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Cinq voies d’influence de la religion sur la politique

C’est souvent pour des raisons « politiques » que les religions émergent à la surface de l’actualité.

Plusieurs exemples significatifs l’illustrent cette semaine : au Mali, en France, aux États-Unis, en Chine, au Liban. Ce qui pose la question plus générale de l’influence de la religion en politique.Religions, laïcité, spiritualité, par Jean-Marie Guénois.

La puissance de la foi dans l’espace politique peut être évidemment une illusion. Tapie aux creux des sociétés, l’imprégnation religieuse peut cependant irriguer une culture à la façon d’une nappe phréatique. Ou se diffuser à l’air libre, à l’image d’un « soft power » ce pouvoir souple et constant, finalement contagieux. La religion peut être également instrumentalisée comme un faire-valoir électoral pour des politiques en manque d’influence. Quand ce n’est pas une religion en mal de reconnaissance qui utilise le politique comme faire-valoir…

Sur nos téléphones portables fonctionnent des applications en mode « par défaut », souvent à notre insu. La comparaison est indigente mais les religions agissent souvent « par défaut » dans les sociétés. Qu’elles soient mises de côté, ignorées, méprisées ou respectées, adulées, récupérées, elles appartiennent à ces rares réalités sociales et métaphysiques marquées par la constance, le temps long qui transcendent les humeurs du moment.

Incontournables, les religions demeurent sur le devant de la scène ou en coulisse, visibles ou invisibles. Mais à quelle place ? C’est toute la question « politique ».

L’actualité de ces jours inspire cinq modèles que vous sont livrés sans prétention de cerner une réalité évolutive et foisonnante. 

1)  Au Mali et au Liban : L’influence directe de la religion sur la politique

Le président libanais Michel Aoun – / AFP

Notre confrère Tanguy Berthemet est à Bamako au Mali. Il raconte comment l’imam salafiste le plus puissant du pays, Mahmoud Dicko,est devenu, depuis sa mosquée, le grand arbitre politique du pays. On comprend que cet homme fort intelligent, cultivé et avisé, n’est pas tombé de la dernière pluie et que son influence est aussi liée à la qualité de sa personne et à ses talents, mais il n’empêche, voilà un religieux qui tire toutes les ficelles d’un pays en crise. Et où la France est directement impliquée.

Au Liban, le facteur religieux, institutionnalisé avec une répartition des postes de pouvoir attribuées aux confessions religieuses est actuellement l’un des facteurs qui retarde la conclusion d’un accord. Notre confrère Georges Malbrunot l’explique très bien ici.

2) Débat sur le « séparatisme islamiste » en France : L’influence indirecte de la religion

La Mecque, point de mire de la prière des musulmans BANDAR AL-DANDANI / AFP

Nous nous sommes longuement étendus sur le sujet dans la lettre précédente, mais le débat continue sa course. Elle sera longue puisque le texte de loi sur le « séparatisme », s’il était voté, ne le serait pas avant la fin… 2021. Soit quelques mois avant les élections présidentielles du 8 avril 2022.

On en saura vraiment plus le vendredi 2 octobre quand le président de la République annoncera les grandes lignesde son projet de loi. Sur le plan technique, le ministère de l’intérieur, chargé de rédiger une première mouture du texte de loi, commence ses consultations ce samedi 26 septembre. Nous avons aussi publié une très intéressante interview de Gilles Kepel.

J’ai fait le tour des fédérations religieuses musulmanes pour prendre la température. Voici le résultat. Il est intéressant de noter que « les musulmans » à qui l’on prête ici un plan préétabli de conquête religieuse de la France sont une minorité à fomenter une telle illusion. Il y a peu de secrets dans l’islam de France. Sinon les réseaux secrets salafistes ou terroristes qui se gardent évidemment de fréquenter les mosquées officielles.

Tout cela pour dire que « l’influence » politique de l’islam en France est pour l’heure indirecte. Plutôt majoritairement à gauche, cet électorat ne compte pas ou peu dans les élections sinon dans certains quartiers. « Je connais beaucoup de musulmans qui votent aujourd’hui à l’extrême droite, me confiait dépité, cette semaine, un haut responsable musulman, parce qu’ils en ont marre de l’insécurité dans leurs quartiers devenus des plates-formes du trafic de drogue. »

La réalité est que personne aujourd’hui ne « contrôle » l’islam de France à commencer par lui-même. C’est plutôt l’effet de masse, concentré dans des quartiers spécifiques, qui donne ce pouvoir indirect à la communauté musulmane sur le champ politique français. Ce pouvoir indirect est renforcé par l’effet de la terreur qui a été semée par les attentats et qui perdure avec une menace potentielle.

