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5 questions que tout le monde se pose sur la 5G (et une 6e sur la 6G)

Mais alors, la 5G, c’est quoi ?

Disponibilité, cas d’usage, retard de la France et dangers à éviter : on vous dit tout sur cette technologie qui doit multiplier par dix le débit de nos téléphones.  Guillaume Grallet.

C’est surtout une belle promesse. Celle, à terme, avec un million d’objets connectés au kilomètre carré, de considérablement réduire la latence de communication. Celle-ci devrait en effet passer de 40 millisecondes à 1 milliseconde. Reposant sur le standard de transmission sans fil validé par l’organisation professionnelle IEEE et fonctionnant avec un signal 5 Ghz, cette technologie doit en effet permettre de décupler le débit mobile actuel d’ici à 2022. Mais ce sera progressif. « J’ai l’habitude de dire que, dans un premier temps, la 5G, ce sera la 4G boostée, que l’on pourrait comparer à de la 40G grâce à un empilement de technologies compatibles », explique Mari-Noëlle Jégo-Laveissière, la responsable technologique d’Orange.

La 5G sera-t-elle la révolution industrielle des années à venir ?

D’ailleurs dans un premier temps, la 5G aura besoin des autres technologies, on l’appellera la technologie « Non-Standalone ». Puis viendra, avec de nouvelles antennes, la 5G « Standalone », c’est-à-dire dotée de ses propres infrastructures, ce qui n’interviendra pas avant au moins trois ans. Le débit sera alors 1 000 fois plus rapide que ce que permettaient les réseaux mobiles en 2010.

Jouer en réseau à SoulCalibur VIou à Ace Combat 7sans latence depuis un mobile 5 G : voici ce qu’ont récemment proposé les fabricants Oppo et OnePlus en s’alliant à la start-up française Blade. Cette dernière a mis au point Shadow, un service d’accès aux données à distance (le cloud), qui devient particulièrement fluide avec la 5G. Le Cloud Gaming n’est qu’un exemple. Il sera possible de télécharger un film en haute-définition en 20 minutes contre 1h 40 aujourd’hui. Ou encore de suivre un match de foot avec un casque HoloLens, avec des statistiques des différentes équipes qui s’affichent sur l’écran. Mais, surtout, il pourrait y avoir des applications plus « sérieuses ». Le 27 février 2019, le médecin Antonio de Lacy, chef du service gastro-intestinal de l’hôpital Clínic de Barcelone, a dirigé la première opération à distance via la 5G. Par écran interposé, un chirurgien a guidé une équipe de jeunes médecins qui opéraient dans un hôpital situé à quelques kilomètres un patient atteint d’un cancer du côlon. Il s’agissait de retirer le segment du côlon touché par une tumeur, ce que le chirurgien pouvait observer de manière immédiate et très précise grâce à une technologie mise au point par Vodafone. La prochaine étape pourrait être la commande via des bras robotisés. Au programme également des applications « métiers », la technologie 5G va aider le secteur agricole, telles les fermes piscicoles, à avoir les informations en temps réel. En Suède, l’équipementier Ericsson s’est allié à la start-up Einride pour plancher sur le T-pod, un camion 100 % électrique et autonome. « La 5G apporte la connectivité qui va permettre d’introduire le T-pod sur les routes publiques, entraînant une réduction de 90 % des émissions de CO2 et l’élimination d’émissions d’oxyde d’azote », veut croire Robert Falck, le créateur d’Einride. En effet, cette technologie qui permettra aux robots dans les entreprises de communiquer entre eux jouera un rôle-clé pour les véhicules autonomes comme dans l’industrie du futur. « À terme, les grutiers pourront commander leur machine à distance et organiser le déplacement de matériel depuis un joystick », poursuit Mari-Noëlle Jégo-Laveissière à propos de cette industrie 4.0.

