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Que préconise l’Église sur la vaccination ?

Soucieuse du bien commun, la Conférence des évêques de France (CEF) continue d’inviter chacun à se mobiliser contre le virus.

Alors que le gouvernement pousse les Français à la vaccination, quelle est la position de l’Église sur le sujet ? Si le pape se pose en ardent défenseur de la vaccination, l’Église de France est moins prescriptive et appelle les catholiques à « prendre leur propre responsabilité ».
 
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Le pape François, au Vatican, le 18 juillet 2021.  • VATICAN MEDIA/CPP/IPA/ABACAPRESS.COM

« Soucieuse du bien commun, la Conférence des évêques de France (CEF) continue d’inviter chacun à se mobiliser contre le virus. Elle appelle les catholiques à entrer dans cette perspective en prenant leur propre responsabilité vis-à-vis du vaccin », a déclaré la CEF le 13 juillet 2021, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron annonçant la mise en place d’un passe sanitaire.

« L’Église ne prescrit rien, elle laisse à chacun sa liberté de conscience,décrypte Laurent Stalla-Bourdillon, prêtre du diocèse de Paris et enseignant au Collège des Bernardins. Sa responsabilité est de rehausser chez les citoyens la conscience de leur engagement, de leur liberté et du commun. À la société, ensuite, de parvenir à un consensus, ce qu’elle a de plus en plus de difficultés à faire. »

Liberté individuelle contre bien commun

« Enfermés depuis des années dans une logique de libertés individuelles qui priment sur tout, nous avons perdu le sens du bien commun. Résultat, l’autorité politique use de son pouvoir pour le générer artificiellement via des obligations », poursuit le prêtre.

Au Vatican, le pape a adopté un ton plus tranchant. Lui-même vacciné depuis janvier 2021, il a très clairement appelé à faire de même, parlant à la télévision italienne du « négationnisme suicidaire » des antivax.

« Il faut nuancer les positions romaines, décrypte Marie-Jo Thiel, médecin et théologienne. Le pape a pris cette position extrêmement claire, mais d’autres locuteurs au Vatican, chacun dans leur rôle, se sont aussi prononcés ».

De la moralité de la vaccination

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), « une instance juridique et dogmatique », a ainsi publié une note sur le sujet, le 21 décembre 2020. L’Église était alors interpellée avec insistance sur le recours dans le procédé de fabrication de certains vaccins, particulièrement celui d’AstraZeneca, à des chaînes cellulaires issues de tissus obtenus à partir d’avortements effectués au siècle dernier.

Pour la CDF, il est « moralement acceptable » d’utiliser de tels vaccins car « la coopération au mal (coopération matérielle passive) de l’avortement provoqué d’où viennent les lignes cellulaires » est « lointaine ». En outre, « le devoir moral d’éviter cette coopération matérielle passive n’est pas contraignant s’il y a un grave danger tel que la diffusion, autrement impossible à arrêter, d’un agent pathogène grave », situation à laquelle semble correspondre la pandémie de Covid-19.

La CDF soutient également que « la moralité de la vaccination dépend non seulement du devoir de protéger sa propre santé, mais aussi du devoir de poursuivre le bien commun ». Elle rappelle néanmoins que la vaccination n’est pas une « obligation morale », et qu’elle doit être « volontaire ».

Des enjeux bioéthiques profonds

Une troisième instance vaticane a pris la parole sur la vaccination en février 2021 : l’Académie pontificale pour la vie, dont fait partie Marie-Jo Thiel. « Nous avons pris une position ouverte, plus nuancée que celle du pape, mais incitant à se faire vacciner au nom de la responsabilité éthique et d’une autonomie que j’appelle “relationnée”, c’est-à-dire tenant compte des autres », résume la théologienne.

Pour cette experte en bioéthique, l’Église « ne peut pas se taire sur ces questions qui touchent à la vie et à la dignité humaine ». Des enjeux majeurs et profonds sous-jacents au débat vaccinal actuel.

Bien-être animal et islam

 « Le Coran reconnaît à l’animal une conscience et une spiritualité »

Des théologiens et intellectuels musulmans proposent une réflexion à partir des sources coraniques et prophétiques sur le statut de l’animal dans l’Islam. Entretien avec Omero Marongiu-Perria, sociologue, musulman et végétarien.
 
 
 
Préparation de la fête de l'Aïd-el-Kébir, en 2019, à Mulhouse.

Préparation de la fête de l’Aïd-el-Kébir, en 2019, à Mulhouse. • PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP

Le 20 juillet 2021, un milliard et demi de musulmans célèbrent l’Aïd-el-Kébir ou Aïd-el-Adha, la principale fête annuelle de l’islam. Celle-ci clôt les principaux rites du mois de pèlerinage par le sacrifice d’un animal, généralement un mouton. Ce geste est accompli en mémoire de la confiance d’Abraham, prêt à offrir son fils et de la substitution, par Dieu, de l’enfant par un agneau. Ce rituel de la plus haute importance dans les familles musulmanes est aujourd’hui remis en question par des théologiens et des intellectuels au sein même de l’islam, pour des raisons éthiques et écologiques.

Omero Marongiu-Perria

Omero Marongiu-Perria.

