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Rapport du Sénat sur la radicalisation

Cliquer sur le titre ci-dessous pour accéder au rapport. 

« rapport radicalisation »

Il serait utile que des étudiants etc. se penche sur ce document exceptionnel. C’est un outil de travail sur la radicalisation en France important qui nécessiterait une prise de conscience nationale. Les enjeux sont considérables et cruciaux. 

Ce site : https://education-citoyenneteetderives.fr est visité par plus de 200 000 personnes à la date du 06 août 2020. Il se veut pluriel, sensible aux défis et aux enjeux du monde et, plus que jamais, citoyen, pour affronter le fanatisme, la violence religieuse et toutes ces dérives inacceptables qui cherchent à dominer notre société.   

al-Tawhid wal-Jihad

al-Tawhid wal-Jihad

Dans cette perspective, l’une des missions incontournables de ce site, est d’offrir un espace de réflexion sur ces graves sujets, souvent occultés. A noter le dernier livre préfacé   par Hervé Gaymard : Dossier de presse La laïcité, une conquête de l’esprit humain. Les questions liées à la radicalisation préoccupent beaucoup le français lambda. Ces fondamentalistes et leurs dérives ont plongé nombre de professionnels socio-éducatifs et de décideurs dans un profond désarroi…..Quels sont les buts de ces terroristes ? 

Hayat_Tahrir_al-Cham            L’état d’éveil ne se manifeste que lors des attentats contre le peuple de la France. Une douzaine de tueries ont déjà été commises et tuée 265 personnes ! Trois ou quatre jours après, l’effervescence s’éteint. Le quotidien de chacun reprend le dessus ; on tourne la page. Le sujet est ainsi banalisé, sous estimé, minimisé voire dédramatisé par nos dirigeants.  

Critiquer l’islamisme, le fanatisme, l’islam politique, la violence religieuse, ce n’est pas critiquer l’islam. Cela reviendrait à critiquer l’ensemble des musulmans des classes laborieuses. Par ces tueries, c’est le symbole de l’ordre public qui, à chaque fois, est mortellement touché dans notre pays. Cet islamisme honni, demande à être éradiqué… ces discours qui aveuglent les fous de Dieu, doivent être apostasiés ! 

En faisant la politique de l’autruche, à la suite de chaque attentat islamiste, les politiques et les médias contribuent à amplifier la défiance des citoyens français à leur égard. Ceux-ci en ont assez de se sentir accusés, humiliés et de subir « la double peine » avec la chape des préjugés féroces et impitoyables.

Aujourd’hui, les méthodes utilisées pour diffuser la radicalisation sont incroyablement sophistiquées. Les étapes et les processus ne sont plus des mystères pour les spécialistes.

Les djihadistes n’ont plus de territoires actuellement, mais ils gardent un patrimoine de haine intacte. La prolifération du complotisme « L’opium des imbéciles » et les théories pseudo-scientifiques, sur Internet, donnent à ces mouvements sectaires un regain d’énergie. Les nouveaux adeptes de ces mouvements sont actuellement bien insérés dans la société française où ils diffusent leur haine auprès des plus vulnérables. Selon les statistiques de ce dernier trimestre 2019 de l’ONU, entre 20 000 et 30 000 combattants de l’EI sont encore actifs en Irak et en Syrie et on parle de plusieurs milliers de cellules dormantes qui pourraient constituer une menace pendant des décennies dans notre société française ! « Pour tous les services de renseignement, la détection des menaces internes est une priorité absolue. En particulier, aucun signal de radicalisation ne peut être méconnu, ni rester sans réponse », a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe. 

Front al-Nosra

Depuis trente ans, les dérives islamistes s’attaquent insidieusement aux valeurs de la République, amenant la société à piétiner ses principes, notamment la laïcité et l’égalité hommes-femmes. Ils oeuvrent à peser sur les décisions politiques, s’érigeant en interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics et en représentants exclusifs de la «communauté musulmane». « Dissimulation, mensonge, double jeu ». La takiya est au coeur de la stratégie des Frères musulmans pour infiltrer la République, influencer les mairies, les élus, les universitaires, les journalistes et les intellectuels. Elle investit, auprès des associations antiracistes ou féministes, une démarche victimaire, créant une économie identitaire en développant le marché du halal, faisant passer le port du voile pour une  »obligation religieuse »…

Boko Harampng

Il s’agit de financer des mosquées/centres culturels, lieux de vie pour une partie de la communauté musulmane conformément aux préceptes d’Hassan Al-Banna, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans.

Les ouvrages douteux sont dans les bibliothèques. Des projets prosélytes, inscrits dans la formation salafiste, favorisent le communautarisme qui diffuse un islam rétrograde et conservateur. La littérature  »frériste » » figure en bonne place, y compris par le sulfureux Sayid Qotb, (exécuté par pendaison), idéologue du jihad dont l’héritage radical influencera des années plus tard Al-Qaïda.

Pourquoi cette idéologie, aussi pernicieuse que dangereuse, apparaît-elle aujourd’hui ? 

Parce qu’on trouve des cas d’emprise mentale dans le monde religieux, comme dans celui de la santé, de l’éducation, du sport, dans le monde associatif ou  professionnel… Ce risque se matérialise et s’intensifie également auprès de français de confession musulmane qui confine à une forme de sécessionnisme politique et social.

Taliban.

Le risque ultime que font peser ces mouvements islamistes les plus actifs, est l’avènement d’une contre-société sur le territoire national. D’autres vecteurs, comme la guerre informationnelle, médiatique et l’Internet, deviennent absolument primordiaux.

Le mouvement turc est la quatrième communauté étrangère sur le territoire national. Ce mouvement est particulièrement influent. Très structurés, entre deux grands courants, le DITIB et le Millîs Görüs, l’islam turc est réparti sur l’ensemble du territoire ; il bénéficie d’un vaste réseau de financement.

L’objectif des islamistes, en Occident, serait-il de « salafiser » les musulmans qui y vivent et « islamiser », d’une certaine façon, les pays non musulmans ? C’est ce qu’ils prétendent et parfois, clament, comme ils l’ont fait à Molenbeek en Belgique, d’où sont partis les tueurs du Bataclan ! 

Ce site : https://education-citoyenneteetderives.fr développe des thèses sur le plan Informations/Prévention des dérives sectaires. Il s’agit de s’investir totalement aux nouvelles données de la crise qui existe dans le pays, avec la « radicalisation » dont le responsable reste l’Islam violent semé par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Il irrigue quotidiennement des associations et des personnalités qui gravitent dans la nébuleuse des Frères musulmans qui, eux, prônent un islam intégral et favorisent le fondamentalisme avec le wahhabisme, le salafisme et le tabligh. 

