EXPERT EN RADICALISATION ET DERIVES
Articles les plus vus
Catégories
Partenaire
Visites

Radicalisation

Une nouvelle vidéo d’Al-Qaïda.

Elle menace la France, les préfets appelés à la « vigilance ».

Dans une vidéo diffusé le 15 juillet, l’organisation terroriste islamiste Al-Qaïda a condamné une nouvelle fois « le blasphème incarné par les caricatures de Mahomet ». Dans cette courte vidéo, la France est « vilipendée », a écrit Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur dans une note datée de mercredi et consultée par l’AFP.

Cette semaine, face à la menace terroriste, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est adressé aux préfets pour les appeler à rester « vigilant ». Les mesures de sécurité devront être maintenu à un « haut niveau » durant les grandes vacances scolaire, spécifiquement en juillet et août, a demandé Darmanin.

Le président de la République et le ministre de l’Intérieur sont “explicitement visés et cités”

Cette demande fait notamment suite à la vidéo qui vise explicitement Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, président de la République. La demande a également été formulée en « prévision de l’ouverture en septembre, à Paris, du procès des attentats du 13 Novembre 2015 » rapporte le média Nice Matin. En effet, le procès des attentats du Bataclan, du stade de France et des terrasses des 10e et 11e arrondissements est prévu du 8 septembre au 25 mai 2022. Or, les autorités craignent qu’une nouvelle attaque ait lieu, comme ce fut le cas en plein procès des attentats de Charlie Hebdo.

Pour rappel, en septembre dernier deux journalistes avaient été grièvement blessées à l’arme blanche à Paris, près des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. Les faits s’étaient déroulé le vendredi 25 septembre 2020, dans la rue Nicolas-Appert, dans le 11ème arrondissement. Il s’agit de l’endroit où avait eu lieu l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. 

Ainsi, pour s’assurer qu’un nouveau drame ne se produise pas, des nouvelles consignes de sécurité vont être transmises aux préfets à la rentrée, nous informe Ouest France.

Sources : AFP Ouest-France

Une femme condamnée pour avoir planifié un attentat islamophobe

En Allemagne, une quinquagénaire a été condamnée pour avoir planifié un attentat à la bombe incendiaire visant la communauté musulmane. 

En Allemagne, une quinquagénaire a été condamnée, vendredi 30 juillet, à six ans de prison par un tribunal de Munich pour avoir adressé une série des menaces à des responsables politiques bavarois entre décembre 2019 et mars 2020, et pour avoir planifié un attentat à la bombe incendiaire visant la communauté musulmane. 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 58025356-42899411.jpg.

La femme âgée de 55 ans, praticienne en médecine alternative, décrite comme « fermement déterminée »à commettre un attentat islamophobe selon le président du tribunal Richter Michael Hohne, s’était procurée du matériel pour fabriquer une bombe incendiaire, rapporte Daily Sabah. Elle avait été inculpée en janvier dernier, quelques mois après son arrestation en septembre 2020. 

Selon le juge, il ne faisait aucun doute qu’elle agissait sur la base d’idées néo-nazies, soulignant ses contacts avec des partisans – condamnés – du National Socialist Underground (NSU), un groupuscule allemand d’extrême droite à l’origine de plusieurs attentats et crimes racistes dans les années 2000 en Allemagne.

Lire aussi : 
L’Islamkolleg inauguré, pour des imams « made in Germany »
Allemagne : une mosquée vandalisée deux fois en moins de deux semaines
Allemagne : un projet d’attentat contre les musulmans sur le triste modèle de Christchurch déjoué

Rédigé par Lina Farelli | Samedi 31 Juillet 2021 à 10:45

 

Afghanistan: la déroute des Occidentaux

Une aubaine pour d’autres puissances qui en profitent pour tenter de s’imposer dans la région, où les enjeux ne sont pas des moindres.

