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L’Europe face à l’Islam,

 l’histoire croisée de deux civilisations, par Olivier Hanne

Rédigé par Saphirnews
 

L'Europe face à l'Islam, l'histoire croisée de deux civilisations, par Olivier Hanne

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce que la civilisation musulmane et ses valeurs ? En quoi peut-on les comparer à l’héritage européen ? Quels réflexes mentaux l’histoire de l’Islam a-t-elle enracinés chez ses fidèles ? Sont-ils en contradiction profonde avec l’esprit de « l’homme européen » ? Celui-ci existe-t-il d’ailleurs au-delà des slogans politiques ?

Une incompréhension culturelle autant que religieuse semble imprégner les rapports entre l’Europe et le monde musulman, qui seraient incompatibles et hostiles. Pourtant, il existe entre eux de nombreux parallèles – mystiques, éthiques ou philosophiques –, souvent méconnus.

À travers l’histoire croisée de l’Europe et de l’Islam, puisant dans les grands textes religieux, littéraires et politiques qui ont construit les deux civilisations, Olivier Hanne peint le tableau de la naissance et de la croissance de deux sentiments d’appartenance, montre leurs antagonismes profonds, tout en soulignant ce qu’ils ont pu avoir en commun dans le passé, afin de préparer l’avenir.

L’auteur

Olivier Hanne, agrégé et docteur en histoire (HDR), est chercheur associé à l’université de Poitiers. Il est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages sur le Moyen Âge et l’Islam, dont L’Alcoran. Comment l’Europe a découvert l’islam.

Olivier Hanne, L’Europe face à l’Islam, Histoire croisée de deux civilisations, VIIè – XXe siècle, Tallandier, mars 2021, 432 pages, 22,90 €

René Maran, un Homme dont la place est parmi les hommes

Qui se souvient encore de ce grand écrivain qui fut le premier écrivain noir à recevoir le Prix Goncourt en 1921 ?

René Maran, Batouala. Préface d’Amin Maalouf. Albin Michel (2021)

Qui se souvient encore de ce grand écrivain qui fut le premier écrivain noir à recevoir le Prix Goncourt en 1921 ? Peu de gens, à commencer par l’auteur de ces lignes… Les éditions Albin Michel, guidées par d’humaines mains ont fait œuvre de piété éditoriale et ont voulu fêter comme il se doit ce grand centenaire qui va de 1921 (date d’attribution du Prix) à 2021, date de la présente réédition.

C’est aussi une problématique d’actualité, mais sans reprendre les outrances inacceptables de la soi-disant cancel culture qui ne propose rien d’autre qu’une éradication du passé historique de notre civilisation. Mais reconnaissons, aujourd’hui encore, sans avoir à battre sa coulpe à longueur d’année, qu’être à la fois homme noir et écrivain français est une tâche ardue. On est alors attaqué de toutes parts : par les exploiteurs qui estiment avoir tous les droits contre ceux qui sont noirs, et cette frange minoritaire, mais agissante d’écrivains ou d’intellectuels noirs qui considèrent que vous n’allez jamais assez loin dans la dénonciation de l’iniquité, que vous êtes l’alibi noir de la domination blanche, etc.

Ce fut une belle idée de demander une préface à M. Amin Maalouf qui analyse parfaitement bien les défis qui furent ceux de cet écrivain né à Fort-de-France en 1887, de parents guyanais et qui quitta ce monde en 1960, à Paris, au moment où s’amorçait le grand tournant de la décolonisation. Il est des époques, Karl Jaspers aurait parlé d’un temps axial, au cours desquelles les esprits sont surchauffés et ne savent guère apprécier une attitude modérée, nuancée, fine : ce fut le cas de cet homme, René Maran, qui voulait croire que les atrocités commises contre les peuples colonisés étaient étrangères à notre culture humaniste française et violaient l’esprit de toutes nos valeurs et de nos lois. Notamment du judéo-christianisme qui enseigne l’universalité de la loi morale, sans distinction de race, de religion ou de couleur de peau. Ce judéo-christianisme dont l’auteur semble se gausser quand il compare les mœurs sociales des deux côtés : chez les blancs , comme il les appelle, et les Noirs. J’y reviendrai plus bas.

