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Foudil Benabadji

Rapport du Sénat sur la radicalisation

Cliquer sur le titre ci-dessous pour accéder au rapport. 

« rapport radicalisation »

Il serait utile que des étudiants etc. se penche sur ce document exceptionnel. C’est un outil de travail sur la radicalisation en France important qui nécessiterait une prise de conscience nationale. Les enjeux sont considérables et cruciaux. 

Ce site : https://education-citoyenneteetderives.fr est visité par plus de 200 000 personnes à la date du 06 août 2020. Il se veut pluriel, sensible aux défis et aux enjeux du monde et, plus que jamais, citoyen, pour affronter le fanatisme, la violence religieuse et toutes ces dérives inacceptables qui cherchent à dominer notre société.   

al-Tawhid wal-Jihad

al-Tawhid wal-Jihad

Dans cette perspective, l’une des missions incontournables de ce site, est d’offrir un espace de réflexion sur ces graves sujets, souvent occultés. A noter le dernier livre préfacé   par Hervé Gaymard : Dossier de presse La laïcité, une conquête de l’esprit humain. Les questions liées à la radicalisation préoccupent beaucoup le français lambda. Ces fondamentalistes et leurs dérives ont plongé nombre de professionnels socio-éducatifs et de décideurs dans un profond désarroi…..Quels sont les buts de ces terroristes ? 

Hayat_Tahrir_al-Cham            L’état d’éveil ne se manifeste que lors des attentats contre le peuple de la France. Une douzaine de tueries ont déjà été commises et tuée 265 personnes ! Trois ou quatre jours après, l’effervescence s’éteint. Le quotidien de chacun reprend le dessus ; on tourne la page. Le sujet est ainsi banalisé, sous estimé, minimisé voire dédramatisé par nos dirigeants.  

Critiquer l’islamisme, le fanatisme, l’islam politique, la violence religieuse, ce n’est pas critiquer l’islam. Cela reviendrait à critiquer l’ensemble des musulmans des classes laborieuses. Par ces tueries, c’est le symbole de l’ordre public qui, à chaque fois, est mortellement touché dans notre pays. Cet islamisme honni, demande à être éradiqué… ces discours qui aveuglent les fous de Dieu, doivent être apostasiés ! 

En faisant la politique de l’autruche, à la suite de chaque attentat islamiste, les politiques et les médias contribuent à amplifier la défiance des citoyens français à leur égard. Ceux-ci en ont assez de se sentir accusés, humiliés et de subir « la double peine » avec la chape des préjugés féroces et impitoyables.

Aujourd’hui, les méthodes utilisées pour diffuser la radicalisation sont incroyablement sophistiquées. Les étapes et les processus ne sont plus des mystères pour les spécialistes.

Les djihadistes n’ont plus de territoires actuellement, mais ils gardent un patrimoine de haine intacte. La prolifération du complotisme « L’opium des imbéciles » et les théories pseudo-scientifiques, sur Internet, donnent à ces mouvements sectaires un regain d’énergie. Les nouveaux adeptes de ces mouvements sont actuellement bien insérés dans la société française où ils diffusent leur haine auprès des plus vulnérables. Selon les statistiques de ce dernier trimestre 2019 de l’ONU, entre 20 000 et 30 000 combattants de l’EI sont encore actifs en Irak et en Syrie et on parle de plusieurs milliers de cellules dormantes qui pourraient constituer une menace pendant des décennies dans notre société française ! « Pour tous les services de renseignement, la détection des menaces internes est une priorité absolue. En particulier, aucun signal de radicalisation ne peut être méconnu, ni rester sans réponse », a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe. 

Front al-Nosra

Depuis trente ans, les dérives islamistes s’attaquent insidieusement aux valeurs de la République, amenant la société à piétiner ses principes, notamment la laïcité et l’égalité hommes-femmes. Ils oeuvrent à peser sur les décisions politiques, s’érigeant en interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics et en représentants exclusifs de la «communauté musulmane». « Dissimulation, mensonge, double jeu ». La takiya est au coeur de la stratégie des Frères musulmans pour infiltrer la République, influencer les mairies, les élus, les universitaires, les journalistes et les intellectuels. Elle investit, auprès des associations antiracistes ou féministes, une démarche victimaire, créant une économie identitaire en développant le marché du halal, faisant passer le port du voile pour une  »obligation religieuse »…

Boko Harampng

Il s’agit de financer des mosquées/centres culturels, lieux de vie pour une partie de la communauté musulmane conformément aux préceptes d’Hassan Al-Banna, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans.

Les ouvrages douteux sont dans les bibliothèques. Des projets prosélytes, inscrits dans la formation salafiste, favorisent le communautarisme qui diffuse un islam rétrograde et conservateur. La littérature  »frériste » » figure en bonne place, y compris par le sulfureux Sayid Qotb, (exécuté par pendaison), idéologue du jihad dont l’héritage radical influencera des années plus tard Al-Qaïda.

Pourquoi cette idéologie, aussi pernicieuse que dangereuse, apparaît-elle aujourd’hui ? 

Parce qu’on trouve des cas d’emprise mentale dans le monde religieux, comme dans celui de la santé, de l’éducation, du sport, dans le monde associatif ou  professionnel… Ce risque se matérialise et s’intensifie également auprès de français de confession musulmane qui confine à une forme de sécessionnisme politique et social.

Taliban.

Le risque ultime que font peser ces mouvements islamistes les plus actifs, est l’avènement d’une contre-société sur le territoire national. D’autres vecteurs, comme la guerre informationnelle, médiatique et l’Internet, deviennent absolument primordiaux.

Le mouvement turc est la quatrième communauté étrangère sur le territoire national. Ce mouvement est particulièrement influent. Très structurés, entre deux grands courants, le DITIB et le Millîs Görüs, l’islam turc est réparti sur l’ensemble du territoire ; il bénéficie d’un vaste réseau de financement.

L’objectif des islamistes, en Occident, serait-il de « salafiser » les musulmans qui y vivent et « islamiser », d’une certaine façon, les pays non musulmans ? C’est ce qu’ils prétendent et parfois, clament, comme ils l’ont fait à Molenbeek en Belgique, d’où sont partis les tueurs du Bataclan ! 

