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Le variant Delta nous rend-il plus contagieux malgré le vaccin ?

Difficile de s’y retrouver dans les différentes annonces à propos de la contagiosité des personnes vaccinées

Le variant Delta nous rend-il plus contagieux malgré le vaccin ? On fait le point

                         Une injectiin de Pfizer en Israel. AFP

Le variant Delta nous rend-il plus contagieux malgré le vaccin ? On fait le point

Brouillard

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Études, annonces et prises de paroles se multiplient sur la résistance du variant Delta au vaccin. Sommes-nous toujours autant contagieux ? L’efficacité du sérum diminue-t-elle avec le temps ? « Marianne » fait le point sur l’état des connaissances sur le sujet.

L’un dit blanc, l’autre noir, d’autres brandissent le gris… Et plus personne ne comprend rien. Difficile de s’y retrouver dans les différentes annonces à propos de la contagiosité des personnes vaccinées mais infectées par le variant Delta à travers le monde. Outre-Atlantique, on crie à la catastrophe. Les masques sont de nouveau préconisés aux personnes vaccinées dans les zones les plus touchées par le virus.

Autre ton dans l’Hexagone. Jean Castex a assuré que « les analyses faites sur ces personnes (vaccinées, N.D.L.R.) montrent qu’en réalité elles n’ont plus de chance d’attraper la maladie ». Et son ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, de surenchérir : « Quand vous êtes vacciné, vous ne risquez pas de contaminer les autres, alors que si vous n’êtes pas vacciné, vous faites courir ce risque », a-t-il pointé sur France Info. Mais là, nouveau rebondissement : le journal Le Monde titre Covid-19 : de nouvelles données suggèrent que les personnes vaccinées peuvent transmettre le virus.

Vous ne savez plus qui écouter, et comment vous comporter si vous avez été vacciné ? Marianne fait le point sur l’état des connaissances à ce sujet avec Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes et président de la société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF).

PFIZER EST-IL MOINS EFFICACE AVEC LE VARIANT DELTA ?

Selon des données publiées par le ministère de la Santé israélien jeudi 22 juillet, le vaccin Pfizer ne protégerait plus qu’à 39 % contre le variant Delta. Cela signifie que les personnes ayant terminé leur cycle vaccinal avec le vaccin Pfizer n’ont plus que 39 % de risque en moins de contracter la maladie. Un taux relativement faible, et donc une annonce inquiétante.

Mais celle-ci est à prendre avec précaution, comme le souligne Le Monde. L’étude inclut par exemple assez peu de patients. « La marge d’erreur est donc potentiellement assez importante », tempère Pierre Tattevin. À noter que les données ne remettent pas en cause l’efficacité contre les formes sévères à modérées de la maladie, et donc la très haute protection contre les hospitalisations.

L’EFFICACITÉ DE LA VACCINATION DIMINUE-T-ELLE AVEC LE TEMPS ?

C’est une « explication probable »des chiffres avancés par Israël, selon Pierre Tattevin. « Peut-être que les personnes incluses dans cette étude ont reçu leur injection il y a plusieurs mois. » La campagne vaccinale a été lancée tôt dans l’État Hébreu, et un pourcentage important de personnes a sûrement été immunisé il y a plusieurs mois. « La protection évolue avec le temps », insiste l’infectiologue. On sait par exemple qu’il faudra sûrement une troisième dose mais quand faut-il l’injecter ? ». L’État hébreu lance par ailleurs une campagne de vaccination « complémentaire » avec une troisième dose pour les plus de 60 ans.

Les premières études portant sur l’efficacité des vaccins contre le variant Delta mettaient pourtant en avant des protections dépassant 90 % pour les technologies à ARN. Mais ces travaux avaient été menés peu de temps après le début de la campagne de vaccination.

En France, où la vaccination a pris de l’ampleur plus tard, seuls 6 % des nouveaux tests positifs du 28 juin au 4 juillet en France concernent des personnes complètement vaccinées, note la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).

VACCINÉS, EST-ON TOUJOURS AUSSI CONTAGIEUX ?