Je ne résiste pas à la joie, un peu triste, de citer ce beau passage, un peu pathétique cependant où un homme opprimé jette une bouteille à la mer. Qu’on en juge : Honneur du pays qui m’a tout donné, mes frères de France, écrivains de tous les partis, vous qui, souvent, disputez d’un rien et vous déchirez à plaisir et vous réconciliez tout à coup, chaque fois qu’il s’agit de combattre pour une idée juste et noble, je vous appelle au secours, car j’ai foi en votre générosité.. 

La sincérité, l’authenticité d’un tel passage ne me laisse pas indifférent et me rappelle un principe de l’éthique  talmudique traitant de la sincérité : les paroles qui proviennent du cœur touchent le cœur (de celui auquel on s’adresse). 

Après cette poignante introduction écrite plus d’une décennie après l’attribution du Prix Goncourt, l’auteur introduit son héros, le chef de village, Batouala,  force herculéenne et esprit assez fin dans l’exercice de ses fonctions.

Mais l’auteur se livre à une sorte d’étude de contraste entre les deux civilisations, celle conquérante et ambitieuse de l’homme blanc et l’autre, plus économe en effort, de l’humanité noire. Mais René Maran le fait avec humour, tout en se moquant de ce Batouala qui fait l’éloge de la fainéantise qu’il distingue soigneusement de la paresse… Alors, pourquoi se lever le matin, se demande Batouala ? On sent que René Maran utilise ce subterfuge pour stigmatiser le laisser-aller de l’homme noir qui a du mal à émerger des brumes du sommeil ; son chien roux, qui est à son image, l’imite ainsi que l’une de ses concubines dormant toute nue et que son seigneur et maître honore, chaque matin que Dieu fait, même durant son sommeil… Il est évident que de telles descriptions poursuivent un but pédagogique in petto.. Comment voulez-vous, dans de telles conditions, dépasser votre sort actuel, faire cesser l’exploitation, les brimades, voire les abus, les frustrations en tout genre ?

Mais je comprends aussi qu’une partie des lecteurs blancs se soient indignés en lisant les caricatures que René Maran fit d’eux : par exemple, leur côté douillet, la moindre piqure d’insecte leur arrache de hauts cris, ils sont fragiles, leur  peau ne supporte pas la moindre égratignure, etc… Et puis l’auteur tente de rétablir un certain équilibre, notamment en parlant de la vigueur amoureuse de Batouala qui veille sur un harem de neuf femmes qu’il ne veut partager avec personne. Mais l’auteur vante aussi les charmes d’un tout jeune homme, beau et fort, qui honore toutes celles qui en font la demande. Et on lit aussi une critique amusée de l’infidélité conjugale qui, lorsqu’elle se produit, est vite réglée ou réparée par l’envoi de quelques victuailles et des mots d’excuse. Et tout finit par rentrer dans l’ordre.

On sent bien que c’est la morale judéo-chrétienne qui est ici finement critiquée. Après tout, nous assure l’auteur, un homme est fait pour une femme et inversement. Sous-entendu, le désir doit pouvoir s’exprimer librement. Quant aux fêtes des Noirs cela ressemble à de véritables orgies puisqu’après fait bombance on cède aux charmes des femmes…

Les femmes et leurs techniques de séduction, il en est largement question, entrecoupées de la supériorité putative des mâles noirs en comparaison que ce que les blancs sont à même d’offrir. Mais par delà ces plaidoyers pro domo, on est bouche bée d’admiration en constatant l’imposant registre lexical de l’auteur. Ses descriptions de la brousse, des animaux, des paysages, des cases et des gens impressionnent le lecteur. L’auteur méritait vraiment son Prix Goncourt et a dû suivre un enseignement solide en langue française et en philologie romane, digne des classes préparatoires de l’École Normale Supérieure.

C’est en fait un plaidoyer en faveur de l’égalité des droits des Noirs. Et c’est ce qui fait la grandeur morale de ce roman. C’est au chapitre V  que nous lisons tout le changement apporté par la survenue des conquérants blancs. Je retiens une phrase significative : notre soumission ne nous mérita pas leur bienveillance…Quelle phrase !

Mais il y a mieux ou pire, si j’ose dire :  Nous ne sommes que des chairs à impôt. Nous ne sommes que des bêtes de portage Des bêtes. Des bêtes. Même pas. Un chien ? Ils le nourrissent, et soignent leur cheval. Nous ? Nous sommes, pour eux, moins que ces animaux. Nous sommes plus bas que les plus bas. Ils nous crèvent lentement.