Le sociologue Omero Marongiu-Perria a dirigé un ouvrage collectif, l’Islam et les animaux, qui analyse les apports théologiques, juridiques et mystiques sur le statut de l’animal au fil de l’histoire de la pensée musulmane. Ce livre explore également des sujets qui font souvent polémique : le sacrifice de l’Aïd-el-Kébir est-il une obligation dans le contexte contemporain ? Une viande est-elle licite (halal) uniquement par la façon dont l’animal est mis à mort ? Est-il possible de vivre pleinement les prescriptions de l’islam tout en étant végétarien ?

Pour répondre à ces questions, Omero Marongiu-Perria, Français au patronyme sarde, converti jeune adulte à l’islam, s’appuie sur les sources coraniques et les traditions prophétiques (ou hadiths) qui affirment clairement que l’animal a une conscience et qu’il est en communication avec le divin.

Votre livre s’inscrit-il dans le mouvement général d’attention à l’environnement, au climat, aux autres vivants ?

Il y a indéniablement une tendance chez les musulmans des classes moyennes et supérieures, soucieux de la qualité de leur alimentation, à porter un regard critique sur la production de leur nourriture. Ce mouvement existe depuis une vingtaine d’années, mais s’est affirmé quand les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux de boucherie ont été révélées au grand public par des associations comme L214.

En Belgique, par exemple, l’association Green Halal cherche à promouvoir le bien-être des animaux d’élevage, tout en préconisant une moindre consommation de viande et de meilleure qualité. Parallèlement, dans les pays arabes, on débat sur les réseaux sociaux de la « personnalité animale » qui se traduit pour certains par le refus de consommer de la viande. La question de l’Aïd-el-Kébir est un point de tension dans ces débats entre musulmans.

Ce sacrifice n’est-il pas une obligation ?

Il est lié au pèlerinage et fait partie des rites qui préexistaient à l’Islam et que le prophète a réinvestis. Mais en aucun cas les premiers musulmans n’ont considéré qu’abattre un animal le jour de l’Aïd faisait partie des obligations rituelles. Cette idée s’est imposée peu à peu, alors que l’islam devenait une religion instituée. Beaucoup de musulmans y voient aujourd’hui un geste d’appartenance incontournable à l’islam, mais d’autres, notamment dans les pays du Golfe, n’égorgent plus. Ils font un don à une association humanitaire, ce qui me semble plus proche de l’esprit de cette fête.

L’abattage d’un animal à l’époque du prophète avait pour fonction première la redistribution de nourriture. Dans une économie de pénurie, la viande était séchée et consommée en plusieurs mois. Quel sens cela prend-il aujourd’hui dans un contexte d’abondance, où perdure la pauvreté ? Il faut trouver des voies de dépassement du sacrifice animal à travers des aumônes, des projets caritatifs.

Sur quelles références religieuses s’appuient vos réflexions sur le rapport à l’animal ?

Dans la perspective coranique, les frontières de l’« humanitude », ce qui fait la spécificité de l’être humain, sont floues. Le Coran mentionne que les éléments du cosmos sont dotés de la capacité de raisonnement. Il restitue la parole de la fourmi et de la huppe. C’est un corbeau qui apprend à Caïn la façon d’enterrer son frère après qu’il l’eut assassiné.

Le Coran souligne ainsi : « Il n’existe pas de bêtes sur terre ni d’oiseau volant de ses propres ailes qui ne forment des communautés semblables à vous » (Coran 6, 38). Plusieurs textes de la tradition prophétique (les hadiths ou dits du Prophète) parlent de la capacité des animaux à interagir avec un monde qui nous est invisible.

Comment, à partir des sources, définissez-vous le concept de conscience animale ?

Cela renvoie à trois choses. Si les animaux ont reçu le souffle de vie, cela pose la question de l’âme : les animaux ont-ils reçu ce souffle au même titre que les humains ? C’est un débat chez les théologiens musulmans.

Par ailleurs, le Coran est explicite sur le fait que les animaux ont une conscience spirituelle. Ils sont dans une posture d’adoration et de dévotion à Dieu. Ainsi, dans la tradition soufie, l’animal a toujours été une source d’inspiration. Ibn ‘Arabi citait des animaux parmi ses maîtres spirituels.

Le troisième élément renvoie à l’intelligence. Est-ce que les animaux sont dotés d’une conscience dans le sens où ils peuvent percevoir et exprimer la douleur, la joie, la peine ? Depuis les années 1980, les recherches en éthologie animale répondent par l’affirmative à cette question.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’être humain dans ce cas ?

La venue sur terre d’Adam achève les étapes de la création du monde. Le livre raconte que Dieu a proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes de porter la responsabilité de la création, ce qu’ils ont refusé. Le Coran évoque cette responsabilité à travers la notion de dépôt, amâna. L’être humain est celui qui parmi les créatures a accepté ce « dépôt » (Coran 33, 72).

C’est pourquoi l’être humain porte la responsabilité de sa liberté, corollaire de la capacité d’agir et de transformer le monde que Dieu lui a confié. Il a ainsi pris le titre de khalife, c’est-à-dire de successeur, celui qui vient à la suite de Dieu. Du fait de sa responsabilité qu’il a acceptée, il aura des comptes à rendre plus importants que les autres êtres.

Comment situez-vous cette réflexion autour de l’animal dans la pensée islamique ?

Sans remettre en cause le bien-fondé de l’alimentation carnée, des juristes se sont toujours interrogés sur les conditions éthiques qui permettent de combler cette injustice faite à l’animal qu’est sa mise à mort. Le juriste marocain Fatih Kamal, l’un des contributeurs à l’ouvrage, décrit l’émergence de la personnalité animale dans le droit musulman contemporain.

