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Israël : Troisième dose du vaccin

Le gouvernement a décidé de lancer l’opération de vaccination d’une troisième dose pour les plus de 60 ans.

30 juillet 2021 Tribune Juive Israël 2

Dans une conférence de presse, le Premier ministre Naftali Benett a annoncé que le gouvernement a décidé de suivre les recommandations du ministère de la Santé et de lancer l’opération de vaccination d’une troisième dose pour les plus de 60 ans. Israël sera le premier pays au monde à effectuer ce pas. Ne seront concernés que ceux qui ont obtenu la deuxième dose depuis au moins cinq mois. Benett appelé cette catégorie de population à aller se faire vacciner et a annoncé que le président de l’Etat Itshak Herzog ira se faire vacciner vendredi matin. De son côté, le chef de l’opposition Binyamin Netanyahou a annoncé qu’il ira se faire administrer la troisième dose vendredi à l’hôpital Shiba de Tel-Hashomer.

L’incertitude règne toujours quant au stock effectivement disponible de doses du vaccin alors qu’un million de citoyens ne sont toujours pas allés recevoir la première dose. Binyamin Netanyahou a reproché au gouvernement de ne pas avoir demandé il y a déjà un mois la livraison de plusieurs millions de doses commandées et payées du temps de son gouvernement.

Jeudi matin, la Dr. Sharon Elroï-Preiss, directrice du département de la Santé publique au ministère de la Santé a exprimé sa crainte face au nombre de personnes qui entrent en Israël par l’aéroport Ben Gourion et qui sont porteurs du variant Delta du virus, de 200 à 250 par jour.

Source : lphinfo.com

Photo Yossi Aloni / Flash 90

Une femme condamnée pour avoir planifié un attentat islamophobe

En Allemagne, une quinquagénaire a été condamnée pour avoir planifié un attentat à la bombe incendiaire visant la communauté musulmane. 

En Allemagne, une quinquagénaire a été condamnée, vendredi 30 juillet, à six ans de prison par un tribunal de Munich pour avoir adressé une série des menaces à des responsables politiques bavarois entre décembre 2019 et mars 2020, et pour avoir planifié un attentat à la bombe incendiaire visant la communauté musulmane. 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 58025356-42899411.jpg.

La femme âgée de 55 ans, praticienne en médecine alternative, décrite comme « fermement déterminée »à commettre un attentat islamophobe selon le président du tribunal Richter Michael Hohne, s’était procurée du matériel pour fabriquer une bombe incendiaire, rapporte Daily Sabah. Elle avait été inculpée en janvier dernier, quelques mois après son arrestation en septembre 2020. 

Selon le juge, il ne faisait aucun doute qu’elle agissait sur la base d’idées néo-nazies, soulignant ses contacts avec des partisans – condamnés – du National Socialist Underground (NSU), un groupuscule allemand d’extrême droite à l’origine de plusieurs attentats et crimes racistes dans les années 2000 en Allemagne.

Lire aussi : 
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Allemagne : une mosquée vandalisée deux fois en moins de deux semaines
Allemagne : un projet d’attentat contre les musulmans sur le triste modèle de Christchurch déjoué

Rédigé par Lina Farelli | Samedi 31 Juillet 2021 à 10:45

 

“Diversité” : l’un des poncifs les plus idiots de la classe politique

Diversité. Ce mot ne fait en réalité qu’assigner chacun à une identité de groupe, ce qui contredit la loi et l’esprit de la République française.

Palestiniens d’Israël.

Un coup porté au mythe de la « coexistence »

Un parti arabe, le Raam, a contribué à la constitution du gouvernement israélien qui poursuit largement les pratiques d’apartheid et la colonisation. Les mobilisations du printemps en solidarité avec Jérusalem-Est et Gaza ont pourtant rappelé la solidité des liens unissant toutes les composantes du peuple palestinien.