3) USA, Vatican, Chine : L’influence prêtée à la religion

Le président américain en pleine campagne électorale TOM BRENNER / REUTERS

Les relations entre la présidence Trump et le pontificat du pape François sont tumultueuses : avant l’élection du tonitruant président américain, pendant son mandat et à l’occasion de cette campagne électorale. Le pape François ne s’est d’ailleurs jamais privé d’une occasion pour critiquer cette présidence, notamment sur la question des migrations. Donald Trump a souvent répondu, parfois vertement mais il fut reçu par le pape au Vatican en mai 2017.

L’épisode de cette semaine est une attaque du Secrétaire d’État américain Michael Pompeo. Le 18 septembre, il a publié une chronique dans la revue conservatrice américaine, « first things » pour critiquer la perspective de renouvellement d’un accord toujours tenu secret et passé il y a deux ans, entre le Vatican et Pékin, portant sur la nomination commune des évêques catholiques. Le secrétaire d’État américain estimant que loin de « protéger » les catholiques chinois cet accord a semé une « confusion » considérable et dommageable à l’Église catholique. C’est une « ingérence » a rétorqué le Vatican, plutôt irrité, par ses voix officieuses. Mike Pompéo doit venir à Rome le 29 septembre, il aura l’occasion de s’en expliquer directement. Il donnera d’ailleurs une conférence sur « la liberté religieuse ».

En attendant, c’est un cas typique d’instrumentalisation de la religion par le politique. Bien sûr les catholiques chinois sont une préoccupation de l’administration américaine mais cette déclaration a surtout une autre finalité. Elle est un caillou de plus, lancé dans le jardin chinois, dans la guerre d’influence à laquelle se livrent les deux puissances.

Elle est surtout un message politique adressé aux catholiques américains qui sont majoritairement de tradition démocrate mais qui s’interrogent sur la ligne du pape François et qui pourraient se laisser séduire, si ce n’est déjà fait, par un nouveau mandat du président Trump pour promouvoir la défense des valeurs traditionnelles dans le monde que même la papauté ne défendrait plus.

Des exemples similaires abondent dans les pays où les catholiques ont encore un poids électoral certain. Mais les politiques prêtent souvent une influence aux religions qu’elles n’ont pas.

4) Loi sur la bioéthique en France : L’illusion de l’influence du catholicisme sur la politique

Splendeur gothique de la cathédrale de Strasbourg monkographic – stock.adobe.com

Les lois de bioéthiques reviennent dans le débat et l’Église catholique se prépare à pousser un grand cri, début octobre, contre cette évolution législative. Pour la première fois la conférence des évêques a enfin daigné rencontrer officiellement les organisateurs de la manifestation du 10 octobre, un collectif « marchons enfants »notamment animé par « la manif pour tous ». Il était temps.

Les évêques devraient, cette fois, donner de la voix et montrer franchement l’opposition de l’Église catholique à la voie ouverte vers une forme d’eugénisme où l’on finira par choisir les caractéristiques de son enfant sur catalogue et sur fichier également qui porterait ce nouveau né. Mais il est trop tard pour peser. Ce qui ne veut pas dire pour les évêques qu’il faille cesser de se battre.

Mais jusque-là, les évêques, collectivement, – et pas individuellement -, n’avaient pas eu le courage d’une telle rencontre officielle avec ceux qui osaient descendre dans la rue pour dire non. Il ne fallait «diviser» les catholiques en se rapprochant de ceux qui, trop à droite, ou plutôt, pas assez à gauche, défiaient ouvertement le gouvernement avec leurs pancartes contre le mariage homosexuel par exemple puis contre les lois de bioéthiques ensuite. Une aubaine pour le gouvernement qui pouvait balader les évêques à son gré. Ainsi que l’a démontrée l’opération de séduction d’Emmanuel Macron au Bernardins, ouvrant d’un semblant de débat pour mieux foncer, sans dévier, vers les réformes prévues.

Le pouvoir ne recule que s’il se sent menacé. Les catholiques en France, divisés, infantilisés par le cléricalisme, et peu stimulés – jusque-là – par un épiscopat hanté par la peur d’intervenir dans le débat public, ne sont pas dangereux. Vu de l’Élysée, ils n’ont d’ailleurs aucun poids, sinon, à gauche, comme une variable électorale éventuellement utile entre les deux tours de la présidentielle. Or, des religions comme le protestantisme ou le judaïsme, encore plus minoritaires – et dans le même contexte de laïcité – savent, elles, se faire entendre. Cherchons l’erreur.

5) Un livre capital sur l’influence séculaire du christianisme.