Et je ne relève que cela du long discours tenu par le vénérable chef de village. Au nom de la couleur blanche, tout est permis…  Mais on peut comprendre le choc de ces deux cultures ou traditions quand on lit le chapitre décrivant les cérémonies de circoncision et d’excision… C’est indescriptible et permet de mesurer le fossé infranchissable entre les blancs et les noirs, du moins à cette époque-là. Et René Maran nous captive par ses descriptions, fruit de ses observations aux premières loges. Ces évocations sont aussi étonnantes que les rites funéraires en cours chez les Noirs.

Le vieux père du chef de village Batouala vient de décéder. Au lieu de la porter en terre le plus vite possible, on expose le cadavre pendant de longues journées de grande chaleur, ce qui accélère la décomposition de ce même cadavre. La raison invoquée de cette fidélité à la coutume, c’est l’assurance que le corps ainsi exposé est vraiment sans vie… Car, nous dit l’auteur, il est arrivé que le supposé mort ne le soit pas vraiment… Et d’ajouter avec ironie : comment voulez-vous que les blancs comprennent de telles coutumes, puisqu’i est arrivé par le passé que les cadavres bougent ? Et ils ajoutent même que la puanteur est le signal donné par le défunt qu’il est temps d’enterrer. Pour eux, c’est un langage qu’ils sont les seuls à comprendre…

Ce livre de René Maran contient aussi un autre texte intitulé Youmba la mangouste. Mais je trouve que c’est le précédent texte consacré au grand guerrier Batouala qui doit retenir notre attention. C’est bien dans celui-ci que l’auteur développe ses idées et bat en brèche l’idéologie esclavagiste. Cette lecture, de nos jours, devrait nous faire le plus grand bien, sans jamais tomber dans des excès. En allemand,  le grand Goethe nous le dit, c’est le tour de main qui est décisif, comme en cuisine : In der Kürze liegt die Würze. 

En d’autres termes, il arrive que les plus grands idéaux soient très mal défendus. Car, disait Charles de Gaulle, la seule querelle qui vaille est celle (autour de la dignité) de l’Homme…, En notre temps.

Maurice-Ruben Hayoun

 

 

Les deux pactes : Nadjd et Quincy

«Un deal tout aussi simple qu’il était informel: pétrole contre protection militaire.»

La chronique philo de Cynthia Fleury. «Un deal tout aussi simple qu’il était informel: pétrole contre protection militaire.»

A Grozny (Tchétchénie), s’est réuni un aréopage des plus singuliers, regroupant les chefs religieux principaux du sunnisme, à l’invitation du cheikh d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayeb. L’enjeu : définir l’identité du sunnisme et les contours de sa communauté. Le wahhabisme salafiste a été officiellement exclu de la définition, sachant que celle-ci considère que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine, les quatre écoles de jurisprudence sunnite, au niveau de la pratique, et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ». Avant de devenir la doctrine officielle de l’Arabie saoudite, le wahhabisme a connu des péripéties que Hamadi Redissi narre dans son dernier ouvrage, le Pacte de Nadjd. Ou comment l’islam sectaire est devenu l’islam (Seuil, 2016). close volume_off

On a beaucoup misé, déclare l’auteur, sur le pétrole pour expliquer l’arrogance wahhabite. Notamment en rappelant le pacte du Quincy (du nom du navire où se sont rencontrés Roosevelt et Abdelaziz ibn Saoud), datant de 1945, qui allie les deux maisons, blanche et Saoud, autour d’un deal tout aussi simple qu’il était informel : pétrole contre protection militaire. Le pacte du Quincy a fait de l’Arabie « un pays dhimmi (protégé) qui paye en retour un tribut, une capitation sous forme d’avantages pétroliers ».

Trois éléments, poursuit Redissi, feront la puissance de l’Arabie : le pétrole, l’avion et les médias. L’avion fournira les pèlerins en quête de spiritualité, le pétrole lui offrira une surface financière des plus enviables, et la stratégie communicationnelle et d’irrigation de subventions tous azimuts… le reste. L’Arabie sponsorise en effet pléthore d’instituts académiques, cultuels, culturels, scientifiques, dans le monde entier. En fait, le pacte du Quincy est fort utile pour couvrir un autre pacte, celui de Nadjd (1745) entre Muhammad ibn Saoud et Muhammad ibn Abd Al Wahhab.

