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Hommage à Robert Castel,

 Humoriste, de El Gusto au Pataouete.

 
Et « Ouala », comme on disait là-bas. Il nous a quittés.

Il nous amusait. Il était un peu la mémoire « Pataouète », Robert Moyal, plus connu sous le nom de Robert Castel*.

« Pataouète », c’est quoi ? Ma foi, c’est une variante du français baragouiné de cette Algérie lorsqu’elle était française. C’est un idiome inventé, truffé de mots issus de l’arabe, de l’espagnol, de l’italien, du kabyle, de l’occitan, du corse et de bien d’autres, déformés par l’usage local.

Le Prince du calambour lourd parfois, mais plein de générosité, a rendu célèbre, avec ses deux complices de l’époque : Anne Berger et Lucette Sahuquet, la fameuse pièce La Famille Hernandez, composé de scènes de la vie quotidienne d’une famille de pieds-noirs.

Belle rencontre entre ces deux femmes, déjà sur les planches à Alger en 1957, et Robert Castel. Conquis par le jeu des deux actrices, il fit des pieds et des mains pour être intégré à leur équipe, qui pourtant au départ n’avait pas conçu de rôle pour lui. L’histoire retiendra la phrase de Lucette Sahuquet : « On va donner à Robert le rôle d’un bègue comme cela la pièce durera plus longtemps ».

Et c’est le succès immédiat qui va dépasser le cadre de l’Algérie française de l’époque, pour atteindre des sommets, avec des représentations à travers le monde entre 1957 et 1959. C’est avec sympathie, beaucoup d’humour et de dérision que l’on découvre ainsi la vie d’une famille pied noir de Bab-el-oued. Quartier truculent et populaire d’Alger, dans cette Algérie de l’après guerre, où les conflits religieux sont loin derrière et où le bon vivre ensemble est à la mode pour ne pas dire de rigueur.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque Robert Castel épouse Lucette Sahuquet, pied noir comme lui, mais catholique. Elle mourra en 1987. Albert Camus ne disait-il pas en parlant de la famille Hernandez « Je reconnais mes fils et mes frères à ce rire d’amitié qui me prend devant eux ».

Bien que cantonnés dans les seconds rôles, on le verra dans de nombreuses comédies telles le Grand blondavec une chaussure noire ou Je suis timide mais je me soigne, s’aventurant aussi dans des projets moins burlesques à l’image de l’insoumis ou deux hommes dans la ville. Il fera aussi partie des Grosses têtes de Philippe Bouvard sur RTL.

Mais il n’oubliera jamais qu’il commença sa carrière comme musicien, à l’image de son père, Elie Moyal,plus connu sous le pseudonyme Lili Labassi, chantre du répertoire des musiques andalouse de l’Algérie. D’ailleurs il ne reprendra le violon de son père qu’à l’âge de 57 ans.

Pour ma part j’ai eu l’occasion de connaître et de rencontrer Robert Castel en 2012. Alors que j’étais président de l’association MORIAL, mémoire et traditions des juifs d’Algérie, nous avions décidé de faire un grand colloque, en collaboration avec le centre communautaire de Paris de la rue Lafayette, à  l’occasion des 50 ans de notre départ d’Algérie. Nous avions organisé, sur 4 jours, une série de conférences, films, débats, musique, que nous avions intitulé « 2 000 ans d’histoire juive en Algérie : 50 ans après ». Le point d’orgue clôturant cette grande manifestation était la diffusion du film El Gusto, en présence de la réalisatrice Safinez Bousbia et de Robert Castel.

El gusto, réalisé en 2012, c’était l’histoire d’un groupe de musiciens nés en Algérie, juifs et musulmans, séparés par l’Histoire depuis 50 ans et qui subitement, sous l’inspiration de Safinez Bousbia, se réunissaient à nouveau  en 2012 pour partager leur passion commune : la musique Chaabi.