D’après la GSMA, l’association mondiale des opérateurs et constructeurs de mobiles, le nombre de connexions en 5G sera de 1,4 milliard d’ici à 2025. Pour Mats Granryd, le directeur général de l’association, les Etats-Unis et la Chine devraient être en avance sur le reste du monde. En 2025, la moitié des connexions en 5G viendra des États-Unis, contre 30 % en Chine et 15 % en Europe, chiffre-t-il. Les autres pays ne restent pas les bras croisés. Fin février, Abdullah Alsawaha, ministre des Télécoms de l’Arabie Saoudite, a expliqué que cette technologie était devenue une priorité pour son pays. Et si les premières expérimentations « grandeur nature » ont eu lieu aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en Corée du Sud – en permettant notamment à des bobsleighs de communiquer entre eux –, la 5G devrait briller aux Jeux de 2020 au Japon. Quid de la France ? Pour que la 5G soit déployée en France, il faudra un lancement de procédures de fréquences dont on ne connaît pas encore le cadre de l’attribution : enchères ou concours de beauté, en fonction des engagements pris par les opérateurs. Celui-ci pourrait intervenir avant fin 2019 comme l’a promis la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher. Puis viendra le déploiement. En Europe, la Finlande et la Suisse ont déjà attribué leurs licences. Pour le PDG d’Ericsson Börge Ekholm, l’Europe, qui a pourtant joué un rôle-clé dans l’essor de la téléphonie mobile de première génération dans les années 2000, pourrait bien ne plus être aux premières loges : « L’Europe avance un peu moins vite que le reste du monde », a t-il expliqué fin février aux Echos.

C’est une des raisons qui expliquent les hésitations actuelles de la France. Les risques d’espionnage ont encouragé le gouvernement à déposer un amendement à la loi Pacte en début d’année. Rejeté dans un premier temps le 6 février au Sénat, il devrait revenir sou une autre mouture – pour renforcer le contrôle par les pouvoirs publics sur le choix de l’équipementier pour leur réseau. Et donc, sans doute, limiter le recours à l’équipementier chinois Huawei, la cible présumée de cette mesure. En attendant, les opérateurs français qui avaient commencé des tests sont au point mort. Ce que les opérateurs redoutent le plus  ? Un allongement des procédures administratives ou encore l’obligation de devoir remplacer du matériel déjà installé. « Nous aimerions avoir une réponse fixe avant la fin du second semestre », explique, par exemple, Orange, qui utilise pour l’instant Huawei uniquement en Afrique, mais est tenté d’y recourir pour le déploiement de la 5G en France. Si Huawei était exclu, cela ferait l’affaire de ses principaux concurrents et des deux poids lourds européens du secteur, Ericsson et Nokia. Mais avec le risque de limiter la concurrence, de voir les prix monter et, in fine, de retarder l’arrivée de l’ultra-haut débit mobile alors que Huawei, dont personne n’a prouvé jusqu’ici qu’elle ait espionné quiconque, est une entreprise qui investit 15 % de son chiffre d’affaires en recherche. En dehors de l’espionnage, il faudra veiller à la cybersécurité de cette infrastructure, qui permettra à un élevé d’objets, parfois critiques, de communiquer entre eux.

Et si tout cela était nocif pour notre santé ?

Et si les nouvelles antennes relais allaient ajouter au smog-électromagnétiques avec lequel nous devons vivre tous les jours ? En septembre 2017, 171 scientifiques, issus de 37 pays, ont réclamé un moratoire sur le déploiement de la 5G, en attendant que les risques potentiels aient été pleinement étudiés. Problème, comme pour les études sur les ondes liées au téléphone mobile, les études prennent du temps, mais, en attendant, vous pouvez suivre les travaux de l’ingénieur expert en pollution électromagnétique Pierre Dubochet, qui, installé en Suisse, profite de l’avance de son pays pour faire part de ses réflexions. D’autant qu’il existe des alternatives à la 5G telle qu’elle nous est présentée, plus rapides et moins coûteuses à déployer pour permettre à des objets de communiquer entre eux. Certaines technologies comme le bluetooth, le Wi-Fi, ou encore du Li-Fi ont, en s’appuyant sur les usages, très vite trouvées leur public. Il existe des solutions technologiques alternatives à celles promues par les opérateurs « classiques », en s’appuyant sur d’autres protocoles. « L’enjeu est de rendre transparente la panoplie de toutes les solutions de connectivité, c’est ce que Sigfox appelle la 0G, un réseau universel à très bas débit et économe en énergie qui servira entre autre de chef d’orchestre » explique Ludovic LeMans, créateur à Toulouse du réseau sans fil SigFox. Déployer son réseau en France a coûté moins de 10 millions d’euros, on est bien loin des dizaines de milliards d’euros nécessités pour couvrir l’Hexagone en 5G, et sa solution pourrait intéresser de nombreux pays dans le monde.