Dans sa thèse de doctorat obtenue en France à l’université de Limoges, il montre que le bagage éthique est clairement présent dans les textes de l’islam : un animal doit être abattu pour en consommer la chair, mais en sorte qu’il souffre le moins possible. Une viande véritablement halel est celle de l’animal qui a été bien traité et dont la mise à mort a été le plus rapide et le moins douloureuse possible.

Justement, pourquoi refuser l’étourdissement préalable lors de l’abattage à échelle industrielle ?

Pour des raisons qui relèvent de l’ignorance et du business lié au halal et au cacher. Les études vétérinaires indiquent qu’un bovin saigné met entre trois et sept minutes avant de perdre conscience. Or les cadences sont telles que certains abattoirs commencent à dépecer des animaux alors même qu’ils n’ont pas perdu conscience. La première décision éthique serait de ralentir les cadences.

Par ailleurs, les pratiques d’étourdissement sont très maîtrisées et garantissent que l’animal perd conscience sans être tué. Il est ensuite vidé de son sang comme l’exige la loi religieuse. Il serait d’ailleurs simple de contrôler que l’animal inconscient est vivant et de refuser les bêtes mortes avant la saignée.

Pourquoi les abattoirs qui assurent l’abattage halal n’étourdissent pas s’il n’y a pas de problème ?

Parce qu’il y a des associations juives et des associations musulmanes qui travaillent de concert pour faire du lobbying au niveau européen. Au sein de l’Union européenne, l’abattage sans étourdissement est interdit, mais autorisé sur dérogation pour les juifs et les musulmans. J’affirme, pour ma part, que l’abattage industriel tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ne respecte pas l’éthique islamique de la mise à mort des animaux.

Plutôt que refuser l’étourdissement de l’animal, travaillons à l’échelle locale, avec des petits abattoirs, au plus proche des producteurs. L’étiquette halal devrait garantir que l’animal a été élevé dans les conditions les plus saines, les plus éthiques, avec un abattage qui garantit que l’animal a souffert le moins possible. Ce qui inclut l’étourdissement avant abattage.

Quel a été votre propre cheminement dans cet intérêt pour les animaux ?

Ma réflexion a débuté à la fin de la trentaine, à cause de problèmes de santé qui m’ont conduit à limiter ma consommation de viande de manière intuitive. Peu à peu, j’ai eu l’intime conviction que la production industrielle de viande était aux antipodes des préceptes éthiques musulmans en matière de soin apporté à l’animal. J’ai alors entamé des recherches et pris conscience que l’animal était doté d’une intelligence, d’une personnalité et d’un rapport à Dieu qui lui sont propres.

J’étais confronté à un conflit éthique, à une dissonance dans ma vie de croyant et j’ai voulu explorer d’autres pistes. J’accepte parfaitement que d’autres personnes, musulmanes ou non, aient un rapport différent à l’animal, estimant notamment que Dieu nous a permis d’être des prédateurs. Cependant, je suis devenu très sensible aux conditions de vie des animaux, et la cruauté de l’être humain à leur endroit m’interpelle. Mon cheminement a pris du temps : il a commencé par une attention à ma santé pour aboutir à une réflexion sur ma place en tant qu’être humain dans le monde et celle que je dois laisser aux autres.L’Islam et les animaux, sous la direction d’Omero Marongiu-Perria, Atlande, 12 €.

Le Parlement adopte le projet de loi contre “le séparatisme”

Le texte “Respect des principes de la République”, présenté comme un remède à “l’OPA islamiste”, a été validé

Le Parlement adopte définitivement le projet de loi controversé contre “le séparatisme”

Le Premier ministre Jean Castex devant les députés à Paris, le 13 avril 2021.

Le Premier ministre Jean Castex devant les députés à Paris, le 13 avril 2021.
© Stéphane de Sakutin, AFP

Lors d’un ultime vote de l’Assemblée, le Parlement français a définitivement adopté, vendredi, le projet de loi controversé contre le séparatisme et sa série de mesures sur la neutralité du service public ou encore sur l’encadrement de l’instruction en famille. 

Le Parlement a mis un point final, vendredi 23 juillet, au projet de loi controversé de lutte contre le séparatisme, adopté définitivement via un ultime vote de l’Assemblée et vivement critiqué par la gauche comme la droite.

Après sept mois d’allers et retours entre Palais Bourbon et Sénat, le texte “Respect des principes de la République”, présenté comme un remède à “l’OPA islamiste”, a été validé par les députés par 49 voix pour, 19 contre et 5 abstentions.

Dans un baroud d’honneur, Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une dernière motion de rejet préalable contre une “loi antirépublicaine” à “vocation anti-musulmane” selon lui.

Mais le texte est “de portée générale” et “ne traite pas des rapports avec une seule religion”, a assuré le président de la commission spéciale François de Rugy (LREM).

Porté par le ministre Gérald Darmanin, il contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, la protection des fonctionnaires et des enseignants, l’encadrement de l’instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés. 

Opposition de la gauche et de la droite 

Les députés LFI, PCF, PS et LR ont voté contre, pour des raisons différentes. Les socialistes notamment y voient un “rendez-vous manqué avec la République” et une marque de “défiance à l’égard des associations”, quand la droite le résume à “une addition de mesurettes” sans “ambition” pour “faire reculer les islamistes”.