El gusto rappelait cette musique populaire inventée au milieu des années 1920 au cœur de la Casbah d’Alger. Robert Castel et ses vieux camarades, juifs et musulmans, retrouvèrent, l’histoire d’un moment, cette belle amitié et cet amour commun qu’ils avaient eus pour ces mélodies qui avaient bercé leur jeunesse « là-bas » au sein du même orchestre.

Ce fut un moment fort et de fraternité pour moi et MORIAL ce jeudi 22 novembre 2012 lors de la projection de ce film El gusto, au milieu de ces gens qui se retrouvaient comme s’ils s’étaient vus la veille avec malheureusement beaucoup de cheveux blancs cette fois-ci.

 

Didier Nebot

* Né le 21 mai 1933 à Bab El Oued, Robert Moyal, de son vrai nom, s’était fait connaître avec la pièce de théâtre « La famille Hernandez », montée en 1957 avec les comédiennes Lucette Sahuquet et Marthe Villalonga. Le comédien, humoriste et musicien Robert Castel est connu comme le père de l’humour « pied-noir ».

 

Israël-Iran : la cyber-guerre est déclarée

 

Israël-Iran : la cyber-guerre est déclarée
Une cyber guerre entre Israël et Iran
 

Les deux ennemis semblent décidés à se livrer à une escalade sans précédent

Une attaque informatique contre une compagnie d’assurances israélienne vient de faire prendre conscience à Tel Aviv de l’ampleur du cauchemar que pourrait provoquer un conflit ouvert avec Téhéran. Les deux ennemis semblent décidés à se livrer à une escalade sans précédent et dangereuse dans les cyber-attaques.

Par

Des clients de la compagnie d’assurances israélienne Shirbit ont eu la mauvaise surprise au début du mois de voir leurs cartes d’identité, leurs permis de conduire, les numéros de leur carte de crédit, et leurs certificats médicaux diffusés à tous vents. Cette compagnie a ainsi été punie pour avoir refusé de payer une rançon de plusieurs millions d’euros pour empêcher la publication de ces données personnelles. « Cette attaque n’a pas qu’un aspect financier, il s’agit d’une tentative de semer le chaos », explique Ygal Unna, le patron du Cyber Directorat israélien, un organisme officiel spécialisé dans la protection contre les agressions informatiques dans le secteur public, le système bancaire, la sécurité et l’énergie.

En un mois, ce ne sont pas moins d’une quarantaine d’autres entreprises qui ont été visées par des attaques pour les espionner, mettre la main sur leurs données ou saboter leur fonctionnement. Parmi les cibles figurent notamment une filiale israélienne d’Intel le numéro mondial des semi-conducteurs.

UN EMPOISONNEMENT AU CHLORE ÉVITÉ

En mai dernier, une très sérieuse alarme s’était produite lorsque le système informatique de la compagnie des eaux israélienne avait été la victime d’une agression qui aurait pu provoquer l’empoisonnement au chlore. « Cette attaque (N.D.L.R. attribuée par Israël à l’Iran) marque un tournant historique dans la cyberguerre moderne. En s’en prenant à une infrastructure aussi essentielle, elle a risqué de priver la population d’eau potable en pleine période de Covid » affirme Ygal Unna et d’ajouter sur un ton alarmiste : « Les cyberarmes peuvent être comparées à l’arme nucléaire du point de vue de leurs capacités de destruction, mais la facilité avec laquelle elles peuvent être accessibles les assimile plutôt à l’arc et la flèche ».

Pour tenter de parer à tous ses dangers, Israël met les bouchées doubles. En quelques années, ce pays a acquis le statut de superpuissance de la cybersécurité. Quelques chiffres : plus d’un quart des investissements mondiaux dans ce secteur devenu stratégique ont lieu en Israël où l’on dénombre plusieurs centaines d’entreprises spécialisées. Cette hyperactivité est centrée en premier lieu sur la mise au point de parades contre les agressions menées par des États ou des organisations criminelles de hackers.

