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V. Benaïm à F. Corleone : « Tu n’es qu’une m.rde »

Quand on touche à un noir, un juif ou à musulman, on touche à l’Humanité !

17 SEPTEMBRE 2020 À 21H25

Ce 17 septembre, sur le plateau de TPMP, les chroniqueurs de Cyril Hanouna ont réagi à l’affaire Freeze Corleone. Particulièrement émue, Valérie Bénaïm s’est directement adressée au rappeur.

 

Ce jeudi 17 septembre, le rappeur Freeze Corleone est visé par une enquête pour « provocation à la haine raciale » et « injure à caractère raciste » dans ses clips et ses textes. Tandis que Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur l’a accusé « d’apologie du nazisme et d’antisémitisme« , pendant ce temps, sur le plateau de Touche pas à mon poste, c’est Valérie Bénaïm qui a souhaité prendre la parole, pour répondre à « ces immondices ».

« Tu n’es qu’une merde »

Elle qui a lu les déclarations de Freeze Corleone –  « Killu à vie, fuck un Rothschild, fuck un Rockefeller. Moi j’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 », « Gros comme des banquiers suisses. Tout pour la famille, pour que mes enfants vivent comme des rentiers juifs » « On arrive dans des Allemandes comme des SS », « Tous les jours RAF de la Shoah », « Killu à vie, Seigneur de guerre comme le mollah Omar » – était très émue, ce jeudi soir.

Elle a expliqué aux fanzouzes : « Je vais essayer d’être très calme et de poser mon propos parce que moi les textes de ce garçon me touchent au coeur parce que je suis juive, donc il parle de ma communauté« . Et d’ajouter que tout le monde était concerné par cet acte odieux : « parce que quand on touche à un noir, à un juif, à un musulman, on touche à l’humanité » dit-elle

Face à l’hostilité et l’obsession du rappeur, Valérie Bénaïm a répliqué : « je pense que ce type là est abjecte. Je lui dis dans les yeux, tu n’es qu’une merde. Pardon parce que je suis un peu émue » dit-elle aussi.

Valérie Bénaïm appelle à ne « pas céder à l’émotion »

En réponse à la polémique, la chroniqueuse et animatrice de C8 a toutefois estimé qu’il ne fallait « pas céder à l’émotion ». Elle s’est déclarée contre la censure avant de rappeler aussi que dans le cas de Freeze Corleone, il ne s’agit pas d’une pensée mais bien d’un délit. En effet, selon la loi no 90-615 du 13 juillet 1990,  tout acte raciste, antisémite ou xénophobe est réprimé en ce sens.

Avant d’être applaudie par le public et les chroniqueurs, Valérie Bénaïm a conclu en appelant la justice à faire son travail. Elle a assuré :  « Moi je veux qu’on soit dans un état de droit, qu’on soit dans une République ».

 

Pourquoi les citadines se convertissent à l’hybride

Les automobilistes qui vont avoir le choix entre des technologies et des architectures assez différentes.
La Renault Clio E-Tech appartient à cette nouvelle génération d’urbaines qui peut assurer près de 80 % des déplacements citadins en mode électrique.
La Renault Clio E-Tech appartient à cette nouvelle génération d’urbaines qui peut assurer près de 80 % des déplacements citadins en mode électrique. JEAN-BRICE LEMAL0683664150jeanbrice@gmail.com

Réduire les émissions de CO2: les constructeurs ne pensent qu’à ça. Les enjeux sont énormes. Faute de réussir à abaisser la moyenne des rejets de leurs gammes à 95 g/km comme l’impose la Commission européenne, certains s’exposent à de lourdes amendes: 95 euros par gramme supplémentaire et par véhicule vendu. Les sanctions financières pourraient se chiffrer en dizaines de millions d’euros. Dans ce contexte, l’industrie automobile a compris depuis quelques années que le meilleur moyen d’éviter le pire était d’électrifier partiellement ou totalement leurs nouvelles générations de modèles.

Le choix de la technologie d’électrification dépend d’une multitude de facteurs, à commencer par la catégorie des véhicules et le positionnement prix. Il n’y a pas de petites économies: tous les modèles doivent désormais contribuer à l’objectif de réduction des gaz à effet de serre. Dans les bureaux d’études des marques, les ingénieurs ont engagé la bataille du gramme. C’est si vrai que, malgré leur faible caractère énergivore, les citadines n’échappent plus à l’injection d’une dose plus ou moins importante de watts. Pour certains constructeurs, c’est un moyen de compenser les émissions des gammes supérieures.

En bas de l’échelle, on trouve la micro-hybridation. Cette technologie repose sur un alterno-démarreur de faible puissance faisant office de petite machine électrique et qui est alimenté par une batterie de 10 Ah fonctionnant sous une tension de 12 V ou de 48 V. Ce système ne permet pas de rouler en tout électrique mais il réduit la consommation de carburant en ville. La batterie récupère davantage d’énergie à la décélération et au freinage et soulage la tâche du moteur thermique lors des phases d’accélération. L’alterno-démarreur autorise la coupure du moteur thermique à basse vitesse. À l’approche d’un feu, par exemple. Suzuki a retenu ce dispositif pour la dernière Swift dans une configuration 12 V pour la version 1,2 l et en 48 V pour le modèle Sport doté du 4-cylindres 1,4 litre. C’est le cas aussi de la nouvelle Hyundai i20 dont le 3-cylindres 1 T-GDi de 100 ch est associé à l’hybridation légère 48 V. Cette solution va être amenée à se développer sur une multitude de citadines car elle contribue, pour un surcoût modéré, à économiser quelques gouttes d’essence et donc à réduire les émissions de CO2.

Si les citadines ne peuvent pas accéder à l’hybride rechargeable en raison autant du coût disproportionné d’un tel dispositif que de composants impossibles à caser dans un petit gabarit sans dégrader les prestations, la technologie hybride est amenée à se développer. L’embarras guette les automobilistes qui vont avoir le choix entre des technologies et des architectures assez différentes. La Toyota Yaris produite à Valenciennes, la quatrième mouture de la Honda Jazz et la Renault Clio sont les têtes de file de cette nouvelle génération d’urbaines qui n’a pas besoin de se brancher au secteur mais qui peut assurer près de 80 % des déplacements citadins en mode électrique.