Aux États-Unis, une note alarmiste du centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) estime que le variant Delta est aussi contagieux que la varicelle, et met à mal la protection des vaccins. Surtout, ce même document mentionne que la charge virale des personnes vaccinées infectées par le variant Delta pourrait être aussi élevée que celles des non vaccinées. Or une charge virale élevée sous-entend que la personne est contagieuse. « Les vaccinés peuvent transmettre le virus, c’est un fait », confirmait le Dr Anthony Fauci, conseiller médical de la Maison-Blanche, mardi 27 juillet.

Une autre étude, chinoise cette fois, publiée le 7 juillet dans la revue Virological, montre que la charge virale est multipliée par 1 000 chez les patients atteints par le mutant Delta par rapport à la souche d’origine du Sras-Cov-2 (et non pas la souche Alpha, c’est-à-dire le variant britannique). « La quantité de virus est tellement importante chez les personnes malades qu’il se répand beaucoup plus vite », traduit Pierre Tattevin, qui juge l’étude « convaincante et bien menée ». Autre information de ces travaux : l’incubation plus courte avec ce mutant. Le pic de l’infection survient quatre jours après le contact à risque contre six avec les autres souches.

Sauf que la contamination dépend aussi d’autres facteurs. « La durée de portage de la maladie importe également », précise le scientifique. Ainsi, il se pourrait par exemple que l’infection dure moins longtemps chez les immunisés. « Dans ce cas, forcément, la probabilité qu’ils contaminent quelqu’un d’autre diminue », insiste le Pr Tattevin. En bref, cette charge virale équivalente ne permet pas de conclure directement sur la contagiosité équivalente des piqués et non piqués.

POUR CONCLURE

Ces mauvaises nouvelles ne remettent pas pour autant en cause l’importance de la vaccination. Elle réduit tout de même grandement le nombre d’infections, mais aussi le nombre de formes graves. Pour autant, les données sur la contagiosité et l’efficacité vaccinale sont mouvantes. « On aimerait avoir un chiffre définitif de l’efficacité vaccinale à présenter, mais c’est encore tôt », assure le scientifique. À la fois parce que l’efficacité varie probablement au cours du temps, et parce que la contagion ne dépend pas uniquement du statut vaccinal, mais aussi des conditions, par exemple extérieures ou intérieures, ou encore du respect des gestes barrières.

« Quoi qu’il en soit, les personnes vaccinées sont tout de même protégées, et transmettent moins le virus », conclut le Pr Tattevin. Ce qui justifie malgré tout, selon l’infectiologue rennais, « de continuer à porter son masque en intérieur et lors des situations à risque, même vacciné ». Et de conclure : « le vaccin est une arme, pas une solution miracle. »

À LIRE AUSSI : La crise du Covid a donné des ailes aux gourous de la santé et aux complotistes

Flux migratoires : Si le Maroc se sent maltraité…

… il peut vite faire pression sur l’UE

Flux migratoires : "Si le Maroc se sent maltraité, il peut vite faire pression sur l'UE"

                               Anadolu Agency via AFP

Flux migratoires : “Si le Maroc se sent maltraité, il peut vite faire pression sur l’UE”

Immigration

Par Robin Lemoine

Depuis plusieurs années, l’Union européenne signe des partenariats avec le Maroc ou la Turquie – parfois très chers –  avec 6 milliards d’euros versés pour le seul Erdogan – pour limiter les entrées de migrants sur le territoire européen. Une stratégie d’externalisation à double tranchant, qui explique en partie les événements récents de Ceuta.

Lundi dernier, à la suite d’un conflit diplomatique lié au Sahara occidental – Madrid a autorisé fin avril l’hospitalisation d’un leader indépendantiste sahraoui du Front Polisario provoquant l’ire du royaume chérifien – les autorités marocaines ont laissé passer près de 8 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta. Un événement inédit alors que le royaume fait office de gendarme frontalier au service de l’Union européenne. Mais comment l’UE gère-t-elle ses frontières ? Sous quels traités et partenariats ? Pourquoi ces accords ne permettent-ils pas d’éviter ce genre de chantages et de dérives ? Décryptage avec Mehdi Alioua, sociologue, enseignant chercheur à Sciences Po Rabat de l’Université Internationale de Rabat et spécialiste des questions migratoires.

Marianne : Quels sont les traités qui encadrent les relations migratoires entre le Maroc et l’Union Européenne ?