L’IRAN ÉGALEMENT CIBLÉ PAR DES ATTAQUES

Mais les Israéliens ne se contentent pas d’élever ainsi une sorte de ligne Maginot contre des incursions hostiles, ils sont également passés à l’offensive. En représailles à l’agression contre le réseau de distribution d’eau, quelques jours plus tard, un mystérieux virus informatique a provoqué la paralysie pendant plusieurs jours d’un terminal du plus grand port iranien de Badar Abbas. L’opération n’a pas été revendiquée, mais pour tous les spécialistes elle porte la marque d’Israël.

Auparavant, l’État hébreu, associé avec les États-Unis, avait déjà frappé un grand coup en sabotant à l’aide d’un ver informatique surnommé Stuxnet des centaines de centrifugeuses utilisées pour la production d’uranium enrichi, installées dans le site nucléaire iranien de Natanz. Le stratagème avait fonctionné pendant cinq ans avant d’être découvert en 2010.

Quand Zemmour dérape définitivement…

 

…ivre de ses propres mots, dérape définitivement

Pour avoir soutenu en octobre 2019 sur CNews que Pétain fut un “sauveur” de Juifs français de la déportation et de l’extermination durant l’Occupation, le polémiste devra a minima s’acquitter des 10.000 euros d’amende requis contre lui mardi 8 décembre par le Parquet de Paris.

Il comparaissait à Paris, cette fois, pour contestation de crime contre l’humanité.

A son interlocuteur indigné qui avait vu dans ces propos une monstruosité, du révisionnisme, Zemmour avait rétorqué : C’est encore une fois le réel, je suis désolé.

Une position que Zemmour, pour une fois présent à l’audience, a confirmée, demandant devant des Parties civiles outrées que le débat sur le rôle de Vichy envers les citoyens juifs français fût tranché par les historiens et non par la justice et se défendant de toute contestation de crimes contre l’humanité : Je tiens à répéter ce que j’ai dit, les chiffres parlent d’eux-mêmes: en France, 40% des Juifs étrangers ont été exterminés et 90% des Juifs français ont survécu, insista-t-il.

Le souci avec Zemmour, outre qu’il fut l’un des premiers et des seuls à parler de terrorisme islamiste, c’est qu’il use d’un art rhétorique éprouvé, galvanisant ainsi son public du petit écran qui, se pâmant devant “tant de culture et de courage”, ( sic ), gobe tout ce qu’il dit et est prompt à lui pardonner ses … manquements, aussi graves fussent-ils.

Le fonds de commerce de Zemmour consiste en 2 « produits », Les juifs et les Musulmans qu’il vient animer de temps en temps par un rajout de citations de De Gaulle, écrit celui-là à raison, alors que cet autre déclare : Tout lui est bon pour qu’on ne puisse déceler en lui la moindre pensée juive…

Ivre de son succès d’audience ? Emporté par une certaine griserie ? Toujours est-il qu’après l’avoir été à raison, il y a seulement 3 mois, pour injure et provocation à la haine contre les musulmans, notre homme risque fort d’être cette fois condamné pour négationnisme.

Certes, ladite position avait déjà été tenue dans Le Suicide français, parmi d’autres positions polémiques sur la Seconde Guerre mondiale portant sur la réhabilitation du régime de Vichy, et peu lui chaut, à la “coqueluche de l’extrême droite”, qu’un André Kaspi, historien spécialiste de la déportation notamment, eût démontré que seule la population française avait permis de sauver de nombreux Juifs et certainement pas le régime collaborationniste de Vichy et sa politique résolument antisémite.

Mardi donc, nombre d’avocats fustigeaient cette falsification et même cette entreprise de réhabilitation de Pétain.

Effarant en tout cas de voir l’essayiste, par ses excès, réduire à zéro les vérités qu’il asséna souventes fois, et, en tout cas, les questionnements qu’il put rendre audibles, notamment concernant l’immigration, sujet trop longtemps tenu tabou, mais qu’il estropia là encore, traitant dans un même élan tous les immigrés de voleurs, assassins et violeurs.

Le jugement est attendu le 4 février.