À peine plus de 100 g de CO2

Ces trois modèles montrent que l’hybride peut recouvrir des réalités assez diverses. Alors que les deux japonaises se passent de boîte de vitesses et d’embrayage pour adopter une transmission électrique à variation continue, la Clio innove avec une transmission multimode à crabots sans embrayage. Les ingénieurs ont mis près de neuf ans pour développer cette technologie empruntée à la F1 et qui passe par l’association d’un 4-cylindres 1,6 litre atmosphérique de 91 ch, d’une batterie de 1,2 kWh et de deux machines électriques logées dans la boîte, un alterno-démarreur de 15 kW et un moteur électrique de 35 kW (48 ch). Par rapport aux japonaises, ce système se signale par sa grande légèreté – à peine 10 kg de plus que la 1.5 dCi 115. De son côté, la Yaris a peaufiné son concept qui repose sur un 3-cylindres 1,5 l de 91 ch associé à deux machines électriques. Le premier sert à démarrer le moteur et à charger la batterie ; le second de 79 ch assure la propulsion électrique. La puissance cumulée ressort à 116 ch contre 140 ch pour la Clio E-Tech.

De son côté, la Jazz reprend le principe du CR-V Hybrid, c’est-à-dire que le système fonctionne en hybride série à basse vitesse, en hybride parallèle au-dessus. Les puissances du 4-cylindres 1,5 l de 97 ch et du moteur électrique assurant la traction ne s’additionnent pas. Ce sont les 109 ch de ce dernier à retenir. Alors qu’elle ne dépasse pas les 50 km/h en mode électrique, la Yaris et la Clio peuvent atteindre les 70 km/h. En ville, les batteries récupèrent de l’énergie beaucoup plus vite qu’avant, ce qui autorise des séquences de roulage zéro émission plus fréquentes. Un mode B augmente le frein moteur et assure une régénération supérieure des accumulateurs. Résultat: selon le nouveau protocole d’homologation WLTP, ces trois citadines font preuve d’une belle sobriété. La palme revient à la Yaris qui avec une consommation normalisée de 3,7 l/100 km revendique des rejets de CO2 de 87 g/km. Plus gourmande, la Clio revendique 4,3 l/100 km, soit des émissions de 96 g. Avec 0,2 l/100 km de plus, la Jazz affiche des gaz à effet de serre de 102 g/km.

Au final, si la Yaris a réalisé d’importants progrès dans le domaine des performances et de l’agrément, elle n’atteint pas le niveau de la Clio E-Tech. La citadine française reste la plus polyvalente et celle qui présente le meilleur compromis. Elle peut compter sur sa technologie pour éviter l’effet d’emballement inhérent au système à variation continue. La Jazz est la plus habitable et la plus astucieuse – l’assise des sièges arrière se rabat ou se relève et se clipse aux dossiers pour transporter des objets de grande hauteur tels qu’une plante – mais elle n’est pas à son avantage sur la route où sa consommation dépasse les 5,5 l/100 km. Elle est plus convaincante en ville où sa frugalité excelle. Enfin, en termes de tarifs, ces trois citadines sont très proches. La Yaris mène la danse en version France à 20.950 euros devant la Honda 21.990 euros et la Clio E-Tech 22.600 euros.

Disques durs, smartphones, GPS… Les gendarmes qui font parler les ordinateurs

Les vrais «Experts»:

  • Dans ce volet, le chef d’escadron Stéphane Letrillard nous fait découvrir le département informatique-électronique de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale).
  • 22 techniciens fouillent dans la mémoire des ordinateurs et des smartphones pour en extraire les secrets.

Blouse sur le dos, lunettes vissées sur le nez, l’adjudant S. saisit l’un des tournevis entreposés dans le laboratoire. Puis il ouvre avec précaution le capot en plastique protégeant

22 techniciens sont affectés aux département informatique-électronique de l’IRCGN — Guillaume Coté / PJGN

l’intérieur du GPS qu’il s’apprête à sonder. Il lui faudra quelques jours, peut-être plusieurs mois, pour extraire les données de l’appareil demandées par les enquêteurs. Des dossiers comme celui-ci, les experts du département informatique-électronique en traitent de plus en plus. « 20 à 30 par an », confie-t-il. Auparavant, pour retracer le parcours d’un suspect, il fallait interroger de nombreux témoins, recueillir des indices… Aujourd’hui, l’analyse d’un GPS permet aux gendarmes de connaître « le trajet qu’il a effectué, son point de départ, sa destination, son heure d’arrivée », explique le chef d’escadron Stéphane Letrillard, chef adjoint du département.

Basés à Pontoise (Val-d’Oise), 22 techniciens travaillent dans ce département créé en 1992 au sein de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale). Leur mission : faire parler n’importe quel support numérique et extraire les secrets qu’il contient. Disques durs, téléphones portables, tablettes… Rien (ou presque) ne leur résiste. Régulièrement, les enquêteurs ou les magistrats qui les saisissent leur demandent de fouiller la mémoire de l’ordinateur d’un suspect. La procédure est toujours la même. Les experts prennent la machine en photo puis retirent les scellés. Ensuite, ils font une sauvegarde des données. Si le disque dur est cassé, ils vont diagnostiquer le problème et remplacer le composant défectueux par un autre. Leur labo ressemble à une annexe de la Fnac : sur les bureaux, des tas d’appareils électriques, d’ordinateurs, d’outils, de cartes mémoires, de puces de téléphones…

« Des outils pour trouver les mots de passe »

Avec le temps, les malfaiteurs ont appris à se méfier de la technologie et à être prudents. De plus en plus souvent, un code est nécessaire pour déverrouiller leurs appareils et leurs données sont chiffrées. Un défi pour les techniciens du département, qui ont dû trouver des parades. « Il existe des outils pour trouver les mots de passe », assure d’ailleurs Stéphane Letrillard. En revanche, les gendarmes doivent souvent être patients et persévérants pour y parvenir. « On effectue des recherches pour casser les codes, on tente de trouver une méthodologie », ajoute le chef adjoint du département. Il faut comprendre comment le suspect a construit son mot de passe. Il s’est sans doute inspiré de son environnement, de choses qu’il aime, du nom d’un proche.

Les enquêteurs demandent de plus en plus souvent aux experts du département d’analyser des GPS – Guillaume Coté / PJGN

Deux énormes machines, se trouvant dans une autre pièce, se chargent de finir le travail. Les experts de l’unité « traitement de l’information » entrent ensuite en jeu. Ils sont chargés d’analyser les données présentes dans l’ordinateur qui pourraient être nécessaires aux enquêteurs dans le cadre d’une affaire : répertoire téléphonique, photos, vidéos, messages envoyés… La machine est passée au peigne fin. Ils vont notamment rechercher des traces de fichiers qui auraient pu être effacées par le suspect, récupérer les documents protégés par des mots de passe. Pour cela, ils vont mettre au point un programme de déchiffrement, ce qui peut prendre plusieurs jours. Enfin, ils vérifient que les fichiers dissimulés qui ont été récupérés n’ont pas été endommagés.

