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«Musulmans de France», (ex-UOIF), Foi et Pratique (Tabligh) et le Milli Görüs

Ils bloquent sur la liberté de conscience  

 
« Charte des valeurs »: le projet de texte préparé par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) bloque sur la liberté de conscience. Trois des principales associations islamiques de France viennent de démontrer qu’elles n’ont pas leur place sur notre sol. En refusant de reconnaître la plus fondamentale de toutes les libertés garanties par la constitution, elles s’affirment comme des ennemies de la France.

Plus encore : par cette opposition à l’un des droits les plus absolus qui soient, elles se proclament ennemies de toute dignité humaine, où que ce soit. Ne pas les interdire, ne pas les combattre, c’est cautionner le totalitarisme théocratique et son cortège d’horreurs.

De quoi s’agit-il concrètement ? Comme l’explique Mohamed Sifaoui dans son excellent article pour le JDD, lors des travaux visant à élaborer un projet de « charte des valeurs » à soumettre au gouvernement, trois associations ont notamment refusé de valider la condamnation des idéologies hostiles à la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Et il semble bien que, comme il y a vingt ans, l’un des points clefs soit la reconnaissance du droit à l’apostasie.

Le droit de changer de croyance

« Musulmans de France » (MF, l’ex-UOIF, très proche des Frères Musulmans), Foi et Pratique (le Tabligh), et le Milli Görüs (mouvement turc à la fois rival et complice des réseaux du néo-sultan islamiste Erdogan), tous trois soutenus sans surprise par L.E.S.Musulmans de Marwan Muhammad, confirment ainsi qu’ils voudraient refuser l’exercice de la liberté de conscience à nos concitoyens musulmans – et ne nous leurrons pas, à toute l’humanité s’ils en avaient le pouvoir.

Contrairement à ce que répètent à l’envie ceux qui édulcorent et trahissent la laïcité, l’enjeu n’est pas seulement le « droit de croire ou de ne pas croire », mais le droit de changer de croyance. Le droit non de pratiquer la religion de ses parents, mais de choisir sa religion – ou de décider de n’en avoir aucune – et le droit de changer d’avis, d’hésiter, de douter, de ne rendre compte à personne de son rapport intime avec le Divin et avec les croyances au sujet du Divin. L’enjeu, c’est que contrairement à ce que prétendent ceux qui assimilent la critique d’une religion à du racisme dans le but évident d’interdire cette critique, la religion demeure un choix, libre et responsable.

MF (et plus généralement les Frères Musulmans), le Tabligh et le Millî Görüs promeuvent des idéologies qui ne sont pas seulement contraire aux principes de la République, aux fondements de la France et aux valeurs de notre civilisation, mais à toute forme de civilisation digne de ce nom, ici ou ailleurs. Ce ne sont que des têtes différentes de cette hydre qu’est l’islam théocratique : tout compromis avec elles est une compromission avec l’abomination totalitaire.

Dans la quasi-totalité du monde islamique, l’apostasie est punie

Bien sûr, le mal est beaucoup plus profond que ces trois mouvements et leurs soutiens. Aussi, si les récentes déclarations de la Grande Mosquée de Paris permettent d’espérer, il convient de garder à l’esprit que ses motivations sont multiples, et de rester extrêmement vigilants.

Dans la quasi-totalité des pays musulmans, l’apostasie est punie par la loi : prison, perte totale ou partielle des droits civiques, confiscation des biens, annulation des mariages, et dans 10 pays au moins le code pénal prévoit même la peine de mort (Afghanistan, Arabie Saoudite, Brunei, Émirats Arabes Unis, Iran, Malaisie, Maldives, Mauritanie, Qatar, Yémen), sans compter ceux qui parviennent au même résultat en assimilant l’apostasie à un blasphème et punissent de mort le blasphème (on pense notamment au Pakistan).

On remarquera, et c’est fondamental, que l’islam est aujourd’hui la seule religion au monde au nom de laquelle des états criminalisent ainsi l’apostasie. La seule. Et ce refus acharné de reconnaître la dignité humaine n’est pas marginal : au sein du « monde musulman », il est la généralité, la norme.

Ainsi, l’actuel Grand Imam d’Al-Azhar (qui ne représente évidemment pas l’islam dans son ensemble, mais que dont nul ne peut prétendre qu’il n’aurait « rien à voir avec l’islam ») rappelait en 2016 que les quatre grandes écoles juridiques de l’islam sunnite sont unanimes pour prévoir la condamnation à mort des apostats. Et il refusait de se désolidariser de cette unanimité, esquivant depuis les questions à ce sujet en prétendant qu’elles seraient sans intérêt.

Si en France certains courants de l’islam trouvent la force de s’arracher à ce poids terrible et de reconnaître enfin, sans la moindre ambiguïté, le droit à l’apostasie, tant mieux ! Ce sera une chance pour l’islam de devenir une véritable religion, et non un obscurantisme étouffant. Une chance pour l’islam de ne plus servir un dieu-tyran pervers, mais un dieu respectueux de la dignité et de la liberté des êtres. Une chance pour l’islam de comprendre que la foi n’est pas affaire de croyance mais de confiance, et que la confiance – comme le respect ou l’amour – ne se commande pas, et ne peut exister que si elle est libre, librement donnée.

