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Que préconise l’Église sur la vaccination ?

Soucieuse du bien commun, la Conférence des évêques de France (CEF) continue d’inviter chacun à se mobiliser contre le virus.

Alors que le gouvernement pousse les Français à la vaccination, quelle est la position de l’Église sur le sujet ? Si le pape se pose en ardent défenseur de la vaccination, l’Église de France est moins prescriptive et appelle les catholiques à « prendre leur propre responsabilité ».
 
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Le pape François, au Vatican, le 18 juillet 2021.  • VATICAN MEDIA/CPP/IPA/ABACAPRESS.COM

« Soucieuse du bien commun, la Conférence des évêques de France (CEF) continue d’inviter chacun à se mobiliser contre le virus. Elle appelle les catholiques à entrer dans cette perspective en prenant leur propre responsabilité vis-à-vis du vaccin », a déclaré la CEF le 13 juillet 2021, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron annonçant la mise en place d’un passe sanitaire.

« L’Église ne prescrit rien, elle laisse à chacun sa liberté de conscience,décrypte Laurent Stalla-Bourdillon, prêtre du diocèse de Paris et enseignant au Collège des Bernardins. Sa responsabilité est de rehausser chez les citoyens la conscience de leur engagement, de leur liberté et du commun. À la société, ensuite, de parvenir à un consensus, ce qu’elle a de plus en plus de difficultés à faire. »

Liberté individuelle contre bien commun

« Enfermés depuis des années dans une logique de libertés individuelles qui priment sur tout, nous avons perdu le sens du bien commun. Résultat, l’autorité politique use de son pouvoir pour le générer artificiellement via des obligations », poursuit le prêtre.

Au Vatican, le pape a adopté un ton plus tranchant. Lui-même vacciné depuis janvier 2021, il a très clairement appelé à faire de même, parlant à la télévision italienne du « négationnisme suicidaire » des antivax.

« Il faut nuancer les positions romaines, décrypte Marie-Jo Thiel, médecin et théologienne. Le pape a pris cette position extrêmement claire, mais d’autres locuteurs au Vatican, chacun dans leur rôle, se sont aussi prononcés ».

De la moralité de la vaccination

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), « une instance juridique et dogmatique », a ainsi publié une note sur le sujet, le 21 décembre 2020. L’Église était alors interpellée avec insistance sur le recours dans le procédé de fabrication de certains vaccins, particulièrement celui d’AstraZeneca, à des chaînes cellulaires issues de tissus obtenus à partir d’avortements effectués au siècle dernier.

Pour la CDF, il est « moralement acceptable » d’utiliser de tels vaccins car « la coopération au mal (coopération matérielle passive) de l’avortement provoqué d’où viennent les lignes cellulaires » est « lointaine ». En outre, « le devoir moral d’éviter cette coopération matérielle passive n’est pas contraignant s’il y a un grave danger tel que la diffusion, autrement impossible à arrêter, d’un agent pathogène grave », situation à laquelle semble correspondre la pandémie de Covid-19.

La CDF soutient également que « la moralité de la vaccination dépend non seulement du devoir de protéger sa propre santé, mais aussi du devoir de poursuivre le bien commun ». Elle rappelle néanmoins que la vaccination n’est pas une « obligation morale », et qu’elle doit être « volontaire ».

Des enjeux bioéthiques profonds

Une troisième instance vaticane a pris la parole sur la vaccination en février 2021 : l’Académie pontificale pour la vie, dont fait partie Marie-Jo Thiel. « Nous avons pris une position ouverte, plus nuancée que celle du pape, mais incitant à se faire vacciner au nom de la responsabilité éthique et d’une autonomie que j’appelle “relationnée”, c’est-à-dire tenant compte des autres », résume la théologienne.

Pour cette experte en bioéthique, l’Église « ne peut pas se taire sur ces questions qui touchent à la vie et à la dignité humaine ». Des enjeux majeurs et profonds sous-jacents au débat vaccinal actuel.

Bien-être animal et islam

 « Le Coran reconnaît à l’animal une conscience et une spiritualité »

Des théologiens et intellectuels musulmans proposent une réflexion à partir des sources coraniques et prophétiques sur le statut de l’animal dans l’Islam. Entretien avec Omero Marongiu-Perria, sociologue, musulman et végétarien.
 
 
 
Préparation de la fête de l'Aïd-el-Kébir, en 2019, à Mulhouse.

Préparation de la fête de l’Aïd-el-Kébir, en 2019, à Mulhouse. • PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP

Le 20 juillet 2021, un milliard et demi de musulmans célèbrent l’Aïd-el-Kébir ou Aïd-el-Adha, la principale fête annuelle de l’islam. Celle-ci clôt les principaux rites du mois de pèlerinage par le sacrifice d’un animal, généralement un mouton. Ce geste est accompli en mémoire de la confiance d’Abraham, prêt à offrir son fils et de la substitution, par Dieu, de l’enfant par un agneau. Ce rituel de la plus haute importance dans les familles musulmanes est aujourd’hui remis en question par des théologiens et des intellectuels au sein même de l’islam, pour des raisons éthiques et écologiques.

Omero Marongiu-Perria

Omero Marongiu-Perria.

Le sociologue Omero Marongiu-Perria a dirigé un ouvrage collectif, l’Islam et les animaux, qui analyse les apports théologiques, juridiques et mystiques sur le statut de l’animal au fil de l’histoire de la pensée musulmane. Ce livre explore également des sujets qui font souvent polémique : le sacrifice de l’Aïd-el-Kébir est-il une obligation dans le contexte contemporain ? Une viande est-elle licite (halal) uniquement par la façon dont l’animal est mis à mort ? Est-il possible de vivre pleinement les prescriptions de l’islam tout en étant végétarien ?

Pour répondre à ces questions, Omero Marongiu-Perria, Français au patronyme sarde, converti jeune adulte à l’islam, s’appuie sur les sources coraniques et les traditions prophétiques (ou hadiths) qui affirment clairement que l’animal a une conscience et qu’il est en communication avec le divin.

Votre livre s’inscrit-il dans le mouvement général d’attention à l’environnement, au climat, aux autres vivants ?

Il y a indéniablement une tendance chez les musulmans des classes moyennes et supérieures, soucieux de la qualité de leur alimentation, à porter un regard critique sur la production de leur nourriture. Ce mouvement existe depuis une vingtaine d’années, mais s’est affirmé quand les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux de boucherie ont été révélées au grand public par des associations comme L214.

En Belgique, par exemple, l’association Green Halal cherche à promouvoir le bien-être des animaux d’élevage, tout en préconisant une moindre consommation de viande et de meilleure qualité. Parallèlement, dans les pays arabes, on débat sur les réseaux sociaux de la « personnalité animale » qui se traduit pour certains par le refus de consommer de la viande. La question de l’Aïd-el-Kébir est un point de tension dans ces débats entre musulmans.