Tablette trafiquée

Le travail effectué par les experts de l’INL aide les enquêteurs à comprendre un univers technologique qui, bien souvent, les dépasse. Il y a plusieurs mois, des gendarmes d’une section de recherche, qui travaillaient sur une affaire de vols de véhicules, sont venus les trouver et leur ont demandé d’examiner une tablette grand public, afin de savoir à quoi elle pouvait servir. Après l’avoir démontée, ils ont constaté que des composants électroniques avaient été rajoutés. Leur travail a finalement porté ses fruits. Ils ont découvert que l’appareil était utilisé par les malfaiteurs pour faire démarrer des voitures. Il suffisait de la brancher à la prise OBD (On-Board Diagnostics), située dans l’habitacle. Puis de l’approcher du bouton de démarrage du véhicule pour que le moteur se mette en marche, comme par magie.

Ce que le chef d’escadron Letrillard apprécie dans ce métier, c’est de devoir « trouver des solutions » pour percer les coffres-forts numériques. « Un défi » qu’il aime relever quotidiennement. « En plus, on ne recherche jamais les mêmes choses », complète-t-il. Passionnés d’informatique et d’électronique, les experts du département INL – des geeks portants des uniformes de gendarmes – sont recrutés à BAC + 3, mais plusieurs d’entre eux possèdent un doctorat. Certains se sont d’abord engagés dans la gendarmerie et sont passés par des unités de terrain. D’autres sont des spécialistes qui ont été embauchés pour travailler à un poste bien particulier. D’ailleurs, le département compte s’étoffer et recherche des experts en sécurité informatique.

Ce que nous devons à Gisèle Halimi

Tour d’horizon de ses combats par Céline Pina


Gisèle Halimi (1927-2020) s’en est allée et elle emporte encore certainement avec elle bien des combats qu’elle aurait voulu mener ; tant de causes à défendre… Les combats de Gisèle Halimi étaient si nombreux qu’on ne pouvait tous les partager. Mais, dans tous les cas de figure, sa sincérité n’était jamais à mettre en cause.


Parmi les nombreuses batailles que Gisèle Halimi a menées, celle de la cause des femmes est aujourd’hui saluée par toute la classe politique de droite comme de gauche.

Une pilule dure à avaler…

Si la loi Neuwirth en 1967 avait permis l’accès à la pilule contraceptive, l’avortement restait un crime pour le législateur et un tabou pour nombre de citoyens. Les condamnations étaient nombreuses, les décès aussi.

Mai 68 et la naissance, à la même période, du MLF (Mouvement de libération des femmes) attirait l’attention sur une loi aussi dangereuse pour la vie des femmes et aussi archaïque. Mais, cette revendication légitime n’atteignait pas forcément les femmes les plus concernées, à savoir celles des classes populaires.

Plusieurs raisons à cela. Le droit à l’avortement, tel qu’il était défendu par les militantes féministes d’alors, était souvent noyé dans les revendications plus larges comme le « droit à disposer de son corps » ou de « choisir sa sexualité.

« Prolétaire du prolétaire », comme disait un slogan féministe de l’époque, les femmes des classes populaires étaient souvent engagées sur le terrain des combats sociaux mais peu sur celui de leur propre condition.

Le tournant de Bobigny

Ces concepts de libération de la femme étaient portés au départ souvent par le milieu universitaire et intellectuel, mais dans les quartiers populaires d’alors, on ne lisait guère Simone de Beauvoir…

Jusqu’au procès de Bobigny en 1972. Tout d’un coup, grâce à Gisèle Halimi, les droits des femmes avaient un et plusieurs visages, et mieux que ça : une histoire. Pour ces femmes, l’histoire sordide du viol de Marie-Claire, la jeune victime, c’était aussi la leur.  Elles pouvaient, hélas, s’y ‘identifier. Pour elles, c’était le plus souvent le souvenir d’une souffrance physique et morale, d’un abandon, d’un rejet ou d’une culpabilisation.

En décidant de faire du procès de Marie-Claire, avec son accord et celui de sa famille, Gisèle Halimi les a réhabilitées dès le premier jour. Elles étaient toutes un peu Marie-Claire, issue comme elles des classes populaires. Car si l’avortement clandestin était pratiqué dans toutes les classes de la société, on retrouvait le plus souvent dans les tribunaux ou à la morgue celles aux revenus modestes…

Alors que l’on ne savait pas si le procès serait gagné, Gisèle Halimi a su gagner leur respect car leur souffrance n’était plus une honte. Elles n’étaient plus des criminelles mais des victimes.

Ces communistes contre l’avortement

Le droit à l’avortement, était majoritairement rejeté à droite, cela on le sait ; ce que l’on sait moins ou que la gauche assume moins, c’est qu’il était très peu pris en compte à gauche également avant les années 70. On connaît les arguments pro-vie de la droite, souvent catholique de l’époque, on oublie la position de certains communistes. Jeannette Vermeersch, compagne et épouse de Maurice Thorez, était violemment opposé au contrôle des naissances. Elle déclarait à ce sujet en 1956 : « Le birth control, la maternité volontaire est un leurre pour les masses populaires, mais c’est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales. » Jacque Derogy, journaliste communiste s’entendit dire par Maurice Thorez « Au lieu de vous inspirer des idéologies de la grande et petite bourgeoisie, vous auriez mieux fait de méditer l’article que Lénine a consacré au néomalthusianisme… Le chemin de la libération de la femme passe par les réformes sociales, la révolution sociale et non par les cliniques d’avortement. » On est stalinien ou on ne l’est pas ! Rappelons que le crime d’avortement avait été aboli par la Révolution en URSS. C’est Staline qui le rétablit en 1936.

Heureusement, cette position n’était pas la plus répandue au Parti communiste français, mais elle a fait beaucoup de mal aux femmes des classes populaires. Et par la suite, les communistes comme la gauche ont intégré ce droit à conquérir dans leur programme.

Un féminisme populaire

Mais c’est grâce à Gisèle Halimi et à l’immense visibilité qu’elle a donnée à ce procès que le féminisme est devenu véritablement populaire.

Pour conclure, rappelons sa plaidoirie en novembre 1972 à Bobigny. devant les juges

« Ce que j’essaie d’exprimer ici aujourd’hui, c’est que je m’identifie précisément et totalement avec Mme Chevalier et avec ces trois femmes présentes à l’audience, avec ces femmes qui manifestent dans la rue, avec ces millions de femmes françaises et autres. Elles sont ma famille. Elles sont mon combat. Elles sont ma pratique quotidienne. Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi à laquelle je dénie toute valeur, toute applicabilité, toute possibilité de recevoir aujourd’hui et demain le moindre sens, que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe la femme. (…) C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans argent et des sans relations qui est frappée. Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs. (…) Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un PDG de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs? Vous condamnez toujours les mêmes, les “Madame Chevalier”. »

Adieu SOS Racisme 

       Cela n’a pas cessé et aujourd’hui encore, alors que sur notre sol l’islamisme remet clairement en cause l’égalité en droit des femmes, il fait des ravages chez les plus pauvres et les moins éduquées d’entre elles.