Nous devons décrypter les analyses sur ce sujet brûlant, s’initier au repérage et à l’identification des dérives sectaires. Ce programme est primordial, liminaire. La prévention et la lutte contre les dérives sectaires nécessitent une action soutenue et protégée. C’est là l’objectif principal de toutes les associations et le « leitmotiv » de toutes les collectivités.

Une carrière professionnelle d’Educateur qui a débuté à la PJJ et ensuite plus longue à la Sauvegarde de l’Enfance. Dès la retraite, j’effectue 23 années d’aumônerie dans les prisons savoyardes (Au Centre de Détention d’Aïton et à la Maison d’Arrêt Belledonne à Chambéry), des conférences dans les quartiers et aussi au niveau du Ministère de la Défense, et aboutir, après 2 années, auprès du Ministère de l’Intérieur à  »la formation civique et civile des imams et des aumôniers à l’Université Savoie Mont Blanc de Chambéry », … me permet, aujourd’hui, d’avoir une opinion et de faire des propositions.

Cette persistance de la dérive violente a mobilisé en Savoie, une structure spécialisée : l’Association de Recherches sur les Processus de Radicalisation (ASPRA), qui a été soutenue par la Préfecture de la Savoie. Grâce à leur confiance, des membres préfectoraux, dont Madame Perrine SERRE, Sous-Préfète, cette structure a encadré plusieurs jeunes radicalisés. 

Grâce, en particulier, aux soutiens indéfectibles du Sénateur Jean Pierre Vial, du président du Conseil Départemental, Hervé Gaymard, du Maire d’Aix les Bains Renaud Beretti, sans oublier l’attention toute particulière de Christelle Favetta sur cette problématique ‘marginalisation gravissime’ de notre société. 

Madame Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, entourée de trois collaboratrices, m’avait reçu à Paris le 6 janvier 2015. Une prémonition ?!? et le lendemain, nous avons subi le massacre de Charlie Hebdo.

Durant l’entretien, les dérives dans nos quartiers et l’insécurité ambiante dans certaines villes de Savoie et en dehors de la Savoie, a retenu toute son attention, le temps de l’entretien.

A la Maison d’Arrêt de Chambéry et au Centre de Détention d’Aïton, en tant qu’aumônier pénitentiaire à partir de 2010, la confrontation avec les djihadistes était permanente. Ils abordaient le hanbalisme, Ibn Taymiyya, la version puritaine et littéraliste de l’islam wahhabite. C’est ce qui les distinguait avec le refus de tout ce qu’ils considéraient comme innovation dans la pratique religieuse.  

L’ancien juge anti-terroriste, Marc Trévidic, invité d’Europe 1, estime qu’en France, « tout le monde a conscience du danger, mais tout le monde ne voit pas l’ampleur du phénomène de radicalisation ». « On a laissé pendant quarante ans cette idéologie mortifère se répandre partout », regrette Marc Trévidic. « On a eu des alertes (…) maintenant on voit des militaires, des policiers radicalisés. Un jour, on trouvera peut-être un juge radicalisé, tout est envisageable ». Selon lui, « on ne se rend pas compte que cette problématique s’est diluée dans toute la société française ».

Mais pourquoi la France est-elle particulièrement touchée par ce phénomène de radicalisation ? « La particularité française, c’est la laïcité », explique Marc Trévidic, qui note « un affrontement sur ce terrain », notamment chez les fonctionnaires.

Nous assistons à un virage de notre histoire. Nos territoires s’opposent. La France des métropoles et la France périphérique s’affrontent et qui peut prétendre que cela va se calmer ? sinon une vraie révolution culturelle que la France doit mener ! Notre nation est prise en tenaille entre son idéal égalitaire et des revendications identitaires !

La force des préjugés égare lorsqu’ils nient l’existence de musulmans français prêts au sacrifice pour leur nouvelle patrie. : « Un patriote français peut s’appeler Kader, Djilali ou Rachida »

L’offensive islamiste prend toutes les formes : politiques, sociales, idéologiques, violentes ou non. Cette islamisation travaille les esprits des plus jeunes. Le pays a besoin que le gouvernement propose un plan d’ensemble cohérent de lutte contre les stratégies de l’islamisme.

L’instrumentalisation de la religion, à des fins politiques, est une constante de l’histoire. Toutes les religions y ont eu recours, dans toutes leurs déclinaisons. Laïcité et démocratie sont sœurs jumelles de la modernité. Alors, pour entrer dans ce cadre démocratique et laïque, l’islam doit se réformer comme a du le faire le catholicisme, en son temps : « C’est ce que le totalitarisme islamiste cherche à empêcher de toute force, représentant aujourd’hui l’ennemi principal et de la démocratie et de la laïcité ».  

Radicalisation, prosélytisme, communautarisme, laïcité bousculée… Les frontières entre ces différents phénomènes sont bien souvent brouillées. Mais une chose est certaine, c’est que face aux obsessions du repli communautaire, il faut intervenir, occuper le terrain, mettre les jeunes au travail, distribuer des taches et des responsabilités. La formation civique et civile des imams des 3000 mosquées, en France, est un rempart efficace contre les dérives, la formation théologique, qui en est le complément, est à contrôler. A ce jour, deux seules formations s’y conforment en France.

Il y a une menace terroriste latente et qui va durer. L’islam fondamentaliste atteint en France un seuil critique d’influence qui fait désormais peser un véritable danger sur la vie démocratique de la nation. Les réseaux islamistes ont investi un ensemble de champs et d’institutions, leur permettant de fabriquer des individus contraires de l’héritage politico-culturel français.  

Nous savons maintenant, ce qu’il faut faire. Développer infiniment plus de prévention. Les débats actuels sont utiles et très importants. Ils clarifient la situation qui est de nature nébuleuse. Il ne faut plus occulter le problème.

Pourquoi Daech place les femmes au cœur de sa propagande

Depuis les camps syriens gérés par les forces kurdes, elles poursuivent leur œuvre de propagande.

Comment ? En multipliant les vidéos, ensuite relayées sur les messageries cryptées où Daesch continue d’oeuvrer. Au Sri Lanka, dans l’attentat qui a causé la mort de 258 personnes, l’un des terroristes était une femme enceinte. Leur pouvoir d’influence, d’autant plus inquiétant qu’elles sont emprisonnées à des milliers de kilomètres, alerte l’Europe. Dans cette histoire, la France est en première ligne. Elles sont son talon d’Achille, son casse-tête. Dans les camps contrôlés par les Kurdes, il y aurait 100 femmes de djihadistes français et 250 enfants.