Ce sacrifice n’est-il pas une obligation ?

Il est lié au pèlerinage et fait partie des rites qui préexistaient à l’Islam et que le prophète a réinvestis. Mais en aucun cas les premiers musulmans n’ont considéré qu’abattre un animal le jour de l’Aïd faisait partie des obligations rituelles. Cette idée s’est imposée peu à peu, alors que l’islam devenait une religion instituée. Beaucoup de musulmans y voient aujourd’hui un geste d’appartenance incontournable à l’islam, mais d’autres, notamment dans les pays du Golfe, n’égorgent plus. Ils font un don à une association humanitaire, ce qui me semble plus proche de l’esprit de cette fête.

L’abattage d’un animal à l’époque du prophète avait pour fonction première la redistribution de nourriture. Dans une économie de pénurie, la viande était séchée et consommée en plusieurs mois. Quel sens cela prend-il aujourd’hui dans un contexte d’abondance, où perdure la pauvreté ? Il faut trouver des voies de dépassement du sacrifice animal à travers des aumônes, des projets caritatifs.

Sur quelles références religieuses s’appuient vos réflexions sur le rapport à l’animal ?

Dans la perspective coranique, les frontières de l’« humanitude », ce qui fait la spécificité de l’être humain, sont floues. Le Coran mentionne que les éléments du cosmos sont dotés de la capacité de raisonnement. Il restitue la parole de la fourmi et de la huppe. C’est un corbeau qui apprend à Caïn la façon d’enterrer son frère après qu’il l’eut assassiné.

Le Coran souligne ainsi : « Il n’existe pas de bêtes sur terre ni d’oiseau volant de ses propres ailes qui ne forment des communautés semblables à vous » (Coran 6, 38). Plusieurs textes de la tradition prophétique (les hadiths ou dits du Prophète) parlent de la capacité des animaux à interagir avec un monde qui nous est invisible.

Comment, à partir des sources, définissez-vous le concept de conscience animale ?

Cela renvoie à trois choses. Si les animaux ont reçu le souffle de vie, cela pose la question de l’âme : les animaux ont-ils reçu ce souffle au même titre que les humains ? C’est un débat chez les théologiens musulmans.

Par ailleurs, le Coran est explicite sur le fait que les animaux ont une conscience spirituelle. Ils sont dans une posture d’adoration et de dévotion à Dieu. Ainsi, dans la tradition soufie, l’animal a toujours été une source d’inspiration. Ibn ‘Arabi citait des animaux parmi ses maîtres spirituels.

Le troisième élément renvoie à l’intelligence. Est-ce que les animaux sont dotés d’une conscience dans le sens où ils peuvent percevoir et exprimer la douleur, la joie, la peine ? Depuis les années 1980, les recherches en éthologie animale répondent par l’affirmative à cette question.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’être humain dans ce cas ?

La venue sur terre d’Adam achève les étapes de la création du monde. Le livre raconte que Dieu a proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes de porter la responsabilité de la création, ce qu’ils ont refusé. Le Coran évoque cette responsabilité à travers la notion de dépôt, amâna. L’être humain est celui qui parmi les créatures a accepté ce « dépôt » (Coran 33, 72).

C’est pourquoi l’être humain porte la responsabilité de sa liberté, corollaire de la capacité d’agir et de transformer le monde que Dieu lui a confié. Il a ainsi pris le titre de khalife, c’est-à-dire de successeur, celui qui vient à la suite de Dieu. Du fait de sa responsabilité qu’il a acceptée, il aura des comptes à rendre plus importants que les autres êtres.

Comment situez-vous cette réflexion autour de l’animal dans la pensée islamique ?

Sans remettre en cause le bien-fondé de l’alimentation carnée, des juristes se sont toujours interrogés sur les conditions éthiques qui permettent de combler cette injustice faite à l’animal qu’est sa mise à mort. Le juriste marocain Fatih Kamal, l’un des contributeurs à l’ouvrage, décrit l’émergence de la personnalité animale dans le droit musulman contemporain.

Dans sa thèse de doctorat obtenue en France à l’université de Limoges, il montre que le bagage éthique est clairement présent dans les textes de l’islam : un animal doit être abattu pour en consommer la chair, mais en sorte qu’il souffre le moins possible. Une viande véritablement halel est celle de l’animal qui a été bien traité et dont la mise à mort a été le plus rapide et le moins douloureuse possible.

Justement, pourquoi refuser l’étourdissement préalable lors de l’abattage à échelle industrielle ?

Pour des raisons qui relèvent de l’ignorance et du business lié au halal et au cacher. Les études vétérinaires indiquent qu’un bovin saigné met entre trois et sept minutes avant de perdre conscience. Or les cadences sont telles que certains abattoirs commencent à dépecer des animaux alors même qu’ils n’ont pas perdu conscience. La première décision éthique serait de ralentir les cadences.

Par ailleurs, les pratiques d’étourdissement sont très maîtrisées et garantissent que l’animal perd conscience sans être tué. Il est ensuite vidé de son sang comme l’exige la loi religieuse. Il serait d’ailleurs simple de contrôler que l’animal inconscient est vivant et de refuser les bêtes mortes avant la saignée.

Pourquoi les abattoirs qui assurent l’abattage halal n’étourdissent pas s’il n’y a pas de problème ?

Parce qu’il y a des associations juives et des associations musulmanes qui travaillent de concert pour faire du lobbying au niveau européen. Au sein de l’Union européenne, l’abattage sans étourdissement est interdit, mais autorisé sur dérogation pour les juifs et les musulmans. J’affirme, pour ma part, que l’abattage industriel tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne respecte pas l’éthique islamique de la mise à mort des animaux.

Plutôt que refuser l’étourdissement de l’animal, travaillons à l’échelle locale, avec des petits abattoirs, au plus proche des producteurs. L’étiquette halal devrait garantir que l’animal a été élevé dans les conditions les plus saines, les plus éthiques, avec un abattage qui garantit que l’animal a souffert le moins possible. Ce qui inclut l’étourdissement avant abattage.

Quel a été votre propre cheminement dans cet intérêt pour les animaux ?

Ma réflexion a débuté à la fin de la trentaine, à cause de problèmes de santé qui m’ont conduit à limiter ma consommation de viande de manière intuitive. Peu à peu, j’ai eu l’intime conviction que la production industrielle de viande était aux antipodes des préceptes éthiques musulmans en matière de soin apporté à l’animal. J’ai alors entamé des recherches et pris conscience que l’animal était doté d’une intelligence, d’une personnalité et d’un rapport à Dieu qui lui sont propres.