L’endoctrinement est tel qu’elles en sont arrivées à présenter comme une liberté, l’acceptation d’un sexisme religieux et coutumier. Et ces femmes n’ont pas accès aux valeurs universelles qui pourraient les émanciper parce que ceux qui devraient les défendre, représentants politiques en premier lieu, ferment les yeux sur la remise en cause de la liberté des femmes musulmanes par les islamistes. Comme si celle-ci n’étaient pas tout à fait française et pouvaient voir leur égalité remise en cause politiquement et dans les faits du moment que cela est présenté comme une obligation religieuse ou une injonction communautariste. C’est ainsi qu’à quelques kilomètres de Paris, certaines femmes ne vivent plus vraiment dans le même monde que les soi-disant progressistes. Ceux qui présentent comme du féminisme, le fait de laisser les femmes se faire opprimer quand c’est au nom de l’islam ou des traditions. Gisèle Halimi, elle, ne s’y est jamais trompé et avait même quitté SOS Racisme en 1989 quand l’association avait pris fait et cause pour l’autorisation du voile à l’école. Il faut réécouter ses arguments, ce sont ceux que n’ont cessé de rappeler les féministes universalistes.

Alors Gisèle Halimi n’est plus, mais nombre de ses combats sont d’une cruelle actualité à l’heure où les droits des femmes sont attaqués, ou ceux qui se baptisent « progressistes » défendent l’idéologie des fondamentalistes religieux et font passer l’emprise, la soumission et le conditionnement des femmes pour une revendication de liberté et de pouvoir. Elle n’est plus mais espérons qu’elle laisse une postérité sinon l’égalité femme /homme n’aura été qu’une parenthèse européenne enchantée vouée à disparaître sous les coups de la lâcheté conjuguée d’une droite indifférente et d’une gauche complice des idéologies les plus obscurantistes. Et cela est très facilement compatible avec le discours victimaire qui fait de la femme un bébé phoque à protéger. N’est-ce-pas au nom de sa protection que les religions tentent d’en faire une éternelle mineure ? Gisèle Halimi est la preuve que les femmes sont non seulement fortes mais puissantes quand elles se tiennent debout, tête haute et défendent bec et ongles l’égalité qu’elles ont su conquérir et qu’elles doivent aujourd’hui à nouveau défendre.

George Weill: “Ils ont tué Jaurès”

Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné lors d’un dîner au café du Croissant.
George Wheil, homme politique socialiste, était avec lui à ce moment là. Il témoigne de la violence du meurtre. (cliquer sur le carré ci-dessous)

 Pour rappel, Fils d’un négociant alsacien, de culture juive, George Weill quitte Strasbourg pour suivre des études parisiennes au début du siècle. Il fréquente alors les milieux socialistes collectivistes et participe au congrès socialiste de Lyon en 1901.   

A partir de 1908, il devient un contributeur régulier de L’Humanité, et se rend régulièrement à Paris, où il rencontre Jean Jaurès.

En 1912, il est envoyé par son parti faire campagne à Metz, et l’emporte malgré une forte mobilisation de la droit locale.

Alors que la tension monte entre la France et l’Allemagne, il passe l’été 1914 en France, et se trouve face à Jean Jaurès lors de l’assassinat de ce dernier le 31 juillet. Il s’engage alors dans l’armée française, ce qui lui vaut une condamnation à mort par un conseil de guerre allemand.

Après la guerre, militant SFIO, conseiller général du Bas-Rhin, il est candidat malheureux à la députation en 1919, et choisit lors du congrès de Tours, auquel il participe, de soutenir la ligne de Léon Blum, avant de se rapprocher de Renaudel et de se retrouver dans le courant néo-socialiste. 

En 1933, après un dernier échec électoral, il se détourne de la vie politique. Il participe à la deuxième guerre mondiale comme officier au service de l’information des armées, avant de réussir à rejoindre Alger où il participe à la direction de la France combattante.

Catherine Moulin. Jean Jaurès. Assassiné le 31 juillet 1914

25 Juillet, Jean Jaurès à Lyon-Vaise: un déplacement presque ordinaire

Le 25 juillet 1914, Jean Jaurès vient soutenir le candidat socialiste, Marius Moutet, dans le cadre de la campagne pour une élection législative partielle dont le premier tour doit avoir lieu le lendemain, dans la 6 e circonscription du Rhône, à la suite du décès de Joannès Marietton survenu le 27 mai, alors que ce député socialiste venait d’être réélu.

Le Discours de Vaise

Il s’agit à bien des égards d’un déplacement banal, un de ceux que L’Humanité ne relate pas, même dans une brève. C’est au demeurant la treizième fois que Jaurès se rend à Lyon pour des motifs politiques depuis 1893. Cette réunion publique s’inscrit dans le contexte d’un événement local, somme toute secondaire, pourtant le discours prononcé ce soir-là est devenu a posteriori l’un des plus célèbre de sa vie politique, connu sous le nom de « Discours de Vaise ». La section socialiste du 5 ème arrondissement de Lyon[1] invite Jaurès à participer à une réunion dont l’accès est réservé aux électeurs de l’arrondissement. Elle a lieu salle Iller, une salle dans laquelle il s’est déjà exprimé le 5 mars 1910, et qui est située dans le quartier alors industriel et populaire de Vaise, au nord de la ville, le long de la Saône.

Comme de coutume, la venue de Jaurès ne passe pas inaperçue dans la presse lyonnaise. Les journaux socialistes et radicaux annoncent « la grande réunion publique et contradictoire organisée pour l’audition du citoyen Jean Jaurès, député du Tarn, directeur du journal L’Humanité, et du citoyen Marius Moutet, candidat du Parti socialiste à l’élection législative du 26 juillet[2]. » La presse de droite, quant à elle, se gausse du soutien « parisien » apporté par Jaurès au candidat local. Elle souligne également le fait que le tribun socialiste n’est pas issu du monde ouvrier, à la différence des députés socialistes du Rhône.

Paris face à la province, et les “bourgeois” face au monde ouvrier

On obtient ainsi un double effet clivant : Paris face à la province, et les « bourgeois » (Jaurès et Moutet, qui est avocat) face au monde ouvrier. La venue de Jaurès à Vaise ce 25 juillet 1914 constitue un exemple très représentatif du déroulement de ses déplacements dans la région, si ce n’est qu’elle ne s’inscrit pas dans le cadre des habituelles « tournées » qui permettent à Jaurès de rentabiliser au mieux le temps long du voyage depuis Paris.