Dans un camp syrien abritant des proches de membres de Daech. DELIL SOULEIMAN/AFP

                                                                                         Les peines ont été alourdies et les incarcérations généralisées. Mais un autre problème se pose: le suivi des détenues radicalisées. Par Jean  Chichizola

Les radicalisées, un casse-tête pour la justice et les prisons. Naïveté ou humanité? Pendant des années, le traitement judiciaire et pénitentiaire des femmes radicalisées a posé un problème à la justice. Et, alors que Daech joue la carte féminine, la question n’est pas totalement réglée. Publié le 22 juillet, un rapport des Nations unies sur «les poursuites judiciaires des femmes associées à l’EI» constate: «En Europe occidentale et en Amérique du Nord, les “revenantes” [des terres de djihad, NDLR] avaient tendance à être condamnées à des peines plus légères que les hommes, non pour circonstances atténuantes mais pour des stéréotypes» faisant d’elles des victimes.

La situation, notent les experts, a évolué et les peines se sont alourdies «du fait d’une meilleure compréhension des rôles des femmes dans les groupes terroristes». C’est notamment le cas en France, comme le souligne le récent rapport de la Cour des comptes sur «les moyens de la lutte antiterroriste». À partir de 2017, les départs de femmes pour la zone contrôlée par Daech ont été systématiquement judiciarisés, avec un retard de deux ans sur les hommes. De même, le reste de la politique pénale a été durci, toujours à partir de 2017, avec des condamnations et des incarcérations systématiques des femmes responsables d’infractions terroristes et des peines plus lourdes.

«Le mandat de dépôt est aujourd’hui devenu systématique lorsqu’une femme est mise en examen pour faits de terrorisme, note le rapport, ce qui était rarement le cas auparavant. Cette évolution résulte d’une prise de conscience récente par le ministère de la Justice que les femmes sont tout aussi proactives et idéologisées.» De la Belge Muriel Degauque, morte en kamikaze en Irak en 2005, à la «veuve noire» Fatiha Mejjati, veuve d’un islamiste franco-marocain et figure depuis vingt ans d’al-Qaida puis de Daech, les femmes ont pourtant fait leurs preuves depuis de longues années…

Une fois les peines alourdies et les incarcérations généralisées se posent un autre problème: le suivi des détenues radicalisées. Un problème que, comme à leur habitude, les Sages de la Rue Cambon se sont fait un plaisir de mettre en exergue: «L’absence de quartiers d’évaluation pour les femmes détenues pour fait de terrorisme lié à l’islam radical, qui s’ajoute à des conditions de détention peu adaptées à leur profil souvent très idéologisé, paraît problématique. D’après l’Administration pénitentiaire, ces dernières font l’objet d’une évaluation pluridisciplinaire d’une durée moyenne de trois mois, dont l’efficacité mériterait d’être évaluée.» Et de souligner qu’il leur a été précisé «qu’un quartier d’évaluation de la radicalisation pour les femmes (QER, évaluant le degré de radicalité des personnes détenues et leur risque de passage à l’acte violent, NDLR) pourrait être créé en 2020».

Dans leurs recommandations, ils évoquent «un dispositif de quartiers d’évaluation (…) notamment dans la perspective du retour éventuel des femmes présentes dans la zone syro-irakienne». Annoncée dès 2016, la création d’un QER pour femmes à Fleury-Mérogis n’a jamais eu lieu. En 2018, une commission d’enquête sénatoriale regrettait «le manque de moyens consacrés à l’évaluation et au suivi des femmes [radicalisées]» emprisonnées. Le nombre de détenues islamistes est certes bien inférieur à celui des hommes mais reste élevé. Quant au danger, rien de plus facile pour l’évaluer. Comme d’habitude, les terroristes islamistes abattent leur jeu dans leur propagande. Il suffit de les écouter. Et de les croire.

Exposés à la guerre, la malnutrition ou la maltraitance, ils bénéficient d’un bilan somatique et psychologique. Certains pansent des blessures comme la séparation des parents ou le deuil.

On compterait aujourd’hui de 250 à 300 enfants français dans les camps contrôlés par les Kurdes de Syrie (ici celui d’Al-Hol). GIUSEPPE CACACE/AFP

On les surnomme les «petits revenants», les «enfants du djihad». Leur retour en France se fait au cas par cas mais suscite des interrogations teintées de craintes. Dix de ces enfants de djihadistes français, orphelins pour certains, retenus dans des camps de déplacés sous contrôle kurde en Syrie, ont été rapatriés en France le 22 juin dernier. Une petite partie des quelque 250 à 300 enfants français dans la même situation dans les camps du Nord-Est syrien.Il y a encore deux ans, l’accompagnement de mineurs qui regagnent la France représentait un défi inédit pour les services de protection de l’enfance. Mais, pas à pas, depuis la circulaire gouvernementale de février 2018, leur accueil s’est affiné. La France suit actuellement près de 160 de ces mineurs, au titre de la protection de l’enfance, après leur retour de la zone irako-syrienne mais aussi d’autres pays, comme l’Afghanistan ou l’Égypte, selon la mission nationale de veille et d’information de la direction de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse).Ils sont très contents de reprendre une vie d’enfant normal

À la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse) «90 % d’entre eux ont moins de 10 ans, dont beaucoup entre 0 et 5 ans», décrit Delphine Bergère-Ducôté, chargée de cette mission à la PJJ. «C’est très rare d’avoir des adolescents et ceux qui sont rentrés n’ont fait l’objet d’aucune poursuite pénale.» Tous les enfants revenus légalement – certains sont rentrés avec leurs parents de façon clandestine – bénéficient d’un bilan somatique et psychologique. Cette consultation débouche systématiquement sur un suivi thérapeutique en raison des traumatismes subis en zone de conflit ou dans les camps. Mais ils doivent aussi panser d’autres blessures, la séparation de leurs parents ou le deuil.

Après une décision de placement du juge, la très grande majorité de ces mineurs vit dans une famille d’accueil en lien avec l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Une solution à long terme pour certains. Une transition pour d’autres, qui pourront être confiés, après des investigations, à leur famille élargie. Dès que possible, ces enfants de revenants prennent également le chemin de l’école. «Ils sont très contents de reprendre une vie d’enfant normal et intègrent très vite les codes de la vie scolaire alors qu’ils vivaient souvent accrochés à leur mère. Pour ceux dont les parents sont en prison, l’enjeu de se conformer est particulièrement fort», note-t-on à la PJJ.

