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Programme sur la Laïcité et le « Fait Religieux »

Qui sont-ils : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, les Evangiles, le Coran ?

Mais qui sont-ils… Moïse, Jacob, David, Salomon, Jésus, Marie, Paul, Mohamed, Ali, Confucius, Bouddha, Baha-U’llah ?

Et que savons-nous des religions du monde ? D’où viennent-elles ? A quelle époque ont-elles été fondées ? Par qui ? Quels en sont les rites, les manifestations ?

Nous illustrerons le Judaïsme, le Christianisme, l’Islam, l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme, le Taoïsme, le Chamanisme, le Vaudou, sans oublier la place et l’enjeu de la LAICITE dans notre société.

Le Concept du Fait Religieux est un sujet dont on parle peu. Il s’agit d’appréhender son Histoire pour mieux saisir le but.

Des les premières décisions de l’Etat et de l’adoption de la Laïcité, nous avons noté une perte inquiétante de références culturelles et les conséquences sur la compréhension de l’Histoire, la Littérature, des Arts, sur la marche du monde moderne. Lionel Jospin, en 1989 demande une étude.

Le philosophe Régis Debray dénonce « l’analphabétisme religieux ». Les religions doivent être étudiées avec des méthodes du raisonnement scientifique, relevant davantage de la Sociologie et de l’Anthropologie que de la Foi. Voir le document complet :

 LE FAIT RELIGIEUX présention générale

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Ce travail doit être mis en valeur avec ton CV… 

Serais-tu d’accord pour installer ce chef d’oeuvre écrit sur « L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE »?

Bien cher Jean, 

Pour cette nouvelle année, je te présente mes meilleurs voeux avec l’espoir que 2021 apporte plus de paix et de solidarité dans notre société malmenée par l’épidémie. 

C’est avec beaucoup de retard que je réponds à ton mail traitant le sujet de L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE. Je l’ai trouvé excellent. Je n’en aurais pas fait autant. Serais-tu d’accord pour insérer ce texte concis et précis sur mon site: https://education-citoyenneteetderives.fr car en tant qu’éducateurs, il est important de faire connaître nos travaux, la formation étant l’essentiel de notre mission. Il faut penser à nos universitaires. Cette synthèse sera mise en valeur accompagnée d’un petit CV sur ton parcours à la PJJ. 

En espérant avoir ton accord,

Bien fraternellement

BENABADJI Foudil Aumônier Référent des Hôpitaux de la Savoie, www.education-citoyenneteetderives.fr, Pensez à l’environnement avant d’imprimer ce message – Think Environment before printing

Voici la réponse de Jean Guery, un ami connu depuis 1959. Nous étions regroupés au Centre d’Observation Public de l’Education Surveillée (COPES) à Collonges au Mt d’Or dans le cadre de la formation du métier d’éducateur. « L’Education Surveillée » devenue « Protection Judiciaire de la Jeunesse » (PJJ). 

Mon CV ES-PJJ: éducateur sur contrat au COPES de Collonges au Mont d’Or, major de promotion (entrée et sortie) au concours externe d’éducateurs au CEFRES de Vaucresson, délégué permanent à la L.S au T.E de Rouen, directeur (création) du FAE de Villiers sur Marne, directeur du COPES de Juvisy sur orge puis du Plateau de Champagne de l’Essonne (avec l’IPES de Savigny sur Orge), ENA (formation continue des sous-directeurs d’Administration Centrale); Directeur Régional à Rennes de Bretagne-Pays de Loire, Directeur Régional à Montpellier (création) du Languedoc-Roussillon. Officier de la Légion d’Honneur et du Mérite National.         Jean GUERY

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L’ I S L A M

             L’ISLAM en FRANCE et l’ISLAM de FRANCE

            « L’histoire sans cesse interrogée est condamnée à la nouveauté » disait en 1985 Fernand BRAUDEL.

           Il ne faut être certain de rien, voire douter de tout. Ainsi, mon manuel d’histoire, Mallet-Isaac, m’avait appris dans les années 50 que Clovis avait été baptisé à Reims par St Rémy en 496. Or, les derniers historiens Champenois affirment maintenant que ce fut en 507! Nombre d’auteurs antérieurs écrivaient: 499, 508; les plus incertains se donnant une marge: entre 406 et 511.Ceci pour illustrer que ce que nous savons aujourd’hui de l’Islam me paraît tout aussi incertain.

           L’Islam, je l’ai cotoyé sans le connaître. D’abord, étudiant, donnant des cours d’alphabétisation à de jeunes algériens venus travailler en France.

Ensuite, pendant vingt-huit mois dans une unité de Tirailleurs maghrébins entre frontières, Tunisienne, Algérienne et Libyenne. Enfin, en tant que professionnel du Ministère de la Justice à propos de la délinquance des mineurs nord-africains. Que savais-je? A vrai dire, pas grand chose, si ce n’est, plus ou moins généralisé, le port du voile de leurs femmes, les ablutions rituelles, la prière – prosternation à l’est (la Salât), leurs interdits alimentaires aux premiers rangs desquels, le porc et l’alcool, le jeûne du Ramadan (Sawm), enfin le pélerinage à la Mecque pour les plus croyants et les plus fortunés d’entre eux, les « hajj ». Manquaient la « Chahada », soit la profession de foi et la « Zakât », l’aumône légale.

Soit les cinq piliers de l’Islam.

          Mais l’Islam est complexe! Ainsi, au delà des terroristes qui s’en réclament et dont chacun se souvient des actes sanglants, voyez, la Tunisie, seul pays arabe, qui s’est donné un ministre Juif, René Trabelsi, originaire de l’île de Djerba, où la communauté israélite groupée autour de la synagogue de la Ghriba, objet d’un attentat d’Al-Qaïda en 2002, a compté jusqu’à 100000 personnes (1500 aujourd’hui!). Voyez aussi la franco-marocaine, Zineb el Rhazoui, chroniqueuse à Charlie-Hebdo, menacée de mort pour avoir défendu la laïcité, après avoir notamment déclaré sur « C-News », le 19 – XII- 18, que « l’Islam doit se soumettre aux lois de la République, à la critique, à l’humour, au droit français ».

     Avec le temps, je me suis intéressé à l’histoire de l’Islam, de Mohamed, son Prophète, de ses successeurs, du syncrétisme de sa religion, de ses conquêtes militaires et commerciales, de sa riche culture médiévale (Biruni, en l’an mille, au savoir encyclopédique; Avicenne le touche à tout à la même époque, philosophe, mathématicien et médecin; Averroès, le magistrat, médecin, aristotélicien du 12° siècle; Ibn Arabi, le mystique andalou du treizième siècle; Rûmî, le poète Soufi d’Anatolie à la même époque; Ibn Khaldoun, l’historien tunisien du quatorzième siècle). Ce qui m’amena à produire quelques travaux. L’un, traitant des Sémites, dont les Arabes sont ceux des tribus de la péninsule, limitée parl’arc des montagnes d’Arménie et de Perse et par les fleuves du Tigre et de l’Euphrate. Un autre texte, sur la bataille de Poitiers en 732, date et lieu aussi improbables que celles du baptême à Reims de Clovis en 496.

       L’Arabie du VII° siècle est un lieu de circulation de peuples, d’idées et de croyances. Certaines tribus sont juives, d’autres chrétiennes ou païennes. C’est là que va mûrir ce qui va devenir l’Islam.

        Trois grandes questions se posent.

  1. Qu’est-ce que l’Islam?

 Muhammad (570-1 / 632). Ou Mohamed, OU Mahomet.

2. Les sources biographiques sur Mahomet sont quasiment toutes musulmanes: le Coran (racine arabe « Qur’àn » i.e: récitation, lecture), la Sira (vie du Prophète) et les Maghazi (campagnes militaires). Hormis le Coran, ces textes ont été, dans le meilleur des cas, rassemblés et rédigés au VIII° et IX° siècle.

        Selon la tradition musulmane, cette région, où aucun monothéisme ne s’est encore imposé, du moins à la Mecque, voit le jeune Muhammad, « le loué », venu là en caravane rencontrer le moine Bahira, car la Christianisation remonte au 3 ème siècle. Celui-ci lui prédira son destin.

