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Le CFCM lance une association

Publié le 18 mai 2021
Vues: 556

« transparente » pour financer le culte musulman

Cette nouvelle structure est une première réponse au discours d’Emmanuel Macron qui avait réclamé la fin des « influences étrangères » sur l’islam en France.

Le CFCM est depuis 2003 l'interlocuteur privilegie de l'Etat sur le culte musulman.

Le CFCM est depuis 2003 l’interlocuteur privilégié de l’État sur le culte musulman.

Après la visite d’Emmanuel Macron à Mulhouse le 18 février dernier, les premières actions en réponse au plan de lutte contre le « séparatisme islamiste », voulu par le président de la République, interviennent. Le CFCM et une association réformatrice ont annoncé vendredi la création d’une association « transparente » de financement du culte musulman. Lors de sa visite, le président français avait demandé l’arrêt progressif de la présence régulière sur le sol français des 300 imams étrangers – turcs, algériens et marocains – salariés par leur pays d’origine. Le président français réclame aussi un contrôle renforcé des financements étrangers des lieux de culte.

Macron à Mulhouse : amour, foi et fermeté

Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, et Hakim El Karoui, président de l’Association musulmane pour l’islam de France(Amif), veulent « donner aux musulmans de France une organisation nationale capable de répondre aux questions qu’ils se posent et que se pose l’ensemble de la société », ont-ils annoncé dans une tribune publiée sur le site du Monde. Le CFCM est, depuis 2003, l’interlocuteur privilégié de l’État sur le culte musulman et l’Amif est une initiative privée créée il y a un an avec pour projet celui de mieux réguler les secteurs économiques du pèlerinage et du halal. Après avoir travaillé en concurrence sur ces questions, ils ont finalement décidé d’« unir leurs forces ».

Réguler et « offrir une meilleure organisation des différents marchés »

Le CFCM et l’Amif veulent d’abord peser sur l’organisation, au quotidien, des activités économiques liées au culte musulman, régulièrement décriée pour son manque de transparence. C’est le cas, par exemple, de la chaîne actuelle d’organisation du voyage des quelque 23 000 à 25 000 pèlerins français allant chaque année à La Mecque ou encore du marché du halal. D’où la création de cette « association unifiée de financement du culte musulman transparente et professionnelle ». Son objectif est de réguler et « d’offrir une meilleure organisation des différents marchés ». « On commence par le pèlerinage. Le halal viendra dans un deuxième temps », a affirmé Hakim El Karoui.

Conseil du culte musulman : les jeux sont faits

La régulation économique se fera par des acteurs « indépendants », « dénués de conflit d’intérêts », et « l’argent récolté sera remis au service de la communauté, au niveau national », explique-t-il. Alors qu’aujourd’hui « les conflits d’intérêts sont partout » et « l’argent est privatisé et part localement », souligne-t-il. « On pose les bases d’un financement franco-français » du culte, se félicite-t-il, parlant d’une « première ». « S’il n’y a pas de financement français, alors on aura des ingérences étrangères ».

Le CFCM et l’Amif demandent aussi à l’État d’agir

Cette nouvelle structure devra aussi « collecter des dons et des legs ». Grâce à son système de gouvernance, notamment sur l’utilisation des fonds, elle pourra financer des projets de formation pour les imams. En ligne de mire : l’islam politique et la radicalisation. « C’est par un travail culturel et théologique ambitieux, efficace (…) que nous pourrons contrer les discours de haine, de séparation (…). Ce travail théologique de fond doit nourrir la nécessaire formation en France d’imams français », affirme la tribune, alors que la France manque de ministres du culte formés.

Roqya et hijama : « L’exorcisme à la saoudienne explose en France »

Cette structure n’a pas vocation, en revanche, « à permettre de construire des mosquées », précisent Mohammed Moussaoui et Hakim El Karoui, une responsabilité laissée aux communautés locales. Dans ce texte, le CFCM et l’Amif demandent aussi à l’État d’agir. D’abord en faisant « interdire les financements provenant de personnes ou d’États qui s’inscrivent en dehors des accords traditionnels et historiques avec les pays dont le lien sociologique avec la France est avéré et ancien ». Sont visés, sans être cités, les pays du Golfe.

« La République doit défendre les citoyens français de confession musulmane quand leur liberté de conscience n’est pas respectée », réclament aussi les auteurs du texte, fustigeant également « la montée de la haine antimusulmane » et « l’ultradroite qui menace ». Enfin, autoriser les lieux de culte à exploiter des biens immobiliers, leur permettant ainsi d’avoir une source de financement supplémentaire. Une proposition à l’étude au gouvernement, selon un responsable de culte.

  • EXCLUSIF. Communautarisme : la feuille de route du gouvernement
  • Islam : « L’État doit rester en dehors de l’organisation financière du culte »
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Les finances du culte musulman

Publié le 18 mai 2021
Vues: 1 126
Quels moyens pour le culte musulman en France pour trouver des finances. 

Depuis la loi de 1905, les lieux de culte ne perçoivent aucune subvention publique. Entre dons privés et financements étrangers, les mosquées ont donc trouvé d’autres moyens de se financer. Quels moyens pour le culte musulman en France ?

Représentation de la cour de la mosquée Al-Azhar. C'est une des plus anciennes mosquées du Caire et siège de l'université du même nom.
Représentation de la cour de la mosquée Al-Azhar. C’est une des plus anciennes mosquées du Caire et siège de l’université du même nom.• Crédits : Ivan Bilibin, 1928

Le financement de l’islam, au même titre que celui des autres religions en France est un débat ancien. Depuis 1905, les Églises et l’État sont séparés et les institutions religieuses ne perçoivent aucun financement public. Les lieux de culte s’appuient donc sur d’autres revenus pour assurer leurs activités. Selon un rapport sénatorial datant de l’été 2016, “le financement du culte musulman se rapproche de celui des autres cultes, notamment du culte catholique, qui provient à 80 % des dons des fidèles”. 

Mais à ce financement individuel s’ajoute une deuxième source de revenus : les financements étrangers. Malgré les idées reçues, ces apports sont relativement limités. Selon le même rapport, ceux-ci proviennent d’un petit nombre d’Etats et subventionnent seulement quelques mosquées, souvent des grandes mosquées régionales. Les principaux Etats donateurs sont le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, mais aussi la Turquie qui rémunère indirectement ses cadres religieux et qui privilégie l’aide au fonctionnement à travers l’envoi d’imams, plutôt que la subvention des associations cultuelles. Chaque année, ces transferts d’argent s’élèveraient à quelques millions d’euros.

Malgré ce montant relativement bas, le financement étranger des mosquées françaises interroge, notamment celui qui se fait par des dons privés qui demeurent souvent sous le couvert de l’anonymat. À ce titre, le Président Macron affirmait début octobre son souhait de “libérer l’islam de France des influences étrangères”. Pour essayer de mieux comprendre les mécanismes du financement de l’islam en France, nous avons fait appel à Haoues Seniguer politologue, maître de conférences à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle, laboratoire pluridisciplinaire.

Pourquoi le financement du culte musulman est-il dans le collimateur du gouvernement ?

Image d'illustration d'un homme priant à la mosquée
Image d’illustration d’un homme priant à la mosquée − iStock

Le gouvernement veut s’attaquer au financement des associations et lieux de culte musulmans. Pourquoi ? Quelles solutions envisage-t-il ? LCI a sollicité l’analyse de la sénatrice UDI Nathalie Goulet.

Justine Faure 
 

Après l’assassinat terroriste du professeur d’histoire-géo Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, vendredi 16 octobre, le gouvernement veut accélérer la lutte contre l’islamisme. L’une des pistes privilégiées est de mieux contrôler le financement des lieux de culte. Pourquoi l’origine des fonds dont bénéficient les associations musulmanes et des mosquées est-elle au cœur du problème ? Les propositions du gouvernement en la matière sont-elles suffisantes ? 