Jaffa, 18 mai 2021. Manifestation des Palestiniens d’Israël contre le bombardement de Gaza et l’occupation Ahmad Gharabli/AFP

Le rôle crucial joué par les Palestiniens d’Israël dans la récente crise a ébranlé bien des certitudes. Citoyens de seconde zone, ils ont exposé avec leurs mobilisations la réalité des discriminations matérielles et symboliques qui frappent les descendants des autochtones restés sur leur terre lors de la création d’Israël. La flambée de violence dans les villes dites « mixtes »1 a fait exploser le mythe d’une coexistence harmonieuse entre communautés qui n’a, en réalité, jamais été pacifique pour le groupe dominé.

Surtout, ils ont rappelé les similitudes entre leur propre condition et celle du peuple palestinien dans son ensemble. Cheikh Jarrah, Al-Aqsa, Gaza : les références à l’oppression subie dans les territoires occupés étaient sur toutes les lèvres. Cette dynamique de solidarité inédite depuis le déclenchement de la deuxième intifada a culminé avec la grande « grève pour la dignité » du 18 mai 2021 des travailleurs palestiniens, fortement suivie des deux côtés de la Ligne verte. Elle sanctionne l’incapacité d’Israël à dissoudre le problème palestinien au sein de ses frontières reconnues. Depuis sa création, ce dernier s’échine en effet à réprimer l’affirmation nationale de ses citoyens palestiniens, significativement qualifiés d’« Arabes israéliens » afin de gommer l’origine coloniale de l’oppression à laquelle ils sont confrontés.

MIROIR INVERSÉ

Ce retour inattendu de la centralité de la cause nationale parmi la minorité palestinienne tranche avec une dynamique presque symétriquement opposée au sein de son establishment politique. Début 2021, la Liste unifiée, coalition qui regroupait par intermittence depuis 2015 les partis représentant les intérêts de la minorité arabe dans le Parlement israélien était fragilisée par le départ du parti islamiste Raam. Son leader Mansour Abbas manifestait en effet de manière de plus en plus ouverte son souhait de rompre avec ce qui faisait le ciment de cette alliance hétéroclite : le lien entre le combat pour les droits des Palestiniens des territoires occupés et ceux d’Israël. Ces derniers, estimait Mansour Abbas, devaient désormais avant tout réfléchir à défendre leurs propres intérêts. Délestés du boulet que représenterait la cause palestinienne, ils pourraient alors envisager des partenariats prometteurs avec une droite nationaliste qui, toute colonialiste et suprématiste qu’elle soit, n’en est pas moins durablement installée au pouvoir. Transgression ultime, Mansour Abbas manifestera de manière ostentatoire sa complicité avec Benyamin Nétanyahou, profilant son parti en pivot du jeu politique israélien.

Si cette approche a constitué un point de rupture pour ses anciens alliés, elle a été accueillie à bras ouverts par le monde politique et médiatique israélien. « Au fur et à mesure que la cause palestinienne s’estompe dans le monde arabe, elle s’estompe également parmi les Arabes israéliens », écrivait avec enthousiasme le Times of Israel en novembre 2020. Après les accords de normalisation intervenus quelques mois plus tôt entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe, ce serait donc au tour des citoyens palestiniens d’Israël de faire preuve de « pragmatisme ».

L’unité palestinienne manifestée lors des soulèvements de mai et avril n’a pas empêché Mansour Abbas et son parti, qui se sont dissociés autant que possible des mobilisations — y compris pacifiques — d’aller au bout de leur logique. La poussière des bombardements de Gaza à peine retombée, ceux-ci ont contribué de façon décisive à la conclusion d’un accord de gouvernement destiné à écarter Nétanyahou du pouvoir. Comme attendu, nulle mention de la question palestinienne de sa part, mais un plan substantiel d’investissement dans les localités arabes, la reconnaissance d’une poignée de villages bédouins dans le Néguev et une suspension temporaire des destructions des bâtiments construits sans permis. De manière tout aussi prévisible, cette collaboration arabo-sioniste a’été considérée par les commentateurs politiques comme un signe de l’ouverture de la société israélienne et de la vitalité de sa démocratie.

