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Qu’est-ce que le fait religieux ?

Publié le 23 janvier 2021
Vues: 929

Un fait religieux est un fait social comme un autre, celui de la religion, du sacré.

Il s’agit du rapport sur l’enseignement du fait religieux dans l’École laïque, de Régis Debray en février 2002

Pour Jean-Paul Willaime, spécialiste des sciences religieuses à l’EPHE : 
« L‘expression « faits religieux » vise à saisir les phénomènes religieux comme « fait historique » d’une part, comme « fait social » d’autre part, ce qui est une façon de souligner que les phénomènes religieux sont construits comme « faits » à travers diverses approches disciplinaires: historique, sociologique, anthropologique. Il ne s’agit pas d’une définition, mais d’une façon de qualifier, en langue française, les approches scientifiques des phénomènes religieux.» (Willaime, Faits religieux. In R. Azria & D. Hervieu-Léger (Eds), Dictionnaire des faits religieux, 2010, p.363).
 
Dans son rapport de 2002, Régis Debray préconise l’enseignement du fait religieux, à savoir l’enseignement distancié, neutre et non-ethnocentriste du religieux. Pour en savoir davantage, nous vous conseillons la lecture de ce rapport, disponible en téléchargement ci-dessous. 
Damien Gillot-Rouillard
RAPPORT DEBRAY – 2002
 
Il s’agit du rapport sur l’enseignement du fait religieux dans l’École laïque, de Régis Debray en février 2002.
 
         rapport debray.pdf
Télécharger Cliquer sur le rapport Debray 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Une passion bien française !

Publié le 23 janvier 2021
Vues: 692

La récente polémique “burkini” démontre, s’il le fallait, combien le fait religieux peut hystériser le débat politique. 

Separation de l'Eglise et de l'Etat. Caricature parue dans "Le Rire", le 20 mai 1905. L'homme au milieu est le ministre de l'Instruction publique de l'epoque Jean-Baptiste Bienvenu-Martin.
Séparation de l’Église et de l’État. Caricature parue dans “Le Rire”, le 20 mai 1905. L’homme au milieu est le ministre de l’Instruction publique de l’époque Jean-Baptiste Bienvenu-Martin.
Par Rita Hermon-Belot

L’affaire est donc entendue et la seule véritable urgence, à présent, est d’avoir la certitude que tout projet d’une loi sur le port du burkini est bel et bien enterré. Mais non cependant sans tirer quelques enseignements de la séquence, ne serait-ce que pour mieux aborder les prochaines affaires, car il y en aura d’autres, et sous des formes et dans des termes qui ne manqueront sans doute pas de nous surprendre.

Peut-on, tout d’abord, encore parler du voile au singulier et en général ? Il est bien clair, désormais, qu’entre le port d’un simple foulard et celui d’une véritable tenue islamique – ou se voulant comme telle –, la différence n’est pas seulement vestimentaire, elle se situe aussi dans l’ordre du symbolique et peut-être de plus en plus dans celui du politique – ce qu’il va falloir prendre en considération. La nature du vêtement n’est d’ailleurs pas la seule à présenter des variations.

Consulter aussi : Ce que dit vraiment le Coran du port du voile.

Sociologues et anthropologues mènent, depuis des années, de nombreuses études qui montrent que les femmes qui portent le voile le font en lui donnant un sens qui peut s’avérer très différent de l’une à l’autre. Différences d’interprétation qui tiennent toutes à l’affirmation d’un choix, c’est-à-dire d’une liberté. Certes, mais n’est-ce pas précisément dans les sociétés démocratiques ouvertes qu’une telle possibilité de choix peut être garantie ? Et si la voix de ces femmes – et de leurs pères, frères et époux – doit être entendue, n’est-on pas aussi en droit d’attendre de chacun qu’il ou elle prenne en compte les fondements spécifiques des sociétés au sein desquelles il vit ?

Singularité française

Il se trouve, justement, que sur ces questions, et s’agissant particulièrement de la sensibilité à l’expression religieuse dans la sphère publique, la France affiche une vraie singularité issue de son histoire et par conséquent présente dans l’héritage qu’il nous revient de partager aujourd’hui.

Dans l’histoire française, la liberté des cultes a été chose durement conquise. L’expression religieuse dans l’espace partagé des villes et des campagnes, espace qui ne s’appelait pas encore « public », a été le lieu d’âpres combats. En effet, à partir du temps dit des « guerres de religion », il est devenu un enjeu crucial. La religion catholique a voulu y imposer sa seule présence, et elle a réussi. Les autres pratiques religieuses, celle des protestants et, dans une moindre mesure, celle des juifs, ont été confinées dans une véritable invisibilité, qui s’étendait d’ailleurs aux manifestations sonores, le son des cloches des églises rythmant seul le temps de tous.

Loin d’avoir été balayés par la Révolution française, de tels enjeux s’y sont parfois trouvés portés plus encore à l’incandescence, et le XIXe siècle a vu une interminable suite de conflits sur le sujet. Sur tout le territoire mais particulièrement dans les régions de présence protestante ancienne du Sud-Est, on s’est littéralement battu pour briser la suprématie catholique sur la rue. Conflits qui se sont très souvent judiciarisés, passant des juridictions locales aux plus hautes du pays en suscitant l’intervention des plus grands orateurs du temps et en provoquant de fortes émotions dans l’opinion. Tel Odilon Barrot plaidant en 1818 et 1819 en Cour de cassation contre le jugement qui avait condamné un habitant de Lourmarin pour avoir refusé de décorer la façade de sa maison lors de la procession du Saint-Sacrement de la Fête-Dieu.

Une neutralisation progressive de l’espace public

C’est à travers de telles crises que se sont peu à peu affirmées la liberté de tous et surtout l’égalité entre les fidèles des différentes confessions et également ceux et celles qui ne se reconnaissent dans aucune. Et cela s’est fait dans un mouvement progressif de neutralisation d’un espace public peu à peu soustrait à toute mainmise. Toute expression religieuse n’en a pas été proscrite pour autant, mais elles ont toutes été soumises au contrôle de l’autorité publique et une forme de retrait, de discrétion, s’est installée, acceptée par tous, quoi qu’il ait pu en coûter à certains.

Cette neutralisation, c’est la dynamique même de la laïcité française, telle qu’elle s’est affirmée dès la Révolution avec la création d’un état des personnes dit « civil » tenu par des services publics hors de toute autorité religieuse et, lors de l’affirmation de la République, avec la création de l’école laïque (et gratuite et obligatoire), mais aussi dans le domaine hospitalier ou judiciaire comme dans tant de domaines de la vie des citoyens.

Une neutralisation religieuse pour fonder une autre solidarité, celle-là universelle et toute politique. C’est ce qu’évoquait Edgar Quinet :

Ce qui fait le fond de notre société, ce qui la rend possible, ce qui l’empêche de se décomposer est précisément un point qui ne peut être enseigné avec la même autorité par aucun des cultes officiels. Cette société vit sur le principe de l’amour des citoyens les uns pour les autres, indépendamment de leur croyance. (L’enseignement du Peuple en juin 1850, un enseignement qu’il décrivait comme « laïque »).

Quinet citant sur ce point Condorcet et lui-même repris à son tour par Ferry, en une ligne de force continue de la culture républicaine française. Quinet qui ne voyait d’ailleurs là aucunement une solution idéale dans l’absolu, mais une voie nécessaire et incontournable au regard de la situation propre à la France.