            Tôt orphelin, Mohamed est recueilli par son grand-père, puis par son oncle, père de son cousin et futur gendre, Ali. Commerçant caravanier, notamment en Syrie, où il rencontre chrétiens et juifs,Mohamed épouse sa patronne, la riche veuve Khadija, de quinze ans son aînée. Influencé également par les devins arabes, inspirés, dit-on, par les djinns,avec des périodes de retraite et de réflexion dans une caverne de la montagne de Hira, proche de la Mecque, il se croit, vers 610, possédé d’un esprit malin. Ce dont il s’ouvrira à Khadija et à un cousin de celle-ci, lui christianisé, qui voit là une expérience semblable à celle de Moïse. A la suite de quoi, l’agent de la révélation sera identifié à l’ange Gabriel. Après ce premier appel, Mohamed passera encore 10 à 15 ans à la Mecque. D’autres révélations, épisodiques, se poursuivront. Vers 614, il se fit entendre publiquement, réunissant quelques adeptes, mais suscitera plutôt les railleries et la réprobation des Mecquois. Mohamed, combattant le polythéisme, prêche le retour à Dieu, Allah, la générosité et l’aide aux faibles. Il annonce le jugement dernier, précédé d’une résurrection des corps, avec comme corollaires les tourments de l’enfer et les délices du paradis. Vers 619, il perd sa femme et son oncle. Mahomet se met en quête de soutien, établissant des contacts avec les habitants de Médine, où vivaient des Juifs arabisés, et où il émigre en fait vers 622. (Année considérée comme l’an 1er de l’ère musulmane). S’en suivent une succession de batailles remportées par les Musulmans de Médine contre les Mecquois. Notamment: en 624 à Badr, puis au Fossé. Ce sera enfin la conquête de la Mecque en 630.En mars 632, Mohamed accomplit le pèlerinage complet selon les antiques rites païens, qu’il avait islamisés. Il sévit contre ses opposants et meurt en juin de la même année. C’est le septièmesiècle.

           Au delà d’avoir été le transmetteur de la révélation, Mohamed fut chef politique, juridique et militaire. Il s’était assigné pour but d’organiser le nouvel état musulman. C’est d’abord la Constitution de Médine, qui définit les grandes lignes d’une communauté, la Oumma, de caractère confessionnel. Mahomet ne donnait pas à penser qu’il voulait créer une nouvelle religion, mais opérer un retour au monothéisme originel. Ainsi, vers 623-624, le sanctuaire païen de la Mecque, fondé dans sa vision des choses par Abraham et son fils, Ismaël, devient le point focal de sa religion. C’est en sa direction, la Qibla, que doit se faire la prière canonique. Les versets coraniques de cette époque énoncent les dispositions les plus importantes concernant le culte: prières, pèlerinage, jeûne; comme des prescriptions familiales et sociales: mariage, transactions commerciales; définitions des délits graves et les peines encourues. En même temps, Muhammad légifère lui même.

          Ses paroles, ses actes et son assentiment tacite sont la seconde source, la Sunna, de la loi musulmane après le Coran. Bien que le Coran fasse de luiun mortel comme les autres,Mahomet a été l’objet d’un véritable culte avec ses reliques, ses miracles, son ascension céleste. Sans oublier le voyage nocturne, qu’il aurait accompli à Jérusalem durant sa période mecquoise; ce sera un des thèmes de méditation des Soufis.

  1. Les SUCCESSEURS du PROPHETE.

        Héritières du pouvoir temporel et spirituel du Prophète, des dynasties ont régné sur les grandes aires de l’Islam, de l’Arabie à l’Espagne, de la Turquie à l’Inde. Leurs rivalités ont engendré querelles et guerres pour le contrôle de leurs sphères d’influence. « La tradition musulmane, écrit Héla Ouardi, a tendance à présenter le règne des quatre premiers califes, comme un temps idyllique. Or, il y eut une déchirure précoce avant la grande discorde, 85 ans plus tard, entre Sunnites et Chiites, qui vit les plus proches du Prophète rivaliser de trahisons, de pactes secrets, de corruption et de menaces de mort pour s’emparer d’un pouvoir totalement inédit. Tous sont liés à Mouhammad, à des degrés divers, par la religion, mais aussi par des alliances matrimoniales et le sang versé sur les champs de batailles».C’est le passage d’un mouvement religieux centré sur une figure charismatique à une civilisation impériale.

       Dès la mort de Mouhammad en 632, se pose en effet la question du pouvoir, avec le souci de trouver un remplaçant (Khalifal) à « l’envoyé de Dieu ». Les Médinois soutiennent qu’ Ali, son cousin, époux de sa fille, Fatima, et père de ses petits fils, Hassan et Hussein, peut hériter de la fonction et la transmettre. Mais on choisit l’ami de Mahomet, Abou Bakr, auquel succède Omar qui donne un élan décisif aux conquêtes; puis Othman. Ali pressenti depuis longtemps, lui succédera enfin et meurt en 661. Il laisse le califat à son rival, cousin d’ Othman, Moawiya, gouverneur de Syrie, qui s’installe à Damas, créant ainsi la dynastie des Omeyades, régnant de l’Espagne à l’Indus.

        Mais des descendants du Prophète sont hostiles aux Omeyades. Ils lèvent une armée qui, à partir de l’Iran, marche sur l’Irak, la Syrie et l’Égypte,renverse les Omeyades et installe un nouveau califat de 750 à 945, celui des Abassides, avec pour capitale, Bagdad. Seul, un jeune Omeyade, Abdel-Rahman, échappe au massacre des siens. Il se réfugie au Maghreb, en Ifriqiya (Tunisie), restant toutefois aux Abassides, mais confiée aux Aglabides, émirs héréditaires de Kairouan. Abdel conquiert l’Espagne musulmane en 756 et crée la dynastie des Omeyades de Cordoue, qui durera jusqu’en 1031. A partir de 945, le calife de Bagdad est mis sous la tutelle des Bouyides, mercenaires chiites iraniens. En 1055, les Turcs, Seljoukides, sunnites, chassent les Bouyides et remplissent à leur tour le rôle de protecteurs avec le titre de sultan. Ils battront les Byzantins, mais s’affaiblissent au XII° siècle, laissant la place aux Mongols, qui prennent Bagdad en 1258 et imposent une autorité non musulmane sur des terres d’Islam.

         Concurrents des Abbassides dès le X° siècle, dans le lointain Maghreb apparaissent les Fatimides, chiites ismaéliens venus de Syrie.Ils tirent leur nom de Fatima, la fille du Prophète, dont ils affirment descendre par Ismaël. C’est le septième imam selon eux. En 909, ils prennent la place des Aglabides de Kairouan, se donnent le titre de Calife et soumettent presque tout le Maghreb, s’opposant aux Omeyades de Cordoue, dont l’émir, Abdelrahman, qui se proclame en 929, lui aussi, calife, défenseur du sunnisme. En 970, les Fatimides prennent l’Egypte, ils contrôlent la Syrie-Palestine et même le Yémen, avant d’être remplacés en 1252 par les mercenaires Mamelouks, eux mêmes dominés par les Ottomans à partir de 1517.

        Les Ottomans sont des Turcs, dont le premier des ses chefs, Osman, donnera le nom à la dynastie. En 1366, les Ottomans fixent leur capitale àAndrinopleet conquièrent progressivement les Balkans jusqu’à la conquête de Constantinople en 1453. De ce moment, ils deviennent au XVI° siècle la principale puissance de la Méditerranée, de l’Europe et de l’Asie occidentale, avec des conquêtes en Egypte, au Maghreb, dans le Caucase et en Europe centrale. Après l’apogée de Soliman le Magnifique au XVI° siècle, les Ottomans restent vigoureux face à l’empire austro-hongrois et face à l’empire iranien chiite des Safavides, instituant le Chiisme comme religion d’État. Puis, c’est la stagnation au XVIII° siècle. Enfin, le dépeçage par les Européens au XIX° siècle, avant la destruction définitive de l’empire après la guerre de 14 -18.

 LE LIVRE SACRE des MUSULMANS.