Ce site : https://education-citoyenneteetderives.fr développe des thèses sur le plan Informations/Prévention des dérives sectaires. Il s’agit de s’investir totalement aux nouvelles données de la crise qui existe dans le pays, avec la « radicalisation » dont le responsable reste l’Islam violent semé par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Il irrigue quotidiennement des associations et des personnalités qui gravitent dans la nébuleuse des Frères musulmans qui, eux, prônent un islam intégral et favorisent le fondamentalisme avec le wahhabisme, le salafisme et le tabligh. 

Nous devons décrypter les analyses sur ce sujet brûlant, s’initier au repérage et à l’identification des dérives sectaires. Ce programme est primordial, liminaire. La prévention et la lutte contre les dérives sectaires nécessitent une action soutenue et protégée. C’est là l’objectif principal de toutes les associations et le « leitmotiv » de toutes les collectivités.

Une carrière professionnelle d’Educateur qui a débuté à la PJJ et ensuite plus longue à la Sauvegarde de l’Enfance. Dès la retraite, j’effectue 23 années d’aumônerie dans les prisons savoyardes (Au Centre de Détention d’Aïton et à la Maison d’Arrêt Belledonne à Chambéry), des conférences dans les quartiers et aussi au niveau du Ministère de la Défense, et aboutir, après 2 années, auprès du Ministère de l’Intérieur à  »la formation civique et civile des imams et des aumôniers à l’Université Savoie Mont Blanc de Chambéry », … me permet, aujourd’hui, d’avoir une opinion et de faire des propositions.

Cette persistance de la dérive violente a mobilisé en Savoie, une structure spécialisée : l’Association de Recherches sur les Processus de Radicalisation (ASPRA), qui a été soutenue par la Préfecture de la Savoie. Grâce à leur confiance, des membres préfectoraux, dont Madame Perrine SERRE, Sous-Préfète, cette structure a encadré plusieurs jeunes radicalisés. 

Grâce, en particulier, aux soutiens indéfectibles du Sénateur Jean Pierre Vial, du président du Conseil Départemental, Hervé Gaymard, du Maire d’Aix les Bains Renaud Beretti, sans oublier l’attention toute particulière de Christelle Favetta sur cette problématique ‘marginalisation gravissime’ de notre société. 

Madame Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, entourée de trois collaboratrices, m’avait reçu à Paris le 6 janvier 2015. Une prémonition ?!? et le lendemain, nous avons subi le massacre de Charlie Hebdo.

Durant l’entretien, les dérives dans nos quartiers et l’insécurité ambiante dans certaines villes de Savoie et en dehors de la Savoie, a retenu toute son attention, le temps de l’entretien.

A la Maison d’Arrêt de Chambéry et au Centre de Détention d’Aïton, en tant qu’aumônier pénitentiaire à partir de 2010, la confrontation avec les djihadistes était permanente. Ils abordaient le hanbalisme, Ibn Taymiyya, la version puritaine et littéraliste de l’islam wahhabite. C’est ce qui les distinguait avec le refus de tout ce qu’ils considéraient comme innovation dans la pratique religieuse.  

L’ancien juge anti-terroriste, Marc Trévidic, invité d’Europe 1, estime qu’en France, « tout le monde a conscience du danger, mais tout le monde ne voit pas l’ampleur du phénomène de radicalisation ». « On a laissé pendant quarante ans cette idéologie mortifère se répandre partout », regrette Marc Trévidic. « On a eu des alertes (…) maintenant on voit des militaires, des policiers radicalisés. Un jour, on trouvera peut-être un juge radicalisé, tout est envisageable ». Selon lui, « on ne se rend pas compte que cette problématique s’est diluée dans toute la société française ».

Mais pourquoi la France est-elle particulièrement touchée par ce phénomène de radicalisation ? « La particularité française, c’est la laïcité », explique Marc Trévidic, qui note « un affrontement sur ce terrain », notamment chez les fonctionnaires.

Nous assistons à un virage de notre histoire. Nos territoires s’opposent. La France des métropoles et la France périphérique s’affrontent et qui peut prétendre que cela va se calmer ? sinon une vraie révolution culturelle que la France doit mener ! Notre nation est prise en tenaille entre son idéal égalitaire et des revendications identitaires !

La force des préjugés égare lorsqu’ils nient l’existence de musulmans français prêts au sacrifice pour leur nouvelle patrie. : « Un patriote français peut s’appeler Kader, Djilali ou Rachida »

L’offensive islamiste prend toutes les formes : politiques, sociales, idéologiques, violentes ou non. Cette islamisation travaille les esprits des plus jeunes. Le pays a besoin que le gouvernement propose un plan d’ensemble cohérent de lutte contre les stratégies de l’islamisme.

L’instrumentalisation de la religion, à des fins politiques, est une constante de l’histoire. Toutes les religions y ont eu recours, dans toutes leurs déclinaisons. Laïcité et démocratie sont sœurs jumelles de la modernité. Alors, pour entrer dans ce cadre démocratique et laïque, l’islam doit se réformer comme a du le faire le catholicisme, en son temps : « C’est ce que le totalitarisme islamiste cherche à empêcher de toute force, représentant aujourd’hui l’ennemi principal et de la démocratie et de la laïcité ».  

Radicalisation, prosélytisme, communautarisme, laïcité bousculée… Les frontières entre ces différents phénomènes sont bien souvent brouillées. Mais une chose est certaine, c’est que face aux obsessions du repli communautaire, il faut intervenir, occuper le terrain, mettre les jeunes au travail, distribuer des taches et des responsabilités. La formation civique et civile des imams des 3000 mosquées, en France, est un rempart efficace contre les dérives, la formation théologique, qui en est le complément, est à contrôler. A ce jour, deux seules formations s’y conforment en France.

Il y a une menace terroriste latente et qui va durer. L’islam fondamentaliste atteint en France un seuil critique d’influence qui fait désormais peser un véritable danger sur la vie démocratique de la nation. Les réseaux islamistes ont investi un ensemble de champs et d’institutions, leur permettant de fabriquer des individus contraires de l’héritage politico-culturel français.  