Le leader socialiste arrive en fin d’après-midi en gare de Lyon-Perrache. En compagnie des principaux organisateurs venus l’accueillir, il se restaure à proximité de la gare, à la célèbre Brasserie Georges. Le début de la réunion est fixé à 20 h 30, un horaire habituel lorsque les réunions ont lieu un samedi, une journée de travail. Plus de trois mille personnes se massent dans la salle Iller, qui fut agrandie en mars 1910, lors de la précédente venue de Jaurès, afin de pouvoir accueillir un public plus important.

En effet, comme partout dans la région, il attire de nombreux auditeurs : dans près de la moitié de la trentaine de cas étudiés dans la région, on compte au moins trois mille personnes, comme c’est le cas ce soir-là à Vaise. Ici, la réunion est réservée – en principe – aux électeurs de la circonscription, mais il n’est pas rare que l’on vienne des départements voisins écouter Jaurès.

À la fin de la réunion, vers 22 heures, l’orateur rejoint son hôtel situé dans le quartier Grolée au cœur de la Presqu’île, entre la place Bellecour et l’hôtel de ville. Jaurès est raccompagné par le docteur Georges Lévy, Secrétaire de la Fédération du Rhône en 1914, dont nous reparlerons.

Le lendemain, dimanche 26 juillet, Jaurès passe la journée à Lyon avec Marius Moutet et son épouse chez lesquels il déjeune. Dans un entretien publié par Le Mouvement social en avril-juin 1962, Marius Moutet précise : « Il s’est montré très détendu. Ma femme l’a emmené au musée Saint-Pierre et il a évoqué avec verve et émotion ses années de jeunesse. » Nous n’en savons pas davantage sur la visite de Jaurès au musée des Beaux-Arts, mais on peut penser qu’il n’a pas manqué d’admirer les peintures murales qui ornent l’escalier monumental, œuvres du peintre lyonnais Puvis de Chavannes que Jaurès appréciait particulièrement. Dès qu’il en avait l’occasion, il s’octroyait de telles parenthèses culturelles, rares et précieux moments de pause et de détente durant ses déplacements. Ainsi, le 17 octobre 1909, lors de son arrivée à Vienne, ville située dans le Nord-Isère au bord du Rhône, il prit le temps d’en visiter les richesses archéologiques et architecturales en compagnie du maire socialiste Joseph Brenier et du conservateur des musées, avant de se consacrer à ses activités politiques. Et, à l’occasion de son ultime séjour bruxellois, le matin du 30 juillet 1914, il se rend au musée des Beaux-Arts revoir les primitifs flamands en compagnie du couple Sembat avant de rentrer à Paris. Car, pour Jaurès, ces moments consacrés aux arts sont aussi des moments de partage.

Le dimanche 26 juillet, en fin d’après-midi, Jaurès reprend le train pour Paris. Un incident ferroviaire survenu en gare de Dijon le contraint de dicter au téléphone, depuis les bureaux d’un journal local, le contenu de son éditorial, intitulé « Une lueur d’espoir», paru dans L’Humanité du 27 juillet.

Ce bref séjour à Lyon devait être si ordinaire que le contenu du discours sténographié n’est publié à l’origine que dans L’Avenir socialiste, le journal hebdomadaire de la Fédération socialiste du Rhône, daté du 1 er août 1914.

Il fut pour la première fois repris dans la Biographie de Jaurès, rédigée par Charles Rappoport en 1915. Pourtant, ce discours est devenu l’un des plus célèbres de Jaurès, « un grand classique jaurésien » comme l’écrit Gilles Candar[3]. Le contexte international suscité par la crise austro-serbe consécutive à l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 donne en fait et d’emblée à cette réunion un caractère particulier. En effet, dès le début de son discours, Jaurès mentionne qu’une demi-heure avant l’ouverture de la réunion, il a appris la rupture des relations diplomatiques entre la Serbie et l’Autriche-Hongrie. Dès lors, la crise s’accélère et le risque d’une guerre imminente de dimension européenne est devenu bien réel.

Le discours de Jaurès est avant tout une analyse de la situation internationale et un réquisitoire qui dénonce les responsables du risque de conflit menaçant désormais l’Europe

Aussi le discours de Jaurès change-t-il de nature : ce n’est pas un discours électoral de soutien au candidat socialiste. Même si Jaurès prononce quelques mots louangeurs à l’égard de Moutet[4], c’est avant tout une analyse de la situation internationale et un réquisitoire qui dénonce les responsables du risque de conflit menaçant désormais l’Europe. Discours sans doute improvisé, mais dont la rigueur de l’analyse et l’anticipation lucide de la nature du futur conflit expliquent en partie la célébrité. L’émotion et l’inquiétude de l’orateur transparaissent lorsqu’il évoque ce que serait cette guerre au vu du précédent que constituent les guerres balkaniques. En dépit du « désastre pour l’Europe » qu’il pressent, et même s’il « dit ces choses avec une sorte de désespoir », Jaurès veut encore croire que l’action du prolétariat peut « écarter l’horrible cauchemar ».

Un Manifeste pour la défense de la paix

Dès lors, l’élection partielle qui motive sa venue n’a plus la même signification : Jaurès fait du bulletin de vote des électeurs de la 6 ème circonscription du Rhône un Manifeste pour la défense de la paix : « J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce Parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix. »

Un discours testamentaire

Quels que soient la grande qualité du discours et l’impact qu’il eut visiblement sur le public, l’essentiel de sa célébrité tient au fait qu’il fut le dernier prononcé par Jaurès en France avant son assassinat : il prit donc a posteriori la « valeur d’un écrit testamentaire », selon la formule de Gilles Candar[5]. De plus, le fait qu’il ait été prononcé seulement quelques jours avant le début de cette guerre cauchemardesque qu’évoque justement Jaurès renforce sa dimension dramatique.

C’est donc bien à l’éclairage donné par ces événements immédiatement postérieurs que ce discours doit d’être si connu.

Pourtant, dans les années qui suivirent, le texte même fut l’objet de discussions et de polémiques au sein du Parti socialiste entre « majoritaires » partisans de l’Union sacrée et « minoritaires ». Le fait que ce discours n’ait été publié que dans un journal socialiste local favorise d’autant plus ces contestations. Mais, dans l’entretien publié dans Le Mouvement social, Marius Moutet, interrogé sur ces controverses (la véracité des propos étant notamment contestée par Renaudel), affirme qu’il peut « certifier l’authenticité du texte publié dans L’Avenir socialiste. Jaurès les [sic] a revues lui-même chez moi le lendemain et m’a exprimé son accord ».

