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Psychologie positive et confinement

Les psychothérapeutes Aurélia Schneider, Christophe André et Cécile Guerés expliquent comment mieux cultiver la psychologie positive

Alors que chez de nombreuses personnes, un isolement prolongé peut finir par développer différentes formes de traumatismes liées à la peur ou à l’anxiété, les psychothérapeutes Aurélia Schneider, Christophe André et Cécile Guerés expliquent, dans « Grand bien vous fasse » comment mieux cultiver la psychologie positive.

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« La musique moderne africaine est née au Congo, et Manu Dibango y était »

Le saxophoniste était célèbre pour avoir mêlé le jazz aux sonorités africaines.

Propos recueillis par Viviane Forson

Le Congo belge devient indépendant le 30 juin 1960. Une date magique, une date symbolique, une date qui réunit toutes les mémoires africaines. Et pour cause, un hymne, « Indépendance cha-cha », devenu un tube panafricain, avait fini par sceller de nombreux destins. Parmi lesquels, celui du jeune Emmanuel N’Djoké Dibango, 27 ans. Venu depuis Paris remplacer au pied levé à Bruxelles le saxophoniste de l’African Jazz, célèbre orchestre que dirige Joseph Kabasele, dit Grand Kallé, Manu Dibango assiste dans les coulisses à la fabrication de cette chanson inclassable. « Indépendance cha-cha tozuwi e  !

Binetou Sylla a repris les rênes de Syllart Records, mémoire de l’Afrique du son depuis les années 1960. © DR

O Kimpwanza cha-cha tubakidi  ! O Table ronde cha-cha, ba gagné o  ! O Lipanda cha-cha, tozuwi e  ! », composa Grand Kallé pour accompagner et distraire la délégation congolaise qui négociait alors l’indépendance avec la Belgique. Un tournant pour Manu Dibango, qui suivra son mentor jusqu’au Congo (l’actuelle RDC), le « berceau de la musique africaine ». La suite, c’est Binetou Sylla, qui dirige le label Syllart Records, pionnier dans la production des talents africains tels qu’Alpha Blondy, Africando, Oumou Sangaré, Ismaël Lô et bien d’autres, qui nous la raconte. Très affectée par la nouvelle du décès de Manu Dibango foudroyé par le Covid-19 ce 24 mars, la fille du producteur Ibrahima Sory Sylla raconte ses souvenirs dans lesquels les deux hommes affichaient un immense respect l’un pour l’autre. Pour Le Point Afrique, elle décrypte l’immense apport de Manu Dibango dans la musique africaine.

Pour vraiment mesurer l’apport de Manu Dibango dans la musique africaine, il faut replonger au tout début de sa carrière. Parce qu’elle a commencé par la musique populaire africaine. Et la musique populaire africaine à cette époque, c’était la musique congolaise. Et Manu Dibango en savait quelque chose puisqu’il avait intégré l’orchestre congolais de l’African Jazz de Joseph Kabasele, dit Grand Kallé. Auprès de ce grand musicien zaïrois, qui a composé la chanson « Indépendance cha-cha » en l’honneur de l’indépendance de son pays, qui deviendra la République démocratique du Congo, Manu Dibango s’est inscrit dans une époque et un contexte d’artistes influencés par les cultures de l’Atlantique noir. C’est-à-dire des musiques de l’Amérique caribéenne, latine et de la musique afro-américaine. Cette génération était très à l’écoute et ouverte à la fois au jazz, au funk et aux musiques afro-cubaines. Et en même temps, Manu Dibango avait fait l’école, il était donc aussi un musicien « savant », c’est-à-dire qu’il savait lire la musique. Ce qui lui a permis de jouer de plusieurs instruments, dont le saxophone, le piano, l’orgue, la mandoline et le vibraphone, entre autres. Tous ces musiciens des années 1950-1960 étaient riches de ces musiques qu’on appelle musiques noires.

Manu Dibango n’a pas fait qu’intégrer l’orchestre de l’African Jazz, il s’est aussi rendu sur place à Kinshasa, avec tout le groupe depuis la Belgique, où il a rencontré Grand Kallé. D’un point de vue extérieur, on sait que les musiciens congolais lui ont en quelque sorte ouvert la voie. Ils lui ont montré qu’il était possible de faire carrière dans la musique. Pendant très longtemps, il était mal vu sur le continent africain de faire de la musique. On ne parlait même pas de carrière. Au Congo, la musique n’est pas seulement réservée aux griots ou lignées de musiciens, tout le monde avait donc le droit de chanter.

Manu Dibango a ainsi choisi de dévier du chemin tracé par ses parents. Car il n’était pas venu en France pour faire une carrière dans la musique. Sa famille, notamment son père, lui a coupé les vivres en apprenant son choix.