Nous savons maintenant, ce qu’il faut faire. Développer infiniment plus de prévention. Les débats actuels sont utiles et très importants. Ils clarifient la situation qui est de nature nébuleuse. Il ne faut plus occulter le problème.

Encourager le développement d’un « islam des Lumières »

Favoriser la démarche des musulmans de bonne volonté

Si les musulmans de bonne volonté veulent que leur religion soit autre chose que ce totalitarisme, et elle peut l’être, s’ils veulent qu’elle cesse d’en porter les germes, c’est à eux de s’en charger. Plusieurs, d’ailleurs, se sont depuis longtemps attelés à cette tâche immense mais porteuses des plus grands espoirs. 

Ceci, néanmoins, ne peut venir que des musulmans eux-mêmes et ne saurait leur être imposé.

En revanche, il incombe au reste de la société de favoriser cette démarche, d’encourager le développement d’un « islam des Lumières » et, naturellement, de lutter contre la propagation de « l’islam de l’obscurantisme ». Dans ce but, voici quelques éléments de réflexion.  

Combattre l’islam violent, djihadiste, reste une priorité absolue. Cela passe par l’étudier et le comprendre, dans ses incarnations récentes, du GIA devenu AQMI à l’EI en passant par les talibans ou les milices extrémistes de Bosnie, mais aussi dans son histoire et dans son idéologie, dont il est inséparable.

Il faut aussi admettre qu’il est impossible de négocier une paix durable avec le djihadisme. D’une part, même lorsqu’il est teinté de nationalisme et ne veut initialement s’établir qu’à l’intérieur de frontières données, sa doctrine est par essence universaliste. D’autre part, là où il s’implante, seule une domination sans partage de tous les aspects de la société peut le satisfaire. Tout « accommodement raisonnable » sera au mieux une trêve temporaire, que les djihadistes mettront à profit pour accroître leur influence, au pire perçu comme un signe de faiblesse qui les poussera à intensifier immédiatement la lutte. Contrairement à ce que nous avons connus avec des groupes comme l’ETA ou les nationalistes corses, aucun compromis pacifique n’est possible sur le long terme.

Il faut confronter l’islam à d’autres modèles que le sien. Sans agressivité, mais sans complaisance. Cette démarche est d’autant plus nécessaire que le problème est dans ses textes, et qu’un retour aux sources ne saurait donc être la solution. C’était l’analyse de feu Abdelwahab Medeb, qui avec des objectifs radicalement différents rejoint en partie celle de Mohammed ben Abdelwahhab. « L’islamisme est la maladie de l’islam, mais les germes sont dans le texte », dit le philosophe, comme en réponse à la déclaration du fondateur du wahhabisme : « Il faut purifier la tradition par le retour à la religion. »

Il faut, de toute urgence, mettre fin à la propagation conjointe d’une légende noire de l’Occident et d’une légende dorée du monde musulman. A titre d’exemples, le tabou qui entoure trop souvent les traites négrières musulmanes est intolérable, alors même que l’on condamne avec véhémence, et à juste titre, les traites transatlantiques. La grandeur bien réelle d’al-Andalus ne doit pas en faire un « paradis sur terre », la liberté et la créativité intellectuelle n’y atteignaient pas celles de l’université d’Alexandrie du temps du paganisme.

Il ne saurait pour autant être question d’opposer une caricature à une autre. Une idéalisation béate de l’Occident serait tout aussi ridicule, et facilement démentie. Nous devons montrer que l’on peut être fier de sa civilisation et de ses accomplissements sans être aveugle face à ses fautes, sans la croire parfaite, sans renoncer à l’améliorer, et sans nier le génie propre et les grandeurs des autres civilisations, sans refuser d’admirer en elles ce qui nous inspire et nourrit notre joie d’appartenir à une commune humanité.

La capacité du monde occidental à générer ses propres critiques doit être enfin considérée comme un facteur de grandeur et non une marque de faiblesse, une source de fierté et non de perpétuelle repentance. Ainsi peut-être l’islam sera-t-il encouragé à faire de même, à ne plus se vouloir parfait dans son essence et à reconnaître ce qu’il doit à d’autres.

A ce sujet, notons que, comme le souligne fort justement l’islamologue Marie-Thérèse Urvoy, là où nous avons des mots distincts pour dire « christianisme » et « chrétienté », le mot « islam » désigne à la fois une religion et une aire culturelle. Ajoutons-y la diversité des pratiques religieuses. La vigilance est de mise, ne serait-ce que pour empêcher l’islam-religion de s’attribuer injustement les mérites de l’islam-civilisation, en particulier lorsque ceux-ci furent le fait de chrétiens ou de juifs vivant en terre d’islam. Pour éviter, aussi, de confondre les multiples manières de pratiquer l’islam avec les enseignements doctrinaux.

Il faut rappeler qu’il existe d’autres manières de penser et de vivre le sacré et la relation au sacré. Dire que toutes les religions se valent est une absurdité, à moins de prétendre que la non-violence de l’ahimsâ est similaire aux sacrifices humains aztèques. De manière moins extrême, on peut comparer la situation des religions à celle des partis politiques : des convictions très différentes peuvent coexister, chacun est libre de choisir entre elles, mais elles ne sont ni similaires ni interchangeables.

Les autres religions présentes sur le territoire national ont, sur ce point, une responsabilité majeure. Pour louable qu’il puisse être, le désir de paix s’est trop souvent traduit par un déni des différences et des points d’achoppement. Hélas, la négation de l’altérité de l’autre n’est pas une ouverture mais un refus du dialogue, parfois par paresse intellectuelle, mais aussi par lâcheté (« ne nous fâchons pas ») ou pour dominer (« vous êtes une version imparfaite de ce que je suis »). Pire, les plus ouverts sont tentés de dénaturer leurs convictions pour se rapprocher de leurs interlocuteurs, dans l’espoir toujours déçu d’une réciprocité, et à force d’intransigeance c’est la vision la moins tolérante qui finit par mener la danse. Or, le but du dialogue aujourd’hui ne doit pas être d’abolir les différences, mais de permettre la coexistence dans le respect de la liberté de chacun.

