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Les enseignants confrontés à une contestation en hausse…

 …de la laïcité à l’école

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En partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’institut de sondage Ifop a réalisé une enquête publiée ce 6 janvier auprès des professeurs concernant les formes de séparatisme religieux émanant des élèves.

Sondage : les enseignants confrontés à une contestation en hausse de la laïcité à l'école

Les résultats montrent que la contestation de la laïcité, en nette hausse, est une réalité à laquelle la grande majorité des enseignants doivent désormais faire face.

Ce mercredi 6 janvier, la fondation Jean Jaurès et l’Ifop publient le premier volet d’un nouveau dispositif d’enquête, « l’Observatoire des enseignants », déclenché en réaction à l’attentat subi par le professeur Samuel Paty : en interrogeant en décembre un échantillon de 801 enseignants, il s’agissait d’obtenir des informations sur la place des contestations de la laïcité dans leur métier, leur moral, leurs conditions de travail et leur vision de la place de la religion dans l’enceinte scolaire. La première salve de cette étude examine donc l’ampleur et la forme des contestations de la laïcité à l’école. Le constat, dressé par Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès, est clair : les résultats font « apparaître une prégnance conséquente du religieux qui s’est immiscé dans la vie professionnelle des enseignants.»

En effet, pas moins de 80% des professeurs interrogés affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois au cours de leur carrière à une revendication liée à des croyances ou pratiques religieuses, dont 59% dans leur établissement actuel. Le phénomène, massif, est aussi en progression, puisque 53% des enseignants au collège ont déjà été l’objet de contestations, contre 46% lors d’une enquête Ifop-CNAL menée en 2018. Un enseignant sur quatre déclare même être régulièrement témoin ou victime d’incidents ayant trait à la laïcité dans son établissement. Contrairement à un préjugé, les difficultés ne sont pas rencontrées uniquement dans les écoles, collèges et lycées de banlieues populaires ; elles y sont certes plus fréquentes, de même que dans des régions comme l’Île-de-France ou le sud-est, mais les revendications religieuses se produisent sur tout le territoire national.

Les incidents liés à la laïcité sont les plus nombreux au collège, où 46% des professeurs en font état, mais le primaire n’est pas épargné (26%), le lycée (38%) encore moins. On retrouve une grande diversité d’anicroches de toutes natures, mais certaines sont plus fréquentes que d’autres, comme les incidents concernant la restauration scolaire ; les jours de classe manqués liés à l’exercice d’un culte ou à la célébration d’une fête religieuse ; les contestations d’enseignements sur la laïcité, la sexualité ou l’égalité entre filles et garçons ; les absences de jeunes filles à des cours de natation ou de sport. Au total, 53% des enseignants ont observé de la part d’élèves des formes de contestation au nom de la religion, et 59% des formes de séparatisme religieux à l’école. L’Ifop a en outre mesuré un cas particulier, celui des cérémonies d’hommage à Samuel Paty, lors desquelles 19% des professeurs (et 34% de ceux qui enseignent en REP) ont constaté au moins forme de contestation ou de désapprobation : justifications des violences, refus de participer à la minute de silence, injures ou provocations… Des chiffres qui tranchent avec les seuls 793 signalements recensés par le ministère de l’Education nationale le 18 novembre dernier.

Une autocensure massive 

Face à cette montée en puissance de l’intrusion du religieux à l’école, deux questions se posent aux professeurs : doivent-ils s’autocensurer pour éviter des troubles, et doivent-ils signaler les faits lorsque ceux-ci adviennent ? Parmi les 801 enseignants interrogés par l’Ifop, 49% disent déjà s’être autocensurés dans le secondaire, un nombre en progression sensible : ils étaient seulement 36% en 2018. Par ailleurs, 22% disent s’autocensurer « de temps en temps », contre seulement 10% deux ans plus tôt. En banlieue populaire, ce sont 70% des profs qui déclarent avoir modifié le contenu de leur cours par prudence. Le signalement des incidents est largement répondu, puisque 84% des enseignants interrogés s’y sont prêtés, contre 16% n’ayant rien dit. En revanche, le signalement ne se fait quasiment jamais auprès du rectorat (5%), et pas si souvent auprès de la direction de leur établissement (56%). Une explication pourrait résider dans le manque de soutien dont estiment bénéficier les profs : près de la moitié évoque un « soutien total », 86% un « soutien partiel » au niveau de l’établissement, des chiffres qui descendent à 21% (soutien total) et 54% (soutien partiel) s’agissant du rectorat. C’est auprès de leurs collègues (73%) que les enseignants estiment avoir le plus reçu un appui sans équivoque.

Malgré ces données, l’Ifop note toutefois que le corps enseignant reste en partie divisé sur certaines questions de laïcité : ainsi, si 75% des professeurs estiment que Samuel Paty a « eu raison de faire un cours sur la liberté d’expression en s’appuyant sur des caricatures de presse », 9% pensent qu’il a eu tort, et 15% ne souhaitent pas répondre. La démarche du prof d’histoire-géo tragiquement assassiné est soutenue par les trois quarts des enseignants du public, mais seulement par les deux tiers de ceux du privé ; 40% des professeurs déclarant croire en une religion se rangent du côté des critiques ou des silencieux, de même que 35% de ceux qui enseignent dans les banlieues populaires, « peut-être plus nombreux à penser qu’il faut, à l’école, tenir compte de la sensibilité religieuse des élèves » selon Iannis Roder, de la Fondation Jean Jaurès.

