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“Diversité” : l’un des poncifs les plus idiots de la classe politique

Diversité. Ce mot ne fait en réalité qu’assigner chacun à une identité de groupe, ce qui contredit la loi et l’esprit de la République française.

Sarah El Haïry, une ministre face au “New York Times”

Le grand moment d’incompréhension, voire d’hostilité, que vous avez connu à Poitiers

Sarah El Haïry, une ministre face au "New York Times"

“À aucun moment, le NYT ne tente de discuter du fond de ma position. Ils ont simplement cherché ce qui décrédibiliserait ma réponse”.  © D.R.
Propos recueillis par

Dans un article publié la semaine dernière, le quotidien américain est revenu sur le débat houleux qui avait opposé, en octobre 2020 à Poitiers, Sarah El Haïry à des jeunes réfractaires au principe de laïcité. Le « NYT » prend leur parti et décrit une France « laïque et daltonienne ». Dans « Marianne », la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès de Jean-Michel Blanquer pourfend cette « lecture binaire » du « New York Times ».

Marianne : Le « New York Times » décrit une France « laïque et daltonienne ». Que répondez-vous ?

Sarah El Haïry : C’est une lecture extrêmement basique qui nie notre histoire et notre identité. « Daltonien », cela veut dire qu’il n’y a aucune nuance, aucune complexité, aucune diversité. Et c’est l’extrême opposé de l’universalisme. La lecture que fait le New York Times de notre pays, de notre société, est binaire. Soit vous êtes intersectionnel pro-woke, soit vous êtes juste un réac’ républicain. Alors que si l’on prend notre histoire, elle est faite de beaux moments et d’autres plus compliqués. Elle est faite de victoires et de défaites. Elle est surtout faite d’un commun et donc d’une lecture qui ne repose pas sur la différence ou sur la communauté à laquelle on se rattache, à la différence des Américains. Aujourd’hui, malheureusement, certains ont décidé de chausser des lunettes américaines pour observer notre société, alors que nous n’avons ni la même histoire, ni le même héritage.

Le grand moment d’incompréhension, voire d’hostilité, que vous avez connu à Poitiers est donc lié selon vous à une américanisation des esprits ?

À ce moment-là, c’était moins le prisme américain, la cancel culture, qui pousse à déboulonner nos statues, à changer les titres des livres, à regarder le passé avec les lunettes d’aujourd’hui, une vision du monde qui va chercher la somme des différences pour opposer et fragmenter au lieu d’unir. À Poitiers, c’était plutôt le pan de la victimisation, qui est un syndrome ayant au fond les mêmes racines : « Je suis victime de discriminations et je vais prendre comme étendard exclusif la cause que je défends », alors que la promesse universaliste, la promesse française, c’est de lutter contre les discriminations, car nous faisons corps, nous faisons Nation, car notre destin est lié.

« Nous ne pouvons pas nous définir par notre propre discrimination. »

Parce que nous sommes une grande Nation, parce que nous sommes les héritiers de Félix Éboué, de tellement de grands hommes quelle que soit leur couleur ou leur histoire, celui qui discrimine est celui qui attaque toute la communauté nationale, et notre réponse ne peut être que commune. Cela n’empêche en rien de lutter avec fermeté contre les discriminations, comme nous le faisons par exemple à travers la plate-forme de signalement dédiée souhaitée par le président de la République et qui a été mise en place en février dernier. En revanche, nous ne pouvons pas nous définir par notre propre discrimination mais au contraire par la force du collectif auquel nous appartenons, la France.

Vous seriez face à un double front : celui des jeunes qui se définissent comme offensés et la vision communautariste américaine qui s’y superpose. Comment démêle-t-on cet écheveau ?

Il faut que ces jeunes prennent conscience que ces discours victimaires les condamnent. Quand vous avez 14-15 ans et que la seule énergie que vous avez est de vous dire que vous êtes une multivictime de multidiscriminations parce que vous vivez en France, c’est ne plus avoir d’énergie pour entreprendre, pour croire en son avenir, pour étudier. Je me considère comme antiraciste, et ce n’est pas pour autant que je suis pro- « réunions non mixtes racialistes ». Ce nouveau racialisme est le racisme d’aujourd’hui.