Bien sûr, cette remarque vaut en priorité pour les religions monothéistes, que chacun croie que son dieu est le seul dieu ne signifiant pas que chacun croie au même dieu. Même Dabiq, la revue de l’Etat islamique, consacra en juillet 2016 un article très documenté à l’opposition entre unitariens et trinitariens au concile de Nicée, rappelant, en l’occurrence à juste titre, qu’islam et christianisme n’ont pas la même définition du monothéisme.

En outre, même en Occident la spiritualité ne se limite pas aux seuls monothéismes. Nombre de nos concitoyens sont polythéistes : bouddhistes, hindouistes, shintos, taoistes, druides, asatruar…. A ce sujet, la condamnation unanime et sans appel des « associateurs » dans l’islam doit nous interroger. Méfions-nous de tentatives de rapprochements des seules « religions du Livre » qui dédaigneraient les autres confessions en plus de reposer sur des bases théologiques très discutables. Le dieu chrétien, qui permet l’Ascension ou l’Assomption, a plus de points communs avec Zeus qui appelle ses enfants à la divinité à ses côtés, qu’avec le dieu férocement unique de l’islam.

Les traditions polythéistes portent des trésors, qui pour certaines font déjà partie intégrante de notre culture. L’union féconde du christianisme et des mythes celtes est à l’origine du cycle de la Table Ronde. François Cheng suffirait à lui seul à prouver les merveilles qui peuvent naître d’un dialogue avec la Chine. Comme jadis Claude Lévy-Strauss, j’espère beaucoup de la rencontre entre le christianisme et le bouddhisme, ou entre l’idéal arthurien et le bushidô. Et le monde hellénistique, dont la pensée a fait naître les Lumières par-delà les siècles, fut pour notre civilisation un berceau dans lequel le respect des dieux et du sacré ne s’opposait en rien à l’émancipation de l’humanité. Lorsque les Olympiens furent sollicités par les Athéniens pour juger Oreste, ils n’imposèrent pas leur volonté mais argumentèrent devant l’aréopage, laissant aux mortels le droit et la responsabilité de se gouverner eux-mêmes. Interrogée par Ulysse sur les périls auxquels son fils Télémaque avait dû faire face, Athéna – qui avait veillé discrètement sur le jeune homme en se faisant passer pour un humain, Mentor – lui répondit en substance : « Bien sûr qu’il devait prendre des risques et affronter des épreuves ! Tu m’as confié un enfant, j’en ai fait un homme. »

Enfin, il n’appartient pas à l’Etat de statuer sur ce qu’est ou n’est pas l’islam, mais d’édicter les règles auxquelles il doit se plier pour avoir droit de cité. Gageons que certains islams s’y adapteront aisément, tandis que d’autres combattront – et devront être combattus en retour. 

Ainsi, il faut réaffirmer sans cesse la primauté de la liberté de conscience. Ce droit qui nous semble acquis n’a malheureusement rien d’évident. Presque aucun pays dont l’islam est la religion dominante ne le respecte, puisque l’apostasie y est généralement interdite, et même en France il n’est pas accepté par tous, notamment au sein du CFCM.

De même, le droit de critiquer les religions doit être défendu. Car toute critique d’une religion, sera aussi mesurée et courtoise.

Est particulièrement précieux aussi le droit pour chaque femme de choisir sa place dans la société. Ne tombons pas dans le piège d’un débat sur « la place des femmes », ce qui reviendrait à leur en assigner une collectivement au mépris du libre choix de chacune.

Citons aussi, pêle-mêle, l’obligation de reconnaître la légitimité de la présence des juifs dans notre société, le droit au polythéisme, l’exigence d’autocritique face aux dérives, et l’obligation de reconnaître aux autres les droits dont on prétend bénéficier. Par exemple, pour le droit de choisir ses vêtements, en subordonnant la liberté de porter le voile à la liberté de ne pas le porter. 

Il faudra aussi, bien sûr, repenser certaines de nos alliances et notre politique étrangère.

En somme, le pouvoir politique devra rappeler que l’islam ne peut en aucun cas se prévaloir de règles exorbitantes du droit commun, et les transgressions devront être sanctionnées sans faiblesse. 

Hélas ! Le porte-parole du gouvernement vient de prouver qu’il n’a rien compris à ce sujet, qui est pourtant l’un des enjeux majeurs de notre temps. Il y a plusieurs islam, et l’Etat islamique est parfaitement fidèle à l’un d’entre eux, ainsi qu’à la lettre des textes. Nous savions déjà qu’il serait bon d’offrir à Christophe Castaner la Lettre ouverte au monde musulman d’Abdennour Bidar.

Le Maghreb, les Juifs et la variété des couscous

Histoire, mémoire, littérature et identités dans le contexte migratoire.

Comment comprendre l’émergence d’une littérature dans un contexte donné, précisément celui de l’exil ? Pourquoi voit-on, sur un temps plus ou moins long, des auteurs surgir et déterminer – à travers des thèmes partagés ou convergents – un espace littéraire singulier ? Le phénomène doit-il être renvoyé à la seule subjectivité des auteurs ou bien assume-t-il, plus ou moins consciemment, des fonctions objectives, sociales ?

L’étude présente répond à ces questions en se penchant sur les relations qu’entretiennent entre elles histoire, mémoire, littérature et identités dans le contexte migratoire. Le cas précis de l’exil massif et contraint des Juifs du Maghreb en France, à partir des années 1950, permet de saisir les liens déterminants entre exil et pratiques culturelles ; également de savoir s’il peut être déclencheur d’une production littéraire et la structurer, tant au niveau textuel et éditorial que dans les rapports de forces de l’espace du jeu littéraire.

L’approche sociologique de la littérature des auteurs d’origine judéo-maghrébine révèle la complexité du processus dont cette production littéraire participe : construction mémorielle mobilisée contre l’oubli, elle permet de se projeter dans la société d’accueil métropolitaine ; répondant au  » déficit  » historiographique, elle s’élabore comme narration alternative ; « minoritaire », elle engage un travail critique de la société métropolitaine. Cet ensemble de fonctions sociales éclaire en profondeur la nature des rapports de domination qui se nouent entre exilés et populations d’accueil.