Exposés à la guerre, parfois témoins de scènes traumatisantes, à la malnutrition ou à la maltraitance, ils souffrent de troubles variés. Cauchemars, énurésie, troubles de l’attachement… «Ce sont des enfants qui mettent du temps à exprimer ce qu’ils ont vécu. Beaucoup ont du mal à parler de leurs traumatismes ou sont dans un conflit de loyauté vis-à-vis de leurs parents», précise Delphine Bergère-Ducôté. Ces troubles peuvent persister, s’effacer puis revenir brusquement ou de nouveaux symptômes peuvent apparaître même quand leur situation s’est stabilisée, notent les professionnels qui les entourent.

Un combattant des Forces démocratiques syriennes escorte des femmes détenues dans le camp d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, en mars 2019. AFP

«Même après deux ans de prise en charge, cela reste difficile de faire le tri entre les traumatismes liés à la guerre et ceux liés à la séparation de leurs parents, généralement leur mère, à leur arrivée en France», souligne Daphné Bogo, directrice adjointe de l’Aide sociale à l’enfance de la Seine-Saint-Denis. Ceux dont les parents sont emprisonnés en France peuvent les voir dans le cadre de visites médiatisées, en présence d’un éducateur. Des retrouvailles complexes en raison des conditions de détention strictes de ces parents poursuivis pour terrorisme. «Certains sont encore prosélytes et il faut faire attention au moment des entretiens», pointe la PJJ. Delphine Bergère-Ducôté, chargée de cette mission à la PJJ

Entre l’école, les visites en prison, chez le juge, les consultations chez le psy, à l’hôpital pour voir un orthophoniste ou un psychomotricien, «ils ont un agenda de ministre», soupire un professionnel de la protection de l’enfance. À tel point que des familles d’accueil ont signalé une surenchère de rendez-vous… «Nous commençons à avoir un peu de recul sur leur prise en charge, mais nous restons très prudents, indique Delphine Bergère-Ducôté. Les soignants ne savent pas comment ces enfants vont évoluer avec l’âge, les aléas de la vie, les condamnations de leurs parents par la justice. Mais aucun n’est dans la revendication ou le discours djihadiste, y compris les plus grands. Ils ont avant tout envie de vivre une vie d’enfant.»

 

 

 

Aïssata Seck s’est confiée au Point Afrique.

« Il y a une forte méconnaissance de l’histoire coloniale »

À l’origine d’un appel pour plus de références dans les communes aux soldats coloniaux qui ont combattu pour libérer la France, Aïssata Seck s’est confiée au Point Afrique.  Propos recueillis par Viviane Forson

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George Weill: “Ils ont tué Jaurès”

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné lors d’un dîner au café du Croissant.
George Wheil, homme politique socialiste, était avec lui à ce moment là. Il témoigne de la violence du meurtre. (cliquer sur le carré ci-dessous)

 Pour rappel, Fils d’un négociant alsacien, de culture juive, George Weill quitte Strasbourg pour suivre des études parisiennes au début du siècle. Il fréquente alors les milieux socialistes collectivistes et participe au congrès socialiste de Lyon en 1901.   

A partir de 1908, il devient un contributeur régulier de L’Humanité, et se rend régulièrement à Paris, où il rencontre Jean Jaurès.

En 1912, il est envoyé par son parti faire campagne à Metz, et l’emporte malgré une forte mobilisation de la droit locale.

Alors que la tension monte entre la France et l’Allemagne, il passe l’été 1914 en France, et se trouve face à Jean Jaurès lors de l’assassinat de ce dernier le 31 juillet. Il s’engage alors dans l’armée française, ce qui lui vaut une condamnation à mort par un conseil de guerre allemand.

Après la guerre, militant SFIO, conseiller général du Bas-Rhin, il est candidat malheureux à la députation en 1919, et choisit lors du congrès de Tours, auquel il participe, de soutenir la ligne de Léon Blum, avant de se rapprocher de Renaudel et de se retrouver dans le courant néo-socialiste. 

En 1933, après un dernier échec électoral, il se détourne de la vie politique. Il participe à la deuxième guerre mondiale comme officier au service de l’information des armées, avant de réussir à rejoindre Alger où il participe à la direction de la France combattante.

Catherine Moulin. Jean Jaurès. Assassiné le 31 juillet 1914

25 Juillet, Jean Jaurès à Lyon-Vaise: un déplacement presque ordinaire

Le 25 juillet 1914, Jean Jaurès vient soutenir le candidat socialiste, Marius Moutet, dans le cadre de la campagne pour une élection législative partielle dont le premier tour doit avoir lieu le lendemain, dans la 6 e circonscription du Rhône, à la suite du décès de Joannès Marietton survenu le 27 mai, alors que ce député socialiste venait d’être réélu.

Le Discours de Vaise

Il s’agit à bien des égards d’un déplacement banal, un de ceux que L’Humanité ne relate pas, même dans une brève. C’est au demeurant la treizième fois que Jaurès se rend à Lyon pour des motifs politiques depuis 1893. Cette réunion publique s’inscrit dans le contexte d’un événement local, somme toute secondaire, pourtant le discours prononcé ce soir-là est devenu a posteriori l’un des plus célèbre de sa vie politique, connu sous le nom de « Discours de Vaise ». La section socialiste du 5 ème arrondissement de Lyon[1] invite Jaurès à participer à une réunion dont l’accès est réservé aux électeurs de l’arrondissement. Elle a lieu salle Iller, une salle dans laquelle il s’est déjà exprimé le 5 mars 1910, et qui est située dans le quartier alors industriel et populaire de Vaise, au nord de la ville, le long de la Saône.

Comme de coutume, la venue de Jaurès ne passe pas inaperçue dans la presse lyonnaise. Les journaux socialistes et radicaux annoncent « la grande réunion publique et contradictoire organisée pour l’audition du citoyen Jean Jaurès, député du Tarn, directeur du journal L’Humanité, et du citoyen Marius Moutet, candidat du Parti socialiste à l’élection législative du 26 juillet[2]. » La presse de droite, quant à elle, se gausse du soutien « parisien » apporté par Jaurès au candidat local. Elle souligne également le fait que le tribun socialiste n’est pas issu du monde ouvrier, à la différence des députés socialistes du Rhône.

Paris face à la province, et les “bourgeois” face au monde ouvrier

On obtient ainsi un double effet clivant : Paris face à la province, et les « bourgeois » (Jaurès et Moutet, qui est avocat) face au monde ouvrier. La venue de Jaurès à Vaise ce 25 juillet 1914 constitue un exemple très représentatif du déroulement de ses déplacements dans la région, si ce n’est qu’elle ne s’inscrit pas dans le cadre des habituelles « tournées » qui permettent à Jaurès de rentabiliser au mieux le temps long du voyage depuis Paris.