Être lucide sur notre erreur passée, entamer un rapport de force difficile

Aujourd’hui plus que jamais, toutes les religions doivent s’emparer de ce sujet. Si elles ne le font pas, elles se détournent de leur objet véritable : le refus de la liberté de conscience et de pensée, tout comme le refus de la critique éthique et rationnelle, condamne une religion à n’être plus qu’une idolâtrie d’elle-même. Si elles ne le font pas, elles se rendent complices des bourreaux de ceux qui, nés dans une famille d’une autre confession, entendent pourtant l’appel de leurs dieux – et par là, elles trahissent les dieux qu’elles prétendent servir. Je pense bien sûr en premier lieu au Pape François, fier de se présenter comme l’ami d’un Grand Imam qui cautionne la mise à mort des musulmans voulant se tourner vers le Christ : on est bien au-delà du simple paradoxe ou de la naïveté.

Le gouvernement français peut aujourd’hui réparer la grave erreur de jadis, lorsqu’en 1999/2000 on accepta de supprimer de la charte du futur CFCM l’obligation de reconnaître le droit de changer de religion – déjà cette question fondamentale de l’apostasie. Les mises en garde de Leïla Babès et Michel Renard se sont avérées depuis d’une terrible lucidité, et d’une douloureuse exactitude. À l’époque, la complaisance de l’État était une erreur. Majeure et aux funestes conséquences, mais sans doute de bonne foi. La répéter aujourd’hui serait en revanche une faute : stratégique, politique, morale.

Interdire sur notre sol MF, le Tabligh, le Millî Görüs et tous les courants de l’islam qui refuseront de  défendre le droit à l’apostasie – ainsi que leurs multiples soutiens et affidés – exigera un véritable rapport de force. Il y aura contre nous des campagnes de dénigrement bien pires que tout ce qui a suivi la mort de Samuel Paty et notre réaffirmation de la liberté d’expression. On nous accusera « d’islamophobie » et de « racisme anti-musulmans », alors que justement l’appartenance religieuse n’est pas un caractère hérité mais un choix, et que nous ne ferons rien d’autre que proclamer que les musulmans, comme tous les citoyens, comme tous les êtres humains, ont droit à la liberté de conscience. Certains pays diffuseront la haine de la France, le risque d’attentats jihadistes sera accru et beaucoup de nos « alliés » resteront spectateurs, paralysés par le soi-disant progressisme, qu’on l’appelle « woke », décolonial, politiquement correct, peu importe. Ce sera difficile, par moments épuisant, assurément dangereux, mais la liberté est à ce prix. Et ne rien faire serait, à moyen et long terme, infiniment plus dangereux encore.

« Il n’y a pas de bonheur sans liberté, il n’y a pas de liberté sans courage » disait Périclès. Face à un totalitarisme aux ambitions mondiales, le choix est simple : se soumettre ou combattre.

 

L’Ethique et la Morale

Éléments d’éthique soignante

Les différentes éthiques —La question de la distance

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« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » Albert Camus. 

Le soin une activité morale ?

Jürgen Habermas caractérise la morale « comme une intuition qui nous informe sur la question de savoir comment nous devons nous comporter au mieux afin de contrecarrer l’extrême vulnérabilitédes personnes, en la protégeant et en l’épargnant. »

L’instant de l’éthique

C’est au moment du “je ne sais pas quelle est la bonne règle” que la question éthique se pose. (…) Ce moment où je ne sais pas quoi faire, où je n’ai pas de normes disponibles, où je ne dois pas avoir de normes disponibles, mais où il faut agir, assumer mes responsabilités, prendre parti

Jacques Derrida. Ethique = Morale

« Comme elle touche aux mœurs (mores) que l’on nomme en grecéthos, nous appelons habituel- lement cette partie de la philosophie “des mœurs ” (éthikè), mais il convient d’accroître notre langue en la nommant “morale” (moralem). »

Cicéron

Deux ETHOS

Ethos qui commence par epsilon=

Habitude, coutume (de la cité) —–
Ethos qui commence par éta
=
« séjour », « lieu habituel », vertu

Aristote (384- 322 av. J.-C)

• L’éthique est la science du bonheur

• C’est l’art des possibles, un art basé sur l’expérience de la vie et l’habitude de la réflexion morale (contrairement à la philosophie platonicienne des Idées)

Descartes (1596-1650)

• Il défend une morale par provision et nous invite à changer nos désirs plutôt que l’ordre du monde et « de rester dans ses actions une fois celles-ci décidées

• «Pour les mœurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables.»

Spinoza (1632-1677)

• Selon lui, seule l’éthique comme sagesse, est à prendre en compte puisque la morale qui oppose le bien au mal reste le lot des ignorants.

• Je ne désire pas une chose parce qu’elle bonne, elle est bonne parce que je la désire

Kant (1724-1804)

• Comme il existe une science fondamentale (mathématique) et une science appliquée (techno-science), il existe deux formes de approches.