        C’est le Coran, qui rassemble selon la tradition les paroles divines descendues sur le Prophète, Mahomet, au cours d’une période estimée par l’historiographie musulmane à 22 ans, soit de 610 à 632.

        A la première révélation au mont Hira, Mahomet a 40 ans. Il entendra par intervalles des messages, qui se présentent en petits groupes, soit 114 chapitres (sourates) divisés en versets (ayat). La première sourate est la « fatiha » qui comporte la profession de foi du musulman.

        Le corpus coranique ne suit pas la chronologie des révélations. Il ne s’agit pas d’un récit de vie qui relaterait, en totalité ou en partie, la vie de Mahomet. Les enseignements divins n’y sont pas, non plus, ordonnés suivant une chronologie ou une thématique.Pour autant, ils ne sont pas détachés du

contexte, puisque le livre multiplie à souhait les interpellations, les réfutations, les injonctions. Allusion est faite, de surcroît, à des évènements que nous aurions du mal à situer sans un éclairage extérieur. Or, celui-ci est fourni par un ensemble d’ouvrages et de traditions orales, qui sont venus très tôt aider fortopportunément le musulman dans sa lecture. Ainsi, de la « Sira » (vie du Prophète) et des « Hadiths » (faits et paroles du Prophète), qui ont procuré un guide de lecture permettant de relier un verset, ou un passage, à un moment particulier.

         Dans la conception musulmane, la « révélation » coranique succède aux autres révélations, c’est à dire à la Torah et aux Évangiles, qu’elle vient confirmer. Le Coran honore particulièrement Abraham, dont il fait le fondateur de la « Kaaba » et de rites pratiqués à la Mecque. Il accorde aussi une place à part à « Jésus, fils de Marie », prophète qui n’est pas mort sur la croix. Le Coran repousse à plusieurs reprises le soupçon de plagiat, et accuse les Juifs et les Chrétiens d’avoir falsifié leurs écritures. Le Coran serait la réplique d’un archétype qui demeure au ciel, gravé sur la « Table gardée » et considéré comme « la mère du Livre ». Ceserait aussi le dernier message envoyé par Dieu, auquel rien ne succédera avantla fin des temps.Il enseigne que tout vient de Dieu et y retourne. A Mahomet, il a enseigné la « religion parfaite » de la « soumission » à Dieu (sens du mot, Islam). Rassemblé en un volume à l’initiative du 3ème calife, Othman, le Coran est stabilisé à la fin du 7ème siècle, mais il fallut près de trois siècles ensuite pour parvenir à un texte définitif. C’est la version égyptienne de 1923, basée sur l’une des sept lectures canoniques, qui s’est imposée aujourd’hui dans le monde musulman sunnite.

L’ISLAM en FRANCE.

  1. Il s’agit essentiellement de la confession Sunnite, notamment de l ‘école Malikite, dominante au Maghreb, où les juristes ne craignent pas d’innover, comme ils l’ont montré en Tunisie en interdisant, par exemple, la polygamie. Il y a aussi, compte-tenu de l’émigration turque, l’école Hanafite, qui laisse une grande liberté d’interprétation personnelle aux juristes pour définir les règles de vie conformes à l’Islam. C’est la doctrine la plus libérale et la plus souple du Sunnisme.

        A noter, les écoles Chafiite influente en Égypte et à Mayotte, Hanbalite, rigoriste comme en Arabie Saoudite, sous la forme du Wahhabisme.

        Il n’ y a en France que très peu de personnes relevant de la confession Chiite, comme en Iran.

         Les Français ont peu retenu des fêtes religieuses musulmanes: le nouvel an commémorant l’hégire (Moharram), l’exil de Mahomet de la Mecque à Médine, la naissance du Prophète (Rabi al awal), la nuit du Destin (révélation) et la nuit de l’Ascension (voyage nocturne de Mahomet de la Mecque à Jérusalem, puis jusqu’à Dieu). Ils connaissent par contre pour la plupart: l’Aïd el Kebir, soit la fête du sacrifice du fils d’Abraham, Ismaël, demandé par Dieu, (idem chez les Hébreux avec Isaac). Sacrifice que l’ange Gabriel substituera par un mouton mâle. A moindre degré, ils connaissent aussi l’Aïd al Fitr, soit celle de la rupture du jeûne de Ramadan.

          Chez les Chiites, il y a notamment l’Achoura, commémoration du martyr de Hussein, petit fils de Mahomet, lors de la bataille de Kerbala en 680; le « quarantième » jour, fin du deuil inaugurant l’Achoura; les Douze Martyrs, imams, et la blessure d’Ali, le premier imam.

         Du fait de l’interdiction légale (loi du 6.I.78) de tenir des statistiques religieuses au niveau des recensements, on évalue à environ 8-9 % le nombre de Musulmans en France, soit de l’ordre de 6 millions en 2016 (Sources: I.N.E.D et Pew Research Center). Il faut toutefois tenir compte d’un nombre significatif de mariages mixtes, de non pratiquants, d’agnostiques, voire d’athées.Les projections évaluent à 10,3 % en 2030 le nombre de musulmans. Ce sont les périphéries urbaines qui sont les plus impactées. En Seine Saint Denis, on relève aujourd’hui 700000 musulmans sur 1.600.000 habitants, qui, du point de vue social, est le département le plus sinistré de France et, du point de vue de la criminalité, celui qui nécessite l ‘action du plus grand Parquet de l’hexagone.

        Du « Bicot » en chéchia, marchand de tapis, de montres et de portefeuilles de mon enfance d’après guerre, au « Fellagha » Tunisien de 54-56, puis « Fellouze » Algérien, devenu génériquement « le Bougnoule », que du mépris métropolitain par méconnaissance et suffisance colonialiste! En France, cet Arabe habitait, célibataire, travaillait à la mine, dans le bâtiment, les travaux publics (autoroutes et barrages). Mais sous Giscard, poussé par le patronat pour avoir une abondante main d’œuvre moins onéreuse, le Maghrébin fut autorisé à faire venir femme et enfants. Des baraquements de chantier, ces nouvelles familles conquirent les H.L.M des années post 60, désertés par leurs résidents, ouvriers et employés, pour des pavillons en lotissement.C’est à partir de ce moment que les Français découvrirent les modes de vie différents de ces nouveaux venus, qui amenèrent Chirac, en 1991, à parler de familles entassées avec 3 ou 4 femmes, évoquant le bruit et les odeurs. Ces clichés racistes rejoignaient les expressions populaires: « ils mettent le charbon dans les baignoires », ou « ils y égorgent les moutons ». Bref, ce qui parut devenir le plus insupportable, ce fut le port du voile des femmes, et des filles dès la nubilité.

        Sur cette coutume, tout aura été dit. En tous cas, elle est, plus ou moins, bien réglementée par la législation actuelle en France. A l’origine, le terme « hijab » revient huit fois dans le Coran. Il désigne une draperie, un rideau, mais jamais un voile, dont la femme doit se couvrir. Le texte mentionne ainsi le « hijab épais placé entre le paradis et la géhenne », ou entre le croyant qui lit le Coran « etceux qui ne croient pas à la vie future ».Le même mot est utilisé aussi pour figurer la distance mise en soi et les autres. Le « hijab » désigne également le crépuscule et la chape, qui sépare les fidèles des mécréants. C’est aussi un voile quiempêche les incroyants de voir « leur Seigneur ». La huitième occurrence concerne les femmes du Prophète: « si vous leur demandez quelque objet, faites le derrière un voile. Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs ». La sourate poursuit ainsi: « Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs « jalalib » (capes ou manteaux). Elles en seront plus vites reconnues et éviteront d’être offensées ». Il ne s’agit pas là d’un nouvel élément vestimentaire, mais d’une injonction à la pudeur, à laquelle doivent s’astreindre les femmes, sauf en présence de proches, dont le Coran dresse la liste et auxquels elles peuvent montrer « leurs atours ».

         On sait ce que désormais le voile est devenu en France, plus une affirmation identitaire qu’une disposition d’obligation patriarcale de soumission; encore que…La République pataugeant dans l’interdit-autorisé. Ainsi, l’organisme de l’Observatoire de la Laïcité, présidé par Bianco, vient-il, à propos du Service National Universel, d’autoriser le port de signes religieux lors des journées d’intégration, au motif que ce ne sont pas des élèves, mais de simples usagers, futurs citoyens. Et la polémique d’enfler!..