J’étais confronté à un conflit éthique, à une dissonance dans ma vie de croyant et j’ai voulu explorer d’autres pistes. J’accepte parfaitement que d’autres personnes, musulmanes ou non, aient un rapport différent à l’animal, estimant notamment que Dieu nous a permis d’être des prédateurs. Cependant, je suis devenu très sensible aux conditions de vie des animaux, et la cruauté de l’être humain à leur endroit m’interpelle. Mon cheminement a pris du temps : il a commencé par une attention à ma santé pour aboutir à une réflexion sur ma place en tant qu’être humain dans le monde et celle que je dois laisser aux autres.L’Islam et les animaux, sous la direction d’Omero Marongiu-Perria, Atlande, 12 €.

Le petit guide philosophique pour réussir son été, par M. Onfray

Malmenés par la pandémie de Covid-19, les Français ont repris le chemin des vacances avec le désir de revivre et de se retrouver.

GRAND ENTRETIEN – Malmenés par la pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas, les Français ont repris le chemin des vacances avec le désir de revivre et de retrouver un peu de légèreté. Ce qui n’est pas incompatible avec la recherche de sens ou d’élévation, comme l’explique le philosophe. Propos recueillis par Jean-René Van der Plaetsen.

 

«Le calme, le silence, la méditation, la solitude sont les choses du monde les moins partagées… Ce sont pourtant les biens les plus précieux. Ce sont les pointes de diamant de la vie inactive: une vie intérieure trépidante», estime le philosophe Michel Onfray. Le Figaro

C ’est le retour des grandes vacances après de longs mois vécus sous l’emprise du Covid. Quelles sont les priorités selon vous? Ne rien faire, relire les classiques, retisser des liens avec ses proches, prendre du bon temps puisque celui-ci nous est compté? Autre chose encore? 

En philosophie, comme partout ailleurs, je suis nominaliste, c’est-à-dire que je n’essentialise rien, ce qui est à rebours de l’institution philosophante qui ne vit que de ça. Donc, je n’essentialise pas les vacances. Les vacances de ma mère, qui est femme de ménage retraitée, de mon petit frère, qui va bientôt avoir 60 ans et qui travaille à l’entretien mécanique du matériel dans une carrière, de ma belle-sœur, qui est cantinière, ne sont évidemment pas les mêmes, ni semblables aux miennes. Elles n’obéissent pas aux mêmes nécessités physiques, psychologiques, spirituelles, économiques.

Pour peu qu’on soit en bonne santé, la retraite est une longue vacance. Celle d’un travailleur manuel qui peine à l’ouvrage, le cas de mon frère qu’un lourd diabète fatigue depuis trois décennies, n’est pas la même que celle d’un travailleur intellectuel qui a plaisir à l’ouvrage, ce qui est mon cas… Les vacances de qui dispose d’un pouvoir d’achat ne sont pas les mêmes de qui a des problèmes de fins de mois. Avant de faire une théorie des vacances, il faudrait en faire une sociologie.

Pour ma part, je n’aurais jamais pu imaginer, venant du milieu dont je viens, que ma vie aurait pu être aussi heureuse: mon travail est en effet ma passion, je lis, je prends des notes, j’écris des livres, je suis invité dans les médias pour en parler, je fais des conférences où le public vient nombreux, des lecteurs en assez grand nombre me permettent de vivre de ma plume: quelles vacances pourrais-je donc bien m’inventer?

Il n’y a pas pour moi de séparation entre la semaine et le week-end, les jours normaux et les jours fériés, l’année de travail et les vacances, un jour de Noël et un jour en semaine. Je travaille tout le temps. Disons que les vacances des autres sont un peu les miennes: moins sollicité pour l’écume des choses par l’écume des gens, je peux travailler dix heures par jour. Ces temps-ci: à un éloge de Lucrèce pour un prochain livre.

Parmi les nombreux enseignements de l’épisode Covid, il y a eu la brusque rupture, du fait de la crise sanitaire, du lien social, parfois même familial. Dans une société soumise en permanence à la tentation de l’individualisme, retisser ce lien n’est-il pas la première des urgences?

Le lien n’est pas que physique. On pouvait s’écrire, se parler, se téléphoner, échanger par Skype. Ne pas pouvoir se rencontrer physiquement a peut-être clarifié les relations qu’on avait avec tel ou tel. Tant de relations sont faciles, superficielles, légères, mondaines, frivoles, futiles que, nécessité faisant vertu, le confinement a été pour quelques-uns l’occasion de faire le ménage dans leurs relations. Dans la famille, déjà, il me semble qu’une coexistence et une cohabitation forcées pouvaient devenir forcenées dans ces circonstances…

Le travail ou les activités à l’extérieur ayant disparu, certains se trouvaient condamnés à un face-à-face qui a probablement été une épreuve de vérité. L’un redécouvrait l’autre, pour le meilleur et pour le pire, même chose avec les enfants qui découvraient peut-être le vrai visage de leurs parents.

L’urgence est toujours de construire des relations vraies. Et il n’y a pas plus urgent que l’urgent

Je crois que cette épreuve aura révélé, au sens photographique du terme, la véritable nature des relations que chacun entretenait avec autrui. Avec autrui et avec lui-même… Retisser du lien social? Probablement. Mais avec qui et pour quoi faire? Si le Covid a mis par terre des édifices branlants et qu’il en a en revanche conforté d’autres, sinon créé d’autres, disons que ça n’est ni une bonne ni une mauvaise chose: la vie aurait trouvé de toute façon d’autres moyens pour parvenir aux mêmes fins…

L’urgence est toujours de construire des relations vraies. Et il n’y a pas plus urgent que l’urgent.

Les vacances, c’est un peu l’art de ne rien faire. Mais comment réussir à ne rien faire quand nous paraissons tous souffrir d’un mal qu’on pourrait nommer l’agitation perpétuelle? Ou, si vous préférez, comment réussir une vie inactive?

Ne rien faire est pour moi l’enfer! Il m’arrive de temps en temps, dans le train entre Caen et Paris et retour, de regarder avec une incroyable stupéfaction des gens qui passent les deux heures du trajet à ne rien faire… J’en vois également qui consacrent ces durées-là à regarder des films dont, pour ce que j’en aperçois, l’histoire du cinéma pourrait se passer. Il y a également ceux qui, adultes chauves et bedonnants, jouent à des jeux électroniques l’œil rivé sur l’écran pendant cent vingt minutes.

C’est le triomphe du divertissement au sens que lui donnait Pascal. Il parlait du billard, du ballon poussé au pied, de la chasse au lièvre ou au sanglier. Nous y sommes encore: le calme, le silence, la méditation, la solitude sont les choses du monde les moins partagées… Ce sont pourtant les biens les plus précieux. Ce sont les pointes de diamant de la vie inactive: une vie intérieure trépidante. Je ne mets rien au-dessus du calme, du silence, de la méditation, de la solitude.

