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La Turquie quitte la Convention…

…d’Istanbul réprimant les violences contre les femmes

Le décret présidentiel, qui annule l’engagement de la Turquie, signé en 2011, à adopter une législation réprimant la violence domestique, signale une régression de la condition des femmes en Turquie.

Le principal parti d’opposition CHP a critiqué cette décision du président Erdogan. YVES HERMAN / REUTERS

C’est un véritable camouflet pour les femmes turques. Dans la nuit de vendredi à samedi, le président Erdogan a retiré le pays de la Convention d’Istanbul qui lutte contre la violence faite au second sexe. «J’y vois un permis de tuer ! » s’enflamme Burcin, une mère de famille, en ralliant en fin d’après-midi un rassemblement de protestation improvisé devant l’embarcadère des bateaux de Kadikoy, sur la rive asiatique. Le décret présidentiel, qui annule l’engagement de la Turquie, signé en 2011, à adopter une législation réprimant la violence domestique, signale une régression de la condition des femmes en Turquie. Il est d’autant plus choquant qu’il intervient à l’issue d’une année particulièrement meurtrière : en 2020, 300 femmes ont été assassinées en Turquie. Sur la seule année 2021, 77 femmes ont été tuées en 79 jours d’après les ONG. « Annoncer en pleine nuit le retrait de la convention d’Istanbul, alors que nous apprenons chaque jour que de nouvelles violences sont commises contre les femmes, a de quoi remplir d’amertume », s’est insurgé le maire d’Istanbul et rival affiché du président, Ekrem Imamoglu.

Le sujet faisait débat depuis plusieurs mois, après qu’un responsable du parti islamo-conservateur au pouvoir, l’AKP, eut ouvertement suggéré d’abandonner le traité l’année dernière. Raison invoquée : la charte nuirait à l’unité familiale, encouragerait le divorce et ses références à l’égalité favoriseraient la communauté LGBT, actuellement dans le collimateur des autorités. De quoi faire bondir les associations féminines et les défenseurs des droits de l’homme qui avaient déjà signifié leur inquiétude en descendant à plusieurs reprises dans les rues d’Istanbul et d’autres villes pour exhorter le gouvernement à renoncer à son dessein. En vain.

Cherchant à faire passer la pilule, le gouvernement argue ce samedi qu’il n’a pas besoin d’un tel traité pour que les femmes soient respectées. La Constitution et la réglementation intérieure de la Turquie seront la «garantie des droits des femmes», assure Zehra Zümrüt Selçuk, ministre de la famille, du travail et des services sociaux, selon l’agence de presse Anatolie. Mais la confiance est rompue. «Renoncez à cette décision, mettez en œuvre la convention», ont scandé, ce samedi, des foules en émoi dans plusieurs villes du pays, où l’on a pu les entendre citer à tue-tête les noms de toutes les victimes de féminicides de l’année passée.

L’annonce, concomitante avec le limogeage du gouverneur de la banque centrale, et qui suit de près la menace d’interdiction du parti d’opposition HDP, intervient dans un contexte particulièrement tendu. D’aucuns voient dans ces décisions à la chaîne une double volonté d’Erdogan de renforcer sa base conservatrice tout en donnant des gages à ses alliés ultranationalistes dans la perspective du scrutin présidentiel de 2023. Un jeu d’équilibriste à la fois risqué et dangereux pour l’avenir du pays que l’Europe – qui venait tout juste d’amorcer un dégel avec Erdogan – observe avec préoccupation. «La décision de la Turquie (…) est une nouvelle dévastatrice (…) qui compromet la protection des femmes», déclare le Conseil de l’Europe dans un communiqué.

À voir aussi – Turquie: Erdogan dit vouloir «remettre sur les rails» les relations avec l’Europe

 

Programme sur la Laïcité et le « Fait Religieux »

Qui sont-ils : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, les Evangiles, le Coran ?

Mais qui sont-ils… Moïse, Jacob, David, Salomon, Jésus, Marie, Paul, Mohamed, Ali, Confucius, Bouddha, Baha-U’llah ?

Et que savons-nous des religions du monde ? D’où viennent-elles ? A quelle époque ont-elles été fondées ? Par qui ? Quels en sont les rites, les manifestations ?

Nous illustrerons le Judaïsme, le Christianisme, l’Islam, l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Taoïsme, le Chamanisme, le Vaudou, sans oublier la place et l’enjeu de la LAICITE dans notre société.

Le Concept du Fait Religieux est un sujet dont on parle peu. Il s’agit d’appréhender son Histoire pour mieux saisir le but.

Des les premières décisions de l’Etat et de l’adoption de la Laïcité, nous avons noté une perte inquiétante de références culturelles et les conséquences sur la compréhension de l’Histoire, la Littérature, des Arts, sur la marche du monde moderne. Lionel Jospin, en 1989 demande une étude.

Le philosophe Régis Debray dénonce « l’analphabétisme religieux ». Les religions doivent être étudiées avec des méthodes du raisonnement scientifique, relevant davantage de la Sociologie et de l’Anthropologie que de la Foi. Voir le document complet :

 LE FAIT RELIGIEUX présention générale

Continuer la lecture

Ce travail doit être mis en valeur avec ton CV… 

Serais-tu d’accord pour installer ce chef d’oeuvre écrit sur « L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE »?

Bien cher Jean, 

Pour cette nouvelle année, je te présente mes meilleurs voeux avec l’espoir que 2021 apporte plus de paix et de solidarité dans notre société malmenée par l’épidémie. 

C’est avec beaucoup de retard que je réponds à ton mail traitant le sujet de L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE. Je l’ai trouvé excellent. Je n’en aurais pas fait autant. Serais-tu d’accord pour insérer ce texte concis et précis sur mon site: https://education-citoyenneteetderives.fr car en tant qu’éducateurs, il est important de faire connaître nos travaux, la formation étant l’essentiel de notre mission. Il faut penser à nos universitaires. Cette synthèse sera mise en valeur accompagnée d’un petit CV sur ton parcours à la PJJ. 

En espérant avoir ton accord,

Bien fraternellement

BENABADJI Foudil Aumônier Référent des Hôpitaux de la Savoie, www.education-citoyenneteetderives.fr, Pensez à l’environnement avant d’imprimer ce message – Think Environment before printing

Voici la réponse de Jean Guery, un ami connu depuis 1959. Nous étions regroupés au Centre d’Observation Public de l’Education Surveillée (COPES) à Collonges au Mt d’Or dans le cadre de la formation du métier d’éducateur. « L’Education Surveillée » devenue « Protection Judiciaire de la Jeunesse » (PJJ). 

Mon CV ES-PJJ: éducateur sur contrat au COPES de Collonges au Mont d’Or, major de promotion (entrée et sortie) au concours externe d’éducateurs au CEFRES de Vaucresson, délégué permanent à la L.S au T.E de Rouen, directeur (création) du FAE de Villiers sur Marne, directeur du COPES de Juvisy sur orge puis du Plateau de Champagne de l’Essonne (avec l’IPES de Savigny sur Orge), ENA (formation continue des sous-directeurs d’Administration Centrale); Directeur Régional à Rennes de Bretagne-Pays de Loire, Directeur Régional à Montpellier (création) du Languedoc-Roussillon. Officier de la Légion d’Honneur et du Mérite National.         Jean GUERY

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L’ I S L A M

             L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE

            « L’histoire sans cesse interrogée est condamnée à la nouveauté » disait en 1985 Fernand BRAUDEL.

           Il ne faut être certain de rien, voire douter de tout. Ainsi, mon manuel d’histoire, Mallet-Isaac, m’avait appris dans les années 50 que Clovis avait été baptisé à Reims par St Rémy en 496. Or, les derniers historiens Champenois affirment maintenant que ce fut en 507! Nombre d’auteurs antérieurs écrivaient: 499, 508; les plus incertains se donnant une marge: entre 406 et 511.Ceci pour illustrer que ce que nous savons aujourd’hui de l’Islam me paraît tout aussi incertain.

           L’Islam, je l’ai cotoyé sans le connaître. D’abord, étudiant, donnant des cours d’alphabétisation à de jeunes algériens venus travailler en France.