Voilà pourquoi nous sommes, sans plus vraiment en avoir conscience, si sensibles en ce pays – tellement plus à l’évidence que chez la plupart de nos voisins – à la manifestation voyante, que nous tenons pour « ostensible » des appartenances religieuses.

« Indivisible, laïque et sociale »

Et il y a là bien plus encore. Car ce n’est que lorsqu’elle a été acceptée de tous que la laïcité a pu n’apparaître que comme un ensemble de règles de droit régissant la situation des cultes dans l’espace français. Elle a d’abord été – et pendant bien longtemps – avant tout un projet politique, et elle l’est toujours. Elle reste aussi l’un des piliers de toute une série de choses bien concrètes et auxquelles nous sommes à raison attachés, quelle que soit par ailleurs notre appartenance religieuse ou notre non-appartenance. Parmi elles, le système français de solidarité, considéré à juste titre comme l’un des plus généreux et des plus protecteurs au monde.

Couverture, signée Jean Effel, de l’ouvrage sur la laïcité de Jean Cornec, publié en 1965 aux éditions Sudel. © DR

En effet, quand la Constitution dit que la République française est « indivisible, laïque et sociale », elle ne parle pas en vain. Ce n’est certainement pas un hasard si laïcité et système de solidarité se sont affirmés de concert dans la France de l’après–Seconde Guerre mondiale. L’État providence s’appuie sur la participation consentie des citoyens, à commencer par leur consentement à l’impôt. Qui est prêt à renoncer à cela ? Et ne doit-on pas prêter attention aux réticences, aux sensibilités qu’expriment, même si c’est de façon très peu réfléchie et argumentée, et parfois sous des formes franchement déplaisantes, nombre de citoyens et citoyennes ? Solidarité sociale et différenciation symbolique, les deux impératifs s’affirment en effet ici de façon très catégorique. Mais connaît-on beaucoup de sociétés dans le monde qui ont réussi à vraiment concilier les deux ?

*Rita Hermon-Belot, historienne, est directrice d’études au Centre d’études en sciences sociales du religieux, rattaché à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) et à l’université Paris Sciences et Lettres (PSL).
Elle a publié Aux sources de l’idée laïque. Révolution et pluralité religieuse (Odile Jacob) en octobre 2015.

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Pourquoi la laïcité fait polémique en France ?

Publié le 23 janvier 2021
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Alors que la gauche se déchire sur sa définition, retour aux sources de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905.

Crèche dans les mairies, menus sans porc dans les cantines, lutte contre le communautarisme… La laïcité en France a fêté ses 110 ans en décembre dernier, et elle a rarement été autant dans l’actualité. 

 
En vertu du principe de laïcité, Jésus, Marie, Joseph, et les rois mages n'ont pas leur place dans les services publics.

En vertu du principe de laïcité, Jésus, Marie, Joseph, et les rois mages n’ont pas leur place dans les services publics.

Par Sandrine Chesnel
 
 

“Laïcité (nom féminin). Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement.” Voilà pour la définition de la laïcité telle qu’elle est donnée par le dictionnaire Larousse.  

Une définition simple à comprendre, en apparence, mais pas toujours évidente à mettre en application. En témoignent les polémiques récurrentes ces dernières années, sur les crèches et leur petit Jésus dans les mairies, le port du foulard dans les lieux publics, les menus sans porc dans les cantines scolaires ou bien encore la façon dont la laïcité est enseignée dans les écoles. La dernière controverse en date est issue du sévère recadrage par Manuel Valls du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco. Le Premier ministre lui reproche entre autres d’avoir dénaturé “la réalité de (la) laïcité” en signant une tribune contre le terrorisme regroupant des représentants de différentes religions.  

D’où cette question: qu’est-ce que la laïcité en 2016? Éléments de réponses avec Raphaël Liogier, philosophe et sociologue du religieux, auteur de La Guerre des civilisations n’aura pas lieu, et Valentine Zuber, historienne et sociologue, spécialiste de la liberté religieuse et de la laïcité. 

Guerres de religion et Révolution

“Pour comprendre la laïcité, il faut commencer par remonter à l’époque des guerres de religions, explique Raphaël Liogier. A la naissance du protestantisme, plus précisément, qui a permis d’affirmer que le peuple pouvait avoir une autre religion que celle du roi. Puis, au XVIIIe siècle, avec les Lumières et la Révolution, est apparue l’idée que, puisqu’on avait le droit de choisir ce en quoi on croyait, on pouvait aussi choisir de ne pas croire. Ce qui ouvrait la possibilité d’une société avec une multitude de religions différentes, qu’il fallait gérer.” 

Ainsi, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, préambule à la constitution de 1791, décrète que “nul de doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi“. “Le principe alors institué était de séparer la citoyenneté de la religion, explique Valentine Zuber. Dés lors, on pouvait être citoyen français, sans être catholique, même si la religion catholique était majoritaire.” Deux ans plus tard est créé le mariage civil, qui prévaut sur le mariage religieux. L’adjectif “laïc” fait ensuite une apparition en 1886 dans la loi de Jules Ferry qui créée “l’école publique, gratuite, laïque et obligatoire“. 

En décembre 1905, une loi, dite de séparation des Eglises et de l’Etat, est adoptée après de vifs débats. Son premier article garantit à tout citoyen la liberté de conscience, c’est-à-dire le droit de croire ou de ne pas croire; le deuxième article institue le non-financement des cultes par l’Etat, à quelques exceptions prés. Comme écrit dans la loi, “pourront toutefois être inscrites aux budgets (de l’Etat) les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons”. 

La liberté de croire, ou pas

“Cette loi de 1905 garantit la liberté des citoyens, commente Raphaël Liogier. Elle consacre l’espace public comme un lieu de libre expression, y compris de sa religion. Chacun peut s’y exprimer, à partir du moment où cette expression ne nuit ni l’ordre public, ni à l’intégrité morale de quiconque. On ne peut donc rien interdire au nom de la laïcité, puisqu’elle est une garantie de liberté”.  

Pourtant, en 2004, l’interdiction du port de signes religieux ostentatoiresdans les collèges et lycées publics se réfère bien dans son titre “au principe de laïcité”. L’argument de ses auteurs était alors qu’il faut protéger les mineurs de toute influence religieuse, en ne les exposant pas à des signes “manifestant une appartenance religieuse”. 

A l’inverse, la loi de 2010 qui entraîna l’interdiction du port du voile islamique intégral (le niqab, parfois appelé burqa) dans la rue s’appuie non pas sur la laïcité, mais sur la nécessité de ne pas dissimuler son visage dans l’espace public. Que ce soit par un voile, ou une cagoule.  

La neutralité, pour qui?

Neutralité et laïcité sont souvent confondus. Pourtant, en 1905, nulle mention du principe de neutralité. Il s’est développé par la suite, au fil des jurisprudences, jusqu’à s’imposer aux agents de l’Etat -et uniquement à eux. Ainsi, en France, un enseignant, un agent d’accueil dans une préfecture, ou bien encore un policier ne peuvent pas porter de signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions. “C’est d’ailleurs cette neutralité des agents de l’Etat qui fait la spécificité de la laïcité à la française, relève Raphaël Liogier. En Grande-Bretagne, par exemple, un policier ou un enseignant peut demander et obtenir le droit de porter un turban sikh.” 