– La morale basée sur des impératifs catégoriques

– L’éthique appliquée basée sur des impératifs hypothétiques

Il distingue:

Hegel (1770-1831)

La Moralität la morale de l’intention qui n’agit pas (la morale des belles âmesselon lui)

La Sttlichkeit la morale qui représente l’éthique aristotélicienne de l’action, de la responsabilité politique et du monde réel (la seule authentique pour Hegel)

Ricœur (1913-2005)

« C’est par convention que je réserverai le terme d’éthique pour la visée d’une vie accomplie et celui de morale pour l’articulation de cette visée dans des normes. »

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Distinction Morale / Ethique selon

Distinction Morale / Ethique selon

éthique antérieure en

-Désigner les normes

éthique postérieure en

amont des normes

aval des normes

en position « pré » morale

crible de la morale

en position« post» morale

Intuition; devoir

 

Paul Ricoeur

Double fonction de la morale:

-Sentiment d’obligation

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Le triangle éthique de Paul RICŒUR

Le triangle éthique de Paul RICŒURPôle JE

Pôle IL

Pôle TU

(dans des institutions justes)

(avec et pour autrui)

(Vivre une vie bonne)

Les différentes éthiques

Kant, Bentham, Aristote

Quatre approches éthiques possibles

• Déontologique
• Procédurale
• Conséquentialiste
• Arétaïque (de la vertu )

Conviction contre responsabilité

Max Weber distingue 2 approches

• l’éthique de CONVICTION

– perspective déontologique proche de la morale de Ricœur d’héritage kantien

• l’éthique de RESPONSABILITE

– une visée téléologique que l’on peut qualifier de conséquentialisme

Deux grandes approches moralesDeux grandes approches morales

« La déontologie est une éthique de la conviction qui accorde une valeur morale aux moyens.

Le conséquentialisme est une éthique de la

responsabilité qui ne s’intéresse qu’aux fins

et n’est pas regardant sur les moyens. »
Ruwen Ogien

Il s’agit ici de se poser la question des fins et des moyens

Approche déontologique

Ethique de la conviction

« Les frontières du bien sont incertaines, alors que les commandements fondamentaux sont clairs. » P. Ricœur

• Les éthiques déontologiques peuvent être:

– hétéro-nomiques(lareligion/commandements)

– auto-nomiques (philosophie des lumières / l’universalisme de la raison)

Approche déontologique

Les éthiques procédurales

• Répondent à la question suivante:

Comment, lorsque les acteurs ne partagent pas totalement la même vision du bien, arriver à pouvoir prendre des décisions moralement justes ?

• la procédure devient par elle-même source de valeurs. (exemple : l’éthique de la discussion)

Approche conséquentialiste

Ethique de la responsabilité

• Pour juger de la qualité d’une action, le critère moral est de nature exclusivement pratique

• il s’agit d’évaluer la somme des plaisirs (des bénéfices) ou des peines (des risques) que cette action provoque.

• On aboutit à une morale de l’efficacité.

Approche conséquentialiste

L’utilitarisme

« le plus grand bonheur pour le plus grand nombre »Jeremy Bentham

L’utilitariste est un calculateur : il détermine sa position morale après avoir évalué des états de choses et choisit le meilleur (exemple en médecine la balance avantages/ risques).

L’éthique n’est plus affaire d’intention mais seulement de résultat.

L’éthique de la vertu

• La valeur morale n’est liée ni à l’intention, ni au respect de la procédure, ni aux conséquences de l’action

• Elle est conditionnée par la valeur inhérente de l’individu qui agit

• Aristote défini l’homme sage et vertueux celui qui agit avec prudence (phronésis) et au bon moment (lekairos)

L’éthique de la vertu

La phronésis

• La phronésis correspond non pas à la prudence d’aujourd’hui, laquelle refuse le risque, mais à une forme aboutie d’agirréfléchi

• Aristote considérait la phronésis comme une science de la sagesse pratique se caractérisant par un « summum d’excellence »

Ethique Déontologique

A l’intention de l’individu et/ou aux respects des normes

Kant

Ethique procédurale

Au respect des règles de procédures (éthique de la discussion)

Habermas

Ethique Conséquentialiste

Aux conséquences de l’action (la somme des plaisirs ou des

Bentham

(utilitarisme) Ethique de la vertu bénéfices)

Les différentes éthiques

Un acte est jugé moral par rapport ….

Auteur de référence

A la valeur inhérente de l’individu qui agit.

Aristote

Il s’agit de faire preuve de

phronesis.

La question de la « bonne » distance

Rousseau, Kant, Ricœur

Le « prendre soin » s’oppose à « êtreLe « prendre soin » s’oppose à « être

négligeant »négligeant »

La nég-ligence (littéralement: ne pas lier) peut s’exprimer par deux attitudes symétriques :

– l’indifférence – l’indiscrétion.

Bien qu’opposé ces deux attitudes ont néanmoins un point en commun : elles ne reconnaissent pas l’individu.

Le soin : une éthique au cœur de la vie

Le soin concerne « toute pratique tendant à soulager un être vivant de ses besoins matériels ou de ses souffrances vitales, et cela, par égard pour cet être même. »

Worms F., « Les deux conceptions du soin » Esprit,p. 143.