La musique moderne africaine est née au Congo avec les musiciens congolais, les orchestres, et Manu Dibango y était. L’African Jazz est le plus grand groupe africain, et c’est avec lui qu’est née la pop africaine. Et c’est encore cet orchestre qui a composé le premier tube panafricain « Indépendance cha-cha », qui fut l’hymne de nombreux pays africains. C’est dans cet orchestre que Manu Dibango a fait ses gammes en quelque sorte. En tout cas, qu’il a appris le métier de musicien, qu’il s’est structuré et a beaucoup travaillé.

Avec des artistes comme Franco, Abeti Masikini, Tabu Ley, Manu Dibango formait une génération qui a été très influencée par le contexte politique de l’époque. C’était la période des indépendances, avec la montée de la contestation, les négociations de la Table ronde à Bruxelles ou les troubles politiques secouant les pays africains, les artistes prennent position. Ils puisent dans la musique la force qui leur permet de rester debout. Ils chantent le rêve, l’espoir et la joie de vivre de toute une époque. Tous autant qu’ils étaient voulaient s’inspirer de la musique afro américaine, mais aussi s’inscrire dans les musiques africaines.

« Soul Makossa » est sorti en 1972, et c’est justement la symbiose de tout ça : à la fois de la musique savante, des rythmes inspirés des Amériques et, en même temps, des rythmiques proprement africaines. Tout est dans le titre. « Soul », et ensuite « Makossa ». Le makossa est une musique camerounaise de Douala, donc, bien de chez lui.

Manu Dibango représente cette génération de musiciens africains qui avaient la connaissance savante, la connaissance sensible et populaire, voire intuitive, de la musique. Ce sont des musiciens qui savaient jouer de la musique, mais aussi la composer, l’arranger, ils savaient l’écrire, ils étaient capables d’aller d’un orchestre à un autre sans difficulté, dans n’importe quel pays ou culture. Et c’est ça que représentent Manu Dibango et cette génération qui était très présente jusqu’au milieu des années 1980.

Lui était un Camerounais qui a réussi à s’intégrer dans un orchestre congolais. Il a aussi été appelé en Côte d’Ivoire par le président Houphouët-Boigny pour diriger l’orchestre de la Radiodiffusion télévision ivoirienne. Il a composé pour Grand Kallé, pour plusieurs autres artistes afro-américains, internationaux, comme le Fania All-Stars, qui regroupait les plus grands artistes de la salsa. La salsa, c’est aussi une musique qui a énormément influencé sa génération. Manu Dibango, c’est le symbole de cette époque d’artistes à la fois savante et intuitive, c’est pour ça qu’on est triste aujourd’hui.

Sauf, que je n’emploierais pas le terme « afro-jazz ». Je le trouve un peu ridicule. Le jazz est une musique noire, et c’est comme un pléonasme de dire qu’on fait de l’afro-jazz, puisque le jazz a été créé par des Afro-Américains, donc, des Noirs. Je trouve que mettre le terme « afro » devant est une tautologie.

Manu Dibango a fait du jazz avec sa sensibilité à lui, ses cultures empreintes de rythmiques du Cameroun, de l’afro-cubain, de la salsa, etc. Pour moi, lui et Quincy Jones sont du même acabit. Ils ont cette capacité à faire des fusions. Manu Dibango était entre le savant et le populaire. Il possédait une connaissance de la création parce qu’il parvenait à transcender son art, et évidemment sa musique est éminemment africaine. C’est en cela qu’il a su toucher les gens.

Ce n’est pas pour rien que le tube « Soul Makossa » est le plus grand succès de Manu Dibango auprès du public international. Il y a cette magie de la musique soul mélangée au mokossa, qui est camerounais. Un proverbe dit « lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens », et Manu Dibango savait d’où il venait, il connaissait sa culture, du coup, il pouvait se permettre tous les possibles.

Il était beaucoup dans la transmission. On l’a vu tout au long de sa carrière. C’est quand même lui qui a accueilli toute la génération suivante d’artistes africains de la diaspora, ou plus globalement de la world musique, tels qu’Angélique Kidjo, Alpha Blondy ou encore Youssou N’Dour. Tous ces artistes arrivent en Europe quand lui a déjà au moins vingt ans de carrière. Mais cette aptitude à la transmission, il l’a en lui, car lui-même en a aussi bénéficié, notamment quand il était auprès de Grand Kallé. C’est typique de cette génération. Ensuite, Manu Dibango avait aussi l’émission radiophonique La Maraboutique sur Africa Radio, dans laquelle il recevait bon nombre d’artistes ou de jeunes du milieu artistique. C’est vraiment un grand monsieur que nous avons perdu.

On espère évidemment qu’on pourra lui rendre un hommage plus à la hauteur de sa personne. C’était quand même un baobab, et c’est encore plus douloureux que ça arrive dans une période où on est tous confinés.

