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Comment les islamistes ont noyauté le service public

Sur le terrain hospitalier, une présence plus importante du religieux chez le personnel soignant.

Alors que le procès des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher se poursuit, la question du communautarisme religieux imprègne la société et, surtout, les services publics de l’État où l’entrisme des islamistes fragilise les principes de neutralité. Par

Dans un hôpital de Seine-Saint-Denis. Les religieux ont infiltré l’univers de la santé.
Dans un hôpital de Seine-Saint-Denis. Les religieux ont infiltré l’univers de la santé. Le Figaro Magazine
Ils sont 14 dans le box des accusés pour répondre devant la cour d’assises spéciale de leur implication dans les attentats de janvier 2015, qui ont sidéré de terreur la France entière trois jours durant. Cette actualité ravive les souvenirs d’Alain *. Ce fonctionnaire de police a été particulièrement marqué par l’attaque à la préfecture de Paris, en octobre 2019, menée par un agent de police contre ses collègues, faisant quatre morts et un blessé. La dérive meurtrière de Mickaël Harpon, fonctionnaire converti à l’islam, radicalisé en quelques mois et devenu terroriste, a suscité une émotion particulière. Policier depuis près de treize ans, il s’inquiète de l’apparition de ces signaux dits faibles chez certains de ses collègues, et pour cause. Le fonctionnaire en a fait les frais en recevant des menaces de mort écrites sur des cartes postales placées dans son casier personnel. L’auteur serait Yves*, un jeune policier originaire du nord de la France, récemment converti à l’islam.

Infiltration dans la police

«Nous avions sympathisé. C’était quelqu’un d’affable et plein d’humour. Il s’est marié religieusement avec une musulmane, sans déclarer cette union à l’administration et a brusquement changé d’attitude. Il devenait véhément vis-à-vis des politiques, des médias, avançait des thèses complotistes, justifiait des attentats suicides.» Peu à peu, ce policier s’isole, refuse d’embrasser ou de saluer ses collègues féminines. Convoqué par sa hiérarchie, l’homme se mure dans le silence et travaille seul, enfermé en permanence dans une pièce. Devenu, un temps, invisible, il est à nouveau le centre de toutes les attentions avec l’apparition des menaces de mort. «Elles étaient soigneusement écrites à la règle de métreur, explique ce dernier, et Yves était, avant de devenir policier, métreur.» La hiérarchie réagit très vite. Le policier est convoqué puis muté. «Je n’ai plus reçu de menaces après cela, précise Alain. Mais le profil de l’assaillant à la préfecture de Paris a réveillé mes inquiétudes, car Yves occuperait, malgré un rapport, un poste où il officierait sur tout le département de la Seine-Saint-Denis. Cette situation est très préoccupante. Je m’interroge sur l’efficacité et le fonctionnement des filets de sécurité que sont les services dédiés à la surveillance. En treize ans au sein de la police nationale, j’ai échangé avec la DGSI l’espace de dix minutes entre deux portes. C’est grave. Les profils comme celui d’Yves sont facilement détectables. Les plus à craindre sont les radicalisés discrets sachant passer sous les radars.» Ce récit n’est, aujourd’hui, plus anecdotique. En France, près de 8000 personnes sont fichées pour radicalisation et, depuis l’attaque de la préfecture, 110 cas ont été signalés au sein même de la police.

La charia au-dessus des lois

Le député Éric Diard (LR), auteur d’un rapport parlementaire en 2019 sur la question, a publié un ouvrage édifiant (1) mettant en lumière les faiblesses des services publics face à la radicalisation. Ce travail, basé sur des auditions de hauts fonctionnaires et de nombreux acteurs confrontés aux difficultés du terrain, décrit la réalité de la radicalisation islamiste dans l’appareil de l’État. Sur ce point, les prisons, le domaine des transports et le sport seraient les plus touchés par ce phénomène.

«La radicalisation n’est pas un motif de révocation, explique Éric Diard. Les services publics face à ce phénomène sont confrontés à un angle mort juridique. Il faudrait imposer à tous les fonctionnaires une prestation de serment et la signature d’une charte les engageant à respecter les principes républicains. Ainsi, en cas de manquements, l’administration aurait les outils pour agir. Ce biais servirait aussi de filtre pour exclure ceux qui refuseraient de s’engager sur ces principes au motif qu’ils placent la charia au-dessus de toutes les règles, par exemple.»