Approche soignante

Sentiment moral

OU

 

Devoir professionnel

 

Approche hétéronomique

L’influence religieuse

L’agapè

• les Grecs avaient trois mots pour désigner l’amour: eros, philia et agapè

• l’agapè symbolisait le dévouement pour un autrui indéterminé cependant elle restait limitée au citoyen.

• Elle ne pouvait en aucune manière concerner l’esclave et encore moins le barbare

La charité

• Le christianisme va historiquement reprendre à son compte cette notion d’agapè, mais en l’universalisant, il va la transformer profondément

• L’autre, même inconnu, est considéré comme un frère puisque pour les chrétiens tous les hommes sont créatures de Dieu et fait à son image.

• « Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé. » Pascal

• la Règle d’or de la charité peut s’exprimer ainsi : «Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse »

Le sentiment moral

La sensibilité au cœur de l’expérience éthique

« il est certain que ce sont nos sentiments, et non la raison, qui distinguent le bien et le mal en morale.»

David Hume

La compassion / la sympathie

La compassion (cum-passio) est l’équivalent latin du grec sympathie (sun-pathos) que l’on peut traduire par : sentir / être affecté / souffrir avec.

« Compatir, c’est souffrir de la souffrance d’autrui, en tant que d’autrui. Dans aucun cas, il n’est question d’une fusion affective ou d’une identification quelconque avec autrui, d’une fusion affective ou d’une identification de ma souffrance avec la sienne »

Max Scheler

Limites du sentiment moral

« L’infirmier ou l’infirmière doit dispenser ses soins à toute personne avec la même conscience quels que soient les sentiments qu’il peut éprouver à son égard et quels que soient l’origine de cette personne, son sexe, son âge, son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, à une nation ou à une religion déterminée, ses mœurs, sa situation de famille, sa maladie ou son handicap et sa réputation. »

R. 4312-25 du code de santé publique

Afin d’éviter l’écueil de la sensibilité ou du paternalisme, l’engagement soignant doit être préservé de l’arbitraire des générosités personnelles

La morale du devoir

L’universalité des normes

Puisque les émotions sont par définition instables, seul le devoir donne à nos comportements moraux une assise ferme.

L’idée de moralité ne saurait se fonder sur des sentiments semblables à ceux que nous pouvons éprouver vis à vis d’un sujet particulier.

Le respect

L’humanité est […] toujours digne de respect, et même lorsque l’homme est un mauvais homme, l’humanité en sa personne demeure digne de ce respect

Emmanuel Kant

La morale du devoir

Le mot de respect vient du latinrespectus qui renvoie à l’action de se tourner pour regarder derrière soi.

Le respect est le seul sentiment produit spontanément par la raison.

Le respect / E. KANT

• C’est l’humanité de l’autre (sa dignité) qui éveille ce sentiment de respect

• Le respect n’est donc pas causé par la sensibilité (affects, pulsions), mais est produit par la raison.

• « L’humanité est […] toujours digne de respect, et même lorsque l’homme est un mauvais homme, l’humanité en sa personne demeure

digne de ce respect »

E. KANT

LE RESPECT POUR LA LOI

• « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle »

LE RESPECT POUR LA PERSONNE

• « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen »

Limites de la morale du devoir

Deux grandes critiques:

– une vision étroite de la responsabilité se limitant au simple respect des normes en vigueur

– si tous les hommes sont mes prochains ne sont-ils pas, paradoxalement, tous également lointains

L’éthique soignante en cherchant à exclure toute affectivité ne deviendrait-elle pas simplement procédurale.

Limites de la morale du devoir

Alors qu’on a coutume de rappeler au professionnel qu’ils doivent afficher une distance dite thérapeutique et prétendue féconde, il est bon de célébrer les milles bienfaits de l’affection

Alexandre Jollien

Approches

Visée

Sentiments en cause

Quelle éthique soignante ?

– Le sentiment moral – s’appuie sur la sensibilité- Le devoir professionnel – s’appuie sur la raison

Le sentiment moral

Singulière Cas par cas

Compassion Sympathie

La morale du devoir

Universelle

Respect

L’engagement soignant

Une sollicitude agissante

Une obligation vis-à-vis d’autrui

Levinas fonde l’éthique sur la rencontre duvisage d’autrui.

Ce visage est un appel, il m’oblige.

« Le moi a toujours une responsabilité de plus que tous les autres »

Totalité et infini

La responsabilité pourautrui

Le visage chez Levinas

La Responsabilité selon Levinas

• « Le “ tu ne tueras point ” est la première parole du visage. Or c’est un ordre. Il y a dans l’apparition du visage un commandement […]. Pourtant, en même temps, le visage d’autrui est dénué ; c’est le pauvre pour lequel je peux tout et à qui je dois tout, et moi […], je suis celui qui se trouve des ressources pour répondre à l’appel. »

• Il existerait une obligation de responsabilité pour autrui

Le triangle éthique

La sollicitude Chez Ricœur. 