À LIRE AUSSI : “Chez les jeunes professeurs, on constate une vision minimaliste de la laïcité”

On ne regarde plus le combat citoyen des Français contre ces discriminations mais la couleur de peau pour savoir si celui qui parle est légitime ou non. Moi-même, je me définis bien entendu comme française. Mais, dans le regard de ces racialistes-là, je suis une traîtresse, parce que je suis la fille d’une première génération avec deux parents nés à l’étranger. Avec mes gènes, ils ne comprennent pas comment je peux tenir un discours aussi universaliste. Eux sont en train de créer une nouvelle génération d’offensés, de victimes.

Le « New York Times » vous renvoie à la question sociale. Vous auriez cette position idéologique car vos parents s’en sortaient bien…

À aucun moment ils ne tentent de discuter du fond de ma position. Ils ont simplement cherché ce qui décrédibiliserait ma réponse. Ils ignorent que, dans ma vie familiale, nous avons eu des moments difficiles et suffisamment difficiles pour avoir besoin d’aides sociales. Je suis issue d’une famille monoparentale avec les difficultés économiques et sociales que cela comporte. C’est l’école de la République qui m’a permis de me construire, c’est aussi un État protecteur qui ne fait pas la différence entre ses enfants, qui soigne, qui loge. Et fait bouclier.

Certains jeunes interrogés estiment que la police peut-être à la fois républicaine et raciste. Ils font référence aux contrôles au faciès.

C’est le strict opposé. Une institution telle qu’elle est construite, par essence, on ne peut pas la qualifier de raciste. On voit bien la suite de leur propos : l’État est raciste, la France est raciste. Il y a effectivement eu des États racistes, dans le monde et dans l’histoire. Un État raciste est un État qui fonde une différence sur la couleur de peau ou sur une religion, qui donne le droit ou pas d’entrer dans un endroit, d’accéder à certains métiers. Est-ce qu’il y a des discriminations dans notre société ? Oui et elles sont multiples : racistes, antisémites, misogynes, homophobes, transphobes… Toutes ces discriminations méritent de faire bloc.

« Aujourd’hui, on s’est tellement endormi sur ces sujets que l’on n’ose plus aller au combat. La génération woke, ce serait notre avenir, le visage de notre pays dans les 10-15 prochaines années ! »

C’est pour cela que l’on forme nos forces de l’ordre à recueillir la parole, que nos forces de l’ordre ont des caméras. Mais il faut rappeler que ces femmes et ces hommes qui s’engagent, s’engagent pour protéger, font le choix de servir. Ce n’est pas en ciblant des remparts, ceux qui défendent les plus en difficulté, qu’on s’en sort. Notre société n’est pas parfaite mais, institutionnellement, elle est juste. Parce qu’elle est Républicaine, elle ne fait pas de différence ni dans ses lois ni dans ses textes entre les Hommes.

La pénétration des thèses anglo-saxonnes chez les jeunes, comme l’avait montré notre sondage Ifop pour Marianne l’automne dernier, est réelle. Que répond-on à des adolescents ou des jeunes adultes pour qui « le privilège blanc » est un présupposé ?

On repose des repères, on les refait vivre ensemble, on recrée de la fierté en leur redonnant des cadres historiques. On l’a vu avec le Service national universel. On réunit 15 000 jeunes qui viennent de toute la France, de différents milieux sociaux : iI n’y a plus de commun. Il faut leur apprendre pourquoi on est fier d’être Français, leur rappeler que le président du Sénat a été un homme noir, comment les combats à mener sont des combats pour l’égalité et pas d’opposition entre les communautés.

Aujourd’hui, on s’est tellement endormi sur ces sujets que l’on n’ose plus aller au combat. La génération woke, ce serait notre avenir, le visage de notre pays dans les 10-15 prochaines années ! Où va-t-on si on ne transmet pas l’esprit critique et la capacité à défendre les grands héritages, la liberté d’expression et la liberté de conscience ? Quand, à Poitiers, certaines jeunes affirment qu’il faut interdire à des journalistes de parler d’islam car ils seraient pro-israéliens, cela m’inquiète. Quand ils expliquent qu’ils veulent le retour des signes religieux dans les établissements scolaires, cela m’inquiète.