La cuisine du Maghreb n’est-elle qu’une simple histoire de couscous ? Les origines historiques du couscous sont sujettes à de nombreuses interprétations : origine berbère ou africaine, antique ou médiévale. Il existe autant de couscous qu’il y a de styles de vie et de cultures.

Le couscous est souvent représenté dans les rites d’hospitalité. Il voyage avec les migrants qui l’introduisent là où ils s’installent. Mais la cuisine maghébine est-elle une simple histoire de couscous ou est-ce l’histoire des mets qui voyagent avec ceux qui ont quitté la rive sud de la Méditerranée ? Il sagitté d’apporter une contribution originale pour appréhender la diversité des cuisines du Maghreb à travers les différences, les évolutions et les permanences perçues en termes de fait culinaire en Afrique du Nord.

Godefroi de Bouillon et le sultan Saladin se disputent Jérusalem

En 1099, Godefroi de Bouillon atteint Jérusalem, reprise par Saladin en 1187. 

Après trois années d’errance et de souffrance, les chevaliers commandés par Godefroi de Bouillon atteignent afin la ville sainte.

Le 7 juin 1099, les croisés arrivent enfin en vue de Jérusalem, la ville du Saint-Sépulcre. Beaucoup pleurent de joie. Tant d’efforts, tant de souffrances, pour toucher enfin au but, pour délivrer la ville sainte des Turcs. Cela fait presque trois ans qu’à la tête d’une troupe nombreuse, Godefroy de Bouillon a quitté son duché de Basse-Lotharingie pour gagner la terre sainte.

À Constantinople, l’empereur byzantin oblige les croisés à lui jurer allégeance. Les chrétiens atteignent, ensuite, Nicée (aujourd’hui, Iznik en Turquie), qui se rend sans combattre. En revanche, Antioche résiste six mois avant de se livrer. Il a encore fallu combattre à Édesse (Urfa). Les croisés traversent encore Tripoli, Beyrouth, Ty, Haffa et Rama, avant de débarquer devant Jérusalem, épuisés. Que la ville est grande et que les murailles sont hautes !

Combien sont-ils de chrétiens à dresser le siège devant la ville sainte ? Environ 1 500 chevaliers sur les 7 000 partis d’Europe. Des 20 000 piétons qui les ont suivis, il en reste peut-être 12 000 en comptant large. C’est trop peu pour ceinturer hermétiquement Jérusalem. Godefroy de Bouillon, Robert de Flandre et Robert de Normandie se postent au nord et au sud de la ville sainte. Tandis que Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, plante ses tentes à l’ouest.

Avant de passer à l’attaque, il faut trouver de l’eau et de la nourriture. Un calvaire dans ce pays désertique. Rien à becqueter, même pas un agneau pascal, et surtout rien à boire ! Les seules sources du coin sont dans la ville. C’est le monde à l’envers : les assiégés ont de l’eau et de nombreuses provisions, tandis que les assiégeants manquent de tout. Au point que plusieurs dizaines d’entre eux meurent de faim et de soif. Comment franchir les murs ? Les croisés se mettent aussitôt à fabriquer des échelles en bois. Impatients de libérer le Christ, mais aussi de piller la ville, ils montent à l’assaut des remparts le 13 juin. Cependant, les Fatimides qui tiennent la ville n’ont aucun mal à les repousser.

Le siège menace de s’éterniser. Par manque de vivres, mais également en raison de leurs incessantes chamailleries, les assiégeants sont dans une situation désespérée. Heureusement, plusieurs navires génois abordent Jaffa avec des vivres. Les croisés se ressaisissent, lancent une expédition en Samarie pour rapporter le bois nécessaire à la construction de hautes tours montées sur roues. Pour signaler à Dieu de se tenir prêt à leur filer un coup de main – après tout, c’est pour son fils qu’ils ont fait tout ce chemin –, les croisés organisent une procession autour de Jérusalem. Les prêtres marchent en tête, pieds nus, portant des reliques et chantant des cantiques. Du haut des murs, les Sarrasins se moquent de ces galeux d’infidèles en brandissant de fausses croix. Mais les chrétiens sont désormais remontés à bloc. Ils achèvent la construction des tours et donnent l’assaut le 14 juillet.

Malins, les croisés changent l’emplacement des tours d’assaut durant la nuit qui précède l’offensive, de façon à les placer devant des portions de mur non renforcées par les défenseurs. Au petit matin, l’attaque est donnée. Les chrétiens balancent des pierres, des flèches, mais aussi de la paille enflammée et des poutres trempées dans du soufre avec des balistes. Des sapeurs retirent des pierres à la base des remparts sous une pluie de flèches. Jérusalem résiste encore quand la nuit tombe. Au petit matin, la bataille reprend, plus féroce que la veille.

Durant la nuit, les Turcs ont construit de nouvelles machines pour projeter de lourdes pierres sur les machines adverses. À midi, le désespoir gagne le camp des assaillants. Les murs de la ville sont toujours couverts de défenseurs. Heureusement, Dieu veille, car les chrétiens reprennent du poil de la bête. Sur le mont des Oliviers, un chevalier brandit son bouclier pour galvaniser les troupes. Les croisés repartent à l’assaut. Les archers arrosent les murailles de flèches enflammées qui font fuir les défenseurs. Les assaillants en profitent pour baisser les pont-levis au sommet des tours en bois. Deux frères flamands, suivis de Godefroy de Bouillon, sont les premiers à les emprunter pour pénétrer dans Jérusalem. 

« Je ne porterai pas une couronne d’or » Les chrétiens dévalent dans Jérusalem, où ils font sauter les têtes ennemies comme des bouchons de champagne. Devant une telle furie, les défenseurs courent se réfugier dans la mosquée d’al-Aqsa. Ils sont peut-être 10 000 à l’intérieur. Du pain bénit pour les chrétiens qui les saignent tous. L’affrontement le plus violent se déroule dans la tour du Temple, où le gouverneur de la ville a trouvé refuge. Finalement, celui-ci se rend au comte de Toulouse, qui, bon prince, le fait conduire indemne à Ascalon. Durant ce temps, la boucherie continue. C’est au tour des juifs de s’enfermer dans la grande synagogue.