Voici les principales mesures du projet de loi

Séparatisme : lieux de culte, haine en ligne…

Le gouvernement a présenté mercredi un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera examiné début 2021 par le Parlement. Anne-Charlotte Dusseaulx

Les ministres Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et Eric Dupond-Moretti, mercredi. (Sipa)

Le projet de loi contre les séparatismes, finalement baptisé « confortant les principes républicains », a été présenté ce mercredi matin en Conseil des ministres. Présenté le jour du 115e anniversaire de la loi de 1905 sur la laïcité, ce texte, qui comporte une cinquantaine d’articles, n’est pas « contre les religions, ni contre la religion musulmane en particulier », mais vise « l’idéologie pernicieuse portant le nom d’islamisme radical », a souligné le Premier ministre, Jean Castex à l’issue de la réunion gouvernementale. « C’est à l’inverse, une loi de liberté, c’est une loi de protection, c’est une loi d’émancipation face au fondamentalisme religieux », a-t-il ajouté. En voici les principales mesures.

Un contrôle accru des associations et lieux de cultes

La loi permettra un contrôle accru du fonctionnement et du financement des associations, dont les plus controversées ont d’ores et déjà été dissoutes (CCIF, BarakaCity), ainsi que des lieux de culte. Alors que les lieux de culte musulmans sont, pour des raisons historiques, en majorité, régis par la loi de 1901 sur les associations, le texte les incite à s’inscrire sous le régime de 1905 visant les cultes, plus transparent sur le plan comptable et financier. En contrepartie, ils pourront avoir accès à des déductions fiscales ou encore tirer des revenus d’immeubles acquis à titre gratuit. 

Toute demande de subvention d’une association fera l’objet d’un « engagement de l’association à respecter les principes et valeurs de la République ». La violation de ce contrat d’engagement républicain a pour conséquence « la restitution de la subvention ».

Les motifs de dissolution d’une association en Conseil des ministres sont élargis. Et les dons étrangers dépassant 10.000 euros seront soumis à un régime déclaratif de ressources. En outre, « la certification des comptes annuels par un commissaire aux comptes est prévue dès lors que l’association bénéficie d’avantages ou de ressources provenant de l’étranger ».

La création d’un « délit de mise en danger de la vie d’autrui »

Ce n’est plus l’article 25 mais le numéro 18. Il crée « un délit de mise en danger de la vie d’autrui par divulgation d’informations relatives à sa vie privée » et « punira le fait de révéler, de diffuser, de transmettre des informations relatives à la vie privée familiale, professionnelle d’une personne permettant de l’identifier, de la localiser dans le but de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque immédiat d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou psychique », a détaillé le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti.

Ce délit est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. Une peine relevée à 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende lorsque la personne visée est dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public.

L’extension du devoir de neutralité

L’article 1 vise à étendre le devoir de neutralité des agents publics aux « délégations de service public (transports, piscines, marchés…) et aux organismes ayant une mission de service public (Pôle emploi, CPAM, CAF) », a indiqué le ministre de l’Intérieur lors du compte-rendu du Conseil des ministres. Concrètement, « il ne sera plus possible de constater des comportements communautaires ou des ports de signes religieux pour ces agents qui travaillent au nom du service public », a ajouté Gérald Darmanin. Une mesure qui concernera des « centaines de milliers de personnes ».

Des dérogations pour l’instruction à domicile

Au départ, Emmanuel Macron souhaitait une interdiction totale de l’école à la maison, sauf pour des raisons de santé. Finalement, l’instruction à domicile sera plus strictement encadrée mais restera possible, avec une autorisation annuelle, dans des cas spécifiques : santé de l’enfant, pratique d’activités sportives ou artistiques intensives, itinérance de la famille… Mais pas pour des convictions politiques, religieuses ou philosophiques. « Les services du rectorat prendront en considération la demande des parents, le projet formé par les parents et l’ensemble des critères qui leur permettront d’accorder ou non cette autorisation », expliquait-on mardi à l’AFP dans l’entourage du ministre de l’Education. Aujourd’hui, 62.000 enfants sont instruits en famille, soit une multiplication par deux par rapport à l’année 2016. 