Mais nous y arriverons en faisant front. Jean-Michel Blanquer le fait depuis 2017 et il a été l’un des rares à assumer cette bataille. C’est pour cela que je suis fière d’être à ses côtés. Depuis Poitiers, nous travaillons sur le renforcement des modules « principes de la République » pour le BAFA pour tous ces jeunes qui encadrent nos enfants. On a sorti un vade-mecum de la laïcité dans les accueils collectifs de mineurs. Il faut une réponse culturelle et universitaire. Il ne faut pas vouloir éviter ce nécessaire combat. À Poitiers, comme je cherchais du commun, j’ai chanté la Marseillaise.

Vous ne l’avez pas trouvé, ce commun…

Pas là. Mais les messages ont été passés et ce n’est pas pour autant que je renonce.

 “La politique de la ville doit être un outil privilégié de fabrication du creuset républicain”

Maroc. « Comment j’ai été tracé à Vienne par Pegasus »

Hicham Mansouri, journaliste marocain réfugié en France et membre de la rédaction d’Orient XXI, fait partie des cibles de Pegasus.

Témoignage · Hicham Mansouri, journaliste marocain réfugié en France et membre de la rédaction d’Orient XXI, fait partie des cibles de Pegasus. Il raconte pour la première fois comment au cours d’un séjour privé en Autriche, il a été repéré grâce au logiciel espion et suivi par de probables barbouzes marocains.

Hicham Mansouri aux assises du journalisme à Tours.
© Mathilde ERRARD

Journaliste marocain, membre du comité de rédaction d’Orient XXI, Hicham Mansouri qui travaille également à la Maison des journalistes de Paris fait partie des centaines de journalistes qui ont été espionnés par le logiciel Pegasus, produit par le groupe israélien NSO. Effectué par le Security Lab, laboratoire numérique hyper-performant d’Amnesty International, l’analyse de son téléphone a révélé qu’il avait été infecté plus d’une vingtaine de fois par le logiciel espion sur une période de trois mois, de février à avril 2021. Hicham Mansouri a quitté son pays en 2016 après avoir passé près d’un an en prison, sous des accusations évidemment bidon d’adultère. Au cours d’un second procès pour « atteinte à la sûreté interne de l’État », il a été condamné par contumace à un an de prison ferme.

Cofondateur avec Maati Monjib de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI) – qui lui aussi a été espionné par Pegasus, comme plusieurs autres journalistes marocains actuellement détenus, Omar Radi (qui a été condamné le 19 juillet à 6 ans de prison), Taoufik Bouachrine et Soulaiman Raissouni, – Hicham Mansouri prépare un ouvrage sur son séjour en détention, à paraître cet hiver dans la collection Orient XXI chez Libertalia.

Si l’enquête de Forbidden Stories a mis à jour une surveillance très récente de son téléphone par Pegasus, ce n’est cependant pas une première pour notre collègue. « J’ai été espionné sur mon nouveau téléphone au printemps 2021. Mais quand j’avais rédigé un article pour Orient XXI sur le Sahara occidental en novembre 2020, j’avais alors appelé un responsable du Polisario. Je n’ai pas utilisé ses propos dans le papier publié, mais juste après un site marocain lié aux services secrets, Chouf TV, m’a accusé de comploter avec le Polisario en citant le nom de mon interlocuteur et le mien. J’étais alors sûr que soit moi soit lui étions sur écoute ».

UNE FILATURE SANS FIN DANS LES RUES DE VIENNE

Mais l’utilisation probable de Pegasus par les services marocains pour tracer Hicham Mansouri a montré l’ampleur de ses possibilités à l’occasion d’un séjour à Vienne du journaliste et de sa compagne. Il nous raconte comment il a été tracé au cours de son escapade privée. « La situation la plus emblématique pour moi remonte à mars 2019. Je venais d’obtenir en France un titre de voyage français de réfugié. On a décidé d’aller à Vienne du 1er au 5 mars avec ma compagne ». Mais le séjour a priori sans histoires va tourner au cauchemar :

Le matin du 3 mars, vers neuf heures, à la sortie de l’hôtel Wombat’s où nous séjournions, je remarque deux types avec des lunettes de soleil, à l’allure typique des barbouzes marocains. Dès que nous commençons à marcher, ils nous suivent. Pour vérifier qu’il s’agit bien d’une filature, on change d’itinéraire, on s’arrête, on s’installe dans un café et on attend un peu. On sort et on continue notre route, on les retrouve un peu plus loin. Mais il nous est impossible de les semer, les deux hommes nous suivent à la trace.

