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Algérie : Les deux décrets Crémieux

Il a été pour les juifs civilement et humainement favorable.

En France, le 24 octobre commémore chaque année l’anniversaire de deux décrets, dits décrets Crémieux, du nom de leur initiateur et qui modifièrent considérablement la situation humaine en Afrique française du Nord.

Portrait d’Adolphe Crémieux en 1878 par Lecomte du Nouÿ (huile sur toile, musée d’Art et d’Histoire du judaïsme).Wikipedia

Jusqu’en 1830, l’Empire ottoman est présent dans le Nord de l’Afrique, à l’exception de l’empire chérifien (Maroc). Le territoire compris entre le sultanat du Maroc (à l’Ouest) et le beylicat de Tunisie (à l’Est) est divisé en trois deyrats.

Un dey à Oran, un autre en Alger, un dernier à Constantine. Les deyrats sont des représentations territoriales civiles, confessionnelles et militaires de la « sublime Porte ».

C’est en 1830 que la France chasse puis remplace l’administration ottomane dans les limites énoncées. Les trois deyrats deviennent trois départements français qui, en raison du toponyme français de la ville d’Alger prennent le nom de l’Algérie. L’Algérie française est née. Elle vivra jusqu’au départ de l’administration et des populations françaises en 1962. Elle laissera alors et à cette date la place à la république algérienne démocratique et populaire.

Les populations vivant en 1830 dans ces territoires comprennent des Espagnols, des Italiens, des Maltais, des Turcs, des Arabes, des Berbères, des Chrétiens, des Juifs et des Musulmans. La majorité musulmane côtoie des minorités juives et chrétiennes. Les Européens sont protégés par leurs consulats et les Turcs par leurs autorités civiles et militaires. Comme les autres minorités, les Juifs disposent du statut de dhimmi (protégé) pour lequel ils cotisent communautairement et solidairement. Ce statut leur assure en théorie protection civile et militaire. C’est en réalité une population juive doublement asservie aux cheikhs arabo-berbères et aux deys ottomans que la France trouve en 1830 sur ces territoires. C’est cette situation qui provoque l’indignation du sénateur français de confession juive Adolphe Crémieux.

Décret 136

Décret Crémieux N° 136 Photocopie du Bulletin des Lois de la République Française. Wikipedia

Au nom des principes républicains des droits de l’Homme et du citoyen, ce dernier propose alors à la Nation française d’extraire la population juive du double asservissement qu’elle subit de la part des cheikhs, aghas, bashagas (propriétaires des terres et des humains), d’ autres chefs locaux arabe-berbères et de l’administration ottomane. Il obtient de lui faire bénéficier des droits afférents à la nationalité et à la citoyenneté françaises. Quarante ans après la création de l’Algérie française, le sénateur de Tours réussit à faire adopter le décret numéro 136 daté du 24 octobre 1870 portant naturalisation des « Israélites indigènes » résidant en Algérie. Il est ainsi mis fin à leurs statuts réels et personnels de coutume arabe-berbère et de Droit ottoman (megella). Ces statuts consistaient en une double série d’humiliations et de ségrégations communautaires et personnelles imposée par les potentats locaux et les deys ottomans.

Le décret 136 portant naturalisation collective des « israélites indigènes » dans la nouvelle Algérie garantissait l’émancipation des Juifs quarante ans après l’arrivée des Français. Il leur a été civilement et humainement favorable.

Il a contribué à la perte progressive et à la périphérisation de leurs cultures et de leurs coutumes au profit de celles de leurs coréligionnaires de France métropolitaine.

A la colonisation française de l’Algérie nouvellement créée correspondait la colonisation du judaïsme « algérien » par le judaïsme français. La reconnaissance des Juifs d’Algérie envers la France était alors immense. Cette France qui les avait libéré du double servage qu’ils subissaient des cheiks locaux et des Ottomans poussa les Juifs d’Algérie à adopter les nouvelles règles de la France républicaine et de l’organisation consistoriale du Judaïsme français.

Décret 137

Décret Crémieux N° 137 Photocopie du Bulletin des Lois de la République Française. Wikipedia

Le second décret dit Crémieux porte le numéro 137 et concerne les « Indigènes musulmans et les étrangers » résidant en Algérie. Il leur propose les mêmes dispositions que celles du décret précédent mais les soumet à deux conditions. La première consiste à solliciter personnellement l’application du décret. La seconde à attendre la majorité civile de vingt – et – un an pour en faire la demande. Très peu de demandeurs se sont manifestés. Une situation sécuritaire différente de celles des Juifs, des conditions difficiles d’accès au décret et l’absence d’automaticité en sont les principales raisons.

Ainsi désunies par l’Histoire et l’administration, les Juifs et les Musulmans vont se retrouver l’espace occupé entre 1940 et 1943 par les dispositions adoptées par le régime de fait et de collaboration avec l’ennemi dit régime de Vichy. Le « chef de l’Etat français » Philippe Pétain et le «président» du «gouvernement» Pierre Laval retirent la citoyenneté française à ses détenteurs juifs résidant en Algérie, au Maroc et en Tunisie qui allait elle subir un temps le régime hitlérien. Ils leur restituent leur status quo ante. Les Juifs sont ainsi «rétrogradés» au statut de l’indigénat qui, mesures antisémites en plus du « statut des Juifs » , les rapprochent de celui des « indigènes musulmans ». Ils attendront 1943, un an après la libération de l’Algérie pour recouvrer avec la légalité républicaine leur citoyenneté française. Les Musulmans verront leur statut quelque peu amélioré en Droit sinon en fait à compter de leur soulèvement jusqu’à l’indépendance en 1962.

