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Gérald Darmanin fait destituer deux imams aux prêches «inacceptables»

Une mosquée interdite aux femmes est également dans le viseur de la place Beauvau.

Dans la Loire et les Hauts-de-Seine, des femmes étaient décrites comme étant «habitées par Sheitan», ou enjointes à la soumission. Une mosquée interdite aux femmes est également dans le viseur de la place Beauvau.

Le ministre de l'Intérieur a demandé la destitution des deux imams en raison de leurs prêches «inacceptables».
 

Le ministre de l’Intérieur a demandé la destitution des deux imams en raison de leurs prêches «inacceptables». Adobe Stock – Illustration

À la suite de prêches aux contenus «attentatoires à l’égalité femmes-hommes», le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé ces dernières semaines la convocation en préfecture des instances dirigeantes de la mosquée Ennour de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et de la mosquée Attakwa, à Saint-Chamond (Loire). La destitution est déjà effective pour l’imam de la première mosquée, et pourrait s’accompagner d’un non-renouvellement de titre de séjour pour celui de Saint-Chamond. Enfin, une mosquée de Roubaix est également dans le viseur de la place Beauvau, pour avoir exclu les femmes de la prière depuis le début de la pandémie.

Dans un courrier adressé le 13 juin au préfet des Hauts-de-Seine, le ministre dit avoir été informé du contenu d’un prêche tenu le 4 juin par un imam à Gennevilliers. Les propos tenus accusaient les femmes de manquer de pudeur, notamment «celles qui partagent sur les réseaux sociaux des leçons de maquillage ou des tenues qui mettent en valeur les formes de leur corps, qui sont habités par Sheitan [le diable, en arabe, ndlr]».

Gérald Darmanin note que le lieu de prière «attirerait un nombre croissant de pratiquants rigoristes». Et de demander au préfet de convoquer officiellement les dirigeants de la mosquée Ennour, la plus grande du département (2500 à 5000 fidèles réguliers), et de recueillir leurs explications. «Si ces propos étaient avérés, vous leur demanderez de se séparer sans délai de l’imam et de prendre les mesures nécessaires pour que de tels discours attentatoires à l’égalité femmes/hommes ne soient, à l’avenir, plus tenus au cours de prêches.» L’auteur de la lettre ajoute que l’avertissement doit avoir «la solennité nécessaire».

Enfin, le ministre compte sur l’implication personnelle du préfet et l’avise d’utiliser «les nouveaux moyens» permis par la loi «confortant le respect des principes de la République», dès sa promulgation officielle, pour faire suspendre l’activité du lieu de culte en cas de récidive. «Tous les moyens de l’État, et notamment de contrôle», doivent ainsi être mobilisés. Contactée, la préfecture des Hauts-de-Seine confirme que la réunion a eu lieu la semaine dernière, aboutissant effectivement à la fin des fonctions de l’imam, ainsi qu’à un signalement au procureur de la République de Nanterre.

Charte des imams: vers un islam républicain ?

 
 

Non-renouvellement de titre de séjour pour un imam de la Loire

Un second courrier, en date de ce jeudi 22 juillet et porté à la connaissance du Figaro, concerne un imam de Saint-Chamond. «L’imam aurait expressément ordonné aux femmes musulmanes de se soumettre strictement à leur mari, en les enjoignant «d’obéir au doigt d’Allah et à ceux de leur époux»», note Gérald Darmanin. Les propos incriminés avaient été relevés par une conseillère municipale RN de la ville, Isabelle Surply, qui avait publié la vidéo du prêche. «Restez dans vos foyers et ne vous exhibez pas», demandait notamment l’imam.

Conséquence de ces propos «tout simplement inacceptables», le ministre demande à la préfète de la Loire de convoquer sans délai les instances dirigeantes de la mosquée et, notamment, d’instruire le non-renouvellement du titre de séjour de l’imam concerné. Ce dernier défendait mercredi 21 juillet ses propos auprès du Progrès : «Pour aller au paradis, les femmes doivent respecter le droit d’Allah. Mais les hommes aussi. Chacun a ses droits envers les autres. Nous sommes égaux. Nos filles ne sont pas contraintes de rester à la maison. Elles vont à l’école, deviennent médecins, ingénieures ou pilotes d’avion», assurait-il. «Sur cinq pages de discours, c’est dommage qu’on ne retienne qu’une seule phrase. D’autant que je mets un point d’honneur à parler en français pour que tout le monde puisse comprendre», ajoutait-il.

Selon la préfecture de la Loire, la réunion a eu lieu jeudi 22 juillet, le jour du courrier de Gérald Darmanin. La préfète de la Loire a «expressément demandé» de mettre un terme aux fonctions de l’imam, et «la question du non-renouvellement de son titre est à l’étude».