« Né à l’abri des interférences étrangères, le wahhabisme est la dernière secte médiévale par sa forte immersion dans l’imaginaire médiéval, son univers langagier, ses hantises et ses caprices. Mais le wahhabisme est aussi la première des hérésies modernes. (…)

En fait, on ne peut comprendre l’entente entre le wahhabisme et l’islamisme sans expliquer que les liaisons dangereuses, loin d’être accidentelles ou fortuites, se ressourcent dans une matrice commune. D’un mot, les thèses de l’islam millénariste, misanthrope, indompté, belliqueux, antichrétien, antisémite et misogyne se trouvent à l’état brut dans le wahhabisme. »

Au XIXe siècle, une relation se noue entre le wahhabisme, le salafisme et le nationalisme. L’intuition de Redissi est que ces trois mouvements se fédèrent autour d’une triple hostilité, celle contre le colonialisme, la cléricature et les confréries. Enfin, entre wahhabisme et islamisme, le dernier chaînon manquant est celui des Frères musulmans d’Hassan Al Banna, lui-même bâtissant son programme autour de propositions intégristes de réislamisation.

 

Assimilation. En finir avec ce tabou français de Lydia Guirous

En finir avec ce tabou français» qui fait l’objet de la recension à écouter sur toutes les plateformes d’écoute.

Dans I tréma #17, c’est le livre de Lydia Guirous «Assimilation. En finir avec ce tabou français» qui fait l’objet de la recension à écouter sur toutes les plateformes d’écoute.

A mesure que les phénomènes de communautarisme se multiplient, le concept d’assimilation revient dans le débat public. Ancienne porte-parole de LR, auteur de plusieurs livres sur l’islam et la République, Lydia Guirous s’empare du sujet sans « tabou ». Elle voit dans le processus d’assimilation autrefois en vigueur en France la solution pour endiguer le séparatisme islamiste qui se répand dans la société française.

L’un des mérites de ce petit livre consiste déjà à poser un diagnostic sur l’histoire de notre pays et sur sa gestion de de l’immigration. Lydia Guirous rappelle par exemple comment la France faisait avant la Première Guerre mondiale « de l’assimilation une condition d’accès à la naturalisation ». Elle revient sur la manière dont les vagues d’immigration italienne ou polonaise se sont agrégées à la société française, sans en masquer les difficultés. Elle cite Albert Camus qui, à l’occasion d’un reportage sur la Kabylie pour un quotidien algérois en 1939, livre sa prescription : « Si l’on veut vraiment d’une assimilation et que ce peuple si digne soit français, il ne faut pas commencer à le séparer des Français ». Pour Lydia Guirous, la machine a commencé à s’enrayer dans les années 1970 avec le regroupement familial. Non pas en raison de cet afflux d’un genre nouveau qui voyait des travailleurs immigrés rejoints par leur épouse et leurs enfants, mais parce que la doctrine a connu un revirement dont l’auteur pointe la naissance des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui, « l’erreur originelle de nos politiques ».

Dans les années 1980, la notion d’intégration s’est imposée. Lydia Guirous en propose cette interprétation : « Elle considère que la société s’enrichit des différences et que l’identité se construit au gré des apports des uns et des autres. Selon cette vision, c’est autant à la société de s’adapter au nouvel arrivant qu’au nouvel arrivant de s’adapter à la société ». La suite, nous la connaissons, et le développement des revendications identitaires, ethniques et religieuses, puise largement sa source dans un terreau favorable sur lequel on a plaqué le « modèle » américain. Lydia Guirous identifie un certain nombre défis à relever. Parmi eux, « l’embrigadement de la jeunesse musulmane est une bombe à retardement qu’il convient de désamorcer très rapidement ».

Un pays faible

L’assimilation est pour l’auteur la solution à explorer. Selon elle, « ce n’est pas au débat suranné du monde d’avant-hier entre intégration et assimilation que nous devons répondre mais au débat entre assimilation et communautarisme ». Elle préconise donc une série de mesures comme la fin de l’automaticité de l’acquisition de la nationalité par le droit du sol, l’option de l’immigration choisie, l’uniforme scolaire ou encore l’interdiction du voile dans l’espace public. Elle évacue la question des prénoms parfois mise en avant par certains, selon elle une « vaine polémique », et met en exergue le rôle central de l’école dont elle déplore que les heures d’enseignement du français aient considérablement diminué en quelques décennies.