Religieuses asiatiques cette semaine sur la place Saint-Pierre FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Je viens de lire le livre de Jean-Robert Pitte, ce grand géographe, sur la « planète catholique »publiée chez Tallandier. Je vous le recommande. On comprend comment l’Église a irrigué des sociétés des cultures, une civilisation. Le match catho-protestant, si vous permettez cette expression y est rendu passionnant à travers des faits qui pourraient paraître futiles, le vin par exemple ! J’ai reçu Jean-Robert Pitte dans l’émission que j’anime chaque mois sur KTO, l’Esprit des Lettres, ainsi qu’Étienne de Montéty, directeur du Figaro Littéraire qui présentait son livre sur le drame de l’assassinat du Père Hamel, « La grande épreuve » (Stock) et François Esperet, un ancien catho, père de famille, devenu diacre orthodoxe pour un livre d’une rare profondeur « Ne restons pas ce que nous sommes » (Robert Laffont). Bref, où l’on saisit que l’influence des religions sur les sociétés et la politique utilise des voies inattendues mais qu’elle est certaine. Et qu’elle ne dépend pas forcément du nombre des fidèles.

29 mai 1453, la prise de Constantinople 

Documentaire en streaming sur W0rld.tv.

Ne plus se comprendre tout en ayant irrémédiablement besoin l’un de l’autre.

Même si le sultanat ottoman était maître de la Turquie d’Europe et d’Orient depuis alors plus d’un siècle, la date a longtemps été considérée comme la césure entre les périodes médiévale et moderne. Cette rupture des temps est un aussi un partage des espaces : désormais l’Orient et l’Occident semblent ne plus se comprendre tout en ayant irrémédiablement besoin l’un de l’autre. Mais cette cassure dans l’histoire est-elle aussi évidente et définitive qu’on veut bien nous le dire ? 

Prise de Constantinople par les Turcs

Le 29 mai 1453 figure traditionnellement parmi les dates clé de l’Histoire occidentale. Ce jour-là, Constantinople tombe aux mains du sultan ottoman Mehmet II.

La ville, vestige de l’empire romain, était l’ultime dépositaire de l’Antiquité classique. Elle faisait aussi office de rempart de la chrétienté face à la poussée de l’islam.

La chute finale

La chute de Constantinople devient inéluctable lorsque des envahisseurs venus d’Asie, les Turcs ottomans, traversent le détroit du Bosphore. Ils s’emparent de la plus grande partie de la péninsule des Balkans et installent leur capitale à Andrinople, à un jet de pierre au nord de Constantinople.

Au milieu du XVe siècle, réduite à environ 40 000 habitants et dépourvue d’arrière-pays, Constantinople n’est plus qu’un petit État en relation avec les marchés d’Extrême-Orient pour le plus grand bénéfice des marchands de Venise et de Gênes qui s’yapprovisionnent en soieries chinoises. Elle ne dispose pour sa défense que de 7 000 soldats grecs et d’un détachement d’environ 700 Génois.

Cette illustration tirée d’un manuscrit français de 1455 montre le siège de Constantinople avec, à gauche, la Corne d’Or, et au fond, de gauche à droite, le détroit du Bosphore et la mer de Marmara.

Le siège de Constantinople commence en avril 1453 avec 150 000 hommes. Le basileus (empereur en grec) Constantin XI se fie aux puissantes fortifications héritées du passé pour résister aux Turcs en attendant d’hypothétiques secours. Devant ce triple cercle de murailles, le sultan Mehmet II fait appel à toutes les ressources de l’artillerie. Il dispose de pas moins de 25 à 50 grosses bombardes (canons primitifs) et de plusieurs centaines de plus petites qui vont projeter sans trêve des pierres et des boulets sur les murailles pendant plusieurs semaines d’affilée.

L’immense flotte du sultan complète le siège de la ville par le Bosphore et la mer de Marmara. Elle arrive à entrer aussi dans le chenal de la Corne d’Or.

Arrive l’aube fatale où des dizaines de milliers d’hommes ivres d’impatience entrent dans la ville. Dans la basilique Sainte-Sophie, l’empereur grec meurt, les armes à la main, au milieu de ses derniers soldats. Dès la mi-journée, le sultan peut faire son entrée dans la ville.

Les combats ont fait 4.000 morts. Selon la tradition del’époque, les vainqueurs s’offrent le droit de piller la ville, de violer et de tuer à qui mieux mieux pendant les trois jours qui suivent sa chute. Tous les habitants survivants (25 000) sont réduits en esclavage.