Hicham et sa compagne décident alors d’éteindre leurs téléphones, ignorant que même coupé un portable reste traçable par un logiciel comme Pegasus :

On change d’itinéraire plusieurs fois, raconte Hicham. On finit par s’installer dans un café car on est sûr de les avoir semés mais ils nous retrouvent. Cela a duré toute la journée ! On a fini par aller dans le parc du château de Schönbrunn, et on les a même photographiés au milieu de la foule dans la cour du château alors qu’eux-mêmes nous photographiaient.

Photo prise par Hicham Mansouri à Vienne. Le cercle rouge entoure les deux barbouzes qui se prennent en photo du château de Schönbrunn.

Dans ce grand parc du centre de la capitale autrichienne se trouve un poste de police. « Quand on l’a vu, on y est allés et on a raconté ce que nous subissions depuis le matin. Les policiers nous disent ne rien pouvoir faire mais qu’on peut les appeler si on les revoit et ils nous donnent un numéro de téléphone ». Mais plutôt qu’une contre-filature discrète, Hicham et sa compagne qui ont accepté de reprendre leur promenade malgré l’angoisse voient à nouveau leurs suiveurs sur une colline du parc. Ils appellent alors la police et sont rejoint par une voiture de la police autrichienne dont sortent plusieurs policiers :

Ils nous ont posé les mêmes questions que leurs collègues du poste, ils pensaient qu’on avait peut-être affaire à des racketteurs de touristes. J’explique ma situation, ma nationalité, mon statut de réfugié. Et là direct, les policiers me disent qu’ils vont vérifier tout cela sur Interpol. De victime, je deviens suspect. Ils prennent nos passeports, et on passe quinze minutes difficiles. Ils n’ont rien trouvé, m’expliquent que la loi autrichienne n’interdit pas les filatures, bref qu’ils ne vont rien faire. Ils ont uniquement proposé de contrôler leur identité mais nos suiveurs avaient alors disparu.

Hicham et sa compagne pensent alors que l’alerte est passée :

On quitte les policiers et le parc de Schönbrunn et on prend le métro, on change plusieurs fois de ligne et on finit par sortir pour aller boire un café et se remettre de nos émotions. Nos téléphones sont bien sûr toujours éteints. Et là on croise à nouveau nos suiveurs au centre-ville ! On les voit sur un banc et ils nous font un signe d’au revoir de la main et miment l’envoi d’un baiser à l’adresse de ma compagne.

La filature avait commencé à 9h du matin et il est alors 16h. « Cela a pourri notre voyage, même si ensuite on ne les a plus revus ».

PLUSIEURS JOURNALISTES EN PRISON

Comme Hicham Mansouri, au moins 35 journalistes de 4 pays – dont la France – ont été ciblés par le Maroc et tracés par Pegasus, selon l’enquête de Forbidden Stories relayée par de nombreux titres de la presse internationale. Trois d’entre eux, Omar Radi, Taoufik Bouachrine et Soulaiman Raissouni, sont actuellement détenus au Maroc sous des chefs d’accusation considérés par les organisations de défense des droits humains comme fallacieux. Taoufik Bouachrine, ancien rédacteur en chef d’Akhbar al-Youm, a été arrêté en février 2018 et accusé notamment de viols et d’agressions sexuelles. Plusieurs de ses supposées victimes l’ont pourtant innocenté au cours de son procès. L’enquête de Forbidden Storiesrévèle qu’au moins deux des femmes impliquées dans cette affaire ont été ciblés par Pegasus, et peut-être victimes de chantage.

L’Europe face à l’Islam,

 l’histoire croisée de deux civilisations, par Olivier Hanne

Rédigé par Saphirnews
 

L'Europe face à l'Islam, l'histoire croisée de deux civilisations, par Olivier Hanne

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce que la civilisation musulmane et ses valeurs ? En quoi peut-on les comparer à l’héritage européen ? Quels réflexes mentaux l’histoire de l’Islam a-t-elle enracinés chez ses fidèles ? Sont-ils en contradiction profonde avec l’esprit de « l’homme européen » ? Celui-ci existe-t-il d’ailleurs au-delà des slogans politiques ?

Une incompréhension culturelle autant que religieuse semble imprégner les rapports entre l’Europe et le monde musulman, qui seraient incompatibles et hostiles. Pourtant, il existe entre eux de nombreux parallèles – mystiques, éthiques ou philosophiques –, souvent méconnus.