Mehdi Alioua : Il n’existe pas de traité spécifique entre l’Union européenne et le Maroc. Tout simplement parce que la gestion des frontières européennes reste une compétence des Etats limitrophes avec les pays hors UE – comme l’Espagne avec le Maroc ou la Bulgarie avec la Turquie. L’UE se doit néanmoins d’aider financièrement ces pays membres dans leur mission.

Entre le Maroc et l’UE il existe en revanche un “partenariat pour la mobilité” signé en 2013. Ce partenariat est seulement déclaratif, il ne relève donc pas du droit international. (Cette coopération a été mise en place pour faciliter les procédures d’octroi des visas notamment pour les hommes d’affaires, les étudiants ou encore les chercheursNDLR). Avec le Maroc, il s’agit aujourd’hui du principal outil officiel de Bruxelles pour limiter l’immigration et accroître sa politique sécuritaire. Il arrive cependant que l’Union européenne signe des accords bi-latéraux avec des pays extérieurs qu’elle paie parfois très cher : je pense notamment à l’accord UE-Turquie de 2016, qui a couté 6 milliards d’euros à Bruxelles pour cogérer les flux migratoires partant des plages turques et limiter les entrées en Europe.

Sur la gestion migratoire, quelles sont les relations entre le Maroc et l’Espagne ?

Il faut d’abord préciser que ces deux pays ont une histoire en commun assez forte et que l’histoire coloniale espagnole a fortement marqué les esprits marocains. Avec l’Espagne, il y a eu en 1992 un traité important qui a introduit à la fois des accords sur les mineurs marocains et les non-ressortissants. En ce qui concerne l’enclave espagnole de Ceuta, située au nord du Maroc, il existe des accords simplement diplomatiques. Rabat est certes aidé par l’UE pour surveiller cette frontière, mais les autorités marocaines consentent surtout à la surveiller pour avoir une bonne relation avec l’Europe. Depuis 2013, pour 200 millions d’euros étalés sur 7 ans, Rabat joue le rôle du gendarme ultra-répressif. Reste que le Maroc prend des risques considérables. Pour ses propres citoyens d’abord, puisqu’en surveillant cette frontière, le royaume subit de fortes pressions de la part de groupes terroristes, sans compter les critiques permanentes des ONG humanitaires qui ternissent régulièrement son image en matière de droits de l’Homme. De fait, si le Maroc se sent maltraité, abandonné ou encore stigmatisé, comme c’est le cas aujourd’hui avec le Sahara occidental, il peut très vite décider de faire pression en omettant de surveiller une partie de la frontière.

Dans quelle mesure cette stratégie européenne d’externalisation du contrôle migratoire est-elle efficace ?

Ces accords permettent à l’UE, qui ne peut contrôler ses frontières, d’avoir une certaine mainmise sur la question migratoire. Mais ils sont problématiques sur plusieurs points. D’abord dans leur esprit, qui consiste à considérer l’immigration comme un phénomène exclusivement néfaste. Ensuite, parce que ces accords bilatéraux continuent de faire des millions de victimes. Rappelons que 80% des personnes qui meurent sur les routes migratoires qui mènent vers l’Europe meurent aux frontières de l’UE. Cela devrait beaucoup plus choquer. Enfin, parce que cette externalisation laisse à des pays comme le Maroc mais plus encore comme la Turquie un levier de pression très puissant en cas de conflit diplomatique. 

A LIRE AUSSI : Entre solidarité et exaspération, les habitants de Ceuta confrontés à l’afflux migratoire

Une nouvelle vidéo d’Al-Qaïda.

Elle menace la France, les préfets appelés à la « vigilance ».

Dans une vidéo diffusé le 15 juillet, l’organisation terroriste islamiste Al-Qaïda a condamné une nouvelle fois « le blasphème incarné par les caricatures de Mahomet ». Dans cette courte vidéo, la France est « vilipendée », a écrit Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur dans une note datée de mercredi et consultée par l’AFP.

Cette semaine, face à la menace terroriste, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est adressé aux préfets pour les appeler à rester « vigilant ». Les mesures de sécurité devront être maintenu à un « haut niveau » durant les grandes vacances scolaire, spécifiquement en juillet et août, a demandé Darmanin.