Ensuite, pendant vingt-huit mois dans une unité de Tirailleurs maghrébins entre frontières, Tunisienne, Algérienne et Libyenne. Enfin, en tant que professionnel du Ministère de la Justice à propos de la délinquance des mineurs nord-africains. Que savais-je? A vrai dire, pas grand chose, si ce n’est, plus ou moins généralisé, le port du voile de leurs femmes, les ablutions rituelles, la prière – prosternation à l’est (la Salât), leurs interdits alimentaires aux premiers rangs desquels, le porc et l’alcool, le jeûne du Ramadan (Sawm), enfin le pélerinage à la Mecque pour les plus croyants et les plus fortunés d’entre eux, les « hajj ». Manquaient la « Chahada », soit la profession de foi et la « Zakât », l’aumône légale.

Soit les cinq piliers de l’Islam.

          Mais l’Islam est complexe! Ainsi, au delà des terroristes qui s’en réclament et dont chacun se souvient des actes sanglants, voyez, la Tunisie, seul pays arabe, qui s’est donné un ministre Juif, René Trabelsi, originaire de l’île de Djerba, où la communauté israélite groupée autour de la synagogue de la Ghriba, objet d’un attentat d’Al-Qaïda en 2002, a compté jusqu’à 100000 personnes (1500 aujourd’hui!). Voyez aussi la franco-marocaine, Zineb el Rhazoui, chroniqueuse à Charlie-Hebdo, menacée de mort pour avoir défendu la laïcité, après avoir notamment déclaré sur « C-News », le 19 – XII- 18, que « l’Islam doit se soumettre aux lois de la République, à la critique, à l’humour, au droit français ».

     Avec le temps, je me suis intéressé à l’histoire de l’Islam, de Mohamed, son Prophète, de ses successeurs, du syncrétisme de sa religion, de ses conquêtes militaires et commerciales, de sa riche culture médiévale (Biruni, en l’an mille, au savoir encyclopédique; Avicenne le touche à tout à la même époque, philosophe, mathématicien et médecin; Averroès, le magistrat, médecin, aristotélicien du 12° siècle; Ibn Arabi, le mystique andalou du treizième siècle; Rûmî, le poète Soufi d’Anatolie à la même époque; Ibn Khaldoun, l’historien tunisien du quatorzième siècle). Ce qui m’amena à produire quelques travaux. L’un, traitant des Sémites, dont les Arabes sont ceux des tribus de la péninsule, limitée parl’arc des montagnes d’Arménie et de Perse et par les fleuves du Tigre et de l’Euphrate. Un autre texte, sur la bataille de Poitiers en 732, date et lieu aussi improbables que celles du baptême à Reims de Clovis en 496.

       L’Arabie du VII° siècle est un lieu de circulation de peuples, d’idées et de croyances. Certaines tribus sont juives, d’autres chrétiennes ou païennes. C’est là que va mûrir ce qui va devenir l’Islam.

        Trois grandes questions se posent.

  1. Qu’est-ce que l’Islam?

 Muhammad (570-1 / 632). Ou Mohamed, OU Mahomet.

2. Les sources biographiques sur Mahomet sont quasiment toutes musulmanes: le Coran (racine arabe « Qur’àn » i.e: récitation, lecture), la Sira (vie du Prophète) et les Maghazi (campagnes militaires). Hormis le Coran, ces textes ont été, dans le meilleur des cas, rassemblés et rédigés au VIII° et IX° siècle.

        Selon la tradition musulmane, cette région, où aucun monothéisme ne s’est encore imposé, du moins à la Mecque, voit le jeune Muhammad, « le loué », venu là en caravane rencontrer le moine Bahira, car la Christianisation remonte au 3 ème siècle. Celui-ci lui prédira son destin.

            Tôt orphelin, Mohamed est recueilli par son grand-père, puis par son oncle, père de son cousin et futur gendre, Ali. Commerçant caravanier, notamment en Syrie, où il rencontre chrétiens et juifs,Mohamed épouse sa patronne, la riche veuve Khadija, de quinze ans son aînée. Influencé également par les devins arabes, inspirés, dit-on, par les djinns,avec des périodes de retraite et de réflexion dans une caverne de la montagne de Hira, proche de la Mecque, il se croit, vers 610, possédé d’un esprit malin. Ce dont il s’ouvrira à Khadija et à un cousin de celle-ci, lui christianisé, qui voit là une expérience semblable à celle de Moïse. A la suite de quoi, l’agent de la révélation sera identifié à l’ange Gabriel. Après ce premier appel, Mohamed passera encore 10 à 15 ans à la Mecque. D’autres révélations, épisodiques, se poursuivront. Vers 614, il se fit entendre publiquement, réunissant quelques adeptes, mais suscitera plutôt les railleries et la réprobation des Mecquois. Mohamed, combattant le polythéisme, prêche le retour à Dieu, Allah, la générosité et l’aide aux faibles. Il annonce le jugement dernier, précédé d’une résurrection des corps, avec comme corollaires les tourments de l’enfer et les délices du paradis. Vers 619, il perd sa femme et son oncle. Mahomet se met en quête de soutien, établissant des contacts avec les habitants de Médine, où vivaient des Juifs arabisés, et où il émigre en fait vers 622. (Année considérée comme l’an 1er de l’ère musulmane). S’en suivent une succession de batailles remportées par les Musulmans de Médine contre les Mecquois. Notamment: en 624 à Badr, puis au Fossé. Ce sera enfin la conquête de la Mecque en 630.En mars 632, Mohamed accomplit le pèlerinage complet selon les antiques rites païens, qu’il avait islamisés. Il sévit contre ses opposants et meurt en juin de la même année. C’est le septièmesiècle.

           Au delà d’avoir été le transmetteur de la révélation, Mohamed fut chef politique, juridique et militaire. Il s’était assigné pour but d’organiser le nouvel état musulman. C’est d’abord la Constitution de Médine, qui définit les grandes lignes d’une communauté, la Oumma, de caractère confessionnel. Mahomet ne donnait pas à penser qu’il voulait créer une nouvelle religion, mais opérer un retour au monothéisme originel. Ainsi, vers 623-624, le sanctuaire païen de la Mecque, fondé dans sa vision des choses par Abraham et son fils, Ismaël, devient le point focal de sa religion. C’est en sa direction, la Qibla, que doit se faire la prière canonique. Les versets coraniques de cette époque énoncent les dispositions les plus importantes concernant le culte: prières, pèlerinage, jeûne; comme des prescriptions familiales et sociales: mariage, transactions commerciales; définitions des délits graves et les peines encourues. En même temps, Muhammad légifère lui même.

          Ses paroles, ses actes et son assentiment tacite sont la seconde source, la Sunna, de la loi musulmane après le Coran. Bien que le Coran fasse de luiun mortel comme les autres,Mahomet a été l’objet d’un véritable culte avec ses reliques, ses miracles, son ascension céleste. Sans oublier le voyage nocturne, qu’il aurait accompli à Jérusalem durant sa période mecquoise; ce sera un des thèmes de méditation des Soufis.

  1. Les SUCCESSEURS du PROPHETE.

        Héritières du pouvoir temporel et spirituel du Prophète, des dynasties ont régné sur les grandes aires de l’Islam, de l’Arabie à l’Espagne, de la Turquie à l’Inde. Leurs rivalités ont engendré querelles et guerres pour le contrôle de leurs sphères d’influence. « La tradition musulmane, écrit Héla Ouardi, a tendance à présenter le règne des quatre premiers califes, comme un temps idyllique. Or, il y eut une déchirure précoce avant la grande discorde, 85 ans plus tard, entre Sunnites et Chiites, qui vit les plus proches du Prophète rivaliser de trahisons, de pactes secrets, de corruption et de menaces de mort pour s’emparer d’un pouvoir totalement inédit. Tous sont liés à Mouhammad, à des degrés divers, par la religion, mais aussi par des alliances matrimoniales et le sang versé sur les champs de batailles».C’est le passage d’un mouvement religieux centré sur une figure charismatique à une civilisation impériale.

       Dès la mort de Mouhammad en 632, se pose en effet la question du pouvoir, avec le souci de trouver un remplaçant (Khalifal) à « l’envoyé de Dieu ». Les Médinois soutiennent qu’ Ali, son cousin, époux de sa fille, Fatima, et père de ses petits fils, Hassan et Hussein, peut hériter de la fonction et la transmettre. Mais on choisit l’ami de Mahomet, Abou Bakr, auquel succède Omar qui donne un élan décisif aux conquêtes; puis Othman. Ali pressenti depuis longtemps, lui succédera enfin et meurt en 661. Il laisse le califat à son rival, cousin d’ Othman, Moawiya, gouverneur de Syrie, qui s’installe à Damas, créant ainsi la dynastie des Omeyades, régnant de l’Espagne à l’Indus.