Droite et gauche s’accordent cependant sur les risques pour la liberté d’association, qui motivent des recours respectifs auprès du Conseil constitutionnel.

Seuls les trois groupes du bloc majoritaire, LREM et ses partenaires Modem et Agir, se sont prononcés pour. Isabelle Florennes (MoDem) a toutefois exprimé “quelques bémols”, déplorant l’absence finale de mesures sur la neutralité au sein des bureaux de vote ou dans les universités.

>> Loi sur le séparatisme : une loi contre l’islamisme ou contre l’islam ?

Le RN s’est abstenu, comme les élus du groupe Libertés et territoires et également deux “marcheuses” de l’aile gauche, Sonia Krimi et Sandrine Mörch.

Cette adoption est intervenue après celle, jeudi, du projet de loi “prévention d’actes de terrorisme et renseignement”, qui prévoit la pérennisation dans le droit commun de dispositifs issus de l’état d’urgence expérimentés depuis 2017 via la loi “sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme” (Silt).

Pour le gouvernement, les deux textes régaliens s’articulent comme une double lame face à la “menace”. Des nouvelles “lois liberticides” qui participent à “l’emballement sécuritaire”, dénoncent avec force les défenseurs des libertés publiques.

Au Palais Bourbon, la majorité a recentré un texte fortement droitisé par le Sénat avec des mesures contre le port du voile ou renforçant la “neutralité” à l’université. Les sénateurs avaient également assoupli les règles de l’instruction à domicile. 

Une adoption qui a pris du retard à cause du nouveau projet de loi anti-Covid

L’ultime échange à la Haute Assemblée dominée par l’opposition de droite s’est soldé, mardi, par l’adoption d’une motion de rejet des rapporteures Jacqueline Eustache-Brinio (LR) et Dominique Vérien (centriste), par 205 voix contre 115. 

Les rapporteures ont regretté que “la majorité des députés n’entende pas trouver avec le Sénat le moyen de progresser sur les sujets graves que sont la neutralité de l’État, la laïcité et le vivre ensemble”.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Rapporteur général du projet de la loi à l’Assemblée, Florent Boudié (LREM) avait lui dénoncé “l’obsession pathologique” des sénateurs sur la question sensible du voile.

Le projet de loi s’attaque par petites touches aux équilibres de la loi de 1905, aux libertés de culte, d’association et d’enseignement. Société civile, associations, certains cultes : les mécontentements se sont multipliés sans jamais s’agréger. Et les aléas de la crise sanitaire ont relégué au second plan les débats. 

Pour son adoption définitive, retardée de 24 heures en raison du nouveau projet de loi anti-Covid, le texte est encore éclipsé par le passe sanitaire et l’explosion de contaminations liées au variant Delta.

Le texte a cependant fait l’objet de vives attaques de la part de certains dirigeants et mouvements islamistes à travers le monde, en particulier la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Il a provoqué des mois de tensions entre Paris et Ankara au milieu d’autres frictions géopolitiques. 

Avec AFP

Décimé en Turquie, le mouvement güleniste perdure hors du pays

Mais les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen restent actifs à l’étranger,

La répression qui a suivi le coup d’État manqué de 2016 semble avoir porté un coup fatal à la communauté du prédicateur Fethullah Gülen en Turquie. Mais ses réseaux restent actifs à l’étranger, malgré les pressions turques contre les pays hôtes et les enlèvements de cadres gülenistes.

Istanbul (Turquie).– Le mouvement de Fethullah Gülen a vu s’abattre sur lui une répression féroce en Turquie au lendemain du coup d’État manqué du 15 juillet 2016, qui a coûté la vie à 250 citoyens turcs et qu’Ankara lui a imputé. Limogeages, emprisonnements, enlèvements, confiscations de biens… tous les moyens ont été employés par le gouvernement pour expurger de l’administration et de la société turque les réseaux gülenistes, qui avaient étendu leurs ramifications en toute quiétude pendant la première décennie au pouvoir du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, alors allié du leader religieux.

Tandis que les Turcs célèbrent le cinquième anniversaire du putsch, que reste-t-il de cette organisation aux dimensions autrefois planétaires ? Pour répondre à cette question, Mediapart a interrogé deux spécialistes de la confrérie güleniste : le politologue Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA) à Istanbul, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur le mouvement, et Joshua Hendrick, sociologue à l’université Loyola du Maryland, auteur de Gülen : The Ambiguous Politics of Market Islam in Turkey and the World.

D’emblée surgit une première difficulté : comment évaluer la puissance passée et actuelle d’une nébuleuse aux contours délibérément flous ? « Depuis que l’organisation existe, quand on interroge les gens sur des questions d’affiliation, on ne parvient pas à savoir si l’institution pour laquelle ils travaillent a des connexions organiques avec le mouvement güleniste. Le mieux qu’on puisse obtenir, c’est un positionnement de sympathisant ou de participant plus ou moins proche », explique Joshua Hendrick.