Le sultan Mehmet II, qui songe à faire de Constantinople sa propre capitale et veut lui conserver sa grandeur, veille à ce que les pillages ne s’éternisent pas. Il fait venir des immigrants de tout l’empire pour rendre à la cité sa splendeur antique. Il peut enfin déplacer sa capitale de la ville voisine d’Andrinople à Constantinople, bientôt rebaptisée Istamboul. Celle-ci atteindra son apogée sous le règne de Soliman II le Magnifique… Notons que jusqu’à la fin de l’empire ottoman, elle conservera une population majoritairement chrétienne.

Fin du Moyen Âge

Les historiens datent de cet événement la fin de la longue période historique appelée faute de mieux Moyen Âge. La Renaissance qui lui succède doit beaucoup aux savants et artistes byzantins qui, réfugiés en Italie, ont contribué à la redécouverte de la culture antique par les Occidentaux.

 

Disparition de Michael Lonsdale

De Marguerite Duras à James Bond, itinéraire d’un acteur unique

 
L’immense comédien est décédé ce 21 septembre, laissant derrière lui une œuvre considérable, au théâtre comme au cinéma. Réputé pour sa discrétion et son exigence, il a marqué de son empreinte singulière la vie culturelle du dernier demi-siècle. Hommage à un homme qui ne jurait que par la liberté.
Il était une voix et une présence. Une ironie à fleur de mots et un corps massif dont les apparitions, sur les planches de théâtre comme sur les écrans de cinéma, ne laissaient jamais indifférents les spectateurs. Michael Lonsdale décédé ce 21 septembre, naît en 1931 à Paris, d’une mère française et d’un père militaire de l’armée britannique. Il bourlinguera durant toute sa jeunesse, notamment au Maroc durant les années de guerre où il découvrira émerveillé le cinéma américain. De retour en France dans l’immédiat après-guerre, Lonsdale prend d’abord des cours de théâtre auprès de Tania Belachova et se passionne précocement pour les grands textes et pour les planches.

DE JACQUES RIVETTE À JAMES BOND

Des planches qu’il investit dès les années 50 et qu’il n’abandonnera jamais, ni en tant qu’acteur ni en tant que metteur en scène en honorant, entre autres, quelques « modernes » qui lui tenaient à cœur, en premier lieu Samuel Beckett et Marguerite Duras, qui, par ailleurs, dirigera le comédien dans plusieurs films (Détruire, dit-elle, India Song). A propos de Duras, Michael Lonsdale, dans Visites, un livre de souvenirs publiés en 2003, écrit : « Marguerite et moi étions comme des gamins. Je n’avais pas de rapport intellectuel avec elle, c’était d’un autre ordre. Elle m’agaçait parfois avec son féminisme exacerbé et je ne la suivais pas toujours quand elle parlait politique, ce qui ne nous a pas empêchés d’avoir une vraie relation, une sympathie extrême. »

Le goût de l’aventure artistique et l’attirance pour une certaine avant-garde ne rimaient fort heureusement jamais avec élitisme et snobisme chez Michael Lonsdale, ce comédien hors pair et volontiers énigmatique qui, durant toute sa carrière, a toujours affiché une saine indifférence vis-à-vis des faux-semblants de la société du spectacle. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer sa carrière au cinéma. Éclectique et désireux de multiplier les expériences, soucieux de garantir son indépendance d’acteur, de metteur en scène et aussi de peintre (une autre de ses passions créatrices), l’acteur s’est parfois adonné à des expériences plus consensuelles et plus…lucratives. Si Michael Lonsdale peut s’honorer d’avoir tourné avec les plus grands, souvent dans des seconds rôles de premier choix : Orson Welles (Le procès), Joseph Losey (Monsieur Klein), Jean Eustache (Une sale histoire), François Truffaut (Baisers volés, Une belle fille comme moi), il a aussi su séduire le grand public dans des films ultra-populaires comme Hibernatus, d’Edouard Molinaro, face à un Louis De Funès déchainé.

LA FIDÉLITÉ ET LA FOI

Engagé avec le même enthousiasme par un Jacques Rivette ou un Raoul Ruiz que par les producteurs de la saga James Bond (Moonraker), Michael Lonsdale, de film en film, promenait son mystère, son humour, son talent pour endosser les panoplies les plus diverses et son inimitable voix : grave et impressionnante. « La voix est pour moi le témoignage de ce qui se passe en vous, écrivait-il dans Visites. La voix est quelque chose que l’on ne contrôle pas. On peut se maquiller, se changer, se déguiser, la voix reste la voix, elle vient du fond des tripes, de l’estomac, des poumons. Elle exprime ce que vous êtes. »