Le leader socialiste arrive en fin d’après-midi en gare de Lyon-Perrache. En compagnie des principaux organisateurs venus l’accueillir, il se restaure à proximité de la gare, à la célèbre Brasserie Georges. Le début de la réunion est fixé à 20 h 30, un horaire habituel lorsque les réunions ont lieu un samedi, une journée de travail. Plus de trois mille personnes se massent dans la salle Iller, qui fut agrandie en mars 1910, lors de la précédente venue de Jaurès, afin de pouvoir accueillir un public plus important.

En effet, comme partout dans la région, il attire de nombreux auditeurs : dans près de la moitié de la trentaine de cas étudiés dans la région, on compte au moins trois mille personnes, comme c’est le cas ce soir-là à Vaise. Ici, la réunion est réservée – en principe – aux électeurs de la circonscription, mais il n’est pas rare que l’on vienne des départements voisins écouter Jaurès.

À la fin de la réunion, vers 22 heures, l’orateur rejoint son hôtel situé dans le quartier Grolée au cœur de la Presqu’île, entre la place Bellecour et l’hôtel de ville. Jaurès est raccompagné par le docteur Georges Lévy, Secrétaire de la Fédération du Rhône en 1914, dont nous reparlerons.

Le lendemain, dimanche 26 juillet, Jaurès passe la journée à Lyon avec Marius Moutet et son épouse chez lesquels il déjeune. Dans un entretien publié par Le Mouvement social en avril-juin 1962, Marius Moutet précise : « Il s’est montré très détendu. Ma femme l’a emmené au musée Saint-Pierre et il a évoqué avec verve et émotion ses années de jeunesse. » Nous n’en savons pas davantage sur la visite de Jaurès au musée des Beaux-Arts, mais on peut penser qu’il n’a pas manqué d’admirer les peintures murales qui ornent l’escalier monumental, œuvres du peintre lyonnais Puvis de Chavannes que Jaurès appréciait particulièrement. Dès qu’il en avait l’occasion, il s’octroyait de telles parenthèses culturelles, rares et précieux moments de pause et de détente durant ses déplacements. Ainsi, le 17 octobre 1909, lors de son arrivée à Vienne, ville située dans le Nord-Isère au bord du Rhône, il prit le temps d’en visiter les richesses archéologiques et architecturales en compagnie du maire socialiste Joseph Brenier et du conservateur des musées, avant de se consacrer à ses activités politiques. Et, à l’occasion de son ultime séjour bruxellois, le matin du 30 juillet 1914, il se rend au musée des Beaux-Arts revoir les primitifs flamands en compagnie du couple Sembat avant de rentrer à Paris. Car, pour Jaurès, ces moments consacrés aux arts sont aussi des moments de partage.

Le dimanche 26 juillet, en fin d’après-midi, Jaurès reprend le train pour Paris. Un incident ferroviaire survenu en gare de Dijon le contraint de dicter au téléphone, depuis les bureaux d’un journal local, le contenu de son éditorial, intitulé « Une lueur d’espoir», paru dans L’Humanité du 27 juillet.

Ce bref séjour à Lyon devait être si ordinaire que le contenu du discours sténographié n’est publié à l’origine que dans L’Avenir socialiste, le journal hebdomadaire de la Fédération socialiste du Rhône, daté du 1 er août 1914.

Il fut pour la première fois repris dans la Biographie de Jaurès, rédigée par Charles Rappoport en 1915. Pourtant, ce discours est devenu l’un des plus célèbres de Jaurès, « un grand classique jaurésien » comme l’écrit Gilles Candar[3]. Le contexte international suscité par la crise austro-serbe consécutive à l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 donne en fait et d’emblée à cette réunion un caractère particulier. En effet, dès le début de son discours, Jaurès mentionne qu’une demi-heure avant l’ouverture de la réunion, il a appris la rupture des relations diplomatiques entre la Serbie et l’Autriche-Hongrie. Dès lors, la crise s’accélère et le risque d’une guerre imminente de dimension européenne est devenu bien réel.

Le discours de Jaurès est avant tout une analyse de la situation internationale et un réquisitoire qui dénonce les responsables du risque de conflit menaçant désormais l’Europe

Aussi le discours de Jaurès change-t-il de nature : ce n’est pas un discours électoral de soutien au candidat socialiste. Même si Jaurès prononce quelques mots louangeurs à l’égard de Moutet[4], c’est avant tout une analyse de la situation internationale et un réquisitoire qui dénonce les responsables du risque de conflit menaçant désormais l’Europe. Discours sans doute improvisé, mais dont la rigueur de l’analyse et l’anticipation lucide de la nature du futur conflit expliquent en partie la célébrité. L’émotion et l’inquiétude de l’orateur transparaissent lorsqu’il évoque ce que serait cette guerre au vu du précédent que constituent les guerres balkaniques. En dépit du « désastre pour l’Europe » qu’il pressent, et même s’il « dit ces choses avec une sorte de désespoir », Jaurès veut encore croire que l’action du prolétariat peut « écarter l’horrible cauchemar ».

Un Manifeste pour la défense de la paix

Dès lors, l’élection partielle qui motive sa venue n’a plus la même signification : Jaurès fait du bulletin de vote des électeurs de la 6 ème circonscription du Rhône un Manifeste pour la défense de la paix : « J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce Parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix. »

Un discours testamentaire

Quels que soient la grande qualité du discours et l’impact qu’il eut visiblement sur le public, l’essentiel de sa célébrité tient au fait qu’il fut le dernier prononcé par Jaurès en France avant son assassinat : il prit donc a posteriori la « valeur d’un écrit testamentaire », selon la formule de Gilles Candar[5]. De plus, le fait qu’il ait été prononcé seulement quelques jours avant le début de cette guerre cauchemardesque qu’évoque justement Jaurès renforce sa dimension dramatique.

C’est donc bien à l’éclairage donné par ces événements immédiatement postérieurs que ce discours doit d’être si connu.

Pourtant, dans les années qui suivirent, le texte même fut l’objet de discussions et de polémiques au sein du Parti socialiste entre « majoritaires » partisans de l’Union sacrée et « minoritaires ». Le fait que ce discours n’ait été publié que dans un journal socialiste local favorise d’autant plus ces contestations. Mais, dans l’entretien publié dans Le Mouvement social, Marius Moutet, interrogé sur ces controverses (la véracité des propos étant notamment contestée par Renaudel), affirme qu’il peut « certifier l’authenticité du texte publié dans L’Avenir socialiste. Jaurès les [sic] a revues lui-même chez moi le lendemain et m’a exprimé son accord ».