Tels sont les natures et les effets de ces deux décrets Crémieux qui conduiront les Juifs à l’égalité républicaine, au changement culturel et au rapatriement en métropole en 1962 et les Musulmans à l’inégalité du « deuxième collège » (sujets de Droit) puis à l’indépendance de leur nation.

En Algérie le nombre de contaminations et de morts explose

La situation sanitaire s’est sérieusement détériorée dans le pays,

Au point de faire passer le reconfinement partiel décidé cette semaine pour tardif. Par , à Alger

Officiellement, le pays a recense 910 nouveaux cas en 24 heures, lundi soir, et 14 deces, mais il ne s'agit que des statistiques de l'institut de reference, l'Institut Pasteur d'Alger.
Officiellement, le pays a recensé 910 nouveaux cas en 24 heures, lundi soir, et 14 décès, mais il ne s’agit que des statistiques de l’institut de référence, l’Institut Pasteur d’Alger. © Billal Bensalem / NurPhoto / NurPhoto via AFP

« Nous sommes quarante millions sur le radeau de la Méduse », résume, dépitée, Inès, pharmacienne dans la banlieue ouest d’Alger, pour évoquer la situation pandémique en Algérie, de plus en plus inquiétante. « Avant, en mars-avril [2020], on entendait parler de morts, aujourd’hui, ce sont des gens que je connais qui décèdent », poursuit-elle. Elle montre sur l’écran de son téléphone en scrollant sur son fil d’actualité Facebook le défilé des condoléances et des annonces funèbres. « Je n’ose plus ouvrir Facebook : chaque fois, je tombe sur des dizaines de condoléances, c’est l’hécatombe. » Plus à l’est, du côté du cimetière El Alia, l’un des plus grands du pays, les carrés des tombes fraîches s’étendent au rythme des enterrements. « Je viens enterrer ma mère, décédée du cancer, mais j’ai arrêté de la pleurer en voyant quatre ambulances arrivées en même temps, des cercueils scellés portés par des brancardiers en combinaison… » témoigne Ahmed, la quarantaine, croisé à la sortie du cimetière. « Je relativise, car moi, ma mère est partie dans mes bras, alors que tous ces malheureux n’avaient pas la chance d’être entourés par leurs proches, c’est horrible, que Dieu leur vienne en aide », poursuit-il, ému.

Dialogue de sourd entre les jeunes et Sarah El Haïry,

« Cette jeunesse n’était pas franchement « représentative » de la jeunesse française », dira-t-elle !

À Poitiers, dialogue de sourd entre les jeunes et Sarah El Haïry, leur secrétaire d’État

Sarah El Hairy, secretaire d’État à la Jeunesse et à l’Engagement, a rencontré 130 jeunes venus de toute la France, le 22 octobre. • MARTA NASCIMENTO

Une centaine de jeunes ont eu l’occasion de rencon-trer la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry, à l’issue de leur rencontre nationale autour de la question des religions dans la société, organisée par la Fédération des centres sociaux, à Poitiers, le 22 octobre. Sarah El Haïry n’a pas réussi à établir le dialogue qu’espéraient les jeunes. Par Laurent Grzybowski.

C’est ce qu’on appelle un rendez-vous manqué. Après trois jours d’échanges et de débats intenses, sur le thème de « La place des religions dans la société », les 130 adolescents venus de toute la France, rassemblés du 20 au 22 octobre au lycée Isaac de l’Étoile, à Poitiers – à l’initiative de la Fédération des centres sociaux –, espéraient engager un dialogue de fond avec Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement. Celle-ci était venue tout exprès de Paris pour les rencontrer à l’issue de leurs travaux et pour écouter ce qu’ils avaient à lui dire.

Un rendez-vous d’autant plus opportun qu’il intervenait quelques jours après l’attentat terroriste contre Samuel Paty, ce professeur d’histoire assassiné par un fanatique religieux devant son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). De quoi donner un certain relief à cette rencontre prévue de longue date. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Trop peu d’enseignement sur les religions

Tout avait pourtant bien commencé.Réunis dans le gymnase du lycée, des porte-parole désignés par leurs camarades ont commencé à dresser un état des lieux. « On est partis de notre propre vécu, de nos expériences personnelles dans différentes situations, le lycée, la rue, le travail ou la formation, et on s’est rendu compte que nous vivions des choses similaires, des discriminations, par rapport à notre couleur de peau, notre origine, notre orientation sexuelle ou notre religion », raconte l’une d’entre eux, Tina, 17 ans, élève en classe de terminale.

Il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine !
 Sarah El Haïry, secrétaire d’État

Les paroles prononcées sont directes et sans filtre. Mais au moment où l’un des adolescents évoque « les violences policières » et les contrôle au faciès dont certains s’estiment victimes, la ministre se lève d’un bond, n’hésitant pas à l’interrompre pour lui expliquer qu’« il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine ! ». Malaise dans la salle.