        Mais des descendants du Prophète sont hostiles aux Omeyades. Ils lèvent une armée qui, à partir de l’Iran, marche sur l’Irak, la Syrie et l’Égypte,renverse les Omeyades et installe un nouveau califat de 750 à 945, celui des Abassides, avec pour capitale, Bagdad. Seul, un jeune Omeyade, Abdel-Rahman, échappe au massacre des siens. Il se réfugie au Maghreb, en Ifriqiya (Tunisie), restant toutefois aux Abassides, mais confiée aux Aglabides, émirs héréditaires de Kairouan. Abdel conquiert l’Espagne musulmane en 756 et crée la dynastie des Omeyades de Cordoue, qui durera jusqu’en 1031. A partir de 945, le calife de Bagdad est mis sous la tutelle des Bouyides, mercenaires chiites iraniens. En 1055, les Turcs, Seljoukides, sunnites, chassent les Bouyides et remplissent à leur tour le rôle de protecteurs avec le titre de sultan. Ils battront les Byzantins, mais s’affaiblissent au XII° siècle, laissant la place aux Mongols, qui prennent Bagdad en 1258 et imposent une autorité non musulmane sur des terres d’Islam.

         Concurrents des Abbassides dès le X° siècle, dans le lointain Maghreb apparaissent les Fatimides, chiites ismaéliens venus de Syrie.Ils tirent leur nom de Fatima, la fille du Prophète, dont ils affirment descendre par Ismaël. C’est le septième imam selon eux. En 909, ils prennent la place des Aglabides de Kairouan, se donnent le titre de Calife et soumettent presque tout le Maghreb, s’opposant aux Omeyades de Cordoue, dont l’émir, Abdelrahman, qui se proclame en 929, lui aussi, calife, défenseur du sunnisme. En 970, les Fatimides prennent l’Egypte, ils contrôlent la Syrie-Palestine et même le Yémen, avant d’être remplacés en 1252 par les mercenaires Mamelouks, eux mêmes dominés par les Ottomans à partir de 1517.

        Les Ottomans sont des Turcs, dont le premier des ses chefs, Osman, donnera le nom à la dynastie. En 1366, les Ottomans fixent leur capitale àAndrinopleet conquièrent progressivement les Balkans jusqu’à la conquête de Constantinople en 1453. De ce moment, ils deviennent au XVI° siècle la principale puissance de la Méditerranée, de l’Europe et de l’Asie occidentale, avec des conquêtes en Egypte, au Maghreb, dans le Caucase et en Europe centrale. Après l’apogée de Soliman le Magnifique au XVI° siècle, les Ottomans restent vigoureux face à l’empire austro-hongrois et face à l’empire iranien chiite des Safavides, instituant le Chiisme comme religion d’État. Puis, c’est la stagnation au XVIII° siècle. Enfin, le dépeçage par les Européens au XIX° siècle, avant la destruction définitive de l’empire après la guerre de 14 -18.

 LE LIVRE SACRE des MUSULMANS.

        C’est le Coran, qui rassemble selon la tradition les paroles divines descendues sur le Prophète, Mahomet, au cours d’une période estimée par l’historiographie musulmane à 22 ans, soit de 610 à 632.

        A la première révélation au mont Hira, Mahomet a 40 ans. Il entendra par intervalles des messages, qui se présentent en petits groupes, soit 114 chapitres (sourates) divisés en versets (ayat). La première sourate est la « fatiha » qui comporte la profession de foi du musulman.

        Le corpus coranique ne suit pas la chronologie des révélations. Il ne s’agit pas d’un récit de vie qui relaterait, en totalité ou en partie, la vie de Mahomet. Les enseignements divins n’y sont pas, non plus, ordonnés suivant une chronologie ou une thématique.Pour autant, ils ne sont pas détachés du

contexte, puisque le livre multiplie à souhait les interpellations, les réfutations, les injonctions. Allusion est faite, de surcroît, à des évènements que nous aurions du mal à situer sans un éclairage extérieur. Or, celui-ci est fourni par un ensemble d’ouvrages et de traditions orales, qui sont venus très tôt aider fortopportunément le musulman dans sa lecture. Ainsi, de la « Sira » (vie du Prophète) et des « Hadiths » (faits et paroles du Prophète), qui ont procuré un guide de lecture permettant de relier un verset, ou un passage, à un moment particulier.

         Dans la conception musulmane, la « révélation » coranique succède aux autres révélations, c’est à dire à la Torah et aux Évangiles, qu’elle vient confirmer. Le Coran honore particulièrement Abraham, dont il fait le fondateur de la « Kaaba » et de rites pratiqués à la Mecque. Il accorde aussi une place à part à « Jésus, fils de Marie », prophète qui n’est pas mort sur la croix. Le Coran repousse à plusieurs reprises le soupçon de plagiat, et accuse les Juifs et les Chrétiens d’avoir falsifié leurs écritures. Le Coran serait la réplique d’un archétype qui demeure au ciel, gravé sur la « Table gardée » et considéré comme « la mère du Livre ». Ceserait aussi le dernier message envoyé par Dieu, auquel rien ne succédera avantla fin des temps.Il enseigne que tout vient de Dieu et y retourne. A Mahomet, il a enseigné la « religion parfaite » de la « soumission » à Dieu (sens du mot, Islam). Rassemblé en un volume à l’initiative du 3ème calife, Othman, le Coran est stabilisé à la fin du 7ème siècle, mais il fallut près de trois siècles ensuite pour parvenir à un texte définitif. C’est la version égyptienne de 1923, basée sur l’une des sept lectures canoniques, qui s’est imposée aujourd’hui dans le monde musulman sunnite.

L’ISLAM en FRANCE.

  1. Il s’agit essentiellement de la confession Sunnite, notamment de l ‘école Malikite, dominante au Maghreb, où les juristes ne craignent pas d’innover, comme ils l’ont montré en Tunisie en interdisant, par exemple, la polygamie. Il y a aussi, compte-tenu de l’émigration turque, l’école Hanafite, qui laisse une grande liberté d’interprétation personnelle aux juristes pour définir les règles de vie conformes à l’Islam. C’est la doctrine la plus libérale et la plus souple du Sunnisme.

        A noter, les écoles Chafiite influente en Égypte et à Mayotte, Hanbalite, rigoriste comme en Arabie Saoudite, sous la forme du Wahhabisme.

        Il n’ y a en France que très peu de personnes relevant de la confession Chiite, comme en Iran.

         Les Français ont peu retenu des fêtes religieuses musulmanes: le nouvel an commémorant l’hégire (Moharram), l’exil de Mahomet de la Mecque à Médine, la naissance du Prophète (Rabi al awal), la nuit du Destin (révélation) et la nuit de l’Ascension (voyage nocturne de Mahomet de la Mecque à Jérusalem, puis jusqu’à Dieu). Ils connaissent par contre pour la plupart: l’Aïd el Kebir, soit la fête du sacrifice du fils d’Abraham, Ismaël, demandé par Dieu, (idem chez les Hébreux avec Isaac). Sacrifice que l’ange Gabriel substituera par un mouton mâle. A moindre degré, ils connaissent aussi l’Aïd al Fitr, soit celle de la rupture du jeûne de Ramadan.

          Chez les Chiites, il y a notamment l’Achoura, commémoration du martyr de Hussein, petit fils de Mahomet, lors de la bataille de Kerbala en 680; le « quarantième » jour, fin du deuil inaugurant l’Achoura; les Douze Martyrs, imams, et la blessure d’Ali, le premier imam.

         Du fait de l’interdiction légale (loi du 6.I.78) de tenir des statistiques religieuses au niveau des recensements, on évalue à environ 8-9 % le nombre de Musulmans en France, soit de l’ordre de 6 millions en 2016 (Sources: I.N.E.D et Pew Research Center). Il faut toutefois tenir compte d’un nombre significatif de mariages mixtes, de non pratiquants, d’agnostiques, voire d’athées.Les projections évaluent à 10,3 % en 2030 le nombre de musulmans. Ce sont les périphéries urbaines qui sont les plus impactées. En Seine Saint Denis, on relève aujourd’hui 700000 musulmans sur 1.600.000 habitants, qui, du point de vue social, est le département le plus sinistré de France et, du point de vue de la criminalité, celui qui nécessite l ‘action du plus grand Parquet de l’hexagone.