L’acteur restera fidèle à lui-même dans ces dernières années d’activité sur les planches où il multipliera les lectures (Proust, Péguy) comme sur les écrans, où il jouera entre autres dans l’un de ses meilleurs films récents de Steven Spielberg (Munich) et, surtout, dans le remarquable Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, une fiction inspirée par l’assassinat des moines de Tibhirine, en Algérie, en 1996. Ce film qui lui valut de recevoir le seul César de sa carrière revêtait une importance toute particulière pour le comédien, dont la foi catholique n’était un secret pour personne, mais qui, malgré ses nombreux engagements (notamment dans le mouvement du Renouveau charismatique) avait le bon goût de ne pas faire de cette dernière une affaire de prosélytisme, mais une question « juste » personnelle. Michael Lonsdale ou une certaine idée de la pudeur et de la discrétion.

Laïcité : une ville peut-elle avoir pour emblème un symbole chrétien ?

L’affaire est remontée jusqu’au Conseil d’État.

La commune de Moëslains a été accusée de prosélytisme à cause de son blason. Par

Modifié le – Publié le | Le Point.fr

Le Conseil d'Etat a du se prononcer pendant l'ete sur une question de laicite ayant trait a un blason adopte par une commune de Haute-Marne (Photo d'illustration).

Le Conseil d’État a dû se prononcer pendant l’été sur une question de laïcité ayant trait à un blason adopté par une commune de Haute-Marne (Photo d’illustration). © Manuel Cohen / Manuel Cohen / Manuel Cohen via AFP

À 74 ans, le maire de Moëslains, un village de 425 habitants dans la Haute-Marne, au cœur de la communauté d’agglomé-ration de Saint-Dizier, ne pensait pas entamer un combat juridique de cinq ans qui le mènerait… jusqu’au Conseil d’État. « De 2015 à jusqu’à il y a quinze jours, j’ai dépensé une énergie folle », sourit Michel Hurson, élu au conseil municipal depuis 2001, devenu maire en 2014. En cause : un simple blason, vu par un de ses conseillers municipaux comme une atteinte à la laïcité.

Comment le pape entend «libérer Marie des mafias»

L’Église accuse les mafieux de détourner la dévotion à la Vierge

… pour asseoir leur emprise sur la population. Par Jean-Marie Guénois

Le pape François, lors d’une allocution publique diffusée en direct depuis sa bibliothèque privée au Vatican. -/AFP

Dans certains villages du sud de l’Italie, il n’est pas rare de voir une madone portée en procession par de solides gaillards s’arrêter devant une maison en marquant une légère inclinaison, appelée l’«inchini». Ce signe de déférence est un geste de soutien destiné au maître de maison qui n’est autre qu’un chef mafieux, libre ou en prison…

L’Église catholique tente de combattre les griffes mentales de cette influence des mafias, ancrée au plus profond des esprits sous couvert de piété religieuse. Elle va ouvrir le 18 septembre, dans une université romaine, l’Académie pontificale mariale internationale (Pami), un département d’études spécialisé, où interviendront des théologiens mais aussi des juges, des maires, des policiers et des experts de Cosa Nostra, l’une des dénominations de la mafia sicilienne.

 L’objectif, explique le responsable de cette unité de formation, le père Stefano Cecchin, est de promouvoir une sorte de «théologie de la libération» pour déconnecter sur le plan spirituel les populations soumises et ces réseaux secrets. D’où le nom explicite de ce programme: «Libérer Marie des mafias et du pouvoir criminel». Leur extension géographique n’est d’ailleurs pas seulement italienne car des phénomènes similaires sont observés au Mexique, où des princes du trafic de drogue se font tatouer des images de la Vierge de Guadalupe, ou au Brésil, avec Notre-Dame d’Aparecida, récupérée par les mafieux.

La dévotion mariale est un patrimoine religieux-culturel à sauvegarder dans sa pureté originelle.

Le pape vient d’adresser au père Cecchin, un franciscain, un courrier d’encouragement qu’une revue italienne dédiée à la Vierge Marie, Maria conte, a diffusé. Dans cette courte lettre – qui n’a pas été publiée par le Vatican mais qui est authentique – François affirme qu’«il faut libérer la Madone de l’influence des organisations criminelles» et de toutes les «superstructures, pouvoirs ou conditionnements qui ne répondent pas aux critères évangéliques de justice, liberté, honnêteté et solidarité». En effet, explique-t-il, «la dévotion mariale est un patrimoine religieux-culturel à sauvegarder dans sa pureté originelle». Dans la foi catholique, la «dévotion mariale» consiste à prier tout spécialement la Vierge Marie, mère de Jésus. François, en défenseur de cette spiritualité, demande qu’en soit exclue toute «religiosité malavisée». Il attend de ce nouvel institut, qui espère réussir une «opération culturelle de sensibilisation des consciences», des «réponses efficaces».