Aurlus Mabélé est un artiste congolais des années 1980 venu aussi en Europe faire ses études dans la veine de cette génération d’artistes africains. Les musiques congolaises ont été les plus populaires pendant 60 ans, même si, aujourd’hui, elles sont détrônées par d’autres musiques africaines. Lui-même se surnommait le roi du soukous. Et le soukous est la musique reine des diasporas noires en France à cette époque. Elle a été façonnée à Paris et a eu un immense succès en Afrique : de Nairobi, à Kinshasa, en passant par Johannesburg, par Abidjan, et en remontant. Le soukous, c’est la musique populaire du milieu des années 1980 par excellence. Car, dans son rythme et dans les paroles, elle évoque l’ambiance, la joie. C’est une musique cathartique pour les immigrés noirs. Et c’est aussi la musique qui faisait la jonction entre Africains et Antillais. Ils pouvaient enfin se retrouver ensemble de la même manière qu’ils se retrouvaient sur le zouk.

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« Que Dieu nous protège tous ! »

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Depuis le 12 mars dernier et la décision des autorités de fermer toutes les mosquées du pays, les Tunisiens, comme bon nombre de musulmans des pays du Maghreb, sont invités à prier chez eux. 

Alors que le mois de ramadan commence le 23 avril, confinement et jeûne formeront un double défi sanitaire.

« Que Dieu nous pro-tège tous », écrit en guise de formule de politesse finale un maître-assistant de la faculté de Sousse, en Tunisie. En ultime recours, si l’État est ou paraît désemparé, si le civisme doit prédominer afin de préserver les vies, « Dieu » devient plus encore une valeur refuge. Tout autant que l’or en période de krach économique. En Afrique du Nord, « Dieu » est partout. À une simple question, sur la remise d’un travail, savoir si l’on récupérera sa voiture le 12, si le rendez-vous est confirmé, un « Inch’Allah » ponctuera la réponse. Le huis clos actuel dope les appels au Tout-Puissant. Appels qui se déroulent loin des lieux de culte.

Les mosquées sont fermées. Portes closes depuis la mise en place de l’état d’urgence sanitaire dans les pays d’Afrique du Nord. On ne prie plus collectivement. La grande prière du vendredi est ajournée sine die. À quelques rares incartades signalées, ici ou là un imam récalcitrant qui rouvre pour la prière du vendredi, la situation est totalement respectée. Dans la rubrique « insolites », on notera des petits groupes bravant le couvre-feu pour en appeler à Dieu dans les rues. Ce ne sont que des anomalies dans un paysage de discipline. Avec la possibilité d’un confinement renouvelé, c’est tout le rituel ramadanesque qui sera remis en question. Rituel qui n’est pas que religieux, mais également culturel. Si le jour est au jeûne et au travail, la nuit devient fête et chants, repas pantagruéliques et cafés bondés jusqu’au creux de la nuit. Le coronavirus pourrait remiser ce mois important – notamment pour les familles qui se réunissent comme jamais dans l’année. Et remettre la signification du ramadan au centre des préoccupations spirituelles.

Le pays, qui compte 60 cas officiellement identifiés dont un décès, est sous le coup d’un couvre feu, et commence ce dimanche son premier jour de confinement.

Concordance des croyances, les fêtes de Pâques et le mois saint musulman commenceront en même temps cette année. Les deux religions monothéistes se retrouvent à la même latitude et longitude spirituelle. Selon le calendrier hégi-rien, islamique, qui est lunaire,l’année.compte 354 jours, onze de moins que le calendrier solaire. Ce qui explique que le ramadan – situé au neuvième mois de l’hégire – commence chaque année avec dix jours d’avance sur le précédent. Déjà, ils sont nombreux ceux qui estiment que la situation actuelle, rues désertes et activités au ralenti, ressemble à un « mois de ramadan avant l’heure ». Une séance unique a été instaurée pour les fonctionnaires essentiels. L’un des défis sanitaires qui se profilent est celui de l’ajout du jeûne à une situation de mise en quarantaine à domicile.

Le jeûne est l’un des cinq piliers de l’Islam avec la profession de foi, le pèlerinage à La Mecque, la prière, et l’aumône obligatoire. Il peut ne pas être respecté en cas de santé fragile, de grossesse, de voyage… La situation planétaire est-elle compatible avec cette privation d’eau et de nourriture durant quinze heures ? Pendant les guerres, les compétitions sportives, le rituel est respecté. La situation sanitaire mondiale, près de la moitié de l’humanité recluse, modifiera-t-elle la situation religieuse ? Ce serait aux autorités civiles de le faire, aucune autorité de l’Islam n’existant pour le faire. Pour mémoire, le président de la République tunisienne Habib Bourguiba fit un discours mémorable le 18 mars 1974, expliquant que «  nous devons prendre l’initiative de faire évoluer les dispositions édictées par la charia en fonction de l’évolution de la société ». Sur le sujet du jeûne, son courage heurta bien des marchands d’absolu : « Lors de la marche sur La Mecque, le Prophète s’était prononcé contre le jeûne de Ramadan « afin que nous soyons forts face à l’ennemi », leur a-t-il dit. Et il avait payé d’exemple en se désaltérant. Il a ainsi fait prévaloir l’intérêt de l’État sur l’exercice du culte. » Près de cinquante après, en une période unique dans l’histoire de l’humanité, les paroles de Bourguiba demeurent éclatantes.

