport sur les fondamentalismes et les droits culturels en 2017 dans lequel je tente de rappeler quelques principes, notamment celui qui veut que les « droits culturels ne signifient pas relativisme culturel. Les droits culturels n’excusent pas la violation d’autres droits de l’homme, ne justifient pas la discrimination ou la violence, n’autorisent pas l’imposition d’identités ou de pratiques à d’autres personnes ou leur exclusion de ces identités ou de ces pratiques en violation du droit international. Ils sont fermement ancrés dans le cadre universel des droits de l’homme ». Une de mes préoccupations majeures en ce moment porte sur la progression du relativisme culturel et les tentatives répétées de placer les particularismes au-dessus des normes universelles. Le relativisme culturel a été répudié par le droit relatif aux droits de l’homme et ne devrait être toléré dans aucun contexte, en particulier à l’ONU et dans les organes de défense des droits de l’homme… chaque pratique, norme et tradition culturelle doit résister à l’épreuve des droits de l’homme universels et montrer sa capacité à promouvoir et à entretenir la dignité humaine pour être légitime. Pourtant, ce relativisme culturel se retrouve régulièrement présent dans les forums des Nations unies et dans les universités.

Vous considérez que les droits de l’homme résistent mal à la revendication identitaire particulariste ?

Certains défenseurs du colonialisme et certaines personnes se considérant comme « postcoloniales » ont parfois utilisé des arguments similaires pour justifier leur relativisme culturel.
En réalité, le relativisme culturel n’est pas une simple construction théorique, les exclusions de la protection des droits qu’elle cherche à créer ont des conséquences graves, parfois mortelles… Avec mon livre, Votre fatwa ne s’applique pas ici, j’ai analysé les luttes des personnes de culture musulmane contre l’islamisme. Plusieurs fois, des « esprits critiques » occidentaux autoproclamés progressistes m’ont suggéré de renoncer à la notion de « droits humains » dans le cadre de la lutte contre l’islamisme, car il s’agirait d’une « notion occidentale » qui « ne s’applique pas aux musulmans ». Cette position concorde en fait plutôt bien avec le point de vue des fondamentalistes. N’est-il pas choquant d’affirmer que 1,5 milliard d’habitants de la planète ne remplissent pas les conditions requises pour avoir des droits ?

 

 

Marlène Schiappa confirme l’«évolution» de l’Observatoire…

…de la laïcité, marqué par les polémiques

L’Observatoire est régulièrement sous le feu des critiques pour sa défense d’une «laïcité apaisée». Certains le jugent laxiste sur les questions inflammables liées à l’islam. Il devrait «évoluer» au printemps. 

Marlène Schiappa, la ministre chargée de la Citoyenneté
Marlène Schiappa, la ministre chargée de la Citoyenneté CHARLES PLATIAU / AFP

Dans le viseur de l’exécutif depuis l’automne, l’Observatoire de la laïcité devrait bien se transformer. Marlène Schiappa l’a confirmé dimanche 13 décembre sur Radio J. «Le premier ministre m’a demandé de lui faire des propositions d’évolution sur le portage de la laïcité dans l’appareil d’État. J’ai fait des propositions au premier ministre pour faire évoluer l’Observatoire de la laïcité, pour renforcer le rôle d’une structure, qui ne serait pas forcément un observatoire, mais une structure qui porterait la parole de l’État», a expliqué la ministre chargée de la Citoyenneté, en précisant que la piste privilégiée pour l’Observatoire de la laïcité était la dissolution.

«On ne peut pas se contenter de publication de rapports»

Créée en 2007, renforcée en 2013 par François Hollande, l’instance est régulièrement sous le feu des critiques pour sa défense d’une «laïcité apaisée» et, par ricochet, de son laxisme concernant les polémiques liées à l’islam. «L’observatoire de la laïcité doit évoluer parce qu’on ne peut pas se contenter de publication de rapports et de guides pédagogiques pour accompagner l’action du gouvernement», a sèchement souligné Marlène Schiappa.

Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, en tandem à la tête de l’Observatoire, devraient toutefois pouvoir rester en poste jusqu’au 2 avril, date de la fin de leur mandat. «Chacun fini son mandat», a assuré la ministre en charge de la Citoyenneté. «La vraie question est quelle structure et quelle feuille de route. La question des personnes est importante mais secondaire», a également voulu rappeler Marlène Schiappa.

Schiappa crée les «prodiges de la République»

Certains Français pourront bientôt être qualifiés de «prodiges». Dans un entretien au JDD dimanche, Marlène Schiappa a annoncé qu’elle allait créer une récompense pour les Français les plus méritants : les «Prodiges de la République». Chaque citoyen pourra soumettre des noms puis un jury départemental tranchera. Les heureux élus pourront recevoir 500 euros qu’ils redistribueront ensuite à l’association de leur choix.

Personne ne commet d’attentat en hurlant «Dieu n’existe pas !»

Marlène Schiappa s’en prend à la gauche « bobo »

La ministre à la Citoyenneté défend le projet de loi sur les séparatismes et s’en prend à la gauche « bobo », qui a renoncé au combat laïque. Propos recueillis par