Le président de la République et le ministre de l’Intérieur sont “explicitement visés et cités”

Cette demande fait notamment suite à la vidéo qui vise explicitement Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, président de la République. La demande a également été formulée en « prévision de l’ouverture en septembre, à Paris, du procès des attentats du 13 Novembre 2015 » rapporte le média Nice Matin. En effet, le procès des attentats du Bataclan, du stade de France et des terrasses des 10e et 11e arrondissements est prévu du 8 septembre au 25 mai 2022. Or, les autorités craignent qu’une nouvelle attaque ait lieu, comme ce fut le cas en plein procès des attentats de Charlie Hebdo.

Pour rappel, en septembre dernier deux journalistes avaient été grièvement blessées à l’arme blanche à Paris, près des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. Les faits s’étaient déroulé le vendredi 25 septembre 2020, dans la rue Nicolas-Appert, dans le 11ème arrondissement. Il s’agit de l’endroit où avait eu lieu l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. 

Ainsi, pour s’assurer qu’un nouveau drame ne se produise pas, des nouvelles consignes de sécurité vont être transmises aux préfets à la rentrée, nous informe Ouest France.

Sources : AFP Ouest-France

“Diversité” : l’un des poncifs les plus idiots de la classe politique

Diversité. Ce mot ne fait en réalité qu’assigner chacun à une identité de groupe, ce qui contredit la loi et l’esprit de la République française.

Sarah El Haïry, une ministre face au “New York Times”

Le grand moment d’incompréhension, voire d’hostilité, que vous avez connu à Poitiers

Sarah El Haïry, une ministre face au "New York Times"

“À aucun moment, le NYT ne tente de discuter du fond de ma position. Ils ont simplement cherché ce qui décrédibiliserait ma réponse”.  © D.R.
Propos recueillis par

Dans un article publié la semaine dernière, le quotidien américain est revenu sur le débat houleux qui avait opposé, en octobre 2020 à Poitiers, Sarah El Haïry à des jeunes réfractaires au principe de laïcité. Le « NYT » prend leur parti et décrit une France « laïque et daltonienne ». Dans « Marianne », la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès de Jean-Michel Blanquer pourfend cette « lecture binaire » du « New York Times ».

Marianne : Le « New York Times » décrit une France « laïque et daltonienne ». Que répondez-vous ?

Sarah El Haïry : C’est une lecture extrêmement basique qui nie notre histoire et notre identité. « Daltonien », cela veut dire qu’il n’y a aucune nuance, aucune complexité, aucune diversité. Et c’est l’extrême opposé de l’universalisme. La lecture que fait le New York Times de notre pays, de notre société, est binaire. Soit vous êtes intersectionnel pro-woke, soit vous êtes juste un réac’ républicain. Alors que si l’on prend notre histoire, elle est faite de beaux moments et d’autres plus compliqués. Elle est faite de victoires et de défaites. Elle est surtout faite d’un commun et donc d’une lecture qui ne repose pas sur la différence ou sur la communauté à laquelle on se rattache, à la différence des Américains. Aujourd’hui, malheureusement, certains ont décidé de chausser des lunettes américaines pour observer notre société, alors que nous n’avons ni la même histoire, ni le même héritage.

Le grand moment d’incompréhension, voire d’hostilité, que vous avez connu à Poitiers est donc lié selon vous à une américanisation des esprits ?

À ce moment-là, c’était moins le prisme américain, la cancel culture, qui pousse à déboulonner nos statues, à changer les titres des livres, à regarder le passé avec les lunettes d’aujourd’hui, une vision du monde qui va chercher la somme des différences pour opposer et fragmenter au lieu d’unir. À Poitiers, c’était plutôt le pan de la victimisation, qui est un syndrome ayant au fond les mêmes racines : « Je suis victime de discriminations et je vais prendre comme étendard exclusif la cause que je défends », alors que la promesse universaliste, la promesse française, c’est de lutter contre les discriminations, car nous faisons corps, nous faisons Nation, car notre destin est lié.

« Nous ne pouvons pas nous définir par notre propre discrimination. »

Parce que nous sommes une grande Nation, parce que nous sommes les héritiers de Félix Éboué, de tellement de grands hommes quelle que soit leur couleur ou leur histoire, celui qui discrimine est celui qui attaque toute la communauté nationale, et notre réponse ne peut être que commune. Cela n’empêche en rien de lutter avec fermeté contre les discriminations, comme nous le faisons par exemple à travers la plate-forme de signalement dédiée souhaitée par le président de la République et qui a été mise en place en février dernier. En revanche, nous ne pouvons pas nous définir par notre propre discrimination mais au contraire par la force du collectif auquel nous appartenons, la France.