PERSISTANCE DE L’APARTHEID

Chez les Palestiniens, les réactions ont été nettement moins élogieuses. La faible espérance de vie de ce gouvernement qui va de la gauche sioniste à l’extrême droite annexionniste laisse planer le doute sur l’obtention effective de mesures en faveur des Arabes, d’autant qu’il est dans un premier temps dirigé par le héraut du courant messianique suprémaciste juif, Naftali Bennett. Plus fondamentalement, beaucoup ont critiqué l’absence de réponses aux causes profondes des inégalités raciales en Israël. Des dispositions discriminatoires aussi structurelles que la loi État-Nation de 2018qui ravale les minorités non juives à un statut de seconde zone, ou la loi Nakba de 2011 qui empêche de commémorer la grande expulsion des Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël sont maintenues.

De même, les islamistes et la gauche sioniste ont soutenu avec une relative facilité le prolongement de l’interdiction faite aux Palestiniens des territoires occupés d’accéder à la citoyenneté israélienne grâce au regroupement familial2. « Si l’objectif poursuivi est l’égalité, il n’est pas possible d’isoler la question arabe israélienne de la question palestinienne dans son ensemble, dans la mesure où l’oppression des différentes parties du peuple palestinien répond, à des degrés variables, à la même philosophie d’apartheid », analyse Naim Moussa du Centre Mossawa, qui promeut l’égalité des citoyens arabes.

De fait, le soulèvement de la rue palestinienne du Jourdain à la Méditerranée conforte le constat désormais largement partagé par les organisations de défense des droits humains : l’existence d’un régime de suprématie raciale sur l’ensemble du territoire contrôlé par Israël. Le cantonnement des 18 % de Palestiniens d’Israël sur 3 % des terres, l’impossibilité d’obtenir un permis de construire, ou encore la judaïsation à marche forcée par des colons fanatiques de quartiers arabes font ainsi furieusement écho à la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. De même, la répression impitoyable de ces manifestations, parfois avec le soutien de supplétifs extrémistes venus des colonies, et la vague d’arrestations massivesqui s’en est suivi (plus de 2 000 depuis début mai 2021), évoquent les méthodes contre-insurrectionnelles pratiquées dans les territoires occupés.

Dans ce contexte, beaucoup craignent un ravalement de façade laissant intactes les structures institutionnelles de domination. « Les quelques avancées obtenues par le Raam ne sont pas très différentes de celles obtenues de façon ponctuelle grâce à notre travail parlementaire, à cette différence que nous n’avions alors pas à payer le prix d’un soutien à un gouvernement qui perpétue l’occupation, les colonies et la discrimination raciale », observe Raja Zaatry du parti communiste israélien (Hadash), principale composante de la Liste unifiée.

RÉVOLUTION OU CONTRE-RÉVOLUTION ?

Au surplus, la révolution tant célébrée dans les relations judéo-arabes n’en est pas une. « L’histoire est pleine de ces soi-disant dirigeants palestiniens qui ont effectivement vendu la cause de leur peuple pour leur bénéfice personnel », relève le journaliste et militant Rami Younis, originaire de Lod-Lydda, qui rappelle la participation des partis satellites arabes aux premiers gouvernements travaillistes ou la cooptation des notables locaux sous le régime d’administration militaire de 1948 à 1966. Comme en son temps, ce partenariat d’élite à élite ne rejaillira sans doute pas sur les rapports intercommunautaires dans la société. L’inclusion du Raam résulte avant tout d’une arithmétique parlementaire qui l’a rendu indispensable. Elle est donc peu susceptible d’effacer des années d’incitation à la haine contre la minorité arabe de la part de ceux-là mêmes qui encensent aujourd’hui l’attitude de Abbas. Du reste, avec quatre sièges, son parti est certes le premier de sa communauté si l’on comptabilise séparément les six obtenus par la Liste unifiée, mais dans un contexte de taux d’abstention record des localités arabes (55,4 % contre 33,6 en 2020), largement provoquée par la division de la représentation politique palestinienne3.