Jacques Julliard : "Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France"
Hans Lucas via AFP

Jacques Julliard : « Vingt ans que la liberté d’enseigner n’existe plus en France »

La liberté finira par triompher, par les armes de l’esprit citoyen et de la vérité. Le meurtre abominable de notre collègue Samuel Paty est pour toute la corporation des historiens, un motif de douleur, mais aussi de fierté. C’est pourquoi, afin de lui rendre hommage, je signe : Jacques Julliard, professeur d’histoire.

Le crime est tellement atroce, le rituel de la décapitation tellement barbare, que nous avons tous envie de nous persuader que nous venons d’atteindre le seuil de l’intolérable et que nous sommes, par conséquent, à un tournant, que la dynamique de l’abominable ne peut que s’inverser.

L’attentat contre la liberté d’enseigner est tellement contraire à notre tradition républicaine et à notre pacte social que, décidément, il ne sera pas toléré, et que le mouvement de l’indignation générale va inverser le sens de l’histoire.

Les paroles du président de la République sur les lieux mêmes du crime, reprenant, à travers le « ils ne passeront pas ! » l’esprit de la résistance antifasciste durant la guerre d’Espagne, font que l’on peut espérer voir enfin le gouvernement prendre des mesures à la hauteur du déni.

Je crains malheureusement que nous ne soyons vite déçus.

Renseignement, rectorats, politique... Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre
© Dessin de Pinel pour « Marianne ».
 

Renseignement, rectorats, politique… Conflans : ces petites lâchetés qui ont mené au grand désastre

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Samuel Paty a été décapité, le 16 octobre, pour avoir fait son devoir d’enseignant. Au-delà des auteurs directs de l’attentat, son assassinat aura été rendu possible par tous ces renoncements, ces dysfonctionnements et ces couardises qui défont silencieusement notre société. Et si l’on ouvrait les yeux ?

Le mouvement est continu. Devant le collège du Bois-d’Aulne, du matin au soir, la foule défile. Des fleurs, des pleurs, un cahier d’hommages, des policiers aux aguets, des ambulances, des bénévoles de la Protection civile. Ce samedi 17 octobre au matin, une bande de barbus, qu’on n’a jamais vus dans le coin, observaient la scène de loin, pendant que des policiers en civil les photographiaient. À l’intérieur de l’établissement, une cellule d’écoute psychologique. Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), ses petits pavillons tranquilles, ses terrains de sport et ses allées ensoleillées. Dans l’une d’elles, vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire-géographie a été décapité parce qu’il avait fait son devoir. Les élèves qui ont eu Samuel Paty comme professeur ont du mal à parler : « Je ne me suis jamais autant intéressée à l’histoire qu’avec lui » se souvient une élève de troisième. Elle s’exprime lentement, lutte contre l’émotion, avec, de temps en temps, un regard pour sa mère. En 2019, en quatrième, Samuel Paty avait été son professeur principal, et elle l’avait retrouvé avec un enthousiasme que chaque cours confirmait : « Je me rappelle chaque sujet, chaque période, il savait stimuler notre intérêt. L’année dernière, c’était les Lumières. Et ce module sur la laïcité, et sur Charlie Hebdo. Ça n’avait posé aucun problème. Il nous avait bien expliqué avant que cela toucherait à la religion, et que ceux qui éventuellement seraient choqués avaient la possibilité de détourner le regard ou de sortir. Il n’a pas du tout désigné les musulmans. Ce n’était pas son genre, il ne stigmatisait personne. »

La rumeur et le fanatisme, comme un cocktail explosif, ont tué Samuel Paty. Celui qui l’a achevé s’appelle Abdoullakh Anzorov, un réfugié tchétchène tout juste sorti de l’adolescence, dont l’inouïe sauvagerie nous laisse sidérés. Âgé de 18 ans, il a été abattu par la police. Ceux qui ont précipité son lynchage se nomment Brahim C., parent d’élève menteur, et Abdelhakim Sefrioui, un prédicateur fiché pour radicalisation à caractère terroriste. Ils ont été placés en garde à vue, parmi onze personnes. « L’enquête se concentre sur la capillarité entre le tueur et le parent d’élève… Comment l’information a circulé de l’un à l’autre avec, au milieu, Sefrioui » révèle une source gouvernementale. Leur culpabilité pénale devra être déterminée ; leur responsabilité morale ne fait aucun doute. Et puis, il y a des responsabilités plus indirectes. Ces dysfonctionnements qu’on s’est habitué à taire. Ces petits riens qui, mis bout à bout, ont mené au désastre. Les défaillances du renseignement territorial, qui avait conclu dans une note du 12 octobre, à un climat « apaisé ». La couardise des rectorats. L’impuissance de la justice, des politiques, des fonctionnaires. « Pas de vague » qu’ils disaient. Toutes ces lâchetés, toutes ces erreurs, ont mené à l’horreur.

 

Brexit, les secrets d’une négociations de la dernière chance…

 pour que tout change sans que rien ne bouge vraiment !

© Paul Grover / POOL / AFP/ QUEL TALENT CE BORIS JOHNSON !
 
Tout ça pour ça ! Plus de quatre années de psychodrames pour aboutir à un accord qui va sauver l’essentiel pour les Européens, mais qui met les Britanniques en risque de perdre beaucoup. Ils voulaient l’indépendance, le beurre et l’argent du beurre, ils n’auront rien que des « emmerdes »… Avec Jean-Marc Sylvestre
 
Quel gâchis, en effet, que les quatre années passées à essayer d’extorquer une indépendance totale à l‘égard de l’Union européenne. Les hommes et femmes politiques britanniques, partisans du Brexit, ont commis trois erreurs :

La première, c’est d’avoir en permanence tenu l’Union européenne comme responsable de leurs difficultés économiques et sociales et d’avoir fait croire qu‘en sortant de l’union, tout irait mieux.