Dans la charte du projet, l’Académie pontificale mariale dénonce sur le fond une «vision déformée et historiquement irréelle de la mère du Christ». Cette vision façonne dans les esprits une «autre femme que la Vierge Marie» où sont accentuées «l’obéissance absolue aux ordres des supérieurs», une forme de résignation «sans liberté» face «au destin», «l’acceptation de la violence et de la force» comme éléments constitutifs de la société, une «dévotion totale aux liens de sang», une division du monde entre ceux qui ont le «monopole de l’honneur» et ceux qui sont destinés à être «esclaves».

Le pape François juge cette initiative de la plus «haute importance». Il avait publiquement «excommunié» les mafieux en 2014, en Calabre, terre de la Ndrangheta, autre branche de la mafia.

En Italie, la mafia tisse sa toile dans une économie fragilisée par le coronavirus. Par Valérie Segondmis.

L’épidémie de Covid-19 ne semble pas entamer les ressources considérables des organisations mafieuses, parfois reçues comme «des sauveurs providentiels».

Arrestation de Rosario Allegra, beau-frère de Matteo Messina Denaro, un parrain de la Cosa Nostra, à Palerme, en avril 2018. ALESSANDRO FUCARINI/AFPRome

Début avril, une camionnette est interceptée à la frontière entre la Slovénie et l’Italie. Quand les policiers font ouvrir le véhicule, ils découvrent 500.000 euros en petites coupures. Les conducteurs sont des Calabrais connus pour être liés à la Ndrangheta. Cette petite opération n’est probablement qu’une partie émergée de la stratégie de retour en force de la plus riche et la puissante mafia italienne qui, depuis plusieurs semaines, fait entrer du liquide sur le territoire.

Certes, son activité traditionnelle, la vente de drogue à grande échelle, subit le contrecoup de la crise du virus: les bateaux en provenance des pays producteurs n’arrivent plus dans les ports italiens. Et la vente à la sauvette s’étant interrompue avec le confinement, les revendeurs qui sont ses clients ont mis quelques semaines à se réinventer, en procédant à des livraisons à domicile plus risquées, ou en utilisant les réseaux de distribution du «dark web».

 Mais cette «pause» dans les affaires ne semble guère entamer des ressources considérables, alors que la Ndrangheta réaliserait 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année dans le commerce de cocaïne, dont l’essentiel est placé dans les paradis offshore. Pour les policiers italiens, c’est clair: les cosche de Reggio di Calabria de la Ndrangheta sont en train de rapatrier leurs capitaux offshore pour conquérir des territoires à la faveur de la crise.

Les mafias se présentent partout comme des agences de service qui attaquent là où il y a des difficultés économiques et sociales. Le procureur national antimafia Federico Cafiero De Raho.

Et ce, en intervenant à deux niveaux. D’abord, auprès des familles en détresse facilement repérables parmi les petits commerçants, les colporteurs, les serveurs saisonniers, les travailleurs sans emploi stable, ainsi que les nombreux travailleurs au noir qui n’ont pas accès aux aides sociales. Une cible idéale pour les recruteurs de la mafia. «À Palerme, dans le quartier Zen, comme à Bari, ils frappent à la porte des familles notoirement en difficulté et viennent leur offrir des sacs de vivres, raconte le journaliste spécialiste des mafias Roberto Saviano. À Naples, la Camorra arrive avec des valises de billets et propose des prêts sans contrat et intérêts. Sur l’honneur.»

Des prêts à taux zéro qui auront d’importantes contreparties. «Je vois de plus en plus de gens qui s’endettent auprès de la Camorra pour pouvoir manger, et qui ne parviendront jamais à sortir de leur emprise», témoigne le 4 mai un prêtre de la région de Naples à Il Fatto Quotidiano. «J’ai voulu en aider certains, rembourser leurs dettes à condition de rencontrer leur usurier pour lui faire cesser son chantage, mais il n’est jamais venu. La Camorra est partout, dit-il, et contrôle des quartiers entiers.»

 Mais la mafia ne se limite plus au sud de l’Italie, affirme Roberto Saviano: «Dans les périphéries de Milan et de Turin, elle offre ses services dans toutes les zones les plus durement frappées, se présente en bienfaitrice, et recrute ainsi de nouveaux affiliés qui ne savent pas comment faire face.» «Les mafias se présentent partout comme des agences de service qui attaquent là où il y a des difficultés économiques et sociales, dit le procureur national antimafia Federico Cafiero De Raho. Elles prolifèrent là où l’État n’est pas et sont reçues comme des sauveurs providentiels.»