SCEPTICISME FACE AUX ÉLECTIONS

Pour autant, il n’est pas dit que la séquence imposée par la rue palestinienne profitera à la Liste unifiée. Le déclenchement des soulèvements d’avril et mai hors de tout cadre centralisé constitue en effet un désaveu général pour l’establishment politique palestinien, qui fait écho au divorce entre l’Autorité palestinienne (AP) et les mobilisations nées simultanément en Cisjordanie. Il est à cet égard significatif que les villes « mixtes » dans lesquelles ils se sont produits soient également celles où la population arabe a le plus largement boycotté les urnes le 23 mars 2021.

Ces mobilisations spontanées témoignent dès lors d’un profond scepticisme quant à l’efficacité de la participation palestinienne au jeu politique israélien. « Les Palestiniens se sont fortement déplacés en 2020 pour placer la Liste d’unité en troisième position et à son plus haut score, uniquement pour être ensuite rejetés par le système »,explique Amjad Iraqi sur le site +972 Magazine, en référence au dialogue avorté entamé en 2020 afin de hâter le départ de Nétanyahou entre le chef de l’opposition Benny Gantz et Ayman Odeh, le dirigeant de Hadash. L’ambition de ce dernier de faire progresser un partenariat judéo palestinien basé sur la prise en compte de la question palestinienne au sens large et l’engagement à combattre les inégalités dans leur ensemble s’est fracassée sur l’hostilité persistante de l’opinion juive majoritaire.

« Mansour Abbas a fait la même erreur qu’Ayman Odeh. Ces trois dernières années étaient un examen pour nos représentants politiques, et malheureusement ils ont échoué deux fois », estime Rawan Bisharat, militante originaire de Jaffa et ancienne codirectrice de l’association pour le dialogue judéo-arabe Sadaka-Reut. « Le fossé entre la nouvelle génération qui est descendue dans les rues et l’ancienne qui s’est montrée incapable de comprendre l’escalade à laquelle on a assisté est aujourd’hui manifeste. La Knesset n’est plus le lieu pertinent pour faire avancer nos droits, et nous devrons envisager notre contribution de manière différente à l’avenir. »

« La participation aux élections reste un levier pour défendre les droits du peuple palestinien dans son ensemble, d’autant plus si nous nous mobilisons largement », veut croire Naim Moussa. Poursuivre sur cette voie nécessitera toutefois de tenir compte des évolutions de la société arabe en Israël dans sa diversité. La persistance sur le long terme des inégalités parmi les plus précaires les rend pour leur part sensibles aux propositions consistant à améliorer immédiatement leur quotidien, aussi aléatoires soient-elles tant qu’il ne sera pas mis fin au régime discriminatoire visant le peuple palestinien dans son ensemble.

GRÉGORY MAUZÉ  Politologue et journaliste.

Maroc. « Comment j’ai été tracé à Vienne par Pegasus »

Hicham Mansouri, journaliste marocain réfugié en France et membre de la rédaction d’Orient XXI, fait partie des cibles de Pegasus.

Témoignage · Hicham Mansouri, journaliste marocain réfugié en France et membre de la rédaction d’Orient XXI, fait partie des cibles de Pegasus. Il raconte pour la première fois comment au cours d’un séjour privé en Autriche, il a été repéré grâce au logiciel espion et suivi par de probables barbouzes marocains.