Déjà un train de retard ? Certains industriels commencent déjà à se pencher… sur la 6G. C’est notamment le cas du coréen LG qui a annoncé l’ouverture d’un centre de recherche dédié dans le district de Yuseong à Daejeon, en partenariat avec le prestigieux Kaist, institut des sciences et technologies basé à Séoul. Le but ? « Orienter la normalisation mondiale » liée à cette technologie qui devrait en effet permettre d’accéder en 2030 à un débit 100 fois supérieur à ce que nous connaissons aujourd’hui, et permettre l’utilisation d’hologrammes. De son côté, l’université du Jiangsu, une province au nord de Shanghai, a formé une équipe afin d’effectuer des recherches sur la 6G. Ce qui a fait réagir Donald Trump, qui, le 21 février a expliqué vouloir la 6G « le plus vite possible aux États-Unis » avec une technologie maison. Il pourra s’appuyer sur le fabricant de processeurs californien Qualcomm qui effectue des travaux préparatoires. L’Europe, pas vraiment aux avant-postes, peut tout de même se consoler avec le lancement de 6Genesys, un projet de l’université d’Oulu en Finlande. « Une des applications principales sera la généralisation des robots qui se parleront entre eux dans l’usine du futur », explique ainsi le docteur Marja Matinmikko-Blue qui parie, comme on peut le voir dans cette vidéo, sur la multiplication des écrans ce qui pourrait faciliter la vie des designers industriels comme des concepteurs d’objets.

5G : le bêtisier des thèses farfelues

Aux craintes légitimes se mêle l’irrationnel. Exemple ?

Le morceau de métal qui permet aux masques de se fixer sur notre nez abriterait une antenne. Guillaume Grallet.

Qui l’eut cru ? La structure métallique qui épouse notre nez pour faire tenir un masque anti-coronavirus sur notre visage serait en réalité… une antenne 5G. En dehors de nous décourager à porter un masque, cette croyance est-elle tout simplement fondée ? Repérée par Forbes, cette thèse soutient notamment que cette antenne n’a pas été installée pour diffuser des vidéos de chats qui pourraient faire le bonheur de son porteur, mais bien pour le surveiller ou encore le rendre malade… Bref, une rumeur aussi anxiogène qu’infondée : les masques n’abritent pas d’antennes 5G, comme l’explique la physicienne Tracy Edwards.

Pourtant très grossière, cette affirmation n’est en réalité que la dernière des thèses hasardeuses que suscite cette technologie qui inspire autant de craintes que de promesses, la principale d’entre elles est de multiplier à terme le débit de nos smartphones par 10. « Les anti-5G ne représentent que 2,6 % de l’opinion publique telle qu’elle s’exprime sur Twitter, chiffre l’agence de communication Majorelle, mais 13,6 % des utilisateurs de Twitter sont exposés une fois par mois à leurs messages, à raison de plus de huit messages par jour en moyenne. » 

Et tout y passe. Il y a quelques mois, on « apprenait », sur d’autres vidéos, que la 5G pouvait transmettre le coronavirus. Cela a été véhiculé en Bolivie et a conduit, explique la BBC, à démonter sur place des antennes, alors même… qu’elles n’étaient pas 5G. Autre rumeur : le fait que des personnalités comme Bill Gates grand avocat des vaccins, ne se serve de ces derniers pour insérer dans les patients des micropuces 5G qui permettent de passer des appels, de transférer de l’argent ou encore de voyager à l’étranger sans avoir besoin de passeport. Rien que cela. Une rumeur qu’a formellement démentie Mischa Dohler, professeur au Kings College à Londres. Mais peu importe, plus c’est gros, plus ça passe, comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous.