On sait que les religions et la laïcité sont au programme, mais c’est trop court, inefficace, et les discours sont souvent maladroits.
 Émilie, 16 ans, élève de seconde

Puis, c’est au tour d’Émilie, 16 ans, élève de seconde dans un lycée toulousain, d’apporter son témoignage. « Nous avons constaté que, dans la société, nous manquions d’espaces pour pouvoir parler des religions, en débattre, pour pouvoir mieux les connaître. Même au lycée, on aborde rarement ce sujet. On sait que les religions et la laïcité sont au programme, mais c’est trop court, inefficace, et les discours sont souvent maladroits. On fait souvent face à des représentations, à des jugements sommaires. Ici, c’est la première fois de ma vie que je peux parler librement de ma religion et que je ne me sens pas jugée. Ce n’est pas parce qu’on est chrétien ou musulman qu’on représente une menace pour la société. Pour moi, la diversité est une chance. »

Absence d’unanimité

« Quand j’ai expliqué à mon prof d’histoire que j’étais musulmane, il m’a tout de suite agressée », poursuit Farah, 16 ans, élève en seconde, encore choquée d’avoir été prise à partie par son enseignant. « Il a cherché à convaincre les musulmans de la classe que Dieu n’existait pas, que c’était prouvé par la science. Moi, je n’impose rien à personne, pourquoi est-ce que lui m’imposerait sa vision ? J’ai failli porter plainte. Je crois à la liberté d’expression, mais j’ai le sentiment qu’on n’est pas tous libres de la même manière : lorsqu’il s’agit d’exprimer un propos athée ou critiquant les religions, la parole est totalement ouverte et c’est très bien ! Mais lorsqu’il s’agit de dire qu’on aime la religion ou qu’on est croyant, la parole est étouffée. On peut même se retrouver rejeté ou montré du doigt. Pourtant, la liberté d’expression devrait être la même pour tous. D’accord pour l’expression publique du blasphème à l’école, mais alors il faudrait aussi respecter l’expression publique de la foi. »

« Mais qu’est-ce que c’est que ce catéchisme qu’elle vient nous débiter ? »
 Un jeune en aparté

« Je ne peux pas laisser dire ça ! », répond Sarah El Haïry, s’emparant aussitôt du micro. La secrétaire d’État se lance alors dans un cours d’éducation civique et morale autour de la loi de 1905 : « La République protège ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Elle apprend aux jeunes à être des citoyens libres. Dans notre pays, c’est la liberté, l’égalité et la fraternité, en tout temps et en tout lieu. Notre jeunesse doit faire vibrer les valeurs républicaines partout. De la même manière que la police nous protège, l’école nous instruit. » Des propos loin de faire l’unanimité parmi les adolescents, incrédules, qui ont l’impression de ne pas être entendus. « Mais qu’est-ce que c’est que ce catéchisme qu’elle vient nous débiter ? », souffle discrètement l’un d’entre eux.

La laïcité protège-t-elle les mineurs ?

« Je connais des personnes croyantes qui subissent de nombreuses discriminations autour de moi, à cause de leur religion, parce qu’elles portent un signe religieux ou parce qu’elles respectent des règles alimentaires, commente Tina en aparté. Moi, comme athée, je n’ai jamais été discriminée. C’est pour ça que je veux défendre mes copines croyantes parce qu’elles n’ont pas toujours les moyens de se défendre elles-mêmes. Même si c’est très intime, les croyances, c’est important d’en parler. D’ailleurs, si on parlait davantage au lycée, je pense qu’il y aurait moins de violence et moins de haine. En tout cas, ici, j’ai appris plein de choses. »

« Les adultes croient qu’on se hait entre nous parce qu’on est différents, mais c’est tout le contraire », s’insurge Laounia, 17 ans, élève en classe de première, à Périgueux. « Ce sont les adultes qui se haïssent entre eux, pas nous. Nous, on a tous envie de se connaître d’une culture à l’autre. Pour les profs, je comprends que ça puisse être délicat. Du coup, il faudrait que des personnes extérieures interviennent dans les collèges ou dans les lycées pour venir nous parler de leur religion. »

Les religions n’ont pas leur place à l’école, un point c’est tout. Vous êtes des mineurs, la laïcité est là pour vous protéger ! 
Sarah El Haïry, secrétaire d’État

Des témoignages difficiles à entendre par la secrétaire d’État qui semble désormais sur la défensive. « L’école est un lieu vibrant de la construction libre, un sanctuaire de la République, hors de l’espace et du temps », répète-t-elle à plusieurs reprises, de manière quasi incantatoire, refusant énergiquement l’idée d’un enseignement du fait religieux à l’école et ne cessant de renvoyer les jeunes dans leurs cordes. « Les religions n’ont pas leur place à l’école, un point c’est tout. Vous êtes des mineurs, la laïcité est là pour vous protéger ! »

J’ai plus le sentiment d’être brimée que d’être protégée. Plusieurs de mes copines se sont fait cracher dessus ou ont été traitées de terroristes parce qu’elles avaient le malheur de porter un foulard.
Jawan, 15 ans, musulmane

« Mais nous protéger de quoi ? », s’interroge Jawan, 15 ans, élève en classe de seconde à Poitiers, qui ne comprend pas pourquoi elle n’a pas le droit de porter le voile au lycée. « J’ai plus le sentiment d’être brimée que d’être protégée », poursuit cette jeune fille musulmane qui dit en avoir marre d’être tout le temps considérée « comme une mineure irresponsable », incapable de penser par elle-même. Marre aussi des stéréotypes et des amalgames dont sont victimes beaucoup de ses camarades. « J’ai plusieurs copines qui se sont fait cracher dessus ou ont été traitées de terroristes parce qu’elles avaient le malheur de porter un foulard. »