Hicham Mansouri aux assises du journalisme à Tours.
© Mathilde ERRARD

Journaliste marocain, membre du comité de rédaction d’Orient XXI, Hicham Mansouri qui travaille également à la Maison des journalistes de Paris fait partie des centaines de journalistes qui ont été espionnés par le logiciel Pegasus, produit par le groupe israélien NSO. Effectué par le Security Lab, laboratoire numérique hyper-performant d’Amnesty International, l’analyse de son téléphone a révélé qu’il avait été infecté plus d’une vingtaine de fois par le logiciel espion sur une période de trois mois, de février à avril 2021. Hicham Mansouri a quitté son pays en 2016 après avoir passé près d’un an en prison, sous des accusations évidemment bidon d’adultère. Au cours d’un second procès pour « atteinte à la sûreté interne de l’État », il a été condamné par contumace à un an de prison ferme.

Cofondateur avec Maati Monjib de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation (AMJI) – qui lui aussi a été espionné par Pegasus, comme plusieurs autres journalistes marocains actuellement détenus, Omar Radi (qui a été condamné le 19 juillet à 6 ans de prison), Taoufik Bouachrine et Soulaiman Raissouni, – Hicham Mansouri prépare un ouvrage sur son séjour en détention, à paraître cet hiver dans la collection Orient XXI chez Libertalia.

Si l’enquête de Forbidden Stories a mis à jour une surveillance très récente de son téléphone par Pegasus, ce n’est cependant pas une première pour notre collègue. « J’ai été espionné sur mon nouveau téléphone au printemps 2021. Mais quand j’avais rédigé un article pour Orient XXI sur le Sahara occidental en novembre 2020, j’avais alors appelé un responsable du Polisario. Je n’ai pas utilisé ses propos dans le papier publié, mais juste après un site marocain lié aux services secrets, Chouf TV, m’a accusé de comploter avec le Polisario en citant le nom de mon interlocuteur et le mien. J’étais alors sûr que soit moi soit lui étions sur écoute ».

UNE FILATURE SANS FIN DANS LES RUES DE VIENNE

Mais l’utilisation probable de Pegasus par les services marocains pour tracer Hicham Mansouri a montré l’ampleur de ses possibilités à l’occasion d’un séjour à Vienne du journaliste et de sa compagne. Il nous raconte comment il a été tracé au cours de son escapade privée. « La situation la plus emblématique pour moi remonte à mars 2019. Je venais d’obtenir en France un titre de voyage français de réfugié. On a décidé d’aller à Vienne du 1er au 5 mars avec ma compagne ». Mais le séjour a priori sans histoires va tourner au cauchemar :

Le matin du 3 mars, vers neuf heures, à la sortie de l’hôtel Wombat’s où nous séjournions, je remarque deux types avec des lunettes de soleil, à l’allure typique des barbouzes marocains. Dès que nous commençons à marcher, ils nous suivent. Pour vérifier qu’il s’agit bien d’une filature, on change d’itinéraire, on s’arrête, on s’installe dans un café et on attend un peu. On sort et on continue notre route, on les retrouve un peu plus loin. Mais il nous est impossible de les semer, les deux hommes nous suivent à la trace.

Hicham et sa compagne décident alors d’éteindre leurs téléphones, ignorant que même coupé un portable reste traçable par un logiciel comme Pegasus :

On change d’itinéraire plusieurs fois, raconte Hicham. On finit par s’installer dans un café car on est sûr de les avoir semés mais ils nous retrouvent. Cela a duré toute la journée ! On a fini par aller dans le parc du château de Schönbrunn, et on les a même photographiés au milieu de la foule dans la cour du château alors qu’eux-mêmes nous photographiaient.

Photo prise par Hicham Mansouri à Vienne. Le cercle rouge entoure les deux barbouzes qui se prennent en photo du château de Schönbrunn.