Sans coordination aucune, les pays de la partie septentrionale de l’Afrique vivent des réalités différentes dans cette crise du Covid-19. Par le  correspondant à Tunis, Benoît Delmas

D’Auckland jusqu’à Tunis, les réactions sont similaires. Le protocole émotionnel suit mécaniquement son déroulé : l’angoisse crescendo des populations, l’État qui décide de mesures graduées, les frontières qui se ferment, les supermarchés dévalisés au rythme des annonces des cas et des décès, les confinements qui s’affirment, les espaces aériens qui n’en sont plus… De Rabat à Tripoli, ceux qui gouvernent le font avec des paradigmes divers. Aucune coordination régionale n’existe.

Virus ou pas, on canonne. On serait même tenté de mettre doubles doses d’obus, le regard réprobateur du monde étant tourné vers le Covid-19. Avant, il regardait ses pieds, feignant d’ignorer les crimes de guerre, maintenant il s’occupe de sa santé. L’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli se poursuit donc. Commencée le 4 avril 2019, enlisée, elle connaît un regain en ces temps où l’on regarde ailleurs. Et les sponsors du conflit, Émirats arabes unis pour Haftar, Turquie pour le gouvernement d’union nationale, poursuivent leurs livraisons d’armements, « d’experts » et autres fléaux d’une guerre larvée. La Libye a fermé ses frontières et ses écoles que la guerre n’avait pas encore détruites. Une réponse qui a rassuré la Tunisie voisine, s’inquiétant de devenir la base arrière des Libyens atteints par le virus. Le black-out est total sur la réalité de la situation sanitaire du pays. Un sujet d’inquiétude.

L’état d’urgence sanitaire a été déclaré, mais Mohamed VI demeure invisible. Peu présent depuis quelques années, le roi garde cependant une autorité incontestée. Une succession de mesures ont été édictées. La restriction de circulation est entrée en vigueur ce vendredi à 18 heures. Une attestation exceptionnelle de circulation est distribuée dans tous les foyers par les forces de l’ordre. Le tissu entrepreneurial est protégé par l’État. Si Saâdeddine El Othmani, le Premier ministre, avait déclaré que la plupart des personnes contaminées venaient de l’étranger, le pays dénombrait vendredi matin 66 cas et 3 décès. Les grandes fortunes du pays ont alimenté à hauteur de deux milliards et demi d’euros le fonds dédié à la pandémie. Les dons des plus riches sont une tradition au royaume chérifien. Les grands groupes ont généreusement abondé le Fonds, certaines à hauteur de cent millions de dirhams. La gouvernance selon Rabat ? La main de fer du roi ajoutée à une réactivité économique et sociale.

La jeune démocratie, devenue emblématique depuis le Printemps arabe, vit une séquence éprouvante. Son équipe gouvernementale a pris ses fonctions le 2 mars, une installation coïncidant avec l’irruption du virus sur son sol. La continuité de l’État a fonctionné. Le fait qu’Abdellatif Mekki, le ministre de la Santé, ait déjà occupé deux fois cette fonction est un atout. Les mesures ont semblé tarder, mais le nombre de cas est faible. Il va augmenter dans les jours prochains. Le rapatriement de Tunisiens s’accompagne d’une mesure drastique : sitôt arrivés, ils sont placés en quatorzaine. Dès dimanche, la Tunisie sera confinée.

« On n’a pas de pilote ou un commandant en chef pour cette guerre à cause de nos institutions qui diluent volontairement le pouvoir », constate le sondeur et politologue Hassen Zargouni. Le pays aux trois présidences (République, Parlement, Gouvernement) vit selon les choix constitutionnels votés en 2014. Kaïs Saïed, le chef de l’État, préside le Conseil de sécurité nationale. Il a sous sa coupe le ministre de la Défense et celui des Affaires étrangères, deux ministères clés dans la situation actuelle. La diplomatie s’affaire pour rapatrier ses ressortissants pendant que l’armée doit faire respecter le couvre-feu imposé depuis le 18 mars de 18 heures à 6 heures. Dans un pays où les institutions n’ont pas la cote, euphémisme, l’armée demeure celle qui bénéficie du respect de toute la population. La gouvernance du pays sera jugée selon les mesures prises, leur efficience et la capacité des trois présidences à adopter un langage commun. À la classe politique de prouver qu’elle est capable de mettre de côté ses chicaneries perpétuelles pour sauver le maximum de vies.