         Car il est vrai que dans le Coran, bien qu’il affirme l’égalité entre les sexes, il y a supériorité de l’homme sur la femme. Que ce soit ainsi de la possibilité de la polygamie, de la répudiation de l’épouse, de l’héritage à l’avantage de l’homme, – sauf désormais a parité, récemment en Tunisie -, du témoignage, où pour un homme il faut deux femmes, de la violence conjugale à défaut de la persuasion, de la lapidation de la femme adultère, comme de l’excision des fillettes, du moins dans certains pays musulmans.

        Si aux yeux des « Oulémas » i.e: des docteurs de la loi, seul le Coran est la parole de Dieu, ces juristes ont défini également la « Sunna », c’est à dire le corpus des propos humains de Mohamed, bien que d’inspiration divine. Ce sont les « Hadiths », différents chez les Sunnites et les Chiites. Le système islamiste ignorant la hiérarchie des normes, on a l’impression en occident que parfois la « Sunna » est prééminente au détriment du Coran. Ainsi, pour revenir au voile féminin, il faut savoir que si le sens du Coran n’est pas explicite, les traditions exégétiques le sont. Elles définissent de manière très concrète ce que doit être ce voile, dans un contexte proche oriental, où depuis l’Antiquité la plus haute, les femmes de condition libre devaient se voiler. De même, concernant le vin où le premier verset n’énonce aucune prohibition, le second lui trouvant des qualités, le troisième demandant de ne pas prier en état d’ivresse, et le quatrième statuant sur son évitement. Dès le X° siècle, des « hadiths » entre eux peuvent diverger. Du côté sunnite, la plupart du temps, ils ne sont pas le fait du Prophète, mais d’autorités secondaires, compagnons ou suivants de Mohamed. C’est cette réflexion critique sur le Coran et la Sunna, qui ont permis aux juristes musulmans d’élaborer les fondements de la « Charia » aux IX° et X° siècles. Celle-ci nous est, hélas, devenue familière avec les attentats, le « Djihad », qui, bien sûr, est l’engagement de tout musulman pour défendre, voire étendre le domaine de l’Islam, mais aussi pour combattre en soi ses mauvais penchants.  Cet aspect du travail sur soi est pour la plupart d’entre nous trop souvent inconnu.

         C’est donc vers la fin des années 80 dans la France sécularisée, voltairienne presque jusqu’au bout des ongles, qu’on assiste à l’irruption spectaculaire de l’Islam, jusque là très discret, par l’affaire du « voile ». Le bras de fer qui s’entame avec cette résurgence cléricale et, partant régressive aux yeux de certains, va pousser la République à ressortir du placard l’uniforme que son aïeule, la III° République, portait naguère quand elle était aux prises avec l’Église.

         Claude Habib (F) dans son ouvrage « Comment peut-on être tolérant? » étudie la généalogie et les ressorts actuels de l’idée de tolérance à la lumière de son double: l’aversion. L’auteure insiste beaucoup sur la présence récente en France, à cette échelle, de l’Islam, dont elle fait un facteur de réinstauration de l’affrontement originel entre la tolérance et la religion, à propos, par exemple, du voile et de l’apostasie. Et pourtant, ces questions font l’objet, parmi les théologiens musulmans, de désaccords insolubles.

         Avec les caricatures de Mahomet, c’est, certes, un peu plus compliqué. En effet, les Français musulmans, issus de l’immigration maghrébine des années 70, outre les stigmates de la colonisation, n’ont pas dans leur mémoire, ce logiciel de la sécularisation, ni celui de la désacralisation religieuse. Il s’ensuit que les caricatures religieuses, et en particulier celles du Prophète, ne peuvent susciter au sein de cette population qu’indignation et réprobation. On connaît la suite, en 2015, contre Charlie Hebdo, dans un pays, qui a été le premier en 1791 à abolir le délit de blasphème, après que les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avaient proclamé la liberté d’expression et d’opinion. Souvenons-nous donc du 1er juillet 1766 de l’exécution du chevalier de La Barre, roué de coups, les os brisés, jeté au bûcher à 20 ans pour son refus de s’être découvert lors du passage du « Saint-Sacrement » et pour avoir chanté des chansons paillardes.

  1. L’ISLAM DE FRANCE

      Et pourtant, à bien y réfléchir, ces caricatures devraient être considérées comme une étape du processus d’intégration de l’Islam de France à la culture française, dont l’une des dimensions est l’anticléricalisme. Les citoyens français de culture musulmane ignorent souvent l’histoire. Aussi, une fraction de ces Français, dits récents, considèrent, à tort, les caricatures de Mahomet comme une stigmatisation de leur religion, alors même qu’il s’agit d’une manifestation, somme toute classique, de l’esprit voltairien. Inversement, beaucoup d’observateurs n’ont pas connaissance de la crise profonde de la conscience du monde arabo-musulman perdurant depuis le XIII° siècle, et qui a empêché l’avènement d’un courant de pensée islamico-rationnaliste, profondément réformiste. Ce courant-là aurait pu enclencher un début de sécularisation de l’Islam. Par conséquent, l’Islam de France, un islam de la diaspora, recroquevillé sur lui même, a les plus grandes difficultés à accepter cette modernité, qui se joue du sacré. L’institution catholique, qui, depuis Vatican II, compose avec la modernité, a pris acte depuis fort longtemps de la « victoire de l’anticléricalisme, devenu un élément constitutif de l’identité française ». Ne pourrait-on pas affirmer que les caricaturistes, et leurs cortèges de polémistes, peuvent bénéficier à la désacralisation de l’Islam de France et, par ricochet, à son arrimage à la culture française, qui ne peut se penser sans cette inclination à l’irrévérence religieuse. « Le droit qu’elle a de se manifester publiquement implique, pour une religion, résument Régis Debray et Didier Leschi dans « La Laïcité au quotidien », de s’exposer à la critique publique… »

       La volonté de supprimer « l’Islam des rues et des caves » dans un pays, qui compte en Europe le plus de musulmans, pose notamment le problème du financement des lieux de culte, jusqu’à présent aux mains des Algériens, des  Marocains, des Turcs et des monarchies pétrolières. Or, comment s’y substituer? On le sait, la République Française, depuis la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9. XII.1905, en ses articles 2 et 4, supprimant le Concordat de Napoléon de 1801,- (hormis les cas particuliers d’Alsace-Moselle, de Polynésie, de Guyane et de Mayotte) – « ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte; les établissements publics de culte ont été supprimés au profit d’associations cultuelles relevant de la loi de 1901 » -.

       

         C’est pourquoi, après Chevènement et Sarkozy, Macron, conformément à une promesse de campagne: « entend responsabiliser davantage les acteurs religieux »,après une récente rencontre avec les représentants du Conseil Français du Culte Musulman.Autrement dit, assurer leur autonomie par rapport aux pays étrangers et lutter contre la radicalisation. Ceci, sans toucher, est-il affirmé, au socle de la loi de 1905, mais en la faisant évoluer, en l’adaptant aux réalités d’aujourd’hui. Notamment par une proposition aux gestionnaires de l’Islam de France, en élargissant leur capacité de financement par la loi de 1905, certes plus contraignante, mais rendue plus attractive: garanties d’emprunt, baux emphytéotiques administratifs des Mairies aidant à construire un lieu de culte… Au  détriment des dispositions actuelles relevant de la loi de 1901, pratiquée par les Musulmans. Mais en imposant dans cette bascule statutaire certaines des exigencesréglementaires de 1901. C’est à dire: tenue obligatoire d’une assemblée générale annuelle, certification des comptes par un commissaire aux comptes,déclaration des dons venant de l’étranger au delà de 10000 €. D’ores et déjà l’ensemble des associations laïques, dont le Grand Orient de France, dans la pétition, « L’appel des 113 », sont opposées à toute modification de la loi de 1905, y voyant « une tentative d’ingérence de l’État dans les affaires du culte, et de l’Islam en particulier ». En effet, les principes théologiques d’un culte ne regardent pas l’État, mais les croyants et pratiquants. Pour l’heure, « rien n’est encore défini », s’agissant selon l’Élysée, « d’une phase d’échanges, de co-construction », qui a vu en janvier la remise d’une note à chacun des représentants des cultes.En bref, le vice-président du culte musulman, Anouar Kbibech, a conclu: « il n’y aura pas de législation spécifique pour le culte musulman ». Pour préserver l’ordre public, les droits et libertés garantis par la Constitution, des sanctions seront renforcées: un an d’emprisonnement, 60000 € d’amende; facilitation de dissolutiond’associations 1901 & 1905.Restera, bien sûr, à convaincre les Parlementaires! ,A ce jour, c’est stand by.