Vingt ans, c’est long. Après deux décennies passées à essayer d’affaiblir les talibans, les troupes américaines quittent définitivement l’Afghanistan, comme l’avait annoncé Donald Trump et comme l’a confirmé Joe Biden, suivies des armées de toutes les puissances occidentales. Mais ils ne laissent pas derrière eux un pays pacifié, bien au contraire. Les talibans ne cessent de gagner du terrain, pour le plus grand malheur des populations locales. Une aubaine pour d’autres puissances qui en profitent pour tenter de s’imposer dans la région, où les enjeux ne sont pas des moindres.

Passez une bonne journée, chers abonnés, et un très bon week-end! Il n’y aura pas de lettre lundi prochain, j’espère que vous ne m’en voudrez pas. Nous nous retrouvons sans faute mardi matin.

Louise Darbon

Afghanistan: la déroute des Occidentaux

 
D’anciens moudjahidines en armes à la périphérie de la province d’Herat, en Afghanistan, le 10 juillet 2021. JALIL AHMAD/REUTERS
 

Rien ne semble pouvoir faire reculer les talibans. Après vingt ans de conflit entre le gouvernement et le groupe islamiste, ce dernier prend le dessus. Il grignote les territoires les uns après les autres, terrorise et tue militaires et civils. Les Américains, même s’ils sont sur le départ, continue de soutenir l’armée afghane, au moins jusqu’à leur retrait définitif prévu à la fin du mois d’août. Sans le soutien militaire des puissances occidentales, l’armée officielle doit se débrouiller seule et gérer les désertions en nombre et les potentiels affrontements entre milices qui leur viennent en aide. À l’arrière, les expatriés, humanitaires et diplomates fuient les uns après les autres.

Une situation en forme d’aubaine pour deux pays qui se positionnent en remplacement de l’Occident. La Chine, par exemple, s’arrange pour faire ami-ami avec les deux camps opposés de manière à bien s’en sortir diplomatiquement, quelle que soit l’issue du conflit. La Turquie, elle aussi, tente de jouer sur les deux tableaux. Ankara contrôle désormais l’aéroport de Kaboul mais assure aussi, par la voix de son président, ne pas avoir de problème avec l’idéologie talibane. Un bon moyen de ne pas se créer de problèmes. Et le pays peut compter pour cela sur une solide armée de mercenaires qui n’est pas sans rappeler les «Wagner» russes. D’ailleurs, du côté du Kremlin, on cherche à s’assurer que les violences perpétrées par les talibans ne viennent pas trop secouer le voisinage, notamment les pays qui étaient anciennement sous la coupe soviétique. Dans la région, l’alliance Russie-Turquie est solide, prête à résister à toute épreuve et à combler le vide laissé par l’Occident.

L’Inde, enfin, est très vigilante et ne reste pas bien loin, elle qui craint que l’Afghanistan ne se constitue comme base arrière pour les groupes terroristes soutenant la cause pakistanaise. Pour ne chiffonner personne, le pays continue ses discussions avec les talibans, espérant que le pouvoir puisse se partager entre les différentes forces politiques et militaires en puissance. Les talibans, eux, ne veulent rien entendre et appellent tous les groupes qui s’opposent à eux à capituler. Ils ont le mérite de la clarté.

• L’éditorial

Philippe Gélie. Le Figaro

En dépit de leur puissance, de leur volontarisme et de leur prosélytisme démocratique, les États-Unis et leurs alliés n’ont fait que bâtir sur du sable durant deux décennies en Afghanistan. Après y avoir englouti des milliers de vies et des milliards de dollars, à peine plient-ils bagage que leur legs se délite sous leurs yeux. Les talibans se trouvent à nouveau aux portes du pouvoir, l’armée afghane menace de se disloquer, milices et seigneurs de la guerre réapparaissent, la République et ses institutions ne tiennent plus qu’à un fil.