Enfin, le ministre de l’Intérieur s’apprête, selon nos informations, à faire convoquer la direction d’une troisième mosquée, en raison de l’exclusion des femmes de l’édifice depuis le début de la pandémie. «Ce n’est pas une question d’exclusion. C’est un problème de place», défendait Kamel Amrane, vice-président de la mosquée Sunna à Roubaix, auprès de La Voix du Nord mercredi. Le lieu de culte musulman est limité à 800 places depuis le début de la pandémie, alors qu’il peut accueillir 1900 hommes et 600 femmes dans une autre salle en temps normal. Cette dernière a été réservée aux fidèles masculins.

La décision ne pose pas de problème du point de vue théologique, ajoutait l’imam local Hamid Debdouche, s’appuyant sur les textes coraniques pour justifier la décision : «Pour le vendredi et les grandes fêtes, l’obligation du culte, c’est pour les hommes, surtout en cas de pandémie : pour les femmes, venir à la mosquée, c’est facultatif. Il est préférable qu’elles prient à la maison», arguait-il. La préfecture du Nord confirme ce vendredi au Figaro que le préfet recevra le semaine prochaine le président de la mosquée.

«Cet acte, condamné en France, sera certainement bien vu au Maroc»

Pegasus, le logiciel espion

Le professeur d’histoire du Maghreb contemporain à l’université Paris I-Sorbonne, et spécialiste du Maroc, Pierre Vermeren, décrypte les enjeux de la révélation d’une tentative d’espionnage du président français par les services secrets marocains à travers le logiciel Pegasus.

Pierre Vermeren est professeur à Paris I en histoire des mondes arabes et berbères contemporains, détaché au CNRS. Il a publié Un royaume de paradoxes, Le Maroc en 100 questions, aux éditions Tallandier, Paris, 2020.À découvrir

Par Eugénie Bastié

Pierre VERMEREN. – Sous réserve que ces révélations soient avérées – même si je pense qu’elles ne seront jamais formellement prouvées, personne n’y ayant intérêt -, le ciblage des dirigeants de premier plan semble une évidence. Dans un monde où tout le monde espionne tout le monde, y compris entre alliés, grâce aux facilités octroyées par les nouvelles technologies – rappelons le cas Merkel et celui de la présidence de la Commission européenne -, quand un service de renseignement espionne un pays, autant cibler directement ses dirigeants vers lesquels remontent toutes les informations. Nous autres historiens savons, à la lecture des archives publiques, que les dirigeants et chefs d’État sont toujours l’objet d’une attention particulière: il s’agit de connaître l’opinion réelle des dirigeants, leurs intentions politiques, leurs contacts, ceux qui les influencent, voire leur caractère, leurs manies et leurs affections… A-t-on oublié que sous la guerre froide, même les selles des dirigeants adverses étaient scrutées à la loupe par les services de renseignement des deux superpuissances afin de connaître leurs régimes alimentaires et leurs maladies éventuelles?

Affaire Pegasus: l’onde de choc politique et diplomatique

Dans le cas qui nous intéresse, rappelons que le Maroc est un pays extrêmement centralisé, puisqu’il repose sur un homme, et que la France est un de ses principaux partenaires. Quand l’économie française – qui a un PIB dix fois supérieur au Maroc en parité de pouvoir d’achat – tousse, le Maroc tremble. Le Maroc est une économie très ouverte qui dépend de ses principaux partenaires économiques, dont la France, et qui est très sensible à la politique française quant à ses relations avec l’ONU, l’Espagne, l’Algérie ou l’Union européenne. Pour les pays dépendants, la libre circulation des capitaux, des biens et des hommes, mais aussi la réputation et les relations de confiance sont une assurance-vie. C’est le cœur de la souveraineté des États. Or la France, pour le Maroc, c’est à la fois la relation avec l’Europe – qui assure l’essentiel des échanges marocains, accueille la majorité de ses émigrés, et fournit des revenus essentiels -, la relation avec l’ONU et les États-Unis – ce qui garantit la position du Maroc dans le contentieux du Sahara occidental -, mais aussi les rapports avec l’Algérie, le principal adversaire du Maroc. Savoir jusqu’où la France est prête à aller pour se réconcilier avec Alger, a fortiori en plein Hirak en 2019, c’est assurer la stabilité du pays. Quitte à employer des manières et des outils a priori inamicaux, qui relèvent du renseignement extérieur.

Qui contrôle quoi et qui sait quoi ? À vrai dire, on n’aura pas de réponse à ces questionsPierre Vermeren

De nombreux journalistes auraient été également espionnés par les services marocains, ainsi que l’entourage du roi du Maroc lui-même. Ces méthodes vous étonnent-elles? L’appareil sécuritaire y est-il hors de contrôle?

Rien ne m’étonne en ce bas monde. Certains journalistes sont ciblés car ils traitent de l’information brute. Certains aspirent à des fonctions politiques. D’autres sont considérés comme des adversaires du Maroc par ce pays, car ils soutiennent des journalistes ou des mouvements politiques en butte avec le régime (les journalistes marocains en prison suscitent une forte solidarité à l’étranger dans ce milieu). D’autres encore sont perçus comme des agents d’influence qu’il faut travailler au corps pour s’acheter leur amitié, et d’autres encore sont à piéger pour les empêcher de nuire (que l’on se rappelle l’affaire Éric Laurent il y a quelques années).