L’oisiveté de l’alcoolique au zinc du bistrot, du chômeur qui ne cherche plus de travail et passe ses journées devant la télévision en buvant de la bière, du fainéant qui, comme la couleuvre, cherche tous les soleils pour s’y endormir, cette oisiveté-là n’est guère philosophique, convenez-en

L’oisiveté n’est-elle pas une activité supérieure, très philosophique, car elle permet la contemplation et favorise la réflexion?

Disons que tout dépend de l’oisif! J’en connais dont l’oisiveté ne conduit guère au-delà d’eux-mêmes – ce qui ne va guère au-delà de leurs petites personnes, et ça n’est pas loin… C’est l’oisiveté du nombril, celle de l’égotiste, de Narcisse perdu dans son reflet. L’oisiveté de l’alcoolique au zinc du bistrot, du chômeur qui ne cherche plus de travail et passe ses journées devant la télévision en buvant de la bière, du fainéant qui, comme la couleuvre, cherche tous les soleils pour s’y endormir, cette oisiveté-là n’est guère philosophique, convenez-en…

Dans son magnifique roman Oblomov, Gontcharov avait théorisé cette oisiveté d’effondré. Il a créé un personnage associé à un comportement, l’oblomovisme, qui caractérise ce défaut d’énergie structurel qui débouche sur l’apathie, l’effondrement, la pétrification de soi, son devenir pierre, sa chosification. Cette oisiveté pathologique ne me paraît pas désirable. C’est celle du légume. Et encore…

Quant à ce que vous nommez oisiveté pour qualifier «une activité supérieure, philosophique», il me semble, si vous permettez, que le mot ne convient pas. Car se préparer à recevoir des idées, des intuitions, de l’inspiration n’est pas ne rien faire: c’est solliciter ce dont on est porteur pour faire. Autrement dit: penser, voire penser à penser. L’oisiveté d’Oblomov est négative: elle ne prépare rien et ne débouche sur rien ; celle du philosophe est positive, elle prépare le surgissement en soi de plus que soi.

Vous avez longtemps été considéré comme un épicurien. Autrement dit: un philosophe qui souhaite jouir des plaisirs de l’existence. Vous reconnaissez-vous aujourd’hui encore dans cette description de vous-même?

Oui, bien sûr. Mais le mot «épicurien» est à double entrée: c’est aussi bien le disciple d’Épicure – qui enseignait une ascèse éthique pourvoyeuse d’un plaisir négatif, l’ataraxie, qui constitue à jouir d’un état dans lequel on ne souffre pas – que le jouisseur sans conscience, sans morale, sans éthique, sans vertu. Il est bien évident que, pour stigmatiser les épicuriens historiques, dont Épicure lui-même, il était plus facile d’en faire un débauché qui prostituait ses frères, mangeait comme un goinfre, se faisait vomir deux fois par jour afin de pouvoir recommencer, fréquentait les prostituées, flattait les puissants, proférait des obscénités, dépensait une fortune en nourriture, couchait avec les femmes de son école, toutes insultes proférées en son temps, que d’attaquer ses thèses et les invalider par l’usage d’une raison critique.

Je ne crois pas que les vacances suffisent à suspendre la culpabilité, qui est un signe fort de notre civilisation judéo-chrétienne ! On est peut-être plus à ce qu’on fait parce qu’on a le temps de faire ce qu’on fait. On ne mange pas vite fait avant de repartir au travail en restant sobre. On a plaisir à préparer un repas, à prendre l’apéritif, à boire du rosé frais, à marivauder avec une voisine de plage, de camping, de ­table au restaurant

Je vous confiais à l’instant que je travaillais à un éloge de Lucrèce justement pour expliquer comment il est mon maître de vie depuis quarante ans… Mais il faut lire De la nature des choses pour voir qu’il y a loin de ce texte à la caricature qu’on fait de moi…

Les vacances d’été, pour la plupart des Français, c’est le soleil, la plage, les barbecues entre amis, les parties de pétanque, etc. Peut-on trouver un sens à la simple recherche de ces plaisirs?

Oui, bien sûr, car chacun trouve son plaisir là où il peut, comme il peut, quand il peut. Je sais que certains paieraient des fortunes pour assister à la finale d’une Coupe du monde de football ou aux Jeux olympiques, ce qui serait pour moi une terrible punition…

En revanche, je me dis depuis trente ans, sans jamais le faire, que je devrais m’inscrire pour assister à la représentation d’un opéra de Wagner, dont j’adore Tristan et la Tétralogie. Mais je comprends sans difficulté que Bayreuth pourrait être pour tel ou telle la punition que serait pour moi d’assister à ces manifestations sportives.

N’allez pas imaginer que, pour autant, je n’aimerais ni les barbecues avec des amis, ni le soleil, ni me baigner… Et je n’exclurais pas non plus de jouer à la pétanque si l’occasion se présentait!

Les vacances d’été ne sont-elles pas le moment où l’on peut justement s’adonner aux plaisirs de la vie sans éprouver aucun sentiment de culpabilité?

Je ne crois pas que les vacances suffisent à suspendre la culpabilité, qui est un signe fort de notre civilisation judéo-chrétienne! On est peut-être plus à ce qu’on fait parce qu’on a le temps de faire ce qu’on fait. On ne mange pas vite fait avant de repartir au travail en restant sobre. On a plaisir à préparer un repas, à prendre l’apéritif, à boire du rosé frais, à marivauder avec une voisine de plage, de camping, de table au restaurant… Mais de là à abolir la culpabilité! Je crois d’ailleurs en la matière que Mai 68 a plus fait pour envoyer la culpabilité aux orties que toutes les vacances depuis un siècle!

S’il me faut redescendre du ciel des idées, les vacances sont pour moi une ascèse au carré ! Disons que je me mets en vacances d’autrui et me concentre totalement sur ce que je préfère au monde : lire et écrire

Si certains vous ont souvent décrit comme un épicurien, d’autres voient plutôt en vous un stoïcien. Pour vous, les vacances, c’est plutôt gourmandise ou abstinence?

La séparation est une affaire de professeurs de philosophie qui veulent faire rentrer les philosophes dans des cases. Les universitaires adorent trouver des périodes chez Montaigne, le dernier de nos penseurs romains: il aurait été stoïcien, puis sceptique, puis épicurien… En fait, Montaigne était tout à la fois, suivant l’heure, le moment, l’occasion, la circonstance! Regardez les Lettres à Lucilius de Sénèque, un chef-d’œuvre. Sénèque initie son interlocuteur en lui vantant les mérites d’une pensée stoïcienne tout autant qu’une pensée épicurienne! Disons, s’il faut entrer dans le détail technique, que la métaphysique et la cosmogonie stoïcienne me vont moins que la physique et la cosmogonie épicurienne. Je ne souscris pas au panthéisme stoïcien, je consens en revanche au matérialisme radical des épicuriens. Mais s’il me faut redescendre du ciel des idées, les vacances sont pour moi une ascèse au carré! Disons que je me mets en vacances d’autrui et me concentre totalement sur ce que je préfère au monde: lire et écrire…

Les vacances, c’est le moment idéal pour essayer de s’oublier et consacrer un peu plus de temps aux autres. Selon vous, qu’est-ce qu’une amitié réussie?