Désastre complet, qui annonce au moins trois types de régression. D’abord pour la population afghane, en particulier les femmes et la jeunesse qui avaient goûté au parfum de la liberté, bientôt condamnées à choisir entre un islamisme moyenâgeux et une nouvelle guerre civile. Sur le front terroriste ensuite, avec le retour d’al-Qaida, resté proche des talibans, et de la branche locale de l’organisation État islamique, qui inquiète de l’Inde à l’Iran. Sur le plan géopolitique enfin, avec le déploiement instantané des Russes et des Turcs, impatients de reprendre pied en Asie centrale : les premiers aux confins tadjik et ouzbek de l’ancien empire soviétique, qu’ils soutiennent face aux risques de débordement du conflit et d’afflux de réfugiés ; les seconds à Kaboul même, où les Américains ont cru bon de leur confier la sécurité de l’aéroport, c’est-à-dire leur sortie de secours… Syrie, Libye, Haut-Karabakh hier, Afghanistan aujourd’hui, Liban demain peut-être : le tandem russo-turc a pris la troublante habitude d’occuper le vide laissé par les Occidentaux.

On se demande lequel de ces spectacles tragiques et humiliants va le plus secouer les opinions aux États-Unis et en Europe. Pour l’instant, la décision de Joe Biden de se retirer d’Afghanistan sans autre forme de précaution reçoit l’approbation lassée d’une majorité d’Américains. Mais c’est avant que ne s’étalent sous leurs yeux le gâchis de leurs efforts passés et le drame renouvelé des prochaines violences. Ce jour-là, l’orgueil blessé des conquérants vaincus pourrait faire payer dans les urnes au brave commandant ayant ordonné la retraite ce que les Afghans vont payer de leur sang.

Le Parlement adopte le projet de loi contre “le séparatisme”

Le texte “Respect des principes de la République”, présenté comme un remède à “l’OPA islamiste”, a été validé

Le Parlement adopte définitivement le projet de loi controversé contre “le séparatisme”

Le Premier ministre Jean Castex devant les députés à Paris, le 13 avril 2021.

Le Premier ministre Jean Castex devant les députés à Paris, le 13 avril 2021.
© Stéphane de Sakutin, AFP

Lors d’un ultime vote de l’Assemblée, le Parlement français a définitivement adopté, vendredi, le projet de loi controversé contre le séparatisme et sa série de mesures sur la neutralité du service public ou encore sur l’encadrement de l’instruction en famille. 

Le Parlement a mis un point final, vendredi 23 juillet, au projet de loi controversé de lutte contre le séparatisme, adopté définitivement via un ultime vote de l’Assemblée et vivement critiqué par la gauche comme la droite.

Après sept mois d’allers et retours entre Palais Bourbon et Sénat, le texte “Respect des principes de la République”, présenté comme un remède à “l’OPA islamiste”, a été validé par les députés par 49 voix pour, 19 contre et 5 abstentions.

Dans un baroud d’honneur, Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une dernière motion de rejet préalable contre une “loi antirépublicaine” à “vocation anti-musulmane” selon lui.

Mais le texte est “de portée générale” et “ne traite pas des rapports avec une seule religion”, a assuré le président de la commission spéciale François de Rugy (LREM).

Porté par le ministre Gérald Darmanin, il contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, la protection des fonctionnaires et des enseignants, l’encadrement de l’instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés. 

Opposition de la gauche et de la droite 

Les députés LFI, PCF, PS et LR ont voté contre, pour des raisons différentes. Les socialistes notamment y voient un “rendez-vous manqué avec la République” et une marque de “défiance à l’égard des associations”, quand la droite le résume à “une addition de mesurettes” sans “ambition” pour “faire reculer les islamistes”.

Droite et gauche s’accordent cependant sur les risques pour la liberté d’association, qui motivent des recours respectifs auprès du Conseil constitutionnel.

Seuls les trois groupes du bloc majoritaire, LREM et ses partenaires Modem et Agir, se sont prononcés pour. Isabelle Florennes (MoDem) a toutefois exprimé “quelques bémols”, déplorant l’absence finale de mesures sur la neutralité au sein des bureaux de vote ou dans les universités.

>> Loi sur le séparatisme : une loi contre l’islamisme ou contre l’islam ?

Le RN s’est abstenu, comme les élus du groupe Libertés et territoires et également deux “marcheuses” de l’aile gauche, Sonia Krimi et Sandrine Mörch.