Quant à l’appareil sécuritaire, il est certes extrêmement contrôlé et centralisé, mais le Maroc, comme la France, possède une petite dizaine de services de renseignement. Certains dépendent directement du Palais, d’autres de l’armée, d’autres encore du ministère de l’Intérieur. Tous ne s’intéressent pas aux dirigeants de la France. Mais la technique désormais bien connue – grâce à nos magistrats – des filets dérivants, permet de ratisser large, et de faire son marché… Qui contrôle quoi et qui sait quoi? À vrai dire, on n’aura pas de réponse à ces questions. Ce qui est certain, c’est que ceux qui mettent en œuvre ces techniques, comme ceux qui commettent des crimes et délits, ne pensent jamais être pris la main dans le sac.

Affaire Pegasus: le Maroc menace de poursuivre ses accusateurs

De nombreux journalistes auraient été également espionnés par les services marocains, ainsi que l’entourage du roi du Maroc lui-même. Ces méthodes vous étonnent-elles? L’appareil sécuritaire y est-il hors de contrôle?

Rien ne m’étonne en ce bas monde. Certains journalistes sont ciblés car ils traitent de l’information brute. Certains aspirent à des fonctions politiques. D’autres sont considérés comme des adversaires du Maroc par ce pays, car ils soutiennent des ou des mouvements en butte avec le régime (les journalistes marocains en prison suscitent une forte solidarité à l’étranger dans ce milieu). D’autres encore sont perçus comme des agents d’influence qu’il faut travailler au corps pour s’acheter leur amitié, et d’autres encore sont à piéger pour les empêcher de nuire (que l’on serappelle l’affaire Éric Laurent il y a quelques années).

Quant à l’appareil sécuritaire, il est certes extrêmement contrôlé et centralisé, mais le Maroc, comme la France, possède une petite dizaine de services de renseignement. Certains dépendent directement du Palais, d’autres de l’armée, d’autres encore du ministère de l’Intérieur. Tous ne s’intéressent pas aux dirigeants de la France. Mais la technique désormais bien connue – grâce à nos magistrats – des filets dérivants, permet de ratisser large, et de faire son marché… Qui contrôle quoi et qui sait quoi? À vrai dire, on n’aura pas de réponse à ces questions. Ce qui est certain, c’est que ceux qui mettent en œuvre ces techniques, comme ceux qui commettent des crimes et délits, ne pensent jamais être pris la main dans le sac.

:Affaire Pegasus: le Maroc menace de poursuivre ses accusateurs

Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Edwy Plenel… ciblés par un logiciel espion: Amnesty International résume l’affaire Pegasus 

J’ajoute que pour un État du Sud, surveiller des dirigeants d’un État du Nord, même ami, présente aussi des avantages. Cet acte, qui est condamné en France, sera certainement bien vu au Maroc et en Afrique en général, et beaucoup de pays et de services de renseignement aimeraient pouvoir en faire autant. Cela va attirer des sympathies sur ses auteurs. La question du contrôle est donc à relativiser. La question, c’est ne pas se faire prendre, comme pour ceux qui placent de l’argent dans un paradis fiscal.

Quel est l’état des relations actuelles du Maroc et de la France sous le quinquennat d’Emmanuel Macron? Cette tentative d’espionnage va-t-elle les refroidir?

C’est une question complexe, car l’ampleur de ces relations est considérable et touche de nombreux secteurs. Elle est même si structurante que personne ne veut vraiment les déstabiliser parmi les dirigeants des deux pays. Le silence qui entoure les journalistes en grève de la faim depuis plus de deux mois au Maroc est à cet égard révélateur. La France a beaucoup misé sur le Maroc en Afrique et dans le monde arabe, et le Maroc sait très bien ce qu’il doit à la France en termes de stabilité. Pour autant, depuis François Hollande et Emmanuel Macron – que Rabat perçoit comme son héritier et continuateur -, la volonté de rapprochement avec Alger inquiète Rabat à plus d’un titre. Les deux pays ne se ménagent pas ces temps-ci. Cette question d’espionnage risque donc de se régler à l’amiable entre amis ; mais la France, qui était en position défensive depuis l’affaire Hammouchi en 2013, se trouve là en position de force.La rédaction vous conseille

 

 

Logiciel espion Pegasus: Pour la première fois, il accepte de témoigner.

Les confidences d’un ancien agent du renseignement français

ENTRETIEN – Ingénieur de formation, Guilhem Giraud a été en charge de la section Téléphonie au sein des services de renseignements intérieurs, avant de conseiller des États désireux de s’équiper du logiciel espion Pegasus, vendu par la société israélienne NSO. Pour la première fois, il accepte de témoigner.