Dans ce grand parc du centre de la capitale autrichienne se trouve un poste de police. « Quand on l’a vu, on y est allés et on a raconté ce que nous subissions depuis le matin. Les policiers nous disent ne rien pouvoir faire mais qu’on peut les appeler si on les revoit et ils nous donnent un numéro de téléphone ». Mais plutôt qu’une contre-filature discrète, Hicham et sa compagne qui ont accepté de reprendre leur promenade malgré l’angoisse voient à nouveau leurs suiveurs sur une colline du parc. Ils appellent alors la police et sont rejoint par une voiture de la police autrichienne dont sortent plusieurs policiers :

Ils nous ont posé les mêmes questions que leurs collègues du poste, ils pensaient qu’on avait peut-être affaire à des racketteurs de touristes. J’explique ma situation, ma nationalité, mon statut de réfugié. Et là direct, les policiers me disent qu’ils vont vérifier tout cela sur Interpol. De victime, je deviens suspect. Ils prennent nos passeports, et on passe quinze minutes difficiles. Ils n’ont rien trouvé, m’expliquent que la loi autrichienne n’interdit pas les filatures, bref qu’ils ne vont rien faire. Ils ont uniquement proposé de contrôler leur identité mais nos suiveurs avaient alors disparu.

Hicham et sa compagne pensent alors que l’alerte est passée :

On quitte les policiers et le parc de Schönbrunn et on prend le métro, on change plusieurs fois de ligne et on finit par sortir pour aller boire un café et se remettre de nos émotions. Nos téléphones sont bien sûr toujours éteints. Et là on croise à nouveau nos suiveurs au centre-ville ! On les voit sur un banc et ils nous font un signe d’au revoir de la main et miment l’envoi d’un baiser à l’adresse de ma compagne.

La filature avait commencé à 9h du matin et il est alors 16h. « Cela a pourri notre voyage, même si ensuite on ne les a plus revus ».

PLUSIEURS JOURNALISTES EN PRISON

Comme Hicham Mansouri, au moins 35 journalistes de 4 pays – dont la France – ont été ciblés par le Maroc et tracés par Pegasus, selon l’enquête de Forbidden Stories relayée par de nombreux titres de la presse internationale. Trois d’entre eux, Omar Radi, Taoufik Bouachrine et Soulaiman Raissouni, sont actuellement détenus au Maroc sous des chefs d’accusation considérés par les organisations de défense des droits humains comme fallacieux. Taoufik Bouachrine, ancien rédacteur en chef d’Akhbar al-Youm, a été arrêté en février 2018 et accusé notamment de viols et d’agressions sexuelles. Plusieurs de ses supposées victimes l’ont pourtant innocenté au cours de son procès. L’enquête de Forbidden Storiesrévèle qu’au moins deux des femmes impliquées dans cette affaire ont été ciblés par Pegasus, et peut-être victimes de chantage.

Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France

Création d’un nouvel organisme de représentation appelé “La Coordination”

Rédigé par Assani Fassassi, Chems-Eddine Hafiz, Mohsen Ngazou et Anouar Kbibech

Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France
 
 
Le 17 mars 2021, nos quatre fédérations historiques du Conseil français du culte musulman (CFCM) quittaient son bureau exécutif.* Ce départ n’était pas le fruit de l’orgueil ou d’une querelle passagère. Il était une réponse aux impasses dans lesquelles s’était conduite l’institution censée représenter et organiser le culte musulman dans notre pays.

Dernier révélateur en date, le rejet de la « Charte des principes pour l’islam de France », par une autre partie des fédérations constituant le CFCM, a mis en exergue de lourdes incapacités fonctionnelles. Plus grave, ce refus a révélé à quel point le Conseil préférait ménager les intérêts particuliers plutôt que d’unifier autour des principes fondamentaux de la charte que nous défendions et défendons toujours, au moins pour les deux raisons suivantes.

Conscients des expressions multiples de l’islam à travers le monde et l’histoire, nous voulions d’abord qu’il puisse être vécu en France avec un référentiel de valeurs propres à notre pays.

Conscients des dangers qui guettent dès lors que le spirituel se retire dans l’ombre des jeux de pouvoirs terrestres, nous voulions également tracer une ligne claire entre la représentation du culte musulman et son instrumentalisation à des fins politiques.

Lire aussi : Ce que proclame la Charte, le texte dans son intégralité

Le CFCM s’est montré incapable d’œuvrer pour ces principes essentiels. Nous avons donc créé un nouvel organe de représentation que nous avons appelé La Coordination.
 