En Europe et aux États-Unis, des antennes sont incendiées par des opposants à la 5G (Photo d’illustration). © dr

Et cette rumeur de puce 5G sous la peau a été largement diffusée sur WhatsApp et Facebooken portugais. Autre rumeur encore, le déploiement d’antennes entraînerait la mort d’oiseaux, ce qui a été avancé pour justifier l’incendie d’antennes-relais au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis.Pourquoi la 5G est-elle devenue si clivante ? Cette technologie n’est en effet pas seulement une nouvelle norme de téléphonie mobile, comme l’étaient la 1G (qui a apporté la voix), la 2G (les SMS), la 3G (le Web mobile) et la 4G, une communication entre les objets. Cette technologie permettra de connecter plus d’objets entre eux – un million d’objets par kilomètre carré –, de manière plus rapide (on parle d’un temps de latence de 2 millisecondes), mais, surtout, avec des débits qui s’adaptent en permanence à la demande, ce qui lui permettra de jouer un rôle clé dans l’industrie du futur, en permettant, par exemple, à des robots de livraison de rouler de manière autonome tout en adaptant leur trajectoire au trafic dans un entrepôt.

Certes, cette technologie pose de réelles questions, dans le domaine énergétique tout d’abord. « Avec ce déploiement, la consommation d’énergie des opérateurs mobiles serait multipliée par 2,5 à 3 dans les cinq ans à venir, ce qui est cohérent avec le constat des opérateurs chinois ayant déployé 80000 sites 5G depuis un an », expliquait dès début 2019 le professeur à Polytechnique Jean-Marc Jancovici, dans un billet intitulé « Faut-il faire la 5G ? » À chaque fois qu’une nouvelle technologie mobile voit le jour, cela crée des craintes », veut tempérer Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms (FFT), qui ajoute : « Le métier des opérateurs consiste à répondre à la demande en Internet mobile sans cesse croissante des usagers. »

Or, selon lui, « d’après les industriels, l’efficacité énergétique [débit utile divisé par la consommation électrique] d’un équipement 5G sera, à un horizon de cinq ans, dix fois supérieure à celle d’un équipement 4G ». Et pour cause, précise-t-il : « Une antenne active 5G a une consommation électrique environ trois fois supérieure à celle d’une antenne 4G de dernière génération, mais elle délivre une capacité théorique maximale quinze fois supérieure. » La 5G, par rapport au dérèglement climatique, est beaucoup plus une solution qu’un problème », a de son côté expliqué Stéphane Richard numéro un d’Orange ce 2 juillet sur France Info.  

Autre crainte des anti 5G : la santé et l’exposition aux champs électromagnétiques. Une enquête commandée à l’Agence nationale de sécurité sanitaire devrait permettre de lever toutes les ambiguïtés. Enfin, la 5G suscite des craintes dans la protection de la vie privée, parce que son déploiement se retrouve décisif dans la guerre technologique que se livrent les États-Unis et la Chine. En effet, alors que les Etats Unis ont rapidement dominé Internet, ils ont délaissé les infrastructures de réseaux, c’est-à-dire les tuyaux qui permettent à ces services Web de fonctionner. Lorsqu’ils se sont réveillés, les Américains se sont aperçus qu’une entreprise créée en 1987 à l’autre bout du monde, en Chine, est dominante, voire incontournable sur le marché. Il s’agit de Huawei. Pour l’Amérique, cela ressemble à un « moment Sputnik » comparable à celui de 1957, lorsqu’elle découvre que les Soviétiques ont pris l’avantage dans la conquête spatiale. Le danger existe, car celui qui dominera cette infrastructure pourra – en théorie – aspirer nos données, bloquer le fonctionnement d’un aéroport ou d’un hôpital, et mettre ainsi une économie entière à l’arrêt en une fraction de seconde.