« Pour éviter la xénophobie, le racisme, le communautarisme, le séparatisme et mettre en échec l’islamisme, il faut retrouver la fierté d’être français », estime Lydia Guirous. Mais « comment respecter et vouloir porter avec fierté les couleurs d’un pays qui se montre faible ? Alors que les cultures d’origine sont des cultures aux codes virils, où le rapport de force indique celui qu’il convient de respecter, la France, par sa tolérance, passe souvent pour faible ». Elle suggère de recourir à la symbolique républicaine qui « doit développer une narration empreinte d’une part de sacré ».

Pour Lydia Guirous, les termes de l’alternative sont binaires : assimilation ou libanisation. Mais on pourra aussi valablement considérer que les postulats sémantiques du débat sont biaisés. Car quand à la fin du siècle dernier la France se gargarisait de pratiquer l’intégration, elle accomplissait tout l’inverse dans la réalité. Par une politique de peuplement, d’urbanisation et de logement créatrice elle-même de ghettos et de séparatisme, encouragée par l’Etat, les bailleurs sociaux et les élus dès les années 1960, la nation française a fabriqué du communautarisme. C’est aussi en analysant avec exigence ces fautes dont nous payons lourdement la note aujourd’hui que la France pourrait aujourd’hui engager une politique d’intégration digne de ce nom. Qui considère réellement chaque citoyen en devenir indépendamment de ses origines ou de ses héritages et non en les y assignant par une politique délibérée de concentration géographique et de peuplement urbain sur des bases ethniques ou religieuses.

Philippe Foussier

Lydia Guirous, L’Observatoire, 96 p., 10 €

Programme sur la Laïcité et le “Fait Religieux”

Qui sont-ils : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, les Evangiles, le Coran ?

Mais qui sont-ils… Moïse, Jacob, David, Salomon, Jésus, Marie, Paul, Mohamed, Ali, Confucius, Bouddha, Baha-U’llah ?

Et que savons-nous des religions du monde ? D’où viennent-elles ? A quelle époque ont-elles été fondées ? Par qui ? Quels en sont les rites, les manifestations ?

Nous illustrerons le Judaïsme, le Christianisme, l’Islam, l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Taoïsme, le Chamanisme, le Vaudou, sans oublier la place et l’enjeu de la LAICITE dans notre société.

Le Concept du Fait Religieux est un sujet dont on parle peu. Il s’agit d’appréhender son Histoire pour mieux saisir le but.

Des les premières décisions de l’Etat et de l’adoption de la Laïcité, nous avons noté une perte inquiétante de références culturelles et les conséquences sur la compréhension de l’Histoire, la Littérature, des Arts, sur la marche du monde moderne. Lionel Jospin, en 1989 demande une étude.

Le philosophe Régis Debray dénonce « l’analphabétisme religieux ». Les religions doivent être étudiées avec des méthodes du raisonnement scientifique, relevant davantage de la Sociologie et de l’Anthropologie que de la Foi. Voir le document complet :

 LE FAIT RELIGIEUX présention générale

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Les enseignants confrontés à une contestation en hausse…

 …de la laïcité à l’école

Par

En partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’institut de sondage Ifop a réalisé une enquête publiée ce 6 janvier auprès des professeurs concernant les formes de séparatisme religieux émanant des élèves.

Sondage : les enseignants confrontés à une contestation en hausse de la laïcité à l'école

Les résultats montrent que la contestation de la laïcité, en nette hausse, est une réalité à laquelle la grande majorité des enseignants doivent désormais faire face.

Ce mercredi 6 janvier, la fondation Jean Jaurès et l’Ifop publient le premier volet d’un nouveau dispositif d’enquête, « l’Observatoire des enseignants », déclenché en réaction à l’attentat subi par le professeur Samuel Paty : en interrogeant en décembre un échantillon de 801 enseignants, il s’agissait d’obtenir des informations sur la place des contestations de la laïcité dans leur métier, leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la place de la religion dans l’enceinte scolaire. La première salve de cette étude examine donc l’ampleur et la forme des contestations de la laïcité à l’école. Le constat, dressé par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès, est clair : les résultats font « apparaître une prégnance conséquente du religieux qui s’est immiscé dans la vie professionnelle des enseignants.»