Cette adoption est intervenue après celle, jeudi, du projet de loi “prévention d’actes de terrorisme et renseignement”, qui prévoit la pérennisation dans le droit commun de dispositifs issus de l’état d’urgence expérimentés depuis 2017 via la loi “sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme” (Silt).

Pour le gouvernement, les deux textes régaliens s’articulent comme une double lame face à la “menace”. Des nouvelles “lois liberticides” qui participent à “l’emballement sécuritaire”, dénoncent avec force les défenseurs des libertés publiques.

Au Palais Bourbon, la majorité a recentré un texte fortement droitisé par le Sénat avec des mesures contre le port du voile ou renforçant la “neutralité” à l’université. Les sénateurs avaient également assoupli les règles de l’instruction à domicile. 

Une adoption qui a pris du retard à cause du nouveau projet de loi anti-Covid

L’ultime échange à la Haute Assemblée dominée par l’opposition de droite s’est soldé, mardi, par l’adoption d’une motion de rejet des rapporteures Jacqueline Eustache-Brinio (LR) et Dominique Vérien (centriste), par 205 voix contre 115. 

Les rapporteures ont regretté que “la majorité des députés n’entende pas trouver avec le Sénat le moyen de progresser sur les sujets graves que sont la neutralité de l’État, la laïcité et le vivre ensemble”.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Rapporteur général du projet de la loi à l’Assemblée, Florent Boudié (LREM) avait lui dénoncé “l’obsession pathologique” des sénateurs sur la question sensible du voile.

Le projet de loi s’attaque par petites touches aux équilibres de la loi de 1905, aux libertés de culte, d’association et d’enseignement. Société civile, associations, certains cultes : les mécontentements se sont multipliés sans jamais s’agréger. Et les aléas de la crise sanitaire ont relégué au second plan les débats. 

Pour son adoption définitive, retardée de 24 heures en raison du nouveau projet de loi anti-Covid, le texte est encore éclipsé par le passe sanitaire et l’explosion de contaminations liées au variant Delta.

Le texte a cependant fait l’objet de vives attaques de la part de certains dirigeants et mouvements islamistes à travers le monde, en particulier la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Il a provoqué des mois de tensions entre Paris et Ankara au milieu d’autres frictions géopolitiques. 

Avec AFP

L’Afghanistan, nouveau caillou dans la chaussure de la Russie

Cette nouvelle donne afghane est plutôt un sujet d’inquiétude pour le Kremlin.

De l’avis de la majorité des experts à Moscou, cette nouvelle donne afghane est plutôt un sujet d’inquiétude pour le Kremlin.

 

Les représentants de talibans ont été reçus, le 9 juillet à Moscou, après des combats contre les forces afghanes aux frontières tadjike, ouzbéke et turkméne. DIMITAR DILKOFF/AFP Moscou

«Ils disaient qu’ils resteraient pour toujours en Afghanistan. Et puis, un jour, boum, ils s’en vont. Alors, de quelle prédictibilité parlons-nous?»Lors de sa récente interview à la chaîne américaine NBC, Vladimir Poutine laissait poindre le sentiment russe sur le retrait américain d’Afghanistan: une fois n’est pas coutume, la Russie s’en serait bien passée.

De l’avis de la majorité des experts à Moscou, cette nouvelle donne afghane est plutôt un caillou dans la chaussure russe. «C’est un sujet d’inquiétude, certes pas énorme, mais quand même surveillé de près»,confirme Fiodor Loukianov, géopolitologue bien informé des tendances au sein des élites russes.

«Après l’Ukraine et, l’an dernier, le Haut-Karabakh, la Biélorussie, le Kirghizstan…, les points chauds se multiplient dans le voisinage de la Russie, son “étranger proche”, à savoir l’espace post-soviétique, ajoute Igor Delanoë, spécialiste de géostratégie russe à l’Observatoire franco-russe. Ce nouveau défi est pris au sérieux.»