À travers l’histoire croisée de l’Europe et de l’Islam, puisant dans les grands textes religieux, littéraires et politiques qui ont construit les deux civilisations, Olivier Hanne peint le tableau de la naissance et de la croissance de deux sentiments d’appartenance, montre leurs antagonismes profonds, tout en soulignant ce qu’ils ont pu avoir en commun dans le passé, afin de préparer l’avenir.

L’auteur

Olivier Hanne, agrégé et docteur en histoire (HDR), est chercheur associé à l’université de Poitiers. Il est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages sur le Moyen Âge et l’Islam, dont L’Alcoran. Comment l’Europe a découvert l’islam.

Olivier Hanne, L’Europe face à l’Islam, Histoire croisée de deux civilisations, VIIè – XXe siècle, Tallandier, mars 2021, 432 pages, 22,90 €

L’Etat ne saurait s’arroger le droit d’être le DRH des religions

Les « valeurs républicaines » ont bon dos, quand la liberté et la séparation des religions et de l’Etat est ainsi bafouée par un ministre.

Rédigé par Sébastien Fath 

 

En France, l'Etat ne saurait s'arroger le droit d'être le DRH des religions
 
Depuis l’abolition du Concordat et des articles organiques en 1905 sur le territoire national métropolitain (Alsace, Moselle et Outre-mer exclus), l’Etat ne se mêle pas, en principe, des affaires intérieures des cultes.

De fait, espionner les prédications pour sanctionner/révoquer un religieux pour un enseignement ou un prêche ne fait pas partie de ses prérogatives. Exception faite, naturellement, des cas, très rares – et très graves –, où un appel à la violence est lancé. Et pourtant. Une ligne rouge a été franchie cet été 2021. Bévue, excès de zèle d’un ministre soucieux de faire passer Marine Le Pen pour « molle » ? Ou top départ d’une guerre d’usure à l’encontre de tous les religieux qui s’éloigneront du catéchisme républicain du jour ?

Dans ce dernier scénario, que les musulmanes et musulmans de France sachent qu’ils ne sont pas seuls. Et qu’ils ne vont pas, sans réaction, servir de cobayes à des expérimentations liberticides destinées, demain, à se banaliser.
 
Deux imams destitués sur demande du ministre
En ce mois de juillet 2021, ce qui passait pour inimaginable en France laïque et républicaine s’est concrétisé : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a écrit au préfet pour demander l’éviction de deux imams à Gennevilliers et à Saint-Chamond, sur la base d’extraits de prêches jugés misogynes. Il n’a pas hésité à twitter lui-même : « À ma demande, il a été mis fin aux fonctions de deux imams des Hauts-de-Seine et de la Loire aux prêches inacceptables. » Gérald Darmanin est-il l’employeur de ces imams ? Dispose-t-il d’une autorité religieuse islamique lui permettant de « mettre fin aux fonctions » de religieux dans un pays laïque comme la France, quelle que soit la gravité des propos qu’on leur prête ? Le motif impérieux pour une telle démarche serait-il l’appel à la violence djihadiste ? Non.

En agissant ainsi, le ministre de l’Intérieur s’appuie seulement sur la fragile légitimité d’une loi « contre le séparatisme » à peine votée. Une loi de rupture qui pose de multiples questions, et pourrait commencer, si elle est appliquée dans toutes ses dimensions, à faire sortir lentement la France du cercle des démocraties libérales pour la faire entrer dans celui des démocraties autoritaires. République ! République ! Nous dit-on. Fort bien. Mais les « valeurs républicaines » ont bon dos, quand la liberté et la séparation des religions et de l’Etat est ainsi bafouée par un ministre.

Les « valeurs de la République » sonnent creux quand un principe fondamental du pacte laïque se voit transgressé. Habilement, cette « première » a eu lieu l’été, en pleine querelle sur le pass sanitaire. Qui se fatiguera à défendre deux imams suspects de propos misogynes ? Qui, du reste, cautionnerait aujourd’hui la misogynie ? L’occasion était belle d’ouvrir une brèche. Le ministre de l’Intérieur s’y est engouffré, avec le culot qu’on lui connaît. Sans grande réaction, pour l’instant, des instances chargées de dire le droit… mais le match ne fait que commencer.