Le texte renforce aussi l’encadrement des écoles hors contrat, notamment en introduisant « un régime de fermeture administrative » en cas de « dérives ». Jusqu’à présent, il fallait saisir le juge judiciaire. Ouvrir un établissement scolaire privé en dépit d’une opposition des autorités sera passible d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende.

Les mesures contre la haine en ligne renforcées

Le code de procédure pénale sera modifié afin de permettre des comparutions immédiates pour juger les propos haineux sur les réseaux sociaux, qui relèvent aujourd’hui de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il s’agit de donner les moyens à la justice d’agir face la « spirale de haine » en ligne sans toucher « une virgule » à la loi de 1881, a souligné le ministère de la Justice. La mesure permettra de faire juger bien plus rapidement les personnes qui « ne relèvent pas de la ‘responsabilité en cascade' » – c’est à dire dont les propos ne relèvent pas de la responsabilité d’un directeur de la publication – et ne concernera donc pas les journalistes, assure la Chancellerie.

L’interdiction des certificats de virginité

Le texte acte l’interdiction, pour les professionnels de santé, d’établir des « certificats attestant de la virginité d’une personne ». Les contrevenants seront passibles d’une peine d’un an de prison et 15.000 euros d’amende.

Le projet de loi renforce aussi l’arsenal sur la polygamie – interdite en France – en généralisant l’interdiction de délivrer un quelconque titre de séjour aux étrangers vivant en France en état de polygamie. Et pour lutter contre les mariages forcés, l’officier d’état civil a pour obligation de « s’entretenir séparément avec les futurs époux lorsqu’il existe un doute sur le caractère libre du consentement » et de « saisir le procureur de la République aux fins d’éventuelle opposition à mariage s’il conserve ses doutes ».

 

French Interior Minister Gerald Darmanin, left, Junior Minister of Citizenship Marlene Schiappa, center, and Justice Minister Eric Dupond-Moretti arrive for a media conference at the Elysee Palace in Paris, Wednesday, Des. 9 ,2020. A draft law aimed at arming France against Islamist radicalism was unveiled at Wednesday’s weekly Cabinet meeting, a measure promoted by President Emmanuel Macron to rout out what he calls « separatists » undermining the nation.(Charles Platiau/Pool Photo via AP)/MEU106/20344511858116/16963218/2012091501

Se séparer? Quelle bonne idée!

 

La lutte contre les « séparatismes » requalifié en loi : « confortant la laïcité et les principes républicains » 

 

Ecole privée dans le quartier du Mirail à Toulouse, 2014 © REMY GABALDA / AFP.

L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.

La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principesrépublicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religieux est par nature impérialiste à respecter et à aimer la République. Notre aveuglément est là : dans le fait de considérer l’islamisme comme une errance, une déviance par rapport au véritable Islam – religion de paix comme le savent tous les peuples qui en ont subi le joug ! – et de faire éperdument confiance aux valeurs laïques et républicaines quant à la rééducation les déviants, des délinquants qui un jour nous remercieront de les avoir remis sur le droit chemin républicain. Certains d’entre eux sans aucun doute, mais les autres, l’immense majorité des autres qui, parmi les jeunes musulmans, placent depuis peu les lois coraniques au-dessus de celles de la République ? Comment peut-on encore faire crédit à ce catéchisme républicain inefficace, et bafoué par des actes de barbarie devenus quotidiens ?