Accrochages

Poutine n’a de cesse de le marteler, la Russie ne veut que la stabilité (dans les régions où elle a des intérêts), une valeur cardinale mise à mal par le rapide retrait des troupes américaines, déjà effectif à 90 %. Un départ«précipité» qui a eu pour effet de «dégrader la situation sécuritaire du pays», déclarait vendredi Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe.«La mission américaine a échoué, et nous ne souhaitons pas l’arrivée d’un chaos qui menacerait nos partenaires dans la région»,ajoutait-il. Une référence aux accrochages ayant éclaté depuis mai entre forces gouvernementales et talibans aux frontières avec le Tadjikistan – où plus de 1000 soldats afghans se sont réfugiés -, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. À l’attaque tous azimuts, les talibans ont pris plusieurs postes-frontières.

À VOIR AUSSI – Afghanistan: «Ils doivent cesser cet acte d’occupation!», Erdogan lance un appel aux talibans

 
 

Afghanistan: «Ils doivent cesser cet acte d’occupation!», Erdogan lance un appel aux talibans – Regarder sur Figaro Live

Or la Russie est alliée militairement, dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) au Tadjikistan, où elle possède sa plus grande base militaire hors de ses frontières. Les deux autres pays frontaliers d’ex-URSS entretiennent également de bons rapports avec Moscou. «La Russie souhaite donc que le conflit reste confiné en Afghanistan, que ça ne déborde pas», indique Igor Delanoë.

«Les talibans (encore reçus en Russie le 9 juillet alors qu’ils y sont classés comme organisation terroriste, NDLR) ont promis à Moscou qu’ils ne sortiront pas de leur pays, poursuit Fiodor Loukianov. Mais à quel point leur fait-on confiance? Difficile à dire. À mon sens, la Russie ne souhaite pas intervenir directement, ni jouer un plus grand rôle. L’expérience soviétique lui a appris qu’il ne valait mieux pas trop s’aventurer en Afghanistan.»

La défense russe a néanmoins indiqué qu’elle viendrait immédiatement en aide au Tadjikistan – dont la frontière est également gardée par des soldats russes – en cas de débordement, alors que l’Ouzbékistan a aussi demandé une aide technique russe.

Là se situe la principale préoccupation du Kremlin, selon les observateurs. Comme l’écrivait le directeur du Centre Carnegie de Moscou, Dmitri Trénine, la Russie craint avant tout une porosité des frontières, qui pourrait faciliter le passage vers les pays d’Asie centrale – avec lesquels la Russie entretient un régime sans visa – d’éléments radicaux, terroristes islamistes et autres membres du groupe État islamique. Sans parler du flux de réfugiés que créerait une guerre civile ou un règne fondamentaliste taliban, ni du trafic de drogue. «Les frontières avec le Tadjikistan et l’Ouzbékistan sont les premières liges de défense de la Russie», ajoute Dmitri Trénine.

VOIR AUSSI – Moscou affirme que la mission américaine en Afghanistan «a échoué»

 
 
Current Time 0:14
Duration 0:45
Loaded: 100.00%
 
 

Hors de question

«Moscou a néanmoins eu le temps d’anticiper, car le retrait américain était prévu depuis l’ère Trump, c’est pourquoi elle a ouvert tôt le dialogue avec les talibans, incités et aidés à lutter contre le terrorisme, rappelle Igor Delanoë. Tout ceci va en tout cas servir de test à la solidité de l’OTSC et de la protection russe. Moscou est attendu au tournant par les pays d’Asie centrale, après avoir beaucoup tardé à assister l’Arménie (autre membre de l’OTSC) face à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh.»

Fiodor Loukianov y voit une opportunité, «celle de redire à ces pays: “Vous voyez, les Américains ne sont pas des partenaires fiables. Le seul pays incontournable et sérieux, ça reste la Russie”». Au printemps, Moscou mettait en garde ses amis d’Asie centrale contre l’accueil de troupes américaines redéployées sur leurs terres, une volonté américaine. Hors de question, rappelait encore Vladimir Poutine à Joe Biden, lors de leur sommet mi-juin.