Car n’en doutons pas : il reste suffisamment de fins connaisseurs de la laïcité et de défenseurs des libertés (1) pour qu’en France, le débat s’anime dans les prochains mois. Victor Hugo prônait « l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui », selon ses propos tenus le 14 janvier 1850 à l’Assemblée nationale. La phrase, qui fut reprise dans les débats de la loi de 1905, résonne toujours aujourd’hui, « les religions » remplaçant l’Eglise en tant qu’entité disposant, dans les limites de l’ordre public, de son espace propre, sans empiètement de l’Etat.
 
Les fidèles sont bien assez grands pour réagir comme ils le souhaitent
Les juridictions européennes, à leur échelle, ne manqueront pas de s’interroger sur les fondements de décisions discrétionnaires qui, presque du jour au lendemain, peuvent aboutir à une révocation d’un religieux. Sans compter le regard d’autres grandes démocraties, inquiètes des dérives françaises. En matière de gestion des cultes dans la France de 2021, beaucoup d’observateurs ont pris note : la ligne bonapartiste actuelle nous éloigne de Marianne et de la laïcité pour nous rapprocher, tantôt, de Xi Jing Ping et son sécularisme sectaire, tantôt, d’un gallicanisme relooké dans lequel l’Etat deviendrait peu à peu le DRH des religions.

La question, ici, n’est pas défendre des doctrines. On a le droit, en démocratie (mais aussi au sein de l’islam, du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme, de l’hindouisme) de réprouver tel ou tel enseignement. La question n’est pas non plus de tomber dans l’angélisme ! Les réseaux religieux qui prônent et légitiment la violence au lieu du vote et du débat doivent être combattus sans relâche. Ce qui veut dire aussi qu’il serait bon de cesser de signer des contrats d’armements avec les pétromonarchies wahhabites du Golfe, dont on connaît les multiples accointances, en coulisses, avec l’internationale djihadiste guerrière.

Mais en dehors des appels à la violence, les doctrines et les enseignements tenus par les clergés relèvent d’un pluralisme interne aux mondes religieux sur lequel l’Etat n’a pas à intervenir. Et a fortiori, un préfet de la République ne saurait demander à faire révoquer le prêtre, pasteur, imam, rabbin conservateur qui tient des doctrines désagréables. Les fidèles sont bien assez grands pour réagir comme ils le souhaitent, et si besoin, aller voir ailleurs ! La grandeur de la République est de savoir accepter en son sein des idéologies, doctrines et enseignements parfois contraires à ce qui la fonde.
 

En France, l'Etat ne saurait s'arroger le droit d'être le DRH des religions

La gestion étatique et brutale de l’islam radicaliserait les contestations qu’elle prétend combattre

Au Caire, en Egypte, tous les minarets lancent l’appel à la prière au même moment, dans une parfaite synchronisation. La raison ? Elle ne tient pas à l’effort de ponctualité des imams. Elle s’explique par le contrôle d’Etat. Un représentant du ministère des Affaires religieuses appuie sur un bouton… qui commande le lancement automatique de l’adhan, l’appel à la prière préenregistré. Cette anecdote révèle un phénomène plus profond : celui du contrôle d’Etat effectué sur les mosquées dans nombre de pays du Maghreb, du Machrek mais aussi d’Asie centrale. Lutter contre l’extrémisme semble parfois autoriser toutes les atteintes aux libertés.

Une circonstance atténuante à ces entorses aux libertés serait l’efficacité et la protection. Mais l’observation de la réalité dément cette prétendue efficacité. Car le contrôle serré d’Etat sur les clergés et doctrines génère clientélisme, frustration des fidèles, ressentiment dans les milieux cléricaux. Et nourrit une vaste demande de liberté et d’authenticité, dont les extrémistes savent s’emparer au service de leurs objectifs.

Plus la figure de « Pharaon » (l’Etat) resserre son étreinte sur l’islam, plus grandit la figure du « Prophète » (contestant l’ordre dominant au nom d’une révélation). Résultat des courses : la gestion étatique et brutale de l’islam radicaliserait, en réalité, les contestations qu’elle prétend combattre. C’est l’hypothèse développée, par exemple, par Stéphane Dudoignon, directeur de recherches au CNRS, au détour d’une présentation consacrée à l’islam en Asie centrale, lors d’un séminaire du laboratoire GSRL (2).
 