Dans un article paru le 29 juillet 1938 dans l’organe régional du Parti communiste, La Voix du peuple, on lit : « Ici, à Lyon où Jaurès est venu quelques jours avant [l’assassinat], le 25 juillet 1914, l’atrocité du geste stupide de Villain est encore davantage ressentie. »

À Lyon, le discours de Vaise est, de fait, intégré dans les enjeux mémoriels qui suivent la mort de Jaurès, notamment avec les deux « grands témoins » que sont Marius Moutet et Georges Lévy, comme nous allons le voir dans les trois exemples suivants. Mais les deux hommes sont désormais devenus des acteurs de l’opposition fratricide entre partisans et adversaires de l’Union sacrée d’abord[6], puis entre socialistes et communistes après le congrès de Tours.

Le 31 juillet 1920, pour une importante réunion organisée le jour anniversaire de l’assassinat de Jaurès à Oullins, ville cheminote et ouvrière de la banlieue lyonnaise, Marius Moutet s’est fait excuser. En revanche, Lévy est présent[7] et « parlant de l’attitude de Jaurès à la veille de la guerre, [il] a rappelé qu’au cours d’une réunion qui eut lieu le 25 juillet 1914, Jaurès, dans son dernier discours, a condamné tous les rois, les empereurs et les gouvernements bourgeois de l’Europe, mais il a aussi fait ressortir que la France avait sa part de responsabilité dans les événements en cours ». Il conclut de manière polémique : « Personne ne sait ce que Jaurès aurait fait s’il vivait aujourd’hui pendant la période que nous traversons et on peut être certain que malgré tout l’empressement des bourgeois du socialisme qui veulent accaparer sa personnalité, il serait resté avec nous, avec les révolutionnaires[8]. »

Le 30 juillet 1922, à Villeurbanne où les socialistes du Rhône commémorent la mort de Jaurès, c’est Moutet qui « rappelle le dernier voyage de Jaurès à Lyon. Il y vint, huit jours avant la déclaration de guerre, et alors que les trains allaient emporter les jeunes soldats à la frontière, lui qui défendait encore son œuvre de paix, son idéal de fraternité entre les peuples ; il luttait passionnément contre l’horrible tuerie. Sans doute aurait-il fait entendre sa voix au-delà des frontières, lorsque son dernier souffle de vie lui fut arraché. […] Pendant la guerre, nous songions : que ferait-il s’il était là ? Ah ! Que de désastres il eût évités. Il avait la préoccupation de défendre ce pays qu’il aimait avec sa belle âme ; mais il savait aussi que toute victoire conquise par les armes, par la force n’était pas durable et engendrait fatalement l’idée de revanche. La seule paix, la vraie paix n’est pas celle qui s’impose par les armes, mais au contraire par la fraternité des peuples et par l’amour de l’humanité[9] ».

Enfin, pour le 25 ème anniversaire de l’assassinat de Jaurès, La Voix du Peuple du 28 juillet 1939 annonce en première page « un article de Georges Lévy qui était secrétaire de la Fédération socialiste du Rhône quand Jean Jaurès fit, à Lyon-Vaise le 25 juillet 1914, son dernier discours en France ». Lévy compare la situation de juillet 1914 et celle de juillet 1939 : « En cette période de juillet 1939, les événements qui nous mènent à une nouvelle guerre nous paraissent aussi imminents et aussi tragiques que dans cette même période de 1914. Et ces deux préoccupations essentielles qui au cours de sa multiple activité ont occupé la pensée de Jaurès : la lutte pour la paix et pour l’unité nationale des travailleurs, nous paraissent être, pour nous aussi, les deux préoccupations dominantes de l’heure, en y ajoutant la lutte pour l’unité internationale. »

Mais, en dépit des analogies, Lévy souligne les différences, les évolutions survenues en un quart de siècle, qui appellent « des méthodes nouvelles ». Et s’il souligne qu’il fut «en ce temps déjà lointain jauressiste », s’il voue « à sa mémoire le plus pieux des souvenirs », Lévy est aussi devenu un disciple de Lénine : « Aujourd’hui les événements ont changé, notre tactique ne pouvait rester la même et ne pas s’adapter à ces événements. Lénine le dit bien : la dialectique marxiste exige l’analyse de chaque situation historique particulière. »

Cependant, il conclut par un rapprochement entre « la foi qui animait l’apôtre de la paix et de l’unité en 1914 » et celle avec laquelle « notre parti communiste mène aujourd’hui le même combat ».

Lévy termine avec une phrase extraite du discours de Vaise que les communistes pourraient répéter selon lui : « Quoi qu’il en soit, citoyens, je dis ces choses avec une sorte d’espoir [on notera la variante par rapport à la version de L’Avenir socialiste communément reprise]. Il n’y a plus – au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie – qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation : c’est que le prolétariat rassemble ses forces… »

Après la Seconde Guerre mondiale, la référence mémorielle au discours de Vaise s’estompe à Lyon mais sans disparaître. En effet, le 6 mars 1991, une plaque commémorative est apposée au 51, rue de Bourgogne où se trouvait la salle Iller, dans le cadre d’un « hommage rendu par Roland Leroy, directeur de L’Humanité ». Elle porte l’inscription suivante : « Ici le 25 juillet 1914, Jean Jaurès, fondateur du journal L’Humanité, prononça son dernier discours pour la paix. »

On peut remarquer que cet hommage intervient juste au terme de la guerre du Golfe (2 août 1990-28 février 1991), contre laquelle s’est érigé le PCF[10]. Enfin, avec « L’année Jaurès » en 2014, on vit à Vaise une résurgence de la dualité des mémoires. Le site d’information et d’actualités Rue89Lyon titra le 23 juillet 2014 : « Jean Jaurès à Lyon : 100 ans après, qui commémorera le mieux l’homme politique ? ».

Le 24 juillet, au nom de la municipalité lyonnaise qu’il dirige, Gérard Collomb, alors socialiste, commémora le centenaire du discours de Vaise à la mairie du 9 ème arrondissement (lors de l’allocution prononcée par le maire de Lyon, certains auditeurs arboraient un masque de Jaurès pour contester la légitimité de cette commémoration par le premier magistrat de la ville) et une exposition consacrée au « Parcours de Jaurès » y fut inaugurée ; par ailleurs, le lendemain, les communistes se retrouvèrent pour un hommage au 51, rue de Bourgogne. Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité et député européen, prononça un discours et la fête populaire d’été du PCF, qui eut lieu également à Vaise le 25 juillet 2014, fut appelée « fête de la paix ». Un portrait de Jaurès extrait d’une des célèbres photographies prises lors du meeting du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 était reproduit sur l’affiche.