Les « Latins » mettent le feu. Un témoin de la prise de Jérusalem écrit : « Il y avait un tel massacre que nos hommes pataugeaient dans le sang jusqu’aux chevilles… Puis les croisés se sont rués dans toute la cité, s’emparant de l’or et de l’argent, des chevaux et des mules, et pillant les demeures remplies d’objets précieux. Puis, se réjouissant et pleurant d’un trop-plein de bonheur, ils sont tous allés adorer et rendre grâce à Jésus Notre Sauveur. » Si la soldatesque s’en donne à cœur joie, elle ne tue cependant pas tous les habitants. Beaucoup, musulmans et juifs, peuvent fuir vers Ascalon ou Damas.

Dès le lendemain de la prise de la ville, les milliers de cadavres, qui commencent déjà à se décomposer et à puer en raison de la chaleur, sont entassés au-delà des portes pour être brûlés en tas immenses. Godefroy de Bouillon refuse d’être couronné roi de Jérusalem. « Je ne porterai pas une couronne d’or là où le Christ porta une couronne d’épines. » Il préfère devenir l’avoué du Saint-Sépulcre. Son frère n’a pas cette pudeur et prend le nom de Baudouin Ier de Jérusalem. La ville du Christ restera aux mains des chrétiens jusqu’à sa prise par Saladin, en 1187.

Maître de l’Égypte et de la Syrie, le sultan Saladin remporte une grande victoire sur les croisés le 3 juillet 1187, au pied de la colline de Hattîn, près du lac de Tibériade, au nord-est de la Palestine.

Du jour au lendemain, les États francs de Palestine perdent presque toute leur chevalerie. Ces principautés féodales issues de la première et presque centenaires sont désormais menacées de disparaître…

Moins d’un siècle plus tôt, les chevaliers d’Occident s’étaient élancés vers l’Orient en vue d’enlever aux musulmans Jérusalem et le tombeau du Christ.

Les musulmans ayant refait leur unité sous l’égide du sultan Saladin, celui-ci part en guerre contre les successeurs des premiers croisés. Le choc entre les deux armées est d’une extrême violence.

Les chrétiens subissent une défaite totale et perdent même la relique de la Vraie Croix dont ils avaient cru bon de se faire précéder. Le désastre est en bonne partie dû à l’incompétence du roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, et à la trahison de Gérard de Ridefort, grand maître de l’ordre du Temple.

À la fin de la bataille, le sultan se comporte vis-à-vis des prisonniers avec une magnanimité très relative, faisant «seulement»exécuter les 300 moines-soldats du Temple et de l’ordre des Hospitaliers… Il épargne provisoirement Gérard de Ridefort.

Après la victoire de Hattîn, Saladin part sans attendre vers Jérusalem, dont il entame le siège le 20 septembre avec pas moins d’une douzaine de machines.

Presque totalement privée de guerriers professionnels, la Ville sainte se défend avec l’énergie du désespoir sous l’égide d’un jeune chevalier émérite, Balian d’Ibelin.

Désespérant d’obtenir sa reddition, le sultan se résout à négocier la vie sauve pour l’ensemble des défenseurs et des habitants, avec le droit pour tous les chrétiens de quitter la ville et de rentrer en terre chrétienne.

Selon les moeurs du temps, il libère les plus riches habitants contre une rançon appréciable. Il libère aussi 7.000 pauvres contre une rançon collective que paient de mauvais gré les ordres des Templiers et des Hospitaliers. Mais 11.000 à 16.000 jeunes gens, pour lesquels les ordres monastiques n’ont rien voulu payer, sont envoyés en esclavage.

La chute de Jérusalem moins d’un siècle après sa conquête par les croisés fait l’effet d’une bombe en Occident.

Les Francs de Palestine réclament une troisième croisade pour les secourir. Le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard 1er Coeur de Lion, qui vient d’être couronné, débarquent à leur rescousse mais le coeur n’y est plus et la croisade s’enlisera dans les querelles entre les deux souverains.

Que deviennent les terroristes de Daech?

Alors qu’il était enfin affaibli, de nombreux signes montrent que le califat est de retour.

Dans sa dernière communication, les islamistes se réjouissent de voir leurs ennemis affectés par le coronavirus.

Un peu plus d’un an après la chute des derniers bastions du « califat » et six mois après la mort de son calife Abou Bakr al-Baghdadi, l’État islamique (EI) montre de plus en plus de signes de vie.

Le 28 mai dernier, dans un enregistrement de 39 minutes diffusé sur ses chaînes Telegram, l’EI a menacé le Qatar en raison de sa participation à la lutte contre les djihadistes. « Pas un jour nous n’avons oublié que la base Al-Oudeid, construite par les tyrans du Qatar pour accueillir l’armée américaine, était et reste toujours le commandement de la campagne menée par les Croisés »,déclare Abou Hamza El Qourachi, le porte-parole de l’EI, accusant également Doha « d’avoir financé des factions en Syrie et en Irak engagées contre les djihadistes ».

Des combattants de l’Etat islamique et leurs familles, capturés par les forces syriennes démocratiques près de Baghouz.

Ce message vocal évoque aussi le coronavirus, un châtiment divin contre « les tyrans du monde »ennemis du califat. Enfin, il fait allusion aux « sommes importantes [dépensées] dans des tentatives désespérées pour sauver [les] économies laminées par la fièvre de l’épidémie »et conclut que nombre de ses ennemis « se retrouvent au bord de la faillite ». Les « Daechologues » ont vite fait remarquer qu’au-delà de son contenu, les silences du message sont également intéressants. En effet, très virulent contre le Qatar à cause de la présence d’une base militaire américaine, le porte-parole de l’EI ne dit mot sur les Émirats Arabes Unis (EAU) dont la base aérienne Al Dhafra abrite des unités américaines (et françaises). L’Arabie saoudite est épargnée et la Turquie s’en sort aussi à peu de frais. Difficile aussi de ne pas relever la date de la diffusion du message de l’EI, pendant le troisième anniversaire du déclenchement de la crise du Golfe qui s’est noué fin mai début juin 2017, aboutissant à une rupture de relations diplomatiques entre le Qatar d’un côté, l’Arabie Saoudite, les EAU, Bahreïn et Égypte de l’autre. Étrange coïncidence difficile à interpréter. Cependant, ce message de propagande doit être compris dans un contexte plus large : l’EI est en train de revenir sur le devant de la scène. Et pas que par voie de presse.  