LCI a interrogé la sénatrice UDI de l’Orne Nathalie Goulet, ex-présidente de la Commission d’enquête sénatoriale sur la lutte contre les réseaux djihadistes, et auteure du rapport “De l’Islam en France à un Islam de France, établir la transparence et lever les ambiguïtés”. 

  • Lutte contre l’islamisme : ce que proposent les Républicains et le Rassemblement national
  • Professeur décapité : qui est Abdelhakim Sefrioui, cet islamiste radical placé en garde à vue ?
  • Turc, arabe, croate, portugais… à l’école : Macron veut mettre fin au financement polémique par des pays étrangers

LCI : Le président de la République veut inciter les mosquées à sortir de la forme associative (loi 1901) pour basculer vers le régime prévu par la loi de 1905, qui contrôle davantage leur financement. Est-ce une bonne mesure ? 

Nathalie Goulet : Oui, c’est une bonne solution, que j’ai déjà proposée 50 fois. Aujourd’hui, par tricherie et facilité, les associations utilisent la loi de 1901, dont le statut permet plus de laxisme dans la transparence financière. Or, il faudrait que toutes les associations qui ont un lien direct ou indirect avec un lieu de culte utilisent le statut de 1905 et aucun autre, au moins pour ce qui concerne les obligations financières et de transparence. Aujourd’hui, c’est difficile car le problème ne vient pas des musulmans ; beaucoup d’associations, notamment chrétiennes et presbytériennes, ne veulent pas entendre parler de ce changement de statut car la légèreté de transparence leur va bien. Or, si on l’impose aux musulmans, au nom de l’égalité devant la loi, il faut l’imposer à tous. 

Bruno Le Maire a dit dimanche vouloir agir contre le financement du terrorisme via les cryptomonnaies. Est-ce un phénomène de grande ampleur ?

Ça ne me semble pas être le sujet du jour, non. Qu’on s’occupe déjà de ce qui existe avant de s’occuper du virtuel. Mettons plutôt l’accent sur le statut des associations, l’expulsion des imams qui prêchent contrairement aux lois de la République, l’interdiction des Frères musulmans, l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, etc. 

“Le problème du financement étranger, c’est qu’il est conditionné”

Pourquoi y a-t-il un problème avec le financement des associations ou lieux de culte musulmans ?

Nous avons évalué à hauteur de 30% le financement étranger de l’islam en France. Le problème du financement étranger, c’est qu’il est conditionné. Si une puissance ou une organisation étrangère apporte de l’argent à une mosquée, en contrepartie elle impose un imam. Aujourd’hui, il est possible de contrôler le financement étranger mais on ne peut pas l’interdire. Car dans ces cas-là, il faudra aussi interdire à Poutine de construire sa cathédrale à Paris. Si vous mettez des règles pour l’islam, il faut les mettre pour les autres. 

Il faut limiter les financements à des financements français ou contrôlés. C’est pourquoi je suis très hostile à l’accord trouvé entre Emmanuel Macron et l’Arabie saoudite pour financer la formation des imams via la structuration du pèlerinage du hajj à La Mecque. Je pense que cela remet une fois encore le financement de l’islam de France aux mains d’une puissance étrangère.

Comment la “loi sur les séparatismes” veut contrôler le financement du culte musulman

Parmi les dispositions prévues dans le projet de loi sur les séparatismes, présenté mercredi en Conseil des ministres, figure une mesure faisant évoluer le statut des associations structurant les cultes, notamment musulman. L’objectif est de pouvoir contrôler plus strictement le financement de ces associations.

Le “projet de loi sur les séparatismes”, renommé “projet de loi visant à conforter les principes républicains”, est présenté mercredi matin en Conseil des ministres. Le texte, qui vise d’abord à lutter contre l’islamisme politique, et que toutes les oppositions politiques sont prêtes à combattre, prévoit de vrais changements, notamment dans le financement du culte musulman.

Concrètement, aujourd’hui, toutes les associations structurant le culte musulman sont des associations loi de 1901, c’est-à-dire sans possibilité de déduction fiscale et sans obligation, surtout, de transparence. Des financements opaques qui servent parfois des dérives radicales, et c’est là tout le problème. La solution pour le gouvernement, c’est de changer le statut des associations qui gèrent les mosquées, en les faisant passer sous le statut de la loi 1905, comme c’est le cas pour toutes les autres grandes religions. La loi 1905 garantit, notamment, la transparence totale des comptes.  

Des subventions conditionnées à une charte républicaine

Autre disposition nouvelle : les dons étrangers supérieurs à 10.000 euros seront obligatoirement déclarés préalablement et certifiés par des commissaires aux comptes.  Enfin, les associations cultuelles musulmanes qui demandent des subventions publiques devront signer une charte républicaine qu’elles devront respecter à la lettre, faute de quoi, non seulement, elles ne toucheront plus un euro de l’Etat, mais elles devront rendre l’argent reçu. 

Ce projet de loi, porté par Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, et Eric Dupond-Moretti, son confrère de la Justice, n’a pas d’autre visée, selon Emmanuel Macron, que d’aider l’islam à mieux s’ancrer dans la République et ses valeurs. En substance, pour reprendre la formule présidentielle : “à être pleinement Français”.

Par Louis de Raguenel, édité par Rémi Duchemin

Une association de financement du culte musulman “transparente” va être créée

Cette association permettra la formation en France d’imams français. 

Article rédigé par franceinfo avec AFP France Télévisions

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et une association réformatrice se sont mis d’accord, vendredi 6 mars, pour créer une association “transparente et professionnelle” de financement du cultemusulman, une première en France qui répond à la volonté d’Emmanuel Macron de lutter contre le “séparatisme islamiste”. Cette association permettra la formation d’imams français.

Dans une tribune publiée sur le site du Monde vendredi, Mohammed Moussaoui, président du CFCM, et Hakim El Karoui, président de l’Association musulmane pour l’islam de France (Amif) annoncent avoir “décidé d’unir (leurs) forces”. Le CFCM, interlocuteur privilégié de l’Etat sur ce sujet, et l’Amif, créée il y a un an pour mieux réguler les secteurs économiques du pèlerinage et du halal, étaient pourtant en concurrence.

L’association ne financera pas les mosquées

Ces deux instances répondent au discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse, le 18 février. Le chef de l’Etat avait notamment dit vouloir la fin des “influences étrangères” sur l’islam en France et annoncé un “plan d’action”. Elles ont ainsi créé ensemble une “association unifiée de financement du culte musulman transparente et professionnelle”, en soulignant le “besoin de financements clairs et transparents avec une organisation ad hoc”.

L’objectif est de réguler et “d’offrir une meilleure organisation des différents marchés” économiques liés à l’islam. “On commence par le pèlerinage à La Mecque. Le halal viendra dans un deuxième temps”, a affirmé Hakim El Karoui. La régulation économique se fera par des acteurs “dénués de conflit d’intérêts”, et “l’argent récolté sera remis au service de la communauté, au niveau national”, explique-t-il. Alors qu’aujourd’hui “les conflits d’intérêts sont partout” et “l’argent est privatisé et part localement”, souligne-t-il.

Cette nouvelle structure devra aussi “collecter des dons et des legs” et, grâce à sa gouvernance, notamment sur l’utilisation des fonds, pourra financer des projets de formation pour les imams. Cette structure n’a pas vocation, en revanche, “à permettre de construire des mosquées”, précisent le CFCM et Hakim El Karoui.

Six idées reçues sur le financement des mosquées et du culte musulman

 

La mosquée Al-Ihsan d’Argenteuil, lors de son inauguration en 2010. (Photo Miguel Medina. AFP)

par Balla Fofana

La question revient régulièrement dans le débat, et notamment lors du débat de la primaire à droite. Le point sur la question du financement des mosquées et du culte musulman.