        Du « Bicot » en chéchia, marchand de tapis, de montres et de portefeuilles de mon enfance d’après guerre, au « Fellagha » Tunisien de 54-56, puis « Fellouze » Algérien, devenu génériquement « le Bougnoule », que du mépris métropolitain par méconnaissance et suffisance colonialiste! En France, cet Arabe habitait, célibataire, travaillait à la mine, dans le bâtiment, les travaux publics (autoroutes et barrages). Mais sous Giscard, poussé par le patronat pour avoir une abondante main d’œuvre moins onéreuse, le Maghrébin fut autorisé à faire venir femme et enfants. Des baraquements de chantier, ces nouvelles familles conquirent les H.L.M des années post 60, désertés par leurs résidents, ouvriers et employés, pour des pavillons en lotissement.C’est à partir de ce moment que les Français découvrirent les modes de vie différents de ces nouveaux venus, qui amenèrent Chirac, en 1991, à parler de familles entassées avec 3 ou 4 femmes, évoquant le bruit et les odeurs. Ces clichés racistes rejoignaient les expressions populaires: « ils mettent le charbon dans les baignoires », ou « ils y égorgent les moutons ». Bref, ce qui parut devenir le plus insupportable, ce fut le port du voile des femmes, et des filles dès la nubilité.

        Sur cette coutume, tout aura été dit. En tous cas, elle est, plus ou moins, bien réglementée par la législation actuelle en France. A l’origine, le terme « hijab » revient huit fois dans le Coran. Il désigne une draperie, un rideau, mais jamais un voile, dont la femme doit se couvrir. Le texte mentionne ainsi le « hijab épais placé entre le paradis et la géhenne », ou entre le croyant qui lit le Coran « etceux qui ne croient pas à la vie future ».Le même mot est utilisé aussi pour figurer la distance mise en soi et les autres. Le « hijab » désigne également le crépuscule et la chape, qui sépare les fidèles des mécréants. C’est aussi un voile quiempêche les incroyants de voir « leur Seigneur ». La huitième occurrence concerne les femmes du Prophète: « si vous leur demandez quelque objet, faites le derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs ». La sourate poursuit ainsi: « Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs « jalalib » (capes ou manteaux). Elles en seront plus vites reconnues et éviteront d’être offensées ». Il ne s’agit pas là d’un nouvel élément vestimentaire, mais d’une injonction à la pudeur, à laquelle doivent s’astreindre les femmes, sauf en présence de proches, dont le Coran dresse la liste et auxquels elles peuvent montrer « leurs atours ».

         On sait ce que désormais le voile est devenu en France, plus une affirmation identitaire qu’une disposition d’obligation patriarcale de soumission; encore que…La République pataugeant dans l’interdit-autorisé. Ainsi, l’organisme de l’Observatoire de la Laïcité, présidé par Bianco, vient-il, à propos du Service National Universel, d’autoriser le port de signes religieux lors des journées d’intégration, au motif que ce ne sont pas des élèves, mais de simples usagers, futurs citoyens. Et la polémique d’enfler!..

         Car il est vrai que dans le Coran, bien qu’il affirme l’égalité entre les sexes, il y a supériorité de l’homme sur la femme. Que ce soit ainsi de la possibilité de la polygamie, de la répudiation de l’épouse, de l’héritage à l’avantage de l’homme, – sauf désormais a parité, récemment en Tunisie -, du témoignage, où pour un homme il faut deux femmes, de la violence conjugale à défaut de la persuasion, de la lapidation de la femme adultère, comme de l’excision des fillettes, du moins dans certains pays musulmans.

        Si aux yeux des « Oulémas » i.e: des docteurs de la loi, seul le Coran est la parole de Dieu, ces juristes ont défini également la « Sunna », c’est à dire le corpus des propos humains de Mohamed, bien que d’inspiration divine. Ce sont les « Hadiths », différents chez les Sunnites et les Chiites. Le système islamiste ignorant la hiérarchie des normes, on a l’impression en occident que parfois la « Sunna » est prééminente au détriment du Coran. Ainsi, pour revenir au voile féminin, il faut savoir que si le sens du Coran n’est pas explicite, les traditions exégétiques le sont. Elles définissent de manière très concrète ce que doit être ce voile, dans un contexte proche oriental, où depuis l’Antiquité la plus haute, les femmes de condition libre devaient se voiler. De même, concernant le vin où le premier verset n’énonce aucune prohibition, le second lui trouvant des qualités, le troisième demandant de ne pas prier en état d’ivresse, et le quatrième statuant sur son évitement. Dès le X° siècle, des « hadiths » entre eux peuvent diverger. Du côté sunnite, la plupart du temps, ils ne sont pas le fait du Prophète, mais d’autorités secondaires, compagnons ou suivants de Mohamed. C’est cette réflexion critique sur le Coran et la Sunna, qui ont permis aux juristes musulmans d’élaborer les fondements de la « Charia » aux IX° et X° siècles. Celle-ci nous est, hélas, devenue familière avec les attentats, le « Djihad », qui, bien sûr, est l’engagement de tout musulman pour défendre, voire étendre le domaine de l’Islam, mais aussi pour combattre en soi ses mauvais penchants.  Cet aspect du travail sur soi est pour la plupart d’entre nous trop souvent inconnu.

         C’est donc vers la fin des années 80 dans la France sécularisée, voltairienne presque jusqu’au bout des ongles, qu’on assiste à l’irruption spectaculaire de l’Islam, jusque là très discret, par l’affaire du « voile ». Le bras de fer qui s’entame avec cette résurgence cléricale et, partant régressive aux yeux de certains, va pousser la République à ressortir du placard l’uniforme que son aïeule, la III° République, portait naguère quand elle était aux prises avec l’Église.

         Claude Habib (F) dans son ouvrage « Comment peut-on être tolérant? » étudie la généalogie et les ressorts actuels de l’idée de tolérance à la lumière de son double: l’aversion. L’auteure insiste beaucoup sur la présence récente en France, à cette échelle, de l’Islam, dont elle fait un facteur de réinstauration de l’affrontement originel entre la tolérance et la religion, à propos, par exemple, du voile et de l’apostasie. Et pourtant, ces questions font l’objet, parmi les théologiens musulmans, de désaccords insolubles.

         Avec les caricatures de Mahomet, c’est, certes, un peu plus compliqué. En effet, les Français musulmans, issus de l’immigration maghrébine des années 70, outre les stigmates de la colonisation, n’ont pas dans leur mémoire, ce logiciel de la sécularisation, ni celui de la désacralisation religieuse. Il s’ensuit que les caricatures religieuses, et en particulier celles du Prophète, ne peuvent susciter au sein de cette population qu’indignation et réprobation. On connaît la suite, en 2015, contre Charlie Hebdo, dans un pays, qui a été le premier en 1791 à abolir le délit de blasphème, après que les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avaient proclamé la liberté d’expression et d’opinion. Souvenons-nous donc du 1er juillet 1766 de l’exécution du chevalier de La Barre, roué de coups, les os brisés, jeté au bûcher à 20 ans pour son refus de s’être découvert lors du passage du « Saint-Sacrement » et pour avoir chanté des chansons paillardes.

  1. L’ISLAM DE FRANCE

      Et pourtant, à bien y réfléchir, ces caricatures devraient être considérées comme une étape du processus d’intégration de l’Islam de France à la culture française, dont l’une des dimensions est l’anticléricalisme. Les citoyens français de culture musulmane ignorent souvent l’histoire. Aussi, une fraction de ces Français, dits récents, considèrent, à tort, les caricatures de Mahomet comme une stigmatisation de leur religion, alors même qu’il s’agit d’une manifestation, somme toute classique, de l’esprit voltairien. Inversement, beaucoup d’observateurs n’ont pas connaissance de la crise profonde de la conscience du monde arabo-musulman perdurant depuis le XIII° siècle, et qui a empêché l’avènement d’un courant de pensée islamico-rationnaliste, profondément réformiste. Ce courant-là aurait pu enclencher un début de sécularisation de l’Islam. Par conséquent, l’Islam de France, un islam de la diaspora, recroquevillé sur lui même, a les plus grandes difficultés à accepter cette modernité, qui se joue du sacré. L’institution catholique, qui, depuis Vatican II, compose avec la modernité, a pris acte depuis fort longtemps de la « victoire de l’anticléricalisme, devenu un élément constitutif de l’identité française ». Ne pourrait-on pas affirmer que les caricaturistes, et leurs cortèges de polémistes, peuvent bénéficier à la désacralisation de l’Islam de France et, par ricochet, à son arrimage à la culture française, qui ne peut se penser sans cette inclination à l’irrévérence religieuse. « Le droit qu’elle a de se manifester publiquement implique, pour une religion, résument Régis Debray et Didier Leschi dans « La Laïcité au quotidien », de s’exposer à la critique publique… »

       La volonté de supprimer « l’Islam des rues et des caves » dans un pays, qui compte en Europe le plus de musulmans, pose notamment le problème du financement des lieux de culte, jusqu’à présent aux mains des Algériens, des  Marocains, des Turcs et des monarchies pétrolières. Or, comment s’y substituer? On le sait, la République Française, depuis la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9. XII.1905, en ses articles 2 et 4, supprimant le Concordat de Napoléon de 1801,- (hormis les cas particuliers d’Alsace-Moselle, de Polynésie, de Guyane et de Mayotte) – « ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte; les établissements publics de culte ont été supprimés au profit d’associations cultuelles relevant de la loi de 1901 » -.