Ainsi peut-on dire que le « Discours de Vaise » est un discours célèbre prononcé dans le cadre d’un déplacement en définitive peu connu. La dimension locale de la réunion se perd dans la renommée du discours : on se soucie en général bien peu de savoir, par exemple, que Marius Moutet était en ballottage favorable le soir du 26 juillet et qu’il fut élu début août après l’assassinat de Jaurès, dans la tourmente de la déclaration de guerre… Par ailleurs, ce déplacement de Jaurès le 25 juillet 1914 peut paraître incongru dans le contexte d’une crise internationale qui met l’Europe au bord du gouffre. C’est oublier que, jusqu’au soir du 25 juillet justement, Jaurès pensait que cette crise, comme les précédentes, s’étendrait sur une période assez longue, lui donnant, ainsi qu’aux instances socialistes, le temps d’agir. Le 5 juillet, à Rochefort, il disait encore : « Depuis dix ans, il n’y a pas une année où ne se répande la rumeur d’une guerre imminente. » Comme le souligne Jean-Jacques Becker : « Tous les participants de ces événements ont été surpris par la rapidité des enchaînements. Ils croyaient être entrés dans une crise qui durerait un certain temps avec de nombreux épisodes et ils se sont trouvés en guerre en quelques jours[11]. »

Jaurès pensait donc aussi avoir le temps de venir soutenir Marius Moutet à Lyon, d’autant plus que ce type de déplacement s’inscrit de manière très usuelle dans son activité politique. En effet, Jaurès répond à de multiples et diverses sollicitations, et la chronologie de ses déplacements à travers la France depuis son élection comme député socialiste à Carmaux en 1893 est très longue ! Il est ainsi venu plus d’une trentaine de fois dans les départements qui formèrent bien plus tard la région « Rhône-Alpes ».

Le discours de Vaise nous rappelle, en définitive, que « le caractère national du rayonnement de Jaurès ne lui vient pas, et de très loin, seulement de Paris, ni même du Languedoc[12] ».

Focus : Jean Jaurès, Marius Moutet et Georges Lévy La réunion du 25 juillet 1914 illustre aussi les liens existants entre Jaurès et certains hommes politiques locaux. Ainsi Jaurès a-t-il eu l’occasion de rencontrer Marius Moutet et sans doute aussi Georges Lévy, bien des années auparavant. En premier lieu, Marius Moutet et Georges Lévy sont de la même génération : le premier est né en 1876 et le second en 1874. Tous deux militent à la fin des années 1890 dans les rangs des étudiants socialistes de Lyon et viennent à la politique dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Le groupe des étudiants socialistes de Lyon fait partie de la Ligue d’action et de défense républicaine, créée le 8 octobre 1898, qui organise de nombreuses réunions dreyfusardes. Elle invite notamment Jaurès pour un grand meeting le 23 octobre 1898 à Lyon qui eut un retentissement très important. Dans l’entretien qu’il donne au Mouvement social, publié en avril-juin 1962, Moutet en parle en ces termes : « Jaurès vint parler pendant “l’Affaire”, devant un public énorme, 10 000 à 15 000 personnes. » Le temps écoulé depuis les faits amène sans doute Moutet à amplifier les choses, car elles étaient en réalité 4000, ce qui est toutefois considérable, d’autant que plusieurs milliers de personnes ne purent entrer et restèrent à l’extérieur de la salle. En second lieu, Moutet et Lévy sont de fervents partisans de l’unité socialiste et les deux hommes s’opposent à ce sujet à Victor Augagneur, maire socialiste de Lyon entre 1900 et 1905. Moutet contribue à la création de la fédération socialiste SFIO du Rhône en 1905 et en devient l’un des principaux militants. Or, le 24 juin 1905, Jaurès vient participer au meeting d’ouverture du congrès départemental de cette fédération nouvellement et difficilement unifiée, née le 15 mai précédent. Jaurès connaît Marius Moutet qui affirme dans l’entretien publié par Le Mouvement social : « Je suis allé parfois chez lui, notamment pour lui demander de prendre la parole aux funérailles de Francis de Pressensé, en janvier 1914. »

À Vaise, Jaurès fait l’éloge du candidat qu’il est venu soutenir en ces termes : « Vous l’avez vu à l’œuvre dans votre région, vous connaissez sa valeur intellectuelle, sa valeur morale, sa force de travail et de dévouement à l’œuvre d’émancipation ouvrière et de propagande socialiste. » Le 25 juillet 1914, Georges Lévy, secrétaire de la Fédération socialiste du Rhône, est aux côtés de Marius Moutet et de Jean Jaurès et, quelques jours plus tard, le 30 juillet, les deux hommes politiques lyonnais prennent la tête d’une manifestation pour la paix, place Bellecour. Leurs chemins se séparent avec la Première Guerre mondiale : Moutet, élu député de la 6 e circonscription du Rhône le 2 août 1914, adhère très rapidement et avec ferveur à l’Union sacrée, avant d’évoluer vers le courant « centriste » animé par Jean Longuet. En revanche, Georges Lévy, mobilisé comme médecin militaire dans l’armée d’Orient, rapatrié en 1915 en raison d’une crise de paludisme, rallie très tôt les rangs des socialistes qui rejettent l’Union sacrée. En 1920, la question de l’adhésion à la III e Internationale est une nouvelle source de discorde entre les deux hommes : Moutet est de ceux qui refusent l’adhésion (il signe avec Blum, Auriol, Renaudel notamment, le manifeste qui se prononce en ce sens). En revanche, Georges Lévy s’y montre très favorable. Dans les années 1920, Marius Moutet se montre très assidu aux commémorations jaurésiennes. Il assiste à plusieurs réunions organisées par la Fédération du Rhône pour l’anniversaire de la mort de Jaurès, mais il est aussi présent à l’inauguration de monuments dans diverses régions de France, comme à Carmaux en juin 1923, où il lit une page de Jaurès à l’occasion de l’inauguration du groupe sculpté par Georges Pech, ou à Dole le 24 janvier 1924 notamment, en tant que « député du Rhône, délégué du Parti socialiste ».

Avec l’amiral Louis Jaurès et Léon Jouhaux, il est au nombre des personnalités qui prennent alors la parole pour l’inauguration du monument Jaurès. Georges Lévy n’est pas en reste. On relève à diverses reprises sa présence aux conférences-concerts régulièrement organisées par les communistes à Villeurbanne dans les années 1920 pour Jean Jaurès 1914 l’anniversaire de l’assassinat de Jaurès.

Avec la signature du pacte d’unité d’action en 1934 et la mise en place du Front populaire, Jaurès devient un symbole de cette union des gauches et Georges Lévy compte parmi les personnalités présentes aux commémorations unitaires organisées à Lyon pour lui rendre hommage et en faveur de la paix le 3 août 1935 (il est alors un des orateurs qui s’expriment dans la nouvelle Bourse du travail), et le 31 juillet 1937 (lors du grand rassemblement qui réunit vingt mille personnes dans le quartier de Perrache).