Vous seriez face à un double front : celui des jeunes qui se définissent comme offensés et la vision communautariste américaine qui s’y superpose. Comment démêle-t-on cet écheveau ?

Il faut que ces jeunes prennent conscience que ces discours victimaires les condamnent. Quand vous avez 14-15 ans et que la seule énergie que vous avez est de vous dire que vous êtes une multivictime de multidiscriminations parce que vous vivez en France, c’est ne plus avoir d’énergie pour entreprendre, pour croire en son avenir, pour étudier. Je me considère comme antiraciste, et ce n’est pas pour autant que je suis pro- « réunions non mixtes racialistes ». Ce nouveau racialisme est le racisme d’aujourd’hui.

À LIRE AUSSI : “Chez les jeunes professeurs, on constate une vision minimaliste de la laïcité”

On ne regarde plus le combat citoyen des Français contre ces discriminations mais la couleur de peau pour savoir si celui qui parle est légitime ou non. Moi-même, je me définis bien entendu comme française. Mais, dans le regard de ces racialistes-là, je suis une traîtresse, parce que je suis la fille d’une première génération avec deux parents nés à l’étranger. Avec mes gènes, ils ne comprennent pas comment je peux tenir un discours aussi universaliste. Eux sont en train de créer une nouvelle génération d’offensés, de victimes.

Le « New York Times » vous renvoie à la question sociale. Vous auriez cette position idéologique car vos parents s’en sortaient bien…

À aucun moment ils ne tentent de discuter du fond de ma position. Ils ont simplement cherché ce qui décrédibiliserait ma réponse. Ils ignorent que, dans ma vie familiale, nous avons eu des moments difficiles et suffisamment difficiles pour avoir besoin d’aides sociales. Je suis issue d’une famille monoparentale avec les difficultés économiques et sociales que cela comporte. C’est l’école de la République qui m’a permis de me construire, c’est aussi un État protecteur qui ne fait pas la différence entre ses enfants, qui soigne, qui loge. Et fait bouclier.

Certains jeunes interrogés estiment que la police peut-être à la fois républicaine et raciste. Ils font référence aux contrôles au faciès.

C’est le strict opposé. Une institution telle qu’elle est construite, par essence, on ne peut pas la qualifier de raciste. On voit bien la suite de leur propos : l’État est raciste, la France est raciste. Il y a effectivement eu des États racistes, dans le monde et dans l’histoire. Un État raciste est un État qui fonde une différence sur la couleur de peau ou sur une religion, qui donne le droit ou pas d’entrer dans un endroit, d’accéder à certains métiers. Est-ce qu’il y a des discriminations dans notre société ? Oui et elles sont multiples : racistes, antisémites, misogynes, homophobes, transphobes… Toutes ces discriminations méritent de faire bloc.

« Aujourd’hui, on s’est tellement endormi sur ces sujets que l’on n’ose plus aller au combat. La génération woke, ce serait notre avenir, le visage de notre pays dans les 10-15 prochaines années ! »

C’est pour cela que l’on forme nos forces de l’ordre à recueillir la parole, que nos forces de l’ordre ont des caméras. Mais il faut rappeler que ces femmes et ces hommes qui s’engagent, s’engagent pour protéger, font le choix de servir. Ce n’est pas en ciblant des remparts, ceux qui défendent les plus en difficulté, qu’on s’en sort. Notre société n’est pas parfaite mais, institutionnellement, elle est juste. Parce qu’elle est Républicaine, elle ne fait pas de différence ni dans ses lois ni dans ses textes entre les Hommes.

La pénétration des thèses anglo-saxonnes chez les jeunes, comme l’avait montré notre sondage Ifop pour Marianne l’automne dernier, est réelle. Que répond-on à des adolescents ou des jeunes adultes pour qui « le privilège blanc » est un présupposé ?

On repose des repères, on les refait vivre ensemble, on recrée de la fierté en leur redonnant des cadres historiques. On l’a vu avec le Service national universel. On réunit 15 000 jeunes qui viennent de toute la France, de différents milieux sociaux : iI n’y a plus de commun. Il faut leur apprendre pourquoi on est fier d’être Français, leur rappeler que le président du Sénat a été un homme noir, comment les combats à mener sont des combats pour l’égalité et pas d’opposition entre les communautés.