1. Les mosquées en France sont majoritairement financées par des pays étrangers 

FAUX. Dans un récent rapport sur l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte, les deux sénatrices Corinne Féret (PS), Nathalie Goulet (UDI) et le sénateur André Reichardt (LR) soulignent que le financement de la construction et de l’entretien des mosquées est assuré majoritairement par la communauté musulmane elle-même. Et ce grâce aux dons des fidèles, notamment pendant le mois du ramadan, mois durant lequel les croyants sont amenés à faire preuve d’une grande générosité entre aumônes spontanées (sadaqa) et «l’aumône purificatrice obligatoire» de la fin du mois de jeûne (zakât al-fitr). Amar Lasfar, président de l’UOIF qui rassemble le plus grand nombre de mosquées parmi les grandes fédérations nationales, a ainsi indiqué que «hormis une vingtaine de mosquées financées par des organisations ou des Etats étrangers, l’immense majorité est financée par la communauté musulmane».

Selon Bernard Godard, le «monsieur islam» du ministère de l’Intérieur, la proportion d’argent venant de l’étranger (mécènes privés et Etats) est de 20 à 30%. Ces deniers iraient souvent aux lieux de culte les plus grands, notamment les «mosquées-cathédrales», qui ne sont pas connues comme des foyers de radicalité. Pour ce spécialiste, les mosquées salafistes (environ 120 sur 2 500 lieux de culte musulmans) sont moins payées par l’étranger, car les pays du Golfe se méfieraient à l’idée de voir arriver leurs financements dans de tels circuits.

2. Les mosquées sont principalement financées par l’Arabie Saoudite et le Qatar

FAUX. Selon le rapport d’information du Sénat, les subventions des principaux Etats s’élèvent à quelques millions d’euros par an : 6 pour le Maroc (dont le salaire de ses imams), 2 pour l’Algérie allant à la Grande Mosquée de Paris, 3,8 de l’Arabie Saoudite en tout depuis 2011, tandis que la Turquie finance indirectement ses cadres religieux. «Ce n’est pas l’Arabie Saoudite», avec son idéologie wahhabite rigoriste, «qui gouverne l’islam de France, ce sont les pays d’origine», principalement l’Algérie, le Maroc et la Turquie, rappelle Nathalie Goulet. Même si selon plusieurs sources, le rapport «oublierait» d’importants bailleurs de fonds comme le Qatar, les sénateurs estiment que le pays «n’est pas le plus gros bailleur de fonds». La fondation Qatar Charity et d’autres structures similaires issues des pays du Golfe aident surtout «à financer la mise en place d’établissements privés musulmans – l’achat du bâtiment par exemple, mais pas le fonctionnement» explique Makhlouf Mamèche, président de la Fédération nationale de l’enseignement privé musulman (FNEM).

A lire aussiLes sénateurs critiquent un islam de France sous influence étrangère

3. La France peut se passer des financements étrangers pour ses mosquées

DIFFICILE. Il est difficile, en l’état, de faire sans les financements étrangers. Le contribuable ne peut se substituer aux donations étrangères, ce serait une violation de la laïcité. Pour Nathalie Goulet, l’une des pistes d’avenir serait de relancer la Fondation des œuvres de l’islam pour recueillir, dans la «transparence» et la «traçabilité», les financements étrangers. Notons tout de même que lorsque l’argent arrive sur un compte bancaire, Tracfin, l’organisme du ministère de l’Economie et des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, est prévenu. «Les ministères savent donc d’où viennent les financements extérieurs. Les fonds perçus par les mosquées ne sont donc pas incontrôlés et/ou incontrôlables», explique la sénatrice UDI. Le problème principal reste dû à l’échec d’un projet de centralisation financière des moyens de l’islam de France. D’où l’idée de relancer la Fondation des œuvres de l’islam.

L’exécutif lance la rénovation express de la Fondation pour les œuvres de l’islam de France

4. La France peut former seule ses imams 

PAS POUR LE MOMENT. L’idée semble illusoire dans l’immédiat, faute de structures d’enseignement suffisantes. Pour animer leurs prêches, les associations cultuelles musulmanes ont besoin des quelque 300 «imams détachés» par la Turquie (151), l’Algérie (120) et le Maroc (30). Ils sont souvent les plus stables professionnellement et les mieux formés en théologie parmi les quelque 1 800 imams exerçant en France, dont un grand nombre sont rémunérés à temps partiel, voire sont bénévoles. Le gouvernement a d’ailleurs renforcé ces derniers mois les accords avec Rabat et Alger pour la formation et le contrôle de ces cadres.

«La priorité, c’est la formation des imams, des aumôniers»

5. Pour financer les mosquées, l’Etat peut mettre en place une taxe sur les produits halal

FAUX. Dans le cadre d’une République laïque basée sur le principe de la séparation des Églises et de l’État, l’hypothèse d’une taxe halal débouche sur un obstacle juridique. Prélever une taxe pour l’affecter au culte musulman contreviendrait, en effet, à l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905. L’attribution d’une recette fiscale à un organisme privé n’est possible que s’il exerce une mission de service public, «ce que ne saurait être l’exercice du culte sous l’empire de la loi de 1905» révèle le rapport sur l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte.

A cette impasse juridique, s’ajoute un obstacle théorique. Il n’y a pas de norme unifiée du halal pour définir une assiette fiscale. L’idée d’un financement par la vente de viande halal calquée sur le modèle de la cacherout juif n’est pas envisageable. Ce système de financement rabbinique, mis en place bien avant la révolution industrielle, permet le prélèvement d’un pourcentage sur la vente de viande issue d’un abattage rituel et redistribué pour financer des activités religieuses. Les certifications casher sont attachées à des autorités rabbiniques alors que les certificats halal sont vendus par des entreprises commerciales qui n’ont pas à rendre compte à une autorité religieuse.

 Financer le culte musulman par la viande halal ?

Il existe enfin un obstacle politique lié à l’organisation du culte musulman. Difficile d’imaginer une affectation consensuelle d’une taxe halal entre les différentes fédérations musulmanes. La mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM), en 2003, n’a pas réussi à faire émerger un islam hexagonal unifié. Mais a produit paradoxalement l’effet contraire, renforçant le poids des pays d’origine : la fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris pour l’Algérie (FNGMP), le Rassemblement des musulmans de France (RMF) pour le Maroc et le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) pour la Turquie. Les intérêts divergents de toutes ces fédérations ont provoqué de féroces luttes intestines qui ont paralysé le CFCM, structure éloignée des musulmans de France. Une «taxe halal» finançant le culte musulman n’est envisageable que si elle est mise en place par les représentants de culte eux-mêmes comme une redevance privée pour services rendus, à l’image de la cacherout. Le rapport explique qu’il faudrait pour cela réunir deux conditions:

1) Un accord des différentes composantes de l’Islam sur une norme commune du halal. La «charte du halal» développée par le CFCM n’en constitue qu’une ébauche, puisqu’elle d’autres normes définies par différents acteurs du halal s’y superposent.

2) Un accord des différentes fédérations sur l’affectation du produit. La recette ainsi générée devrait être ensuite répartie entre les différents projets, mosquées existantes ou centres de formation des imams.

Les quatre plaies du Conseil du culte musulman

6. Les mosquées sont les seuls lieux de culte financés par l’étranger

FAUX. «Si vous commencez à parler de mettre fin à l’argent venu de l’étranger pour les lieux de culte, va se poser la question de la réfection des temples protestants», prévient Bernard Godard. Et le spécialiste de confirmer que le plus gros financement actuellement engagé concerne non pas une mosquée, mais une cathédrale orthodoxe russe. Moscou a en effet, fourni un apport d’environ 100 millions d’euros.

Culte musulman : un financement opaque

  • Bruna Basini

La France ne compte pas assez de mosquées par rapport au nombre de pratiquants musulmans. Le financement de celles-ci reste en question.

La mosquée de La Duchère à Lyon.
 
La mosquée de La Duchère à Lyon. (Sipa)

L’islam est un culte en rattrapage au regard de son patrimoine immobilier. Les milliers de mosquées répertoriées en France en 2016 n’offrent pas assez de surface aux presque deux millions de pratiquants. Selon les rapports d’informations des sénateurs Hervé Maurey et Nathalie Goulet, la France compte aujourd’hui 2.450 mosquées dont seulement 8% font plus de 500m2. 700.000 m2 manqueraient à l’appel, ainsi qu’une enveloppe supplémentaire de 150 à 200 millions d’euros, selon Hakim El Karoui, auteur d’un rapport sur l’islam pour l’Institut Montaigne. De quoi entretenir et construire de nouvelles mosquées et mieux rémunérer et former les imams.