Répondre à toutes ces questions est légitime. Tout comme il est très important de lever les doutes avant un quelconque déploiement. Mais ce n’est pas en véhiculant des rumeurs les plus folles que l’on pourra faire progresser le débat démocratique. Or, concernant les fausses vérités, nous n’en sommes qu’au début, redoute Jean-Claude Goldenstein, le créateur de CREO point, une société qui s’appuie sur un réseau d’experts humains pour détecter au plus tôt les fausses nouvelles. Sa société s’appuie notamment sur le traitement du langage naturel, une branche de l’intelligence artificielle, pour mettre au point un indicateur de véracité dynamique. « Cette bataille sera d’autant plus difficile à gagner lorsque ces rumeurs s’appuieront de plus en plus sur les deepfakes, ces vidéos truquées plus vraies que nature », pronostique le chercheur. Elles seraient 20 000 à circuler en ligne, contre 8 000 il y a deux ans. Or, pour l’instant, explique-t-il, nous n’en détectons que sept sur dix.

Les conséquences des jihads du 19e siècle sur l’esclavage

Abdullahi Mahadi est professeur à l’université Ahmadu Bello de Kaduna, au Nigéria

Extraits de son article.

Sur les quatre principales routes trans-sahariennes : Afrique de l’Ouest (principalement Tombouctou), Bornou, Ouaddaï et pays Hausa, ce sont celles du Bornou et du pays Hausa qui véhiculaient le plus gros trafic d’esclaves. A la fin des années 1850, les esclaves constituaient les 2/3 de la valeur de chaque caravane.

La plupart des marchands nord-africains insistaient pour que leurs chevaux soient payés en esclaves. Certains esclaves, particulièrement les eunuques, étaient envoyés comme cadeaux aux dirigeants nord-africains. Les dirigeants sahéliens sacrifiaient ainsi des milliers d’hommes. Au 19e siècle, le Bornou (actuel Nigeria) et le Baghirmi (actuel Tchad) étaient les plus fameux centres de production d’eunuques.

Le jihad lancé par Ousman dan Fodio (en pays Hausa, au nord du Nigeria) était clairement une révolution islamique destinée à créer un Etat islamique. Il n’y a pas de doute sur la sincérité des intentions d’Ousman dan Fodio. Mais de nombreuses preuves montrent que les idéaux du djihad ont déraillé pratiquement depuis le début. La majorité des jihadistes étaient motivés par l’espoir de gains extra-religieux, le plus important étant les esclaves. A Kano, au Bornou et ailleurs, une mise en esclavage massive a suivi, y compris de musulmans. De ce fait, un des trois leaders du mouvement, Abdullahi dan Fodio, a même abandonné le mouvement. Sa désillusion est claire dans sa critique du djihad, objet d’un de ses plus importants poèmes. Même un autre leader du mouvement, Mohammed Bello, déclara que la plupart des participants au djihad n’étaient pas motivés par un but religieux. Les guerres entre le Califat et les dynasties renversées ont dégénéré en quêtes de butin, essentiellement d’esclaves. Muhammad al-Amin al-Kanemi (Kanem = région à l’est du lac Tchad) décida de demander l’aide de Yusuf Pacha, à Tripoli. Yusuf Pacha a considéré cet appel comme une opportunité pour un raid esclavagiste à une échelle jamais atteinte. De son côté le rusé  Muhammad al-Kanemi savait comment une telle offre tenterait le Pacha avare. Entre 1818 et 1823, Yusuf envoya plusieurs expéditions de plusieurs milliers de cavaliers et de fantassins qui ruinèrent le nord-ouest du Baghirmi. L’expédition de 1821, par exemple, ramena 10 000 captifs à partir de seulement quatre villes. En huit ans de guerre contre le sultan du Baghirmi, al-Kanemi mit 30 000 habitants en esclavage.