 

«Tous les États s’espionnent, mais là, la magnitude dépasse la raison d’État», s’alarme Guilhem Giraud, ancien responsable de la Section Téléphonie à la DGSI. JOEL SAGET/AFP

LE FIGARO. – Êtes-vous étonné par ces révélations?

Guilhem GIRAUD. – Je suis choqué. Mais le fait que des interceptions existent ne me choque pas. Elles sont nécessaires et légales dans un cadre judiciaire bien défini: celui de la cybersécurité offensive, destinée à combattre les criminels et les djihadistes. Mais là, il ne s’agit pas de surveillance de djihadistes. C’est choquant de voir cette longue liste d’hommes politiques, de journalistes et d’opposants ainsi surveillés. Les espionner relevait du fait du prince. Or, un organe de sécurité d’un pays ne peut pas faire n’importe quoi. Espionner le tout-venant revient tôt ou tard à la figure.

 

  Guilhem ­Giraud. Collection personnelle

Vous disiez cela aux responsables des États intéressés par NSO?

Israël a une réputation incomparable en matière de technologies de surveillance. Les sociétés israéliennes qui prospectent sont accueillies à bras ouverts par certains dirigeants de pays, qui nourrissent des fantasmes. Ils pensent pouvoir espionner tout le monde, «tel ministre, qui est censé être notre ami», me disait certains dirigeants. Cette technologie leur donne un sentiment de toute-puissance. J’avais pourtant fait valoir à l’un de mes interlocuteurs que nous avions affaire à des armes de destruction massive dont il faut contrôler la prolifération, car cela pouvait se retourner contre lui. Il n’en était pas conscient, mais m’a écouté. Dès l’instant où un représentant de NSO m’a demandé de venir en Israël pour continuer les négociations, j’ai dit non. Un client ne peut pas aller chez un fournisseur. C’est inverser le rapport de force.

Comment limiter l’utilisation de ces techniques de surveillance?

D’abord, ce qui nous a mis dans cette situation, c’est la domination d’Apple et de Google, qui dictent le marché. Ces sociétés nourrissent l’utilisateur et le rendent dépendant de cette technologie. Si c’était fait sérieusement sur des systèmes d’exploitation bien maîtrisés, cela irait. Mais ces sociétés sont dans une logique de mise à jour frénétique des applications à des fins de rentabilité. La sécurité chez Google et Apple passe au second plan par rapport au commerce. À chaque mise à jour, ces sociétés ajoutent des milliers de lignes de code, qui sont autant de vulnérabilités en plus, exploitées par les pirates.

En France, des petites sociétés ont bâti un système d’exploitation indépendant d’Apple et de Google. C’est encore confidentiel, mais ça fonctionne

Guilhem Giraud

Comment agir auprès d’elles?

Je ne suis pas optimiste sur l’ouverture de négociations avec ces sociétés. Il faut plutôt que les États favorisent une plus grande richesse dans les systèmes d’exploitation des téléphones, afin de permettre l’émergence de nouveaux acteurs. En France, des petites sociétés ont bâti un système d’exploitation indépendant d’Apple et de Google. C’est encore confidentiel, mais ça fonctionne et montre qu’on n’a pas besoin d’Apple et de Google pour faire fonctionner un téléphone. La deuxième étape relève du droit international. L’arrangement de Wassenaar (qui contrôle les exportations de technologies à double usage) a été renforcé en 2009 par une directive européenne plus contraignante. Mais ces révélations nous font basculer dans une nouvelle ère. Paris a rendez-vous avec le sujet, car la voix de la France, pays des droits de l’homme, est entendue. Il faut bâtir un G20 extensible, chargé de la moralisation des technologies de surveillance, et les pays qui n’y adhéreraient pas en subiraient des conséquences, notamment en termes d’image.

À VOIR AUSSI – Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Edwy Plenel… ciblés par un logiciel espion: Amnesty International résume l’affaire Pegasus

 
 

Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Edwy Plenel… ciblés par un logiciel espion: Amnesty International résume l’affaire Pegasus – Regarder sur Figaro Live

Serait-ce le cas d’Israël?

Israël doit adhérer à l’arrangement de Wassenaar et rentrer dans tous les projets de moratoires sur ces technologies. L’État hébreu ne peut pas se considérer comme une nation moderne et démocratique s’il continue son laisser-faire. Vu l’ampleur de ce qui a été révélé, on ne peut pas penser qu’Israël a fait son travail. L’État voit passer les flux des cibles, les Israéliens ont les moyens de renseignements pour savoir qui a été mis sur écoute et quelles cibles ont été infectées et commencent à produire du renseignement. C’est tout un écosystème. D’autres sociétés que NSO font cela. On n’est pas à l’abri d’un autre scandale avec des entreprises françaises impliquées. Certes, le savoir-faire vient de l’unité 8200 de l’armée israélienne, mais des gens en sont partis pour monter des sociétés dans des pays voisins, en Méditerranée.

