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Discours du Général José LEICHTMAN.

Réception dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

Nous avons tous, ici présents, répondu avec plaisir à l’invitation de M. Foudil Benabadji à cette  cérémonie solennelle et néanmoins amicale qui a été organisée pour sa réception dans l’ordre de la légion d’honneur, en présence des élus de la République….,. Cette cérémonie va pouvoir se dérouler dans la salle d’Honneur de l’Hôtel de Ville de Chambéry que M. le maire Michel Dantin a bien voulu mettre à sa disposition, ce qui est déjà en quelque sorte une reconnaissance des remarquables services qu’il a rendus à la Collectivité dans le bassin chambérien.

Foudil s’est, durant toute sa vie, distingué par ses multiples activités qu’il a exercées avec dévouement, avec une volonté marquée de progresser et avec un sens de l’humain remarquable en faveur d’abord des jeunes ayant des problèmes d’adaptation aux règles de vie de la société puis au bénéfice de nos concitoyens qui se retrouvent  en marge de la société et dont certains sont susceptibles d’être tentés par un engagement dans un monde qu’ils croient à tort meilleur.

Foudil est l’ami de nombreux de mes bons amis venus aujourd’hui et ce sont eux qui me l’ont fait connaître pour ses qualités exemplaires aux plans moral, civique, culturel et social dont il a constamment fait preuve dans l’exercice d’activités très dynamiques et enrichies par une grande mobilité en France.

Après une adolescence passée en Algérie où il est né, Foudil se consacre en France métropolitaine, à partir de 1955 à l’âge de 18 ans, à l’éducation des jeunes dont la conduite a été jugée hors norme, fonction qu’il a exercée avec une grande compétence acquise et développée par une solide formation qualifiante continue, tout en occupant des emplois successifs de niveaux de plus en plus élevés, dans une douzaine de départements français.

 Sa carrière débute, quelques années après être  sorti du Collège d’Agde, par son admission comme éducateur stagiaire au Centre d’Observation Public de l’Education Surveillée (COPES), à Collonges au Mont d’Or dans le Rhône qui relève du Ministère de la Justice. Pendant ce stage il acquiert le diplôme de Capacité en droit à la fac de Lyon en 1959, avant  d’intégrer en 1960 l’école de formation d’éducateur spécialisé  à Vaucresson qui dépend de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, (PJJ).

De 1961 à 1965, il a géré avec son conjoint, quatre Auberges de la Jeunesse, (A.J.), aux quatre coins de la France, à Troyes, Trouville, Bayonne et Marseille et ce, tout en étant affecté d’abord, comme éducateur spécialisé, à l’Institution Publique de l’Education Surveillée, (IPES), à Neufchâteau dans les Vosges puis au centre Beauregard du Chevallon de Voreppe en Isère en qualité de chef de service dans cet établissement pénitentiaire pour mineur qui accueille des jeunes garçons délinquants et caractériels, où il reste jusqu’en 1968.

Ensuite, après avoir dirigé la cité de transit à Mions, foyer de sans abri, il est nommé  directeur du Centre Villeneuve à Ecully, qui accueille  des jeunes filles caractérielles et délinquantes, jusqu’en 1972.

C’est alors qu’il tente une incursion dans une autre activité en prenant les fonctions de direction d’un centre pétrolier à Hassi Messaoud où il ne séjourne qu’une année.

A l’issue de cette période de mobilité dans l’industrie pétrolière, il prend la direction du foyer « le Bon Vent » à Chambéry, établissement privé financé par le Conseil départemental et rattaché à la Sauvegarde de l’Enfance, qu’il garde jusqu’en 1981.

Entre temps, il a suivi une formation en criminologie à l’hôpital Grange Blanche, il a acquis la licence de science de l’éducation à l’Université de Saint Martin d’Hères et il a suivi une formation de gestionnaire d’institution hospitalière à l’Ecole Nationale de la Santé Publique de Rennes, (ENSP) pour la direction des établissements.

Il faut convenir que pour mener une carrière  aussi active dans l’éducation de mineurs et dans le soutien aux gens en difficultés, il faut savoir faire l’effort d’accroître sans cesse sa qualification, ce qui permet notamment une  progression dans l’échelle sociale, et il faut avoir le courage d’affronter volontairement des situations nouvelles.  De plus, il faut  aimer rendre service,  aimer son prochain, et il faut adhérer pleinement aux valeurs de la république.

Foudil  possède naturellement  ces dispositions  généreuses et à partir des années 80, il s’est  très activement engagé dans de multiples associations visant à venir en aide à des adultes qui étaient comme on dit aujourd’hui décrochés de la société. C’est ainsi qu’il devint en 1980 administrateur puis vice-président de l’association d’insertion « la Gallopaz » qui a été l’une des premières structures en Savoie ayant cet objectif de réinsérer par le travail des personnes désœuvrées et inactives.

La formation technique, morale, sociale et civique des personnes qui n’ont pas eu la chance dans leur jeunesse de bénéficier d’une éducation familiale convenable leur donnant, pour la vie entière, des repères pour bien se situer dans la société, se réalise essentiellement par la force de l’exemple que montre l’éducateur qui fait autorité.