Elles interviennent aussi auprès des entreprises en difficulté, selon un mode bien documenté. Enza Rando, vice-présidente de Libera, une association implantée à travers l’Europe depuis 25 ans, et qui recueille les témoignages contre la corruption et la mafia, raconte: «Un transporteur routier de marchandises a été approché très récemment par quelqu’un qui se présentait comme un conseiller commercial, et qui lui a proposé de lui apporter du capital. Il ne comprenait pas comment il avait pu être mis au courant de sa situation. Il y a au sein des banques des employés qui alertent les mafias sur les entreprises au bord d’une crise de trésorerie.» Et qui les aident ainsi à opérer en tant que système bancaire parallèle, pour finir par prendre le contrôle d’entreprises sans coup de force, mais avec tout un art de l’intimidation.

Alors que les prêts promis il y a près d’un mois par le gouvernement arrivent au compte-gouttes, des dizaines d’hôtels frappés par l’arrêt du tourisme ont reçu une offre formulée en ces termes: «Si vous vendez aujourd’hui, nous vous donnerons x millions, si vous vendez dans un mois, nous vous donnerons les deux tiers, dans trois mois, nous vous donnerons la moitié.» «L’argent du trafic de drogue est devenu l’oxygène de l’économie légale», résume le magistrat de l’anti-Ndrangheta, Nicola Gratteri.

Celui qui accepte le coup de main, ne pourra plus jamais dire non.

C’est dans la phase de réouverture de l’économie, qui nécessite de la trésorerie, que les magistrats comme la banque d’Italie craignent le pire. «Les restaurants, hôtels, artisans qui, faute de liquidités auront du mal à rouvrir trouveront l’aide de la mafia, dit Francesco Lo Voi, le procureur antimafia de Palerme. Mais celui qui accepte le coup de main, ne pourra plus jamais dire non.» Aussi partout les préfets italiens surveillent-ils les prêts comme les changements de propriété, en particulier l’identité et les ressources des acheteurs d’immobilier, comme des hôtels et des commerces.

 Dans ce contexte, la sortie de prison de 376 chefs mafieux pour raisons médicales en pleine crise du virus, des détenus malades ou en fin de peine placés en résidence surveillée, a suscité un vif émoi dans la magistrature, en Sicile, en Campanie, et même en Lombardie. D’autant que, parmi eux, trois étaient incarcérés sous le régime d’isolement très strict, le 41 bis, donc sans risque sanitaire pour les tiers.

Assomption: qu’est-ce que l’on fête le 15 août?

La montée au ciel de Marie, la mère du Christ lors de l’Assomption.

De nombreux catholiques célèbrent cette fête religieuse, et notamment à Lourdes où des milliers de pèlerins sont attendus. Même si lorsqu’on évoque cette date, la notion de «pont du 15 août» a parfois fini par supplanter le sens de la fête religieuse.

Pour certains le 15 août rime avec vacances, pour d’autres, cette date reste sacrée. Chaque année, plus d’un milliard de chrétiens célèbrent la montée au ciel de Marie, la mère du Christ lors de l’Assomption. À cette occasion, Lourdes accueille des milliers de pèlerins. La cité pyrénéenne sera prise d’assaut par les fidèles qui s’adonneront à de multiples prières en cette période de recueillement.

25.000 personne sont attendues dans le sanctuaire de Lourdes ce 15 août. Sebastien Desarmaux / Godong

Dans les paroisses catholiques de France, «le 15 août» est une fête religieuse aussi importante que Noël, Pâques, la Pentecôte ou la Toussaint. C’est la fête de l’Assomption.Les églises se remplissent des fidèles et de pratiquants occasionnels. Dans les grands sanctuaires consacrés à la Vierge comme Lourdes, La Salette, Pontmain, Rocamadour, la chapelle de la médaille miraculeuse rue du Bac à Paris, mais aussi comme dans des centaines de petites chapelles de campagne, les bannières brodées d’antan ressortent – c’est un phénomène nouveau – pour des pèlerinages publics en l’honneur de la Vierge Marie dont l’Église catholique célèbre une mort bien particulière.

Les Écritures saintes du christianisme disent peu sur la façon dont la Mère du Christ a quitté sa vie terrestre mais une tradition s’est installée dès les premiers siècles de l’Église à Jérusalem – toujours à cette date du 15 août – pour célébrer la «dormition» de la Vierge. Ce terme de «dormition» de la Vierge signifiant son mystérieux endormissement dans la mort et sa montée, selon la foi chrétienne, corps et âme, au ciel.