Haro sur une « laïcité » de surveillance et de contrôle
Le degré de contrôle sur les religions n’en est pas, en France, au niveau de celui qu’on observe en Egypte, ou dans d’autres contextes autoritaires. Loin s’en faut ! Mais l’oukaze de Gérald Darmanin en direction d’imams jugés misogynes constitue une étape de plus en direction d’une gestion néo-concordataire des religions. Il ouvre une boîte de Pandore, mettant en péril le précieux principe de séparation qui protège, à la fois l’Etat (des empiètements des religieux) et les religions (des pressions de l’Etat).

L’ironie est que Gérald Darmanin s’imagine sans doute renforcer la laïcité, et combattre l’intégrisme. En réalité, par une politique autoritaire contraire à certaines des libertés qu’il prétend défendre, il renforce les extrêmes. Sur le principe, le renforcement incessant, depuis 2015, d’une « laïcité de contrôle » (3) n’est pas forcément, en soi, une catastrophe absolue. On peut comprendre que, face aux nouveaux périls auxquels la société française a été confrontée depuis quelques années, certains outils et discours demandent à être adaptés. Mais les choix faits, en France, ont conduit à une ligne de moins en moins laïque et de plus en plus séculariste, entre tentation gallicane et néocoloniale. Une option périlleuse et problématique qui donne du grain à moudre à celles et ceux qui essaient, dans l’ombre, de faire croire que la République, dans son ensemble, serait islamophobe et liberticide.

Osons, pour conclure, raisonner à front renversé. De nombreux milieux religieux considèrent aujourd’hui, en France, que l’Etat ne respecte pas bien les valeurs républicaines dans son traitement des réfugiés à Calais, des mineurs isolés, des internés sans consentement en psychiatrie (au moins 70 000), des détenus, etc. Ces milieux religieux ont-ils le droit, pour autant, de défaire/révoquer les députés ou les ministres, comme l’Eglise médiévale, dans certains cas, pouvait parfois tenter de le faire lorsque le politique dérapait ? Bien sûr que non. Car le principe de séparation de la loi de 1905 interdit cette intrusion.

De la même manière, en régime français de laïcité, l’Etat ne saurait davantage s’arroger le droit, au nom de « valeurs républicaines » si facilement instrumentalisées, de révoquer un religieux : imam aujourd’hui, prêtre, pasteur ou rabbin demain. L’Etat n’est pas le DRH des religions !

*****
Agrégé d’Histoire, chercheur au CNRS, spécialiste de l’évangélisme et des christianismes postcoloniaux, Sébastien Fath est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (EPHE-PSL / CNRS)

(1) Souhaitons au passage la bienvenue à ce nouveau venu de poids dans le paysage associatif laïque : la Vigie de la laïcité, présidée par Jean-Louis Bianco, ancien président de l’Observatoire de la laïcité.
(2) Séminaire GSRL (EPHE-PSL / CNRS) tenu le 11 mars 2021
(3) Sur ce tournant sécuritaire de la laïcité, lire les analyses de Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE (Histoire et sociologie de la laïcité), et son excellent ouvrage de synthèse, L’Etat et les religions en France : une sociologie historique de la laïcité, Paris, Presses Universitaires de Rennes, 2016

Lire aussi :
Du limogeage d’un imam à la plainte contre Darmanin, retour sur l’affaire secouant la mosquée de Gennevilliers
La création d’une Vigie de la laïcité annoncée pour lutter contre les manipulations de ce principe

5 techniques pour apprivoiser ses émotions

 

