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Les finances du culte musulman

Quels moyens pour le culte musulman en France pour trouver des finances. 

Depuis la loi de 1905, les lieux de culte ne perçoivent aucune subvention publique. Entre dons privés et financements étrangers, les mosquées ont donc trouvé d’autres moyens de se financer. Quels moyens pour le culte musulman en France ?

Représentation de la cour de la mosquée Al-Azhar. C'est une des plus anciennes mosquées du Caire et siège de l'université du même nom.
Représentation de la cour de la mosquée Al-Azhar. C’est une des plus anciennes mosquées du Caire et siège de l’université du même nom. Crédits : Ivan Bilibin, 1928

Le financement de l’islam, au même titre que celui des autres religions en France est un débat ancien. Depuis 1905, les Églises et l’État sont séparés et les institutions religieuses ne perçoivent aucun financement public. Les lieux de culte s’appuient donc sur d’autres revenus pour assurer leurs activités. Selon un rapport sénatorial datant de l’été 2016, “le financement du culte musulman se rapproche de celui des autres cultes, notamment du culte catholique, qui provient à 80 % des dons des fidèles”. 

Mais à ce financement individuel s’ajoute une deuxième source de revenus : les financements étrangers. Malgré les idées reçues, ces apports sont relativement limités. Selon le même rapport, ceux-ci proviennent d’un petit nombre d’Etats et subventionnent seulement quelques mosquées, souvent des grandes mosquées régionales. Les principaux Etats donateurs sont le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, mais aussi la Turquie qui rémunère indirectement ses cadres religieux et qui privilégie l’aide au fonctionnement à travers l’envoi d’imams, plutôt que la subvention des associations cultuelles. Chaque année, ces transferts d’argent s’élèveraient à quelques millions d’euros.

Malgré ce montant relativement bas, le financement étranger des mosquées françaises interroge, notamment celui qui se fait par des dons privés qui demeurent souvent sous le couvert de l’anonymat. À ce titre, le Président Macron affirmait début octobre son souhait de « libérer l’islam de France des influences étrangères ». Pour essayer de mieux comprendre les mécanismes du financement de l’islam en France, nous avons fait appel à Haoues Seniguer politologue, maître de conférences à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle, laboratoire pluridisciplinaire.

Pourquoi le financement du culte musulman est-il dans le collimateur du gouvernement ?

Image d'illustration d'un homme priant à la mosquée

Le gouvernement veut s’attaquer au financement des associations et lieux de culte musulmans. Pourquoi ? Quelles solutions envisage-t-il ? LCI a sollicité l’analyse de la sénatrice UDI Nathalie Goulet.

 

Après l’assassinat terroriste du professeur d’histoire-géo Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, vendredi 16 octobre, le gouvernement veut accélérer la lutte contre l’islamisme. L’une des pistes privilégiées est de mieux contrôler le financement des lieux de culte. Pourquoi l’origine des fonds dont bénéficient les associations musulmanes et des mosquées est-elle au cœur du problème ? Les propositions du gouvernement en la matière sont-elles suffisantes ? 

LCI a interrogé la sénatrice UDI de l’Orne Nathalie Goulet, ex-présidente de la Commission d’enquête sénatoriale sur la lutte contre les réseaux djihadistes, et auteure du rapport « De l’Islam en France à un Islam de France, établir la transparence et lever les ambiguïtés ». 

LCI : Le président de la République veut inciter les mosquées à sortir de la forme associative (loi 1901) pour basculer vers le régime prévu par la loi de 1905, qui contrôle davantage leur financement. Est-ce une bonne mesure ? 

Nathalie Goulet : Oui, c’est une bonne solution, que j’ai déjà proposée 50 fois. Aujourd’hui, par tricherie et facilité, les associations utilisent la loi de 1901, dont le statut permet plus de laxisme dans la transparence financière. Or, il faudrait que toutes les associations qui ont un lien direct ou indirect avec un lieu de culte utilisent le statut de 1905 et aucun autre, au moins pour ce qui concerne les obligations financières et de transparence. Aujourd’hui, c’est difficile car le problème ne vient pas des musulmans ; beaucoup d’associations, notamment chrétiennes et presbytériennes, ne veulent pas entendre parler de ce changement de statut car la légèreté de transparence leur va bien. Or, si on l’impose aux musulmans, au nom de l’égalité devant la loi, il faut l’imposer à tous. 

Bruno Le Maire a dit dimanche vouloir agir contre le financement du terrorisme via les cryptomonnaies. Est-ce un phénomène de grande ampleur ?

Ça ne me semble pas être le sujet du jour, non. Qu’on s’occupe déjà de ce qui existe avant de s’occuper du virtuel. Mettons plutôt l’accent sur le statut des associations, l’expulsion des imams qui prêchent contrairement aux lois de la République, l’interdiction des Frères musulmans, l’inscription du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes, etc. 

« Le problème du financement étranger, c’est qu’il est conditionné »

Pourquoi y a-t-il un problème avec le financement des associations ou lieux de culte musulmans ?

Nous avons évalué à hauteur de 30% le financement étranger de l’islam en France. Le problème du financement étranger, c’est qu’il est conditionné. Si une puissance ou une organisation étrangère apporte de l’argent à une mosquée, en contrepartie elle impose un imam. Aujourd’hui, il est possible de contrôler le financement étranger mais on ne peut pas l’interdire. Car dans ces cas-là, il faudra aussi interdire à Poutine de construire sa cathédrale à Paris. Si vous mettez des règles pour l’islam, il faut les mettre pour les autres. 

Il faut limiter les financements à des financements français ou contrôlés. C’est pourquoi je suis très hostile à l’accord trouvé entre Emmanuel Macron et l’Arabie saoudite pour financer la formation des imams via la structuration du pèlerinage du hajj à La Mecque. Je pense que cela remet une fois encore le financement de l’islam de France aux mains d’une puissance étrangère.