• « J’approuve que vous existez. […] Je vous approuve non pas dans votre différence, non pas dans votre commune humanité mais dans votre différence et dans votre commune humanité. »

Garapon A.

La Sollicitude

• « Lorsque le respect n’est pas adossé à la sollicitude, il risque de manquer l’altérité des personnes, de ne plus viser l’autre mais le même. »

• « Comment faire percevoir pour celui qui souffre, qu’il est quelqu’un pour celui qui soigne ?»

Guillaume Le Blanc

Didier Sicard

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Le triangle éthique de Paul RICŒURPôle JE

Pôle IL   Pôle TU

(dans des institutions justes)

(avec et pour autrui)

(Vivre une vie bonne)

L’engagement soignant

« Ceux qui se dévouèrent aux formations sanitaires n’eurent pas si grand mérite à le faire, car ils savaient que c’était la seule chose à faire et c’est ne pas s’y décider qui alors eût été incroyable »

Albert CAMUS (La peste)

Les Arabes voyaient les croisés comme des barbares

Mais si nous ne sommes pas coupables, notre orgueil en prend un coup.

L’arrivée des Francs ne fut qu’un détail pour l’empire islamique, confronté à d’autres invasions, explique l’historien Gabriel Martinez-Gros.

Gabriel Martinez-Gros, professeur d'histoire du monde musulman a l'universite Paris-10.
Gabriel Martinez-Gros, professeur d’histoire du monde musulman à l’université Paris-10. © HANNAH ASSOULINE/PASSÉS COMPOSÉS
Propos recueillis par

La franc-maçonnerie se protège…

…dès qu’une affaire de pédophilie touche un frère. 

KARL ZÉRO : PÉDOPHILIE, ENQUÊTE IMPOSSIBLE

Karl Zéro a gardé de ses années punk le goût de la provocation. Mais l’homme a mûri. Il ne provoque pas gratuitement. Il cherche à éveiller les consciences assoupies. Fidèle à la tradition du journalisme d’investigation, ses enquêtes l’ont finalement conduit à se lancer dans une croisade contre la pédocriminalité et ses complices. Alors que les affaires Epstein et Duhamel montrent que les puissants ne sont pas épargnés par ce fléau, il revient avec nous sur les traces de ces crimes. Libérons la parole ? Chiche. En exclusivité avant publication de l’intégralité de l’entretien dans notre numéro de février, un extrait en accès libre. Par Gabriel Robin
© Harcourt Paris

Vous avez enquêté sur la question de la pédocriminalité. Ce sujet, longtemps occulté, est aujourd’hui largement commenté à la faveur de l’affaire Duhamel ou du récent scandale relatif au plasticien Claude Lévêque. L’an passé, Le Consentement de Vanessa Springora décrivant sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff défrayait aussi la chronique. Êtes-vous surpris par ces révélations ?

Je ne peux pas vous dire que j’ai été surpris ! Je me bats contre cette situation de non-dit depuis vingt ans. Et enfin, la vérité « qui a pris l’escalier » arrive ! Il se trouve, le hasard faisant bien les choses, que j’ai publié avec Serge Garde et Homayra Sellier 1 sur 5 – Manifeste contre la pédocriminalité en France(Télémaque) en décembre. Nous sommes à l’origine d’une pétition demandant aux politiques de reprendre dans une loi les 25 mesures de bon sens que nous proposons pour éradiquer ce véritable fléau (www.1sur5.org).

Le livre de Camille Kouchner tombe à pic parce qu’il permet de mesurer les ravages que cause ce secret de Polichinelle dans la société. Il agit comme un révélateur, du fait bien sûr de la notoriété des différents personnages cités. On a été surpris qu’un personnage comme Olivier Duhamel, aussi connu et puissant, soit mis en cause comme un citoyen lambda, mais la pédophilie et l’inceste touchent tous les milieux, sans exception. En l’espèce, il s’avère que le coupable appartient au haut du panier de la société, le top du top. Au-dessus de lui en France, il n’y avait que les nuages… et Dieu ! Et ça, c’est nouveau ! Jusqu’à aujourd’hui, on n’en parlait pas. Dès qu’un coupable était issu de la « bonne société », il passait au travers des mailles du filet, les médias étaient aux abonnés absents et les juges d’une clémence angélique ! Rétrospectivement, cela me fait froid dans le dos.

Que dire de l’Éducation nationale ? De l’affaire de « l’école en bateau » ? Des scandales dans l’Église ?

Cette école, elle n’est plus en bateau mais il y a toujours l’Éducation nationale ! J’ai demandé à une avocate spécialisée dans les affaires de ce genre s’il serait possible d’intenter une class action. Elle m’a dit que le droit français l’empêchait. En revanche, elle m’a fait un aveu très instructif : « Si simplement je révélais le nombre d’affaires que j’ai à traiter aujourd’hui rien que pour les écoles de la ville de Paris, les gens en tomberaient de leur chaise». Le système pédocriminel continue de fonctionner à plein tube ! Le confinement a été terrible pour les enfants, c’est inimaginable. J’ai entendu Marlène Schiappa parler des femmes battues. Elle a raison, mais les premières victimes ce sont les gamins ! Soit la société continue à faire comme si de rien n’était, soit on se rend compte que c’est un vrai problème de société et on agit pour que les pédophiles aient la trouille ! Pour l’instant, ils dorment sur leurs deux oreilles… Ils savent que quand les affaires ne sont pas prescrites, ils vont faire généralement quelques mois de prison – et encore souvent c’est du sursis ! – avant de ressortir avec une injonction de soins. Et derrière, ils récidivent.