La deuxième erreur a été de croire ou de faire croire à la population qu’ils trouveraient des alliés et des partenaires dans le monde capables de remplacer les Européens pour faire du business.

La troisième erreur est d’avoir cru, enfin, que l’Union européenne accepterait de conserver les avantages du grand marché sans avoir à respecter les règles de conduite auxquelles ils voulaient absolument se soustraire. Les plus radicaux des Brexiters espéraient même que l’Union européenne ne subsisterait pas à ce divorce et se disloquerait.

Aucune de ces prédictions qui étaient autant de promesses électorales ne s’est réalisée. L‘Union européenne ne s’est pas disloquée face au dossier britannique. Elle est restée unie sur ce dossier et les 27 pays ont soutenu sans trembler le négociateur européen Michel Barnier. La Grande Bretagne n‘a pas trouvé dans le monde les partenaires commerciaux qui auraient pu remplacer les Européens, qui vont rester pour l’instant, leur premier fournisseur et leur plus gros débouché.

Le projet le plus cynique des Brexiters était de trouver dans ce divorce le moyen de garder tous les avantages de l’appartenance à l’Union européenne, sans les inconvénients de respecter des règles qui fixent la vie commune. Ils ont échoué contraints et forcés de céder au dernier moment devant le mur de difficultés que les milieux d’affaires n’ont pas cessé de mettre en lumière dans l’hypothèse de plonger dans le grand bain d’un no-deal.

Boris Johnson a donc accepté in-extremis de revêtir les gilets de sauvetage que proposait l’Union européenne. Le dossier sur la pêche composait le dernier verrou à l’accord global fixant la future relation commerciale ; il a sauté.

Pour les négociateurs européens, cette dernière année a été terrifiante. « Ce jour est donc un jour de soulagement, dit Michel Barnier, mais teinté de tristesse quand on compare ce qu’il y avait avant et ce qui nous attend maintenant. »

L’accord signé n’est pas le copier-coller du régime matrimonial précédent ;

il y aura des vrais changements pour beaucoup de citoyens et d’entreprises, conséquences de ce Brexit. Du coup, beaucoup se demandent désormais comment et pourquoi la politique a pu engendrer un tel « être juridique aussi pervers et sans doute assez instable ».

Il y a beaucoup de moments politiques certes, mais qui se résument à des luttes de pouvoir et à des querelles d’egos surdimensionnés.

Ce qui compte, au final, c’est qu’en dépit de toute l’histoire, les intérêts économiques et sociaux du plus grand nombre sont en partie préservés. Ce qui prouve une fois de plus que le poids des pouvoirs économiques, la manifestation des intérêts des vrais gens, leur bon sens, leur emploi, leur standard de vie l’emportent au final sur les forces idéologiques et strictement politiques.

Alors ça demande du temps, ça provoque des dégâts, mais toute crise finit par rendre intelligente la démocratie. C’est le poids des opinions qui a démoli le mur de Berlin, dernière grande aberration du 20e siècle, c’est le poids des opinions publiques qui a empêché les dirigeants de provoquer un Brexit dur et qui les a obligés à tricoter un compromis qui n‘insultera pas l’avenir.

Dans la dernière ligne droite de cette négociation, les Anglais avaient choisi le dossier de la pêche pour faire tout éclater. En gros, il s’agissait d’interdire les zones de pêche britanniques, qui sont immenses et particulièrement fertiles, aux pécheurs de l’Union européenne. Bruxelles ne pouvait pas accepter cet oukase, sauf à condamner l’industrie de la pêche en France, en Espagne et dans toute l’Europe du nord (Pays-Bas et Allemagne).

Les Européens sont donc restés sur une ligne dure en menaçant les Anglais de fermer les marchés du continent aux pêcheurs britanniques. En tenant cette position, les Anglais ont bien été obligés de céder, pour pouvoir continuer de vendre leur cabillaud à Rungis et ailleurs.

Le rôle de Boris Johnson dans cette dernière ligne droite méritera d’être clarifié. Parce que la fermeture des frontières du Royaume-Uni pendant 48 heures la semaine dernière, à la suite de la découverte d’une forme nouvelle du virus, a déclenché une telle panique en Grande Bretagne qu‘elle n’a pas été sans effet sur les négociateurs. En prenant une telle décision, Boris Johnson a eu un aperçu de la situation qui prévaudrait au 31 décembre en cas de No-deal. Il aurait donc cédé pour éviter le pire. D’autant que la crise sanitaire a évidemment obscurci les perspectives économiques. Bref, il aurait été peu judicieux de rajouter une crise Brexit à la crise sanitaire, économique et sociale.

Si on regarde la vie politique britannique d’un œil particulièrement cynique, on pourra dire que le virus a permis au Premier ministre britannique de ne pas perdre la face dans cette affaire du Brexit qui a empoisonné la vie politique pendant presque 5 ans.

Avec le compromis sur la pêche, la Grande Bretagne va pouvoir appliquer un deal qui globalement ne va pas déranger beaucoup d’habitudes.