Islam de France : ce que veut faire Macron

Les Etats marocain, algérien et saoudien contribuent à financer les mosquées

Actuellement, la communauté musulmane finance l’essentiel de son culte via des dons et l’aumône obligatoire (zakat). Les Etats turc, marocain, algérien et saoudien y contribuent pour le solde ainsi que des donateurs privés étrangers. Le système reste opaque. Beaucoup d’associations cultuelles s’organisent sous le statut loi 1901 avec des obligations comptables minimales. Sur les contributions des Etats et de groupes caritatifs étrangers plane le soupçon qu’elle soient idéologiquement orientées (Frères musulmans, salafistes…) et difficilement traçables.

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Sonia Mabrouk: Mon mariage d’amour avec la culture française

Publié le 18 mai 2021
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Grand entretien avec la journaliste qui publie “Insoumission française” (L’Observatoire)

 

Gil Mihaely

 
Sonia Mabrouk: Mon mariage d’amour avec la culture française

                      La journaliste Sonia Mabrouk © Hannah Assouline

Le constat que dresse la journaliste franco-tunisienne de l’état de la France n’est pas brillant. L’intégration des populations venues de pays musulmans est un échec, les nouveaux antiracistes sont un danger et la tendance woke veut faire table rase de notre civilisation.


Causeur. Le 19 avril, dans une cité de Montpellier, Emmanuel Macron a été interpellé par une mère de famille portant le voile : « Mon fils m’a demandé si le prénom de Pierre existait vraiment. Cela m’a vraiment choquée. » Qu’en avez-vous pensé ?
Sonia Mabrouk. Ce qui m’a frappée, c’est que le président, qui d’habitude ne manque pas de repartie, ne réponde pas à cette femme. Est-ce révélateur de son malaise face à la question ? Le sujet était-il trop sensible pour lui ? Quelle qu’en soit la raison, il a raté une occasion d’expliquer sa position directement aux plus concernés.

Qu’auriez-vous répondu ?
Deux choses. D’abord, qu’elle avait entièrement raison sur le fond et que sur la forme elle résumait en quelques mots ce que des responsables politiques, des intellectuels et des journalistes dénoncent depuis des années : l’absence de mixité dans les quartiers dits populaires, pour ne pas dire immigrés. Ensuite, je l’aurais invitée à s’interroger sur elle-même. Elle n’est pas une victime passive de ce phénomène qui n’est pas seulement social mais aussi, voire surtout, culturel. Exemple, le voile, que certaines portent comme un étendard politique.

Supposons un instant que le voile soit seulement religieux. Cela ne poserait aucun problème, selon vous, qu’il soit majoritaire dans certains quartiers ?
D’abord, tout est lié. En français, on porte le voile et on porte un prénom. Donc la mère porte le voile, ses fils portent certains prénoms et pas d’autres. Bref, on ne peut pas exclure que cette femme déplore les conséquences dont elle chérit les causes. Car vous avez raison, même quand le voile n’est pas un étendard, si la majorité des femmes le portent, cela devient une norme dans un territoire. Et ceux qui ne veulent pas de cette norme s’en vont. En 1989 déjà, après l’affaire du foulard de Creil, Gisèle Halimi parlait d’un « apartheid ». Le voile islamique, qu’elle appelait alors tchador, est un emblème religieux et politique qui doit rester en dehors de l’école, disait-elle de sa voix affirmée et légèrement aiguë. Or, face au féminisme universaliste de Gisèle Halimi, un autre « féminisme », dévoyé, fait cause commune avec les racialistes, les décolonialistes et autres indigénistes.

Entre les « accueillants », l’État et la société française, et les « accueillis », les immigrés et leurs descendants, comment se partagent les responsabilités dans la constitution de ces quartiers que certains qualifient de ghettos ?
L’intégration des populations immigrées des pays musulmans est globalement un échec dont la responsabilité est partagée. On ne saurait l’imputer seulement aux erreurs bien réelles des politiques de logement, d’urbanisme et d’immigration. Il y a des responsabilités individuelles et communautaires. On ne peut pas, comme la femme de Montpellier, dénoncer la communautarisation de la société sans se demander si on en est soi-même un acteur. La solution ne viendra donc pas des politiques de logement ou de la ville, mais d’un projet qui remettra au premier plan la fierté nationale et l’amour de la France. Le président aurait dû oser dire que certains prénoms sont plus français que d’autres.

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Vous avez évoqué un « échec global » de l’intégration, et ne parlons pas de l’assimilation. Cet échec est-il aggravé par l’origine culturelle des immigrés ?
En effet, les immigrés à l’assimilation réussie sont les Italiens, les Polonais, les Espagnols ou les Vietnamiens qui se sont totalement fondus dans la population française. Cependant, à la différence des autres immigrations, le flux migratoire de Français d’origine maghrébine ne s’est jamais arrêté depuis les Trente Glorieuses, aussi les chiffres ne sont pas comparables et les situations non plus. En revanche, le cas de la Tunisie est riche d’enseignements. En raison de la guerre civile en Libye, la Tunisie a accueilli énormément d’immigrés ou de réfugiés. À un moment donné, elle a dit stop ! Et ce n’était pas à cause des différences culturelles ou religieuses, mais parce qu’il arrive un moment où trop, c’est trop ! Ce qui est absurde, c’est qu’on ait le droit de le dire en Tunisie et pas en France.

Si « s’intégrer », c’est accrocher son wagon à la locomotive France et que « s’assimiler », c’est se mêler aux passagers du train, vous définiriez-vous comme assimilée ou intégrée ?
Le mot « assimilation » me gêne, parce qu’il suggère que tout ce qu’on apporte avec soi est forcément contraire aux valeurs du pays où on arrive. Or, je ne le pense pas, c’est pourquoi je préfère « intégration » : la culture d’origine peut être une richesse, mais elle enrichit une culture hégémonique, une culture de référence, la culture française.

Quand vous avez passé ce contrat avec la France, qu’avez-vous laissé dehors ?
Dans mon cas, il n’y avait pas de pratiques culturelles et religieuses à abandonner. Cependant, je me suis convertie à la laïcité à la française, ce qui n’était pas évident d’emblée. Mais le plus important, c’est que j’ai épousé la culture française et que c’est vraiment un mariage d’amour !

Qu’est-ce qui fait la différence entre ces immigrés qui sont devenus des Français comme vous et moi, et même des amoureux de la France, et ceux qui la détestent ?
Pour moi, c’est clairement l’éducation. J’ai appris en même temps à aimer les livres et à aimer la France.

Avec la culture, vous avez épousé une histoire. Étiez-vous consciente qu’elle contenait aussi des pages sombres ?
Évidemment ! L’histoire française, on l’assume en bloc, mais on regarde ce bloc avec des yeux grands ouverts. C’est pour cela que la « déconstruction de notre histoire » est un grave péril.

Ce sont les termes exacts employés par le président dans un entretien à la chaîne américaine CBS. Pour lui, cette déconstruction est nécessaire pour faire de la place aux nouveaux arrivés. Qu’en pensez-vous ?
Je ne veux pas faire au président un procès d’intention, il faudrait réécouter tout l’entretien. Ce qui me dérange, c’est qu’il semble adapter son discours au média auquel il s’adresse, en d’autres termes dire à chacun ce qu’il veut entendre. Il voulait dire aux Américains qu’il comprend ce qui se passe chez eux, avec BLM et le woke, même si chez nous ce n’est pas pareil. D’abord, même pour l’Amérique, on peut être critique quant à cette nouvelle idéologie qui devient dominante, dans les grands médias et les universités. Surtout, le président a – encore – raté une occasion d’affirmer sa fierté d’être français. Nous glissons vers une culture de la contrition où on nous demande, que dis-je, on nous somme, de nous battre la coulpe, de nous incliner, de nous agenouiller sous peine d’être extrême-droitisé. Je refuse – et nous devrions tous refuser – de vivre dans une perpétuelle repentance. Ce mélange d’autodénigrement, de servitude et de rancœur est un poison mortel qui coule dans les veines du pays. Ce breuvage, servi matin, midi et soir par les racialistes et consorts, a déjà réussi à introduire une fêlure dans notre croyance au Légendaire français. Il leur reste désormais à déboulonner les derniers clous qui soutenaient l’idée même de Nation.