       

         C’est pourquoi, après Chevènement et Sarkozy, Macron, conformément à une promesse de campagne: « entend responsabiliser davantage les acteurs religieux »,après une récente rencontre avec les représentants du Conseil Français du Culte Musulman.Autrement dit, assurer leur autonomie par rapport aux pays étrangers et lutter contre la radicalisation. Ceci, sans toucher, est-il affirmé, au socle de la loi de 1905, mais en la faisant évoluer, en l’adaptant aux réalités d’aujourd’hui. Notamment par une proposition aux gestionnaires de l’Islam de France, en élargissant leur capacité de financement par la loi de 1905, certes plus contraignante, mais rendue plus attractive: garanties d’emprunt, baux emphytéotiques administratifs des Mairies aidant à construire un lieu de culte… Au  détriment des dispositions actuelles relevant de la loi de 1901, pratiquée par les Musulmans. Mais en imposant dans cette bascule statutaire certaines des exigencesréglementaires de 1901. C’est à dire: tenue obligatoire d’une assemblée générale annuelle, certification des comptes par un commissaire aux comptes,déclaration des dons venant de l’étranger au delà de 10000 €. D’ores et déjà l’ensemble des associations laïques, dont le Grand Orient de France, dans la pétition, « L’appel des 113 », sont opposées à toute modification de la loi de 1905, y voyant « une tentative d’ingérence de l’État dans les affaires du culte, et de l’Islam en particulier ». En effet, les principes théologiques d’un culte ne regardent pas l’État, mais les croyants et pratiquants. Pour l’heure, « rien n’est encore défini », s’agissant selon l’Élysée, « d’une phase d’échanges, de co-construction », qui a vu en janvier la remise d’une note à chacun des représentants des cultes.En bref, le vice-président du culte musulman, Anouar Kbibech, a conclu: « il n’y aura pas de législation spécifique pour le culte musulman ». Pour préserver l’ordre public, les droits et libertés garantis par la Constitution, des sanctions seront renforcées: un an d’emprisonnement, 60000 € d’amende; facilitation de dissolutiond’associations 1901 & 1905.Restera, bien sûr, à convaincre les Parlementaires! ,A ce jour, c’est stand by.

                                      Il est permis de distinguer, tant en Europe qu’en France, au moins quatre grands courants chez les jeunes musulmans.

         Ceux qui considèrent que Tariq Ramadan est le sauveur providentiel, celui qui répare l’image de l’Islam, qui leur dit que l’Islam peut-être moderne, qui donne le change face à des médias qui les stigmatisent; celui dont l’érudition et la rhétorique imposent le respect, voire l’admiration. Il jouit d’un capital symbolique très fort sur trois registres: il est le petit fils de Hassan el Banna, fondateur des Frères Musulmans en Egypte; il est universitaire convoquant un savoir sacralisé; il est européen intégré. Sur le voile, il affirme que « l’on ne doit pas imposer à une femme de le porter, ni de l’enlever, car il s’agit d’un acte de foi et de liberté de conscience ». Homme à la pensée paradoxale, son étoile a quelque peu pâli, on le sait, en raison des poursuites judiciaires dont il fait l’objet.

          Tout comme les identitaires précédents, « les Républicains » se disent autant français que musulmans. Ils considèrent l’espace laïque comme une sorte de cadre idéal, voire de référent, pour repenser l’Islam à l’aune des exigences contemporaines. Abdennour Bidar, professeur de philosophie, prétend que chaque croyant est responsable de l’interprétation qu’il fait du texte coranique. Personnellement, il ne reconnaît pas la dimension normative du Coran, devenu source de légalité bien plus que de spiritualité. Autrement dit, les réponses ne sont pas en amont, contenues dans le texte, mais en aval, dans la compréhension qu’en fait chaque croyant, amené à repenser ses interprétations en fonction du temps présent. A l’inverse de Tariq Ramadan, qui part du texte pour penser l’Islam, Abdenour Bidar part de la réalité du monde actuel pour s’approprier autrement le texte. S’il y a une chose dont il est sûr, écrit Majida Dabbagh, c’est que « la découverte moderne de la liberté de conscience et de la raison aura une incidence sur le rapport de l’homme au sacré ». Pour Hakim el Karaoui, géographe, senior fellow à l’Institut Montaigne, celui qui parle d’Islam à l’oreille du Président Macron,la réforme de la religion du Prophète est indispensable devant l’Islamisme triomphant. Pour lui, il faut mobiliser les élites musulmanes et contrôler le financement du culte musulman. Avec l’Association des Musulmans de France (A.M.I.F) il espère une reconnaissance de l’État pour en faire, à terme, l’organisme de référence dans le soutien aux mosquées, au personnel cultuel et aux fidèles. Parallèlement, la plate forme « Les Musulmans » veut mettre en place une assemblée des Imams, dont un certain nombre relève du salafisme. Alors que le Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M) semble faire du surplace. Ghaleb Bencheikh, islamologue, ne veut pas, lui, s’accommoder d’un Islam identitaire, dont la pratique rime uniquement avec alimentaire, vestimentaire ou même bancaire. Pour cet auteur, « la liberté de conscience et de pensée, le doute, la critique, l’autodérision, l’égalité, sont des prérequis pour renouer avec l’humanisme ». Pour Tareq Oubrou, recteur et imam de la grande mosquée de Bordeaux: « les religions ne sont pas extérieures à la République. Il est normal que le législateur et le politique s’intéressent à ce fait de société, qu’est l’Islam ». Enfin, pour clore avec les personnalités en pointe sur le sujet, Marwan Muhammad penseque « les initiatives doivent venir des musulmans eux-mêmes ».Notons que Gérad Davet et Fabrice Lhomme, journalistes au Monde, dans leur enquête « Inch’Allah » ont voulu montrer qu’un Islam revendicatif et radical s’est bel et bien diffusé massivement en Seine Saint-Denis.

        Puis, ceux qui nés musulmans ont renoncé à l’Islam, l’apostasie est punie de mort (Soudan, Arabie Saoudite, Afghanistan, Iran) notamment dans la jurisprudence sunnite. Elle est considérée comme une trahison politique, dangereuse pour la stabilité d’un état musulman. Considérée comme une offense suprême dans les États Islamiques, la sortie de religion concerne un nombre croissant de musulmans en France. Ainsi, « 100.000 chrétiens ex-musulmans vivraient dans l’hexagone », écrit Saïd, marocain grandi dans les Vosges, devenu pasteur évangélique itinérant. Athées ou convertis à une autre religion, ils sont de moins en moins en rupture avec leur milieu culturel d’origine. En effet, pour Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’Islam, « les tensions sont essentiellement familiales, même si ça reste très mal vu que d’abandonner l’Islam. Même si on ne croit pas, on entretient une solidarité. Cela donne lieu à des pratiques métisses, car les marqueurs culturels et religieux se déplacent en permanence, se déconnectent et se reconnectent ».

         Enfin, le courant salafiste, nébuleuse constituée il y a un peu plus de 70 ans pour moderniser l’Islam. Le Salafisme aujourd’hui fait référence au courant wahhabite réactionnaire d’Arabie Saoudite. Son discours sectaire et radical séduit des jeunes en rupture avec leur environnement social et familial, endoctrinés en prison ou par Internet. Souvenons-nous, à titre d’exemple, qu’en 2004 Abdelkader Bouziane, imam de Vénissieux, désormais expulsé en Algérie,polygame, père de 16 enfants, affirmait que le Coran autorisait à battre sa femme envisant « le bas, les jambes ou le ventre ». Il prétendait combattre laconspiration de l’Occident visant à maintenir les musulmans dominés et à empêcher l’Islam de sedévelopper. Cet imam recommandait aux jeunes de se former dans les écoles coraniques yéménites les plus dures. Il assimilait la musique à la débauche et considérait le sida comme un châtiment divin. Il estimait que les femmes ne pouvaient pas travailler avec les hommes, car cela les conduirait à l’adultère.C’est donc sous prétexte que, seul, le Coran faisant autorité, ces salafistes s’octroient le droit de parler au nom de Dieu, pour contourner la réalité terrestre et s’enfermer dans une bulle. « Ils utilisent la force du rapport à Dieu pour établir une domination entre individus. Peu importe ce que Dieu dit, ce qu’ils veulent, c’est prendre la place » écrit Dounia Bouzar.