                                      Il est permis de distinguer, tant en Europe qu’en France, au moins quatre grands courants chez les jeunes musulmans.

         Ceux qui considèrent que Tariq Ramadan est le sauveur providentiel, celui qui répare l’image de l’Islam, qui leur dit que l’Islam peut-être moderne, qui donne le change face à des médias qui les stigmatisent; celui dont l’érudition et la rhétorique imposent le respect, voire l’admiration. Il jouit d’un capital symbolique très fort sur trois registres: il est le petit fils de Hassan el Banna, fondateur des Frères Musulmans en Egypte; il est universitaire convoquant un savoir sacralisé; il est européen intégré. Sur le voile, il affirme que « l’on ne doit pas imposer à une femme de le porter, ni de l’enlever, car il s’agit d’un acte de foi et de liberté de conscience ». Homme à la pensée paradoxale, son étoile a quelque peu pâli, on le sait, en raison des poursuites judiciaires dont il fait l’objet.

          Tout comme les identitaires précédents, « les Républicains » se disent autant français que musulmans. Ils considèrent l’espace laïque comme une sorte de cadre idéal, voire de référent, pour repenser l’Islam à l’aune des exigences contemporaines. Abdennour Bidar, professeur de philosophie, prétend que chaque croyant est responsable de l’interprétation qu’il fait du texte coranique. Personnellement, il ne reconnaît pas la dimension normative du Coran, devenu source de légalité bien plus que de spiritualité. Autrement dit, les réponses ne sont pas en amont, contenues dans le texte, mais en aval, dans la compréhension qu’en fait chaque croyant, amené à repenser ses interprétations en fonction du temps présent. A l’inverse de Tariq Ramadan, qui part du texte pour penser l’Islam, Abdenour Bidar part de la réalité du monde actuel pour s’approprier autrement le texte. S’il y a une chose dont il est sûr, écrit Majida Dabbagh, c’est que « la découverte moderne de la liberté de conscience et de la raison aura une incidence sur le rapport de l’homme au sacré ». Pour Hakim el Karaoui, géographe, senior fellow à l’Institut Montaigne, celui qui parle d’Islam à l’oreille du Président Macron,la réforme de la religion du Prophète est indispensable devant l’Islamisme triomphant. Pour lui, il faut mobiliser les élites musulmanes et contrôler le financement du culte musulman. Avec l’Association des Musulmans de France (A.M.I.F) il espère une reconnaissance de l’État pour en faire, à terme, l’organisme de référence dans le soutien aux mosquées, au personnel cultuel et aux fidèles. Parallèlement, la plate forme « Les Musulmans » veut mettre en place une assemblée des Imams, dont un certain nombre relève du salafisme. Alors que le Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M) semble faire du surplace. Ghaleb Bencheikh, islamologue, ne veut pas, lui, s’accommoder d’un Islam identitaire, dont la pratique rime uniquement avec alimentaire, vestimentaire ou même bancaire. Pour cet auteur, « la liberté de conscience et de pensée, le doute, la critique, l’autodérision, l’égalité, sont des prérequis pour renouer avec l’humanisme ». Pour Tareq Oubrou, recteur et imam de la grande mosquée de Bordeaux: « les religions ne sont pas extérieures à la République. Il est normal que le législateur et le politique s’intéressent à ce fait de société, qu’est l’Islam ». Enfin, pour clore avec les personnalités en pointe sur le sujet, Marwan Muhammad penseque « les initiatives doivent venir des musulmans eux-mêmes ».Notons que Gérad Davet et Fabrice Lhomme, journalistes au Monde, dans leur enquête « Inch’Allah » ont voulu montrer qu’un Islam revendicatif et radical s’est bel et bien diffusé massivement en Seine Saint-Denis.

        Puis, ceux qui nés musulmans ont renoncé à l’Islam, l’apostasie est punie de mort (Soudan, Arabie Saoudite, Afghanistan, Iran) notamment dans la jurisprudence sunnite. Elle est considérée comme une trahison politique, dangereuse pour la stabilité d’un état musulman. Considérée comme une offense suprême dans les États Islamiques, la sortie de religion concerne un nombre croissant de musulmans en France. Ainsi, « 100.000 chrétiens ex-musulmans vivraient dans l’hexagone », écrit Saïd, marocain grandi dans les Vosges, devenu pasteur évangélique itinérant. Athées ou convertis à une autre religion, ils sont de moins en moins en rupture avec leur milieu culturel d’origine. En effet, pour Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’Islam, « les tensions sont essentiellement familiales, même si ça reste très mal vu que d’abandonner l’Islam. Même si on ne croit pas, on entretient une solidarité. Cela donne lieu à des pratiques métisses, car les marqueurs culturels et religieux se déplacent en permanence, se déconnectent et se reconnectent ».

         Enfin, le courant salafiste, nébuleuse constituée il y a un peu plus de 70 ans pour moderniser l’Islam. Le Salafisme aujourd’hui fait référence au courant wahhabite réactionnaire d’Arabie Saoudite. Son discours sectaire et radical séduit des jeunes en rupture avec leur environnement social et familial, endoctrinés en prison ou par Internet. Souvenons-nous, à titre d’exemple, qu’en 2004 Abdelkader Bouziane, imam de Vénissieux, désormais expulsé en Algérie,polygame, père de 16 enfants, affirmait que le Coran autorisait à battre sa femme envisant « le bas, les jambes ou le ventre ». Il prétendait combattre laconspiration de l’Occident visant à maintenir les musulmans dominés et à empêcher l’Islam de sedévelopper. Cet imam recommandait aux jeunes de se former dans les écoles coraniques yéménites les plus dures. Il assimilait la musique à la débauche et considérait le sida comme un châtiment divin. Il estimait que les femmes ne pouvaient pas travailler avec les hommes, car cela les conduirait à l’adultère.C’est donc sous prétexte que, seul, le Coran faisant autorité, ces salafistes s’octroient le droit de parler au nom de Dieu, pour contourner la réalité terrestre et s’enfermer dans une bulle. « Ils utilisent la force du rapport à Dieu pour établir une domination entre individus. Peu importe ce que Dieu dit, ce qu’ils veulent, c’est prendre la place » écrit Dounia Bouzar.

Conclusion

        Les relations entre la France et l’Islam, longtemps placées sous le signe de l’ignorance et du conflit, commencent au temps des Sarrasins, alors que la nation n’est pas encore née. Cette histoire tumultueuse contribuera, à travers un jeu de répulsion-fascination, à la construction de l’identité française.

        Des stéréotypes perdureront jusqu’aux siècles contemporains. De La Chanson de Roland aux chapitres des cathédrales, le Mahométan, chevalier Sarrasin, est violent par nature, fanatique, et dans le même temps prompt à la luxure. Mais il est aussi vaillant, généreux et noble de cœur, comme Saladin. Pour Voltaire, « c’est une religion erronée, stupide et cruelle ». Il faudra attendre le XIX° siècle avec l’expédition de Bonaparte pour que quelques français s’intéressent à la religion musulmane. Enfin, l’idéologie colonisatrice aura récupéré toute la geste anti-musulmane des croisades, et porté au rang de mythe national la fameuse bataille de Poitiers. L’autre, le musulman, est encore une fois le support d’un discours identitaire. Il n’est pas vu pour lui-même, mais pour ce qu’il apporte, par le contraste des différences réelles ou imaginaires, à la définition que la France veut se donner d’elle-même.