Un partisan pro-Erdogan marche sur une affiche représentant Fethullah Gülen lors d'un rassemblement sur la place Taksim, à Istanbul, le 18 juillet 2016. © Photo Ozan Kose / AFPUn partisan pro-Erdogan marche sur une affiche représentant Fethullah Gülen lors d’un rassemblement sur la place Taksim, à Istanbul, le 18 juillet 2016. © Photo Ozan Kose / AFP

 

Impossible donc de donner une évaluation fiable des effectifs d’un groupe dans lequel « la participation au mouvement se définit par des niveaux graduels d’affiliation », depuis un noyau dur de gens qui vouent leur vie entière à la communauté jusqu’à un dernier cercle de personnes qui jugent positif le travail du Hizmet – le « service », nom que donnent les gülenistes à leur mouvement – sans nécessairement participer à l’organisation, poursuit le chercheur. La littérature spécialisée évaluait avant le putsch à trois à quatre millions le nombre de sympathisants du mouvement, dans l’acception la plus large du terme.

« La première caractéristique de la mouvance de Gülen, c’est son ambiguïté », convient Bayram Balci. « Globalement, c’est un mouvement social qui est issu d’un islam très turc, sunnite, néo-confrérique, qui est lié à la personnalité d’un homme qui est une espèce de gourou, Fethullah Gülen, résume le directeur de l’IFEA. Mais c’est aussi beaucoup plus que ça. Elle est présente dans le monde des affaires, l’éducation, les médias, les réseaux d’influence, la politique… »

Avant le putsch, le mouvement avait des liens avec plus d’un millier d’écoles sur tous les continents, au moins autant d’entreprises, détenait une banque et de nombreux médias, dont le journal au plus gros tirage de Turquie, Zaman. Cet empire, Fethullah Gülen l’a construit pas à pas depuis les années 1970, à une époque où il n’était qu’un prédicateur parmi d’autres.

Populaire dans la jeunesse conservatrice grâce à une vision de l’islam peu politisée, portée sur les sciences et les technologies ainsi que l’implication dans le monde économique moderne, Gülen a su sauter sur l’occasion de l’effondrement de l’Union soviétique pour ouvrir ses premières écoles dans les pays turcophones d’Asie centrale. « Les écoles ont ouvert l’accès à de nouveaux marchés pour les capitaux d’hommes d’affaires turcs, souvent originaires d’Anatolie intérieure, avec l’émergence de tout un écosystème d’entreprises autour de ces établissements, importateurs de produits turcs, affirme Joshua Hendrick. Puis ce modèle s’est rapidement développé dans le reste du monde. »

Mais c’est dans les années suivant l’accession au pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan, en 2002, que la communauté de Gülen connaîtra son apogée, grâce à l’alliance contractée par les deux leaders. « Lors des élections législatives de 2011, 20 % des députés de l’AKP étaient des gülenistes. Il y avait une fusion du parti et du mouvement entre 2007 et 2012. Ils étaient vraiment connectés, relate l’universitaire américain. Cela passait par des individus, des institutions, des programmes, le sponsoring d’événements majeurs de l’État turc par des entreprises gülenistes, la façon dont les écoles gülenistes ont acquis un statut officiel. »

Fethullah Gülen répond aux accusations du gouvernement turc concernant son implication dans la tentative de coup d'État depuis sa résidence de Saylorsburg, en Pennsylvanie, le 18 juillet 2016. © Photo Thomas Urbain / AFPFethullah Gülen répond aux accusations du gouvernement turc concernant son implication dans la tentative de coup d’État depuis sa résidence de Saylorsburg, en Pennsylvanie, le 18 juillet 2016. © Photo Thomas Urbain / AFP

 

Cette implication croissante du mouvement en politique sera aussi la cause de sa chute. Dès la fin 2013, Erdogan, qui a échappé de peu à une opération judiciaire téléguidée par Gülen après trois ans de conflit larvé, désigne le mouvement du prédicateur comme un « État parallèle », puis le qualifie d’organisation terroriste, l’affublant d’un sigle, FETÖ.

« Quand j’interrogeais les proches d’Erdogan sur les raisons de la rupture, ils me répondaient que la mouvance de Gülen devenait ingérable, excessivement demandeuse de postes et de pouvoir, qu’elle devenait un obstacle à leur gouvernement, se souvient Bayram Balci. Et la mouvance de Gülen décrivait l’évolution d’un Erdogan à l’origine tolérant et ouvert, mais devenu plus radical, plus autoritaire, plus nationaliste. »

L’échec du coup d’État est l’occasion d’un ultime règlement de comptes particulièrement brutal : plus de 50 000 personnes emprisonnées, 140 000 fonctionnaires – dont 20 000 militaires – destitués sans aucune forme de procès, souvent sur la seule base d’études dans une école liée à Gülen ou d’un compte dans une banque güleniste, près de 1 300 entreprises confisquées – dont 370 établissements scolaires. Résultat : « La communauté en Turquie est bien plus petite aujourd’hui que dans le passé, elle a rétréci de manière fantastique », constate Joshua Hendrick.

« Les grands cadres qui le pouvaient sont partis à l’étranger. Ceux qui sont restés ont pour beaucoup été emprisonnés. J’ai du mal à imaginer qu’il en reste beaucoup qui continuent d’entretenir des réseaux secrets. C’est tellement difficile, tellement dangereux », estime pour sa part Bayram Balci, soulignant la « haine » dont font désormais l’objet la communauté et ses membres, « même dans les cercles qui détestent Erdogan ».