Conclusion

        Les relations entre la France et l’Islam, longtemps placées sous le signe de l’ignorance et du conflit, commencent au temps des Sarrasins, alors que la nation n’est pas encore née. Cette histoire tumultueuse contribuera, à travers un jeu de répulsion-fascination, à la construction de l’identité française.

        Des stéréotypes perdureront jusqu’aux siècles contemporains. De La Chanson de Roland aux chapitres des cathédrales, le Mahométan, chevalier Sarrasin, est violent par nature, fanatique, et dans le même temps prompt à la luxure. Mais il est aussi vaillant, généreux et noble de cœur, comme Saladin. Pour Voltaire, « c’est une religion erronée, stupide et cruelle ». Il faudra attendre le XIX° siècle avec l’expédition de Bonaparte pour que quelques français s’intéressent à la religion musulmane. Enfin, l’idéologie colonisatrice aura récupéré toute la geste anti-musulmane des croisades, et porté au rang de mythe national la fameuse bataille de Poitiers. L’autre, le musulman, est encore une fois le support d’un discours identitaire. Il n’est pas vu pour lui-même, mais pour ce qu’il apporte, par le contraste des différences réelles ou imaginaires, à la définition que la France veut se donner d’elle-même.

        Dévoyé par des religieux radicaux pour détourner l’anti-racisme, l’Islamophobie désigne les préjugés sur l’Islam, aujourd’hui récupérés par les droites populistes et xénophobes d’Europe. Ce n’est pas tant la religion qui dérange, que ses aspects concrets. Il y a rejet des pratiques.

                                      En tant que Républicains, pensons-nous qu’ à l’instar de Farhad Khosrokhavar, sociologue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, « notre équilibre social s’opère sur la base de non-dits? Ce qu’on pourrait appeler une fiction républicaine ».

                                      Jean Guéry    (Janvier 2019)

 

BIBLIOGRAPHIE.

  .  – Claude Gillot. Islamologue à l’université de Provence. Exégèse coranique. 2002

  • Rochdy Alili. Historien et sociologue. L’Eclosion de l’Islam. Dervy. 2005
  • Ikbal al Gharbi. Anthropologue. Université de théologie de Tunis.
  • Malik Bezouh. Essayiste. France-Islam: le choc des préjugés. Plon. 2015.
    • Jean Mouttapa. Ecrivain. Mille ans d’influence, histoire de l’Islam. Albin Michel.
    • Abdennour Bidar. L’Islam sans soumission. Albin Michel.
    • Farhad Khosrokhavar. Quand Al-Qaïda parle. Grasset. 2008.
    • Olivier Roy. Politologue. La laïcité face à l’Islam. 2008.
    • Malek Chebel. Dictionnaire encyclopédique du Coran. Fayard. 2009.
    • Tareq Obrou. Philosophe et juriste. Profession Imam. Albin Michel.
    • Héla Ouardi. La déchirure. Les califes maudits. Albin Michel. 2019.
    • Claude Habib. Universitaire à Paris XIII. Comment peut-on être tolérant?                    Desclée de Brouwer. 2018.
    • Gérard Davet et Francis Lhome, grands reporters au Monde. Inch’Allah,                                l’islamisation à visage découvert. Fayard. 2018.
    • Marwan Muhammad. Nous sommes la nation. La Découverte. 2017.
    • Hakim El Karaoui. L’Islam, une religion française. Gallimard. 2018.

 

Les enseignants confrontés à une contestation en hausse…

 …de la laïcité à l’école

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En partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’institut de sondage Ifop a réalisé une enquête publiée ce 6 janvier auprès des professeurs concernant les formes de séparatisme religieux émanant des élèves.

Sondage : les enseignants confrontés à une contestation en hausse de la laïcité à l'école

Les résultats montrent que la contestation de la laïcité, en nette hausse, est une réalité à laquelle la grande majorité des enseignants doivent désormais faire face.

Ce mercredi 6 janvier, la fondation Jean Jaurès et l’Ifop publient le premier volet d’un nouveau dispositif d’enquête, « l’Observatoire des enseignants », déclenché en réaction à l’attentat subi par le professeur Samuel Paty : en interrogeant en décembre un échantillon de 801 enseignants, il s’agissait d’obtenir des informations sur la place des contestations de la laïcité dans leur métier, leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la place de la religion dans l’enceinte scolaire. La première salve de cette étude examine donc l’ampleur et la forme des contestations de la laïcité à l’école. Le constat, dressé par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès, est clair : les résultats font « apparaître une prégnance conséquente du religieux qui s’est immiscé dans la vie professionnelle des enseignants.»

En effet, pas moins de 80% des professeurs interrogés affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses, dont 59% dans leur établissement actuel. Le phénomène, massif, est aussi en progression, puisque 53% des enseignants au collège ont déjà été l’objet de contestations, contre 46% lors d’une enquête Ifop-CNAL menée en 2018. Un enseignant sur quatre déclare même être régulièrement témoin ou victime d’incidents ayant trait à la laïcité dans son établissement. Contrairement à un préjugé, les difficultés ne sont pas rencontrées uniquement dans les écoles, collèges et lycées de banlieues populaires ; elles y sont certes plus fréquentes, de même que dans des régions comme l’Île-de-France ou le sud-est, mais les revendications religieuses se produisent sur tout le territoire national.

Les incidents liés à la laïcité sont les plus nombreux au collège, où 46% des professeurs en font état, mais le primaire n’est pas épargné (26%), le lycée (38%) encore moins. On retrouve une grande diversité d’anicroches de toutes natures, mais certaines sont plus fréquentes que d’autres, comme les incidents concernant la restauration scolaire ; les jours de classe manqués liés à l’exercice d’un culte ou à la célébration d’une fête religieuse ; les contestations d’enseignements sur la laïcité, la sexualité ou l’égalité entre filles et garçons ; les absences de jeunes filles à des cours de natation ou de sport. Au total, 53% des enseignants ont observé de la part d’élèves des formes de contestation au nom de la religion, et 59% des formes de séparatisme religieux à l’école. L’Ifop a en outre mesuré un cas particulier, celui des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, lors desquelles 19% des professeurs (et 34% de ceux qui enseignent en REP) ont constaté au moins forme de contestation ou de désapprobation : justifications des violences, refus de participer à la minute de silence, injures ou provocations… Des chiffres qui tranchent avec les seuls 793 signalements recensés par le ministère de l’Education nationale le 18 novembre dernier.

Une autocensure massive 

Face à cette montée en puissance de l’intrusion du religieux à l’école, deux questions se posent aux professeurs : doivent-ils s’autocensurer pour éviter des troubles, et doivent-ils signaler les faits lorsque ceux-ci adviennent ? Parmi les 801 enseignants interrogés par l’Ifop, 49% disent déjà s’être autocensurés dans le secondaire, un nombre en progression sensible : ils étaient seulement 36% en 2018. Par ailleurs, 22% disent s’autocensurer « de temps en temps », contre seulement 10% deux ans plus tôt. En banlieue populaire, ce sont 70% des profs qui déclarent avoir modifié le contenu de leur cours par prudence. Le signalement des incidents est largement répondu, puisque 84% des enseignants interrogés s’y sont prêtés, contre 16% n’ayant rien dit. En revanche, le signalement ne se fait quasiment jamais auprès du rectorat (5%), et pas si souvent auprès de la direction de leur établissement (56%). Une explication pourrait résider dans le manque de soutien dont estiment bénéficier les profs : près de la moitié évoque un « soutien total », 86% un « soutien partiel » au niveau de l’établissement, des chiffres qui descendent à 21% (soutien total) et 54% (soutien partiel) s’agissant du rectorat. C’est auprès de leurs collègues (73%) que les enseignants estiment avoir le plus reçu un appui sans équivoque.