Une amitié à la hauteur de l’amitié! Du moins à la hauteur de l’idée que je m’en fais qui, ici comme ailleurs, est plus proche des sagesses existentielles antiques stoïciennes et épicuriennes que des flasques copinages ou des molles camaraderies contemporaines. Les «potes»? Très peu pour moi…

Je vous disais que j’étais nominaliste: je ne crois pas à l’amitié platonicienne, à l’idée d’amitié, aux déclarations verbales d’amitié, aux proclamations majuscules d’amitié. Je crois, en revanche, à tout ce qui montre qu’elle existe véritablement, à savoir aux preuves. Les preuves d’amitié sont sans cesse à donner, sinon elle s’étiole, fane, meurt. L’amitié n’est pas un graal atteint une fois pour toutes. C’est une vertu remise en jeu chaque jour, qui peut tout aussi bien connaître des cimes que des gouffres, de véritables passions ou d’authentiques fâcheries, car l’amitié ne permet pas tout… Par exemple, elle ne permet pas qu’on soit inamical avec son ami! C’est le moins qu’on puisse exiger. Je n’ignore pas que je place la barre haut…

Je déteste cette expression de « lâcher prise » autant que « prendre soin de soi » ! C’est tout le business du développement personnel qui se trouve en effet derrière ces sottises ! Quelle est cette prise qu’il faudrait lâcher ? Qui a pris quoi ? Quand et comment ? Avec quel organe de préhension ?

À l’approche des vacances, la plupart des journaux féminins recommandent à leurs lectrices de «lâcher prise». Comment comprenez-vous cette expression issue du jargon psychologisant?

Je déteste cette expression autant que «prendre soin de soi»! C’est tout le business du développement personnel qui se trouve en effet derrière ces sottises! Quelle est cette prise qu’il faudrait lâcher? Qui a pris quoi? Quand et comment? Avec quel organe de préhension? Par ailleurs, il me semble que les alpinistes nous feraient remarquer que lâcher prise, c’est tomber dans le vide et perdre la vie…

Je ne peux m’empêcher d’associer cette expression à la prescription d’un relâchement régressif des sphincters par un Diafoirus de la psychologie…Je lui préfère franchement son inverse, son antidote: «Reprenez-vous!» Mais l’époque est au culte du relâché plus qu’à celui de la tension du vouloir et de la mobilisation de la volonté. Elle est vouée à l’hédonisme vulgaire, sûrement pas à un nouveau stoïcisme.

On entend souvent dire que l’épidémie de Covid a porté un rude coup aux désirs de tourisme et d’évasion. Faut-il, selon vous, renoncer aux voyages lointains et à la découverte de l’exotisme?

L’exotisme peut être immobile: il est dans le regard plus que dans la chose regardée. L’exotisme se trouve exacerbé dans toute présence exacerbée au monde. Je me suis parfois trouvé dans des endroits que d’autres diraient exotiques – sur des chemins de falaises aux Marquises, sur les collines de Ngong au Kenya, sur un bateau à quelques mètres d’icebergs au-delà du cercle polaire en terre de Baffin, dans un jardin zen près de Kyoto où un ami qui vit au Japon m’avait conduit et dans lequel ne se trouvait aucun touriste. Or, l’exotisme n’était pas dans ces lieux-là mais dans le regard que je portais sur ces lieux-là. De sorte que je peux retrouver ce même regard quand je regarde comment a poussé le saule pleureur que j’ai planté avec mon frère dans le jardin de ma maison de Chambois près de la Dives, la rivière qui traverse le village.

Un regard, cela s’éduque. Mais qui, quand et où éduque-t-on à regarder dans un monde où il y a désormais tant à voir? J’ai vu de mes yeux vu des yeux morts incapables de regarder en direct les pyramides de Louxor, le Grand Canal de Venise, le Forum impérial à Rome, le Parthénon d’Athènes, autrement qu’au travers l’objectif de leur téléphone portable, avec eux-mêmes en premier plan pour justifier l’existence de ces monuments qui ont traversé l’Histoire.

Il faut apprendre à trouver l’exotisme ici et maintenant, là où l’on est. Il n’est pas dans une géographie physique, un espace lointain, mais dans une géographie intime, un espace mental

L’exotisme ici consisterait à jeter le smartphone dans l’eau de la fontaine de Trevi pour la regarder vraiment: alors on verrait ce qu’il y a vraiment à voir, à savoir l’aura tremblante de toute œuvre capable de charger une mémoire proustienne. Le tourisme de masse est devenu consumérisme de masse. En rentrant de vacances, certains disent qu’ils ont «fait les musées», en ignorant que le but de ceux qui, après la Révolution française, ont voulu les musées, c’était que les musées les fassent, autrement dit: qu’ils travaillent à la construction du regard afin qu’un jugement de goût soit possible. Il faut apprendre à trouver l’exotisme ici et maintenant, là où l’on est. Il n’est pas dans une géographie physique, un espace lointain, mais dans une géographie intime, un espace mental.

Vous-même, êtes-vous plus enclin à chercher le grand lointain ou à essayer de redécouvrir le très proche? Autre question: restez-vous en France cet été ou partez-vous à l’étranger?

Ce n’est pas exactement la même question… Après ce que je viens de vous dire, je ne saurais opposer «le grand lointain» (d’ailleurs où commence le «grand» du grand lointain?) et «le très proche» car, excusez-moi de me répéter, mais je crois plus juste de chercher le grand lointain dans le très proche, là où certains, dans le grand lointain, voudraient retrouver leur très proche et cherchent désespérément un steak frites avec une bière sous une toile de tente dans le Sahara.

Pour l’autre question, j’ai la chance d’avoir une maison à Saint-Pierre en Martinique achetée après un AVC qui me rendait l’hiver cérébralement pénible. Je suis d’ailleurs en train de corriger notre entretien avec une vue sur la mer des Caraïbes… Pour le reste du temps, j’irai voir des amis – en Corse, à Toulon, à Bordeaux – et je travaillerai à mon bureau de Chambois avec vue sur les toits de mon village, l’église et le donjon – la photo de ce que je vois sert de couverture à mon Art d’être français *.