À Alger, on agit sans surprise. Le président Tebboune a pris le leadership, il communique, rassure, tempère, gronde. En digne hologramme de Bouteflika, il en a pris les codes. La réponse sanitaire entre en action ce dimanche : « suspension de tous les moyens de transport en commun (public et privé), démobilisation de 50 % des employés, maintien des employés des services vitaux nécessaires, avec maintien des salaires et démobilisation des femmes travailleuses ayant des enfants en bas âge ». Cafés & co sont fermés comme dans les autres pays de la région. La réponse sociale est identique à celle pratiquée depuis des décennies : on lâche du lest pour que la rue ne gronde pas. Avec 90 cas confirmés et 9 décès, c’est le pays le plus touché au Maghreb. Le mouvement du hirak s’est arrêté temporairement. On pouvait lire des graffitis expliquant que « le hirak reviendra après la fin des événements ». Civique et élégant.

Redoutant une expansion à laquelle leur système sanitaire fragile ne pourrait résister, les pays africains multiplient les mesures préventives.

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont adopté des mesures de restriction aux frontières et les cas se multiplient sur le continent. Le Bénin a enregistré lundi son premier cas de coronavirus, a annoncé à la presse le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin. Il s’agit d’un sujet de nationalité burkinabè, de sexe masculin, âgé de 49 ans, qui est rentré sur le territoire béninois le 12 mars 2020, a-t-il ajouté. L’homme avait quitté le Burkina Faso le 21 février 2020 pour séjourner en Belgique.

Comme ici au Kenya, les pays africains s’organisent  pour contenir le Covid-19.

Il est retourné au Burkina Faso le 4 mars et y est resté durant huit jours jusqu’au 12 mars 2020, date à laquelle il est rentré sur le territoire béninois par voie aérienne, a ajouté le ministre. « L’état clinique du patient est stable et rassurant, et il bénéficie d’une prise en charge adaptée », a-t-il ajouté, précisant que « les personnes ayant été en contact avec le sujet sont en cours d’identification au Bénin comme au Burkina Faso et feront l’objet d’un suivi rigoureux ».

  • Les autorités sanitaires tanzaniennes ont confirmé lundi le premier cas de Covid-19 dans le pays. Il s’agit d’une femme de 46 ans, qui est arrivée dimanche de Belgique par RwandAir après avoir visité la Suède et le Danemark, a déclaré la ministre de la Santé, Ummy Mwalimu, lors d’une conférence de presse dans la capitale commerciale, Dar es Salaam. Mme Mwalimu a précisé que la patiente avait quitté la Tanzanie le 3 mars et était revenue dans le pays le 15 mars.
  • La Banque centrale nigériane (CBN) a annoncé lundi la création d’un fonds de soutien à l’économie du pays le plus peuplé d’Afrique, durement impactée par les effets du coronavirus, ainsi que d’autres mesures de soutien au secteur de la santé. L’économie du Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, subit de plein fouet la chute des cours mondiaux du baril liée à la baisse de la demande chinoise et à la guerre des prix que se livrent l’Arabie saoudite et la Russie. Un fond de microfinance sera débloqué « à hauteur de 50 milliards de nairas (121 millions d’euros) pour les ménages et les micro et petites entreprises qui ont été particulièrement touchés par Covid-19, y compris, mais sans s’y limiter, les hôteliers, les prestataires de services aériens, les marchands de soins de santé », a déclaré le gouverneur de la CBN, Godwin Emefiele, au cours d’une conférence de presse à Abuja. Il a également annoncé une « aide au crédit pour l’industrie de la santé afin de répondre à l’augmentation potentielle de la demande de services et de produits de santé » en facilitant les conditions d’emprunt pour les entreprises pharmaceutiques, les hôpitaux et les praticiens désireux de développer leur activité ou leur offre de soins localement.
  • Le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) organisé chaque année à Abidjan par le célèbre groupe ivoirien Magic System, prévu à la mi-avril, a été reporté en raison du coronavirus, a annoncé lundi son promoteur, le leader du groupe Salif Traoré, dit A’Salfo. Dimanche, le gouvernement ivoirien a annoncé trois nouveaux cas, portant à quatre le nombre de personnes testées positives au coronavirus dans le pays.