Malgré ces données, l’Ifop note toutefois que le corps enseignant reste en partie divisé sur certaines questions de laïcité : ainsi, si 75% des professeurs estiment que Samuel Paty a « eu raison de faire un cours sur la liberté d’expression en s’appuyant sur des caricatures de presse », 9% pensent qu’il a eu tort, et 15% ne souhaitent pas répondre. La démarche du prof d’histoire-géo tragiquement assassiné est soutenue par les trois quarts des enseignants du public, mais seulement par les deux tiers de ceux du privé ; 40% des professeurs déclarant croire en une religion se rangent du côté des critiques ou des silencieux, de même que 35% de ceux qui enseignent dans les banlieues populaires, « peut-être plus nombreux à penser qu’il faut, à l’école, tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves » selon Iannis Roder, de la Fondation Jean Jaurès.

Jacques Julliard : "Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France"
Hans Lucas via AFP

Jacques Julliard : « Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France »

La liberté finira par triompher, par les armes de l’esprit citoyen et de la vérité. Le meurtre abominable de notre collègue Samuel Paty est pour toute la corporation des historiens, un motif de douleur, mais aussi de fierté. C’est pourquoi, afin de lui rendre hommage, je signe : Jacques Julliard, professeur d’histoire.

Le crime est tellement atroce, le rituel de la décapitation tellement barbare, que nous avons tous envie de nous persuader que nous venons d’atteindre le seuil de l’intolérable et que nous sommes, par conséquent, à un tournant, que la dynamique de l’abominable ne peut que s’inverser.

L’attentat contre la liberté d’enseigner est tellement contraire à notre tradition républicaine et à notre pacte social que, décidément, il ne sera pas toléré, et que le mouvement de l’indignation générale va inverser le sens de l’histoire.

Les paroles du président de la République sur les lieux mêmes du crime, reprenant, à travers le « ils ne passeront pas ! » l’esprit de la résistance antifasciste durant la guerre d’Espagne, font que l’on peut espérer voir enfin le gouvernement prendre des mesures à la hauteur du déni.

Je crains malheureusement que nous ne soyons vite déçus.

Renseignement, rectorats, politique... Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre
© Dessin de Pinel pour « Marianne ».
 

Renseignement, rectorats, politique… Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre

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Samuel Paty a été décapité, le 16 octobre, pour avoir fait son devoir d’enseignant. Au-delà des auteurs directs de l’attentat, son assassinat aura été rendu possible par tous ces renoncements, ces dysfonctionnements et ces couardises qui défont silencieusement notre société. Et si l’on ouvrait les yeux ?

Le mouvement est continu. Devant le collège du Bois-d’Aulne, du matin au soir, la foule défile. Des fleurs, des pleurs, un cahier d’hommages, des policiers aux aguets, des ambulances, des bénévoles de la Protection civile. Ce samedi 17 octobre au matin, une bande de barbus, qu’on n’a jamais vus dans le coin, observaient la scène de loin, pendant que des policiers en civil les photographiaient. À l’intérieur de l’établissement, une cellule d’écoute psychologique. Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), ses petits pavillons tranquilles, ses terrains de sport et ses allées ensoleillées. Dans l’une d’elles, vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire-géographie a été décapité parce qu’il avait fait son devoir. Les élèves qui ont eu Samuel Paty comme professeur ont du mal à parler : « Je ne me suis jamais autant intéressée à l’histoire qu’avec lui » se souvient une élève de troisième. Elle s’exprime lentement, lutte contre l’émotion, avec, de temps en temps, un regard pour sa mère. En 2019, en quatrième, Samuel Paty avait été son professeur principal, et elle l’avait retrouvé avec un enthousiasme que chaque cours confirmait : « Je me rappelle chaque sujet, chaque période, il savait stimuler notre intérêt. L’année dernière, c’était les Lumières. Et ce module sur la laïcité, et sur Charlie Hebdo. Ça n’avait posé aucun problème. Il nous avait bien expliqué avant que cela toucherait à la religion, et que ceux qui éventuellement seraient choqués avaient la possibilité de détourner le regard ou de sortir. Il n’a pas du tout désigné les musulmans. Ce n’était pas son genre, il ne stigmatisait personne. »

La rumeur et le fanatisme, comme un cocktail explosif, ont tué Samuel Paty. Celui qui l’a achevé s’appelle Abdoullakh Anzorov, un réfugié tchétchène tout juste sorti de l’adolescence, dont l’inouïe sauvagerie nous laisse sidérés. Âgé de 18 ans, il a été abattu par la police. Ceux qui ont précipité son lynchage se nomment Brahim C., parent d’élève menteur, et Abdelhakim Sefrioui, un prédicateur fiché pour radicalisation à caractère terroriste. Ils ont été placés en garde à vue, parmi onze personnes. « L’enquête se concentre sur la capillarité entre le tueur et le parent d’élève… Comment l’information a circulé de l’un à l’autre avec, au milieu, Sefrioui » révèle une source gouvernementale. Leur culpabilité pénale devra être déterminée ; leur responsabilité morale ne fait aucun doute. Et puis, il y a des responsabilités plus indirectes. Ces dysfonctionnements qu’on s’est habitué à taire. Ces petits riens qui, mis bout à bout, ont mené au désastre. Les défaillances du renseignement territorial, qui avait conclu dans une note du 12 octobre, à un climat « apaisé ». La couardise des rectorats. L’impuissance de la justice, des politiques, des fonctionnaires. « Pas de vague » qu’ils disaient. Toutes ces lâchetés, toutes ces erreurs, ont mené à l’horreur.

 

Le CFCM sous tension

Réconcilier l’inconciliable par nature.

 
(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

C’est la quadrature du cercle pour les musulmans. Réconcilier l’inconciliable par nature. En France les dirigeants ont du mal à comprendre que par définition l’Islam est avant tout la soumission TOTALE et EXCLUSIVE au prophète, ce qui rend impossible toute soumission à d’autres lois. C’est à ce titre que la commission Crémieux avait exclue les musulmans de la nationalité française en 1970. Cent cinquante ans plus tard nos actuels dirigeants semblent ne pas comprendre cette difficulté et rêvent encore d’un Islam de France

Conseil national des imams : Le CFCM juge « inexpliqué » le retrait de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman Mohammed Moussaoui juge « inexpliqué » le choix du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman de France a regretté ce mardi la décision selon lui « unilatérale et inexpliquée » de la grande Mosquée de Paris (GMP) de se retirer du projet de Conseil national des imams (CNI). Lundi, le recteur de la grande Mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a annoncé sa volonté « de ne plus participer aux réunions qui visent à mettre en œuvre le projet du Conseil national des imams et de geler tous les contacts avec l’ensemble de la composante islamiste du CFCM ».

Le Conseil national des imams (CNI) est un projet poussé par l’Elysée pour permettre de certifier leur formation en France, dans le cadre du projet de loi contre l’islam radical et les « séparatismes ».

Tensions autour d’un projet de charte

La grande Mosquée de Paris a notamment accusé certaines fédérations du CFCM de bloquer les négociations dans l’écriture d’une « charte des valeurs républicaines » qui devait être rendue au gouvernement début décembre.

Des « membres de la mouvance islamiste » ont fait croire « que cette charte avait pour ambition de toucher à la dignité des fidèles musulmans », a accusé Chems-Eddine Hafiz, dénonçant un « mensonge éhonté ». « Une conclusion étonnante et complètement détachée de la réalité », selon Mohammed Moussaoui, qui a assuré que « tout se déroulait normalement ».

Le CFCM dément la version du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du CFCM a affirmé dans un communiqué que « la dernière mouture de la charte a obtenu l’approbation de l’ensemble des fédérations, y compris celle de la grande Mosquée de Paris » le 15 décembre 2020 et que les différentes fédérations devaient « confirmer solennellement par écrit avant le 30 décembre 2020 leur adhésion au texte final ». Selon lui, « aucune modification » n’a été apportée au texte depuis sa validation le 15 décembre.

Mohammed Moussaoui a appelé « à installer immédiatement le Conseil national des imams et à doter ce dernier des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission », tout en assurant qu’il souhaitait que la grande Mosquée de Paris « puisse continuer à œuvrer avec ses partenaires du CFCM ».

Le CNI doit délivrer un agrément aux imams en fonction de leurs connaissances et de leur engagement à respecter un code de déontologie.

Au terme d’un mois marqué par une succession de polémiques autour de l’islam, et au lendemain de l’attentat de la mosquée de Bayonne, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé des pistes contre la radicalisation, mardi 29 octobre, et infléchi son discours sur le voile.