1e point : Le point essentiel du deal qui régit l‘après-Brexit est d’encadrer les échanges commerciaux entre l‘UE et le Royaume-Uni qui représente près de 800 milliards d’euros par an. Le deal stipule qu’il n’y aura ni droits de douanes, ni quotas. Donc on reconduit le statut antérieur. Les Anglais peuvent dire qu’ils ont gagné. Sauf que cette liberté d’échanger est conditionnée par le respect des normes sociales, fiscales, environnementales et sanitaires… Lesquelles normes seront fixées par Bruxelles comme aujourd’hui, sauf que les Anglais n’y participeront plus. Les Européens peuvent dire qu‘ils ont préservé l’essentiel, puisqu’en cas de non-respect des normes, les marchandises seront taxées ou interdites.

La différence avec le régime précédent est qu‘il faudra rétablir la douane qui vérifiera que la marchandise exportée est effectivement conforme aux normes. Les déclarations douanières ne sont pas insurmontables.

Ce qui gêne les Anglais, c’est qu’ils ne pourront pas se livrer au dumping social, fiscal ou environnemental. Les aides publiques aux entreprises britanniques seront elles aussi dans le collimateur.

2e point : ce qui change n’est pas marginal mais gérable et adaptable.

La question irlandaise ne se pose plus, mais les Européens n’ont pas cédé sur la question du passeport financier. La City ne pourra plus vendre ses produits financiers partout en Europe. Les banques et les fonds vont être obligés de monter des filiales en Europe continentale, ce qu’elles ont commencé à faire.

La libre circulation des Européens au Royaume-Uni se termine au 1er janvier, les Européens qui désirent travailler en Grande-Bretagne vont devoir obtenir un permis de travail. Les 4 à 5 millions d’Européens qui sont déjà installés en Grande Bretagne pourront y rester en conservant leurs droits. La réciproque est vraie aussi.

Pour les étudiants, Erasmus va disparaître en Grande Bretagne et les droits universitaires vont augmenter. Les étudiants actuels pourront aller au terme de leur études avec les anciennes conditions.

La circulation des touristes sera plus compliquée. Il n’y aura pas de visas, mais les permis de conduire nationaux ne seront pas reconnus, les assurances seront différentes et plus chères. L’assurance maladie européenne ne sera plus reconnue en Grande Bretagne. Il faudra donc en souscrire une nouvelle.

Difficile d’anticiper un bilan de ce qui gênera véritablement les uns comme les autres. Mais à partir du moment où 60 % du PIB britannique dépend de l’Union européenne, alors que pour l’Union européenne, la dépendance est beaucoup plus faible (moins de 10 % pour l’ensemble des 27), toute complication et tout frein aux échanges va handicaper plus les Anglais que les Européens.

C’est cette situation et ces chiffres, très simples, qui ont motivé les milieux d’affaires britanniques à s’opposer au Brexit et plus tard, à en limiter l’impact en plaidant pour un deal de Brexit soft. Ce qu’ils ont finalement obtenu.

Alors maintenant, tout va dépendre de comment les rapports de force vont évoluer. La Grande Bretagne est libre de ses mouvements au niveau international. Elle peut chercher des accords avec des pays tiers en sachant que si ces accords ne sont pas conformes avec les codes et les normes de l’Europe, ils perdront des débouchés.

C’est d’ailleurs ce qui va se passer dans le secteur financier. La City a remarquablement profité de son passeport financier… Elle pouvait accueillir n’importe quelle institution étrangère qui s’installait à Londres pour pénétrer le marché européen. Cette liberté-là n’étant pas reconduite, la City va perdre de son attrait.

Perdant globalement certains de ses avantages, la livre sterling va baisser. Le gouvernement ne s’en inquiète pas officiellement, il explique même que ça va faciliter son activité à l’étranger. Sauf que les importations (60%) vont coûter plus chères et les prix intérieurs vont donc augmenter. Les prochaines élections sont encore loin !

2020, année la plus meurtrière de l’Histoire des États-Unis.

Et en France ?

MORTALITÉ
Avec près de 400.000 morts supplémentaires par rapport à 2019, les Etats-Unis connaitront cette année un record de mortalité. En France, la situation est plus contrastée. Avec Laurent Chalard
 
L’année 2020 est la plus meurtrière. Tout simplement parce que les Etats-Unis connaissent une croissance démographique conséquente, continue depuis l’arrivée des premiers habitants. Cela sous entend qu’il y a une augmentation des décès continue quasiment chaque année aux Etats-Unis, parce qu’on a plus d’habitants tous les ans. Mécaniquement, plus de gens meurent. Mais ça ne veut pas dire que les gens vivent moins longtemps. Dans les années 1930, il y avait à peu près 1,4 millions de décès. L’année dernière, c’était à peu près 2,8 millions, c’est à dire deux fois plus. Mais entre-temps la population est passé de 130 millions d’habitants a plus de 300 millions d’habitants, l’augmentation du nombre de décès aux Etats-Unis est logique et traduit simplement l’augmentation de la population en général. Donc mécaniquement, Covid ou non, l’année 2020 allait être la plus meurtrière. Ce qu’il faut regarder ce n’est pas tant ça, mais plutôt : est-ce que la hausse est beaucoup plus importante que celle qui se constate chaque année. Traditionnellement, le nombre de décès augmente de quelques dizaines de milliers par an mais on se rend effectivement compte qu’en 2020 ça va être quelques centaines de milliers. On pense environ 400.000, c’est-à-dire environ dix fois plus que l’augmentation attendue. Il y a une vraie surmortalité Covid aux Etats-Unis, mais la surmortalité constatée est supérieure au nombre de décès Covid, comme dans la plupart des pays, à l’exception notable de la France. L’effet Covid exagère le record de mortalité de 2020. Ce qui va être intéressant de surveiller c’est l’espérance de vie. Aux Etats-Unis, depuis quelques années, elle stagnait voire diminuait légèrement du fait de la crise des opioïdes. Avec cette mortalité conséquence, on va avoir une baisse de l’espérance de vie qui va s’accentuer par rapport aux années précédentes.