Les commerçants de Ghadames, du Touat et d’autres d’Afrique du Nord établirent des réseaux commerciaux à travers tout le Soudan central. Une part importante du capital des banquiers de Ghadames était investie dans le commerce des esclaves. La plupart des grands marchands arabes étaient des amis personnels des emirs et califes africains et exerçaient une influence considérable. Une astuce qu’ils employaient souvent était de prétendre qu’ils étaient des cherifs, des descendants directs du Prophète Mohammed. Leur influence puissante sur les dirigeants africains était utilisée à leur avantage ; ils leur conseillaient de lancer des expéditions contre les kafir, pour capturer des esclaves. Beaucoup de ces commerçants arabes devenaient très riches après un court séjour en Afrique sub-saharienne.          

Si un dirigeant avait besoin d’argent ou voulait acheter des chevaux, des armes ou des biens de luxe, à des marchands arabes ou à des voyageurs européens, il pouvait émettre un bon, pour un échange contre des esclaves chez un de ses subordonnés. Ainsi, par exemple, le calife de Sokoto, Abd el-Rahman, a acquis des vêtements en échange de 72 esclaves que devra fournir l’émir de l’Adamawa à Yola (nord du Cameroun actuel).

Deux tiers des victimes étaient tuées en résistant aux raids esclavagistes. Et on estime à 20 % les esclaves morts lors de la traversée du Sahara. Church, un voyageur des années 1950, nota que la route de Teggery, au Fezzan (Libye), jusqu’à Kukawa, était tellement jonchée de squelettes d’humains et de chameaux que « un explorateur qui ne connaît pas la route à travers le désert pourrait sans guide trouver le chemin en suivant ces ossements ».

Extraits, traduction libre en français, de l’article « The Aftermath of the Jihad in the Central Sudan as a Major Factor in the Volume of the Trans-Saharan Slave Trade in the Nineteenth Century”, par Abdullahi Mahadi. Publié dans le livre “The Human Commodity. Perspectives on the Trans-Saharan Slave Trade”, Elizabeth Savage, éditeur Frank Cass.

Ce sont les colonisateurs anglais qui mettront fin à la chasse aux esclaves au Nigéria, comme au Soudan, et comme les Français l’ont fait au Tchad. Le détail de ce processus est dans le livre « Slow Death for Slavery. The course of Abolition in Northern Nigeria, 1897-1936 », par Paul Lovejoy et Jan Hogendorn, Cambridge University Press

« Ce livre examine le déclin progressif de l’esclavage au nord du Nigéria, dans les quarante premières années du régime colonial. Au moment de la conquête britannique, le Califat de Sokoto était l’une des plus importantes sociétés esclavagistes de l’histoire moderne … Les auteurs décrivent le développement de la politique coloniale britannique destinée à résoudre le problème de l’esclavage et comment y mettre fin ».

Percée de Sedan: de 1914-1918 était né l’état d’esprit «plus jamais la guerre! »

Entretien avec le Général Yves Lafontain

Du 10 au 14 mai 1940, le général Lafontaine a commandé la 55e division d’infanterie contre les troupes allemandes. Ses supérieurs ayant ignoré ses préconisations stratégiques, ils l’ont limogé après cette défaite riche d’enseignements. Son petit-fils témoigne. Propos recueillis par Patrick Mandon.

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Idir, légende de la musique kabyle

 Il était l’interprète du célébrissime

« A Vava Inouva ».

Idir est décédé samedi soir à Paris à l’âge de 70 ans, selon des informations transmises par sa famille.

Un chemin musical ouvert le succès planétaire « A Vava Inouva »

De son vrai nom Hamid Cheriet, Idir était né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, près de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie. Alors qu’il se destinait à être géologue, un passage en 1973 sur Radio Alger change le cours de sa vie.

Il remplace au pied levé la chanteuse Nouara, et sa chanson en langue berbère « A Vava Inouva », qui évoque les veillées dans les villages kabyles, fait le tour du monde à son insu pendant qu’il fait son service militaire. « Je suis arrivé au moment où il fallait, avec les chansons qu’il fallait », racontait en 2013 à l’AFP Idir, imprégné dès son enfance par les chants qui rythmaient tous les moments de la vie quotidienne. Il rejoint Parisen 1975 pour produire son premier album, également intitulé A Vava Inouva. Il disparaît de la scène pendant dix ans, de 1981 à 1991, mais sa carrière est ensuite relancée.