(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

En quoi consistent les annonces du Conseil français du culte musulman (CFCM) ?

Dans la foulée de leur rencontre, lundi 28 octobre à l’Élysée, avec le président Emmanuel Macron, qui les a exhortés à « combattre » davantage l’islamisme et le communautarisme, les responsables du culte musulman avaient promis des « annonces très fortes » pour le lendemain. La réunion exceptionnelle du conseil religieux du CFCM, mardi 29 octobre à la Grande Mosquée de Paris, en présence de tous les représentants des fédérations musulmanes, a finalement débouché sur une déclaration en dix points, au ton ferme et apparemment déterminé.

Outre l’attaque de la mosquée de Bayonne par un ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national), la veille, condamnée « avec force » par le CFCM, les deux questions à l’ordre du jour étaient le voile et la détection de la radicalisation. Concernant cette dernière, plusieurs pistes ont été évoquées : la mise en place d’un « conseil de l’ordre des imams », qui délivrerait aux imams une certification qui pourrait leur être retirée en cas de discours contraires aux lois de la République ; mais aussi une réflexion sur les signes de radicalisation religieuse, « afin de lever toute confusion avec la pratique religieuse piétiste ».

Lors d’une conférence de presse improvisée à l’extérieur de la Grande Mosquée, Anouar Kbibech, vice-président du CFCM, a énuméré ces principaux signaux de radicalisation : « Tout appel à la violence, une interprétation erronée de certains textes sacrés pour légitimer cette violence, et ne pas daigner à l’autre le droit d’avoir ses propres croyances. » Une manière pour le CFCM de prendre le contre-pied des « signes » relevés le 9 octobre par le ministre de l’intérieur : au lendemain de l’attentat de la préfecture de police, Christophe Castaner avait invité les Français à être attentifs à d’éventuels changements de comportement dans leur entourage, comme le port de la barbe ou la pratique « ostentatoire » de la prière rituelle.

Dans son communiqué, le CFCM a également proposé l’intégration de théologiennes (mourchidates) au sein du conseil religieux, ce qui serait une première, et rappelé que le port du voile est une « prescription religieuse », mais que celles qui ont décidé de s’en affranchir « ne sont pas moins musulmanes ».

Cette déclaration sur le port du voile constitue-t-elle un changement ?

En 2004, à l’occasion du vote de la loi sur l’interdiction du port des signes religieux à l’école, le CFCM avait rappelé l’obligation du port du voile pour les femmes musulmanes, tout en disant sa volonté de respecter la loi. « En ne parlant plus de “prescription obligatoire”, le CFCM marque une inflexion dans son discours sur le port du voile », observe Bernard Godard, spécialiste de l’islam et ancien fonctionnaire au ministère de l’intérieur.

Il n’est pas certain pour autant que cette inflexion du discours officiel ne change quoi que ce soit à la pratique des musulmanes de France. Tout d’abord parce que la représentativité du CFCM, dont les prochaines élections se tiendront les 10 et 17 novembre, ne cesse de s’effilocher. Ensuite parce que cette déclaration, qui intervient à peine vingt-quatre heures après le rappel à l’ordre du chef de l’État, pourrait être interprétée par certains fidèles comme une soumission des re Or à la fin d’un mois d’octobre marqué par une importante montée des tensions autour de l’islam et de sa visibilité dans l’espace public, après qu’un élu du Rassemblement national a pris à partie une femme voilée lors d’une séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté le 11 octobre. 

« Quand Jean-Michel Blanquer (le ministre de l’éducation, NDLR) dit que le voile n’est pas souhaitable, il commet une erreur d’appréciation », estime ainsi Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences-Po Lyon, qui déplore les « maladresses » répétées de certains politiques ces derniers jours. « Le personnel politique devrait s’en tenir au rappel du droit, et veiller à ce qu’il n’y ait pas de troubles à l’ordre public. Cette extension illimitée des domaines de laïcité, à l’épreuve du fait musulman, crée beaucoup de crispations.» 

Ces crispations traversent-elles l’ensemble des musulmans de France ?

Outre la polémique sur le voile qui a suivi cette sortie scolaire en Bourgogne, ce début d’automne aura été émaillé de nombreux autres épisodes explosifs, des propos tenus par Éric Zemmour lors de la Convention de la droite le 28 septembre au débat autour des « listes communautaires », à cinq mois des municipales. Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand, entre autres, demande à Emmanuel Macron de les « interdire »« parce que l’islam politique est en train de vouloir s’implanter ».

« Paradoxalement, en dénonçant le communautarisme, on le fait encore plus exister : cela avive un sentiment d’appartenance, alors que les musulmans de France n’ont pas forcément envie d’être enfermés dans une communauté », déplore le père Christian Delorme, à Lyon. Fustigeant un contexte d’« inflation verbale » et même d’« islamofolie », ce militant du dialogue islamo-chrétien constate, comme d’autres, que les musulmans se sentent « massivement » stigmatisés.

Les musulmans se sont dits inquiets face aux déclarations de certains membres du gouvernement, et représentants musulmans face aux demandes des pouvoirs publics.

« Même ceux qui d’ordinaire n’étaient pas concernés par ces affaires d’observance religieuse se sentent obligés de se liguer avec les mères de famille voilées, car on est entré dans la logique du “eux” contre “nous” », s’alarme Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France, qui n’hésite pas à parler de « situation de crise » et de « nation fracturée ».

L’islamologue rappelle toutefois que sur la question du voile, entre autres, les musulmans de France présentent des positions pouvant être « antinomiques ». C’est ce qu’a rappelé la tribune publiée récemment dans Marianne et signée par 101 musulmans, qualifiant le voile islamique de « sexiste et obscurantiste ».

Dans ce contexte, l’inquiétude des musulmans face à la stigmatisation et celle des Français face à l’islam semblent monter de manière parallèle. Le 27 octobre, Le Journal du dimanche a publié un sondage Ifop montrant qu’une grande majorité de la population souhaite une interdiction de plus en plus large des signes religieux ostensibles. Pour 78 % des sondés, le modèle français issu de la loi de 1905 est aujourd’hui « en danger ».

La campagne de vaccination contre le Covid-19…

…débute dimanche 27 décembre 2020

 
 

Olivier Véran détaille les objectifs de la campagne dans le JDD. (Reuters)

« Ce vaccin va sauver beaucoup de vies », explique Olivier Véran dans une interview à paraître demain dans le JDD alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 commence demain. Selon l’entourage du ministre des Solidarités et de la Santé, une dizaine de résidents d’une unité de soins longue durée (USLD) et un médecin de plus de 65 ans en bénéficieront dans la matinée à Sevran (Seine-Saint-Denis). Demain après-midi, ce sont des résidents d’un USLD de Dijon (Côte-d’Or) ainsi qu’un professeur d’université en gériatrie de plus de 65 ans qui seront vaccinés à leur tour.
Olivier Véran qualifie ces premières injections de « très bonne nouvelle ». « Ce qu’on sait des effets indésirables, hors les rares cas d’allergie grave (1 cas d’allergie pour 45.000), atteste que la balance bénéfices/risques est très favorable », affirme-t-il dans nos colonnes.
Quant aux polémiques politiques qui entourent le démarrage de cette campagne de vaccination, Olivier Véran tente de s’en abstraire : « La vaccination n’est ni de droite ni de gauche. »

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Un syndicat d’infirmiers prône la vaccination obligatoire des soignants

Rendre la vaccination contre le Covid-19 obligatoire, telle est l’idée défendue par Daniel Guillerm, le président de la Fédération nationale des infirmiers, dans une tribune publiée par le JDD. Alors que la moitié seulement des infirmiers libéraux seraient prêts à se faire vacciner et que plus des trois quarts des soignants des Ehpad seraient réfractaires aux injections, le responsable syndical convoque trois arguments pro-obligation.
D’abord « un devoir d’exemplarité » : les soignants doivent être des modèles, au moment où la défiance vis-à-vis du sérum augmente. Ensuite, le risque de poursuites pénales auxquelles ils pourraient devoir faire face : ne pas se faire vacciner reviendrait à mettre en danger les résidents âgés et fragiles des Ehpad, au même titre que le refus de porter un masque.
Enfin, même si on ignore encore si la vaccination avec le sérum de Pfizer-BioNTech empêche la transmission du virus ou si elle protège seulement contre les formes sévères du Covid-19, Guillerm en appelle à l’application du « principe de précaution ».