Jusqu’au hameau d’origine de Fethullah Gülen, Korucuk, dans le département d’Erzurum (est), qui a changé de nom et pris celui d’un soldat tué en opération parce que « les villageois n’en pouvaient plus de voir le nom de leur village associé à celui de Gülen », rapporte le politologue, qui se dit heureux de n’avoir pas été lynché après avoir demandé à voir la maison du prédicateur.

Le village d'origine de Fethullah Gülen, Korucuk, a choisi de changer de nom et d'adopter celui d'un soldat mort au combat pour ne plus être associé au prédicateur. © Photo DR.Le village d’origine de Fethullah Gülen, Korucuk, a choisi de changer de nom et d’adopter celui d’un soldat mort au combat pour ne plus être associé au prédicateur. © Photo DR.

Hors de Turquie en revanche, les efforts d’Ankara en vue de l’éradication du mouvement güleniste sont loin d’avoir porté tous les fruits escomptés. Le gouvernement se targue d’avoir mené, avec les services secrets (MIT), l’enlèvement de 116 cadres supposés de la communauté dans vingt-sept pays, dont le neveu du prédicateur, au Kenya, début mai, et, dernier en date, le directeur d’un réseau d’écoles au Kirghizistan fin mai.

« Quelques récupérations […] semblent être des enlèvements classiques – des gens sont jetés dans une voiture dans la rue et réapparaissent en Turquie sans procédure. Mais la plupart impliquent de la corruption et la cooptation de certaines institutions dans le pays hôte : la police ou des services de sécurité locaux arrêtent les citoyens turcs, qui sont ensuite […] transférés en secret à des gardiens turcs et immédiatement envoyés en Turquie à bord d’un avion turc », indique l’organisation Freedom House dans un récent rapport. En 2018, l’enlèvement au Kosovo par des agents du MIT de six citoyens turcs avait ainsi conduit au limogeage du ministre de l’intérieur et du chef du renseignement.

C’est là la limite de l’exercice, puisqu’il nécessite des interstices suffisamment larges au sein de l’édifice étatique du pays cible pour que la Turquie puisse y enfoncer ses coins. Il en va de même des pressions économiques et politiques exercées par Ankara pour réclamer la fermeture d’institutions supposées gülenistes, qui n’ont d’effets que sur des États en position de faiblesse par rapport à la Turquie.

C’est ainsi en vain que la Turquie réclame depuis 2016 l’extradition de Gülen, installé aux États-Unis depuis 1999, au départ pour échapper à une offensive contre l’islam politique menée par l’armée turque, qui venait de chasser du pouvoir, en 1997, le premier chef de gouvernement islamiste, Necmettin Erbakan. L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et les excellentes relations qu’il développe avec Erdogan ne seront pas suffisantes pour obtenir la remise du prédicateur, pas plus que les efforts de lobbying déployés en ce sens par Rudy Giuliani, ancien maire de New York devenu l’avocat et proche conseiller de Trump, et qui lui valent aujourd’hui une enquête de la justice américaine.

« La Turquie n’est pas le pays avec les meilleures connexions dans le monde. L’économie turque et la livre turque sont en chute libre, de même que la légitimité politique d’Erdogan. Dès lors, sa campagne de lutte internationale contre les gülenistes a plutôt fait un flop, commente Joshua Hendrick. L’objectif de s’emparer de la totalité des écoles turques à travers le monde et d’en faire des instruments de l’État turc n’a pas été atteint. Environ un quart des écoles de la communauté ont été affectées hors de Turquie. »

Parmi les établissements qui ont changé de main, Bayram Balci distingue différents cas de figure : « Dans le Caucase et en Asie centrale, par exemple, certaines écoles ont été intégrées par les États hôtes dans leur système éducatif, en gardant certains profs turcs. D’autres écoles, au Kirghizistan par exemple, ont continué de travailler de manière autonome, mais avec une surveillance accrue de l’État. Et puis certains États faibles, en Afrique, ont accepté le deal d’Erdogan : ils ont confisqué ces écoles et les ont données à la Fondation [turque] Maarif. »

Ailleurs, les coups de menton du reis ne font guère d’effets. Les membres de la communauté jouissent dans une relative sécurité d’un statut de réfugiés aux États-Unis comme en Europe de l’Ouest. « Le fait qu’Erdogan soit dans une dérive autoritaire et continue de les réprimer hors des cadres de l’État de droit leur rend service parce qu’ils se présentent en Occident comme des victimes, comme des défenseurs persécutés de la démocratie alors qu’ils n’étaient pas démocratiques quand ils étaient au pouvoir avec Erdogan », fait remarquer le directeur de l’IFEA.

Si les finances de la communauté ont pris un coup sévère avec la confiscation des entreprises contributrices en Turquie, elle n’est pas encore sur la paille. « Ils possèdent encore de nombreuses écoles en Asie du Sud et du Sud-Est, en Afrique australe. Aux États-Unis, ils ont quelque 175 écoles conventionnées », affirme Joshua Hendrick. « Chacune d’elles représente un à trois millions de dollars de revenus annuels en financements publics par les États. Donc, rien qu’avec ses écoles aux États-Unis, le mouvement dispose ainsi d’environ 500 millions de dollars de revenus annuels », poursuit le sociologue.