Dans un article paru le 29 juillet 1938 dans l’organe régional du Parti communiste, La Voix du peuple, on lit : « Ici, à Lyon où Jaurès est venu quelques jours avant [l’assassinat], le 25 juillet 1914, l’atrocité du geste stupide de Villain est encore davantage ressentie. »

À Lyon, le discours de Vaise est, de fait, intégré dans les enjeux mémoriels qui suivent la mort de Jaurès, notamment avec les deux « grands témoins » que sont Marius Moutet et Georges Lévy, comme nous allons le voir dans les trois exemples suivants. Mais les deux hommes sont désormais devenus des acteurs de l’opposition fratricide entre partisans et adversaires de l’Union sacrée d’abord[6], puis entre socialistes et communistes après le congrès de Tours.

Le 31 juillet 1920, pour une importante réunion organisée le jour anniversaire de l’assassinat de Jaurès à Oullins, ville cheminote et ouvrière de la banlieue lyonnaise, Marius Moutet s’est fait excuser. En revanche, Lévy est présent[7] et « parlant de l’attitude de Jaurès à la veille de la guerre, [il] a rappelé qu’au cours d’une réunion qui eut lieu le 25 juillet 1914, Jaurès, dans son dernier discours, a condamné tous les rois, les empereurs et les gouvernements bourgeois de l’Europe, mais il a aussi fait ressortir que la France avait sa part de responsabilité dans les événements en cours ». Il conclut de manière polémique : « Personne ne sait ce que Jaurès aurait fait s’il vivait aujourd’hui pendant la période que nous traversons et on peut être certain que malgré tout l’empressement des bourgeois du socialisme qui veulent accaparer sa personnalité, il serait resté avec nous, avec les révolutionnaires[8]. »

Le 30 juillet 1922, à Villeurbanne où les socialistes du Rhône commémorent la mort de Jaurès, c’est Moutet qui « rappelle le dernier voyage de Jaurès à Lyon. Il y vint, huit jours avant la déclaration de guerre, et alors que les trains allaient emporter les jeunes soldats à la frontière, lui qui défendait encore son œuvre de paix, son idéal de fraternité entre les peuples ; il luttait passionnément contre l’horrible tuerie. Sans doute aurait-il fait entendre sa voix au-delà des frontières, lorsque son dernier souffle de vie lui fut arraché. […] Pendant la guerre, nous songions : que ferait-il s’il était là ? Ah ! Que de désastres il eût évités. Il avait la préoccupation de défendre ce pays qu’il aimait avec sa belle âme ; mais il savait aussi que toute victoire conquise par les armes, par la force n’était pas durable et engendrait fatalement l’idée de revanche. La seule paix, la vraie paix n’est pas celle qui s’impose par les armes, mais au contraire par la fraternité des peuples et par l’amour de l’humanité[9] ».

Enfin, pour le 25 ème anniversaire de l’assassinat de Jaurès, La Voix du Peuple du 28 juillet 1939 annonce en première page « un article de Georges Lévy qui était secrétaire de la Fédération socialiste du Rhône quand Jean Jaurès fit, à Lyon-Vaise le 25 juillet 1914, son dernier discours en France ». Lévy compare la situation de juillet 1914 et celle de juillet 1939 : « En cette période de juillet 1939, les événements qui nous mènent à une nouvelle guerre nous paraissent aussi imminents et aussi tragiques que dans cette même période de 1914. Et ces deux préoccupations essentielles qui au cours de sa multiple activité ont occupé la pensée de Jaurès : la lutte pour la paix et pour l’unité nationale des travailleurs, nous paraissent être, pour nous aussi, les deux préoccupations dominantes de l’heure, en y ajoutant la lutte pour l’unité internationale. »

Mais, en dépit des analogies, Lévy souligne les différences, les évolutions survenues en un quart de siècle, qui appellent « des méthodes nouvelles ». Et s’il souligne qu’il fut «en ce temps déjà lointain jauressiste », s’il voue « à sa mémoire le plus pieux des souvenirs », Lévy est aussi devenu un disciple de Lénine : « Aujourd’hui les événements ont changé, notre tactique ne pouvait rester la même et ne pas s’adapter à ces événements. Lénine le dit bien : la dialectique marxiste exige l’analyse de chaque situation historique particulière. »

Cependant, il conclut par un rapprochement entre « la foi qui animait l’apôtre de la paix et de l’unité en 1914 » et celle avec laquelle « notre parti communiste mène aujourd’hui le même combat ».

Lévy termine avec une phrase extraite du discours de Vaise que les communistes pourraient répéter selon lui : « Quoi qu’il en soit, citoyens, je dis ces choses avec une sorte d’espoir [on notera la variante par rapport à la version de L’Avenir socialiste communément reprise]. Il n’y a plus – au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie – qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation : c’est que le prolétariat rassemble ses forces… »

Après la Seconde Guerre mondiale, la référence mémorielle au discours de Vaise s’estompe à Lyon mais sans disparaître. En effet, le 6 mars 1991, une plaque commémorative est apposée au 51, rue de Bourgogne où se trouvait la salle Iller, dans le cadre d’un « hommage rendu par Roland Leroy, directeur de L’Humanité ». Elle porte l’inscription suivante : « Ici le 25 juillet 1914, Jean Jaurès, fondateur du journal L’Humanité, prononça son dernier discours pour la paix. »

On peut remarquer que cet hommage intervient juste au terme de la guerre du Golfe (2 août 1990-28 février 1991), contre laquelle s’est érigé le PCF[10]. Enfin, avec « L’année Jaurès » en 2014, on vit à Vaise une résurgence de la dualité des mémoires. Le site d’information et d’actualités Rue89Lyon titra le 23 juillet 2014 : « Jean Jaurès à Lyon : 100 ans après, qui commémorera le mieux l’homme politique ? ».

Le 24 juillet, au nom de la municipalité lyonnaise qu’il dirige, Gérard Collomb, alors socialiste, commémora le centenaire du discours de Vaise à la mairie du 9 ème arrondissement (lors de l’allocution prononcée par le maire de Lyon, certains auditeurs arboraient un masque de Jaurès pour contester la légitimité de cette commémoration par le premier magistrat de la ville) et une exposition consacrée au « Parcours de Jaurès » y fut inaugurée ; par ailleurs, le lendemain, les communistes se retrouvèrent pour un hommage au 51, rue de Bourgogne. Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité et député européen, prononça un discours et la fête populaire d’été du PCF, qui eut lieu également à Vaise le 25 juillet 2014, fut appelée « fête de la paix ». Un portrait de Jaurès extrait d’une des célèbres photographies prises lors du meeting du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 était reproduit sur l’affiche.