Aujourd’hui, on s’est tellement endormi sur ces sujets que l’on n’ose plus aller au combat. La génération woke, ce serait notre avenir, le visage de notre pays dans les 10-15 prochaines années ! Où va-t-on si on ne transmet pas l’esprit critique et la capacité à défendre les grands héritages, la liberté d’expression et la liberté de conscience ? Quand, à Poitiers, certaines jeunes affirment qu’il faut interdire à des journalistes de parler d’islam car ils seraient pro-israéliens, cela m’inquiète. Quand ils expliquent qu’ils veulent le retour des signes religieux dans les établissements scolaires, cela m’inquiète.

Mais nous y arriverons en faisant front. Jean-Michel Blanquer le fait depuis 2017 et il a été l’un des rares à assumer cette bataille. C’est pour cela que je suis fière d’être à ses côtés. Depuis Poitiers, nous travaillons sur le renforcement des modules « principes de la République » pour le BAFA pour tous ces jeunes qui encadrent nos enfants. On a sorti un vade-mecum de la laïcité dans les accueils collectifs de mineurs. Il faut une réponse culturelle et universitaire. Il ne faut pas vouloir éviter ce nécessaire combat. À Poitiers, comme je cherchais du commun, j’ai chanté la Marseillaise.

Vous ne l’avez pas trouvé, ce commun…

Pas là. Mais les messages ont été passés et ce n’est pas pour autant que je renonce.

 “La politique de la ville doit être un outil privilégié de fabrication du creuset républicain”

Palestiniens d’Israël.

Un coup porté au mythe de la « coexistence »

Un parti arabe, le Raam, a contribué à la constitution du gouvernement israélien qui poursuit largement les pratiques d’apartheid et la colonisation. Les mobilisations du printemps en solidarité avec Jérusalem-Est et Gaza ont pourtant rappelé la solidité des liens unissant toutes les composantes du peuple palestinien.

Jaffa, 18 mai 2021. Manifestation des Palestiniens d’Israël contre le bombardement de Gaza et l’occupation Ahmad Gharabli/AFP

Le rôle crucial joué par les Palestiniens d’Israël dans la récente crise a ébranlé bien des certitudes. Citoyens de seconde zone, ils ont exposé avec leurs mobilisations la réalité des discriminations matérielles et symboliques qui frappent les descendants des autochtones restés sur leur terre lors de la création d’Israël. La flambée de violence dans les villes dites « mixtes »1 a fait exploser le mythe d’une coexistence harmonieuse entre communautés qui n’a, en réalité, jamais été pacifique pour le groupe dominé.

Surtout, ils ont rappelé les similitudes entre leur propre condition et celle du peuple palestinien dans son ensemble. Cheikh Jarrah, Al-Aqsa, Gaza : les références à l’oppression subie dans les territoires occupés étaient sur toutes les lèvres. Cette dynamique de solidarité inédite depuis le déclenchement de la deuxième intifada a culminé avec la grande « grève pour la dignité » du 18 mai 2021 des travailleurs palestiniens, fortement suivie des deux côtés de la Ligne verte. Elle sanctionne l’incapacité d’Israël à dissoudre le problème palestinien au sein de ses frontières reconnues. Depuis sa création, ce dernier s’échine en effet à réprimer l’affirmation nationale de ses citoyens palestiniens, significativement qualifiés d’« Arabes israéliens » afin de gommer l’origine coloniale de l’oppression à laquelle ils sont confrontés.

MIROIR INVERSÉ

Ce retour inattendu de la centralité de la cause nationale parmi la minorité palestinienne tranche avec une dynamique presque symétriquement opposée au sein de son establishment politique. Début 2021, la Liste unifiée, coalition qui regroupait par intermittence depuis 2015 les partis représentant les intérêts de la minorité arabe dans le Parlement israélien était fragilisée par le départ du parti islamiste Raam. Son leader Mansour Abbas manifestait en effet de manière de plus en plus ouverte son souhait de rompre avec ce qui faisait le ciment de cette alliance hétéroclite : le lien entre le combat pour les droits des Palestiniens des territoires occupés et ceux d’Israël. Ces derniers, estimait Mansour Abbas, devaient désormais avant tout réfléchir à défendre leurs propres intérêts. Délestés du boulet que représenterait la cause palestinienne, ils pourraient alors envisager des partenariats prometteurs avec une droite nationaliste qui, toute colonialiste et suprématiste qu’elle soit, n’en est pas moins durablement installée au pouvoir. Transgression ultime, Mansour Abbas manifestera de manière ostentatoire sa complicité avec Benyamin Nétanyahou, profilant son parti en pivot du jeu politique israélien.