Au cours des deux derniers mois, quand la moitié de la planète était à l’arrêt, l’EI semble avoir retrouvé un nouveau souffle, menant notamment une série d’attaques de grande envergure en Syrie et en l’Irak. Des attentats revendiqués par l’EI ont également été commis en Égypte, en Afrique, en Afghanistan, au Yémen et aux Maldives. Au Mozambique, le gouvernement soupçonne que des membres de l’organisation djihadiste auraient perpétré un massacre fin avril.  Pire encore, la recrudescence d’activité terroristes s’accompagne de témoignages suggérant que le groupe a une plus grande visibilité ces derniers mois dans les villages et les périphéries des villes d’Irak et de Syrie. 

Le modus operandi de certains attentats laisse croire que les groupes djihadistes sur le terrain ont accès à des renseignements sur les mouvements de troupes et les cibles qu’ils cherchent à attaquer. Cela signifie que certains groupes de l’EI ont survécu à la déroute du printemps 2019 et ne sont plus en fuite. Ils se réorganisent et retissent des réseaux d’informateurs et de soutien logistique ainsi que d’autres éléments permettant de se doter de l’infrastructure nécessaire pour passer à l’action terroriste. 

L’une des raisons principales du retour en force de l’EI est la diminution de la pression militaire qu’exerçait la coalition dirigée par les États-Unis. Cette pression n’avait cessé de croître depuis la reprise de Mossoul en 2017 et de Raqqa en 2018. Des opérations systématiques visaient à nettoyer des territoires entiers (villages abandonnés, zones montagneuses et désertiques) pour assurer que les djihadistes chassés des grands centres urbains ne trouvent pas le répit nécessaire à leur réorganisation. 

Cette pression constante a été notamment affaiblie par les atermoiements des États-Unis qui ont amené leurs alliés locaux – notamment les forces kurdes – à se tourner vers Moscou et Damas. Quand ils ont compris ne plus pouvoir compter sur Washington, les Kurdes ont dû trouver des alliés de circonstance pour empêcher la Turquie de s’imposer dans des zones qu’ils considèrent comme vitales pour leur survie en tant que peuple autonome. Le fait que les États-Unis soient revenus sur leur retrait annoncé n’a pas suffi à rétablir la confiance. En a résulté une forte diminution des capacités opérationnelles de la coalition occidentale dans cette région couvrant à peu près un tiers de la Syrie, territoire précédemment contrôlé par l’EI. 

En Irak, le contexte est également moins favorable à la lutte contre l’EI. Les protestations dans le centre et le sud du pays ont contraint le gouvernement à la démission, conduisant à une stagnation politique qui a duré jusqu’à début mai lorsque les partis politiques se sont mis d’accord sur un nouveau Premier ministre, Mustafa al-Kadhimi. Parallèlement, les échanges de tirs entre Washington et les mandataires de Téhéran, aboutissant à l’assassinat du général iranien Qassem Suleimani et du chef de la milice chiite Abu Mahdi al-Muhandis, ont diminué la portée et l’efficacité de la pression exercées sur l’EI.

C’est dans ce contexte que la récente série d’opérations djihadistes s’est déclenchée. La première attaque a eu lieu le 9 avril près de Palmyre contre les forces syriennes. Il s’agissait d’une embuscade tendue aux forces du régime syrien suivi d’un combat qui a duré quelques heures. Plus tard en avril, l’EI a mené trois attaques dont une contre le QG de la direction du contre-terrorisme et du renseignement à Kirkouk. Ces opérations, plus complexes que des massacres aléatoires, témoignent des capacités opérationnelles importantes. Et les menaces contre le Qatar pourraient indiquer que pour accompagner son regain d’opérations violentes, l’EI a adopté une stratégie de communication offensive. L’objectif est de remettre Daech à l’ordre du jour des médias et des décideurs dans la région. Mais pas uniquement. 

Ce retour assez rapide de l’EI suggère que l’organisation a pu s’enraciner profondément dans ces territoires à cheval entre la Syrie et l’Irak. Comme une plante désertique brulée par le soleil et asséchée par les vents, l’EI semble avoir la capacité de ressusciter et refleurir dès qu’une pluie passagère rend l’environnement moins hostile. 

Il semblerait donc que l’EI ne soit pas mort sous les coups de la coalition, qu’il s’installe dans la clandestinité dont il a été accoutumé dans sa période pré-califat et qu’il ait retrouvé un élan opérationnel et très probablement une nouvelle stratégie et une forme de direction. Il aura suffi de quelques mois de relâchement de la pression exercée par ses ennemis pour retrouver une capacité de nuisance certaine. Et puisque rien n’indique que les conditions d’un effort coordonné et soutenu de lutte contre l’EI soient réunies, il faut craindre qu’un élément de plus du monde d’avant parasite le monde d’après : l’EI va rester avec nous encore un certain temps.

Sans bruit, Daech ressurgit

Les djihadistes intensifient leurs attaques, profitant du retrait des forces de la coalition en raison de la pandémie.

Donald Trump a beau annoncer la fin de l’organisation État islamique (EI), le monde n’en a pas fini avec le groupe djihadiste. Près d’un an après la chute de Baghouz, le dernier réduit appartenant à l’EI en Syrie, les soldats du califat représentent toujours un « risque significatif » pour les 500 forces américaines encore présentes sur place. Voilà le constat dressé par Sean O’Donnel, inspecteur général du Pentagone, à l’occasion de la publication du rapport trimestriel de la coalition internationale antidjihadiste en Syrie et en Irak. D’après le responsable américain, la menace proviendrait avant tout des prisonniers djihadistes détenus dans des prisons du nord-est de la Syrie par les Forces démocratiques syriennes (SDF) à dominante kurde, ainsi que des familles de combattants rassemblées dans des camps de déplacés dans la même région.