Emmanuel Macron peut se saisir du sujet pour créer une instance internationale chargée de moraliser les technologies de surveillance

Guilhem Giraud

De 2006 à 2012, la NSA américaine a écouté Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, avec peu de conséquences.

Cette fois, les entreprises comme NSO, qui considèrent le secteur des interceptions comme un far west, vont probablement être exclues des marchés publics en France et en Europe. Ça va ramener tout le monde à un devoir de conscience. Sur le plan international, la France doit passer à l’action, d’autant qu’Emmanuel Macron figure dans la liste. Il peut se saisir du sujet pour créer une instance internationale chargée de moraliser les technologies de surveillance, et ceux qui refuseraient d’en faire partie verraient leur soft power en pâtir. Les opinions publiques sont réceptives à ces problématiques.

En février 2020, Emmanuel Macron confiait au Figaro utiliser parfois WhatsApp sur un téléphone sécurisé pour bloquer d’éventuelles attaques. Est-ce vraiment sécurisé?

Techniquement, ce n’est pas juste à 100 %. Mais les politiques sont de plus en plus conscients des risques. Il y a une vraie prise de conscience, à défaut d’une vraie compétence.

Quelle doit être la réponse française à l’égard du Maroc?

Je connais bien la situation marocaine pour avoir travaillé sur le sujet. C’est compliqué avec le Maroc, qui est un partenaire dans la lutte antiterroriste. Leurs renseignements nous rendent service. Ce sera difficile d’user du bâton contre des pays qui peuvent exercer un chantage. Mais je pense qu’un certain froid va naître. On ne peut pas passer l’éponge quand une quinzaine de ministres a été ciblée. Certes tous les États s’espionnent, mais là, la magnitude dépasse la raison d’État, argument souvent avancé pour justifier ce type d’espionnage. Ce n’est plus «business as usual», avec 40 États acheteurs de Pegasus pour cibler 50.000 noms.

Souvent, d’ailleurs, des noms auxquels on ne s’attend pas du tout?

C’est le même mécanisme que celui utilisé par la cellule des écoutes de l’Élysée sous Mitterrand. On ratisse large. Dans le carnet d’adresses d’un tel, on va peut-être trouver le numéro d’un autre, se dit-on. C’est du «on ne sait pas, mais on va voir». C’est l’exact contraire d’un cadre juridique, clairement établi.

Pegasus : les noms les algériens espionnés par le Maroc dévoilés

Le Maroc a étroitement surveillé l’Algérie. Plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à des algériens on été ciblés par les services de renseignements marocains.

Pegasus : les noms les algériens espionnés par le maroc dévoilés
Par Amine Ait

Alors que le scandale de logiciel espion pegasus prend une dimension internationale, le royaume marocain, client de l’entreprise israélienne nso, qui commercialise ce logiciel espion, se retrouve au cœur de cette scandaleuse affaire. Outre les cibles françaises, le Maroc a étroitement surveillé l’Algérie. Plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à les algériens on été ciblés par les services de renseignements marocains.

Le journal le monde s’est intéressé de très près à cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre. Le quotidien français, dans un article qui a été publié aujourd’hui, le 20 juillet 2021, a dévoilé plusieurs noms d’algériens ciblés par cette opération d’espionnage menée par le Maroc. Parmi les cibles, les hauts responsables politiques, mais aussi les militaires, les diplomates, et même les chefs de partis.

6 000 numéros algériens ciblés : qui son-ils ?
Sélectionnés comme cibles potentielles de logiciel espion pegasus, le Maroc s’est intéressé à plus de 6 000 numéros de personnalités et de responsables algériens, assure le monde, qui a pu collecter plus de détails auprès de l’organisation forbidden stories et d’amnesty international. il s’agit apparemment de numéros appartenant à les diplomates pour le plupart, mais aussi à les responsables politiques, les militaires, les chefs les services de renseignement, les hauts fonctionnaires et même à les militants politiques.

Parmi les noms cités par le même source, figurent ceux de Saïd, Nacer et Zhor Bouteflika, les frères et sœurs de président déchu Abdeleziz Bouteflika. mais outre le cercle familial de l’ancien chef de l’état, figurent aussi ses plus proches collaborateurs. en effet, parmi les numéros sélectionnés par le Maroc, apparaissent ceux les chefs les services de renseignement de l’époque, ceux les généraux Ali Bendaoud, Wassini Bouazza et Bachir Tartag, mais aussi les numéros attribués à les commandants les forces terrestres et aériennes. un numéro attribué à Saïd Chengriha, l’actuel chef d’état-major de l’armée, fait également partie de lot, assure le monde.