Bien qu’elle soit, pour le moment, largement épargnée par l’épidémie de coronavirus qui submerge le reste de la planète, l’Afrique redoute le pire. De fait, elle s’efforce de retarder sa contagion en limitant et en isolant les cas « importés » d’Asie et d’Europe. Cela n’empêche pas que, lentement mais sûrement, le nouveau coronavirus fait son chemin aux quatre coins du continent. Ces 24 dernières heures, les premiers cas ont été signalés au Gabon, au Ghana, en Guinée, au Kenya, en Éthiopie et au Soudan. Selon l’OMS, l’épidémie de Covid-19 fait peser une menace inquiétante sur le continent en raison de la vulnérabilité de ses systèmes sanitaires. L’essentiel des efforts des autorités consiste donc à empêcher les contaminations locales à partir de ces patients. Cela dit, les experts internationaux estiment aujourd’hui que les pays africains ont tiré les leçons des récentes épidémies de fièvre hémorragique Ebola en République démocratique du Congo et en Guinée et sont désormais mieux préparés face au Covid-19. Parole d’experts, certes, mais seul le terrain dira si cela est vrai.

Si, selon un bilan officiel actualisé mercredi après-midi, 60 cas de coronavirus ont été détectés en Égypte et une personne est décédée, un touriste allemand de 60 ans, de nombreux soupçons pèsent sur la réalité des chiffres.

Le Maroc a annoncé samedi 14 mars la suspension des liaisons aériennes avec l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Portugal. Tous les rassemblements publics de plus de 50 personnes ont également été interdits. Lundi 16 mars, 28 cas de contamination par le Covid-19 étaient recensés dans le royaume, dont un ministre. Un décès a été enregistré en début de semaine, alors que le premier patient contaminé a été entièrement rétabli, selon les autorités sanitaires du pays. À ce jour, lundi 16 mars, toutes les liaisons avec l’international sont coupées. Parallèlement, un fonds spécial doté de 10 milliards de dirhams (934 millions d’euros) a été crée pour, selon le communiqué du cabinet royal prendre en charge « des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir, dans l’urgence ».

Le Premier ministre algérien Abdelaziz Djerad a ordonné la suspension temporaire à partir du 17 mars de toutes les liaisons aériennes et maritimes entre l’Algérie et la France pour tenter de contenir l’épidémie du nouveau coronavirus, ont indiqué dimanche ses services. Les Algériens constituent de loin la première communauté immigrée en France, l’un des pays les plus touchés par l’épidémie en Europe. Quatre décès ont été enregistrés jusqu’à présent en Algérie en raison du coronavirus, selon le ministère de la Santé. À ce jour, 48 cas de Covid-19 ont été confirmés. Un 49e cas – le premier cas recensé fin février – concernait un ressortissant italien rentré depuis en Italie.

Le nombre total de cas de contamination au Covid-19 en Tunisie est porté à 20 après la détection dimanche 15 mars de deux cas supplémentaires, a annoncé Nissaf Ben Alaya, directrice générale de l’Observatoire national des maladies émergentes, relevant du ministère tunisien de la Santé.

Autre pays : la Mauritanie. Son gouvernement a interdit, à partir de ce dimanche, « toutes les activités culturelles et artistiques » sur l’ensemble du territoire national pour limiter les rassemblements en prévention du Covid-19, a annoncé dimanche le ministère mauritanien de la Culture dans un communiqué. Un premier cas de contamination au Covid-19, actuellement sous traitement, a été confirmé le 13 mars en Mauritanie. La Mauritanie multiplie ses mesures de restriction dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus, notamment par la limitation des points d’accès au pays, la fermeture des établissements d’enseignement pendant une semaine et la soumission à des mesures d’isolement strictes de voyageurs en provenance de pays où sévit la pandémie.

Du côté du Soudan, le conseil des ministres a annoncé samedi dans un communiqué la fermeture des établissements scolaires pour un mois et l’interdiction des rassemblements publics dans le but de prévenir la propagation du nouveau coronavirus. Vendredi, le ministère soudanais de la Santé a annoncé le premier décès lié au nouveau coronavirus du pays.

Le Soudan du Sud a interdit jusqu’à nouvel ordre tous les vols en provenance des principaux pays touchés. Quant au Gabon, il a interdit son territoire aux voyageurs en provenance de Chine, puis de Corée du Sud et d’Italie.

Afrique de l’Ouest : Les autorités sanitaires sénégalaises dénombrent 26 cas confirmés dans le pays, dont 2 guéris et 24 sous traitement. Pour rappel, le chef d’État sénégalais Macky Sall a pris samedi la décision d’interdire toutes les manifestations publiques initialement prévues sur l’ensemble du territoire national pour une durée de trente jours. Il a par ailleurs ordonné la suspension des cours et des mesures de restriction fermes dans les postes frontaliers, les aéroports et les ports, avec la suspension temporaire de l’accueil de bateaux de croisière.

Le Ghana a annoncé dimanche la fermeture prochaine de ses frontières aux personnes arrivant des pays les plus touchés par la pandémie de coronavirus. L’interdiction concerne « tous ceux qui, au cours des 14 derniers jours, se sont trouvés dans un pays où au moins 200 cas ont été enregistrés », a indiqué le ministère de l’Information. Cette mesure entrera en vigueur mardi pour les étrangers. En ce qui concerne les citoyens ghanéens et les étrangers possédant le statut de résident, ils seront soumis après leur entrée au Ghana à une quarantaine obligatoire de quatorze jours chez eux. Cette décision survient alors que ce pays d’Afrique de l’Ouest a vu le nombre de cas de coronavirus recensés sur son territoire passer de deux à six.