Pour une nouvelle instance collégiale, fraternelle et ouverte
Dès le printemps 2021, La Coordination s’est mise au travail. Forte de l’expérience de ses membres et de leur connaissance concrète du terrain, elle a construit un projet de refondation de la représentation du culte musulman en France et l’a présenté lors de l’Assemblée générale extraordinaire du CFCM en juillet dernier.

Dans un document distribué ce jour-là, nous avons en effet proposé un ensemble de directions structurant la future instance représentative du culte musulman qui devra, selon nous, être :

– une instance inclusive à caractère consultatif et non exécutif ;

– une instance inclusive sans compétition électorale malsaine – qui a transformé les lieux de culte en théâtre de concurrences entre les fédérations ;

– une instance fraternelle débarrassée de tout enjeu de pouvoir ;

– une instance basée sur et ouvertes à tous les lieux de culte musulman ;

– une instance ouverte aux compétences au-delà des lieux de culte ;

– une instance basée sur une doctrine et un référentiel communs de valeurs.

Une telle instance, collégiale, fraternelle et ouverte, est le souhait de l’immense majorité des musulmans de France.

Elle est tout ce que n’est plus le CFCM actuel. Et elle est tout l’opposé d’un autre projet de « réforme » avancé par l’actuelle présidence du Conseil, contre lequel la dernière Assemblée générale de juillet a d’ailleurs voté et qu’elle a clairement rejeté.
 

Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France

Eriger de nouvelles références

L’autre projet de réforme défendu par la présidence du CFCM, faussement présenté çà et là comme un moyen de donner de l’importance aux acteurs locaux de nos mosquées, recycle en réalité une même recette basée encore une fois sur la logique arithmétique des « élections » et du principe inique du dominant.

Nous refusons que l’organe de représentation nationale du culte musulman soit sclérosé par les appétits hégémoniques et les courses au pouvoir entre fédérations ou personnalités. Nous refusons que cette instance soit aux mains de son président, sans aucun équilibre et sans aucune retenue, un instrument utile à des objectifs politiques – qui n’ont rien à voir avec la vie religieuse de nos concitoyens musulmans et, pire, leur portent gravement préjudice.

C’est aller contre la « Charte des principes pour l’islam de France ». C’est surtout aller contre l’éthique islamique qui nous enseigne si profondément l’égalité et la fraternité des hommes, nous exhortant à bâtir en commun.

Face aux dérives du CFCM actuel et de sa présidence, nous, responsables des quatre fédérations qui forment La Coordination, sommes soudés autour d’une même quête : l’épanouissement spirituel de chaque musulmane et de chaque musulman en France.

Pour elle, pour ériger de nouvelles références et de nouvelles structures vertueuses, nous avons entamé un vaste chantier de réflexion et d’action. Dès la rentrée de septembre, des journées de travail seront ouvertes à toutes les bonnes volontés.

Que celles et ceux qui ont au cœur un islam de paix, de fraternité et de proximité, vibrant pleinement dans la société française, débarrassé des basses manœuvres politiques, nous rejoignent et dessinent avec nous l’avenir.

*****
Assani Fassassi, pour la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), Chems-Eddine Hafiz, pour la Grande Mosquée de Paris, Mohsen Ngazou, pour Musulmans de France (MF), et Anouar Kbibech, pour le Rassemblement des musulmans de France (RMF).

*NDLR : Telles sont les quatre fédérations, membres de La Coordination, évoquées au début de la tribune. A noter que le RMF n’est pas formellement membre du bureau du CFCM, bien qu’elle soit parvenue en deuxième position aux élections de 2020. Pour en savoir plus.

Lire aussi :
Une réforme des statuts du CFCM balayée, une crise de la représentation de l’islam de France qui perdure
Mohammed Moussaoui : « Le CFCM des fédérations est arrivé à son terme »