Slogans hostiles au mouvement Gülen dans une manifestation pro gouvernementale, à Istanbul, le 20 juillet 2016 © Photo Berk Ozkan / Anadolu Agency via AFPSlogans hostiles au mouvement Gülen dans une manifestation pro gouvernementale, à Istanbul, le 20 juillet 2016 © Photo Berk Ozkan / Anadolu Agency via AFP

Le chercheur fait par ailleurs remarquer que toutes sortes d’activités lucratives sont liées à ces établissements : fourniture de repas, conseils sur le parcours scolaire, consultingsur les politiques scolaires… Outre les États-Unis, il désigne le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas comme des hauts lieux d’activité güleniste, l’Amérique latine et l’Afrique australe comme des zones actives, le Brésil et le Mexique comme des zones d’expansion.

Au moment de tirer des perspectives sur l’avenir du mouvement, les deux scientifiques s’accordent à penser que le gülenisme en Turquie a vécu, de même que les prétentions politiques qui ont conduit à sa déchéance. « Les aspirations politiques de la communauté güleniste ont vraiment été démolies sans espoir de reconstruction », tranche Hendrick. « Ils ont perdu la bataille, c’est certain. C’est fini », surenchérit Balci.

Mais ils conviennent également que la communauté poursuivra son existence à l’étranger, sur de nouvelles bases. « Ils ne sont en aucun cas près de disparaître. Ils ont des ressources considérables qui vont leur permettre de tenir pendant qu’ils redéfinissent leur message et leurs objectifs », analyse le sociologue. « Pour ce que j’en vois, ceux-ci consistent en un retour aux origines, c’est-à-dire cultiver un islamo-conservatisme social qui ne soit pas menaçant. »

Les chercheurs divergent en revanche dans leur analyse du gülenisme après Gülen. Le prédicateur a 80 ans, il est diabétique, et n’a pas désigné de successeur connu. « Après lui, le mouvement va disparaître », affirme avec assurance Bayram Balci. « Dans les autres mouvements de ce type à travers l’histoire turque, à la mort du maître, plusieurs disciples ont chacun créé sa mouvance. D’autres vont perpétuer ses idées, ses œuvres. Ils seront trois ou quatre. Mais ce ne sera plus comme avant. »

Joshua Hendrick est plus circonspect : « Je verrais bien l’organisation continuer à fonctionner, pas nécessairement avec un leader connu du grand public. Je vois plutôt le maintien de certaines institutions et de leurs porte-parole, mais qui n’opéreraient plus sous les auspices d’un seul individu. »

L’Afghanistan, nouveau caillou dans la chaussure de la Russie

Cette nouvelle donne afghane est plutôt un sujet d’inquiétude pour le Kremlin.

De l’avis de la majorité des experts à Moscou, cette nouvelle donne afghane est plutôt un sujet d’inquiétude pour le Kremlin.

 

Les représentants de talibans ont été reçus, le 9 juillet à Moscou, après des combats contre les forces afghanes aux frontières tadjike, ouzbéke et turkméne. DIMITAR DILKOFF/AFP Moscou

«Ils disaient qu’ils resteraient pour toujours en Afghanistan. Et puis, un jour, boum, ils s’en vont. Alors, de quelle prédictibilité parlons-nous?»Lors de sa récente interview à la chaîne américaine NBC, Vladimir Poutine laissait poindre le sentiment russe sur le retrait américain d’Afghanistan: une fois n’est pas coutume, la Russie s’en serait bien passée.

De l’avis de la majorité des experts à Moscou, cette nouvelle donne afghane est plutôt un caillou dans la chaussure russe. «C’est un sujet d’inquiétude, certes pas énorme, mais quand même surveillé de près»,confirme Fiodor Loukianov, géopolitologue bien informé des tendances au sein des élites russes.

«Après l’Ukraine et, l’an dernier, le Haut-Karabakh, la Biélorussie, le Kirghizstan…, les points chauds se multiplient dans le voisinage de la Russie, son “étranger proche”, à savoir l’espace post-soviétique, ajoute Igor Delanoë, spécialiste de géostratégie russe à l’Observatoire franco-russe. Ce nouveau défi est pris au sérieux.»

Accrochages

Poutine n’a de cesse de le marteler, la Russie ne veut que la stabilité (dans les régions où elle a des intérêts), une valeur cardinale mise à mal par le rapide retrait des troupes américaines, déjà effectif à 90 %. Un départ«précipité» qui a eu pour effet de «dégrader la situation sécuritaire du pays», déclarait vendredi Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe.«La mission américaine a échoué, et nous ne souhaitons pas l’arrivée d’un chaos qui menacerait nos partenaires dans la région»,ajoutait-il. Une référence aux accrochages ayant éclaté depuis mai entre forces gouvernementales et talibans aux frontières avec le Tadjikistan – où plus de 1000 soldats afghans se sont réfugiés -, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. À l’attaque tous azimuts, les talibans ont pris plusieurs postes-frontières.

À VOIR AUSSI – Afghanistan: «Ils doivent cesser cet acte d’occupation!», Erdogan lance un appel aux talibans

 
 

Afghanistan: «Ils doivent cesser cet acte d’occupation!», Erdogan lance un appel aux talibans – Regarder sur Figaro Live

Or la Russie est alliée militairement, dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) au Tadjikistan, où elle possède sa plus grande base militaire hors de ses frontières. Les deux autres pays frontaliers d’ex-URSS entretiennent également de bons rapports avec Moscou. «La Russie souhaite donc que le conflit reste confiné en Afghanistan, que ça ne déborde pas», indique Igor Delanoë.