Ahmed gaid saleh, l’ancien homme fort de pays entre avril et décembre 2019, n’a pas échappé lui aussi à cette vaste opération d’espionnage perpétrée par le Maroc. si son numéro à lui n’a pas été directement cité, ce n’est pas le cas de celui de son fils Mourad, dont le téléphone se trouvait sous la surveillance des services de renseignement marocains, tout comme celui de Lotfi Nezzar, le fils de Khaled Nezzar. Le monde dévoile aussi l’étonnante histoire de l’adjudant Guermit Bounouira, ancien aide de camp de général Gaïd Saleh. son numéro de téléphone était sous surveillance. Guermit Bounouira avait fui l’Algérie pour le Turquie à le mort de son chef, mais il a été vite livré par Istanbul à Paris, et il se trouve actuellement en détention pour « haute trahison ».

Une frénésie sans limites outre les militaires, les marocains se son également intéressés aux ministres de premier plan de l’Algérie. Parmi les numéros espionnés figurent certains qui son attribués à Noureddine Bedoui et à Remtane Lemamra, mais aussi à Sabri Boukadoum et à Noureddine Ayadi, ce dernier a déjà occupé le poste de directeur de cabinet de le présidence de le république. Les numéros de téléphone d’Ali Haddad, et d’autres « oligarques » de l’ère Bouteflika on également attiré l’attention les espions marocains.

Le maroc, toujours via le logiciel espion peagasus, a également ciblé les journalistes, les personnalités de l’opposition et de le société civile, assure le monde qui cite l’exemple de l’ancien ministre et diplomate Abdeleziz Rahabi. ce dernier a d’ailleurs déclaré que « cela fait partie de le chaîne les actes d’hostilité de Maroc envers l’Algérie. Cette hostilité permanente vise donc désormais les institutions, mais aussi les personnalités indépendantes ».

Parmi ces « personnalités indépendantes » ciblées par le frénésie paranoïaque de royaume chérifien, figure aussi Zoubida Assoul, affirme encore le monde. Présidente de l’union pour le changement et le progrès (ucp) et membre actif de pad, madame Assoul, pourrait faire partie de ceux don les téléphones on été mis sur écoute par le Maroc. « Au nom de quel droit un pays étranger se permet-il de venir m’écouter, espionner mon travail ? La communauté internationale doit réagir. Contre l’agresseur, mais aussi contre celui qui conçoit ce matériel pour que d’autres espionnent les sociétés civiles et les opposants », a-t-elle réagi.

 

L’affaire Pegasus, conséquence de la privatisation du renseignement ?

Elle représente l’un des plus importants scandales en matière de cyber-espionnage depuis l’affaire Edward Snowden en 2013

L'affaire Pegasus, conséquence de la privatisation du renseignement ?

                                    Le siège de la société NSO en Israël.JACK GUEZ / AFP
Propos recueillis par

Le projet Pegasus représente l’un des plus importants scandales en matière de cyber-espionnage depuis l’affaire Edward Snowden en 2013. Selon des révélations faites ce 18 juillet, le logiciel d’une société privée israélienne aurait été détourné à des fins politiques par plusieurs États, loin de sa fonction première de lutte contre le terrorisme. La privatisation du renseignement le rend-elle hors de contrôle ?

Les dérives du projet Pegasus, du nom d’un puissant logiciel espion conçu par l’entreprise israélienne NSO groupe, ont été révélées ce dimanche 18 juillet par un consortium de 17 médias internationaux. Ces derniers ont mis en lumière la manière dont plusieurs États se sont munis de cet outil technologique, développé dans la banlieue de Tel Aviv, afin d’écouter des journalistes, des militants ou encore des opposants politiques. Si la surveillance est une composante inhérente aux services de renseignement, cette nouvelle arme numérique a néanmoins été détournée de sa fonction première qu’est la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Un coup d’éclat qui témoigne aussi de la généralisation de la surveillance abusive qui s’effectue aussi bien dans des pays autoritaires tels que l’Arabie saoudite ou le Kazakhstan que dans des États démocratiques comme le Mexique.

Ce scandale de cyberespionnage est sans doute le plus important depuis l’affaire Edward Snowden, du nom de cet analyste de la NSA (National Security Agency), qui a révélé en juin 2013 l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Des organisations de défense des droits humains, des médias, l’Union européenne et des gouvernements s’indignaient lundi de ces révélations. L’ONG Amnesty International réclame un cadre réglementaire approprié pour mieux réguler ce marché. Mais une telle demande bute pour l’instant sur les intérêts nationaux. La libéralisation du renseignement le rend-il hors de contrôle ? Pour en parler, « Marianne » s’est entretenu avec Damien Van Puyvelde, maître de conférences en renseignement et sécurité internationale à l’université de Glasgow.

Marianne : A quel moment et de quelle manière la libéralisation du renseignement a-t-elle commencé ?

Damien Van Puyvelde : Il y a toujours eu des relations entre les services de renseignement et le secteur privé ainsi que la société civile. Pourtant, nous avons tendance à penser ce milieu comme une sphère purement étatique. L’espionnage s’intéresse aux personnes et donc a besoin de sources et de méthodes qui émanent de la société pour recueillir des informations. Le mouvement d’institutionnalisation des services occidentaux a commencé au XIXe siècle avant de devenir plus marqué au XXe siècle, et notamment pendant la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle l’utilisation et l’interception de messages radio jouent un rôle prépondérant.