Ce sont les Églises chrétiennes orthodoxes qui ont tout d’abord conservé intacte cette tradition qui inspire de nombreuses icônes et où elle demeure une très grande fête. Elle s’est ensuite transmise à l’Église latine au cours du premier millénaire jusqu’à être définie comme un dogme catholique par le pape Pie XII en 1950: «La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort».

En France, la fête de l’Assomption détient aussi une dimension historique précise puisque le roi Louis XIII pour remercier de la naissance annoncée du futur Louis XIV, consacra officiellement le pays à la Vierge Marie en 1638, instituant alors les processions du 15 août, jour de fête nationale.

Beaucoup moins connu est le serment de vie religieuse qu’une poignée d’amis, étudiants à Paris et fascinés par la personnalité d’Ignace de Loyola, prononcèrent, à ses côtés, à Montmartre le 15 août 1534. Ce fut l’acte de fondation des Jésuites.

Partout en France, des lieux sacrés attirent les croyants. De Lourdes à Chartres, le «désir de transcendance» renaît.

25.000 personne sont attendues dans le sanctuaire de Lourdes ce 15 août. Sebastien Desarmaux / Godong

Ce cœur de l’été est aussi le cœur de la foi catholique. La fête de l’Assomption, ce 15 août, célèbre dans l’Église catholique la Vierge Marie «élevée corps et âme à la gloire du Ciel et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers», selon les termes du dogme défini par le pape Pie XII en 1950. Honorer la fin de vie terrestre de la Vierge Marie remonte aux premiers siècles du christianisme. Les orthodoxes appellent cette fête, la «dormition de la très sainte Mère de Dieu». Ils la célèbrent aussi le 15 août. Seuls les protestants récusent cette tradition.

Ce mercredi, un milliard cinq cents millions de chrétiens dans le monde feront tout de même mémoire de ce mystère de foi chrétienne avec des offices très suivis. La France n’est pas en reste. 25.000 personnes sont attendues dans le sanctuaire de Lourdesqui marque les 160 ans des apparitions de la Vierge. Une France également couverte par… 1300 petits sanctuaires consacrés à la Vierge! Et 700 dédiés à d’autres saints. Souvent millénaires, ces lieux sacrés continuent d’attirer de façon étonnante.

Certains renaissent comme à Souvigny, dans l’Allier, après un long sommeil, alors qu’il attirait des foules au Moyen Âge. Beaucoup perdurent contre vents et marées, comme s’ils étaient inscrits dans les mémoires des familles de génération en génération. Ils sont tellement divers qu’il est impossible de les présenter en quelques lignes. Un livre n’y suffirait pas.

Ainsi du pèlerinage des «Trois Marie» à Mignières, près de Chartres où «les enfants nerveux» se présentent. De Notre-Dame de la Daurade à Toulouse, où la «ceinture de la vierge noire» serait bénéfique pour les femmes enceintes ou qui désirent un enfant. Que dire de «la fête des cartables» en vue de la rentrée… à Notre-Dame du Laus, dans les Hautes-Alpes, en plein renouveau. Ou encore des impressionnants «bikers» recueillis à l’abbaye de Saint-Claude dans le Jura ou en Bretagne avec le «pardon des motards» à Porcaro. Dans un autre genre, à Saint-Ybard, dans le diocèse de Tulle, la bénédiction du bétail attire le 16 août, jour de la Saint Roch. Sans parler des étranges «fontaines guérisseuses» dans le pays d’Auge en Normandie. Ou, près de Laval, à Saulges, du pittoresque «petit saint qui pisse»!

 

«Les pèlerinages se portent plutôt bien, assure le père Jacky-Marie Lhermitte, président de l’Association nationale des directeurs de pèlerinages. Car la piété populaire existe toujours. Le désir de transcendance est inscrit au cœur de l’homme. Par le pèlerinage, la personne veut aller au-delà d’elle-même ou faire une pause dans sa vie. On a trop intellectualisé la foi. Nous avons une sensibilité, sans tomber dans la superstition, il y a vraiment quelque chose de noble et de bien dans la piété populaire.»

L’académicien Jean-Christophe Rufin, lui-même pèlerin de Compostelle, signe cet automne la préface d’un beau livre Esprit des pèlerinages(Gründ). Il confie au Figaro: «Les motivations ne sont pas forcément religieuses mais spirituelles au sens large. Le pèlerinage offre un cadre qui sort du fond de l’histoire. Il apporte une tradition. À la différence d’un chemin de grande randonnée, il oriente la marche. Le pèlerinage, c’est d’abord une direction, un sens que l’on donne à sa démarche.»