        Dévoyé par des religieux radicaux pour détourner l’anti-racisme, l’Islamophobie désigne les préjugés sur l’Islam, aujourd’hui récupérés par les droites populistes et xénophobes d’Europe. Ce n’est pas tant la religion qui dérange, que ses aspects concrets. Il y a rejet des pratiques.

                                      En tant que Républicains, pensons-nous qu’ à l’instar de Farhad Khosrokhavar, sociologue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, « notre équilibre social s’opère sur la base de non-dits? Ce qu’on pourrait appeler une fiction républicaine ».

                                      Jean Guéry    (Janvier 2019)

 

BIBLIOGRAPHIE.

  .  – Claude Gillot. Islamologue à l’université de Provence. Exégèse coranique. 2002

  • Rochdy Alili. Historien et sociologue. L’Eclosion de l’Islam. Dervy. 2005
  • Ikbal al Gharbi. Anthropologue. Université de théologie de Tunis.
  • Malik Bezouh. Essayiste. France-Islam: le choc des préjugés. Plon. 2015.
    • Jean Mouttapa. Ecrivain. Mille ans d’influence, histoire de l’Islam. Albin Michel.
    • Abdennour Bidar. L’Islam sans soumission. Albin Michel.
    • Farhad Khosrokhavar. Quand Al-Qaïda parle. Grasset. 2008.
    • Olivier Roy. Politologue. La laïcité face à l’Islam. 2008.
    • Malek Chebel. Dictionnaire encyclopédique du Coran. Fayard. 2009.
    • Tareq Obrou. Philosophe et juriste. Profession Imam. Albin Michel.
    • Héla Ouardi. La déchirure. Les califes maudits. Albin Michel. 2019.
    • Claude Habib. Universitaire à Paris XIII. Comment peut-on être tolérant?                    Desclée de Brouwer. 2018.
    • Gérard Davet et Francis Lhome, grands reporters au Monde. Inch’Allah,                                l’islamisation à visage découvert. Fayard. 2018.
    • Marwan Muhammad. Nous sommes la nation. La Découverte. 2017.
    • Hakim El Karaoui. L’Islam, une religion française. Gallimard. 2018.

 

La campagne de vaccination contre le Covid-19…

…débute dimanche 27 décembre 2020

 
 

Olivier Véran détaille les objectifs de la campagne dans le JDD. (Reuters)

« Ce vaccin va sauver beaucoup de vies », explique Olivier Véran dans une interview à paraître demain dans le JDD alors que la campagne de vaccination contre le Covid-19 commence demain. Selon l’entourage du ministre des Solidarités et de la Santé, une dizaine de résidents d’une unité de soins longue durée (USLD) et un médecin de plus de 65 ans en bénéficieront dans la matinée à Sevran (Seine-Saint-Denis). Demain après-midi, ce sont des résidents d’un USLD de Dijon (Côte-d’Or) ainsi qu’un professeur d’université en gériatrie de plus de 65 ans qui seront vaccinés à leur tour.
Olivier Véran qualifie ces premières injections de « très bonne nouvelle ». « Ce qu’on sait des effets indésirables, hors les rares cas d’allergie grave (1 cas d’allergie pour 45.000), atteste que la balance bénéfices/risques est très favorable », affirme-t-il dans nos colonnes.
Quant aux polémiques politiques qui entourent le démarrage de cette campagne de vaccination, Olivier Véran tente de s’en abstraire : « La vaccination n’est ni de droite ni de gauche. »

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Un syndicat d’infirmiers prône la vaccination obligatoire des soignants

Rendre la vaccination contre le Covid-19 obligatoire, telle est l’idée défendue par Daniel Guillerm, le président de la Fédération nationale des infirmiers, dans une tribune publiée par le JDD. Alors que la moitié seulement des infirmiers libéraux seraient prêts à se faire vacciner et que plus des trois quarts des soignants des Ehpad seraient réfractaires aux injections, le responsable syndical convoque trois arguments pro-obligation.
D’abord « un devoir d’exemplarité » : les soignants doivent être des modèles, au moment où la défiance vis-à-vis du sérum augmente. Ensuite, le risque de poursuites pénales auxquelles ils pourraient devoir faire face : ne pas se faire vacciner reviendrait à mettre en danger les résidents âgés et fragiles des Ehpad, au même titre que le refus de porter un masque.
Enfin, même si on ignore encore si la vaccination avec le sérum de Pfizer-BioNTech empêche la transmission du virus ou si elle protège seulement contre les formes sévères du Covid-19, Guillerm en appelle à l’application du « principe de précaution ».

2020, année la plus meurtrière de l’Histoire des États-Unis.

Et en France ?

MORTALITÉ
Avec près de 400.000 morts supplémentaires par rapport à 2019, les Etats-Unis connaitront cette année un record de mortalité. En France, la situation est plus contrastée. Avec Laurent Chalard
 
L’année 2020 est la plus meurtrière. Tout simplement parce que les Etats-Unis connaissent une croissance démographique conséquente, continue depuis l’arrivée des premiers habitants. Cela sous entend qu’il y a une augmentation des décès continue quasiment chaque année aux Etats-Unis, parce qu’on a plus d’habitants tous les ans. Mécaniquement, plus de gens meurent. Mais ça ne veut pas dire que les gens vivent moins longtemps. Dans les années 1930, il y avait à peu près 1,4 millions de décès. L’année dernière, c’était à peu près 2,8 millions, c’est à dire deux fois plus. Mais entre-temps la population est passé de 130 millions d’habitants a plus de 300 millions d’habitants, l’augmentation du nombre de décès aux Etats-Unis est logique et traduit simplement l’augmentation de la population en général. Donc mécaniquement, Covid ou non, l’année 2020 allait être la plus meurtrière. Ce qu’il faut regarder ce n’est pas tant ça, mais plutôt : est-ce que la hausse est beaucoup plus importante que celle qui se constate chaque année. Traditionnellement, le nombre de décès augmente de quelques dizaines de milliers par an mais on se rend effectivement compte qu’en 2020 ça va être quelques centaines de milliers. On pense environ 400.000, c’est-à-dire environ dix fois plus que l’augmentation attendue. Il y a une vraie surmortalité Covid aux Etats-Unis, mais la surmortalité constatée est supérieure au nombre de décès Covid, comme dans la plupart des pays, à l’exception notable de la France. L’effet Covid exagère le record de mortalité de 2020. Ce qui va être intéressant de surveiller c’est l’espérance de vie. Aux Etats-Unis, depuis quelques années, elle stagnait voire diminuait légèrement du fait de la crise des opioïdes. Avec cette mortalité conséquence, on va avoir une baisse de l’espérance de vie qui va s’accentuer par rapport aux années précédentes.

En France, va-t-on avoir une année particulièrement meurtrière ou la plus meurtrière de l’histoire, comme aux Etats-Unis ?

La France est dans une situation différente des Etats-Unis car la France n’a pas connu de croissance démographique très importante durant le XXe siècle, la fécondité diminue et le pays a connu des crises de mortalité très fortes liées aux guerres mondiales. On est monté à près de 800.000 décès lors de certaines années. Les records de mortalité liés aux guerres ne seront pas battus. En France il y a un phénomène structurel, depuis une quinzaine d’années, de montée des décès. En 2004, on a eu 509.429 décès et en 2019, 599.408 donc une augmentation de près de 100.000. Cela s’explique par l’arrivée progressive des générations très nombreuses du baby-boom à un âge avancé. Depuis 2015, le nombre de décès est à son maximum depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2020, il y avait une hausse prévisible pour des raisons structurelles mais la crise du Covid va accentuer cette hausse. On va avoir environ 40.000 à 50.000 décès supplémentaires, même si on n’a pas encore les chiffres exacts. On va donc avoir un record autour de 640.000 décès, soit un chiffre assez proche des données de 1945. On avait eu 643.899 décès et on peut penser qu’on sera autour de ce chiffre. La tendance structurelle est donc fortement accentuée par la surmortalité due au Covid. Ce qui devrait conduire à une baisse de l’espérance de vie.

L’espérance de vie va donc baisser en 2020 ?

Oui, c’est sûr. Je ne sais pas exactement de combien, peut être d’une demi-année. Ces dernières années elle continuait de progresser. On avait gagné environ deux ans chez les hommes ces dix dernières années, un peu moins chez les femmes. Cette espérance de vie devrait réduire plus fortement chez les hommes apparemment, puisqu’ils ont été plus touchés par les cas graves de Covid.