Neutralité de l’école publique

« Le problème vient aussi des médias », enchaîne Diego, 16 ans, chargé avec d’autres délégués de formuler quelques propositions concrètes pour combattre les discriminations dont ils se sentent victimes. « Nous attendons des journalistes qu’ils proposent de l’information et pas de l’opinion ou des jugements, explique le lycéen. Nous voudrions qu’ils soient sanctionnés quand ils stigmatisent au lieu de protéger et d’informer. Qu’ils arrêtent de parler à la place des uns et des autres et qu’ils donnent la parole aux personnes concernées, comme les femmes voilées. On ne les entend jamais. Nous voudrions aussi que les signes religieux soient acceptés au lycée. »

Une idée rejetée avec force par Sarah El Haïry, qui rappelle le devoir de neutralité de l’école publique : « Le voile, vous pourrez le porter à l’université quand vous serez majeures, mais pas maintenant ! Le lycée est un espace sacré. Ce sanctuaire républicain est un lieu vibrant hors du temps et de l’espace dont le but est de vous aider à vous construire et à devenir des citoyens libres et éclairés. Vous devez avoir le sentiment d’appartenir à la communauté républicaine », a affirmé la représentante de l’exécutif avant de tenter de faire chanter l’hymne national à l’assemblée, sous le regard interloqué des participants.

Une Marseillaise finalement peu reprise par le public et par les élus présents. « C’est quoi cette histoire de Marseillaise ?, s’emporte Carla, 15 ans. Quel rapport avec nos échanges ? La ministre a totalement minimisé les discriminations que nous subissons et au lieu de répondre à nos propositions s’est contentée de nous faire reprendre un chant chargé de violence. J’y vois une marque de mépris. »

Trois jours dans le respect des différences

Malgré l’étonnante maturité dont ils ont fait preuve dans leurs échanges, occupés à faire entendre la voix des jeunes, ni Carla ni ses camarades n’ont établi spontanément de lien entre leur réflexion sur les religions à l’école et l’assassinat de Samuel Paty. « Il s’agit d’un acte ignoble », confie la jeune Émilie, estimant que « ce drame confirme qu’il faut vraiment parler des religions à l’école et casser les tabous ». Un avis largement répandu parmi ces jeunes issus des quartiers populaires réunis durant ces trois jours à Poitiers.

Ce qu’on a vécu durant ces trois jours montre qu’on peut débattre entre nous, avoir des opinions différentes, et qu’on peut le faire dans le respect des uns et des autres.
Jade, engagée dans une épicerie solidaire

Comme la plupart des participants, Jade — engagée dans une épicerie solidaireliée au centre socio-culturel de Buxerolles, dans la périphérie de Poitiers – s’est dite « déçue par l’attitude fermée » de la secrétaire d’État. « Ce qu’on a vécu durant ces trois jours montre qu’on peut débattre entre nous, avoir des opinions différentes, et qu’on peut le faire dans le respect des uns et des autres, nous a-t-elle confié à l’issue de la rencontre. Du coup, je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas été écoutés. Nos propositions s’adressent aux adultes, aux élus et aux pouvoirs publics. Nous ne pouvons pas agir sans eux, mais ils ne peuvent pas non plus agir sans nous. »

Le message sera-t-il entendu par la secrétaire d’État chargée la Jeunesse et de l’Engagement ? Lorsqu’on voit comment celle-ci s’est empressée de quitter les lieux, après avoir expliqué – très énervée – aux journalistes présents à l’extérieur de la salle que cette jeunesse n’était pas franchement « représentative » de la jeunesse française, rien n’est moins sûr.

Les centres sociaux, un formidable maillage territorial

Partout, en France, les centres sociaux sont des structures de proximité qui animent le débat démocratique, accompagnent des mobilisations et des projets d’habitants de toutes générations pour construire de meilleures conditions de vie. Ils proposent des activités sociales, éducatives, culturelles, familiales pour répondre aux besoins du terrain. Les 1250 centres sociaux qui couvrent le territoire, notamment dans les quartiers populaires et dans les zones rurales ou périurbaines, sont réunis au sein de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FSCF). Créée en 1922 et reconnue d’utilité publique en 1931, au titre de l’éducation populaire, cette fédération a constitué un réseau national de jeunes, avec les milliers de collégiens et de lycéens qui fréquentent ses centres. Son objectif : encourager la prise de responsabilité de tous pour faire vivre la démocratie participative et donner à chacun son pouvoir d’agir.

 

A Angers, division sur la cession de la mosquée au Maroc

En échange d’un transfert de propriété

Il manque 4,5 millions d’euros pour terminer l’édifice en construction. Les pouvoirs publics sont pris de court et la communauté musulmane est divisée.

Le sujet tombe à pic alors qu’Emmanuel Macron doit prononcer, vendredi 2 octobre, un discours sur son plan de lutte contre les « séparatismes ». A Angers, l’Association des musulmans a voté, le 25 septembre, la cession à titre gratuit de sa mosquée en construction au ministère des habous et des affaires islamiques du royaume du Maroc.