Dans «La Carte et le Territoire», Michel Houellebecq plaidait pour que la France prenne conscience que son patrimoine (ses monuments, ses paysages, sa culture, son art de vivre) est la première de ses richesses. Partagez-vous cette idée?

Il a entièrement raison. Mais la haine de soi qui caractérise notre époque nous prive de cette sagesse. Nos cuisines, nos régions, nos paysages, nos langues, nos patois, nos climats, nos géologies, nos monuments, nos grottes préhistoriques, nos alignements de mégalithes, nos églises romanes, nos cathédrales, l’urbanisme de nos villes quand, comme en Normandie, elles n’ont pas été détruites par les bombardements américains de juin 1944, nos maisons d’écrivains, nos régions viticoles, nos vins, notre littoral, sans oublier les départements et territoires d’outre-mer que l’on néglige si souvent – on dit peu, par exemple, que la plus grande frontière de la France est avec le Brésil parce qu’on oublie la Guyane… -, tout cela mériterait un engouement sinon d’État, du moins du peuple français.

Mon père disait parfois d’une personne que c’était « quelqu’un de bien ». Il aurait pu dire « une belle personne » mais ça n’était pas dans son vocabulaire. Je crois que tendre vers cela suffit à la vie d’un homme

On sait que vous aimez contempler les paysages normands et observer les étoiles la nuit. La leçon de beauté du monde ne commence-t-elle pas au bout de son jardin?

Quand je suis seul dans le jardin de ma maison de Chambois, la nuit, je me dis toujours par-devers moi, dans le silence bruissant du cosmos, que c’est le plus bel endroit du monde! Qu’on pourrait tendre le bras pour toucher les étoiles – même si je dois avouer que, dans le désert mauritanien, j’ai constaté que Chambois n’arrivait pas premier… Le village dort, tout est silencieux, on entend parfois des oiseaux de nuit, chouettes et chats-huants, des crapauds ou des grenouilles, le murmure de la Dives qui s’écoule comme le fleuve d’Héraclite. Il y a de la beauté, si l’on veut, mais plus encore, ici, non loin du cimetière où repose mon père, une énergie tellurique sans laquelle je ne serais pas ce que je suis.

Dans notre époque qui semble vouloir toujours accélérer, les vacances permettent de ralentir et d’essayer de discerner l’essentiel. Quel est-il pour vous?

Mener une vie philosophique. Autrement dit: une existence qui coïncide avec ce que je pense, ce que j’écris. Mettre de la philosophie dans ma vie et de la vie, de ma vie, dans la philosophie. Mon père disait parfois d’une personne que c’était «quelqu’un de bien». Il aurait pu dire «une belle personne» mais ça n’était pas dans son vocabulaire. Je crois que tendre vers cela suffit à la vie d’un homme.

* Éditions Bouquins.


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Pegasus : les noms les algériens espionnés par le Maroc dévoilés

Le Maroc a étroitement surveillé l’Algérie. Plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à des algériens on été ciblés par les services de renseignements marocains.

Pegasus : les noms les algériens espionnés par le maroc dévoilés
Par Amine Ait

Alors que le scandale de logiciel espion pegasus prend une dimension internationale, le royaume marocain, client de l’entreprise israélienne nso, qui commercialise ce logiciel espion, se retrouve au cœur de cette scandaleuse affaire. Outre les cibles françaises, le Maroc a étroitement surveillé l’Algérie. Plus de 6 000 numéros de téléphone appartenant à les algériens on été ciblés par les services de renseignements marocains.

Le journal le monde s’est intéressé de très près à cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre. Le quotidien français, dans un article qui a été publié aujourd’hui, le 20 juillet 2021, a dévoilé plusieurs noms d’algériens ciblés par cette opération d’espionnage menée par le Maroc. Parmi les cibles, les hauts responsables politiques, mais aussi les militaires, les diplomates, et même les chefs de partis.

6 000 numéros algériens ciblés : qui son-ils ?
Sélectionnés comme cibles potentielles de logiciel espion pegasus, le Maroc s’est intéressé à plus de 6 000 numéros de personnalités et de responsables algériens, assure le monde, qui a pu collecter plus de détails auprès de l’organisation forbidden stories et d’amnesty international. il s’agit apparemment de numéros appartenant à les diplomates pour le plupart, mais aussi à les responsables politiques, les militaires, les chefs les services de renseignement, les hauts fonctionnaires et même à les militants politiques.

Parmi les noms cités par le même source, figurent ceux de Saïd, Nacer et Zhor Bouteflika, les frères et sœurs de président déchu Abdeleziz Bouteflika. mais outre le cercle familial de l’ancien chef de l’état, figurent aussi ses plus proches collaborateurs. en effet, parmi les numéros sélectionnés par le Maroc, apparaissent ceux les chefs les services de renseignement de l’époque, ceux les généraux Ali Bendaoud, Wassini Bouazza et Bachir Tartag, mais aussi les numéros attribués à les commandants les forces terrestres et aériennes. un numéro attribué à Saïd Chengriha, l’actuel chef d’état-major de l’armée, fait également partie de lot, assure le monde.

Ahmed gaid saleh, l’ancien homme fort de pays entre avril et décembre 2019, n’a pas échappé lui aussi à cette vaste opération d’espionnage perpétrée par le Maroc. si son numéro à lui n’a pas été directement cité, ce n’est pas le cas de celui de son fils Mourad, dont le téléphone se trouvait sous la surveillance des services de renseignement marocains, tout comme celui de Lotfi Nezzar, le fils de Khaled Nezzar. Le monde dévoile aussi l’étonnante histoire de l’adjudant Guermit Bounouira, ancien aide de camp de général Gaïd Saleh. son numéro de téléphone était sous surveillance. Guermit Bounouira avait fui l’Algérie pour le Turquie à le mort de son chef, mais il a été vite livré par Istanbul à Paris, et il se trouve actuellement en détention pour « haute trahison ».

Une frénésie sans limites outre les militaires, les marocains se son également intéressés aux ministres de premier plan de l’Algérie. Parmi les numéros espionnés figurent certains qui son attribués à Noureddine Bedoui et à Remtane Lemamra, mais aussi à Sabri Boukadoum et à Noureddine Ayadi, ce dernier a déjà occupé le poste de directeur de cabinet de le présidence de le république. Les numéros de téléphone d’Ali Haddad, et d’autres « oligarques » de l’ère Bouteflika on également attiré l’attention les espions marocains.

Le maroc, toujours via le logiciel espion peagasus, a également ciblé les journalistes, les personnalités de l’opposition et de le société civile, assure le monde qui cite l’exemple de l’ancien ministre et diplomate Abdeleziz Rahabi. ce dernier a d’ailleurs déclaré que « cela fait partie de le chaîne les actes d’hostilité de Maroc envers l’Algérie. Cette hostilité permanente vise donc désormais les institutions, mais aussi les personnalités indépendantes ».

