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Deux enseignants en grève de la faim à Givors…

« Ça peut déraper jusqu’à l’assassinat »

Face aux violences, deux enseignants en grève de la faim à Givors : "Ça peut déraper jusqu'à l'assassinat"
Givors PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

Face aux violences, deux enseignants en grève de la faim à Givors : « Ça peut déraper jusqu’à l’assassinat »

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Depuis le 25 janvier, deux enseignants du collège Lucie-Aubrac de Givors (Rhône) se lancent dans une grève de la faim pour protester contre les violences à répétition qui touchent l’établissement.

Sept jours qu’ils sont en lutte, sept jours qu’ils jeûnent. Pierre et Leïla ne sont pas des activistes. Simplement des enseignants en géographie et en Arts plastiques. Depuis le 25 janvier, les deux professeurs du collège Lucie-Aubrac de Givors, dans le département du Rhône, sont en grève de la faim. Derrière eux, le collectif Aubrac. « Faire grève, aujourd’hui, n’a aucune conséquence, c’est un fait, se désole Pierre. Nous avons donc réfléchi, sur la base de travaux de sociologues, sur les modes d’actions efficaces, et la grève de la faim s’est imposée comme une évidence ». Surtout, ce mode d’action a le mérite d’être « indolore » pour les élèves. Les cours se poursuivent tandis qu’un bruit, populaire et médiatique, court : « Trop c’est trop ».

À l’origine de cette mobilisation, une violence croissante au sein de l’établissement qui prend pour cible les enseignants. Dernier fait en date, véritable déclencheur, une agression le 22 janvier dernier. Irrité par une remarque de son professeur d’espagnol pour l’oubli d’un livret, un élève âgé de 13 ans s’est emporté, l’insultant puis lui lançant une paire de ciseaux qui se seraient plantés dans le tableau. Heureusement sans faire de blessé…

« L’ÉTABLISSEMENT S’EST GHETTOÏSÉ »

« Les agressions de ce type ne sont plus des exceptions mais deviennent une habitude, déplore Leïla. Autour de nous, nous avons de plus en plus de collègues en burn-out. Quand ils ne sont pas arrêtés, ils viennent avec la peur au ventre en se disant qu’à tout moment, ça peut déraper jusqu’à se transformer en assassinat. On peut voir cela comme une peur démesurée mais aujourd’hui, nous en sommes là ».

Le point de départ de ces tensions ? Selon Leïla, il faut remonter à 2015. « Avec la modification de la carte scolaire, nous avons perdu tous les élèves des villages alentour. Nous avons donc perdu, très vite, toute la mixité sociale qui faisait la richesse de l’établissement. Peu à peu, en accueillant seulement les élèves des quartiers sensibles, l’établissement s’est ghettoïsé et les tensions se sont accrues ». D’autant que la période, Covid oblige, n’a rien arrangé à la situation. Avec des élèves frustrés, agacés, empêchés, par des mesures sanitaires qui les maintiennent dans leurs logements, leur cité. Au cœur de cet effondrement, démunis, des professeurs souvent livrés à eux-mêmes.

« ÊTRE CONSIDÉRÉS COMME REP+, RIEN DE PLUS »

Face à cette mobilisation, la hiérarchie a tenté d’apporter quelques réponses. Le jour du lancement de cette grève de la faim, l’inspecteur d’académie s’est rendu dans l’établissement pour proposer des « mesures d’urgence ». Annonçant la création d’un demi-poste supplémentaire de conseiller principal d’éducation (CPE), portant ainsi la dotation du collège à deux CPE, et la création d’un poste d’assistant d’éducation (AED) jusqu’en juin. Dans le même temps, le recteur de l’académie de Lyon a « réitéré tout son soutien aux enseignants, victimes dans le cadre de leurs fonctions de toute forme d’agression ».

Suffisant ? « Ce que nous voulons, ce n’est pas un bricolage qui fera croire à des moyens supplémentaires. Nous voulons être considérés comme REP+, rien de plus », scande Pierre, comme un slogan. Avec ce label, ce sont autant de moyens supplémentaires qui pleuvraient sur l’établissement, expliquent les deux grévistes, au moins pour faire face,. Et peut-être pour construire un réseau, des écoles maternelles jusqu’au collège, « parce que les problèmes viennent de loin ». En attendant d’autres renforts, demandés par Pierre et Leïla : davantage de psychologues scolaires et d’AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) pour renforcer l’encadrement des collégiens en difficultés.

Derrière les grévistes de la faim se tient une communauté « soudée », expliquent-ils. Ce week-end, une marche de soutien a rassemblé de nombreux parents et enseignants tandis qu’aux fenêtres de la ville, des habitants applaudissaient. Évoquant les 212 millions d’euros initialement prévus pour le budget de l’Éducation nationale 2020 et finalement « rendus » par Jean-Michel Blanquer en direction du budget général 2021 – comme l’indique un arrêté du 22 janvier 2021 pour « report de crédits » – Leïla s’emporte :  « Il y a de l’argent que nous n’investissons pas alors que les besoins sont immenses ! C’est se moquer de nous« .  Avec Pierre, elle assure qu’elle ira jusqu’au bout de leur combat.