En effet, pas moins de 80% des professeurs interrogés affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses, dont 59% dans leur établissement actuel. Le phénomène, massif, est aussi en progression, puisque 53% des enseignants au collège ont déjà été l’objet de contestations, contre 46% lors d’une enquête Ifop-CNAL menée en 2018. Un enseignant sur quatre déclare même être régulièrement témoin ou victime d’incidents ayant trait à la laïcité dans son établissement. Contrairement à un préjugé, les difficultés ne sont pas rencontrées uniquement dans les écoles, collèges et lycées de banlieues populaires ; elles y sont certes plus fréquentes, de même que dans des régions comme l’Île-de-France ou le sud-est, mais les revendications religieuses se produisent sur tout le territoire national.

Les incidents liés à la laïcité sont les plus nombreux au collège, où 46% des professeurs en font état, mais le primaire n’est pas épargné (26%), le lycée (38%) encore moins. On retrouve une grande diversité d’anicroches de toutes natures, mais certaines sont plus fréquentes que d’autres, comme les incidents concernant la restauration scolaire ; les jours de classe manqués liés à l’exercice d’un culte ou à la célébration d’une fête religieuse ; les contestations d’enseignements sur la laïcité, la sexualité ou l’égalité entre filles et garçons ; les absences de jeunes filles à des cours de natation ou de sport. Au total, 53% des enseignants ont observé de la part d’élèves des formes de contestation au nom de la religion, et 59% des formes de séparatisme religieux à l’école. L’Ifop a en outre mesuré un cas particulier, celui des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, lors desquelles 19% des professeurs (et 34% de ceux qui enseignent en REP) ont constaté au moins forme de contestation ou de désapprobation : justifications des violences, refus de participer à la minute de silence, injures ou provocations… Des chiffres qui tranchent avec les seuls 793 signalements recensés par le ministère de l’Education nationale le 18 novembre dernier.

Une autocensure massive 

Face à cette montée en puissance de l’intrusion du religieux à l’école, deux questions se posent aux professeurs : doivent-ils s’autocensurer pour éviter des troubles, et doivent-ils signaler les faits lorsque ceux-ci adviennent ? Parmi les 801 enseignants interrogés par l’Ifop, 49% disent déjà s’être autocensurés dans le secondaire, un nombre en progression sensible : ils étaient seulement 36% en 2018. Par ailleurs, 22% disent s’autocensurer « de temps en temps », contre seulement 10% deux ans plus tôt. En banlieue populaire, ce sont 70% des profs qui déclarent avoir modifié le contenu de leur cours par prudence. Le signalement des incidents est largement répondu, puisque 84% des enseignants interrogés s’y sont prêtés, contre 16% n’ayant rien dit. En revanche, le signalement ne se fait quasiment jamais auprès du rectorat (5%), et pas si souvent auprès de la direction de leur établissement (56%). Une explication pourrait résider dans le manque de soutien dont estiment bénéficier les profs : près de la moitié évoque un « soutien total », 86% un « soutien partiel » au niveau de l’établissement, des chiffres qui descendent à 21% (soutien total) et 54% (soutien partiel) s’agissant du rectorat. C’est auprès de leurs collègues (73%) que les enseignants estiment avoir le plus reçu un appui sans équivoque.

Malgré ces données, l’Ifop note toutefois que le corps enseignant reste en partie divisé sur certaines questions de laïcité : ainsi, si 75% des professeurs estiment que Samuel Paty a « eu raison de faire un cours sur la liberté d’expression en s’appuyant sur des caricatures de presse », 9% pensent qu’il a eu tort, et 15% ne souhaitent pas répondre. La démarche du prof d’histoire-géo tragiquement assassiné est soutenue par les trois quarts des enseignants du public, mais seulement par les deux tiers de ceux du privé ; 40% des professeurs déclarant croire en une religion se rangent du côté des critiques ou des silencieux, de même que 35% de ceux qui enseignent dans les banlieues populaires, « peut-être plus nombreux à penser qu’il faut, à l’école, tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves » selon Iannis Roder, de la Fondation Jean Jaurès.

Jacques Julliard : "Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France"
Hans Lucas via AFP

Jacques Julliard : “Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France”

La liberté finira par triompher, par les armes de l’esprit citoyen et de la vérité. Le meurtre abominable de notre collègue Samuel Paty est pour toute la corporation des historiens, un motif de douleur, mais aussi de fierté. C’est pourquoi, afin de lui rendre hommage, je signe : Jacques Julliard, professeur d’histoire.