« Pour prendre un exemple plus récent, l’ancêtre de Google Earth, Earthviewer, est aussi issu d’un partenariat entre la CIA et les secteurs des nouvelles technologies de l’information. »

L’histoire du renseignement américain offre de nombreux exemples de partenariats entre services de renseignement et le secteur privé. Au début de la guerre froide, ces rapports avec le secteur privé sont devenus plus formels. Par exemple, des avions espions comme le U2 ont été développés en partenariat avec la CIA, l’US Air Force et la compagnie Lockheed. Les satellites espions qui permettent de recueillir du renseignement électromagnétique et des images ont aussi été développés en partenariat avec le secteur privé. Pour prendre un exemple plus récent, l’ancêtre de Google Earth, Earthviewer, est aussi issu d’un partenariat entre la CIA et les secteurs des nouvelles technologies de l’information.

Y a-t-il une coopération intereuropéenne dans le domaine du renseignement qui se fait grâce au secteur privé ?

L’écosystème des services de renseignement est plus petit en Europe qu’aux États-Unis. En France, le budget consacré est d’environ 1 milliard d’euros, contre plus de 80 milliards aux États-Unis. Les moyens plus limités des services nationaux sur le Vieux Continent ont notamment poussé des pays comme la France, la Belgique ou encore l’Allemagne à investir conjointement dans des satellites de reconnaissance développés par des grands groupes industriels. On peut imaginer que la coopération très poussée entre les « five eyes » (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) dans le domaine du renseignement électromagnétique implique aussi des industriels de la défense.

Certains chercheurs s’alarment pourtant d’un délitement du renseignement aux États-Unis au profit de contractuels. Quid de la France qui n’a pas fait l’acquisition du logiciel Pegasus ?

Il est vrai que les États-Unis utilisent de nombreux contractuels et signent avec des sociétés privées issues de l’industrie de défense mais aussi dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. En France, même si les services externalisent certaines activités comme des vols de reconnaissance, le rôle du secteur privé semble moins important. Cela s’explique notamment par la culture politique de la France où l’État reste fort.

« La privatisation du renseignement n’était pas planifiée par l’administration américaine, elle s’est faite par défaut. »

L’affaire Pegasus est quelque peu différente. Dans ce cas, de nombreux pays qui utilisent ce genre de services n’ont vraisemblablement pas la capacité de développer des logiciels d’espionnage sophistiqués. Les grandes puissances, comme la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie, et Israël ont ces capacités. Ils ne sont donc pas dans la même situation de dépendance. Ils peuvent développer leurs propres logiciels espions sans faire appel à des compagnies étrangères.

La libéralisation des outils de renseignement ne permet-elle pas aux États de se cacher derrière les entreprises ?

De nombreux journalistes aux États-Unis s’étaient posé la question dans les années 2000 vis-à-vis du gouvernement américain, lorsque la « guerre globale contre le terrorisme » cri de ralliement de Washington, semblait alors favoriser cette dérive vers une privatisation du renseignement. Mais cette interprétation est un raccourci. La privatisation du renseignement n’était pas planifiée par l’administration américaine, elle s’est faite par défaut. Dans le cas de NSO – la compagnie qui a créé le logiciel Pegasus – la situation est un peu différente. Il ne s’agit pas d’un marché qui s’est formé dans un contexte de croissance rapide des services. Il faudrait plutôt parler d’une forme de transfert des savoirs entre les services et le secteur privé, même si en matière de sécurité informatique, beaucoup développent leur expertise sans passer par les agences étatiques.

« Aux États-Unis comme en Israël et ailleurs, on retrouve souvent des anciens des services de renseignement qui fondent des entreprises.  »

Aux États-Unis comme en Israël et ailleurs, on retrouve souvent des anciens des services de renseignement qui fondent des entreprises. Dans le cas de NSO, certains des employés auraient travaillé au sein de l’unité 8200, spécialisée dans le renseignement d’origine électromagnétique et du décryptage au sein de l’Armée de défense d’Israël. On peut noter au passage que les nouvelles générations de fonctionnaires ne veulent pas nécessairement faire des carrières entières dans les services de renseignement et que certains deviennent donc entrepreneurs.

Existe-t-il des moyens juridiques qui permettent d’attaquer en justice ces entreprises privées, voire les États ?

Dans le cas de NSO, la responsabilité engage d’abord cette compagnie. Plusieurs procédures ont été entamées contre NSO auprès de tribunaux américain et israélien. Ces plaintes émanent notamment de journalistes et activistes mexicains, qataris et saoudiens dont les communications ont été ciblées par des gouvernements grâce à Pegasus. On retrouve aussi dans la liste de ces plaintes les compagnies WhatsApp et Facebook.