Une carrière poursuivie avec l’ouverture à divers horizons musicaux

À l’automne 1999, profitant de l’élan donné par ses compatriotes Cheb Mami et Khaled, il signe son retour discographique avec l’album Identités, où il propose un mélange de « Chââbi », la musique algéroise, et de rythmes empruntés aux genres occidentaux. À l’image de son désir du mélange des cultures, il y chante avec des musiciens de différents horizons culturels, musicaux ou géographiques, comme Manu Chao, Dan Ar Braz, Zebda, Maxime Le Forestier ou Gnawa Diffusion, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre national de Barbès. En 2007, il avait publié l’album La France des couleurs, en pleine campagne pour l’élection présidentielle française marquée par des débats sur l’immigration et l’identité.

L’Algérie, chevillée au corps

En janvier 2018, le chanteur – qui militait pour la reconnaissance de l’identité culturelle de la Kabylie – était revenu chanter à Alger pour le Nouvel An berbère « Yennayer » après une absence de 38 ans. Dans une interview au Journal du dimanche, en avril 2019, il évoquait les manifestations populaires en Algérie et le départ d’Abdelaziz Bouteflika. « J’ai tout aimé de ces manifestations : l’intelligence de cette jeunesse, son humour, sa détermination à rester pacifique […] J’avoue avoir vécu ces instants de grâce depuis le 22 février comme des bouffées d’oxygène. Atteint d’une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle », disait-il. « De toute façon, nous sommes condamnés à réussir. Continuons donc à réfléchir en termes de nation algérienne vers le progrès. Si nous restons unis, rien ni personne ne pourra nous défaire. » Idir, qui avait été hospitalisé vendredi à Paris, a succombé à une maladie pulmonaire et devrait être enterré en région parisienne, selon son entourage proche.

 

Culture générale ou professionnalisation précoce ?

l’Éducation nationale a perdu de vue sa mission première : former des citoyen(ne)s.

L’instruction publique en France

« La véritable école du commandement est celle de la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel de l’accessoire, (…) de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine et de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote… » (Charles de Gaulle, Le Fil de l’épée, 1934).

Depuis l’entrée de notre pays dans le chômage de masse, l’Éducation nationale a perdu de vue sa mission première : former des citoyen(ne)s. Elle a cédé à l’obsession de la qualification professionnelle des élèves avec l’objectif de leur assurer ainsi un emploi à la fin des études. L’école pour s’épanouir et se cultiver ? Non ! L’école pour avoir un métier. Et tant pis si les élèves 

n’auront jamais entendu parler de Platon, Michel-Ange et Diderot, au moins ils sauront faire de la programmation et récupérer sans problème les séries sur Netflix…

Il paraît évident en effet que l’éducation est la condition nécessaire à la santé de l’économie et au bien-être individuel (note).

Mais l’obsession de la professionnalisation précoce a conduit à délaisser les enseignements fondamentaux : langue française écrite et parlée ; calcul ; sciences naturelles et histoire-géographie ; apprentissages artistiques et manuels. En contrepartie, on a multiplié les enseignements de circonstance et même introduit l’initiation à l’anglais international (globish) dès l’école primaire, pas par amour de la littérature et du théâtre anglais mais dans l’espoir que les écoliers assurent ainsi leur avenir.

Dans les faits, personne n’est en mesure de prédire quelles seront les compétences professionnelles requises sur le « marché du travail » dans les trente prochaines années.

Dans les années 1970, au début de l’ère informatique, on croyait utile d’enseigner aux futurs ingénieurs la programmation en Fortran, le langage informatique alors à la mode. L’exercice était divertissant mais il s’est révélé totalement inutile, le Fortran ayant été très vite supplanté par d’autres langages de programmation. Aujourd’hui, de savants experts envisagentd’apprendre aux écoliers la maîtrise du clavier informatique. Les cher petits seront ravis et auront l’impression d’être des Steve Jobs en puissance… Mais dans quelques années, les claviers auront peut-être été complètement remplacés par les commandes vocales ou autre chose…

Il n’est même pas sûr que baragouiner l’anglais (note) soit d’une grande utilité personnelle dans la décennie qui vient car les traducteurs vocaux intégrés aux portables rendent déjà inutile la pratique d’une langue étrangère en-dehors de motifs culturels (note).