C’est donc une interprétation radicale de ce principe de neutralité qui conduit parfois certains citoyens (et/ou politiques) à affirmer que le foulard islamique devrait être interdit dans la rue. Erreur. “C’est justement l’application de la loi de 1905 qui garantit le droit, dans l’espace public, par exemple, aux femmes qui le souhaitent de porter un voile sur la tête, ou aux hommes de porter une kippa”, explique Raphaël Liogier 

A l’inverse, la question de la présence de crèches réligieuses dans les mairies ou les administrations est plus subtile. “S’il s’agit de valoriser un patrimoine, une tradition locale, comme les santons en Provence, par exemple, alors ces crèches ne sont pas hors-la-loi. Mais si elles sont une expression de la foi, elles n’ont rien à y faire.” Une lecture subtile qui explique pourquoi ces crèches ont été autorisées à certains endroits, et interdites ailleurs.  

“Des” laïcités?

Reste que si les règles instituées par la loi de 1905 semblent simples à comprendre, deux visions de la laïcité, au minimum, continuent de co-exister, y compris au sein d’une même famille politique. Pour Valentine Zuber, depuis la révolution française, il y a toujours eu deux sensibilités différentes dans le camps des républicains:  

  • “D’un côté, ceux pour qui la laïcité n’est pas une valeur, mais un principe. Ceux-là pensent que l’identité religieuse est privée mais peut s’exprimer dans le débat public;
  • De l’autre, ceux qui pensent que la laïcité est une valeur, concurrente des valeurs religieuses, qui les conduit à avoir une position presque antireligieuse, en réclamant l’effacement complet des religions dans l’espace public.”

Deux positions opposées, rendant impossible un débat apaisé sur la laïcité? “Pour y arriver, positive Valentine Zuber, il faudrait que les citoyens comprennent que la laïcité n’est pas la cause du débat, mais au contraire sa condition. Les religions ne sont pas un secret de famille à garder caché. Il faut pouvoir en parler, les questionner, les remettre en question. Et c’est justement ce que permet la laïcité, tout en garantissant à chacun liberté de conscience, et liberté de culte.” 

 
 
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Colonisation et guerre d’Algérie :

Publié le 23 janvier 2021
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Face au défi de la réconciliation mémorielle, les réponses du rapport Stora

Favoriser émergence d’une mémoire commune sur la colonisation et la guerre d’Algérie et ainsi ouvrir la voie vers une possible réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie, c’est l’immense enjeu sur lequel Benjamin Stora s’est tout entier penché. Plusieurs mois après avoir été missionné par l’Elysée, l’historien a remis, mercredi 20 janvier, son rapport à Emmanuel Macron dans lequel il expose tant ses constats que ses préconisations afin de « trouver la “juste mémoire” entre les écueils de la répétition des guerres anciennes dans le présent, et celui de l’effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé ».


Colonisation et guerre d'Algérie : face au défi de la réconciliation mémorielle, les réponses du rapport Stora
C’est un rapport lourd de 160 pages portant sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie » que Benjamin Stora a remis dans les mains du président de la République. Y sont consignées près de 30 préconisations à mettre en œuvre « pour une possible réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie ».

« Soixante ans après, l’Histoire est encore un champ en désordre, en bataille quelquefois. La séparation des deux pays, au terme d’un conflit de sept ans et demi, a produit de la douleur, un désir de vengeance et beaucoup d’oublis. », écrit l’historien qui confie, dès les premières pages du rapport, combien « c’est un exercice difficile que d’écrire sur la colonisation et la guerre d’Algérie, car longtemps après avoir été figée dans les eaux glacés de l’oubli, cette guerre est venue s’échouer, s’engluer dans le piège fermé des mémoires individuelles. Au risque ensuite d’une communautarisation des mémoires ».
 

Refuser « la mémoire hémiplégique »

« Aujourd’hui, en France, plus de sept millions de résidents sont toujours concernés par l’Algérie, ou plutôt, pour être totalement exact, par la mémoire de l’Algérie. Hautement problématique, celle-ci fait l’objet d’une concurrence de plus en plus grande », explique l’auteur de l’ouvrage « La guerre des Mémoires », évoquant les traumatismes vécus par les harkis, les pieds noirs ou encore les immigrés algériens pour qui « l’enjeu quelquefois n’est pas de comprendre ce qui s’est passé, mais d’avoir eu raison dans le passé ».

Parce que « l’essentiel est de comprendre ce qui s’est passé dans cette histoire, de cerner les raisons de cette séparation », il faut aussi refuser aussi la concurrence victimaire, « terrible » qu’il est « nécessaire de freiner (…) au sein même des sociétés, parce qu’elle est stérile » et qu’il est « difficile de bâtir sur le ressassement, la rumination ».

« En tant que “passeur” entre passé et présent, voulant l’échange entre tous les groupes concernés par cette guerre, les historiens se heurtent à ceux qui refusent le regard critique, ou à ceux qui renvoient sans cesse aux origines communautaires », indique-t-il. Or, il faut « regarder et lire toute l’histoire, pour refuser la mémoire hémiplégique » et ses conséquences néfastes.

« La difficile tâche de réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie, ne consiste surement pas à rédiger une “loi mémorielle” pour construire une histoire immuable, qui entraverait tout exercice critique de l’histoire. Il ne s’agit pas davantage de donner l’illusion d’écrire une histoire commune, en occultant les divergences profondes dans la construction des imaginaires nationaux, et en “oubliant” les récits tragiques d’une histoire coloniale, pourtant commune », signifie Benjamin Stora. « Il s’agit, plus modestement, d’ouvrir des possibilités de passerelles sur des sujets toujours sensibles, mais permettant d’avancer, de faire des pas ensemble. »
 
Colonisation et guerre d'Algérie : face au défi de la réconciliation mémorielle, les réponses du rapport StoraConstruire un patrimoine commun grâce aux archives et aux images
Pour cheminer sur cette voie, Benjamin Stora défend « la nécessaire ouverture, des deux côtés de la Méditerranée, des archives de la guerre d’Algérie » et propose la constitution d’un patrimoine commun en « étendant le procédé de déclassification “au carton” à toute la période de la guerre ». « Un Comité d’historiens français et algériens pourrait également demander l’application stricte de la loi sur le patrimoine de 2008 en France. Concrètement, il s’agit de revenir dans les plus brefs délais à la pratique consistant en une déclassification des documents “secrets” déjà archivés antérieurs à 1970 », conseille-t-il.

L’historien souhaite aussi qu’une commission mixte sur les archives, créée en 2009 par un accord de coopération entre les directeurs des archives nationales, algérienne et française, puisse être réactivée. Ainsi, « le “Comité de pilotage” sur les relations mémorielles pourrait proposer la constitution d’un premier fond d’archives communes librement accessible » et suggérer des dispositions pour « faciliter la circulation de chercheurs entre les deux pays ».

En parallèle, « une réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie passe par une circulation des images, des représentations réciproques, des découvertes mutuelles. Des productions communes peuvent être mise en œuvre et pourquoi pas autour de la grande figure de l’Emir Abdelkader », estime le chercheur, encourageant l’idée de voir naître un « Arte franco-algérien ». Un projet qui avait fait ses premiers pas au printemps 2020 sur Facebook et Instagram, « avec des résultats particulièrement concluants ». « L’outil audiovisuel est un instrument décisif pour la préservation des mémoires et le passage à l’histoire, pour des tentatives de rapprochement entre la France et l’Algérie », plaide le chercheur.
 