Huit nouveaux cas de coronavirus ont été détectés au Burkina Faso, portant le nombre de personnes infectées à 15, cinq jours après l’annonce des 5 premiers cas dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest qui a décidé samedi la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités. La maladie est devenue une question de sécurité sanitaire, a déclaré samedi soir le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré.

Pas loin du Burkina, le Liberia a annoncé lundi son premier cas de contamination par le nouveau coronavirus. Il s’agit d’un officiel revenu de Suisse vendredi.

Comment éliminer le coronavirus sur sa peau

Le savon vient à bout du Covid-19

Mais comment se débarrasse-t-on vraiment de ce virus en se lavant les mains ? Une scientifique nous l’explique… 

Une fois à l’intérieur de notre organisme, le Covid-19 est difficile à combattre, alors ne le laissons pas entrer ! Nous pouvons nous protéger nous, nos proches et la population en général grâce à un geste simple : le lavage régulier des mains. Comment un geste aussi simple peut-il être efficace contre un virus si virulent ?

     Qu’est-ce qu’un virus ?

Un virus est un objet de taille nanométrique, d’environ 100 nanomètres de diamètre. Il est 100 fois plus petit qu’une cellule humaine et 1 million de fois plus petit qu’une balle de tennis. Cette nanoparticule se compose d’une enveloppe virale, formée d’une membrane lipidique (c’est-à-dire du gras) et de protéines, encapsulant une macromolécule codant le génome du virus.

Légende : Schéma d’un virus avec ses principales composantes chimiques : à l’intérieur, il y a le matériel génétique du virus. Il est enveloppé dans une membrane lipidique (grasse), composée de différentes protéines. Sur l’enveloppe de certains virus, des protéines en pointe, « Spike » en anglais, agissent comme des clefs pour ouvrir les portes de nos cellules, et permettre au virus de pénétrer à l’intérieur. © Lise Abiven/ DR

Comment le savon détruit-il les virus ?

Les principes actifs du savon sont des tensioactifs, des molécules qui peuvent être assimilées à des pieds-de-biche, utilisables à l’échelle nanométrique pour démanteler le virus. Ces molécules sont composées d’une partie qui aime l’eau et d’une autre qui aime les corps gras – on les qualifie d’amphiphiles (« amphi » veut dire « double » en grec). La membrane du virus est un corps gras, comme l’huile.

Tensioactif : une partie qui aime l’eau et les composés aqueux ; une partie qui aime le gras et les composés gras. © Lise Abiven / DR

La partie hydrophobe des tensioactifs contenus dans le savon s’accroche à la membrane du virus et, au moment du rinçage, la partie hydrophile est attirée par les molécules d’eau. La résultante des forces exercées sur le virus entraîne la rupture de sa membrane grasse, décomposant l’enveloppe, puis la molécule d’ARN. Le virus devient inactif et se décroche de la peau grâce à l’action des tensioactifs, du frottement des mains et du débit d’eau.

Action du savon sur un virus : les tensioactifs du savon se fixe sur l’enveloppe du virus et agissent comme des pieds-de-biche, déchirant la membrane, qui se disperse au rinçage. © Lise Abiven / DR

« Faites l’expérience suivante : versez un peu d’huile dans l’eau. Les deux corps ne se mélangent pas. Ajoutez maintenant du savon et agitez. Que se passe-t-il ? Des microgouttes d’huile se forment dans l’eau sous l’action du savon. On appelle ces particules des micelles. Sous cette forme, l’huile est soluble dans l’eau. »

Pourquoi le virus devient-il inactif après un lavage de mains avec du savon ?

Un virus n’est pas un organisme autonome : il a besoin d’une cellule hôte pour se reproduire. Le virus y rentre par le même principe qu’une clé dans une serrure. Les protéines S (pour Spike en anglais, signifiant pointe), présentes au niveau de l’enveloppe virale des coronavirus, se fixent à certains récepteurs cellulaires. Le virus est ensuite internalisé. Une fois à l’intérieur de la cellule, le « virus père » se divise en plusieurs « virus fils » qui iront à leur tour contaminer les cellules voisines. Le Covid-19 est un virus à ARN. Cela signifie que son génome est codé sous la forme d’ARN, pour acide ribonucléique. L’ARN, tout comme l’ADN, est composé d’une suite de briques chimiques appelées les nucléotides. Par rapport à un virus à ADN, le Covid-19 gagne du temps ! En effet, l’ARN permet la synthèse directe de protéines, alors que l’ADN doit être d’abord transcrit en ARN avant d’être traduit sous la forme de protéines.