En France, va-t-on avoir une année particulièrement meurtrière ou la plus meurtrière de l’histoire, comme aux Etats-Unis ?

La France est dans une situation différente des Etats-Unis car la France n’a pas connu de croissance démographique très importante durant le XXe siècle, la fécondité diminue et le pays a connu des crises de mortalité très fortes liées aux guerres mondiales. On est monté à près de 800.000 décès lors de certaines années. Les records de mortalité liés aux guerres ne seront pas battus. En France il y a un phénomène structurel, depuis une quinzaine d’années, de montée des décès. En 2004, on a eu 509.429 décès et en 2019, 599.408 donc une augmentation de près de 100.000. Cela s’explique par l’arrivée progressive des générations très nombreuses du baby-boom à un âge avancé. Depuis 2015, le nombre de décès est à son maximum depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2020, il y avait une hausse prévisible pour des raisons structurelles mais la crise du Covid va accentuer cette hausse. On va avoir environ 40.000 à 50.000 décès supplémentaires, même si on n’a pas encore les chiffres exacts. On va donc avoir un record autour de 640.000 décès, soit un chiffre assez proche des données de 1945. On avait eu 643.899 décès et on peut penser qu’on sera autour de ce chiffre. La tendance structurelle est donc fortement accentuée par la surmortalité due au Covid. Ce qui devrait conduire à une baisse de l’espérance de vie.

L’espérance de vie va donc baisser en 2020 ?

Oui, c’est sûr. Je ne sais pas exactement de combien, peut être d’une demi-année. Ces dernières années elle continuait de progresser. On avait gagné environ deux ans chez les hommes ces dix dernières années, un peu moins chez les femmes. Cette espérance de vie devrait réduire plus fortement chez les hommes apparemment, puisqu’ils ont été plus touchés par les cas graves de Covid.

Y-a-t-il un risque que ces tendances conjoncturelles aient des effets de long-terme ?

Le premier effet c’est que les gens qui sont décédé cette année à cause du Covid et qui n’auraient pas dû décéder, par définition, ne décéderont pas l’année prochaine ou dans deux ans. Si le Covid venait à ne plus être mortel, on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une sous-mortalité dans les prochaines années, plutôt en 2022. Cela n’est vrai que si l’on parvient à stopper la pandémie. Tant qu’elle sera là, on aura une surmortalité plus ou moins importante. Toutefois, le Covid a tué des personnes qui seraient décédées dans les dix-huit mois qui suivaient, même sans la pandémie, mais il tue aussi des gens qui ne seraient peut-être décédés que dix ans plus tard donc on peut penser que même si la situation améliore, ce pic restera et ne sera pas entièrement lissé. Il sera peut-être atténué en partie.

Par ailleurs, le nombre de décès se rapproche dangereusement du solde de naissance, ça a un impact sur le solde naturel. La croissance démographique de la France est tirée par l’excédent des croissances sur les décès. Un pic de mortalité, parallèlement à une baisse des naissances, sous-entend que la croissance démographique sera en berne en 2020. Toutefois, pour les prochaines années, la tendance à la baisse de la natalité est moins assurée que la hausse des décès, parce que les enfants des années 2000 vont commencer à avoir des enfants. Mais la hausse des décès est portée par les baby-boomers car ils n’ont pas encore atteint l’âge moyen des décès, à 80 ans. On devrait approcher 700.000 bientôt. 2020 va nous paraître exceptionnel en terme de nombre de décès, mais ce nombre sera courant d’ici une dizaine d’années.

La mosquée comme havre de spiritualité

 

Les mosquées doivent redevenir des creusets d’une fraternité universelle


Les mosquées doivent redevenir des creusets d’une fraternité universelle
 
L’ambition de ce texte est de susciter une réflexion collective, voire de partager une remise en cause et une vision commune de ce que devraient être le rôle, les missions et l’habitus d’une mosquée dans le contexte européen en général, et français en particulier. Rédigé par Abderrahmane Aknou 
 
Nous voulons en effet interroger l’action actuelle de ces institutions dans une double perspective : celle des vocations originelles assignées à la mosquée et celle que nous offre le dialogue avec les éléments du contexte ici et maintenant.
 
Lorsque le Prophète (paix et salut sur lui) fut envoyé pour toute l’humanité, il ne laissa aucune place au doute quant à la nature de sa mission et la finalité de son action. Sa personne bénie, comme son discours et son action, furent en effet une efflorescence de l’Amour dans un monde violent et une introduction de la fraternité comme nouvelle perspective spirituelle et sociale dans un contexte miné par les divisions et les tensions de tout genre. Tout a pris son relief à la lumière de cet Amour universel qui embrassait toute chose, permettant à la société d’entamer une transformation spectaculaire au contact de cet élan fraternel agissant. 

Dans cette nouvelle perspective fondatrice introduite dans le cours de l’histoire, la mosquée devint naturellement le lieu privilégié où s’incarnait et se construisait patiemment ce changement de cap et de paradigme. Malheureusement, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et les vicissitudes de l’histoire, de la politique et de la jurisprudence ont progressivement édité des barrières qui ont fini par éloigner les musulmans, peu ou prou, du sublime horizon que leur offraient la Révélation et le modèle prophétique.