«Les talibans (encore reçus en Russie le 9 juillet alors qu’ils y sont classés comme organisation terroriste, NDLR) ont promis à Moscou qu’ils ne sortiront pas de leur pays, poursuit Fiodor Loukianov. Mais à quel point leur fait-on confiance? Difficile à dire. À mon sens, la Russie ne souhaite pas intervenir directement, ni jouer un plus grand rôle. L’expérience soviétique lui a appris qu’il ne valait mieux pas trop s’aventurer en Afghanistan.»

La défense russe a néanmoins indiqué qu’elle viendrait immédiatement en aide au Tadjikistan – dont la frontière est également gardée par des soldats russes – en cas de débordement, alors que l’Ouzbékistan a aussi demandé une aide technique russe.

Là se situe la principale préoccupation du Kremlin, selon les observateurs. Comme l’écrivait le directeur du Centre Carnegie de Moscou, Dmitri Trénine, la Russie craint avant tout une porosité des frontières, qui pourrait faciliter le passage vers les pays d’Asie centrale – avec lesquels la Russie entretient un régime sans visa – d’éléments radicaux, terroristes islamistes et autres membres du groupe État islamique. Sans parler du flux de réfugiés que créerait une guerre civile ou un règne fondamentaliste taliban, ni du trafic de drogue. «Les frontières avec le Tadjikistan et l’Ouzbékistan sont les premières liges de défense de la Russie», ajoute Dmitri Trénine.

VOIR AUSSI – Moscou affirme que la mission américaine en Afghanistan «a échoué»

 
 
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Hors de question

«Moscou a néanmoins eu le temps d’anticiper, car le retrait américain était prévu depuis l’ère Trump, c’est pourquoi elle a ouvert tôt le dialogue avec les talibans, incités et aidés à lutter contre le terrorisme, rappelle Igor Delanoë. Tout ceci va en tout cas servir de test à la solidité de l’OTSC et de la protection russe. Moscou est attendu au tournant par les pays d’Asie centrale, après avoir beaucoup tardé à assister l’Arménie (autre membre de l’OTSC) face à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh.»

Fiodor Loukianov y voit une opportunité, «celle de redire à ces pays: “Vous voyez, les Américains ne sont pas des partenaires fiables. Le seul pays incontournable et sérieux, ça reste la Russie”». Au printemps, Moscou mettait en garde ses amis d’Asie centrale contre l’accueil de troupes américaines redéployées sur leurs terres, une volonté américaine. Hors de question, rappelait encore Vladimir Poutine à Joe Biden, lors de leur sommet mi-juin.

Début juillet, les ministres tadjik et ouzbek des Affaires étrangères rencontraient pourtant à Washington le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin. Mais, jeudi, Sergueï Lavrov affirmait avoir reçu l’assurance des«stan», Ouzbèkes, Tadjiks et Pakistanais en tête, qu’ils n’accepteraient aucune structure militaire américaine chez eux.

«Les Russes tiennent aussi à empêcher toute expansion de l’influence turque (membre de l’Otan)dans la région», complète Igor Delanoë, alors qu’ils coopèrent par contre avec l’Inde, la Chine et l’Iran sur le dossier afghan. Ainsi, le climat actuel de nouvelle guerre froide semble être arrivé en Asie centrale. Mais, à Moscou, un consensus domine, résumé par le chercheur Maxime Soutchkov:«L’Afghanistan est encore un souci de plus pour la Russie, dont elle n’avait pas besoin en ce moment.»

Kippa : pourquoi les juifs la portent-ils ?

Les juifs portent la kippa, c’est plutôt par tradition et pour marquer leur appartenance au peuple juif.

 
Kippa : pourquoi les juifs la portent-ils ?
                                   Kippa : pourquoi les juifs la portent-ils ? © © pixabay.com

En mai 2019, le populaire quotidien allemand Bild publie en première page une kippa à découper dans un contexte de hausse des agressions antisémites. Cette anecdote illustre bien le fait que la kippa n’est pas juste un symbole religieux, mais aussi un symbole identitaire. D’ailleurs, le port de la kippa n’est pas prescrit dans les textes religieux. Si les juifs portent la kippa, c’est plutôt par tradition et pour marquer leur appartenance au peuple juif. Néanmoins, tous les groupes issus du judaïsme ne sont pas sur la même longueur d’onde à ce sujet. Dans un sondage effectué en 2016 par le Pew Research Center, on apprend d’ailleurs que 64 % des hommes juifs en Israël ne portent pas la kippa en public.

Le port de la kippa : une vieille habitude

Dans l’Antiquité, la circoncision était la seule pratique qui permettait de distinguer les juifs. C’est au Moyen- ge que le port de la kippa se démocratise sous l’impulsion du rabbin Joseph Karo. La kippa symbolise alors la soumission à Dieu et la protection divine. On la porte au début pour prier et étudier les textes, mais le fait de se couvrir la tête se généralise peu à peu, avant de perdre de nouveau de la vigueur au XXe siècle. Aujourd’hui, de nombreux juifs ne mettent la kippa que lorsqu’ils se rendent à la synagogue. Comme souvent, son importance varie selon les groupes : certains, comme les ultra-orthodoxes, la portent plus souvent que d’autres. Le port de la kippa est réservé aux hommes. Les femmes se couvrent plutôt la tête avec une perruque ou un foulard, mais dans les faits, la majorité des juives gardent leur tête découverte.