L’éducation et la formation au cœur du défi

C’est aussi par l’éducation que passe cette réconciliation des mémoires. « De Louise Michel à Jean Jaurès ; d’André Breton à François Mauriac ; d’Edgar Morin à Emilie Busquant, la femme de Messali Hadj ; ou de Pierre Vidal-Naquet à Gisèle Halimi, les noms et les trajectoires de ceux qui ont refusé le système colonial doivent être porté à la connaissance des jeunes générations, pour que l’on sorte des mémoires séparées, communautarisées », lit-on. En ce sens, les pouvoirs publics sont appelés à accorder plus de place à l’histoire de la France en Algérie dans les programmes scolaires et à généraliser cet enseignement à l’ensemble des élèves, y compris dans les lycées professionnels.

Il faudrait « former en grand nombre des professeurs d’histoire, précisément sur l’histoire de la colonisation, et multiplier le nombre de postes d’enseignant à l’université française. Il n’est pas normal qu’une poignée seulement d’universitaires enseignent l’histoire du Maghreb contemporain, alors qu’une grande partie des enfants de l’immigration, sont originaires, précisément, du Maghreb. En attendant un récit commun, franco-algérien, acceptable par tous ».

La réédition et la traduction d’ouvrages font aussi partie de ce travail de réhabilitation mémorielle qui devrait être mené afin d’encourager la circulation des connaissances. L’historien se déclare favorable à la création d’une collection franco-algérienne dans une grande maison d’édition et à la publication d’un « Guide des disparus » de la guerre d’Algérie, disparus algériens et européens car « sortir de l’effacement, de la disparition permet de s’approcher de la réalité, de la réconciliation possible ».
 

Des gestes « symboliques et politiques » mais « nécessaires »

A l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022, « la nécessité d’un nouveau Traité de réconciliation, d’amitié entre les deux peuples reste plus que jamais d’actualité ». Une amitié qui passe par des « gestes à caractères symboliques et politiques » jugés « nécessaires ».

Au moins trois sont préconisés du côté français : la reconnaissance par l’Etat de l’assassinat en 1957 d’Ali Boumendjel, une grande figure de la lutte nationaliste en Algérie, qui « marquerait un pas supplémentaire dans le fait de regarder en face ce passé colonial » ; la panthéonisation de Gisèle Halimi, grande figure féminine d’opposition à la guerre d’Algérie ; le rapatriement vers l’Algérie des corps de la famille de l’Emir Abdelkader, enterrés à Amboise, où Benjamin Stora suggère la construction d’une stèle montrant le portrait de cette personnalité.

Ce sont autant de pistes d’actions qui peuvent être proposées par une commission « Mémoires et vérité » qu’il recommande de mettre en place dans le but d’« impulser des initiatives communes entre France et l’Algérie sur les questions de mémoires ».
 

Oui à la reconnaissance, non à la repentance « pour construire l’avenir »

Des « actes symboliques », « une démarche de reconnaissance » mais « ni repentance ni excuses », c’est ce pour quoi l’Elysée s’est déclaré favorable après la remise du rapport Stora.L’historien va dans ce sens même dans son rapport : « Plutôt que de “repentance”, la France devrait reconnaitre les discriminations et exactions dont ont été victimes les populations algériennes : mettre en avant des faits précis. Car les excès d’une culture de repentance, ou les visions lénifiantes d’une histoire prisonnière des lobbys mémoriels, ne contribuent pas à apaiser la relation à notre passé. »

« Par la multiplication des gestes politiques et symboliques, on pourra de la sorte s’éloigner d’une mémoire devenue enfermement dans un passé, où se rejouent en permanence les conflits d’autrefois », plaide Benjamin Stora. « Motif de discorde, la mémoire peut aussi se révéler puissance créatrice, face à ceux qui voudraient effacer les pages sombres du passé. Il faut donc trouver la “juste mémoire”, comme le dit le philosophe Paul Ricœur, entre les écueils de la répétition des guerres anciennes dans le présent, et celui de l’effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé. »

« L’objectif n’est donc pas l’écriture d’une histoire commune, mais de chercher à expliquer ensemble l’événement colonial, et ne pas croire que tout pourra se trancher en un verdict définitif. Ce travail en commun doit maintenir ouverte la porte des controverses citoyennes, car il prête attention aux conditions de son époque pour sortir de la rumination du passé, et des blessures mémorielles » et encouragent les acteurs, témoins et héritiers de l’histoire « à parler de leurs souffrances », écrit-il également.

« Ce mouvement vers la réconciliation ouvre sur la possibilité du passage d’une mémoire communautarisée à une mémoire commune, en France. » Un défi de taille auquel des hommes et des femmes, tant Français qu’Algériens sont aujourd’hui, plus que jamais, prêts à relever mais que la volonté politique de part et d’autre de la Méditerranée doit impulser par des actes concrets.
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“CHARTE DES PRINCIPES POUR L’ISLAM DE FRANCE»

Publié le 23 janvier 2021
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Les fourbes caudines de l’Islam officiel 

 
 
« CHARTE DES PRINCIPES POUR L’ISLAM DE FRANCE» : LES FOURCHES CAUDINES DE L’ISLAM OFFICIEL
 

Le Prophète Mohammad (PSL) a dit : إنّما الأعمالُ بالنِّيّاتِ « Les actions ne valent que par les intentions »
Quelles sont donc les intentions réelles des promoteurs et des rédacteurs de la “Charte des principes pour l’Islam de France” et du Conseil National des Imams ? C’est probablement la question qu’il conviendrait de de poser afin d’apprécier la pertinence du projet.

L’accouchement difficile d’un texte controversé

Après plusieurs propositions de textes, controverses, coups d’éclat, le CFCM a finalement publié sa « Charte des principes pour l’islam de France » (voir ci-contre), destinée à être suffisamment consensuelle pour que le gouvernement, initiateur du projet, ne soit pas mis en échec dans ce qu’il considère comme une priorité : organiser l’islam de France et lutter contre le « séparatisme ».

Charte des Principes de l'Islam

Après le faux-départ de la Grande Mosquée de Paris, Emmanuel Macron avait frappé du poing sur la table. Pas question que ce texte, qui revêtait pour lui une importance politique majeure, ne passe à la trappe. Importance politique majeure, car dans sa volonté de conquête des voix de la droite extrême, la signature d’un accord faisant de l’Islam de France un vassal du pouvoir permettrait de clouer le bec de ceux qui lui reprochaient de ne pas en faire assez contre « l’islamisme ». La plupart des membres du CFCM, ainsi que le recteur de la Mosquée de Paris, ne souhaitant pas s’attirer les foudres du Président, dont ils attendaient beaucoup en retour, financièrement notamment, rentrèrent sagement au bercail.

Tous finirent donc par se résigner à passer sous les fourches caudines d’un texte imposé, sauf – pour le moment – trois fédérations, aussitôt accusées d’être des islamistes infiltrés, des empêcheurs de se courber en rond.
« Il est certain qu’on ne regardera pas de la même manière les fédérations signataires et les autres. » prévient Gerald Darmanin.« Ce qu’on leur demande, c’est de reconnaître les valeurs de la République. Si un certain nombre de fédérations le refusent, c’est une vraie question idéologique.
Les fédérations signataires feront donc le ménage dans les institutions représentatives. Et puis les non-signataires n’auront pas accès au Conseil national des imams et elles ne seront pas traitées de la même manière»
. Quant à Marine Le Pen, elle estime que les groupes qui ne signent pas « doivent être dissous et interdits ».