Je suis inquiet, surtout, à cause de notre retard sur ce sujet. Notre pays fait face à cette croisade menée de l’intérieur depuis près de trente ans et on ne fait rien.

Un ancien responsable du renseignement intérieur

Un sondage publié à la veille de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 révèle que 40 % des musulmans placent les valeurs religieuses au-dessus de celles de la République et 21 % des moins de 25 ans ne condamnent pas les tueries.

Discours sécessionnistes

Inquiet, un ancien responsable du renseignement intérieur, se confiant sous couvert d’anonymat, décrit, quant à lui, la France comme un objectif ciblé par les islamistes. Une offensive qu’il situe dans les années 1990 avec comme amorce la vague d’attentats frappant le pays à cette époque. «Je suis très préoccupé, confie-t-il. Pas seulement parce qu’ils sont capables de décimer, au cœur de Paris, une rédaction, de surcroît protégée, ou de commettre des massacres sur des terrasses bondées ou dans une salle de concert. Je suis inquiet, surtout, à cause de notre retard sur ce sujet. Notre pays fait face à cette croisade menée de l’intérieur depuis près de trente ans et on ne fait rien.»

Dans son lycée des Hauts-de-Seine, en région parisienne, Samba * veut agir. Elle fulmine contre les politiques qui, dit-elle, sont déconnectés de la réalité. «Dès qu’il s’agit de radicalisation, peste Samba, on nous demande de prêter attention aux signaux faibles et de remonter toutes les informations, mais rien n’est fait. Face à ces phénomènes, nous sommes livrés à nous-mêmes. Je travaille dans un établissement de sinistre réputation, complètement ghettoïsé, avec des élèves venant de quartiers très difficiles. Ici, la violence est notre quotidien, la radicalisation aussi.»

La professeur vit son métier comme une mission depuis près d’une vingtaine d’années. Elle a choisi de rester dans ces zones difficiles pour justement agir et aider ces jeunes à progresser, réussir et s’épanouir. «On ne peut pas renoncer, insiste Samba. Ces territoires ont besoin de colonnes vertébrales républicaines pour les accompagner et les sortir de l’influence islamiste présente dans ces quartiers. Une nation se forge sur les bancs de l’école. Ma place est là et je me dois d’être un rempart contre l’islamisme.»

Il y a une surreprésentation de profs affichant leur religion. Il y a dix ans, cela n’existait pas. Ils portent des barbes fournies et la tabaâ, cette marque sur le front signe d’une activité de prière intensive

Samba, enseignante dans un lycée des Hauts-de-Seine

L’enseignante d’origine maghrébine et de confession musulmane se dit viscéralement attachée aux valeurs républicaines et à la laïcité. Elle l’affirme: dans ce domaine, la forteresse que représente l’école s’est fissurée en quelques années. Selon elle, tout a commencé en 2005 après les émeutes qu’elle décrit comme une véritable fracture. «Ces violences ont été le déclencheur d’un discours sécessionniste, qui s’est installé durablement dans les cités, en même temps que les thèses indigénistes ont infusé pour marquer les esprits.» Au quotidien, Samba œuvre auprès de ses élèves pour faire paravent à l’influence du quartier, des religieux ou de la sphère familiale. Mais l’enseignante est confrontée, depuis quelque temps, à un ennemi de l’intérieur. «Ces dernières années, le visage de la salle des profs a changé. Le lycée est devenu un nid d’intégristes, lance-t-elle comme une provocation. Il y a une surreprésentation de profs affichant leur religion. Il y a dix ans, cela n’existait pas. Ils portent des barbes fournies et la tabaâ, cette marque sur le front signe d’une activité de prière intensive.»

Des fonctionnaires contre la République

Samba raconte comment une atmosphère de scission s’est installée avec quelques enseignants qui ne regardent pas leurs collègues du sexe opposé dans les yeux, refusent de leur serrer la main et s’isolent dans d’autres pièces à l’heure du déjeuner pour ne pas se mélanger aux membres de l’équipe éducative. «Ils usent et abusent d’eulogies et autres formules ou tics langagiers liés à la religion, insiste-t-elle. C’est très irritant dans un espace régi par des règles de laïcité. Mais, le plus grave, c’est de les entendre porter des discours antirépublicains. L’un d’eux, oubliant son statut, m’a affirmé ne pas se considérer comme français alors qu’il est fonctionnaire. D’autres avancent des théories complotistes, négationnistes et tiennent des propos antisémites.» L’enseignante s’inquiète de leur influence sur des élèves déjà bien fragilisés et de cette connivence entretenue sur un terreau communautariste.