Y-a-t-il un risque que ces tendances conjoncturelles aient des effets de long-terme ?

Le premier effet c’est que les gens qui sont décédé cette année à cause du Covid et qui n’auraient pas dû décéder, par définition, ne décéderont pas l’année prochaine ou dans deux ans. Si le Covid venait à ne plus être mortel, on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une sous-mortalité dans les prochaines années, plutôt en 2022. Cela n’est vrai que si l’on parvient à stopper la pandémie. Tant qu’elle sera là, on aura une surmortalité plus ou moins importante. Toutefois, le Covid a tué des personnes qui seraient décédées dans les dix-huit mois qui suivaient, même sans la pandémie, mais il tue aussi des gens qui ne seraient peut-être décédés que dix ans plus tard donc on peut penser que même si la situation améliore, ce pic restera et ne sera pas entièrement lissé. Il sera peut-être atténué en partie.

Par ailleurs, le nombre de décès se rapproche dangereusement du solde de naissance, ça a un impact sur le solde naturel. La croissance démographique de la France est tirée par l’excédent des croissances sur les décès. Un pic de mortalité, parallèlement à une baisse des naissances, sous-entend que la croissance démographique sera en berne en 2020. Toutefois, pour les prochaines années, la tendance à la baisse de la natalité est moins assurée que la hausse des décès, parce que les enfants des années 2000 vont commencer à avoir des enfants. Mais la hausse des décès est portée par les baby-boomers car ils n’ont pas encore atteint l’âge moyen des décès, à 80 ans. On devrait approcher 700.000 bientôt. 2020 va nous paraître exceptionnel en terme de nombre de décès, mais ce nombre sera courant d’ici une dizaine d’années.

« Ceux qui bénéficient de la laïcité ne la défendent pas »

Le silence comme les critiques de la laïcité sont les résultats de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire.

Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies, raconte son combat parfois solitaire pour défendre la laïcité auprès des instances internationales (entretien initialement publié par Le Point). Par Clément Pétreault

Y a-t-il encore quelqu’un pour défendre la laïcité et le sécularisme auprès des instances internationales ? Pour Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies dans le domaine des droits culturels, la laïcité – et le sécularisme qui en résulte – n’ont pas franchement la cote auprès des organismes internationaux, où siègent de nombreux représentants qui ne dissimulent pas leurs convictions religieuses, notamment lorsqu’il est question des droits des femmes. Plus inquiétant encore pour cette professeure de droit à l’université de Californie à Davis, la laïcité fait aussi l’objet d’un contre-discours véhiculé par des milieux universitaires anglophones, qui perçoivent essentiellement cette spécificité française comme une entrave au fait religieux. Karima Bennoune est née et a grandi en Algérie et aux États-Unis. Elle a publié Votre fatwa ne s’applique pas ici, (Temps Présent Éditions), un récit basé sur les témoignages de plus de 300 personnes dans 30 pays, qui s’opposent aux fondamentalismes. Consultante pour l’Unesco avant de devenir rapporteuse dans le domaine des droits culturels pour l’ONU, Karima Bennoune défend la laïcité comme un préalable aux droits de l’homme.

Le Point : Comment est comprise la laïcité dans des instances internationales comme l’ONU ?

Karima Bennoune : Il est assez rare qu’une instance de l’ONU se prononce explicitement au sujet de la laïcité, sauf de temps à autre pour la critiquer, notamment sur la question du voile. En tant que rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels à l’ONU, j’ai toujours souligné l’importance de la laïcité [traduite par « secularism » en anglais, NDLR] comme condition préalable aux droits humains. Ces prises de position ne sont pas exactement considérées comme politiquement correctes à l’ONU. Mais j’insiste, car la laïcité en tant que principe de séparation entre l’État et la religion est, entre autres, un élément puissant dans la lutte contre les idéologies extrémistes et fondamentalistes qui visent les femmes. J’ai écrit dans un rapport que la laïcité « ménage aux femmes et aux minorités un espace qui leur permet de critiquer ces idéologies et d’exercer leurs droits culturels sans discrimination. La laïcité se manifeste sous diverses formes, dans toutes les régions du monde ». La laïcité n’est pas l’athéisme et j’aime la définition qu’en donne la féministe indienne Gita Sahgal : « La laïcité ne signifie pas l’absence de religion, mais renvoie plutôt à une structure étatique qui défend tout à la fois la liberté d’expression et la liberté de religion ou de conviction, où il n’y a pas de religion d’État, où la loi n’est pas d’inspiration divine et où les acteurs religieux ne peuvent imposer leur volonté sur les politiques des pouvoirs publics. » Elle n’oppose pas « les croyants et les laïques, mais les antilaïques et ceux qui ont des valeurs laïques », et ce n’est pas un détail !

Comment expliquer ce silence de l’ONU autour de la laïcité ?

Il me semble que le silence comme les rares critiques de la laïcité sont les résultats logiques de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire – contre la laïcité. Malheureusement, ces positions sont très à la mode dans certains milieux, y compris parmi certains défenseurs des droits humains en Occident, et surtout parmi ceux qui travaillent en anglais. Cela accroît la responsabilité des défenseurs de la laïcité qui doivent continuer à s’exprimer à haute voix, même quand cela ne semble pas convenable. Nous avons besoin d’une coalition des laïques aux Nations unies, une coalition capable de défendre ces valeurs avec vigueur. J’ai beaucoup de reconnaissance à l’égard des féministes françaises qui ont insisté pour que la France soutienne mon rapport à l’Assemblée générale sur les fondamentalismes et les droits culturels des femmes, mais dans l’ensemble nos efforts actuels sont plutôt ponctuels et nous avons besoin de les systématiser. Il est facile de se plaindre ou de critiquer, mais ce n’est pas suffisant… Nous avons besoin de travailler ensemble au-delà des frontières linguistiques, et j’espère que nous tisserons davantage de liens entre ceux qui travaillent en français et ceux qui mènent des combats similaires ailleurs et dans d’autres langues. La laïcité devrait être envisagée comme préalable systématique aux droits humains.

Estimez-vous la laïcité en danger ?

Absolument et partout. Les menaces fusent de toutes parts. Politiques, populistes, religieux, universitaires… Il y a bien évidemment la menace que constituent les mouvances fondamentalistes qui sont apparues dans le sillage de toutes les grandes traditions monothéistes du monde, mais il ne faut pas négliger les ravages de la vision woke (« éveillée ») qui a engendré les thèses postmodernes ou « postcoloniales » que l’on voit fleurir partout, notamment à l’université. De manière générale, je suis frappée par le fait que beaucoup de ceux qui bénéficient de la laïcité dans leur vie quotidienne ne la défendent pas.

Justement, est-elle défendue ?

Absolument et partout ! Et surtout par celles qui aimeraient bien bénéficier de la protection qu’elle peut offrir. Bien souvent, ce sont des féministes d’Afrique du Nord ou d’Asie du Sud qui sont en première ligne dans ce combat. Je me souviens d’une conversation marquante avec une militante pour les droits des femmes, fille d’un imam au Niger, alors que je menais des recherches pour mon livre Votre fatwa ne s’applique pas ici. Elle me parlait des islamistes de son pays et me disait : « Ces types font peur aux gens. Ils ont des ambitions politiques. La laïcité, c’est une manière de leur barrer la route. » Cela est tout aussi clair pour les féministes polonaises dans le contexte que l’on connaît. Heureusement, le combat laïque est mené par des militants tout autour du monde, comme c’était le cas de mon regretté père, Mahfoud Bennoune.

Est-ce un combat dangereux ?