VOIR CI-DESSOUS LA RÉACTION DES 3 FÉDÉRATIONS NON-SIGNATAIRES

Oui à la Charte des principes du Conseil National des Imams
Communiqué du CCMTF, CIMG France, Foi et Pratique
Paris, le 20/01/2021

Nous, CCMTF, CIMG et Foi & Pratique, rappelons qu’en tant que fédérations composantes du CFCM qui n’ont pas signé la charte, sommes impliquées très activement depuis le début du processus de formation du Conseil National des Imams (CNI) ainsi que dans l’élaboration de sa charte. Nous prenons acte de la présentation de la charte dénommée « Charte des principes de l’Islam de France » au président de la République ce Lundi 18 janvier 2021.
Nous regrettons que cette charte ait été signée d’une part avant d’avoir obtenu l’approbation de toutes les composantes du CFCM – conformément au principe de consensus qui a été respecté au sein de cette institution jusqu’à aujourd’hui – d’autre part sans aucune consultation des imams qui sont les premiers concernés, ni des CRCM et CDCM (conseils régionaux et départementaux du culte musulman). Nous notons également que la Grande Mosquée de Saint Denis de la Réunion, composante fondatrice du CFCM, ne souhaite pas signer cette charte et ne fera pas partie du futur CNI, se donnant ainsi la possibilité de préserver son mode de fonctionnement actuel.
A cette occasion, nous souhaitons partager publiquement nos positions sur certaines questions soulevées lors du processus de formation de la CNI.
Nous sommes évidemment d’accord avec la demande de non-ingérence des Etats, la non-instrumentalisation des religions et le respect de la Constitution et des principes de la République.
Cependant, nous pensons que certains passages et formulations du texte soumis sont de nature à fragiliser les liens de confiance entre les musulmans de France et la Nation. En outre, certaines déclarations portent atteinte à l’honneur des musulmans, avec un caractère accusatoire et
marginalisant.
Toutefois, nous restons convaincus que la mise en place du CNI sera bénéfique sur la base d’un texte commun permettant aux musulmans de prendre leur juste place au sein de la communauté nationale. La légitimité du CNI dépendra directement de son acceptation par la communauté musulmane de France.
La réussite du CNI passera inévitablement par la prise en compte de toutes les sensibilités des composantes du CFCM et les contributions des imams. C’est pourquoi l’adhésion à cette charte doit obligatoirement passer par une consultation élargie, démocratique et participative. Afin d’adopter cette charte, nous devons nous reconnaître dans son contenu. Il ne serait pas utile de signer un texte que notre communauté ne peut accepter sereinement.
Nous représentons une communauté religieuse qui adhère à la Constitution et accepte les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, qui sont les principes fondateurs de la République.
Nous pensons que la mise en place du CNI par le CFCM et ses fédérations est un premier pas décisif. Il en va de l’intérêt de la communauté musulmane d’avoir des Imams francophones, imprégnés de la culture française et conscients du quotidien des musulmans de France. Nous soutenons les efforts visant à mettre en place le CNI pour mieux expliquer l’Islam au regard du contexte social et promouvoir la cohésion nationale.
Nous agissons avec la confiance, le soutien et la sensibilité de nos coreligionnaires. En tant qu’institutions religieuses toujours ouvertes au dialogue dans un esprit constructif, nous continuerons d’apporter nos contributions aux travaux concernant le CNI.
Nous formons le voeu qu’au sein du CFCM, cette charte rendue publique sera amendée en prenant en compte les contributions de tous. L’avis des CRCM, des mosquées non affiliées aux fédérations et des imams est primordial à la réussite de ce projet.

Peut être mal conseillé par des « spécialistes » incompétents ou mal intentionnés, Emmanuel Macron a cru pouvoir modeler l’islam, le rendre invisible. A l’instar des Etats-Unis qui, des années durant, prétendirent se faire les gendarmes du monde.

Organiser le culte musulman, mettre de l’ordre dans la formation des ceux qui ont la charge de prêcher ou d’enseigner la religion est une idée dont la pertinence n’est contestée par personne. Les autres religions ont mis en place de semblables dispositifs. Mais ce sont aux musulmans de s’occuper des affaires de l’Islam. Pas à l’Etat. Et vouloir imposer une « Charte des principes de l’islam », en s’appuyant, non pas sur les musulmans eux-mêmes, mais sur des institutions créées par lui et aussi peu représentatives, ne pouvait que conduire à l’échec.

Dès le début du projet, des associations de musulmans, partout en France, avaient prévenu qu’il était illusoire de prétendre faire les choses en se dispensant de les consulter.

Qu’est-ce qui fait que ce texte pose problème ?

D’abord, le fait d’exiger des musulmans qu’ils s’engagent à respecter les valeurs de la République. « Nous réaffirmons d’emblée que ni nos convictions religieuses ni toute autre raison ne sauraient supplanter les principes qui fondent le droit et la Constitution de la République »
Cette exhortation suppose implicitement que les musulmans, ou certains musulmans ne respectent pas la Constitution. L’extrême droite s’était d’ailleurs hâtée d’instrumentaliser le meurtre de Samuel Paty pour le faire endosser par les musulmans. Le Ministre de l’intérieur avait suivi le mouvement en préparant le fameux projet de loi sur le « séparatisme ». Or, fait remarquer « off the record » un responsable du CFCM, contraint malgré lui de signer le protocole : « Je mets au défi quiconque de trouver un imam de mosquée ayant incité ses fidèles à désobéir aux lois de la France. Les musulmans sont des Français exemplaires. Il faut que nos dirigeants et nos concitoyens le sachent ». N’en déplaise à Lucile Rolland, patronne du Service de Renseignement Territoral, qui voit des islamistes partout, « Nous avons affaire à des gens qui apprennent très vite à s’adapter aux mesures qui sont prises. Cela fait bien longtemps que nous n’entendons plus, lors des prêches, des discours qui font ouvertement l’apologie du terrorisme » déclare-t-elle devant une commission parlementaire. En d’autres termes, comme aurait dit le Dr Knock, « Un musulman républicain est un islamiste qui s’ignore »

Ensuite, le texte impose aux signataires de s’engager à ne pas criminaliser « l’apostasie ». Mais où les rédacteurs de la charte ont-ils vu que la notion d’apostasie existait chez les musulmans français ? De même, la charte croit bon de rappeler le principe de l’égalité homme-femme et d’affirmer que « certaines pratiques culturelles prétendument musulmanes ne relèvent pas de l’Islam » Pourquoi encore insister sur ce point, comme si l’on voulait mettre dans la tête des citoyens que les musulmans ne respectent pas ce principe ?

Les signataires s’engagent à refuser « l’islam politique », à interdire « que les lieux de cultes servent à des discours politiques », et appellent à ne pas « diffuser de livres, fascicules, sites internet, blogs, videos, qui propagent des idées de violence, haine, de terrorisme et de racisme sous quelque forme que ce soit » En soi, il n’y a pas grand chose à redire à cela, sauf que le texte tend à faire croire que les discours politiques ou les incitations au terrorisme émanent des mosquées et des prêches de leurs imams, alors qu’ils sont l’apanage insaisissable du net. Ces injonctions n’ont par conséquent aucune influence dans la lutte contre le radicalisme. Elle accréditent en revanche la thèse de la dangerosité potentielle des mosquées.