Cela nous amène à votre livre. Vous identifiez six mouvances qui, au nom des femmes, des minorités sexuelles, des damnés de la terre, des musulmans ou de la planète, nous demandent justement de faire repentance. Et selon vous, leurs militants ne manquent pas toujours d’arguments. Lesquels ?
Prenons l’exemple du néo-féminisme. Quand on entend Alice Coffin, on est parfois d’accord avec elle.

Première nouvelle !
Laissez-moi m’expliquer ! Par exemple, il est déplorable qu’elle ait été virée de la Catho, où elle enseignait, pour avoir déclaré qu’elle entendait « éliminer les hommes »de sa vie, des livres, des films. Aussi choquante soit cette affirmation, elle relève de la liberté d’expression. Seulement, quand je l’ai interrogée sur l’expulsion violente de Sylviane Agacinski de l’université de Bordeaux, elle a fait cette réponse glaçante : ce n’est pas la même chose, il faudrait interdire les propos d’Agacinski ! Tous ces groupes que je qualifie de déconstructeurs ont un objectif commun : rompre l’équilibre de notre société et de la civilisation occidentale, et pour ce faire criminaliser le sentiment national. L’influence de leurs idées ne cesse de progresser. Leur ruse est de proposer des universalismes alternatifs. À la place de « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! » c’est – au choix – victimes du patriarcat, damnés de la terre, « racisés » unissez-vous ! Sauf que c’est faux. Ces gens croient détenir la vérité absolue et refusent le débat. Ce sont des religieux, pas des philosophes.

Il y a de nombreuses demeures dans la maison intersectionnelle. Laquelle de ces mouvances vous inquiète le plus ?
La plus puissante aujourd’hui est probablement celle des antiracistes qui ont des figures de proue comme Assa Traoré. Ils ont le vent des médias anglo-saxons en poupe et une assise sociologique prometteuse. À l’époque de la Marche des Beurs et de SOS Racisme, les enfants d’immigrés arabes dominaient la « jeunesse des quartiers » et l’histoire algérienne était au cœur du récit victimaire. Aujourd’hui, le nouvel antiracisme, ce sont des leaders noirs qui mettent en avant l’esclavagisme, mais dans les cortèges et la troupe il y a encore beaucoup de Français d’origine maghrébine. Ils flattent un sentiment puissant, dont le potentiel mobilisateur est bien plus fort que celui des théories du genre. Je ne suis pas sûre que cette hégémonie soit le fruit d’une volonté de dominer la scène.

Assa Traoré à la manifestation contre la proposition de loi “sécurité globale”, Paris, 28 novembre 2020 © Samuel Boivin / NurPhoto via AFP

Vous êtes bien candide !
Bien sûr que non ! Aucune candeur, mais une volonté de voir la réalité de ces groupes sans en exagérer la puissance ! Toutefois, j’insiste, c’est une erreur de les réduire à des querelles académiques et à des confrontations corporatistes à l’université. L’éditorialiste américain Andrew Sullivan explique que nous vivons tous sur un campus mondial. Il y a quelques années, on pouvait encore dire que ça ne concernait que quelques étudiants. Aujourd’hui, ce mouvement d’essence totalitaire drapé dans sa bien-pensance morale infuse dans les interstices de la société.

L’obsession raciale des antiracistes est abondamment pointée. Ce qui l’est moins, c’est le triomphe du sentiment – Eugénie Bastié en parle très bien dans son livre –, « je ressens, donc je suis ». Vous-même avez tiqué lorsqu’Élisabeth Lévy a prononcé l’expression « tête d’Arabe ».
Reconnaissez-moi une plus faible promptitude que d’autres à me sentir offensée. Je ne serai jamais dans le « je ressens, donc je suis ». En tant que journaliste, j’ai un rôle de « modératrice » qui ne consiste évidemment pas à faire la police des propos tenus sur mon plateau, mais à les faire préciser. C’est dans cet objectif que j’ai interpellé Élisabeth Lévy pour ne pas laisser cette expression sans explication de sa part. Les réseaux sociaux se sont emparés de ce moment et la culture de l’extrait a encore frappé. En ce qui me concerne, parenthèse refermée.

Eugénie Bastié : “Observer la vie intellectuelle m’a rendue moins péremptoire”

Comment expliquez-vous que la société française résiste mieux que d’autres à ces nouvelles idéologies ?
On assiste depuis quelques années à un grand remplacement du sacré par l’idée de « progrès ». Mais, ici ou là, des « Gaulois réfractaires » résistent à cette conversion à un progressisme échevelé ! Nous avons intimement conscience que ce progrès marketé, ce progressisme à la sauce woke n’est rien d’autre que la civilisation du vide. Nous avons, collectivement, perdu le goût et le chemin du sacré et du beau. Le théologien Henri de Lubac parle d’« atrophie du sacré ». La nature humaine a besoin de transcendance, encore plus quand les forces déconstructrices s’emploient à nous faire détester la France et ses héros.

En tout cas, vous refusez le défaitisme.
La reconquête est possible pour peu qu’on partage un constat : la France n’est pas réductible à la République. La République n’est pas un contenu, c’est un règlement de copropriété qui cadre nos conflits. Face à des projets identitaires, cela ne suffit pas. René Girard a écrit une phrase qui devrait nous interpeller : « [Il faut] entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Girard appelle à un changement de mode de pensée. Il dit, en substance, qu’il nous faut épouser une vision millénaire, retrouver une part de sacré.

La République, un règlement de copropriété, vous exagérez. Il y a un esprit républicain, un habitus, des mœurs, un imaginaire.
Sans doute, mais cet imaginaire ne fonctionne plus, il ne fabrique plus de sacré. Il s’agit de retrouver une liturgie, un sacré non religieux. Et d’expliquer au peuple français comment demeurer. Il y a quelque chose qui préexiste à tout cela et l’englobe. Ça s’appelle la civilisation française, et même la civilisation chrétienne, un mot que personne n’ose prononcer.

Et pour cause, comme le dit Jean-Louis Debré à propos de Napoléon, « ce serait une provocation ». Croyez-vous vraiment pouvoir refaire nation par le christianisme ?
L’héritage chrétien ne doit plus être considéré comme un fardeau, mais comme le socle d’une culture commune, hégémonique, celle qui fait du lien. Il faut dépasser la question de la croyance. On peut comprendre la portée d’un texte religieux sans y adhérer comme croyant. Les Français de confession musulmane doivent comprendre que lorsqu’on parle de racines chrétiennes, ce n’est pas contre eux, mais avec eux. Pour l’ensemble des Français, les églises sont des lieux de mémoire, pas de sacrements.

Pouvez-vous imaginer des mesures concrètes pour traduire cette logique en politique ?
Je ne fais pas de politique, je veux donner l’alerte. Arrêtons de regarder l’effondrement de notre civilisation comme des sismologues observant un tremblement de terre sur Mars. On ne reconstruit pas une nation sur la honte. Il faut retrouver l’envie de la grandeur et le goût de l’honneur. Nous avons tous une dette à l’égard de la France. Cela nous interdit de renoncer.

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Conflit israélo-palestinien 

Publié le 18 mai 2021
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Les raisons du regain de violence

L’équipe Ça m’intéresse
 
Conflit israélo-palestinien : les raisons du regain de violence

                          Conflit israélo-palestinien : les raisons du regain de violence
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Marie Durrieu, Université Clermont Auvergne (UCA)

Depuis plusieurs jours, le monde a les yeux tournés vers le conflit israélo-palestinien. Voilà plusieurs années que le Proche-Orient n’avait pas connu une telle escalade.