Si cette approche a constitué un point de rupture pour ses anciens alliés, elle a été accueillie à bras ouverts par le monde politique et médiatique israélien. « Au fur et à mesure que la cause palestinienne s’estompe dans le monde arabe, elle s’estompe également parmi les Arabes israéliens », écrivait avec enthousiasme le Times of Israel en novembre 2020. Après les accords de normalisation intervenus quelques mois plus tôt entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe, ce serait donc au tour des citoyens palestiniens d’Israël de faire preuve de « pragmatisme ».

L’unité palestinienne manifestée lors des soulèvements de mai et avril n’a pas empêché Mansour Abbas et son parti, qui se sont dissociés autant que possible des mobilisations — y compris pacifiques — d’aller au bout de leur logique. La poussière des bombardements de Gaza à peine retombée, ceux-ci ont contribué de façon décisive à la conclusion d’un accord de gouvernement destiné à écarter Nétanyahou du pouvoir. Comme attendu, nulle mention de la question palestinienne de sa part, mais un plan substantiel d’investissement dans les localités arabes, la reconnaissance d’une poignée de villages bédouins dans le Néguev et une suspension temporaire des destructions des bâtiments construits sans permis. De manière tout aussi prévisible, cette collaboration arabo-sioniste a’été considérée par les commentateurs politiques comme un signe de l’ouverture de la société israélienne et de la vitalité de sa démocratie.

PERSISTANCE DE L’APARTHEID

Chez les Palestiniens, les réactions ont été nettement moins élogieuses. La faible espérance de vie de ce gouvernement qui va de la gauche sioniste à l’extrême droite annexionniste laisse planer le doute sur l’obtention effective de mesures en faveur des Arabes, d’autant qu’il est dans un premier temps dirigé par le héraut du courant messianique suprémaciste juif, Naftali Bennett. Plus fondamentalement, beaucoup ont critiqué l’absence de réponses aux causes profondes des inégalités raciales en Israël. Des dispositions discriminatoires aussi structurelles que la loi État-Nation de 2018qui ravale les minorités non juives à un statut de seconde zone, ou la loi Nakba de 2011 qui empêche de commémorer la grande expulsion des Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël sont maintenues.

De même, les islamistes et la gauche sioniste ont soutenu avec une relative facilité le prolongement de l’interdiction faite aux Palestiniens des territoires occupés d’accéder à la citoyenneté israélienne grâce au regroupement familial2. « Si l’objectif poursuivi est l’égalité, il n’est pas possible d’isoler la question arabe israélienne de la question palestinienne dans son ensemble, dans la mesure où l’oppression des différentes parties du peuple palestinien répond, à des degrés variables, à la même philosophie d’apartheid », analyse Naim Moussa du Centre Mossawa, qui promeut l’égalité des citoyens arabes.

De fait, le soulèvement de la rue palestinienne du Jourdain à la Méditerranée conforte le constat désormais largement partagé par les organisations de défense des droits humains : l’existence d’un régime de suprématie raciale sur l’ensemble du territoire contrôlé par Israël. Le cantonnement des 18 % de Palestiniens d’Israël sur 3 % des terres, l’impossibilité d’obtenir un permis de construire, ou encore la judaïsation à marche forcée par des colons fanatiques de quartiers arabes font ainsi furieusement écho à la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. De même, la répression impitoyable de ces manifestations, parfois avec le soutien de supplétifs extrémistes venus des colonies, et la vague d’arrestations massivesqui s’en est suivi (plus de 2 000 depuis début mai 2021), évoquent les méthodes contre-insurrectionnelles pratiquées dans les territoires occupés.

Dans ce contexte, beaucoup craignent un ravalement de façade laissant intactes les structures institutionnelles de domination. « Les quelques avancées obtenues par le Raam ne sont pas très différentes de celles obtenues de façon ponctuelle grâce à notre travail parlementaire, à cette différence que nous n’avions alors pas à payer le prix d’un soutien à un gouvernement qui perpétue l’occupation, les colonies et la discrimination raciale », observe Raja Zaatry du parti communiste israélien (Hadash), principale composante de la Liste unifiée.