Le refus des liens financiers entre les associations musulmanes et certains pays musulmans prête à sourire, lorsque l’on connait l’étroitesse des relations entre les pays du Maghreb et certains signataires de la Charte. Lors d’un récent débat sur Canal Plus animé par Yves Calvi, Mohammed Sifaoui, inattendu porte-parole de la Grande Mosquée de Paris compte-tenu de ses positions peu islamophiles, fustigeait la proximité des membres du CFCM ayant refusé de signer la charte avec la Turquie… jusqu’à ce qu’une autre invitée, Jeannette Bougrab, lui reproche à son tour le financement de la GMP par l’Etat algérien !

Enfin, l’article 9 entend interdire purement et simplement aux musulmans d’évoquer un « racisme d’état », ou d’accuser le peuple français de pratiques discriminatoires. « Les postures victimaires relèvent de la diffamation. Elles nourrissent et exacerbent à la fois la haine antimusulmane et la haine de la France ». Nos frères juifs, qui subissent à peu près les mêmes injonctions de la part de la sphère antisémite, apprécieront…
Ce paragraphe établit tout simplement le délit d’opinion. Interdira-t-on bientôt aux français de parler de violences policières ?

Dans la peau des Bourgeois de Calais


Se pose donc de nouveau la question-clé : quelles étaient les intentions réelles du gouvernement en élaborant cette charte ? Si on en considère les conséquences potentielles, on peut s’en faire une idée : l’extrême droite, par la bouche de Marine Le Pen, se satisfait d’un texte qui reprend d’ailleurs en grande partie « Le serment de fidélité à la France » de Dupont Aignan. Ainsi un nouveau pan du mur qui séparait jadis le candidat à la présidentielle de ses rivaux de droite s’effondre.
Ensuite, les organisations musulmanes de France sont plus divisées que jamais, entre les frères ennemis du CFCM et de la GMP, les 3 fédérations ayant refusé de signer la charte, la Fondation de l’Islam de France qui espère bien tirer son épingle du jeu, et la grande majorité des associations et fidèles musulmans qui renvoient tout ce joli monde dans ses 22 mètres.


« Le CFCM est dans la position des bourgeois de Calais, sortis une corde autour du cou pour se faire pendre », ironise Kamel Kabtane, recteur de la Mosquée de Lyon, « C’est comme ça que les musulmans voient aujourd’hui le CFCM. »
Enfin, ces polémiques aggravent la fracture entre les français non musulmans que l’on persuade que l’islam est incompatible avec la République, et les français musulmans qui ressentent ces injonctions comme une humiliation.
Pourquoi les politiques et les medias se focalisent-ils plus sur les violences terroristes, dont la plupart, comme le crime du déséquilibré tchétchène assassin de Samuel Paty, n’ont aucun rapport avec l’islam, que sur les victimes de violences conjugales, alors que, pendant les 5 dernières années, le terrorisme a tué 228 personnes, et les agressions domestiques 765 ?
En réalité, ce qui concerne l’islam, ou l’immigration, est plus clivant politiquement, ce qui permet à le droite, et par ricochet ceux qui cherchent à s’en rapprocher, de s’en emparer et de l’instrumentaliser.

Changer de stratégie

Par bonheur, les musulmans ont des défenseurs inattendus, mais déterminés : l’Eglise catholique, la communauté juive, les protestants, qui ont compris que les attaques contre l’Islam pourraient aussi leur être néfastes, et qui encouragent, comme les musulmans, le rapprochement inter-religieux. C’est d’ailleurs leur discrète intervention qui a mis en échec la stupéfiante proposition d’amendement d’Aurore Bergé, députée LaREM, qui souhaitait faire interdire le port du foulard aux mineures, même pendant la récitation du Coran.

Comment organiser, dans le calme est la sérénité, l’Islam de France ? Sûrement pas en le stigmatisant au regard des autres Français. Sûrement pas en lui appliquant une politique “jupitérienne”, comme si, comme le furent les femmes en France il n’y a pas si longtemps, les musulmans étaient d’éternels mineurs. Sûrement pas en créant artificiellement des organisations et en leur confiant les rênes de la communauté, comme si elles étaient issues de celle-ci. Il existe, en France, plus de 8 millions de musulmans, un nombre considérable d’intellectuels, d’islamologues, d’associations de fidèles indépendantes de toute attache étrangère pour que cela vaille la peine de les intégrer au processus. Cela suppose aussi, bien entendu, que les musulmans eux-mêmes abandonnent leurs querelles intestines et s’unissent pour combattre impitoyablement l’islamophobie, et contribuer à construire, avec leurs concitoyens, une France plus juste, plus équitable et plus libre.

LA CHARTE DES PRINCIPES POUR L’ISLAM DE FRANCE

Nous, responsables associatifs et de fédérations, gestionnaires de lieux de culte musulmans, nous nous engageons par cette charte à la fois en tant que citoyens français et/ou en tant qu’acteurs associatifs de confession musulmane à respecter toutes les règles édictées dans la présente, dénommée « charte des principes».
Elle a vocation à encadrer l’éthique et les règles déontologiques qui devront structurer le fonctionnement du Conseil national des imams.

Préambule

Nous proclamons solennellement notre adhésion à cette charte destinée à préciser les fondements de notre mission en lien avec les valeurs républicaines. Ce faisant, nous réaffirmons d’emblée que ni nos convictions religieuses ni toute autre raison ne sauraient supplanter les principes qui fondent le droit et la Constitution de la République.
Aucune conviction religieuse ne peut être invoquée pour se soustraire aux obligations des citoyens. (Comme le rappelle l’article 17 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, personne ne peut justifier d’un droit légitime pour « se livrer à une activité ou accomplir un acte visant à la destruction des droits ou libertés reconnus dans la Convention ».)
Cette « charte des principes » vise à tracer les valeurs à transmettre aux fidèles et à partager avec eux, dans le respect des lois de la République et de l’éthique islamique.

Article 1

Objectif de la charte

Les valeurs islamiques et les principes de droit applicables dans la République sont parfaitement compatibles et les musulmans de France appartiennent pleinement à la communauté nationale. D’un point de vue constitutionnel, tous les citoyens, quelles que soient leur religion, leurs croyances ou leurs convictions philosophiques, sont égaux.
D’un point de vue religieux et éthique les musulmans, qu’ils soient nationaux ou résidents étrangers, sont liés à la France par un pacte. Celui-ci les engage à respecter la cohésion nationale, l’ordre public et les lois de la République. À travers cette charte, les signataires s’inscrivent dans l’écriture d’une page importante de l’histoire de France.
Elle contribue à instaurer des rapports apaisés et confiants entre la communauté nationale, dans sa diversité et sa pluralité, et tous les musulmans vivant sur le territoire de la République, qu’ils soient nationaux ou résidents étrangers. Tout signataire de cette charte s’engage donc, dans le respect et la dignité, à œuvrer pour la paix civile et à lutter contre toute forme de violence et de haine.

Article 2

Missions

Notre mission et notre engagement découlent de notre engagement citoyen et de notre foi.
Nous exerçons notre mission dans le cadre des principes et règles de la République qui fondent l’unité et la cohésion de notre pays.
Le principe d’égalité devant la loi nous oblige à nous conformer aux règles communes et les faire prévaloir sur toutes les normes et règles y compris celles issues de nos convictions et/ou de nos interprétations religieuses.