À Jérusalem-Est, après une semaine d’affrontements consécutifs à des menaces d’expulsion de familles palestiniennes, des tensions ont éclaté sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam. L’esplanade a été investie par les forces de l’ordre israéliennes le vendredi 7 mai. Des heurts ont éclaté à l’heure de la prière du soir. Résultats : 520 Palestiniens et 32 policiers blessés.

Suite à cela, plus de 1 000 roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza, par le Hamas, vers Israël. En réponse, Tsahal multiplie les frappes sur la bande de Gaza. On compte déjà plus de 150 morts palestiniens et 10 morts du côté israélien.

Pourquoi ces violences éclatent-elles à ce moment précis ? La colonisation, l’expropriation, le contrôle des territoires, les incarcérations massives sont des réalités quotidiennes des Palestiniens. L’administration Trump a donné plus d’une raison au peuple palestinien d’exprimer colère et frustration. Pourtant, c’est aujourd’hui seulement que la violence resurgit – les derniers affrontements comparables remontant à l’opération « Brodure protectrice » à Gaza en 2014.

L’impact de la politique israélienne sur la relation israélo-palestinienne est bien connu : la difficulté à former un gouvernement et la montée de l’extrême droite sont des éléments qui contribuent à l’annexion des territoires palestiniens et à l’éloignement de la solution à deux États. Mais qu’en est-il de la politique palestinienne ? Est-ce un hasard si cette résurgence des violences survient quelques jours après l’annulation des législatives prévues en Palestine le 22 mai, qui auraient représenté le premier scrutin palestinien en quinze ans ?

À qui profitait le statu quo ?

En 1993, l’OLP et Israël ont signé les accords d’Oslo : une déclaration de principe qui a créé l’Autorité palestinienne. Ces accords ont été accueillis comme une lueur d’espoir pour la paix. Seulement, la tragédie d’Oslo, c’est que l’accord prévoyait une période transitoire de cinq ans qui n’a jamais été surmontée. Pendant cette période, les sujets clés du conflit (colonisation, réfugiés, frontières…) devaient être traités ; aujourd’hui, presque 30 ans plus tard, tous ces aspects n’ont toujours pas été réglés. Par conséquent, l’expansionnisme israélien se poursuit, le problème des réfugiés est toujours le même, et l’Autorité palestinienne n’est toujours pas souveraine sur son territoire.

Pourtant, Israël et la communauté internationale se sont plutôt bien accommodés de la situation. Est-ce réellement étonnant ?

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou (en poste depuis 2009) poursuit ses objectifs sans faire de concessions ni rendre de comptes. L’annexion et la colonisation des territoires palestiniens s’amplifient sans obstacle et les forces israéliennes administrent la quasi-totalité du territoire relevant officiellement de l’Autorité palestinienne.

Pour la communauté internationale, il est pratique de considérer que le conflit israélo-palestinien est stabilisé. Personne ne souhaite se confronter à ce dossier diplomatique hautement inflammable. De plus, Israël est un allié de poids au Moyen-Orient pour les Américains et pour beaucoup de pays européens. Chercher à faire pression sur Israël, au sujet de la colonisation et des autres points de discorde avec les Palestiniens, pourrait donc entraîner, pour tous ces pays, des problèmes politico-stratégiques indésirables. Les États du Golfe, notamment Bahreïn et les Émirats arabes unis qui ont récemment signé des accords par lesquels ils reconnaissent l’État hébreu, étaient également encombrés par leur soutien officiel à la cause palestinienne. Par conséquent, la poussière a été mise sous le tapis et les acteurs régionaux et plus lointains ont choisi, ces dernières années, d’ignorer le conflit au Proche-Orient.

Le statu quo semblait donc plus ou moins convenir à tout le monde – à l’exception des Palestiniens, grands perdants de l’échec du processus d’Oslo. Les colons, qui étaient moins de 100 000 au moment des négociations, sont aujourd’hui plus de 400 000. Le territoire palestinien rétrécit à vue d’œil au fil des années et s’apparente aujourd’hui à un archipel divisé par des obstacles en tout genre (255 km de murs et 740 check points en Cisjordanie). Être Palestinien aujourd’hui, c’est vivre sans État, sans passeport, sans monnaie, soumis aux contrôles quotidiens, aux réquisitions des terres exploitables et des réserves d’eau, aux expropriations.

Alors, quelles options reste-t-il aux Palestiniens pour faire changer les choses ? « Les urnes ou l’intifada » nous confiait un membre du Conseil Législatif palestinien en janvier dernier à Ramallah. Cette déclaration résonne aujourd’hui comme une prémonition : c’est probablement en bonne partie parce que les Palestiniens n’ont pas eu accès aux urnes que la situation a dégénéré.

Les élections en Palestine : un espoir de changement déçu

La vie politique et les élections en Palestine sont des sujets peu abordés. Pourtant, ce sont des éléments clés des tensions qui éclatent aujourd’hui.

Les dernières élections palestiniennes ont été organisées en janvier 2006 pour élire le Conseil législatif palestinien. À la surprise générale, ces élections surveillées par la communauté internationale ont été remportées par le Hamas, parti islamiste qui ne reconnaît pas Israël. Les observateurs internationaux avaient validé le déroulement démocratique des élections, et Mahmoud Abbas avait même reconnu le leader du Hamas Ismaël Haniyeh comme premier ministre. Pourtant, les Américains et les Européens ont finalement refusé le résultat des urnes et menacé de couper les aides à l’Autorité palestinienne si celle-ci reconnaissait le gouvernement Hamas. Ce choix a marqué un tournant : depuis quinze ans, la Palestine est scindée en deux, l’Autorité palestinienne administre la Cisjordanie pendant que le Hamas gère Gaza. Les deux camps se sont même violemment affrontés entre 2006 et 2007.

Depuis 2006, en Palestine, il n’y a plus eu d’élections. Aujourd’hui, les jeunes entre 18 et 33 ans n’ont jamais mis de bulletin de vote dans une urne. Cette situation a alimenté un sentiment de méfiance envers les dirigeants palestiniens qui perdent leur légitimité et une frustration vis-à-vis de ce qui est perçu comme de l’immobilisme politique.

Dans ce contexte, le peuple palestinien et surtout la jeunesse ont accueilli avec enthousiasme la nouvelle annoncée par Mahmoud Abbas début 2021 : des élections législatives seraient organisées le 22 mai 2021. La perspective de nouvelles élections était porteuse d’un espoir, à commencer par celui de la réunification de leur peuple à travers la réconciliation du Hamas et du Fatah.

Espoir déçu puisque le 30 avril 2021, Mahmoud Abbas annonçait le report des élections– officiellement parce que Israel n’autorise pas les Palestiniens de Jérusalem à voter ; officieusement, selon un certain nombre d’observateurs, parce qu’il savait que le Hamas sortirait vainqueur du scrutin.

Pas d’élections, donc Intifada ?

La recette pour le déclenchement d’une Intifada, c’est l’accumulation de la frustration, de la colère, des espoirs déçus et une humiliation de trop. Les Accords d’Oslo avaient allumé une lueur d’espoir qui s’était éteinte avec l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995. Et le 28 janvier 2000, la visite sur l’esplanade des Mosquées d’Ariel Sharon, alors chef de l’opposition israélienne, fut, précisément, l’humiliation de trop pour une population palestinienne frustrée par des années de vie sous occupation et de violation de ses droits. Les éléments étaient réunis et la deuxième intifada s’était déclenchée.

« L’histoire ne se répète pas, elle bégaie », disait Karl Marx. Aujourd’hui, la frustration et la colère se sont démultipliées. La perspective de la tenue d’élections législatives palestiniennes a allumé une espérance déçue par le report du scrutin à une date indéterminée. Les menaces d’expulsions dans le quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est et l’intervention des forces de l’ordre israéliennes sur l’esplanade des Mosquées auront été les humiliations de trop. À nouveau, les ingrédients sont réunis, si bien que nous sommes au bord de la troisième Intifada. Quand les perspectives politiques et diplomatiques disparaissent, il ne reste plus que les pierres.