Parmi ces « personnalités indépendantes » ciblées par le frénésie paranoïaque de royaume chérifien, figure aussi Zoubida Assoul, affirme encore le monde. Présidente de l’union pour le changement et le progrès (ucp) et membre actif de pad, madame Assoul, pourrait faire partie de ceux don les téléphones on été mis sur écoute par le Maroc. « Au nom de quel droit un pays étranger se permet-il de venir m’écouter, espionner mon travail ? La communauté internationale doit réagir. Contre l’agresseur, mais aussi contre celui qui conçoit ce matériel pour que d’autres espionnent les sociétés civiles et les opposants », a-t-elle réagi.

 

L’affaire Pegasus, conséquence de la privatisation du renseignement ?

Elle représente l’un des plus importants scandales en matière de cyber-espionnage depuis l’affaire Edward Snowden en 2013

L'affaire Pegasus, conséquence de la privatisation du renseignement ?

                                    Le siège de la société NSO en Israël.JACK GUEZ / AFP
Propos recueillis par

Le projet Pegasus représente l’un des plus importants scandales en matière de cyber-espionnage depuis l’affaire Edward Snowden en 2013. Selon des révélations faites ce 18 juillet, le logiciel d’une société privée israélienne aurait été détourné à des fins politiques par plusieurs États, loin de sa fonction première de lutte contre le terrorisme. La privatisation du renseignement le rend-elle hors de contrôle ?

Les dérives du projet Pegasus, du nom d’un puissant logiciel espion conçu par l’entreprise israélienne NSO groupe, ont été révélées ce dimanche 18 juillet par un consortium de 17 médias internationaux. Ces derniers ont mis en lumière la manière dont plusieurs États se sont munis de cet outil technologique, développé dans la banlieue de Tel Aviv, afin d’écouter des journalistes, des militants ou encore des opposants politiques. Si la surveillance est une composante inhérente aux services de renseignement, cette nouvelle arme numérique a néanmoins été détournée de sa fonction première qu’est la lutte contre la criminalité et le terrorisme. Un coup d’éclat qui témoigne aussi de la généralisation de la surveillance abusive qui s’effectue aussi bien dans des pays autoritaires tels que l’Arabie saoudite ou le Kazakhstan que dans des États démocratiques comme le Mexique.

Ce scandale de cyberespionnage est sans doute le plus important depuis l’affaire Edward Snowden, du nom de cet analyste de la NSA (National Security Agency), qui a révélé en juin 2013 l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Des organisations de défense des droits humains, des médias, l’Union européenne et des gouvernements s’indignaient lundi de ces révélations. L’ONG Amnesty International réclame un cadre réglementaire approprié pour mieux réguler ce marché. Mais une telle demande bute pour l’instant sur les intérêts nationaux. La libéralisation du renseignement le rend-il hors de contrôle ? Pour en parler, « Marianne » s’est entretenu avec Damien Van Puyvelde, maître de conférences en renseignement et sécurité internationale à l’université de Glasgow.

Marianne : A quel moment et de quelle manière la libéralisation du renseignement a-t-elle commencé ?

Damien Van Puyvelde : Il y a toujours eu des relations entre les services de renseignement et le secteur privé ainsi que la société civile. Pourtant, nous avons tendance à penser ce milieu comme une sphère purement étatique. L’espionnage s’intéresse aux personnes et donc a besoin de sources et de méthodes qui émanent de la société pour recueillir des informations. Le mouvement d’institutionnalisation des services occidentaux a commencé au XIXe siècle avant de devenir plus marqué au XXe siècle, et notamment pendant la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle l’utilisation et l’interception de messages radio jouent un rôle prépondérant.

« Pour prendre un exemple plus récent, l’ancêtre de Google Earth, Earthviewer, est aussi issu d’un partenariat entre la CIA et les secteurs des nouvelles technologies de l’information. »

L’histoire du renseignement américain offre de nombreux exemples de partenariats entre services de renseignement et le secteur privé. Au début de la guerre froide, ces rapports avec le secteur privé sont devenus plus formels. Par exemple, des avions espions comme le U2 ont été développés en partenariat avec la CIA, l’US Air Force et la compagnie Lockheed. Les satellites espions qui permettent de recueillir du renseignement électromagnétique et des images ont aussi été développés en partenariat avec le secteur privé. Pour prendre un exemple plus récent, l’ancêtre de Google Earth, Earthviewer, est aussi issu d’un partenariat entre la CIA et les secteurs des nouvelles technologies de l’information.

Y a-t-il une coopération intereuropéenne dans le domaine du renseignement qui se fait grâce au secteur privé ?

L’écosystème des services de renseignement est plus petit en Europe qu’aux États-Unis. En France, le budget consacré est d’environ 1 milliard d’euros, contre plus de 80 milliards aux États-Unis. Les moyens plus limités des services nationaux sur le Vieux Continent ont notamment poussé des pays comme la France, la Belgique ou encore l’Allemagne à investir conjointement dans des satellites de reconnaissance développés par des grands groupes industriels. On peut imaginer que la coopération très poussée entre les « five eyes » (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) dans le domaine du renseignement électromagnétique implique aussi des industriels de la défense.

Certains chercheurs s’alarment pourtant d’un délitement du renseignement aux États-Unis au profit de contractuels. Quid de la France qui n’a pas fait l’acquisition du logiciel Pegasus ?

Il est vrai que les États-Unis utilisent de nombreux contractuels et signent avec des sociétés privées issues de l’industrie de défense mais aussi dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. En France, même si les services externalisent certaines activités comme des vols de reconnaissance, le rôle du secteur privé semble moins important. Cela s’explique notamment par la culture politique de la France où l’État reste fort.

« La privatisation du renseignement n’était pas planifiée par l’administration américaine, elle s’est faite par défaut. »

L’affaire Pegasus est quelque peu différente. Dans ce cas, de nombreux pays qui utilisent ce genre de services n’ont vraisemblablement pas la capacité de développer des logiciels d’espionnage sophistiqués. Les grandes puissances, comme la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie, et Israël ont ces capacités. Ils ne sont donc pas dans la même situation de dépendance. Ils peuvent développer leurs propres logiciels espions sans faire appel à des compagnies étrangères.

La libéralisation des outils de renseignement ne permet-elle pas aux États de se cacher derrière les entreprises ?