Ainsi peut-on dire que le « Discours de Vaise » est un discours célèbre prononcé dans le cadre d’un déplacement en définitive peu connu. La dimension locale de la réunion se perd dans la renommée du discours : on se soucie en général bien peu de savoir, par exemple, que Marius Moutet était en ballottage favorable le soir du 26 juillet et qu’il fut élu début août après l’assassinat de Jaurès, dans la tourmente de la déclaration de guerre… Par ailleurs, ce déplacement de Jaurès le 25 juillet 1914 peut paraître incongru dans le contexte d’une crise internationale qui met l’Europe au bord du gouffre. C’est oublier que, jusqu’au soir du 25 juillet justement, Jaurès pensait que cette crise, comme les précédentes, s’étendrait sur une période assez longue, lui donnant, ainsi qu’aux instances socialistes, le temps d’agir. Le 5 juillet, à Rochefort, il disait encore : « Depuis dix ans, il n’y a pas une année où ne se répande la rumeur d’une guerre imminente. » Comme le souligne Jean-Jacques Becker : « Tous les participants de ces événements ont été surpris par la rapidité des enchaînements. Ils croyaient être entrés dans une crise qui durerait un certain temps avec de nombreux épisodes et ils se sont trouvés en guerre en quelques jours[11]. »

Jaurès pensait donc aussi avoir le temps de venir soutenir Marius Moutet à Lyon, d’autant plus que ce type de déplacement s’inscrit de manière très usuelle dans son activité politique. En effet, Jaurès répond à de multiples et diverses sollicitations, et la chronologie de ses déplacements à travers la France depuis son élection comme député socialiste à Carmaux en 1893 est très longue ! Il est ainsi venu plus d’une trentaine de fois dans les départements qui formèrent bien plus tard la région « Rhône-Alpes ».

Le discours de Vaise nous rappelle, en définitive, que « le caractère national du rayonnement de Jaurès ne lui vient pas, et de très loin, seulement de Paris, ni même du Languedoc[12] ».

Focus : Jean Jaurès, Marius Moutet et Georges Lévy La réunion du 25 juillet 1914 illustre aussi les liens existants entre Jaurès et certains hommes politiques locaux. Ainsi Jaurès a-t-il eu l’occasion de rencontrer Marius Moutet et sans doute aussi Georges Lévy, bien des années auparavant. En premier lieu, Marius Moutet et Georges Lévy sont de la même génération : le premier est né en 1876 et le second en 1874. Tous deux militent à la fin des années 1890 dans les rangs des étudiants socialistes de Lyon et viennent à la politique dans le contexte de l’affaire Dreyfus. Le groupe des étudiants socialistes de Lyon fait partie de la Ligue d’action et de défense républicaine, créée le 8 octobre 1898, qui organise de nombreuses réunions dreyfusardes. Elle invite notamment Jaurès pour un grand meeting le 23 octobre 1898 à Lyon qui eut un retentissement très important. Dans l’entretien qu’il donne au Mouvement social, publié en avril-juin 1962, Moutet en parle en ces termes : « Jaurès vint parler pendant “l’Affaire”, devant un public énorme, 10 000 à 15 000 personnes. » Le temps écoulé depuis les faits amène sans doute Moutet à amplifier les choses, car elles étaient en réalité 4000, ce qui est toutefois considérable, d’autant que plusieurs milliers de personnes ne purent entrer et restèrent à l’extérieur de la salle. En second lieu, Moutet et Lévy sont de fervents partisans de l’unité socialiste et les deux hommes s’opposent à ce sujet à Victor Augagneur, maire socialiste de Lyon entre 1900 et 1905. Moutet contribue à la création de la fédération socialiste SFIO du Rhône en 1905 et en devient l’un des principaux militants. Or, le 24 juin 1905, Jaurès vient participer au meeting d’ouverture du congrès départemental de cette fédération nouvellement et difficilement unifiée, née le 15 mai précédent. Jaurès connaît Marius Moutet qui affirme dans l’entretien publié par Le Mouvement social : « Je suis allé parfois chez lui, notamment pour lui demander de prendre la parole aux funérailles de Francis de Pressensé, en janvier 1914. »

À Vaise, Jaurès fait l’éloge du candidat qu’il est venu soutenir en ces termes : « Vous l’avez vu à l’œuvre dans votre région, vous connaissez sa valeur intellectuelle, sa valeur morale, sa force de travail et de dévouement à l’œuvre d’émancipation ouvrière et de propagande socialiste. » Le 25 juillet 1914, Georges Lévy, secrétaire de la Fédération socialiste du Rhône, est aux côtés de Marius Moutet et de Jean Jaurès et, quelques jours plus tard, le 30 juillet, les deux hommes politiques lyonnais prennent la tête d’une manifestation pour la paix, place Bellecour. Leurs chemins se séparent avec la Première Guerre mondiale : Moutet, élu député de la 6 e circonscription du Rhône le 2 août 1914, adhère très rapidement et avec ferveur à l’Union sacrée, avant d’évoluer vers le courant « centriste » animé par Jean Longuet. En revanche, Georges Lévy, mobilisé comme médecin militaire dans l’armée d’Orient, rapatrié en 1915 en raison d’une crise de paludisme, rallie très tôt les rangs des socialistes qui rejettent l’Union sacrée. En 1920, la question de l’adhésion à la III e Internationale est une nouvelle source de discorde entre les deux hommes : Moutet est de ceux qui refusent l’adhésion (il signe avec Blum, Auriol, Renaudel notamment, le manifeste qui se prononce en ce sens). En revanche, Georges Lévy s’y montre très favorable. Dans les années 1920, Marius Moutet se montre très assidu aux commémorations jaurésiennes. Il assiste à plusieurs réunions organisées par la Fédération du Rhône pour l’anniversaire de la mort de Jaurès, mais il est aussi présent à l’inauguration de monuments dans diverses régions de France, comme à Carmaux en juin 1923, où il lit une page de Jaurès à l’occasion de l’inauguration du groupe sculpté par Georges Pech, ou à Dole le 24 janvier 1924 notamment, en tant que « député du Rhône, délégué du Parti socialiste ».

Avec l’amiral Louis Jaurès et Léon Jouhaux, il est au nombre des personnalités qui prennent alors la parole pour l’inauguration du monument Jaurès. Georges Lévy n’est pas en reste. On relève à diverses reprises sa présence aux conférences-concerts régulièrement organisées par les communistes à Villeurbanne dans les années 1920 pour Jean Jaurès 1914 l’anniversaire de l’assassinat de Jaurès.