Dans un autre cas, un tribunal à Tel Aviv a rejeté un appel visant à forcer le ministère de la Défense israélien à rejeter la licence d’exportation de NSO. Des questions d’ordre politique se posent ici sur les choix qui ont été faits par le ministère de la Défense israélien au niveau de l’exportation de cette technologie d’espionnage à des régimes autoritaires.

L’ONU a demandé une meilleure réglementation des technologies de surveillance. Pourtant après chaque affaire, que ce soit Edward Snowden, ou encore les écoutes d’Angela Merkel il semble que rien ne bouge. Pourquoi ?

Il faut distinguer les affaires d’espionnage comme l’affaire Snowden qui impliquent directement les services d’un État, et ce nouveau cas qui jette l’opprobre sur les activités d’une société privée. Aujourd’hui, les cibles ne sont plus seulement des chefs politiques mais des dissidents, des journalistes etc., ce qui est beaucoup moins acceptable aux yeux des démocraties. Au milieu de ces scandales à répétition, on observe quelques prises de position politiques, mais finalement peu de décision sur le contrôle des activités de renseignements, et ainsi peu de régulations.

Il est difficile d’établir et de faire respecter un droit international, car les États auront tendance à ne pas le respecter si cela limite leurs moyens. Quand il y a un cadre législatif trop strict, il est fort probable qu’il soit contourné. En revanche sur le marché de la surveillance, les démocraties occidentales peuvent certainement jouer un rôle de régulateur. La balle est dans le camp des législateurs.

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Pegasus : le Maroc aurait ciblé les téléphones ….

…. d’Emmanuel Macron et de 15 ministres

Pegasus : le Maroc aurait ciblé les téléphones d’Emmanuel Macron et de 15 ministres

                                  Emmanuel Macron utilise un iPhone en juillet 2020.
                                          JOHN THYS / POOL / AFP
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Selon un consortium de journalistes, Emmanuel Macron et quinze de ses ministres en exercice en 2019 ont été ciblés par le logiciel Pegasus, à l’initiative de services secrets marocains. Le Maroc nie de son côté être cliente de la société NSO, qui commercialise le logiciel espion.

Les révélations s’enchaînent sur ce qui pourrait bien être une des plus grandes affaires d’espionnage du siècle. Ce dimanche 18 juillet, un consortium de journalistes a mis en lumière l’espionnage permis par la société israélienne NSO via son logiciel Pegasus sur des milliers de téléphones portables, pour le compte de pays comme la Hongrie ou le Maroc. Ce consortium international, où figurent notamment Le Monde et franceinfo, révèle ce mardi 20 juillet que des numéros de téléphone appartenant à Emmanuel Macron, Edouard Philippe et 14 autres ministres en exercice en 2019 figurent dans la liste des cibles potentielles.

« Si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations de presse », a réagi l’Elysée, interrogée pour savoir si le chef de l’Etat avait été « potentiellement espionné » via le logiciel utilisé par certains Etats.

15 MINISTRES

Introduit dans un smartphone, le logiciel permet d’en récupérer les messages, photos, contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire. Le consortium a révélé que le Maroc, à travers ses services de renseignement, était client de NSO et utilisateur régulier du logiciel, en particulier contre des opposants marocains.

En plus du numéro d’un des iPhones du président, les appareils de nombreuses personnes proches du pouvoir figurent dans la liste des cibles potentielles, que détaille franceinfo : « Le Premier ministre de l’époque Edouard Philippe, ainsi que son épouse, l’une de ses assistantes et son conseiller Gilles Boyer ; le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner ; la garde des Sceaux Nicole Belloubet ; le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ; le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Mais aussi ceux de l’Education (Jean-Michel Blanquer), de l’Agriculture (Didier Guillaume), du Budget (Gérald Darmanin), de la Cohésion territoriale (Jacqueline Gourault), des Relations avec le Parlement (Marc Fesneau), des Outre-Mer (Annick Girardin), de la Culture (Franck Riester), du Logement (Julien Denormandie), des Collectivités territoriales (Sébastien Lecornu). »

Une liste qui regroupe la quasi-intégralité des membres du gouvernement à l’époque, autant de cibles potentielles auxquelles il faut ajouter de nombreuses personnalités politiques françaises, comme le maire de Béziers Robert Ménard ou Gilles Le Gendre, alors patron des députés LREM.

UNE TENTATIVE D’INTRUSION VIA IMESSAGE

Expertisé par Le Monde, le téléphone portable de l’ancien ministre François de Rugy a révélé trois attaques subies le 16 juillet 2019 via iMessage, le service de messagerie d’Apple. « Le iMessage est censé permettre aux services marocains d’introduire le le logiciel espion Pegasus dans son smartphone », précise France Info. Une trace qui prouverait donc que le Maroc serait derrière cette tentative d’intrusion.

Les 50.000 numéros de téléphone analysés par le consortium de journalistes ont été sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle. On savait depuis dimanche qu’elle elle incluait les numéros de 600 hommes et femmes politiques, leur identité est désormais progressivement révélée.

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