L’information, révélée par Le Courrier de l’Ouest, a provoqué la sidération d’une partie de la communauté musulmane, originaire d’Algérie, de Tunisie ou des pays subsahariens, qui s’inquiète de la mainmise de l’Etat marocain sur leur mosquée, alors que les fidèles ont déjà versé 2,3 millions d’euros pour sa construction. Dans les rangs de l’extrême droite aussi, la nouvelle fait réagir. L’eurodéputé Rassemblement national Gilbert Collard dénonce « un abandon de territoire, une pure folie ».

« On ne va quand même pas se gêner »

L’édifice, qui porte le nom d’Abou Bakr Essedik (un compagnon du prophète Mahomet), est en chantier depuis octobre 2016 sur les hauteurs de la ville. Le projet, attendu depuis trente ans par la communauté, est ambitieux. La future mosquée s’étend sur 2 200 m2 et pourra accueillir jusqu’à 2 435 fidèles, ce qui en ferait l’une des quatre plus grandes de l’Hexagone.

Quatre ans plus tard, les murs sont montés et le bâtiment est désormais hors d’eau. Mais le chantier avance au ralenti, car les rentrées financières se tarissent. Les soubresauts qui agitent l’Association des musulmans d’Angers (AMA) n’y sont certainement pas étrangers : entre soupçons de détournements de fonds et querelles d’ego, tout cela n’incite guère les donateurs à garnir l’escarcelle.

Selon l’actuel président, il faudrait encore 4,5 millions d’euros pour mener le chantier à son terme. « Avec les 150 000 à 200 000 euros qu’on collecte chaque année, on en a encore pour quinze ou vingt ans », lance Mohamed Briwa. Avec l’argent marocain, pense-t-il, un an et demi suffirait pour boucler l’affaire.

Le Maroc a accepté de financer la construction de la grande mosquée en échange d’un transfert de propriété. Une cession qui révulse les anciens présidents de l’Association des musulmans d’Angers. Par

« C’est la plus grande trahison qu’on ait connue. La communauté musulmane d’Angers, c’est 14 natio-nalités différentes. Notre patrimoine est angevin et il doit le rester. » Salah Chaffoui fut le premier président de l’Association des musulmans d’Angers, en septembre 1980. Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui s’opposent à la cession de la grande mosquée en construction au ministère des habous et des affaires islamiques du royaume marocain. Pour faire entendre leur voix, le collectif des anciens présidents a décidé, ce vendredi 23 octobre, de perturber la grande prière du vendredi. Plantés devant l’entrée de cette mosquée aménagée il y a vingt ans dans d’anciens abattoirs, ils ont brandi des banderoles et tenté de mobiliser les croyants.

Le chantier de la future mosquée, dont la construction a déjà englouti 2,3 millions d’euros depuis 2016, avance au ralenti et les dons des fidèles se raréfient à mesure que le doute grandit sur leur destination. Le président de l’association, Mohamed Briwa, était donc ravi d’annoncer fin août que le Royaume du Maroc acceptait de financer les 4,5 millions d’euros manquants, en échange d’un transfert de propriété.

Un casse-tête

C’était sans compter sur la fronde des anciens que cette cession révulse. Ils estiment de leur côté qu’un million d’euros suffirait pour terminer l’édifice et s’inquiètent de perdre le contrôle de la mosquée dont ils rêvent depuis quarante ans. « Avant de construire des murs, il faut construire des cœurs pour un islam modéré, avec un vrai imam qui dialogue en français. Sinon, les jeunes, ils vont voir sur Google et ils tombent sur des prédicateurs daechiens », prévient Salah Achbani. « Cette cession, c’est du gagnant-gagnant, une occasion unique pour les musulmans d’Angers », répond Mokhtar Hédia, le porte-parole de l’association. « Le Maroc n’est pas un pays fantôme, le royaume entretient d’étroites relations avec la France et respecte la laïcité. Et puis, là où il intervient, il n’y a plus de querelles », ajoute Mohamed Briwa.

En ce jour de prière, les fidèles ont posé leur tapis où ils peuvent : la salle actuelle est bien trop petite pour les accueillir. Certains sont à genoux sur les pelouses, d’autres sur le parking, même le centre culturel attenant sert de salle de prière provisoire. Une télévision y diffuse en direct le prêche de l’imam, qui salue la mémoire de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie assassiné une semaine plus tôt par un fanatique islamiste. « On est entre 1 500 et 1 700 pour la prière du vendredi, il y a urgence. Dans toutes les villes, vous trouvez de belles mosquées. Ici, ça traîne, ça traîne, tout ça pour des querelles de personnes », tacle Mohamed Briwa.

Pour les élus d’Angers, cette situation est un casse-tête, mais ils ont trouvé une parade : ils contrôlent la zone où la nouvelle mosquée est en construction et peuvent refuser toute cession tant que l’édifice n’est pas achevé. Ils devraient se prononcer publiquement lundi soir, lors d’un conseil municipal. Et il ne fait guère de doute qu’ils aimeraient gagner un peu de temps pour faire tomber la pression.

Depuis la Grande Mosquée de Paris, une nouvelle fronde contre le CFCM

 «Nous nourrissons tous les mêmes objectifs, sans doute ; certainement pas les mêmes intérêts ».