Avec la signature du pacte d’unité d’action en 1934 et la mise en place du Front populaire, Jaurès devient un symbole de cette union des gauches et Georges Lévy compte parmi les personnalités présentes aux commémorations unitaires organisées à Lyon pour lui rendre hommage et en faveur de la paix le 3 août 1935 (il est alors un des orateurs qui s’expriment dans la nouvelle Bourse du travail), et le 31 juillet 1937 (lors du grand rassemblement qui réunit vingt mille personnes dans le quartier de Perrache).

Les années suivantes marquent le retour à la division des gauches, mais Georges Lévy poursuit sa contribution mémorielle notamment au travers d’articles jusqu’à la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, les trajectoires, à bien des égards similaires dans le militantisme politique de ces deux hommes jusqu’à la Grande Guerre, se séparèrent ensuite et leurs carrières politiques furent inégales. Moutet fut député du Rhône puis de la Drôme de 1914 à 1936, puis de 1945 à 1947, avant de devenir sénateur, il fut aussi ministre des Colonies dans les deux cabinets Blum du Front populaire et redevint ministre sous la IV e République ; Lévy devint député du Rhône en 1919 puis il fut à nouveau élu en 1936 dans la circonscription de Villeurbanne dont il fut nommé maire à la Libération, avant d’être battu en 1947[13]. Mais ils firent partie de ces hommes politiques locaux qui approchèrent et admirèrent Jaurès et ils restèrent, en définitive, chacun à leur manière, des acteurs de la mémoire jaurésienne. En juin 1959 encore, alors qu’il préside comme doyen d’âge l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale à Strasbourg, Marius Moutet affirme dans son discours : « Je ne puis jamais oublier qu’il y a quarante-cinq ans, je suis entré dans la vie parlementaire sous les auspices d’un grand homme de la naissance de qui nous allons célébrer bientôt le centenaire : Jean Jaurès. Et si je tiens à le citer, ce n’est pas parce que socialiste mais parce que ses avertissements, au cours de mon élection, quelques jours avant qu’il soit assassiné le 31 juillet 1914, sont de ceux qui aujourd’hui encore doivent être médités[14]. »


[1] Aujourd’hui, Vaise se trouve dans le 9 ème arrondissement de Lyon.

[2] Le Progrès, 25 juillet 1914.

[3] Gilles Candar, Jean Jaurès, justice d’abord !, Éditions Le Monde, coll. « Les rebelles », Paris, 2012, p. 181.

[4] Voir le focus consacré à Jaurès, Moutet et Lévy.

[5] Gilles Candar, op. cit., p. 181.

[6] Marius Moutet a d’abord été un fervent partisan de l’Union sacrée, avant d’évoluer vers le courant « centriste » constitué autour de Jean Longuet (information transmise par Gilles Candar). Georges Lévy a très vite rallié le courant des « minoritaires ».

[7] « Médecin des pauvres », Lévy s’est établi à Oullins depuis 1900.

[8] Archives départementales du Rhône, 4M268, rapport du commissaire spécial, 1 er août 1920.

[9] Le Progrès, 31 juillet 1922.

[10] Voir, par exemple, l’article « Les enseignements de la guerre du Golfe », paru dans L’Humanité du 13 mars 1991.

[11] « La II e Internationale et la guerre », Les Internationales et le problème de la guerre au XX e siècle, Publications de l’École française de Rome, 1987, p. 17.

[12] Madeleine Rebérioux, « La caricature politique et Jaurès vivant », dans Jaurès et ses images, Paris, Société de bibliologie et de schématisation, 1985, p. 23.

[13] Cf. les notices sur Marius Moutet et Georges Lévy dans le Maitron.

[14] Archives départementales de la Drôme, La Volonté socialiste, 27 juin 1959

Source: Fondation Jean Jaurès. 31 juillet 2020.

 

Michel Onfray. Sa sombre vision du … “monde d’après »

Invité le 17 juillet du think-tank et de la web TV Thinkerview, Michel Onfray a abordé de nombreux sujets en détails. Parmi ceux qui lui tiennent le plus à coeur, après avoir évoqué l’actualité politique et “la France de Macron”, le philosophe a enchaîné longuement sur … la décadence de la civilisation européenne: “Nous allons disparaître, l’Occident va disparaître”, estime-t-il, ajoutant: “La France en est à un stade de coma et de mort avancé”.

«Nous allons disparaître, l’Occident va disparaître. Il n’y a aucune raison pour qu’il puisse continuer à durer», martèle-t-il, expliquant que “la déchristianisation et la mort de Dieu sont parmi les vecteurs du déclin de l’Occident”.

«Le christianisme ne fonctionne plus»

“Le christianisme ne fonctionne plus chez les chrétiens: ils ne croient plus au purgatoire, à l’Enfer, à la parousie, à Satan, à l’eucharistie, à la virginité de Marie… […] Tout ce qui était dogmatique, tout ce qui supposait une foi a disparu. […] On a un Pape qui est un boy-scout, qui nous dit qu’il faut aimer ceci ou cela, sauver la planète. C’est Greta Thunberg sans la transcendance: ce qui fait le fond de notre civilisation est épuisé”.

Michel Onfray explique que bien sûr, la déchristianisation n’est pas la seule raison dudit déclin: “l’appétence contemporaine pour la déconstruction serait à l’origine du phénomène”, ajoute-t-il.

“Nous sommes dans une civilisation de l’épuisement. Nous n’aimons que ce qui nous déteste, tout ce qui nous détruit est perçu comme formidable”, dit-il, évoquant … “une passion pour la déconstruction”: “Il faut détruire la vérité, l’Histoire”.

Combattre la décadence jusqu’au bout

S’affirmant déterminé à combattre jusqu’au bout cette décadence, le cofondateur de Front Populaire reste sombre: S’il ne croit pas “qu’on pourrait changer véritablement les choses”, il affirme la nécessité de Résister: “Mais il faut résister, tenir debout”, et refuser “l’avachissement, la génuflexion”.

Répétant ce pronostic sombre d’une France rendue à “un stade de coma et de mort avancé”, Onfray avance que “l’état de barbarie” observé actuellement serait en phase de générer une autre civilisation, “fruit d’une connivence inconsciente entre ceux qui prétendent défaire l’ordre mondial, idiots utiles du capitalisme, et les individus disposant d’une richesse planétaire”.


Créée en janvier 2013, Thinkerview est une émission-débat française indépendante lancée en janvier 2013, proche du milieu du hacking, animée par Sky. L’émission diffuse de longues entrevues sans montage, avec des personnalités d’horizons différents, sur sa chaîne YouTube suivie par plus de 600 000 abonnés.