La manière dont on parle communément de la « radicalisation » est d’ailleurs représentative de cette psychologie hygiéniste qui, s’exerçant pour la bonne cause, n’aurait bien sûr rien à voir avec certaines rééducations totalitaires de triste mémoire.  Il s’agirait simplement de soigner une maladie, curable dans la plupart des cas grâce à une bonne hygiène de vie républicaine qui s’accommode en la circonstance d’exercer son influence sur des esprits qu’elle juge par ailleurs faibles et influençables. Que dire d’autre, il est vrai, sinon que couper des têtes n’est effectivement pas un projet de vie « normal », mais que la santé mentale ne consiste pas non plus dans l’omission des différences irréductibles entre les groupes humains quant à la manière dont ils entendent vivre en commun. Or, notre obsession de l’entente cordiale à tout prix est si forte que nous ne voulons plus reconnaître l’incompatibilité de certains de ces projets, comme si les plus barbares d’entre eux n’étaient que la déviance pathologique de ceux que nous jugeons sains. Les sociétés postmodernes ne supportent l’altérité qu’après en avoir gommé les aspérités ! Les vertus réconciliatrices que nous prêtons à nos principes et institutions nous égarent, et font finalement le jeu de ceux qui ne cachent ni leur haine ni leur volonté de nous détruire ou de nous convertir. Arrêtons donc de tenir un langage de psychologues compréhensifs, d’éducateurs sociaux compatissants envers ceux qui se présentent ouvertement comme nos ennemis, et qui ne veulent à aucun prix changer de mode de vie.

La “mystique républicaine” chère à Péguy

Le glissement du projet de loi initial concernant le « séparatisme » vers l’adoption consensuelle des valeurs de la laïcité et de la République est donc à la fois réconfortant et  consternant. Réconfortant dans la mesure où il donne l’impression que la République « tient bon » face à ses ennemis, qu’elle défendra ses fondements et ses acquis en se dotant d’un arsenal juridique à la hauteur du fléau qu’elle entend combattre. À quoi bon une nouvelle loi sans cela ? Mais consternant car ce durcissement affiché révèle aussi la fragilité psychique du corps politique et social qui recourt à la loi parce qu’il désespère d’être respecté et aimé, et qu’il ne se remet pas d’avoir offert ce qu’il pensait posséder de meilleur – l’école de la République par exemple – et de ne recevoir en retour que des coups bas et des menaces de mort. Une odeur de trahison flotte dans l’air, que durent respirer les Troyens lorsqu’ils découvrirent dans leurs murs le cheval qui allait précipiter leur perte. On a donc raison de vouloir lutter contre le « séparatisme », mais à condition de surveiller aussi la solidité des murs de nos cités sans avoir à éprouver de honte pour ce geste lui aussi « séparateur ». 

Sylvain Tesson a donc parfaitement raison de rappeler que « la laïcité et la libertéd’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas. »(1) Mais qui peut dire aujourd’hui ce qui « suffirait », et en vue de quoi ? Si les démocraties occidentales sont à ce point en crise, c’est bien qu’elles ne réussissent plus à trouver en elles ce qui rendrait ce qu’elles incarnent audible et surtout « aimable » : quelque chose du même ordre sans doute que ce que Charles Péguy nommait « mystique républicaine »(2), et dont il n’a jamais donné une définition précise hormis en l’opposant à la politique et en se disant prêt à mourir pour elle, ce qui n’est pas rien. Quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à ce que Tesson trouve encore dans ses voyages : une aventure à hauteur d’homme, sans décapitations ni prêchi-prêcha laïc et républicain. Mais on ne légifère pas en matière d’affects, et aucune loi ne pourra jamais susciter l’élan d’adhésion et d’amour qui dissuaderait certains d’entrer en guerre contre la République. 

Si la lutte contre le séparatisme se révèle être un moindre mal, ce serait un plus grand bien encore de prendre l’initiative d’une séparation qui mettrait un terme à la régression intellectuelle et culturelle qui nous est collectivement imposée. N’avons-nous pas mieux à faire que de consacrer tant de temps, d’énergie et d’argent pour tenter de préserver l’ordre républicain, et convaincre de la qualité de notre mode de vie ceux qui ont décidé de vivre différemment mais surtout pas ailleurs, là où les conditions de vie seraient pour eux plus précaires ? Il serait grand temps que les peuples européens, et tous ceux qui sont dans le monde victimes de la propagande islamique, retrouvent le fil de leur propre histoire et puissent vivre en paix avec ceux des musulmans qui souhaitent sincèrement s’y intégrer.