«Je me sens l’âme d’un soldat, assène Samba, et je suis prête à défendre à l’école les valeurs de ma patrie. Mais les autorités et le gouvernement sont trop frileux et hésitent encore à agir. Sur ces questions, il faut être ferme sans craindre les procès en discrimination. Aujourd’hui, il y a péril en la demeure.»

Sortie du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Les jeunes filles remettent leur voile devant les grilles de l’établissement.
Sortie du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Les jeunes filles remettent leur voile devant les grilles de l’établissement. Le Figaro

Le laisser-faire

Fatiha Agag-Boudjahlat est essayiste et l’auteur de Combattre le voilement (Éditions du Cerf). Lauréate du prix spécial de la laïcité, elle est aussi, et surtout, professeur d’histoire-géographie dans un collège des quartiers populaires de Toulouse. Fatiha Agag-Boudjahlat n’a de cesse de dénoncer les multiples attaques contre la laïcité. «Le religieux est de plus en plus présent au sein de l’école. Face à ce problème, on nous demande de remonter les informations sur les plates-formes prévues, mais, en même temps, les académies nous demandent de ne pas faire de vagues. Ça n’a pas de sens, s’insurge la jeune femme. Aujourd’hui, les principes de la laïcité sont présentés comme un problème, comme quelque chose qui exclut. C’est tout le contraire.»

Ces jeunes idéalisent le pays d’origine de leurs parents et on s’interdit d’enseigner l’amour de la France. Il n’y a pas de drapeau tricolore dans les salles de classe

Fatiha Agag-Boudjahlat, lauréate du prix spécial de la laïcité et profésseur d’histoire-géographie à Toulouse

Dans ses salles de classe, où elle bataille au quotidien pour ces principes, la professeur ne mâche pas ses mots pour mettre certains de ses élèves face à leurs contradictions. «Beaucoup de professeurs lâchent du terrain sur ces sujets car c’est trop difficile. Ces jeunes idéalisent le pays d’origine de leurs parents et on s’interdit d’enseigner l’amour de la France. Il n’y a pas de drapeau tricolore dans les salles de classe. On doit verbaliser, apprendre l’amour de la France, car leurs familles ou leurs quartiers l’interdisent.»

L’hôpital n’est pas épargné pas les phénomènes de revendications identitaires. Médecin urgentiste depuis de nombreuses années, Mohamed * est témoin d’une prégnance de plus en plus importante du religieux sous les blouses blanches: avec un responsable de Smur ne serrant pas la main aux collègues femmes, un médecin portant pantalon court de salafiste refusant de changer sa tenue, infirmières ou médecins portant le voile ou détournant les chapeaux de bloc opératoire pour se couvrir la tête, personnels soignants sélectionnant leurs patients, etc.

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Mohamed énumère nombre de dysfonctionnements et de problèmes auxquels le milieu hospitalier se retrouve confronté. «Les religieux ont clairement infiltré l’univers de la santé, affirme Mohamed. Il y a trente ans, il n’y avait pas une seule étudiante voilée en fac de médecine. Aujourd’hui, elles sont très nombreuses.» L’urgentiste, qui se défend de vouloir stigmatiser les musulmans, insiste sur la pratique de plus en plus ostentatoire de certains de ses collègues. «Je suis sur le terrain et je constate depuis quatre ou cinq ans un changement à l’hôpital. Nous faisons face à une véritable lame de fond bouleversant tous nos principes fondateurs. Les chefs de service, par lâcheté, préfèrent composer avec ce problème plutôt que de se battre.»

Les présidents d’universités et les doyens des facultés de médecine ne défendent pas assez la laïcité. Nous formons aujourd’hui les médecins de demain pour qui la loi coranique se place au-dessus de la science

Patrick Pelloux, médecin urgentiste

Patrick Pelloux est aussi médecin urgentiste. Il était l’un des premiers sur les lieux de l’attentat de Charlie Hebdo pour secourir ses amis massacrés par la haine meurtrière des frères Kouachi. La menace islamiste est pour lui une réalité, une souffrance, aussi. Sur le terrain hospitalier, il constate aussi une présence plus importante du religieux chez le personnel soignant. Un phénomène qui, selon lui, devrait être traité beaucoup plus en amont. «Les présidents d’universités et les doyens des facultés de médecine ne défendent pas assez la laïcité. Nous formons aujourd’hui les médecins de demain pour qui la loi coranique se place au-dessus de la science.»