Comment le virus pénètre dans une cellule et s’y multiplie. © Lise Abiven / DR

Il se passe le même phénomène que lorsque nous rendons l’huile soluble dans l’eau en ajoutant du savon. En conclusion, un lavage de mains au savon et à l’eau décompose le virus et le prive de sa capacité à pénétrer dans les cellules, le rendant inactif. Il débarrasse également la peau des fragments de virus comme il le fait pour toutes les autres matières grasses (saletés). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de se frotter les mains pendant vingt secondes pour une action efficace sur toute la surface des mains.

Et le gel hydroalcoolique ?

L’alcool en solution dans l’eau (de 60 à 90 % en volume) dénature certaines protéines de l’enveloppe virale, rendant le virus incapable d’entrer dans une cellule. Par contre, contrairement au savon qui « lave », le gel hydroalcoolique n’est pas efficace sur des mains sales. L’alcool est désactivé par la présence de matières grasses présentes en trop grande quantité sur la peau (souillures visibles). Le gel hydroalcoolique doit être utilisé sur une peau sèche, non souillée et sans blessures. Ainsi, l’OMS préconise un lavage de mains au savon et à l’eau lorsque nous sommes chez nous et l’utilisation du gel hydroalcoolique lors de nos déplacements pour les courses ou le travail.

Pourquoi le virus s’attache-t-il davantage à certaines surfaces qu’à d’autres ?

Une personne contaminée peut déposer des « gouttelettes » respiratoires, vecteurs du virus, sur une surface (plastique, métal, carton, peau humaine). Une personne non infectée qui touche cette surface peut contracter le virus si elle porte ensuite ses mains à sa bouche, son nez ou ses yeux. Une étude paruedans The New England Journal of Medicine au début du mois de mars 2020 indique que le Covid-19 peut être détecté jusqu’à vingt-quatre heures sur du carton et trois jours sur du plastique ou de l’acier inoxydable. Même si le virus reste vivant un certain temps sur une surface, très vite, il devient trop faible pour nous contaminer efficacement. Au bout de quelques heures, il n’est probablement plus actif.

L’adhérence des virus aux surfaces se fait principalement via des interactions hydrophobes et électrostatiques. Le virus a une affinité plus ou moins importante avec certains types de matériaux en fonction de ses propriétés physico-chimiques, par exemple la morphologie de son enveloppe ou sa « charge de surface » qui dicte les interactions électrostatiques. Pour l’instant, le lien entre les propriétés physico-chimiques des virus et la contribution des différentes forces d’interaction n’est pas encore bien établi, mais la physique des principales forces d’interaction en jeu est connue.

Les interactions hydrophobes sont fréquentes dans notre vie quotidienne : si vous déposez une goutte d’eau sur une table, elle n’est pas absorbée par la surface. Le revêtement de la table est hydrophobe et a donc une bonne affinité avec la membrane lipidique du virus.

Pour comprendre les interactions électrostatiques, il faut penser que les contraires s’attirent et que la matière est constituée d’atomes. Un atome est formé de particules élémentaires chargées positivement – les protons – et négativement – les électrons. D’une manière générale, la matière est neutre et tend à le rester. Cela signifie qu’elle comporte autant de charges positives que de charges négatives. Les interactions électrostatiques résultent d’un mouvement des électrons d’un corps vers un autre. Elles permettent à la matière de revenir à un état de neutralité lors d’un déséquilibre des charges. La composition chimique de l’enveloppe d’un virus peut lui conférer une charge de surface neutre, positive ou négative.

Interactions entre un virus et une surface : les interactions hydrophobes en rose ont lieu car le virus possède une membrane lipidique, c’est-à-dire grasse. Les interactions électrostatiques en noir dépendent des « charges de surface » du virus, et de la surface. © Lise Abiven / DR

Si cette charge est négative, le virus va avoir une bonne affinité avec les matériaux ayant une charge positive, c’est-à-dire pouvant présenter un défaut d’électrons en surface, comme le papier ou le nylon. Si la charge de surface du virus est positive, ce dernier sera attiré par des matériaux pouvant présenter un excès d’électrons en surface, comme certaines matières plastiques telles que le PVC ou le film Cellophane.

Le développement d’un vaccin contre le Covid-19 est un travail au long cours. Tous ensemble, nous commençons un marathon visant à ralentir sa propagation. En comprenant le virus, sa composition physico-chimique, ses mécanismes d’action et son mode de propagation, nous comprenons aussi les raisons qui rendent les gestes barrières efficaces pour nous protéger et protéger les autres. Mettons-nous dans la peau du virus et nous nous laverons les mains de la bonne manière et au bon moment.

*Lise Abiven est doctorante au laboratoire de chimie de la matière condensée de Paris (LCMCP) de l’université de la Sorbonne (Paris).