Foudil, qui a eu le courage, et disons le, l’ambition doublée d’un goût de l’effort de s’élever d’un niveau initial de CAP obtenu dans son adolescence dans son pays d‘origine jusqu’à son épanouissement  actuel,  est sûrement un modèle  de réussite sociale par le travail. Pour bien des jeunes auxquels il a eu la charge de donner une bonne éducation, il a été un modèle de sérénité, de courage et de sagesse, modèle bon à imiter, pour résister à  la tentation de consommation d’exutoire, pour apaiser les esprits que l’oisiveté peut exciter, et surtout pour  empêcher les plus vulnérables d’entre eux de suivre un modèle pernicieux.

Il me faut dire qu’en reconnaissance de ses activités sociales, culturelles et généreuses au bénéfice de ses concitoyens, la Fondation nationale du bénévolat, dont le délégué de Rhône Alpes, mon ami Roland Minodier est ici présent, lui a décerné récemment la palme d’or du bénévolat, distinction présentée ici dans ce cadre.

En 1982, il commence à se préoccuper activement du rapprochement avec la nation française de la communauté originaire du Maghreb, par la mise sur pied d’échanges culturels. Il poursuit cette action, dans le cadre de l’Institut Culturel du Maghreb en France, (ICMF), dont il est le fondateur, par  des analyses des questions sociales et religieuses, suivies de formations avec la population immigrée, formations qui n’ont pas connu le succès qu’il aurait souhaité.

Durant cette période, il a  multiplié de nombreux  échanges avec  plusieurs villes d’Algérie, en organisant des visites et des séjours sur place pour des écoliers, des enseignants, des élus municipaux et des chefs d’entreprise  et aussi en animant des expositions sur les populations des différents territoires algériens, du Sahara jusqu’à la Kabylie. Bien connu sur la place de Chambéry des institutions départementales de l’Etat, des rôles de médiateur et d’expert lui ont même été confiés par la DDASS et le TGI de Chambéry.

Dans les années 90, il poursuit  ses actions culturelles et sociales par l’animation de mouvements favorables au rapprochement des religions, en qualité de président de l’Union des Familles de Culture Musulmane  qui est une association laïque, comme administrateur à la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix et comme membre de la Fraternité d’Abraham qui est une association interreligieuse regroupant des juifs, chrétiens, musulmans et bouddhistes. Il a constamment soutenu avec force dans ses livres et dans ses conférences que l’histoire sainte originelle et commune au judaïsme, au christianisme et à l’islam devait être le socle du rapprochement des croyants monothéistes afin de faire vivre  ensemble dans la paix les communautés  dont  les modes de vie sont différents. C’est d’ailleurs en raison de toutes ces actions humanistes  qu’il vient de recevoir tout récemment à Paris le 1er Prix ex aequo, André Chouraqui du Judaïsme Africain.

Depuis 1999, il est référent des aumôniers musulmans des hôpitaux de Chambéry et d’Aix les bains, reconnu par le Conseil Français du Culte Musulman, (CFCM), et aumônier musulman des prisons d’Aiton et de Chambéry, nommé par les services pénitentiaires, où il apporte un soutien spirituel,  moral et culturel aux malades et aux détenus. En milieu carcéral, Il peut assumer la charge d’enseigner aux croyants nombreux qui lui font confiance, l’interprétation du fait religieux originel et historique  qui conduit à la tolérance des autres  confessions et  à l’amour des autres, ce que ne font pas toujours certains prédicateurs autoproclamés mal intentionnés, en certains  lieux de culte.

Foudil Benabadji est un homme de cœur et de paix qui a bien mené toute sa vie des actions socio-éducatives visant à redonner espoir et courage à ses concitoyens en situation difficile,  qui n’éprouvaient pas parfois de sentiment d’appartenance nationale.  Il a toujours œuvré avec efficacité pour améliorer les relations entre les différentes communautés, dans le respect de leurs cultures et de leur spiritualité. Il a toujours agi pour l’apaisement des esprits dans notre monde d’incertitude qui est secoué parfois par des violences.

Foudil a manifestement rendu des services éminents à la société et à l’Etat. Il mérite l’hommage d’être reçu solennellement aujourd’hui dans l’ordre de la Légion d’Honneur avec le grade de chevalier, en présence de tous ses amis et des personnalités invitées.

Pour terminer, permettez moi de rappeler que cette institution démocratique qu’est la Légion d‘Honneur, a été créée, sous le Consulat,  par une loi votée en 1802 par le corps législatif de la première République Française,  au lendemain de la révolution et de la terreur alors que le pays était dans l’attente de sa reconstruction, avec des fractions de la population qui se haïssaient et qui se jalousaient. Napoléon Bonaparte, premier consul, s’est alors fixé  pour objectif de redresser le pays après avoir rassemblé les français dans l’action pour leur donner l’envie de vivre et de travailler ensemble, en leur présentant pour idéal l’honneur de servir la France qui avait besoin de retrouver sa cohésion, pour relancer l’économie et pour réaliser des réformes structurelles. Les plus méritants  ont été admis dans une légion d’honneur qui devait inspirer les citoyens à l’effort et leur donner l’exemple à suivre. Foudil Benabadji répond aujourd’hui parfaitement à ces critères de sélection d’entrée dans cette légion d’honneur, lesquels critères datent de plus de 210 ans.