Or, il est nécessaire que nos mosquées renouent avec ce modèle pour qu’elles redeviennent des creusets d’une fraternité universelle et des lieux d’accueil chaleureux et conviviaux à l’image du message prophétique lui-même et de la miséricorde dont il est porteur.

Du discours à l’architecture en passant par l’aménagement, les programmes et l’ambiance globale, tout doit être pensé pour inscrire nos mosquées dans un renouveau spirituel et une révolution culturelle.
 
La mosquée comme havre de spiritualité
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, force est de constater que notre époque si matérielle et rationnelle en apparence, demeure profondément sujette à de grandes interrogations spirituelles que le pouvoir d’achat, le confort matériel et l’offre de consommation tous azimuts n’ont pas pu étouffer définitivement.

Nous assistons à l’essor pour le moins surprenant (dans le contexte occidental, temple du rationalisme), de toute une « nébuleuse mystico-ésotérique » qui promet la paix du cœur à des âmes inquiètes ou du moins insatisfaites de l’horizon consumériste que leur propose la « civilisation des choses ». Notre époque se caractérise aussi par la croissance d’une demande diverse dans ses expressions : culte des soins, engouement pour les cultures orientales, souhait de retour à la nature et l’émergence de plusieurs utopies en mouvement.

On pourrait facilement conclure que le dénominateur commun dans cette nouvelle tendance durable de « consommation », celle de la spiritualité, réside dans cette réalité de soif spirituelle que ressentent des millions d’hommes et de femmes en quête de sens, de bien-être et dans la recherche d’une forme de libération du joug d’un système qui les broie.

C’est cette réalité qu’il est impératif de regarder en face pour bien comprendre l’immensité du travail qui reste à faire afin de libérer les joyaux de la spiritualité musulmane de la condition historique des musulmans et des limites dans lesquelles ils ont cantonné leur volonté, leur projet et leur ambition.

Une prise de conscience est nécessaire pour rompre avec une vision qui ne fait, in fine, qu’instrumentaliser l’islam comme un refuge identitaire, un « objet » communautaire d’auto-défense et un marqueur de particularisme cultivé par peur ou par rejet de son environnement.

L’islam, en effet, n’est autre que la voie qui permet à tout homme de prendre conscience de sa dignité d’être promis à la félicité éternelle, invité par Dieu à réaliser une ascension spirituelle sur les traces des grandes figures que Dieu nous a envoyées comme modèles.

La mosquée doit donc s’affranchir d’une vision qui la condamne à n’être qu’un lieu ethnocentré et exotique pour devenir un « dispositif » pleinement ouvert sur l’Homme et la société, dont la vocation première est de permettre la rencontre universelle entre l’Homme et son Créateur et la possibilité de découvrir et de s’initier à la Parole de Dieu et à la méthode spirituelle pour cheminer vers Lui.
 
La mosquée comme espace d’interculturalité
Chercher à se situer dans le temps ou dans l’espace est un besoin inhérent aux êtres et à la nature des hommes. La façon de se situer se fait toujours sous l’emprise d’une mémoire, d’une histoire et d’un contexte qui vont peser et façonner des schémas, des modèles et des habitus.

Ainsi, on peut être dans la conservation ou le renouveau, le repli ou l’interaction, la méfiance ou la confiance, la peur ou l’audace, l’entre-soi ou l’entre-connaissance, le rejet ou l’intégration… Ce positionnement qui se fait dans une temporalité plus ou moins longue doit être étayé par une vision qui, tout en faisant un état des lieux critique, dessine une perspective et un horizon permettant d’échapper aux déterminismes qui travaillent les individus et les communautés souvent à leur insu.

Face aux tensions identitaires qui traversent nos sociétés et les individus qui la composent, la mosquée a son rôle de premier plan à jouer en matière de conversion des consciences pour offrir les outils d’un positionnement positif au cœur de leurs réalités locales aux musulmans, et les possibilités d’ouverture, de rencontre et d’interculturalité à tous les concitoyens.

La mosquée comme institution de socialisation se doit d’être un lieu vivant et influent ouvert sur la société, attentif aux courants de pensée qui la traversent, aux tensions qui la travaillent, aux inquiétudes qui la minent.

Autant la mosquée doit être un lieu qui permet le retrait du monde pour revenir à soi, autant elle doit être un lieu qui accueille le monde en son sein.

La mosquée n’est pas simplement un lieu de retraite, elle est un lieu d’accueil universel (accueil des générations, des cultures, des conditions sociales, des débats, des maux de la société…) qui transcende les blocages et agit sur les résistances par la spiritualité, l’éducation et la culture.

La mosquée enracinée dans son territoire et sa réalité locale a son rôle de médiation interculturelle à jouer pour réduire les tensions, accueillir les conflits de notre société engendrés par une histoire compliquée et un présent complexe, donner aux musulmans comme à tous les concitoyens les outils pour apprendre à se connaître et à se reconnaître.

Douglas Murray: «Français, mes amis, tenez bon face à l’islam radical!»

Diffamatoires adressées à la France dans certains médias de pays musulmans ou anglo-saxons.

Le célèbre journaliste et essayiste britannique répond avec pugnacité aux accusations diffamatoires adressées à la France dans certains médias de pays musulmans ou anglo-saxons. 