La franc-maçonnerie se protège dès qu’une « affaire » touche un frère. C’est automatique. Dans les affaires pédocriminelles, leur instinct de survie, de résistance va aboutir à ce qu’ils couvrent même une brebis dont ils savent pertinemment qu’elle est galeuse, et mettent à son service tout le réseau.

J’ai parlé avec plusieurs médecins qui m’ont indiqué qu’ils avaient la trouille de faire le moindre signalement. Un ami m’a dit : « Je tourne sept fois ma langue dans ma bouche car je sais que si je signale, j’aurais direct des problèmes avec le Conseil de l’ordre ». C’est inadmissible ! Des affaires, il y en a partout. Regardez le cas du chirurgien Joël Le Scouarnec : des centaines de victimes sur plusieurs décennies. Qu’on ne me dise pas qu’il n’a pas bénéficié de protections, que personne n’a jamais rien vu. Il y a eu des signalements, et le Conseil a étouffé le truc. Quand il s’agit de « puissants », une couverture de survie est immédiatement déployée. On ignore, on met en doute, on bafoue systématiquement la parole des enfants. C’est l’héritage d’Outreau. Une mise en scène. Vous aviez uniquement des enfants victimes… et pas d’agresseurs ! On veut nous faire croire que les seuls bourreaux des douze gamins étaient Madame Badaoui et Monsieur Delay ? Pourtant, quand vous parlez aux ex-victimes d’Outreau aujourd’hui, ils désignent encore des coupables parmi les acquittés. Dire que Dupond-Moretti a littéralement tétanisé ces gosses au procès… Qu’importe ! Aujourd’hui, il est ministre de la Justice.

L’Église catholique au moins a fait l’effort de s’attaquer au problème, ces dernières années. Il y avait des réseaux constitués au sein de l’Église, et sous Jean-Paul II, la loi du silence était de mise. Mais depuis, ils ont réussi à nettoyer les écuries d’Augias. Pour ça, je leur dis bravo. Ce n’est pas le cas de tous les « cultes ». Je pense à certaines loges de la franc-maçonnerie, par exemple. Je n’ai absolument rien contre leur philosophie, j’ai même des amis qui en font partie, mais le souci c’est qu’ils se protègent dès qu’une « affaire » touche un frère. C’est automatique. Pavlovien. Et ce, « quelle que soit » l’affaire en question. Dans les affaires pédocriminelles, leur instinct de survie, de résistance va aboutir à ce qu’ils couvrent même une brebis dont ils savent pertinemment qu’elle est galeuse, et mettent à son service tout le réseau. La brebis sera alors entendue par un gendarme frère, puis jugé par un juge frère, etc. Ce n’est pas honorable, ce n’est pas digne. À l’instar des cathos, ils doivent faire leur aggiornamento. Il est plus que temps qu’ils fassent le ménage à leur tour. On ne leur demande pas d’en faire état publiquement, juste de se rendre compte que ça n’est plus tenable.

 Qu’est-ce que le mouvement tabligh ?

 Très prosélyte, il prône une vision ultra-rigoriste et littérale de l’islam.

Certains jeunes partis de Lunel pour le djihad auraient été endoctrinés par le mouvement fondamentaliste tabligh. Cet islamisme de prédication très prosélyte prône une vision ultra-rigoriste et littérale de l’islam. 

Comment passe-t-on de la salle de prière au djihad ? Si la radicalisation «en chambre» a pris les devants de la scène avec le cyberdjihad, la mosquée reste un lieu de radicalisation. Ainsi, à Lunel, d’où sont partis une vingtaine de jeunes pour la Syrie ou l’Irak, divers témoignages s’accordent sur l’infiltration de la mosquée de Lunel Al baraka par le mouvement fondamentalisteTabligh. Le préfet de l’hérault, Pierre de Bousquet l’a jugé « préoccupante », le 7 janvier dernier en raison d’un «risque d’emprise fondamentaliste».

D’après un «converti» de Lunel, interrogé par Libération en novembre 2014, au moins deux des jeunes de la ville tués en Syrie ont été radicalisés par ce mouvement fondamentaliste: « Raphaël et Ahmed faisaient partie d’un « groupe de parole monté par des « frères » du Tabligh. Ils explicitaient en français les hadiths [citations du prophète, ndlr]. Ils visitaient les malades isolés à l’hôpital dont les noms étaient notés sur un cahier réservé à ce genre d’actions à la mosquée», indique Adam. « On sentait un sentiment de fratrie entre eux. Ils disaient que l’islam ignorait les nationalités. Ils rappelaient à l’ordre sur les ablutions de manière douce, sans jamais se montrer véhéments. Parfois, ils passaient la nuit à la mosquée.»