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) est régulièrement en proie aux dissensions. L’initiative du 2 novembre à la Grande Mosquée de Paris, organisée hors du cadre de l’instance représentative du culte musulman, dans un contexte où elle est mise sous pression par le gouvernement pour avancer concrètement dans les dossiers afférents à la lutte contre la radicalisation et à la structuration de l’islam de France, en vient de nouveau faire la démonstration.

Des dissensions traversent à nouveau le Conseil français du culte musulman (CFCM)

Des fédérations musulmanes et des mosquées ont signé, lundi 2 novembre, une déclaration visant à dénoncer fermement les attaques visant la France face à la vague de colère qui traverse des pays musulmans, principalement autour de la position prési-dentielle sur les caricatures. Ce soutien moral, affirmé auprès de l’Etat deux jours après la diffusion de l’interview d’Emmanuel Macron sur Al Jazeera, n’est pas le fait du Conseil français du culte musulman (CFCM). Et pour cause : elle n’a pas été associée à la démarche initiée par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, qui cueillent les lauriers institutionnels/médiatiques. Depuis la Grande Mosquée de Paris, une nouvelle fronde contre le CFCM s’organise de cette parole forte avec ses alliés figurant parmi les signataires, à commencer par le Rassemblement des Musulmans de France (RMF) d’Anouar Kbibech.

L’initiative cache en réalité très mal les dissensions qui traversent à nouveau le Conseil français du culte musulman (CFCM) ces dernières semaines. Parmi les absents, on note déjà celle du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et la Confédération islamique Milli Gorus (CIMG), ainsi que Musulmans de France (MF).

Ces trois fédérations nous affirment ne pas avoir été invitées à se joindre à l’initiative. Trop « islamistes » pour les uns, trop « turques » pour les autres, nous dit-on en coulisses : autant dire trop radioactives en ce moment pour les solliciter dans une démarche qui, par ailleurs, constitue une attaque à peine voilée contre la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. « Nous n’avons pas à être des têtes de Turcs », fustige Ibrahim Alci, président du CCMTF.

Mais celui qui a le plus brillé par son absence à la GMP est bel et bien Mohammed Moussaoui, l’actuel dirigeant du CFCM qui préside l’Union des mosquées de France (UMF). Interrogé sur ce point, Chems-Eddine Hafiz a indiqué avoir « personnellement » contacté Mohammed Moussaoui à rejoindre le collectif, sans retour. Le recteur a « déploré » son absence mais il a réfuté devant la presse l’idée d’une « scission » au sein du CFCM, indiquant que cette démarche n’entre « pas en concurrence » avec celles qui pourraient émaner de l’instance dont il est le vice-président. Pourtant, c’est toute autre chose qui saute aux yeux de tout bon connaisseur du dossier.

« Une dynamique est née » face au CFCM

« Cette démarche n’est pas une fin en soi mais le début d’une dynamique et ceux qui se sont retrouvés spontanément sur proposition du recteur de la Grande Mosquée de Paris (…) ont pris l’engagement entre eux de passer à l’action dès la semaine prochaine », a lâché Anouar Kbibech. Elaboration de contre-discours républicains, formation des cadres religieux ou encore financement du culte, « un certain nombre d’actions circulent entre nous », a-t-il avancé.

« Une dynamique est née le 2 novembre 2020, un mois jour pour jour après le discours du président de la République aux Mureaux sur la lutte contre les séparatismes. Vous verrez dans les prochaines semaines et les prochains mois des actions concrètes qui vont émerger de ce groupe de travail, qui a vocation à s’élargir et à intégrer ceux qui ne sont pas forcément autour de la table aujourd’hui », a-t-il fait savoir. Anouar Kbibech et Chems-Eddine Hafiz semblent ainsi bien enterrer le CFCM comme cadre à partir duquel des actions concourant à la lutte contre la radicalisation et à une meilleure structuration du culte musulman en France peuvent être menées.

Mohammed Moussaoui, entre « incompréhensions » et « regrets »

« On ne peut pas dire raisonnablement que j’ai été invité et que je n’ai pas voulu y aller », déclare auprès de Saphirnews Mohammed Moussaoui. S’il admet avoir été contacté « par sms » vendredi 30 octobre « en (sa) qualité de président de l’UMF et non du CFCM » pour l’informer de la démarche, il affirme ne pas avoir reçu copie du document.

Plus encore, Mohammed Moussaoui juge l’initiative de la GMP « incompréhensible » d’autant qu’elle a été organisée après la décision de Chems-Eddine Hafiz de s’absenter, « sans aucune explication », aux deux réunions de travail dédiées à la formation des cadres religieux et la prévention de la radicalisation samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre (voir encadré). Ces rendez-vous, auxquels « les fédérations non membres du bureau ont été invitées à participer » (en référence au RMF, absent également), ont été décidés à la GMP, après une réunion du bureau qui a suivi l’hommage des représentants musulmans à Conflans-Sainte-Honorine. « Le fait de rompre cette dynamique de cette manière-là n’est pas un service à rendre à l’islam de France », estime-t-il.

Le président du CFCM regrette aussi une initiative « non posée dans le cadre des réunions du CFCM » qui ne vise qu’à « diviser les initiatives » dans la mesure où « nous nourrissons tous les mêmes objectifs ». Les mêmes objectifs, sans doute ; mais, disons-le, certainement pas les mêmes intérêts, ce qui vient expliquer aussi les blocages sur divers dossiers comme la formation des imams ou l’association du financement du culte musulman avec l’AMIF.