Par ailleurs, l’annulation du scrutin palestinien risque d’avoir d’autres effets négatifs sur la résolution pacifique du conflit.

Premièrement, le déficit démocratique en Palestine permet à Israël d’affirmer qu’il n’y a pas d’interlocuteur pour entamer un processus de paix. Dans une Palestine divisée, où trois partis (Fatah, Hamas, Djihad islamique) administrent des bouts de territoire sans coopérer voire en se faisant la guerre, on peut presque légitimement se demander à qui il faut s’adresser. Ainsi, la situation politique palestinienne est une excuse servie sur un plateau au gouvernement israélien pour repousser indéfiniment les discussions et justifier ses actions, d’autant que, aux yeux de l’opinion internationale, une Palestine divisée et non démocratique effraie davantage qu’une Palestine unie et démocratique.

Deuxièmement, l’échec du passage aux urnes a créé une situation dangereusement favorable au Hamas. Avec les élections, face à un Fatah divisé, le mouvement avait l’espoir d’intégrer le Conseil législatif palestinien aujourd’hui contrôlé par les membres du Fatah. Sans élections, il n’a plus d’autres solutions que de redevenir exclusivement comme un mouvement de résistance usant de la force.

Historiquement, le Hamas ne reconnaît pas Israël et prône la violence contre l’État hébreu. Par conséquent, l’échec du processus politique donne raison au Hamas aux yeux de la population palestinienne. Ses militants ont d’ailleurs compris que la conjoncture leur était favorable. Ils se sont très rapidement mêlés aux confrontations sur l’esplanade des Mosquées et se sont imposés comme acteur principal de la confrontation en lançant une pluie de roquettes sur Israël. Ismaïl Haniyeh, chef du mouvement, s’est exprimé dans une allocution télévisée et a déclaré : « Si [Israël] veut une escalade, la résistance est prête. S’ils veulent s’arrêter, nous sommes prêts aussi à nous arrêter. »

Ainsi, la population palestinienne, lassée et désespérée, semble avoir cédé à la violence face à l’absence de solution politique ou diplomatique. Une situation idéale pour le Hamas qui instrumentalise ce désespoir pour affirmer sa légitimité autrement que par les urnes. Israël semble pour l’instant sourd au désespoir palestinien et joue la carte de la riposte. Le ministre de la Défense Benny Gantz l’a annoncé : « Ce n’est que le début. »

Marie Durrieu, Doctorante en science politique et relations internationales (CMH EA 4232-UCA), Université Clermont Auvergne (UCA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Hausse des conflits liés à l’islam en entreprise

Publié le 18 mai 2021
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Tenue, comportement à l’égard des femmes… L’inquiétante hausse des conflits liés à l’islam en entreprise

Selon une étude publiée par l’Institut Montaigne, les comportements rigoristes ont progressé en 2020 et concernent particulièrement les salariés musulmans.

Par Océane Herrero
Un nombre croissant d’entreprises tentent de prendre la main sur l’expression du fait religieux sur le lieu de travail. opolja / stock.adobe.com

«Il y a vingt ans, j’avais des positions très claires et radicales sur la laïcité. Maintenant, je prône l’accommodement raisonnable.» Eric Challan-Belval est patron de l’entreprise d’insertion spécialisée dans le recyclage et la propreté La Feuille d’Érable. Au début de l’année, il a décidé d’instaurer une clause de neutralité interdisant tout signe religieux ostensible dans son entreprise. Une clause rédigée en collaboration avec un avocat. «C’est avant tout rassurant pour les managers, et cela permet d’établir des règles claires», fait-il valoir.

À une conductrice portant le hijab, le patron demande de porter un simple fichu pour éviter les dangers d’ordre mécanique ; à un salarié qui demande un espace calme pour prier, il explique que les vestiaires, et plus globalement les locaux, ne sont pas l’espace adapté à cette pratique. Mais face à des toilettes régulièrement inondées par des flaques d’eau, Eric Challan-Belval a dû dépasser sa surprise, et comprendre que ces désagréments étaient liés aux ablutions pratiquées par des salariés. Le patron étant prêt aux concessions, il va installer des toilettes à la turque et des douchettes.

Religion en entreprise: les comportements conflictuels en hausse

Combien sont-ils, ces patrons et ces managers obligés de composer avec le fait religieux dans l’entreprise? Selon le baromètre annuel du fait religieux en entreprise réalisé par l’Institut Montaigne (« Religion au travail : croire au dialogue »), les Français sont de plus en plus nombreux à observer une immixtion du phénomène religieux dans la vie de leur entreprise : deux répondants sur trois ont déjà observé de tels phénomènes. Et les comportements rigoristes progressent : ils ont été observés, selon l’étude, dans 12% des lieux de travail contre 8% l’année précédente. « La présence du fait religieux est de plus en plus significative depuis une dizaine d’années. C’est indiscutable », affirme Lionel Honoré, directeur de l’Observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE) et auteur de l’étude.

Selon cette étude réalisée auprès de 25.000 cadres et managers, le prosélytisme est principalement le fait de pratiquants évangéliques, mais les comportements négatifs envers les femmes et plus largement les comportements «les plus problématiques et dysfonctionnels» sont le fait de salariés musulmans. « Statistiquement, il faut distinguer deux parts, décrypte Lionel Honoré. 80% de situations dans lesquelles le fait religieux apparaît au travail sont bien gérées et ne génèrent, qu’au pire, des frustrations. Les dysfonctionnements les plus radicaux se concentrent dans 15% à 18% des situations restantes.»

Est-il déjà trop tard pour lutter contre le séparatisme islamiste?

 
 

Une préoccupation croissante

Quelle place donner à sa religion au travail ? Peut-on prier ? Porter le voile ? Les forums musulmans en ligne bruissent régulièrement de ce type de questions. « Je prie sur mon lieu de travail, généralement dans une salle de réunion vide. Jusqu’à présent, personne n’a remarqué », témoigne un membre. « J’ai dû quitter certains postes en raison de l’impossibilité de faire les prières à l’heure, » explique un autre. Pour la plupart, les croyants s’interrogent, mais cherchent avant tout à invisibiliser leur pratique au travail.

L’Union européenne nomme un envoyé spécial pour la liberté de religion

La question se pose autrement en ce qui concerne le voile, signe religieux ostensible qui met mal à l’aise certaines entreprises. C’est d’ailleurs dans la foulée de l’« affaire Baby Loup » que les entreprises ont commencé à se presser au cabinet de Michael Amado, avocat au barreau de Paris. Cette affaire, née du licenciement d’une salariée d’une crèche en raison du voile qu’elle portait, est rapidement devenue emblématique du débat sur la place de la religion en entreprise. En 2013, la Cour de Cassation estimait, dans une décision source de polémiques, que le licenciement de la salariée était « discriminatoire » et donc « nul ».

« Depuis cet arrêt, les demandes concernant la place du fait religieux en entreprise ont augmenté, » explique l’avocat Michael Amado. Quand bien même le pourvoi de la salariée de l’affaire Baby Loup sera finalement rejeté par l’Assemblée plénière de la Cour de Cassation en 2014, les entreprises commencent à chercher à se prémunir contre les conflits liés à l’entrée du religieux dans l’entreprise. L’avocat est consulté de manière croissante concernant des salariés qui demandent des aménagements de leur temps de travail, ou encore une révision des plats proposés par la cantine d’entreprise pour qu’ils soient hallal, casher ou végétariens.

Des dispositifs de contrôle renforcés dans les transports publics

Pour les entreprises publiques de transport, le moment de la prise de conscience concernant la place du fait religieux s’est produit en 2015. Au lendemain de l’attentat du Bataclan, la France apprend que l’un des terroristes kamikazes qui ont sévi ce soir-là a travaillé comme chauffeur de bus pour la RATP de 2010 à 2012. À la Régie, les regards se braquent vers les salariés musulmans à la pratique religieuse est jugée trop ostentatoire.