Le député Éric Diard (LR), auteur d’un rapport sur la radicalisation islamiste dans l’appareil de l’État

Atteinte à la laïcité

Najwa El Haïté est une élue de la municipalité d’Evry-Courcouronnes, en Essonne, intraitable sur les questions des dérives religieuses. La préfecture et la municipalité ont récemment procédé à la fermeture de quatre écoles islamiques, dont l’une était clandestine. D’origine marocaine et de confession musulmane, Najwa El Haïté ne craint pas de s’attaquer à l’entrisme islamiste avec fermeté. «Dans notre ville, c’est une réalité. Nous faisons face à des atteintes à la laïcité, notamment à l’école avec quelques Atsem (2)», explique la jeune femme.

«Les religieux ont clairement infiltré l’univers de la santé »,

Une de ses collègues a signalé le cas d’un agent de la ville ayant pris l’initiative, pendant la période de ramadan, d’expliquer le contenu du Coran pendant les activités périscolaires auxquelles assistaient des enfants. «Cet employé a été rappelé à l’ordre, insiste Najwa El Haïté. Mais il est très compliqué de mettre fin au contrat d’un fonctionnaire pour ce type de faute. Nous travaillons donc à rappeler les agents de la ville à leur devoir de neutralité et à les former.»

Ils sont rasés de près, l’uniforme est impeccable, mais, dès leur titularisation, les pantalons raccourcissent à la mode salafiste et les barbes s’allongent

Jean-Marc, chauffeur RATP

La neutralité. Un concept de plus en plus compliqué à appliquer au sein de la RATP. Jean-Marc * travaille dans l’entreprise depuis près de vingt-cinq ans. Il raconte comment les nouvelles recrues se montrent irréprochables durant la toute première année de service. «Ils sont rasés de près, l’uniforme est impeccable, mais, dès leur titularisation, les pantalons raccourcissent à la mode salafiste et les barbes s’allongent.»

Selon Jean-Marc, ce communautarisme religieux qui gangrène l’entreprise de transport public a pris racine il y a une vingtaine d’années avec la politique de recrutement, comme médiateurs, des «grands frères» dans certains quartiers sensibles pour répondre aux problèmes des violences à l’encontre des conducteurs. « Ils ont mis un pied à la RATP, ont fini par être embauchés comme conducteurs et ont créé une vraie filière de recrutement. Ils forment ainsi une petite armée de l’intérieur et finissent par s’organiser pour imposer leurs règles et leur religion et les faire passer avant les principes du service public.»

Le risque de l’affrontement

Prières dans les centres bus, refus de prendre son service après une femme, port de gants pendant le travail pour ne pas entrer en contact avec les passagères payant leur ticket, désorganisation du service en période de ramadan pour cause de «grosse fatigue», les exemples de ce fonctionnement communautariste sont nombreux. Mais Jean-Marc s’interroge aujourd’hui sur l’entrisme de ces radicaux dans les organisations syndicales. «En prenant le contrôle de certains syndicats, ils veulent peser pour faire basculer notre institution et imposer leurs règles, voire remettre en question la charte de la laïcité sur le lieu de travail.»

Guylain Chevrier est ancien membre de la mission laïcité au Haut Conseil à l’intégration. Il alerte depuis de nombreuses années sur le risque de la montée de ces affirmations identitaires. Souvent attaqué pour ses positions fermes, Guylain Chevrier décrit l’islamisme comme un mouvement fasciste dont l’objectif vise à détruire les fondements de la République. «On peut dire que l’islamisme est un danger sans être raciste, explique-t-il. Nous faisons face à un projet politique religieux au sein de notre société avec une logique de conquête. Nous sommes confrontés à des gens qui refusent le mode d’organisation de notre pays et si notre République n’est pas capable de mettre des limites, il y a un vrai risque d’affrontement.»

* Le prénom a été volontairement modifié.

(1) Radicalisation au cœur des services publics, avec Henri Vernet, Lattès, 234 p., 19,90 €.

(2) Agent territorial spécialisé des écoles maternelles.

 

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