Douglas Murray, journaliste et essayiste britannique. Clairefond

Dernier ouvrage traduit en français: «La Grande Déraison – Race, genre, identité» (Éd. L’Artilleur, octobre 2020, 460 p., 23 €), best-seller en Grande-Bretagne. Douglas Murray est actuellement chercheur invité auprès du think-tank conservateur Danube Institute à Budapest.


Bien que n’ayant jamais consacré plus de quelques heures à la gauche, je trouve que cette famille politique possède des caractéristiques qui imposent le respect. La vertu de solidarité, avant tout. Or ces dernières semaines, la solidarité avec la France a été terriblement minime – de la part de personnes de toutes orientations politiques. Mais cette honte est la leur, et non celle de la France.

Bien sûr, il était à prévoir qu’à la suite des attentats dont la France a de nouveau été victime voilà quelques semaines, les démagogues et les opportunistes du monde musulman cherchent à en tirer un avantage politique. Chaque fois qu’une occasion s’offre à Erdogan de se présenter comme le leader des musulmans du monde, il la saisit. Erdogan n’est pas un homme stupide. C’est simplement un homme malveillant. Un homme qui savoure cette opportunité de pouvoir prétendre que les mesures et les politiques du gouvernement français sont d’une quelconque manière dirigées vers tous les musulmans.

Idem pour le premier ministre du Pakistan, Imran Khan. Certains d’entre nous se souviendront peut-être d’Imran quand il était un joueur de cricket et un play-boy arpentant toutes les soirées de Londres. Aujourd’hui, c’est pourtant le visage d’un mollah qu’il semble arborer. Il n’y a alors rien de surprenant à ce qu’il prétende que le discours millimétré du président Macron soit en fait «délibérément provoquant pour les musulmans». Khan régit l’un des pays avec les conditions de vie les plus déplorables sur terre. Un jour passé à insulter la France doit donc être un soulagement pour lui, bien loin des réformes nécessaires qu’il devrait mettre en place pour améliorer les conditions de vie de son pays.

Ce qui est plus surprenant, ce sont les diffamations envers le président français venant de personnes qui, par le passé, ont pu savoir comment la France s’est construite.

Je voudrais dire combien moi et beaucoup d’autres personnes, loin des côtes de France, admirons votre nation.

Au cours du mois dernier, le New York Times, le Financial Times et d’autres journaux autrefois respectés ont fait ce qu’il y avait de pire par leur ignorance coupable, affirmant que le président Macron était incapable de faire la différence entre un djihadiste et un musulman.

L’escalade de la semaine dernière est profondément choquante. Une personne nommée Karen Attiah, du Washington Post (là encore, un journal «sérieux») a clamé haut et fort que la loi [«confortant les principes républicains», NDLR] était conçue pour «viser spécifiquement les enfants musulmans». Quand cette aberration lui a été reportée, elle a fini par admettre que ce qu’elle avait écrit pouvait contenir quelques «erreurs» mais qu’il «était naïf de croire que cette loi ne finirait pas par créer un climat dans lequel les musulmans souffriraient encore davantage». Selon elle, la «France est un pays qui ne voit rien de mal à violer les droits des musulmans», mobilisant comme preuve un article d’al-Jazeera, le média du Qatar.

Les journalistes du Qatar ne ratent jamais une occasion de se joindre à cette francophobie. L’une d’entre eux, Sana Saeed écrit ainsi que «ce que l’on pouvait redouter qu’il arrive aux musulmans aux États-Unis est en train d’arriver en France – rapidement. Et cela est aussi insoutenable qu’effrayant à observer. Le fascisme français s’est toujours présenté comme le descendant des Lumières». Saeed s’est heurtée à une certaine résistance, comme on pouvait s’y attendre, mais comme tous les autres, elle s’est ravisée, non sans déclarer que la France essayait de «criminaliser» la «culture et la foi» musulmane, allant même jusqu’à décrire la France comme «complètement fasciste». Il convient de se demander comment l’employeur de Saeed, à Doha, réagirait si son petit État avait à subir un dixième de ce que les islamistes ont fait subir à la France ces dernières années.

Cela pourrait être compréhensible qu’al-Jazeera perde son temps à diffuser ce genre de calomnies. Mais nous avons aussi vu des personnes comme Heidi N. Moore, journaliste pour le Wall Street Journal et pour un petit quotidien de gauche nommé The Guardian déclarer sur Twitter, à propos de ladite loi, «Félicitations à Emmanuel Macron pour réinventer le modèle des Jeunesses hitlériennes».

Le brouhaha incessant de vos adversaires est aussi abject que le silence de vos amis. Cette honte ne pèse pas sur vous, mais sur eux.

Les mensonges répandus contre votre pays ne sont pas simplement scandaleux, mais dangereux. Pourtant, les personnes qui les diffusent ne paraissent pas en être gênées un tant soit peu. Bien sûr, outre d’être le produit des islamistes, c’est aussi le syndrome d’une maladie qui gangrène la gauche américaine. Celle qui n’a pas seulement décidé d’être aveuglément raciste dans son «internationalisme» mais qui a déclaré que les gens de gauche ne peuvent aimer ou admirer leur pays.

Cependant, je le répète, le problème vient d’eux et non de la France. Les choses seraient différentes si l’Amérique avait vécu ne serait-ce qu’un quart de ce que la France a subi ces dernières années. Si les Américains avaient connu une année (et davantage ce mois) commençant par le massacre d’Américains anonymes et finissant par la décapitation d’un prêtre en train de célébrer la messe dans la cathédrale Saint-Patrick sur la Ve Avenue, peut-être y aurait-il moins d’ignorance et d’intolérance antifrançaise de la part des médias américains.