Article 3

La Liberté

La liberté est garantie par le principe de laïcité qui permet à chaque citoyen de croire ou de ne pas croire, de pratiquer le culte de son choix et de changer de religion.
Ainsi les signataires s’engagent à ne pas criminaliser un renoncement à l’islam, ni à le qualifier «d’apostasie» (ridda), encore moins de stigmatiser ou d’appeler, de manière directe ou indirecte, à attenter à l’intégrité physique ou morale de celles ou de ceux qui renoncent à une religion.
Cela traduit un respect de toutes les opinions et de toutes les expressions admises par la loi et surtout un principe républicain essentiel : la liberté de conscience.
Dieu a donné aux Hommes la Liberté de choisir leurs voies et leurs convictions à l’abri de toute contrainte : « Nulle contrainte dans la religion» (Coran, 2 : 256), et en a fait une expression de Sa volonté : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi donc de contraindre les gens à croire ?» (Coran, 10 : 99).
Le prosélytisme abusif oppressant les consciences est contraire à la liberté de la raison et du cœur qui caractérise la dignité de l’Homme.
Convaincus que le débat est souvent source d’enrichissement et rempart contre le fanatisme, nous acceptons tous les débats et nous nous opposons à toutes les violences.
Les signataires s’engagent ainsi à s’inscrire dans le respect de l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Cet article consacre la liberté de pensée, de conscience et de religion.

Article 4

L’Egalité

L’islam de France s’inscrit pleinement dans le respect de l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen «Tous les hommes naissent libres et égaux en droits».
Les signataires s’engagent ainsi à faire respecter ce principe à travers l’ensemble de leurs activités cultuelles.
Cette Égalité est également consacrée par le corpus islamique : « certes, Nous avons rendu dignes tous les enfants d’Adam» (Coran, 17 : 70).
L’égalité Femme-Homme est un principe fondamental également attesté par le texte coranique : les hommes sont issus d’une même essence ou âme originelle(voir Coran, 4 : 1).
Nous nous attachons donc à faire respecter ce principe d’égalité conformément aux lois de la République en rappelant aux fidèles, dans le cadre de notre rôle pédagogique, que certaines pratiques culturelles prétendument musulmanes ne relèvent pas de l’Islam.

Article 5

La Fraternité

La Fraternité nous engage d’un point de vue religieux. Notre éthique nous invite à observer de la bienveillance envers nos concitoyens, sans distinction. Nous rejetons toute discrimination fondée sur la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, l’appartenance ethnique, l’état de santé ou le handicap et appelons à ce que tout citoyen puisse être respecté pour ce qu’il est et pour ce qu’il croit.
Toutes les formes de racisme, de discrimination et de haine de l’autre, notamment les actes antimusulmans, les actes antisémites, l’homophobie et la misogynie sont des délits pénalement condamnés. Ils sont également l’expression d’une déchéance de l’esprit et du cœur qu’aucune foi sincère ne saurait accepter.
Partant de la défense de toutes les valeurs énoncées par la présente «charte des principes», les signataires s’engagent, conformément aux lois de la République, à rejeter tous les crimes contre l’humanité.
Il y a au sein de l’islam, des courants et des interprétations qui peuvent diverger : ils ne se hiérarchisent pas. Les signataires de cette charte s’engagent à accepter de débattre et d’échanger avec leurs coreligionnaires sans les disqualifier par des jugements théologiques ou politiques dictés par des théoriciens, idéologues ou des États étrangers.
Il est question de lutter notamment contre l’idéologie du takfir,(excommunication), qui est souvent le prélude à la légitimation du meurtre. Nous nous attelons ainsi à éviter la fitna (la discorde) et à privilégier l’échange dans un esprit de mutuelle bienveillance.
De même, nous appelons à faire preuve d’ouverture et à évoquer avec respect le choix de nos concitoyens en matière de conviction ou de religion, et ce au sein de nos lieux de culte avec nos fidèles, comme au sein de nos familles : « À chacun de vous, Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté, mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos divergences. » (Coran 5 : 48)

.Article 6

Rejet de toutes le formes d’ingérence et de l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques

La présente « charte des « principes », a pour objectif, clairement énoncé, de lutter contre toute forme d’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques et/ou idéologique.
Les signataires s’engagent donc à refuser de s’inscrire dans une quelconque démarche faisant la promotion de ce qui est connu sous l’appellation « islam politique». (Par « islam politique », la présente charte désigne les courants politiques et/ou idéologiques appelés communément salafisme (wahhabisme), le Tablighainsi que ceux liés à la pensée des Frères musulmanset des courants nationalistes qui s’y rattachent. )
Nous luttons avec détermination contre tout mouvement ou idéologie dont le projet détourne notre religion de son véritable objet et tente de créer des rapports de force et des fractures dans notre société.
Ainsi, nous nous engageons à ne pas utiliser ni à laisser utiliser l’islam ou le concept d’oumma(communauté des croyants) dans une optique politique locale ou nationale ou pour les besoins d’un agenda politique dicté par une puissance étrangère qui nie la pluralité consubstantielle à l’islam.
Nous refusons que les lieux de culte servent à diffuser des discours politiques ou importent des conflits qui ont lieu dans d’autres parties du monde. Nos mosquées et lieux de culte sont réservés à la prière et à la transmission de valeurs.
Ils ne sont pas érigés pour la diffusion de discours nationalistes défendant des régimes étrangers et soutenant des politiques étrangères hostiles à la France, notre pays, et à nos compatriotes Français.
Le dévoiement de la religion consistant à instrumentaliser l’islam à des fins politiques doit être rejeté avec force et sans réserve.
Nous affirmons que l’ordre politique demeure séparé de l’ordre du religieux. Aucune de nos organisations, aucun de nos préceptes ne peut avoir pour objectifs de faire valoir en France un traitement différencié pour les musulmans.
Nous prenons l’engagement d’assurer de plus en plus le financement de nos lieux de culte par des financements nationaux. Tout financement provenant de l’étranger émanant d’un État étranger, d’une organisation non gouvernementale, d’une personne morale ou physique doit s’inscrire dans le strict respect des lois en vigueur et ne donne le droit à aucun donateur de s’ingérer, de manière directe ou indirecte, dans l’exercice du culte musulman en France.
Les signataires doivent rejeter clairement toute ingérence de l’étranger dans la gestion de leurs mosquées et la mission de leurs imams.

Article 7

L’attachement à la raison et au libre-arbitre

Les objectifs d’une religion contribuent aux valeurs universelles qui fondent l’humanité. Les responsables musulmans, amènent les fidèles à la réflexion et les aident à distinguer dans les sources scripturaires, ce qui est applicable dans le contexte de la société française.
Nous affirmons que toutes les écoles doctrinales de l’islam revêtent la même légitimité et qu’il appartient à chacun parmi les fidèles de se forger sa propre opinion.
Par une adaptation harmonieuse de ces sources universalistes aux réalités de notre pays, nous voulons permettre à toute musulmane et à tout musulman de concilier sa pratique religieuse et son engagement citoyen afin de vivre les deux dans la paix et la sérénité.
Nous nous engageons également à lutter par l’enseignement et la pédagogie contre les superstitions et les pratiques archaïques, notamment celles qui prétendent relever de la« médecine » dite « prophétique » et qui mettent en danger la vie de croyants abusés.