De fait, les jeunes gens, sitôt qu’ils entrent dans une entreprise, constatent que les connaissances acquises à l’université ou dans les grandes écoles d’ingénieurs ne leur sont d’aucune utilité. C’est sur le tas, en se confrontant aux réalités, qu’ils apprennent leur métier et les bonnes pratiques. Les seules exceptions concernent les formations professionnalisantes comme les facultés de médecine et les établissements professionnels qui associent étroitement l’enseignement théorique aux stages de terrain. Alors, à quoi bon passer des heures à écouter un enseignant ?…

La réponse est simple : les entreprises ne sélectionnent pas leurs recrues sur la base de leurs connaissances, encore moins de leur savoir-faire, mais sur les qualités intrinsèques dont atteste leur parcours scolaire. Ces qualités tiennent aux aptitudes des élèves mais aussi à leur culture générale tant vantée par Charles de Gaulle (voir plus haut). Vous venez de polytechnique ? On en conclut que vous avez suer sang et eau pour gagner de haute lutte votre entrée à l’X ; votre réussite au concours témoigne d’un bel esprit de compétition et d’indéniables qualités mentales (concentration, mémoire, esprit de synthèse…) ; autant de qualités qui vont vous permettre d’assimiler très vite votre métier quel qu’il soit.

La culture générale, garante d’un enseignement démocratique

Pour les entreprises, l’enseignement supérieur a aujourd’hui principalement une fonction de tri. Peuvent seulement échapper à cette logique de tri les étudiants qui ont vocation à faire de la recherche au sein de l’université. Les autres doivent s’y soumettre en démontrant leur esprit de compétition ou en se résignant à tuer le temps en attendant la plongée dans le monde du travail (note).

C’est le grand avantage de l’école, du collège et du lycée de pouvoir échapper à cette logique du tri en revenant à leur vocation initiale qui est de former des citoyen(s) !

On a cru démocratiser l’accès au savoir en évacuant les enseignements assimilés à une culture bourgeoise et élitiste. On a renoncé à la récitation et à la chronologie au primaire ; on a délaissé la lecture des grandes œuvres classiques au collège et la dissertation au lycée. Au bac, il n’y a plus qu’une poignée de candidats pour se risquer à la dissertation. Il s’ensuit que beaucoup d’adolescents ne savent plus débattre selon le triptyque classique : thèse, antithèse, synthèse (note).

En définitive, au prétexte de gommer les inégalités sociales, on renforce celles-ci car les rejetons des milieux cultivés, nourris dès l’enfance de livres et de conversations, arrivent aux concours et examens du supérieur bien mieux armés que leurs camarades des milieux populaires qui n’ont connu rien d’autre que la culture MacDo-Youtube-Facebook. Ces enfants de la bourgeoisie  n’ont pas de mal à accéder aux grandes écoles et aux facultés de médecine. Rien d’étonnant à ce que Polytechnique et Normale Sup et l’ENA ne recrutent pratiquement plus que dans les familles d’anciens élèves et de cadres et enseignants parisiens.

Il est permis de rêver à un changement de perspective avec le renforcement au primaire et au collège de tout ce qui tourne autour de la langue et de la littérature. Il s’agit aussi que les enfants retrouvent le goût de la lecture et des vrais livres, dussions-nous pour cela leur interdire l’usage et la possession de mobiles jusqu’à l’entrée au collège comme le suggère l’historien Emmanuel Todd (Les Luttes de classes en France au XXIe siècle, Seuil, 2020). Enfin, le lycée peut devenir ou redevenir un lieu d’épanouissement intellectuel où les élèves peuvent s’évader avec leur professeur dans les tréfonds de la littérature et des sciences.

André Larané avec la contribution d’Isabelle Grégor