 

Séparatisme: ce que contient la loi présentée ce mercredi en Conseil des ministres

L’instruction à domicile soumise à autorisation

Culte, instruction, mariage forcé, haine en ligne … Elle contient 54 articles et concerne un large spectre d’activités. Par Caroline BeyerAngélique Négroni et Chloé Woitier

Plus de 60.000 enfants sont aujourd’hui concernés par l’instruction à domicile.293136893/BalanceFormCreative – stock.adobe.com

L’avant-projet de loi s’attache à mettre bon ordre à l’exercice du culte musulman. Un exercice difficile car, si la plupart des cultes sont régis par la loi de 1905, 92 % des structures musulmanes y dérogent. Abritant des activités culturelles et cultuelles, elles relèvent davantage de la loi de 1901. Le gouvernement veut les contraindre à dépendre de la loi de 1905 en leur imposant de nouvelles obligations si elles restaient en l’état. L’objectif est de permettre aux préfets de mieux connaître le nombre de lieux de culte sur leur territoire. Diverses dispositions sont aussi prévues pour plus de transparence sur le plan comptable et financier. Les dons étrangers dépassant 10 000 euros seront ainsi soumis à un régime déclaratif de ressources.

En cas de non-respect, une amende de 3 750 euros est prévue. Par ailleurs, «la certification des comptes annuels par un commissaire aux comptes est prévue dès lors que l’association bénéficie d’avantages ou de ressources provenant de l’étranger», selon le projet de loi. Enfin, plusieurs mesures visent à sanctionner ou prévenir toute dérive dangereuse. Des peines seront aggravées quand les provocations à commettre certaines infractions graves seront relevées au sein des lieux de culte ou aux abords. La peine sera portée à plusieurs années de prison et à 75 000 euros d’amende. Également, une «interdiction de paraître dans les lieux de culte» pourra être «prononcée par le juge (…) en cas de condamnation pour provocation à des actes de terrorisme ou provocation à la discrimination, la haine ou la violence». Enfin, «toute personne condamnée pour des actes de terrorisme» ne pourra diriger une association cultuelle pendant une durée de dix ans.

L’instruction à domicile soumise à autorisation

L’article 18 du projet de loi suscite la colère du monde de l’instruction en famille et pose des questions constitutionnelles. Il pose «le principe de scolarisation obligatoire» pour les 3-16 ans et «des motifs très limités tenant à la situation de l’enfant ou à celle de sa famille» pour y déroger. Des exceptions que le ministre de l’Éducation a précisées au cours des dernières semaines: les enfants malades et handicapés, qui représentent la moitié des 62 000 enfants instruits en famille ; les enfants ayant un projet sportif ou artistique et ceux dont les parents sont en itinérance. Mais, dans son avis, le Conseil d’État a invité l’exécutif à revoir sa copie. La haute instance pointe un éventuel obstacle constitutionnel: le principe de l’«instruction» – et non la «scolarisation» – obligatoire, posé par la loi Ferry de 1882, a été constamment réaffirmé ; et un problème de proportionnalité: l’instruction à domicile concerne 0,5 % des élèves et les dérives observées ne s’appuient pas sur des éléments fiables. Pour entrer dans les clous, le gouvernement prévoit donc d’ajouter une exception plus générale: les familles ayant un projet pédagogique fondé sur «l’intérêt supérieur de l’enfant» pourront pratiquer l’instruction à domicile. Une manière de préserver les enfants psychologiquement fragiles. Mais le gouvernement reste sur une ligne ferme: si les familles veulent instruire leur enfant à domicile, elles devront demander une autorisation à l’Éducation nationale et motiver ce choix. Jusqu’alors, elles n’étaient tenues qu’à une simple déclaration. Cela empêchera-t-il certains de faire ce choix pour des raisons religieuses ou politiques, ce que vise directement le gouvernement? Au cabinet du ministre, on explique que 50 % des enfants qui fréquentent les écoles coraniques sont officiellement instruits en famille.