Article 8
L’attachement à la laïcité et aux services publics


La neutralité religieuse, un des principes de laïcité, imposée aux agents investis d’une mission de service public, vise à garantir un service équitable aux citoyens indépendamment de leurs convictions religieuses et à lutter contre le prosélytisme religieux.
Les usagers quant à eux, ne sont pas soumis à cette neutralité, mais sont tenus, dans leur expression religieuse, de respecter l’ordre public établi par la loi.
En particulier, nous rappelons le rôle essentiel de l’enseignant dans notre société et l’importance de l’école qui doit être préservée des maux qui touchent la société. En cas de conflits ou de désaccords, le dialogue sera d’abord recherché et en dernier recours les tribunaux, sont habilités à arbitrer les différends.
Afin de préserver la paix civile et la concorde, nous appelons au respect envers tous les citoyens et notamment en direction de celles et ceux qui exercent une mission de service public et d’intérêt général.


Article 9

Lutte contre la haine antimusulmane, propagande et fausses informations

Les musulmans de France et les symboles de leur foi sont trop souvent la cible d’actes hostiles. Ces actes sont l’œuvre d’une minorité extrémiste qui ne saurait être confondue ni avec l’Etat ni avec le peuple français.
Dès lors, les dénonciations d’un prétendu racisme d’Etat, comme toutes les postures victimaires, relèvent de la diffamation. Elles nourrissent et exacerbent à la fois la haine antimusulmane et la haine de la France.
La diffamation et la propagation de fausses informations sont des délits. Leur interdiction est une exigence morale : « Ô vous qui croyez ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en la teneur, de crainte de faire du tort à des innocents, par ignorance, et d’en éprouver ensuite des remords» (Coran,49 : 6).
Dans notre pays, visé trop souvent par des propagandes qui le dénigrent, des millions de croyants se rendent paisiblement à l’office religieux de leur choix et des millions d’autres s’abstiennent de le faire en toute liberté. Cette réalité qui nous semble normale n’est malheureusement pas celle de nombreuses sociétés du monde d’aujourd’hui.
Nous appelons à ne pas diffuser de livres, fascicules, sites internet, blogs, vidéos, qui propagent des idées de violence, de haine, de terrorisme ou de racisme, sous quelque forme que ce soit. Les courants extrémistes s’appuient sur des concepts belliqueux (Des concepts tels que : al-wala wa-l bara (l’alliance et le désaveu),takfir wa-l hijra(anathème et exil), dar al-harb wa dar al-islam(territoire de la guerre et territoirede l’islam), etc.) , incitant à la violence et à la sécession dans des discours qui nuisent autant à la société française qu’à l’image de l’islam et des musulmans.
Nous faisons œuvre de pédagogie pour éduquer la jeunesse afin de la protéger des imams autoproclamés qui véhiculent une telle vision de l’islam. Nous privilégions le corpus français et francophone pour permettre une meilleure assimilation des concepts par les musulmans de France et une plus grande transparence du discours et nous refusons tout discours émanant de l’étranger qui vise, en toute méconnaissance des réalités de notre société, à créer la discorde et à nous diviser.

Article 10

Respect de la charte

Les signataires sont conscients que cette charte les engage conjointement et solidairement.
Ils en appliquent les principes et les valeurs dans leurs associations respectives.
Si au moins deux fédérations estiment qu’une infraction à la présente charte est commise, elles peuvent décider de l’ouverture d’une enquête contradictoire dont elles définissent le contenu. Après cette procédure contradictoire, une infraction est établie si elle est reconnue par au moins deux tiers des fédérations, par une motivation écrite.
Elle entraîne alors l’exclusion du contrevenant de toutes les instances représentatives de l’Islam de France.


Fait à Paris, le 17 janvier 2021
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Loi séparatisme

Publié le 23 janvier 2021
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Associations, universitaires et avocats dénoncent « une grave atteinte aux liberté associatives

Rédigé par Myriam Attaf |
 

© CC-BY-SA 3.0 / Richard Ying et Tangui Morlier
© CC-BY-SA 3.0 / Richard Ying et Tangui Morlier
 
Alors que les cultes ont exprimé début janvier leurs inquiétudes au sujet du projet « réconfortant les principes républicains » devant la commission spéciale chargée d’examiner le texte à l’Assemblée nationale, une cinquantaine d’associations, d’universitaires et d’avocats leur ont emboîté le pas, à l’appel de la Coalition pour les libertés associatives, pour « une grave atteinte aux libertés associatives ».

Dans une tribune parue dans Libération jeudi 21 janvier, une cinquantaine de signataires parmi lesquels Greenpeace, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature et La Quadrature du Net ont dénoncé un texte qui a pour objectif d’encadrer et sanctionner davantage l’action associative et « constitue une menace grave pour l’ensemble des associations françaises » et de leurs actions.

« Après la loi sécurité globale, le projet de loi confortant le respect des principes de la République, dite « loi séparatisme », constitue une atteinte sans précédent aux socles de notre république et menace nos libertés les plus fondamentales », soutiennent les signataires, avant de rappeler que les restrictions législatives envisagées n’impacteront pas que les associations cultuelles. « Nous, associations, collectifs, chercheur·es et avocat·es, organisés en coalition pour défendre et promouvoir les libertés associatives, tenons à alerter nos pairs, l’opinion publique et les parlementaires », lit-on.
 

Un texte « loin de contribuer à la sécurité et à la cohésion nationale »

Soulignant les conclusions du Conseil d’Etat qui avait estimé que « les mesures du projet de loi concernent pratiquement tous les droits et libertés publiques », la coalition monte aussi au créneau contre « la stigmatisation que ce projet de loi fait peser sur des personnes de confession musulmane, en raison de leur croyance ou origines supposées, en laissant croire que ce texte de loi répondrait à des enjeux de sécurité ou de “vivre-ensemble” ».

« Comment éviter que les entraves institutionnelles aux activités associatives, déjà nombreuses, souvent abusives et méconnaissant le droit, ne se multiplient à l’encontre d’acteurs qui interviennent – souvent de manière critique – dans le débat public ? », questionne-t-on.

Les signataires, qui alertent sur l’imprécision des mesures annoncées, affirment que le projet de loi induit une main mise renforcée du ministère de l’Intérieur sur le monde associatif : « Dans la droite ligne de la loi sécurité globale, qui élargit les prérogatives de police à de nouveaux acteurs, Gérald Darmanin et le gouvernement voudraient aussi faire des associations des supplétifs du ministère de l’Intérieur en insérant une clause de “sauvegarde de l’ordre public” dans le contrat républicain. Dans un contexte d’urgence et aussi de surdité des autorités aux revendications citoyennes, de plus en plus d’associations ou groupes militants ont recours à la désobéissance civile non violente qui n’a pas vocation à “sauvegarder l’ordre public”. Ces actions militantes n’en restent pas moins légitimes et parfois reconnues comme telles par les tribunaux au nom de la liberté d’expression. »

A l’aune de ces revendications, les signataires estiment que le texte est « loin de contribuer à la sécurité et à la cohésion nationale », « serait contre-productive et affaiblirait les principes républicains » si elle était votée, et « déstabiliserait l’ensemble des associations pourtant si essentielles face aux épreuves que nous traversons et pour notre démocratie ».

« Le législateur français a construit au fil du temps des lois plus équilibrées qui ne demandent qu’à être appliquées. Nous surveillerons avec attention le débat parlementaire de ces prochaines semaines, tant sur le projet de loi séparatisme que sur la loi sécurité globale qui mobilise déjà largement, pour alerter les citoyennes et citoyens français sur cette dérive autoritaire que nous constatons avec effroi et inquiétude. », concluent les signataires.
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