Un islam rigoriste et littéral

Le tabligh (ou Tablighi Jamaat, en français « Association pour la prédication ») est un mouvement transnational de prédication de masse, né en Inde en 1927, Son fondateur Muhammas Ilyas prônait une pratique individuelle pure proche de la vie menée par le Prophète, et une interprétation strictement littérale du Coran autour de six principes fondateurs: croyance un Dieu unique, Allah, la prière, la profession de foi, la connaissance de Dieu, la dévotion personnelle aux autres et la prédication.

Fondé pour protéger l’identité musulmane indienne contre les assauts de l’hindouisme, le mouvement s’est internationalisé de manière spectaculaire. Propagé en Inde et au Pakistan, il devient à la fin des années 1960 le plus étendu des mouvements islamistes. Il s’exporte alors en Occident et pose sa base chez l’ancien colonisateur, au Royaume-Uni, où aujourd’hui, la moitié des mosquées est dirigée par les tablighis. En France le mouvement est représenté par l’Association Foi et pratique qui contrôle directement 50 lieux de cultes. Leurs adeptes refusent la tenue vestimentaire occidentale, et portent la robe et la barbe.

Au contraire des réseaux des Frères musulmans en France ( UOIF, proches du théologien Tariq Ramadan), le mouvement tabligh ne vise pas un public éduqué, mais une population déshéritée et frustre selon le principe d’une «islamisation par le bas». Ou plutôt une «ré-islamisation», les populations immigrées étant la cible privilégiée des tabligh.

«Islamisation par le bas»

Comme l’explique Gilles Kepel, spécialiste de l’islam en France, le mouvement Tabligh s’est développé en France dans les années 1980 sur les désillusions de la marche des beurs et de SOS racisme. Lorsqu’après les promesses, les jeunes issus de l’immigration comprennent que la politique ne pourra rien pour eux, certains tombent dans la délinquance et la toxicomanie. Le mouvement tabligh vient les chercher, rend des visites en prison et à l’hôpital, et les remet sur le droit chemin, en leur enseignant une pratique littérale et rigoriste de l’islam. Ce travail de terrain, ce prosélytisme très actif dans les quartiers difficiles est délibérément toléré par les autorités, car les tabligh pacifient les cités. Aujourd’hui, la nébuleuse salafiste a pris le relais dans les banlieues, et le mouvement tabligh et en perte de vitesse, même s’il semble toujours avoir une certaine influence dans les milieux plus ruraux.

Contrairement aux Frères musulmans, leurs rivaux, les tablighis n’ont pas de projet politique, et se cantonnent à la sphère religieuse. Théoriquement, ils sont opposés à l’action violente, qu’elle soit politique ou djihadiste. Mais dans les faits, la radicalisation religieuse qu’ils proposent sert parfois de préliminaire, voire de sas de passage vers le terrorisme. Les jeunes de Lunel en sont un exemple. En mai 2013, l’homme qui avait agressé militaire à La défense à l’arme blanche était passé par les réseaux tablighis.

En février 2012, Manuel Valls avait procédé à l’expulsion d’un imam issu de la mouvance tabligh, Mohamed Hammami, fondateur de Foi et pratique , car il prononçait régulièrement des prèches antisémites.

Qui sont les trois associations qui refusent…

 …de signer la charte de l’islam ?

Les associations franco-turques CCMTF et CIMG France ainsi que le mouvement rigoriste Foi et Pratique ont publié le 20 janvier un communiqué justifiant leur refus de signer la charte.  

 
Ibrahim Alci, président du CCMTF
et vice-président du CFCM.
Ludovic MARIN / AFP

La charte des principes du Conseil National des Imams présentée par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) ne fait pas l’unanimité. Si le CFCM l’a d’abord présentée comme adoptée de façon «consensuelle», elle est en fait rejeté par quatre associations composantes du CFCM, et trois d’entre elles – le CCMTF, la CIMG France, et «Foi et Pratique» – ont publié un communiqué commun mardi 20 janvier pour justifier leur retrait du projet.

Parmi les trois associations à l’origine du communiqué, deux sont franco-turques et étroitement liées à Ankara : le comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et la communauté Islamique du Millî Görüş (CIMG). La troisième est une association se revendiquant du Tabligh, un mouvement islamiste d’origine indo-pakistanaise.

Les deux associations pro-turques cumulent 19 sièges au sein du CFCM, soit davantage que l’Union des Mosquées de France (UMF) qui tient la Grande Mosquée de Paris, proche de l’Algérie, ou encore que Musulmans de France (ex-UOIF). L’islam turc est donc surreprésenté au sein de l’Islam de France, puisque la communauté turque pèse pour 700.000 personnes, contre près de 2 millions pour les Algériens par exemple.

Le CCMTF, la voix d’Erdogan

Le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), s’il est bien une association française, est organiquement lié à l’État turc. L’association dépend de la Diyanet, la direction des affaires religieuses du gouvernement turc.