Mettre fin aux mariages forcés

Le gouvernement veut combattre les mariages forcés en France: un phénomène non négligeable puisque, d’après certaines associations, 200 000 célébrations sous la contrainte se seraient déroulées sur notre sol ces dernières années. Ainsi, le texte confère à l’officier d’état civil davantage de pouvoirs. L’article 17 lui impose de s’entretenir séparément avec les futurs époux lorsqu’il existe un doute sur le caractère libre du consentement. Si, à l’issue de ces entretiens, les interrogations persistent, l’officier devra saisir le procureur de la République «aux fins d’éventuelle opposition à mariage». Également, le projet de loi interdit formellement les certificats de «virginité» délivrés par certains médecins et pénalise ces pratiques. En plus de sanctions disciplinaires, le praticien qui délivre ce document sera passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Mais alors que certains gynécologues estiment qu’il aurait surtout fallu sanctionner les parents qui obligent à faire ces examens, le gouvernement rétorque qu’il existe déjà des textes permettant de les réprimer. Avec ce projet de loi, les autorités comptent aussi renforcer leur arsenal de lutte contre la polygamie qui, bien qu’interdite, sévit sur notre territoire. Le texte généralise ainsi l’interdiction de délivrer un quelconque titre de séjour aux étrangers vivant en France en état de polygamie, lesquels pourront aussi faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Enfin, il met en place un mécanisme pour qu’une femme ou des enfants ne se fassent pas voler la part d’héritage qui leur revient sur le territoire français.

Lutter contre la haine en ligne

Le projet de loi créé un nouveau délit: celui de dévoiler sciemment, par n’importe quel moyen, dont celui des messageries et des réseaux sociaux, des informations permettant d’identifier ou de localiser une personne dans le but de l’exposer à un risque immédiat d’atteinte à sa vie ou à son intégrité physique ou psychique. L’idée d’inclure dans cet article une version remaniée du polémique article 24 de la loi sécurité globale a été évoquée avant d’être rejetée dimanche par Gérald Darmanin.

L’article 20 modifie, quant à lui, le code de procédure pénale afin que les auteurs de contenus haineux sur internet soient jugés en comparution immédiate. Les journalistes restent protégés par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Cet article accompagne la création, fin décembre, d’un pôle au parquet de Paris spécialisé dans les affaires de haine en ligne. La Chancellerie entend ainsi traiter plus vite et plus efficacement ces dossiers.

Le gouvernement prévoit de proposer par amendements d’autres mesures. Des dispositions de la loi Avia, tombées par effet domino lors de sa censure par le Conseil constitutionnel, devraient faire leur réapparition lors de la discussion parlementaire. Parmi elles, imposer des règles de coopération aux réseaux sociaux afin de faciliter l’identification des auteurs de propos haineux. Les plateformes devront aussi être plus transparentes dans leurs efforts de modération. La France entend également reprendre par anticipation certaines mesures du Digital Services Act, qui sera dévoilé le 19 décembre par la Commission européenne. Ce règlement vise à contraindre les plateformes numériques à mieux lutter contre les contenus illicites.

Protéger les agents publics

L’article 4 de l’avant-projet de loi propose de poursuivre devant les tribunaux les auteurs de menaces, violences et intimidations contre des agents de service public, pour des motifs religieux. L’objectif est de «préserver le bon fonctionnement des services publics contre les pressions de type séparatiste». Une mesure qui entend protéger le personnel hospitalier lorsqu’un époux exige que sa femme soit examinée par un médecin de sexe féminin, ou encore un professeur d’histoire-géographie, comme Samuel Paty, visé sur les réseaux sociaux par une vidéo après avoir fait étudier à ses élèves des caricatures de Mahomet. Par ailleurs, le nouveau délit de mise en danger de la vie d’autrui protège également les personnes dépositaires de l’autorité publique ou chargées d’une mission de service public.