L’envie de se distinguer… et plus encore

La Grande Mosquée de Paris, qui fut longtemps la seule interlocutrice de l’Etat, a dû composer avec l’émergence du CFCM en 2003. Sous la direction de Chems-Eddine Hafiz depuis janvier dernier, elle fait preuve d’un grand activisme pour réaffirmer son leadership sur la scène de l’islam de France et apparaître comme le chef de file musulman le plus crédible dans la lutte contre l’islamisme radical. Voulant chasser l’ombre que fait porter le CFCM sur la GMP et ainsi retrouver pour son institution la place privilégiée qu’il estime être la sienne auprès des pouvoirs publics, Chems-Eddine Hafiz multiplie les rencontres et les actions. L’une des plus remarquées récemment : la rencontre de Gérard Darmanin à la GMP en septembre pour parler du projet de loi contre les séparatismes. Un épisode qui avait passablement irrité des membres du CFCM.

La GMP « veut être sur le même pied égalité que le CFCM, voire même plus encore, et chaque initiative prise par le CFCM est vécue comme une manière de marginaliser la GMP », déclare une source proche du dossier. Du moins tant qu’elle n’est pas à la présidence du CFCM, ce qui n’est prévue qu’en 2022.

Du côté du RMF, son exclusion du bureau du CFCM après la victoire de Mohammed Moussaoui aux élections du CFCM a été vécue comme un affront. Anouar Kbibech est bien décidé à ne pas renforcer le CFCM sous la présidence de son rival et peut désormais compter sur la GMP.

Face à cette situation, il est invoqué en coulisses la responsabilité de Mohammed Moussaoui. L’homme, qui avait lui-même mené une fronde contre le CFCM avant sa victoire aux élections autour du projet de réforme, est décrit par un connaisseur du dossier comme un homme « très compétent » mais qui « ne sait pas travailler en équipe ».

Avancer concrètement sur les dossiers de l’islam de France tout en maintenant l’union au CFCM : deux impératifs qui semblent inconciliables au regard de l’histoire de l’instance, jalonnée de crises internes.

Les positions tranchées de la Grande Mosquée de Lyon

.Alors peut-on imaginer une structuration de la dynamique annoncée le 2 novembre ? Kamel Kabtane, pourfendeur de longue date du CFCM, s’y montre favorable. « Faut-il absolument qu’on ait une seule structure qui soit celle que l’on a aujourd’hui (le CFCM, ndlr), qui est imparfaite et qui a montré ses limites ? », s’interroge le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, qui ne mâche pas ses mots auprès de Saphirnews.

Pour lui, « il est temps de sortir de cette situation et de construire un organe plus efficient » qui puisse prendre en compte les aspirations de la base. S’il salue la prise de distance apparente de plusieurs fédérations vis-à-vis d’un CFCM « incapable d’évoluer », il estime que l’émergence d’une nouvelle « dynamique républicaine » devrait se faire « dans un souci d’avancer et non de régler ses comptes ».

L’initiative du 2 novembre, présentée comme « spontanée » à la GMP, s’inscrit en réalité dans une volonté inavouée pour l’heure par le collectif de se créer l’étoffe d’un interlocuteur crédible pour l’Etat, de sorte à fragiliser, voire même à paralyser, de nouveau le CFCM en tant qu’institution. Un coup qui tombe plutôt mal face à la pression qui est mise sur l’instance par le gouvernement pour obtenir des avancées concrètes sur les dossiers afférents à l’islam de France et à la lutte contre l’extrémisme religieux.

*Contactés par Saphirnews, Chems-Eddine Hafiz et Anouar Kbibech n’ont pas répondu à nos sollicitations.

« Former les cadres religieux de France et lutter contre la radicalisation, une priorité de l’islam de France » qu’a souhaité afficher le CFCM à l’issue de deux réunions de travail organisées samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre.

S’agissant de la formation des imams, l’instance a indiqué dans un communiqué « la volonté et la possibilité réelle de trouver un accord sur un cursus commun de formation » qui aura « pour finalité de former les cadres religieux de France en charge de promouvoir, d’une même voix, un islam en France pleinement ancré dans la République ». Quant à la prévention contre la radicalisation, le CFCM déclare vouloir « mener un travail théologique sur les concepts dévoyés de la religion musulmane pour mieux dénoncer leur instrumentalisation par les courants extrémistes » et « de certaines traditions qui dénaturent la pratique religieuse authentique ».

« Partant du constat que les radicalisés, souvent en rupture avec les institutions religieuses, le deviennent essentiellement à travers internet et les réseaux sociaux. Les responsables musulmans doivent s’adapter à cette situation et faire appel davantage aux techniques de communication spécifiques aux jeunes », signifie le CFCM, qui évoque l’idée de créer « des unités chargées de déconstruire le discours extrémiste en associant les imams, les aumôniers et les éducateurs » ainsi que « des conseils religieux aux niveaux local et national » pour « renforcer l’action collective des cadres religieux et donner plus de force à leur parole ».

Face au terrorisme « qui nous touche dans nos chaires par ses manifestations meurtrières et abjectes, nous devons redoubler d’efforts pour le combattre en y associant toutes les forces vives de notre pays ». A commencer par les fédérations musulmanes qui doivent chacune dépasser les querelles de minarets qui minent depuis trop longtemps l’organisation du culte musulman, au détriment d’abord de l’intérêt des musulmans de France.