«C’est la raison pour laquelle, il est illusoire de penser que le DITIB [autre nom du CCMTF], acceptera l’article 6 de la charte [l’article 6 condamne l’islam politique]. Le DITIB est par définition une organisation politique», explique au Figaro Samim Akgönül, le directeur du département d’études turques à l’université de Strasbourg.

Le CCMTF est directement financé par l’État turc par l’envoi d’imams détachés, salariés de l’État turc mais aussi parce que l’association a cédé la plupart de ses biens immobiliers à l’État turc qui en assure donc l’entretien. Aujourd’hui, environs 250 mosquées – sur 2500 – sont gérées par le CCMTF.

Le CCMTF peut logiquement être considéré comme un porte-voix de l’État turc en France. «10% de leurs discours est religieux, avance même Samim Akgönül, le reste, c’est du politique». Seulement son discours politique n’est pas celui du salafisme ou des frères musulman, il relève d’un islam identitaire, nationaliste ouvertement loyaliste envers le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Mili Görus, dynamique association pro-Erdogan

Tout comme son parent le CCMTF, la confédération Islamique Mili Görus (CIMG), est une organisation très proche de l’État turc. Seulement, à la différence du DITIB, ses liens ne sont pas institutionnels, mais plutôt culturels et idéologiques. À titre d’exemple: l’association de Sarcelle de la CIMG commémorait le 15 juillet dernier sur Facebook l’échec du coup d’Etat contre Erdogan.

Crée en 1969 par un homme politique turc devenu à la fin des années 1990 premier ministre, Necmettin Erbakan, le Mili Görus porte dès son origine un discours politique et conservateur. Il est aujourd’hui très proche de l’AKP, le parti du président truc Erdogan, qui était d’ailleurs le chef de sa section jeunesse dans les années 1990. À ce titre, le Mili Görus n’est pas étatiste – il a pu s’opposer au gouvernement turc par le passé -, mais loyal à Erdogan. «Tout comme le DITIB, leur crainte est de voir l’assimilation de la génération turque née en France», résume Samim Akgönül.

Compte Facebook de la CIMG Sarcelles Capture d’écran facebook

Présent en France depuis 1995, le Mili Görus dispose d’un réseau de 71 mosquées (sur 2500 en France) et 600 mosquées en Europe. L’association mène d’importants chantiers de mosquées, notamment à Sevran, Creil ou Grigny (le chantier est encore à l’état de projet). À Strasbourg, le Mili Görus construit la mosquée Eyyûb-Sultan (nom d’une mosquée stambouliote) qui a vocation à devenir la plus grande mosquée d’Europe après celle de Cordoue. Faute de fonds, le chantier a toutefois été suspendu en 2019.

Son dynamisme se traduit dans la place grandissante qu’elle occupe au sein du CFCM. En janvier 2020, son président, Fatih Sarikir a obtenu le siège stratégique de secrétaire général de l’organisation.

«Foi et Pratique»: le tabligh français

À la différence des deux autres associations, «Foi et pratique» n’est pas turque, et n’est associée à aucune communauté. Né en Seine-Saint-Denis en 1972, le mouvement se revendique du Tabligh, un mouvement de revivalisme islamique créé en 1927 par un théologien indien, qui cherche avant toute chose à faire revenir les musulmans trop superficiellement croyants à l’islam. À ce titre, le prosélytisme extrêmement soutenu du Tabligh est avant tout tourné vers les musulmans considérés comme trop tièdes.

Or, le mouvement Tabligh a été nommément condamné par la Charte du Conseil National des Imams, qui dans une note en bas de page de son article 6 condamne nommément le Tabligh comme mouvement d’islam politique. Il n’est, à ce titre, pas étonnant que «Foi et pratique» a refusé de parapher la charte.

De fait, le Tabligh porte une vision fondamentaliste de l’islam, qui s’appuie sur une interprétation littérale du Coran et une imitation des compagnons de Mohammed, notamment dans l’apparence physique (barbe, tenues traditionnelles, voile…). Pour le chercheur Moussa Khedimellah, cette volonté de se différencier dans l’apparence «est une nouvelle façon de se mettre en scène physiquement, spirituellement et verbalement qui se construit dans une société qui ne les a, selon eux, jamais acceptés et reconnus».

En février 2012, Manuel Valls avait procédé à l’expulsion d’un imam tunisien de l’association Foi et Pratique, Mohamed Hammami, aux prêches antisémites. Son fils est aujourd’hui le directeur de l’association et l’imam d’une des mosquées de l’association dans le XIe arrondissement de Paris.

Aujourd’hui, cette association est en perte de vitesse au sein du mouvement Tabligh, concurrencée par une autre association, «Tabligh wa da’wa ila llah», et le Tabligh est en perte de vitesse au sein de l’islam radical. Selon le rapport de l’Institut Montaigne de 2018 intitulé «La Fabrique de l’islamisme», «leur perte d’influence se fait au profit d’autres groupes religieux, d’abord les Frères musulmans dans les années 1990, puis les salafistes actuellement».

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Alors que le ministère de l’intérieur avec le Conseil français du culte musulman (CFCM) ont officiellement adopté, lundi, la «charte des principes pour l’islam de France», on en débat avec nos invités dans Points de vue.