De nombreux journalistes aux États-Unis s’étaient posé la question dans les années 2000 vis-à-vis du gouvernement américain, lorsque la « guerre globale contre le terrorisme » cri de ralliement de Washington, semblait alors favoriser cette dérive vers une privatisation du renseignement. Mais cette interprétation est un raccourci. La privatisation du renseignement n’était pas planifiée par l’administration américaine, elle s’est faite par défaut. Dans le cas de NSO – la compagnie qui a créé le logiciel Pegasus – la situation est un peu différente. Il ne s’agit pas d’un marché qui s’est formé dans un contexte de croissance rapide des services. Il faudrait plutôt parler d’une forme de transfert des savoirs entre les services et le secteur privé, même si en matière de sécurité informatique, beaucoup développent leur expertise sans passer par les agences étatiques.

« Aux États-Unis comme en Israël et ailleurs, on retrouve souvent des anciens des services de renseignement qui fondent des entreprises.  »

Aux États-Unis comme en Israël et ailleurs, on retrouve souvent des anciens des services de renseignement qui fondent des entreprises. Dans le cas de NSO, certains des employés auraient travaillé au sein de l’unité 8200, spécialisée dans le renseignement d’origine électromagnétique et du décryptage au sein de l’Armée de défense d’Israël. On peut noter au passage que les nouvelles générations de fonctionnaires ne veulent pas nécessairement faire des carrières entières dans les services de renseignement et que certains deviennent donc entrepreneurs.

Existe-t-il des moyens juridiques qui permettent d’attaquer en justice ces entreprises privées, voire les États ?

Dans le cas de NSO, la responsabilité engage d’abord cette compagnie. Plusieurs procédures ont été entamées contre NSO auprès de tribunaux américain et israélien. Ces plaintes émanent notamment de journalistes et activistes mexicains, qataris et saoudiens dont les communications ont été ciblées par des gouvernements grâce à Pegasus. On retrouve aussi dans la liste de ces plaintes les compagnies WhatsApp et Facebook.

Dans un autre cas, un tribunal à Tel Aviv a rejeté un appel visant à forcer le ministère de la Défense israélien à rejeter la licence d’exportation de NSO. Des questions d’ordre politique se posent ici sur les choix qui ont été faits par le ministère de la Défense israélien au niveau de l’exportation de cette technologie d’espionnage à des régimes autoritaires.

L’ONU a demandé une meilleure réglementation des technologies de surveillance. Pourtant après chaque affaire, que ce soit Edward Snowden, ou encore les écoutes d’Angela Merkel il semble que rien ne bouge. Pourquoi ?

Il faut distinguer les affaires d’espionnage comme l’affaire Snowden qui impliquent directement les services d’un État, et ce nouveau cas qui jette l’opprobre sur les activités d’une société privée. Aujourd’hui, les cibles ne sont plus seulement des chefs politiques mais des dissidents, des journalistes etc., ce qui est beaucoup moins acceptable aux yeux des démocraties. Au milieu de ces scandales à répétition, on observe quelques prises de position politiques, mais finalement peu de décision sur le contrôle des activités de renseignements, et ainsi peu de régulations.

Il est difficile d’établir et de faire respecter un droit international, car les États auront tendance à ne pas le respecter si cela limite leurs moyens. Quand il y a un cadre législatif trop strict, il est fort probable qu’il soit contourné. En revanche sur le marché de la surveillance, les démocraties occidentales peuvent certainement jouer un rôle de régulateur. La balle est dans le camp des législateurs.

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Pegasus : le Maroc aurait ciblé les téléphones ….

…. d’Emmanuel Macron et de 15 ministres

Pegasus : le Maroc aurait ciblé les téléphones d’Emmanuel Macron et de 15 ministres

                                  Emmanuel Macron utilise un iPhone en juillet 2020.
                                          JOHN THYS / POOL / AFP
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Selon un consortium de journalistes, Emmanuel Macron et quinze de ses ministres en exercice en 2019 ont été ciblés par le logiciel Pegasus, à l’initiative de services secrets marocains. Le Maroc nie de son côté être cliente de la société NSO, qui commercialise le logiciel espion.

Les révélations s’enchaînent sur ce qui pourrait bien être une des plus grandes affaires d’espionnage du siècle. Ce dimanche 18 juillet, un consortium de journalistes a mis en lumière l’espionnage permis par la société israélienne NSO via son logiciel Pegasus sur des milliers de téléphones portables, pour le compte de pays comme la Hongrie ou le Maroc. Ce consortium international, où figurent notamment Le Monde et franceinfo, révèle ce mardi 20 juillet que des numéros de téléphone appartenant à Emmanuel Macron, Edouard Philippe et 14 autres ministres en exercice en 2019 figurent dans la liste des cibles potentielles.

« Si les faits sont avérés, ils sont évidemment très graves. Toute la lumière sera faite sur ces révélations de presse », a réagi l’Elysée, interrogée pour savoir si le chef de l’Etat avait été « potentiellement espionné » via le logiciel utilisé par certains Etats.

15 MINISTRES

Introduit dans un smartphone, le logiciel permet d’en récupérer les messages, photos, contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire. Le consortium a révélé que le Maroc, à travers ses services de renseignement, était client de NSO et utilisateur régulier du logiciel, en particulier contre des opposants marocains.

En plus du numéro d’un des iPhones du président, les appareils de nombreuses personnes proches du pouvoir figurent dans la liste des cibles potentielles, que détaille franceinfo : « Le Premier ministre de l’époque Edouard Philippe, ainsi que son épouse, l’une de ses assistantes et son conseiller Gilles Boyer ; le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner ; la garde des Sceaux Nicole Belloubet ; le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ; le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Mais aussi ceux de l’Education (Jean-Michel Blanquer), de l’Agriculture (Didier Guillaume), du Budget (Gérald Darmanin), de la Cohésion territoriale (Jacqueline Gourault), des Relations avec le Parlement (Marc Fesneau), des Outre-Mer (Annick Girardin), de la Culture (Franck Riester), du Logement (Julien Denormandie), des Collectivités territoriales (Sébastien Lecornu). »

Une liste qui regroupe la quasi-intégralité des membres du gouvernement à l’époque, autant de cibles potentielles auxquelles il faut ajouter de nombreuses personnalités politiques françaises, comme le maire de Béziers Robert Ménard ou Gilles Le Gendre, alors patron des députés LREM.

UNE TENTATIVE D’INTRUSION VIA IMESSAGE

Expertisé par Le Monde, le téléphone portable de l’ancien ministre François de Rugy a révélé trois attaques subies le 16 juillet 2019 via iMessage, le service de messagerie d’Apple. « Le iMessage est censé permettre aux services marocains d’introduire le le logiciel espion Pegasus dans son smartphone », précise France Info. Une trace qui prouverait donc que le Maroc serait derrière cette tentative d’intrusion.

Les 50.000 numéros de téléphone analysés par le consortium de journalistes ont été sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle. On savait depuis dimanche qu’elle elle incluait les numéros de 600 hommes et femmes politiques, leur identité est désormais progressivement révélée.

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