Les années suivantes marquent le retour à la division des gauches, mais Georges Lévy poursuit sa contribution mémorielle notamment au travers d’articles jusqu’à la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, les trajectoires, à bien des égards similaires dans le militantisme politique de ces deux hommes jusqu’à la Grande Guerre, se séparèrent ensuite et leurs carrières politiques furent inégales. Moutet fut député du Rhône puis de la Drôme de 1914 à 1936, puis de 1945 à 1947, avant de devenir sénateur, il fut aussi ministre des Colonies dans les deux cabinets Blum du Front populaire et redevint ministre sous la IV e République ; Lévy devint député du Rhône en 1919 puis il fut à nouveau élu en 1936 dans la circonscription de Villeurbanne dont il fut nommé maire à la Libération, avant d’être battu en 1947[13]. Mais ils firent partie de ces hommes politiques locaux qui approchèrent et admirèrent Jaurès et ils restèrent, en définitive, chacun à leur manière, des acteurs de la mémoire jaurésienne. En juin 1959 encore, alors qu’il préside comme doyen d’âge l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale à Strasbourg, Marius Moutet affirme dans son discours : « Je ne puis jamais oublier qu’il y a quarante-cinq ans, je suis entré dans la vie parlementaire sous les auspices d’un grand homme de la naissance de qui nous allons célébrer bientôt le centenaire : Jean Jaurès. Et si je tiens à le citer, ce n’est pas parce que socialiste mais parce que ses avertissements, au cours de mon élection, quelques jours avant qu’il soit assassiné le 31 juillet 1914, sont de ceux qui aujourd’hui encore doivent être médités[14]. »


[1] Aujourd’hui, Vaise se trouve dans le 9 ème arrondissement de Lyon.

[2] Le Progrès, 25 juillet 1914.

[3] Gilles Candar, Jean Jaurès, justice d’abord !, Éditions Le Monde, coll. « Les rebelles », Paris, 2012, p. 181.

[4] Voir le focus consacré à Jaurès, Moutet et Lévy.

[5] Gilles Candar, op. cit., p. 181.

[6] Marius Moutet a d’abord été un fervent partisan de l’Union sacrée, avant d’évoluer vers le courant « centriste » constitué autour de Jean Longuet (information transmise par Gilles Candar). Georges Lévy a très vite rallié le courant des « minoritaires ».

[7] « Médecin des pauvres », Lévy s’est établi à Oullins depuis 1900.

[8] Archives départementales du Rhône, 4M268, rapport du commissaire spécial, 1 er août 1920.

[9] Le Progrès, 31 juillet 1922.

[10] Voir, par exemple, l’article « Les enseignements de la guerre du Golfe », paru dans L’Humanité du 13 mars 1991.

[11] « La II e Internationale et la guerre », Les Internationales et le problème de la guerre au XX e siècle, Publications de l’École française de Rome, 1987, p. 17.

[12] Madeleine Rebérioux, « La caricature politique et Jaurès vivant », dans Jaurès et ses images, Paris, Société de bibliologie et de schématisation, 1985, p. 23.

[13] Cf. les notices sur Marius Moutet et Georges Lévy dans le Maitron.

[14] Archives départementales de la Drôme, La Volonté socialiste, 27 juin 1959

Source: Fondation Jean Jaurès. 31 juillet 2020.

 

Michel Onfray. Sa sombre vision du … “monde d’après »

Invité le 17 juillet du think-tank et de la web TV Thinkerview, Michel Onfray a abordé de nombreux sujets en détails. Parmi ceux qui lui tiennent le plus à coeur, après avoir évoqué l’actualité politique et “la France de Macron”, le philosophe a enchaîné longuement sur … la décadence de la civilisation européenne: “Nous allons disparaître, l’Occident va disparaître”, estime-t-il, ajoutant: “La France en est à un stade de coma et de mort avancé”.

«Nous allons disparaître, l’Occident va disparaître. Il n’y a aucune raison pour qu’il puisse continuer à durer», martèle-t-il, expliquant que “la déchristianisation et la mort de Dieu sont parmi les vecteurs du déclin de l’Occident”.

«Le christianisme ne fonctionne plus»

“Le christianisme ne fonctionne plus chez les chrétiens: ils ne croient plus au purgatoire, à l’Enfer, à la parousie, à Satan, à l’eucharistie, à la virginité de Marie… […] Tout ce qui était dogmatique, tout ce qui supposait une foi a disparu. […] On a un Pape qui est un boy-scout, qui nous dit qu’il faut aimer ceci ou cela, sauver la planète. C’est Greta Thunberg sans la transcendance: ce qui fait le fond de notre civilisation est épuisé”.

Michel Onfray explique que bien sûr, la déchristianisation n’est pas la seule raison dudit déclin: “l’appétence contemporaine pour la déconstruction serait à l’origine du phénomène”, ajoute-t-il.

“Nous sommes dans une civilisation de l’épuisement. Nous n’aimons que ce qui nous déteste, tout ce qui nous détruit est perçu comme formidable”, dit-il, évoquant … “une passion pour la déconstruction”: “Il faut détruire la vérité, l’Histoire”.

Combattre la décadence jusqu’au bout

S’affirmant déterminé à combattre jusqu’au bout cette décadence, le cofondateur de Front Populaire reste sombre: S’il ne croit pas “qu’on pourrait changer véritablement les choses”, il affirme la nécessité de Résister: “Mais il faut résister, tenir debout”, et refuser “l’avachissement, la génuflexion”.

Répétant ce pronostic sombre d’une France rendue à “un stade de coma et de mort avancé”, Onfray avance que “l’état de barbarie” observé actuellement serait en phase de générer une autre civilisation, “fruit d’une connivence inconsciente entre ceux qui prétendent défaire l’ordre mondial, idiots utiles du capitalisme, et les individus disposant d’une richesse planétaire”.


Créée en janvier 2013, Thinkerview est une émission-débat française indépendante lancée en janvier 2013, proche du milieu du hacking, animée par Sky. L’émission diffuse de longues entrevues sans montage, avec des personnalités d’horizons différents, sur sa chaîne YouTube suivie par plus de 600 000 abonnés.

Malika Sorel nous prévenait dès 2015…

La décolonisation a traumatisé tout le monde,

Que ce soient des intellectuels maghrébins qui tentent de nous ouvrir les yeux, montre le degré de lâcheté et de soumission des politiciens qui nous gouvernent depuis quarante ans. 

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