L’esprit de clocher n’est pas une excuse. Il fut un temps où beaucoup de critiques actuels de la France auraient compris que la République n’a pas simplement le droit mais aussi le devoir de défendre ses citoyens, ainsi que de décider elle-même des lois à promulguer pour protéger ses citoyens.

À l’encontre de la tendance actuelle, je voudrais dire combien moi et beaucoup d’autres personnes, loin des côtes de France, admirons votre nation. Nous admirons votre République. Nous admirons votre détermination. Nous admirons votre capacité à vous dresser avec dignité contre tous ceux qui souhaitent porter atteinte à vos valeurs fondamentales.

Le brouhaha incessant de vos adversaires est aussi abject que le silence de vos amis. Cette honte ne pèse pas sur vous, mais sur eux. Alors je souhaite affirmer au nom des amis et admirateurs de la France à quel point nous vous admirons pour votre résilience face aux tempêtes qui auraient déchiré des nations moins puissantes. En leur nom, je vous manifeste notre solidarité.

Valéry Giscard d’Esting en 5 phrases cultes.

En images sur quelques-unes de ses répliques les plus célèbres.

Valéry Giscard d’Estaing est mort ce mercredi à l’âge de 94 ans. Arrivé à l’Elysée en 1974, alors qu’il a moins de 50 ans, le jeune président laisse derrière lui l’image d’un homme qui voulait « dépoussiérer la politique », mais aussi celle d’un orateur avec des discours toujours très maîtrisés. Retour en images sur quelques-unes de ses répliques les plus célèbres.

• « Je voudrais regarder la France au fond des yeux »

Le 8 avril 1974, le président Georges Pompidou est mort depuis six jours. Valéry Giscard d’Estaing , son ministre de l’Economie et des Finances, prend la parole depuis Chamalières, petite commune du Puy-de-Dôme dont il est maire. Dans un discours parfaitement maîtrisé, il annonce alors sa candidature à l’élection présidentielle. La presse en retiendra une formule:

« Je voudrais regarder la France au fond des yeux, lui dire mon message et écouter le sien. »

Il deviendra président le 19 mai.

• « Vous n’avez pas le monopole du coeur »

Mai 1974. Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterand s’opposent pour le second tour de l’élection présidentielle. Pour la première fois, ils s’adonnent à un exercice inédit à la télévision française: un débat en direct devant les Français. Une repartie du futur vainqueur restera dans les annales.

Alors que le socialiste reproche à son rival de droite son « manque de coeur », et une « mauvaise redistribution des fruits de l’effort national », Valéry Giscard d’Estaing lui rétorque:

« Tout d’abord je trouve toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du cœur. Vous n’avez pas Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur! Vous ne l’avez pas… J’ai un cœur comme le vôtre qui bat à sa cadence et qui est le mien. Vous n’avez pas le monopole du cœur. »

Le Président confiera plusieurs années plus tard dans son autobiographie Le Pouvoir et La Vie, « Je crois que j’ai été élu président de la République grâce à cette phrase. »

• « Salut à toi 1975 »

Pour ses premiers voeux de président, le 31 décembre 1974, le locataire de l’Elysée, plus jeune président de la République, tente de dépoussiérer l’exercice. Après un prélude musical d’une petite trentaine de secondes, il apparaît au coin de la cheminée, assis dans son fauteuil. « Bonne année pour chacune et chacun de vous », commence le chef de l’Etat. Et de promettre: « pendant les quelques minutes où je vais vous parler, je ne voudrais ni vous ennuyer, ni vous attrister ». Il concluera avec une formule restée célèbre « adieu donc 1974 et salut à toi 1975 ».

• « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison »

Fin 1979, Valéry Giscard d’Estaing est secoué par « l’affaire des diamants ». Le 10 octobre, le Canard Enchaîné révèle que des diamants d’une valeur de 1 million de francs auraient été remis, en 1973, au président alors ministre des Finances, par le président de la République centrafricaine, Jean Bédel Bokassa.

Le lendemain, Le Monde reprend l’information et dénonce le silence de l’Elysée. Une semaine plus tard, le Canard Enchaîné publie une nouvelle note du président centrafricain qui mentionne de nouveaux dons de diamants.

Valéry Giscard d’Estaing reste silencieux. Interrogé sur Antenne 2 le 27 novembre, il ne fera qu’un seul commentaire: « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». Une contre-enquête du Point infirmera finalement la plupart des accusations.

• « Au revoir »

Le 19 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing, battu par François Mitterand au second tour de l’élection présidentielle, fait des adieux très solennels aux Français depuis l’Elysée.

« Je viens vous dire très simplement au revoir », explique-t-il. « Avant de vous quitter, je vous souhaite bonne chance, à chacune et à chacun d’entre vous. Bonne chance du fond du cœur, sans amertume pour les uns, et avec une chaude reconnaissance pour les autres. »

Si la séquence reste célèbre, c’est surtout pour sa fin. Valéry Giscard d’Estaing conclut son discours avec un « au revoir », puis il quitte simplement la pièce, la caméra filmant toujours et laissant l’image d’une chaise vide alors que retentit la Marseillaise.

Plus de trente ans après, invité d’Europe 1, l’ancien président racontera qu’il n’avait pas réalisé que la porte était si loin. « À la fin de mon texte, je voulais signifier que je partais. Ce qui consistait à me lever de mon siège et à partir. Simplement, je n’avais pas vu que le bureau était si loin de la porte. Je croyais que c’était à trois mètres. En fait, c’était à sept ou huit mètres. »