Algérie : la Constitution, entre le « halal » et le boycott massif

Le taux record de l’abstention est considéré comme un désaveu des Algériens

Dans un des coins de rue d’Alger centre saturés de présence policière, le débat se déclenche entre un retraité et un jeune homme : « Je vote pour l’Algérienouvelle. » Le jeune, tirant sur sa cigarette matinale devant un kiosque de journaux, réplique : « Y a que la date du jour qui est nouvelle. Moi, je ne vote pas. » Par Adlène Meddi, à Alger

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Le taux d’abstention trop élevé est un coup sévère pour les autorités algériennes. © Mousaab Rouibi / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

 L’échange est cordial et résume finalement la situation d’une Algérie qui se réveille en ce 1er novembre, 66eanniversaire du déclenchement de la guerre de libération, un jour de référendum sur la nouvelle Constitution, projet phare du président Abdelmadjid Tebboune.   « Une Constitution halal »

Mais voilà, atteint du covid-19, hospitalisé à Cologne en Allemagne, le chef de l’État n’assistera pas à ce vote. C’est son épouse qui votera à sa place par procuration. Tout autant qu’un autre absent : Abdelaziz Bouteflika, le président déchu, a pu voter aussi par procuration via son frère Nacer… Drôle de valse pour le personnel politique au sommet de l’État algérien.

Qu’importe, même avec un taux d’abstention record, avec seulement 23,72 % de participation, le projet de révision passe avec 66,80 % de « oui », face au 33,20 % de « non ». Mieux, selon le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Charfi : « Nous avons une Constitution halal. » Allusion faite aux triturages passés des élections et autres scrutins, quand l’administration gérait seule le vote sous la houlette des 48 « grands électeurs », les walis (préfets).

Aucune fatwa ne peut donc faire douter du processus électoral ou de l’adoption finale de la réforme constitutionnelle. « Dans la législation algérienne, il n’y a pas un seuil qui valide ou annule un scrutin », a indiqué M. Charfi lors de l’annonce, ce lundi 2 novembre, des résultats préliminaires du vote dans le cadre du référendum sur la révision de la Constitution. « Ce taux de participation est historiquement le plus bas de tous les référendums populaires organisés en Algérie depuis l’indépendance. Par exemple, la Constitution de 1996 a été adoptée par référendum avec un taux de participation de près de 80 % », rappelle le journal électronique TSA.

« Le pouvoir a échoué »

L’opposition, elle, se focalise aussi sur ce faible taux de participation, commenté sur les réseaux sociaux comme un signe fort de désaveux au système. Pour les islamistes du Mouvement pour la société de la paix (MSP, tendance Frères musulmans), qui ont appelé à voter « non », l’abstention fait « perdre sa crédibilité et sa légitimité politique et populaire [au pouvoir] », et cela, « malgré les énormes capacités officielles qui ont été consacrées à son adoption ». « Le résultat du référendum confirme l’échec des projets des autorités au pouvoir et leur incapacité à parvenir à un consensus national sur la Constitution tel qu’il a été annoncé, de manière à préserver le pays des risques réels qui le menacent », ajoute le MSP.

Côté opposition laïque, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) – qui estime que « la participation réelle à cette consultation est vraisemblablement à un chiffre » – critique lui aussi les autorités : « Le pouvoir, de fait, a échoué y compris dans sa tentative de réunir les adeptes du partage de la rente autour de sa démarche. Il a eu pourtant tous les moyens pour le faire. »

« Persister dans cette démarche et promulguer une Constitution rejetée par 86,3 % des électeurs, c’est ouvrir la voie au désordre porteur de tous les périls », avertit le parti, qui se dit ciblé par les autorités. « Ceux auxquels revient la charge de prendre une telle décision assumeront l’entière responsabilité de cet acte. Cette responsabilité sera d’autant plus lourde qu’un autre choix existe. Il consiste à réunir sans délai les conditions pour l’expression du peuple souverain », conclut le RCD.

Mais ce taux record de l’abstention exprime-t-il réellement un rejet politique ? « Les Algériens sont très pragmatiques : ils savent qu’une réforme de la Constitution est très éloignée de leurs préoccupations quotidiennes, de leurs projections pour leurs enfants, pour l’avenir », commente une universitaire croisée à côté d’un bureau de vote dimanche.

L’agenda officiel suspendu

La suite ? Pour les autorités, il s’agira de poursuivre leur agenda esquissé depuis la présidentielle du 12 décembre 2019. Prochaine étape : des législatives probablement dans la période décembre 2020-janvier 2021 – si les conditions le permettent vu qu’on évoque de plus en plus l’éventualité d’un confinement face à la recrudescence des cas de contamination au coronavirus. L’autre inconnue reste l’état de santé du chef de l’État, transféré le 28 octobre dernier en Allemagne pour « des examens médicaux approfondis », selon la version officielle. D’après le correspondant de la chaîne Al-Jazira en Allemagne, qui a contacté des médecins dans l’hôpital où séjourne le président algérien ainsi que des officiels allemands, M. Tebboune « pourra traverser cette épreuve » et « sa guérison est une question de temps ». À Alger, l’attente du retour rythme le tempo officiel : aucune déclaration des hautes autorités n’a été enregistrée cette journée. L’agenda du pouvoir est suspendu, pour le moment.