Début juillet, les ministres tadjik et ouzbek des Affaires étrangères rencontraient pourtant à Washington le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin. Mais, jeudi, Sergueï Lavrov affirmait avoir reçu l’assurance des«stan», Ouzbèkes, Tadjiks et Pakistanais en tête, qu’ils n’accepteraient aucune structure militaire américaine chez eux.

«Les Russes tiennent aussi à empêcher toute expansion de l’influence turque (membre de l’Otan)dans la région», complète Igor Delanoë, alors qu’ils coopèrent par contre avec l’Inde, la Chine et l’Iran sur le dossier afghan. Ainsi, le climat actuel de nouvelle guerre froide semble être arrivé en Asie centrale. Mais, à Moscou, un consensus domine, résumé par le chercheur Maxime Soutchkov:«L’Afghanistan est encore un souci de plus pour la Russie, dont elle n’avait pas besoin en ce moment.»

Les deux pactes : Nadjd et Quincy

«Un deal tout aussi simple qu’il était informel: pétrole contre protection militaire.»

La chronique philo de Cynthia Fleury. «Un deal tout aussi simple qu’il était informel: pétrole contre protection militaire.»

A Grozny (Tchétchénie), s’est réuni un aréopage des plus singuliers, regroupant les chefs religieux principaux du sunnisme, à l’invitation du cheikh d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayeb. L’enjeu : définir l’identité du sunnisme et les contours de sa communauté. Le wahhabisme salafiste a été officiellement exclu de la définition, sachant que celle-ci considère que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine, les quatre écoles de jurisprudence sunnite, au niveau de la pratique, et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ». Avant de devenir la doctrine officielle de l’Arabie saoudite, le wahhabisme a connu des péripéties que Hamadi Redissi narre dans son dernier ouvrage, le Pacte de Nadjd. Ou comment l’islam sectaire est devenu l’islam (Seuil, 2016). close volume_off

On a beaucoup misé, déclare l’auteur, sur le pétrole pour expliquer l’arrogance wahhabite. Notamment en rappelant le pacte du Quincy (du nom du navire où se sont rencontrés Roosevelt et Abdelaziz ibn Saoud), datant de 1945, qui allie les deux maisons, blanche et Saoud, autour d’un deal tout aussi simple qu’il était informel : pétrole contre protection militaire. Le pacte du Quincy a fait de l’Arabie « un pays dhimmi (protégé) qui paye en retour un tribut, une capitation sous forme d’avantages pétroliers ».

Trois éléments, poursuit Redissi, feront la puissance de l’Arabie : le pétrole, l’avion et les médias. L’avion fournira les pèlerins en quête de spiritualité, le pétrole lui offrira une surface financière des plus enviables, et la stratégie communicationnelle et d’irrigation de subventions tous azimuts… le reste. L’Arabie sponsorise en effet pléthore d’instituts académiques, cultuels, culturels, scientifiques, dans le monde entier. En fait, le pacte du Quincy est fort utile pour couvrir un autre pacte, celui de Nadjd (1745) entre Muhammad ibn Saoud et Muhammad ibn Abd Al Wahhab.

« Né à l’abri des interférences étrangères, le wahhabisme est la dernière secte médiévale par sa forte immersion dans l’imaginaire médiéval, son univers langagier, ses hantises et ses caprices. Mais le wahhabisme est aussi la première des hérésies modernes. (…)

En fait, on ne peut comprendre l’entente entre le wahhabisme et l’islamisme sans expliquer que les liaisons dangereuses, loin d’être accidentelles ou fortuites, se ressourcent dans une matrice commune. D’un mot, les thèses de l’islam millénariste, misanthrope, indompté, belliqueux, antichrétien, antisémite et misogyne se trouvent à l’état brut dans le wahhabisme. »

Au XIXe siècle, une relation se noue entre le wahhabisme, le salafisme et le nationalisme. L’intuition de Redissi est que ces trois mouvements se fédèrent autour d’une triple hostilité, celle contre le colonialisme, la cléricature et les confréries. Enfin, entre wahhabisme et islamisme, le dernier chaînon manquant est celui des Frères musulmans d’Hassan Al Banna, lui-même bâtissant son programme autour de propositions intégristes de réislamisation.