Charles Jaigu: «La possibilité d’un autre islam»

La RATP est sommée de mieux contrôler ses agents. En tant qu’entreprise publique, elle doit en effet leur faire respecter le principe de neutralité religieuse — contrairement aux salariés d’une entreprise privée, pour lesquels le principe de liberté religieuse prime. En 2015, la RATP a mis en place une délégation chargée des questions d’éthiques. «Nous avons également mis en place des vidéos ou des guides, notamment sur la question de l’égalité homme-femme ou encore des habitudes alimentaires, » explique au Figaro Frédéric Potier, délégué général à l’éthique et à la conformité de la RATP. En 2015 et en 2016, 7 et 6 licenciements en raison de la pratique religieuse des agents concernés avaient été prononcés, contre 1 et 2 licenciements en 2019 et en 2020.

La loi Savary de 2016 a également permis au secteur des transports publics de réaliser des enquêtes administratives sur le profil des potentiels futurs agents, et sur les salariés qui demandent une mutation. De quoi assainir la base de recrutement. La SNCF, de son côté, s’est dotée d’un guide sur les principes « de laïcité et de neutralité », en listant des cas pratiques et leur résolution en fonction des valeurs de l’entreprise. Parmi les questions traitées : peut-on saluer les personnes différemment en fonction de leur sexe ? Peut-on refuser une visite médicale en invoquant un motif religieux ?

Soupçon d’entrisme

Malgré ces mesures, il apparaît, selon l’enquête de l’Institut Montaigne, que le secteur du transport reste l’un des plus touchés par les conflits managériaux liés à la religion, avec le BTP, la logistique ou la sécurité. En bref, des secteurs qui emploient une main-d’œuvre importante et peu qualifiée. Si les musulmans sont surreprésentés dans les situations problématiques mises en évidence par l’étude de l’Institut, c’est avant tout parce que « pour les croyants qui tiennent à leur pratique, les faits religieux musulmans sont plus divers avec davantage de signes extérieurs, » explique Lionel Honoré.

Les instances nationales de l’islam au bord de l’implosion

Des explications insuffisantes pour Adel Paul Boulad. Auteur de l’ouvrage « Le Tabou de l’entrisme islamique en entreprise ». Il considère qu’il existe, chez quelque dix pour cent des salariés musulmans, une volonté manifeste d’adapter le lieu de travail aux pratiques religieuses. « C’est un tabou global dans la société, mais aussi au niveau de l’entreprise pour les managers» abonde Adel Paul Boulad. Or, il suffit d’un petit nombre de salariés revendicatifs pour que l’ambiance se dégrade au sein de l’entreprise. «Pour des personnes musulmanes ou perçues comme telle, il peut par exemple être difficile de résister à une forme de pression exercée par un collègue ou un supérieur pratiquant le ramadan et insistant sur ce point », confirme Lucy de Noblet, directrice de la société de conseil en gestion du fait religieux en entreprise InAgora.

Des clauses, règlements et chartes

N’ayant pas les capacités de contrôle administratif d’une entreprise publique, de plus en plus d’entreprises privées tentent de maîtriser le fait religieux par d’autres biais. Les interlocuteurs joints par Le Figaroreconnaissent que cette volonté de contrôle peut se traduire par de la discrimination à l’embauche envers les musulmans (ou candidats perçus comme tel), ce qui est illégal. Certaines entreprises préfèrent en revanche la clarté et incluent des règles sur la pratique religieuse dans leur règlement intérieur, voire dans des chartes ou des clauses spécifiques.

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Utiles pour fixer noir sur blanc l’esprit et les valeurs d’une entreprise, les guides ont cependant « une très faible valeur juridique, et peuvent déposséder les managers de leur rôle d’analyse de la situation avant de décider, souligne Hugo Gaillard, membre de l’AGRH et de l’Observatoire Action Sociétale – Action publique (ASAP). L’essentiel, pour les entreprises, est avant tout de se placer dans une position plus proactive sur ces questions. Le règlement intérieur est en cela central il définit les frontières ‘dures’ des pratiques.» Hugo Gaillard insiste sur la nécessité de constance et d’équité dans le traitement des demandes d’ordre religieux, afin de créer une «jurisprudence managériale».

Autre conseil : éviter à tout prix d’entrer dans un débat théologique. Oui, l’islam permet à ses croyants de « rattraper » une prière qui n’a pas été réalisée à l’heure mais non, il ne faut pas le dire comme cela au salarié qui demande des temps de prière. Le manager doit se contenter de demander à l’employé de respecter ses engagements contractuels et les règles de l’entreprise. « Chaque entreprise a sa façon de faire, conclut Lucy De Noblet, mais l’important c’est qu’il y ait un cadre, et qu’il soit connu. »

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Sécurité : d’anciens policiers réclament

Publié le 17 mai 2021
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 un “sursaut national” dans une tribune

Par Tanguy Vallée 
 
Dans un texte notamment adressé au président de la République et au gouvernement, une centaine d’anciens policiers déplorent une perte d’autorité de l’État et appellent à un “sursaut national”.

C’est une nouvelle tribune qui promet de faire beaucoup de bruit. Dans un texte adressé au Président de la République, aux ministres et aux parlementaires, 93 policiers à la retraite appellent les élus à “tout mettre en œuvre pour mettre fin à la situation gravissime que traverse la France en matière de sécurité et de tranquillité publique”. Les signataires estiment notamment que “l’autorité de l’État est battue en brèche par des minorités violentes”, et réclament un “sursaut national”.

La France dans une situation “gravissime” ?

“Nous vous demandons solennellement de tout mettre en œuvre pour mettre fin à la situation gravissime que traverse la France en matière de sécurité et de tranquillité publique. Aujourd’hui l’autorité de l’État est battue en brèche par des minorités violentes”, commence le texte, qui déplore l’inaction des pouvoirs publics face à “l’insécurité et le communautarisme”.

“Sans sécurité, il n’y a point de libertés”, insiste la tribune, qui appelle à un “sursaut national”. “La multiplication des attentats et des agressions violentes dirigées contre nos gardiens de la paix publique démontrent un refus de nos valeurs républicaines, de nos coutumes et de notre modèle de société dans des pans entiers de notre nation. Le meurtre sauvage à Avignon d’un de nos policiers gardiens de la paix en est la tragique illustration”.

Refusant l’hypothèse que “les forces armées remplacent (la police) pour éviter une guerre civile”, les signataires estiment toutefois que “la peur doit changer de camp” et demandent une réponse pénale “adaptée de telle manière que les condamnations soient réellement exécutées à la hauteur des faits commis”.

Plus de 40.000 soutiens

Les signataires, qui ont tous dévoilé leur identité, sont d’anciens commissaires, officiers et gardiens de la paix. Après la mise en ligne de cette tribune assortie d’une pétition qui a déjà récolté plus de 40.000 soutiens à l’heure où nous écrivons ces lignes, le directeur général de la police nationale a répondu à la missive dans un courrier consulté par Europe 1.

Dans ce courrier daté du 12 mai, le directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Veaux rappelle aux policiers que leur statut de retraité ne les “exonère pas de l’obligation de réserve qui s’impose à tous dans l’expression publique”.

“Votre initiative fragilise notre institution plus qu’elle ne la renforce”, déplore-t-il. “La police nationale a plus que jamais besoin de confiance en elle, d’unité et de cohésion dans ses rangs, sans esprit partisan”, appelle-t-il plus loin, engageant la responsabilité des signataires : “Il me semble que nos aînés pourraient y contribuer par un discours constructif et fédérateur”.

La mise en ligne de cette pétition intervient dans un contexte tendu : il y a quelques semaines, d’anciens militaires ont également publié plusieurs tribunes dans lesquelles ils mettaient en garde contre “la guerre civile” qui “couve en France”.

 
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