www.cnvformations.fr

Traverser les tempêtes en groupe

Dans les salles de thérapie insonorisées du centre de Dynamique émotionnelle exprimée (DEE), on crie, on s’énerve, on pleure, on tape dans des coussins, on éprouve la peur et le dégoût ; bref, on s’affranchit des codes sociaux pour se laisser traverser par les émotions de la vie, sans crainte d’être jugé ni empêché de les ressentir. Mise au point par le psychiatre Étienne Jalenques dans les années 1970, la méthode repose sur des séances hebdomadaires de trois heures, en groupe. L’approche est fondée sur une « surchauffe émotionnelle », via la « mantra thérapie » : « Cela consiste à faire répéter par le patient un énoncé, une phrase de son propos que le thérapeute a perçue comme un signe d’un ensemble d’affects coincés ou refoulés », expose Étienne Jalenques. Exemple : Hélène fait part au groupe du sentiment de culpabilité qu’elle éprouve à s’éloigner de sa mère malade — qui en profite pour réclamer toute son attention. Consciente d’être manipulée, Hélène en veut à sa mère. Le thérapeute lui propose de répéter : « Elle en profite, ça me dégoûte », en s’adressant à chacune des personnes présentes. La répétition de cette phrase réveille la colère refoulée d’Hélène, qui s’adresse maintenant (symboliquement) à sa mère : « C’est toi qui me dégoûtes ! » La tension réveillée peut être ainsi libérée devant le groupe, sans qu’Hélène ne craigne la réaction de sa mère. Elle peut ainsi dissocier l’amour qu’elle éprouve pour elle de l’obligation de sacrifice. « Cette thérapie est un apprentissage des émotions, qui deviennent nos alliées. Quand on les maîtrise, on peut proportionner notre réaction à la situation et à notre intérêt. » Ainsi, devant son patron, on peut choisir un juste milieu plutôt que d’exploser de rage ou de ravaler sa colère et ne rien dire.

http://dynamique-emotionnelle.com

La Thérapie du bonheur, Étienne Jalenques, éd. Marabout.

Décharger sa tension dans des cahiers de colère

Le ton monte avec vos enfants ou votre partenaire. Vous êtes prêts à exploser. À ce stade, inutile de tenter la discussion : il faut d’abord dégonfler votre « ballon émotionnel ». Dans ses ateliers à destination des parents, Anne Partridge, de l’association Parlecoute à Bordeaux, propose des outils pour toute la famille. Elle conseille un cahier de colère, où l’on peut gribouiller de toutes ses forces. Un moyen de décharger la tension dans le corps et de montrer à l’autre l’ampleur de son émotion. Autre technique : les bons de colère. À dessiner soi-même ou à chercher sur Internet, puis à « froisser violemment et jeter rageusement dans un coin ».

Déchiffrer le message avec l’intelligence émotionnelle

« En intelligence émotionnelle, on considère qu’une émotion est une info utile pour retrouver son équilibre », explique Gilles Corcos, coach et fondateur de l’école systémique de l’intelligence émotionnelle. En une dizaine de séances, il accompagne son client dans la réalisation d’un objectif : changer de job, gérer une transition de vie, etc., en se mettant à l’écoute de ses émotions. En séance, le coach apporte des outils concrets pour les explorer (jeux de rôles, exercices d’intro­spection…). On commence par des situations faciles : par exemple, en cas de trop-plein émotionnel à un dîner de famille, on se retire quelques minutes pour prendre le temps d’écouter la tristesse, la colère ou la peur qui montent au lieu d’exploser entre le plat et le dessert. « Il y a une confusion entre écouter une émotion et se laisser submerger, précise le coach. L’émotion ne demande pas forcément à s’exprimer, mais à être écoutée. »

www.odysseemotion.com

Comment cultiver son intelligence émotionnelle, Gilles Corcos et Corinne Vilder, éd. Larousse.

Respirer pour substituer le positif au négatif

« Toute perturbation émotionnelle crée un désordre respiratoire », remarque Carole Serrat, sophrologue. Notre respiration s’accélère, devient irrégulière. Conçue en 1960 par le neurologue Alfred Caycedo, la sophrologie est une méthode de relaxation dont l’objectif est de transformer nos émotions envahissantes ou nos angoisses en pensées positives. Cette pratique psychocorporelle s’appuie sur la détente physique, obtenue grâce à des exercices de respiration et la visualisation d’images apaisantes. L’inspiration s’accompagne d’une intention, comme se remplir d’énergie positive, de bien-être. À l’expiration, on relâche l’émotion négative. Dans l’état dit « sophronique », entre sommeil et veille, la personne peut laisser remonter l’émotion, évacuer le vécu négatif et y substituer une image et des sensations positives.

La Sophrologie, c’est malin, Carole Serrat, éd. Leduc.S.

Ma méthode de sophrologie pour bien dormir, C. Serrat et L. Stopnicki, éd. Leduc.S.

Julia Zimmerlich et Catherine Maillard

Dans Ça m’intéresse en kiosques le 22 décembre, découvrez d’autres techniques et notre dossier « Nos émotions : comment en faire des alliées ? »