RÉVOLUTION OU CONTRE-RÉVOLUTION ?

Au surplus, la révolution tant célébrée dans les relations judéo-arabes n’en est pas une. « L’histoire est pleine de ces soi-disant dirigeants palestiniens qui ont effectivement vendu la cause de leur peuple pour leur bénéfice personnel », relève le journaliste et militant Rami Younis, originaire de Lod-Lydda, qui rappelle la participation des partis satellites arabes aux premiers gouvernements travaillistes ou la cooptation des notables locaux sous le régime d’administration militaire de 1948 à 1966. Comme en son temps, ce partenariat d’élite à élite ne rejaillira sans doute pas sur les rapports intercommunautaires dans la société. L’inclusion du Raam résulte avant tout d’une arithmétique parlementaire qui l’a rendu indispensable. Elle est donc peu susceptible d’effacer des années d’incitation à la haine contre la minorité arabe de la part de ceux-là mêmes qui encensent aujourd’hui l’attitude de Abbas. Du reste, avec quatre sièges, son parti est certes le premier de sa communauté si l’on comptabilise séparément les six obtenus par la Liste unifiée, mais dans un contexte de taux d’abstention record des localités arabes (55,4 % contre 33,6 en 2020), largement provoquée par la division de la représentation politique palestinienne3.

SCEPTICISME FACE AUX ÉLECTIONS

Pour autant, il n’est pas dit que la séquence imposée par la rue palestinienne profitera à la Liste unifiée. Le déclenchement des soulèvements d’avril et mai hors de tout cadre centralisé constitue en effet un désaveu général pour l’establishment politique palestinien, qui fait écho au divorce entre l’Autorité palestinienne (AP) et les mobilisations nées simultanément en Cisjordanie. Il est à cet égard significatif que les villes « mixtes » dans lesquelles ils se sont produits soient également celles où la population arabe a le plus largement boycotté les urnes le 23 mars 2021.

Ces mobilisations spontanées témoignent dès lors d’un profond scepticisme quant à l’efficacité de la participation palestinienne au jeu politique israélien. « Les Palestiniens se sont fortement déplacés en 2020 pour placer la Liste d’unité en troisième position et à son plus haut score, uniquement pour être ensuite rejetés par le système »,explique Amjad Iraqi sur le site +972 Magazine, en référence au dialogue avorté entamé en 2020 afin de hâter le départ de Nétanyahou entre le chef de l’opposition Benny Gantz et Ayman Odeh, le dirigeant de Hadash. L’ambition de ce dernier de faire progresser un partenariat judéo palestinien basé sur la prise en compte de la question palestinienne au sens large et l’engagement à combattre les inégalités dans leur ensemble s’est fracassée sur l’hostilité persistante de l’opinion juive majoritaire.

« Mansour Abbas a fait la même erreur qu’Ayman Odeh. Ces trois dernières années étaient un examen pour nos représentants politiques, et malheureusement ils ont échoué deux fois », estime Rawan Bisharat, militante originaire de Jaffa et ancienne codirectrice de l’association pour le dialogue judéo-arabe Sadaka-Reut. « Le fossé entre la nouvelle génération qui est descendue dans les rues et l’ancienne qui s’est montrée incapable de comprendre l’escalade à laquelle on a assisté est aujourd’hui manifeste. La Knesset n’est plus le lieu pertinent pour faire avancer nos droits, et nous devrons envisager notre contribution de manière différente à l’avenir. »

« La participation aux élections reste un levier pour défendre les droits du peuple palestinien dans son ensemble, d’autant plus si nous nous mobilisons largement », veut croire Naim Moussa. Poursuivre sur cette voie nécessitera toutefois de tenir compte des évolutions de la société arabe en Israël dans sa diversité. La persistance sur le long terme des inégalités parmi les plus précaires les rend pour leur part sensibles aux propositions consistant à améliorer immédiatement leur quotidien, aussi aléatoires soient-elles tant qu’il ne sera pas mis fin au régime discriminatoire visant le peuple palestinien dans son ensemble.

GRÉGORY MAUZÉ  Politologue et journaliste.