Il y a une semaine à peine, le Centre d’analyse du terrorisme (CAT), révélait que 13 femmes djihadistes de nationalité française s’étaient évadées des camps d’al-Hol et d’Aïn Hissa, parmi lesquelles Hayat Boumeddienne, la femme d’Amedy Coulibaly, l’auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher de Paris, en janvier 2015, qui avait fait cinq morts (trois clients, un employé, le terroriste). « Treize femmes, soit 10 % des djihadistes françaises, qui n’ont en rien renoncé à leur idéologie se retrouvent aujourd’hui dans la nature », souligne Jean-Charles-Brisard le président du CAT, qui dénombre au total 120 Françaises détenues en Syrie. « Ces évadées ne bénéficient pas de réseaux organisés d’exfiltration, mais individuels et familiaux, ajoute-t-il. Elles bénéficient du fait que les autorités kurdes se montrent incapables d’assurer la sécurité de ces camps, qui sont en réalité des enceintes à ciel ouvert où les prisonniers ne font qu’attendre. »

Au total, près de 100 000 déplacés sont regroupés dans une dizaine de camps situés dans le nord-est de la Syrie, dont 12 000 étrangers – 4 000 femmes et 8 000 enfants – membres de familles de djihadistes. Quant aux prisonniers, ils sont environ 12 000 djihadistes, dont 2 500 à 3 000 étrangers (parmi lesquels 60 Français), répartis dans une vingtaine de prisons. Dans un message vidéo rendu public en septembre 2019, soit un mois avant sa mort, Abou Bakr Al-Baghdadi, l’ex-leader de Daesh appelait ses partisans à « forcer les murailles des prisons » pour les libérer. Un mois plus tard, une centaine de détenus djihadistes profitaient du chaos provoqué par l’intervention de la Turquie contre les SDF pour s’évader. 

« Le risque de dispersion des détenus, dont certains souhaitent rentrer clandestinement en France, est aujourd’hui devenu une réalité », souligne Jean-Charles Brisard.

Pour l’heure, la France refuse de rapatrier ses prisonniers, n’acceptant le retour « au cas par cas » que de quelques enfants isolés ou orphelins (ils sont au total plus de 250 enfants français emprisonnés en Syrie, NDLR). Face à une opinion publique majoritairement hostile au retour des djihadistes français, Paris a opté en janvier 2019 pour le discret transfert de 11 combattants de l’EI en Irak, où ils ont été condamnés à mort par la justice irakienne. Depuis, Bagdad n’accepte plus aucun prisonnier français. Quant aux forces kurdes de Syrie, face au refus des chancelleries occidentales de prendre en charge leurs ressortissants, elles se sont résolues à l’idée de les juger sur place.

Or la situation à l’intérieur des camps est d’autant plus critique que les conditions sanitaires, déjà sommaires, s’y sont brutalement dégradées après que le principal axe d’acheminement de l’aide humanitaire à la frontière irako-syrienne a été coupé au mois de janvier, la Russie s’étant opposée au renouvellement d’une résolution de l’ONU l’autorisant. Depuis, au moins deux mutineries ont éclaté en mars et en mai dans la prison de Ghouiran, qui abrite 5 000 prisonniers dans la ville de Hassaké. D’après le rapport trimestriel de la coalition internationale anti-EI, il existe aujourd’hui un « risque d’évasion massive » des détenus djihadistes.

Mais la menace Daech s’exerce d’ores et déjà à l’extérieur des prisons. Profitant de la pandémie de Covid-19, l’organisation djihadiste a sensiblement accru ses attentats sur les territoires syrien et irakien, où elle avait autrefois proclamé son « califat ». En Syrie, le groupe, qui possède toujours des cellules dans le vaste désert situé entre les provinces de Homs (ouest) de Deir ez-Zor (est), serait responsable d’au moins 33 attaques à l’engin explosif improvisé (IED), selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. Survenues dans le nord et l’est du pays, elles étaient principalement dirigées contre l’armée syrienne et les forces kurdes. Or ces dernières ont suspendu leurs opérations contre l’EI pour se concentrer sur la lutte contre le coronavirus, indique le rapport américain. Officiellement, le nord-est de la Syrie a été relativement épargné par le virus, qui n’aurait fait qu’une poignée de victimes. 

Les attaques de Daech se sont également multipliées depuis le mois d’avril dans l’Irak voisin. Explosions d’IED en bord de route, tirs contre des convois de police, de soldats irakiens ou de miliciens chiites, et assassinat de représentants de l’État, les djihadistes ont frappé dans les provinces de Salaheddine, de Kirkouk, et de Diyala, au nord de Bagdad. « Nous assistons à un changement au niveau qualitatif des attaques menées par l’EI en Irak », explique Sam Heller, analyste indépendant conseiller à l’International Crisis Group. « Alors que le groupe privilégiait auparavant le combat asymétrique, il est désormais également engagé dans des attaques plus soutenues et directes contre les forces de sécurité irakiennes. »

James Jeffrey, l’envoyé spécial des États-Unis pour la coalition internationale contre Daech, affirme que le groupe djihadiste reste une menace en tant qu’ organisation « terroriste insurgée, avec quelque 14 000 à 18 000 terroristes entre la Syrie et l’Irak ». Mais le commandement central américain l’assure : Daech n’est « pas de retour ». Réfugiés dans les vastes provinces désertiques d’Al-Anbar et de Ninive, à la frontière avec la Syrie, les soldats du califat profitent clairement du vide sécuritaire créé par la pandémie, qui a fait au moins 169 morts en Irak : les forces irakiennes sont davantage occupées à la mise en œuvre du confinement, et les troupes de la coalition internationale anti-Daech se sont tout bonnement retirées du pays.

« Le départ de formateurs de la coalition internationale n’aura pas d’effet à court terme sur la lutte contre l’EI », souligne toutefois Sam Heller. « Mais il n’est pas impossible que les djihadistes aient pris leur décision en se basant sur cette nouvelle donne. » Le 19 mars, dans un édito intitulé « Le pire cauchemar des Croisés » et publié dans sa newsletter hebdomadaire Al-Naba, Daech a invité ses partisans à profiter de la pandémie pour frapper l’ennemi.