Oui, ce combat pour la laïcité est dangereux dans bien des situations. Lorsque je suis allée aux Maldives en mission pour l’ONU en 2019, j’ai rencontré les familles de deux jeunes laïques maldiviens : Ahmed Rilwan, poète et journaliste, porté disparu en 2014, et l’auteur satirique et blogueur Yameen Rashid. Rashid, qui a mené une campagne implacable pour retrouver son collègue Rilwan après sa disparition, fut assassiné en avril 2017 à l’âge de 29 ans. L’assassinat de Rilwan par un groupuscule lié à Al-Qaïda après son enlèvement a été confirmé, en 2019. Si nous voulons faire avancer la laïcité au niveau mondial, nous avons besoin d’agir ensemble pour mettre fin à ces tragédies innombrables et soutenir tous les Rilwan et Rashid, dans toutes les régions du monde ! Nous devons travailler en réseau au niveau international pour soutenir les laïques, pour que nul ne milite et ne se sacrifie dans l’obscurité. Quand ces militants tombent – dans n’importe quel pays du monde –, nous avons la responsabilité de commémorer leur travail et de le continuer. Nous avons besoin de briser les murs de solitude dans laquelle travaillent nombre de nos collègues défenseurs des droits humains et de la laïcité. Je pense très fort à Mohamed Cheick Mkhaitir, courageux blogueur mauritanien qui a été condamné à mort pour « blasphème » et ensuite emprisonné pendant 5 ans et 7 mois pour son combat contre l’utilisation de la religion pour justifier l’esclavage… Il continue à courir des risques et reçoit des menaces même en exil en France actuellement. Malgré cette expérience, il est en train de créer une association intitulée Vision laïque africaine (Vilaf) pour promouvoir la laïcité en Afrique. Il faut le soutenir !

Y a-t-il une compétition des modèles de société au sein des institutions internationales ?

Oui. Et je déplore que des arguments relativistes se retrouvent dans des textes de résolutions des Nations unies. J’ai évoqué cette question dans mon rapport pour l’assemblée générale de 2018, à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’universalisme est actuellement la cible de multiples attaques, notamment de la part de certains gouvernements, y compris ceux qui font un usage impropre de la culture et des droits culturels en guise de justification. Cette situation est porteuse de multiples défis pour la jouissance de tous les droits humains. Compte tenu des nombreuses attaques, il est nécessaire d’aller au-delà des platitudes. Nous avons besoin d’un renouvellement fondamental de l’universalisme, lequel devrait non seulement rappeler l’émancipation et les droits qu’il a permis d’obtenir, mais également de penser à la manière dont on va pouvoir renouveler la promesse avec la participation des nouvelles générations.

Les athées sont-ils représentés et leur avis est-il pris en compte ?

Oui. Encore une fois, je tiens à souligner que l’athéisme et la laïcité ne sont pas synonymes, et parmi les laïques que j’ai rencontrés partout dans le monde, il y a aussi beaucoup de croyants et de pratiquants. Il existe des ONG qui défendent les droits des athées, comme Humanists International, qui est très actif dans l’écosystème onusien. Leur travail est très important, mais, hélas, les fondamentalistes et les partisans du conservatisme religieux sont plus nombreux dans ces espaces – surtout quand on parle des droits des femmes – et ils ont beaucoup plus de ressources et de soutien, y compris étatiques. Je suis heureuse de constater que mon collègue Ahmed Shaheed, rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction, souligne toujours la liberté de religion… « ou de conviction » parce qu’il a bien compris l’importance d’inclure la question des droits des « personnes areligieuses » aux débats.

Vous parliez de relativisme culturel. Cette notion, notamment défendue par de nombreux progressistes, ouvre-t-elle la voie à des formes religieuses radicales et sectaires ?

Oui, sans aucun doute. La résurgence du relativisme culturel – à droite comme à gauche – représente une menace sérieuse sur les droits humains, y compris les droits des femmes et des minorités. J’ai rédigé un rapport sur les fondamentalismes et les droits culturels en 2017 dans lequel je tente de rappeler quelques principes, notamment celui qui veut que les « droits culturels ne signifient pas relativisme culturel. Les droits culturels n’excusent pas la violation d’autres droits de l’homme, ne justifient pas la discrimination ou la violence, n’autorisent pas l’imposition d’identités ou de pratiques à d’autres personnes ou leur exclusion de ces identités ou de ces pratiques en violation du droit international. Ils sont fermement ancrés dans le cadre universel des droits de l’homme ». Une de mes préoccupations majeures en ce moment porte sur la progression du relativisme culturel et les tentatives répétées de placer les particularismes au-dessus des normes universelles. Le relativisme culturel a été répudié par le droit relatif aux droits de l’homme et ne devrait être toléré dans aucun contexte, en particulier à l’ONU et dans les organes de défense des droits de l’homme… chaque pratique, norme et tradition culturelle doit résister à l’épreuve des droits de l’homme universels et montrer sa capacité à promouvoir et à entretenir la dignité humaine pour être légitime. Pourtant, ce relativisme culturel se retrouve régulièrement présent dans les forums des Nations unies et dans les universités.

Vous considérez que les droits de l’homme résistent mal à la revendication identitaire particulariste ?

Certains défenseurs du colonialisme et certaines personnes se considérant comme « postcoloniales » ont parfois utilisé des arguments similaires pour justifier leur relativisme culturel.
En réalité, le relativisme culturel n’est pas une simple construction théorique, les exclusions de la protection des droits qu’elle cherche à créer ont des conséquences graves, parfois mortelles… Avec mon livre, Votre fatwa ne s’applique pas ici, j’ai analysé les luttes des personnes de culture musulmane contre l’islamisme. Plusieurs fois, des « esprits critiques » occidentaux autoproclamés progressistes m’ont suggéré de renoncer à la notion de « droits humains » dans le cadre de la lutte contre l’islamisme, car il s’agirait d’une « notion occidentale » qui « ne s’applique pas aux musulmans ». Cette position concorde en fait plutôt bien avec le point de vue des fondamentalistes. N’est-il pas choquant d’affirmer que 1,5 milliard d’habitants de la planète ne remplissent pas les conditions requises pour avoir des droits ?

 

 

Covid-19 : le dispositif d’aide à l’isolement se précise

Des médiateurs vont être recrutés pour accompagner le rendu des examens.

Dans le cadre du nouveau dispositif à l’isolement des malades du Covid-19, les médiateurs vont être recrutés pour accompagner le rendu des examens. Des visites à domicile seront mises en place début 2021. Par Pierre Bafoil
 
Un centre de dépistage à Nantes.
Un centre de dépistage à Nantes. (Reuters)
Jeudi, lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement, Jean Castex et Olivier Véran ont évoqué le nouveau dispositif d’isolement dont le JDD avait révélé les contours dimanche dernier. Il devrait être précisé dans les prochains jours pour être effectif vers la mi-janvier, d’après une source. Ce dispositif, non contraignant, comme l’a précisé le Premier ­ministre, s’appuiera sur des tests de Covid-19 qui devront être rendus en moins de vingt-quatre heures. Ils seront effectués par des professionnels de santé (médecins, infirmiers, pharmaciens) ou, lors d’opérations ciblées, par des médiateurs « TAP » (« tester, alerter, protéger »).

Ces nouveaux intervenants seront recrutés parmi les professionnels et étudiants en santé, les secouristes ou des jeunes, en service civique ou orientés par Pôle emploi.

Droits et devoirs

Une fois le test effectué, ces derniers, en plus d’amorcer le traçage des cas contact, devront remplir des missions de conseil et d’information sur l’isolement. Ils seront chargés de faire signer à toute personne positive ce qu’Olivier Véran a appelé une « charte », soit une sorte de déclaration sur l’honneur matérialisant son engagement à observer la période d’isolement. D’après la note que le JDD a pu consulter, ce « formulaire », encore à l’étude, comportera les « droits et [les] devoirs ».

Les personnes infectées se verront alors proposer un dispositif d’aide à l’isolement qui prendrait la forme d’un suivi à distance par les brigades de l’Assurance maladie, mais surtout de visites à domicile effectuées par des équipes pluri­disciplinaires. Celles-ci seront composées d’infirmiers libéraux et d’intervenants sociaux provenant des caisses centrales d’activités sociales ou d’associations. Leur mission : tester les membres d’un même foyer, dispenser des conseils et proposer un « accompagnement matériel » pour les courses ou la garde d’enfant ainsi que des possibilités de relogement.

D’après la note, afin de pouvoir faire transiter les « données personnelles » des personnes dépistées aux différents acteurs, « une plateforme de régulation du dispositif d’accompagnement » sera mise en place.