Le crime est tellement atroce, le rituel de la décapitation tellement barbare, que nous avons tous envie de nous persuader que nous venons d’atteindre le seuil de l’intolérable et que nous sommes, par conséquent, à un tournant, que la dynamique de l’abominable ne peut que s’inverser.

L’attentat contre la liberté d’enseigner est tellement contraire à notre tradition républicaine et à notre pacte social que, décidément, il ne sera pas toléré, et que le mouvement de l’indignation générale va inverser le sens de l’histoire.

Les paroles du président de la République sur les lieux mêmes du crime, reprenant, à travers le « ils ne passeront pas ! » l’esprit de la résistance antifasciste durant la guerre d’Espagne, font que l’on peut espérer voir enfin le gouvernement prendre des mesures à la hauteur du déni.

Je crains malheureusement que nous ne soyons vite déçus.

Renseignement, rectorats, politique... Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre
© Dessin de Pinel pour “Marianne”.
 

Renseignement, rectorats, politique… Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre

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Samuel Paty a été décapité, le 16 octobre, pour avoir fait son devoir d’enseignant. Au-delà des auteurs directs de l’attentat, son assassinat aura été rendu possible par tous ces renoncements, ces dysfonctionnements et ces couardises qui défont silencieusement notre société. Et si l’on ouvrait les yeux ?

Le mouvement est continu. Devant le collège du Bois-d’Aulne, du matin au soir, la foule défile. Des fleurs, des pleurs, un cahier d’hommages, des policiers aux aguets, des ambulances, des bénévoles de la Protection civile. Ce samedi 17 octobre au matin, une bande de barbus, qu’on n’a jamais vus dans le coin, observaient la scène de loin, pendant que des policiers en civil les photographiaient. À l’intérieur de l’établissement, une cellule d’écoute psychologique. Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), ses petits pavillons tranquilles, ses terrains de sport et ses allées ensoleillées. Dans l’une d’elles, vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire-géographie a été décapité parce qu’il avait fait son devoir. Les élèves qui ont eu Samuel Paty comme professeur ont du mal à parler : « Je ne me suis jamais autant intéressée à l’histoire qu’avec lui » se souvient une élève de troisième. Elle s’exprime lentement, lutte contre l’émotion, avec, de temps en temps, un regard pour sa mère. En 2019, en quatrième, Samuel Paty avait été son professeur principal, et elle l’avait retrouvé avec un enthousiasme que chaque cours confirmait : « Je me rappelle chaque sujet, chaque période, il savait stimuler notre intérêt. L’année dernière, c’était les Lumières. Et ce module sur la laïcité, et sur Charlie Hebdo. Ça n’avait posé aucun problème. Il nous avait bien expliqué avant que cela toucherait à la religion, et que ceux qui éventuellement seraient choqués avaient la possibilité de détourner le regard ou de sortir. Il n’a pas du tout désigné les musulmans. Ce n’était pas son genre, il ne stigmatisait personne. »

La rumeur et le fanatisme, comme un cocktail explosif, ont tué Samuel Paty. Celui qui l’a achevé s’appelle Abdoullakh Anzorov, un réfugié tchétchène tout juste sorti de l’adolescence, dont l’inouïe sauvagerie nous laisse sidérés. Âgé de 18 ans, il a été abattu par la police. Ceux qui ont précipité son lynchage se nomment Brahim C., parent d’élève menteur, et Abdelhakim Sefrioui, un prédicateur fiché pour radicalisation à caractère terroriste. Ils ont été placés en garde à vue, parmi onze personnes. « L’enquête se concentre sur la capillarité entre le tueur et le parent d’élève… Comment l’information a circulé de l’un à l’autre avec, au milieu, Sefrioui » révèle une source gouvernementale. Leur culpabilité pénale devra être déterminée ; leur responsabilité morale ne fait aucun doute. Et puis, il y a des responsabilités plus indirectes. Ces dysfonctionnements qu’on s’est habitué à taire. Ces petits riens qui, mis bout à bout, ont mené au désastre. Les défaillances du renseignement territorial, qui avait conclu dans une note du 12 octobre, à un climat « apaisé ». La couardise des rectorats. L’impuissance de la justice, des politiques, des fonctionnaires. « Pas de vague » qu’ils disaient. Toutes ces lâchetés, toutes ces erreurs, ont mené à l’horreur.