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la vie insolite du poète maudit

 
Son père a épousé une jeunette
L’argent lui brûle les doigts

 

  • L’argent lui brûle les doigts

    Le 9 avril 1842 est l’un des plus beaux jours de la vie de Baudelaire. Il devient majeur et peut disposer à sa guise de l’héritage paternel. Le jeune dandy hérite de 100 000 francs-or, de quoi lui assurer un beau et durable train de vie. C’était sans compter sur sa prodigalité et son amour des belles choses ! Il dilapide son argent en habits, meubles, tableaux, boissons et filles. En moins de deux ans, près de la moitié du pactole s’est envolée. Sa famille se réunit en urgence pour prendre une terrible mesure. A compter du 21 septembre 1844, et jusqu’à sa mort, le poète se voit attribuer un conseil judiciaire et redevient mineur aux yeux de la loi. Quand il l’apprend, il entre dans une rage folle. Trahi par sa mère, il sent aussi venir la meute infernale des créanciers.

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Il renie Victor Hugo, son idole de jeunesse
Le flambeur chic adore la provoc !
  • Le flambeur chic adore la provoc !

    Dandy d’habits et d’esprit, Baudelaire détonne dans le monde. Il change de physionomie en un rien de temps : un jour barbu et habillé comme un secrétaire d’ambassade, le lendemain rasé de près et vêtu d’une redingote bleue à boutons d’or, un autre jour il se teint les cheveux en vert. Il suscite la curiosité et prend un malin plaisir à tourmenter son auditoire. Il raconte ainsi à un honnête fonctionnaire qu’il a mangé de la cervelle d’enfant, un mets délicieux dont la texture lui a rappelé celle des cerneaux de noix. Une autre fois, il serre la main d’un homme en lui confiant : « Quand j’avais la gale… » Mais le jeu finit par se retourner contre lui. La presse d’abord, la légende ensuite ont confondu ces postures avec la nature profonde du poète. Ses amis devront se battre pour rétablir la vérité, celle d’un garçon sensible.

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Il vit une relation très tourmentée
  • Il vit une relation très tourmentée

    En 1842, le jeune Charles se choisit une maîtresse à rebours des conventions. Originaire de Saint- Domingue, Jeanne Duval est une comédienne de seconde zone au physique à l’opposé du sien : elle est noire, de grande taille (plus de 1,80 m) et sa carrure est imposante. A travers elle, le petit, pâle et gringalet poète trouve sa définition de la beauté, selon lui toujours bizarre. C’est Jeanne qui lui inspire les beaux poèmes La Chevelure, La Géante et Les Bijoux. Mais leur relation, qui dure quinze ans, est tumultueuse. Un jour, il la pousse violemment, elle se fend le crâne sur une commode. Une autre fois, c’est elle qui s’énerve, jetant au feu tous les objets chers à son amant. Lorsque, devenue hémiplégique, Jeanne est reléguée dans une maison de santé, elle peut compter sur la dévotion de son ancien amant, qui n’oublie jamais de lui envoyer de l’argent.

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Il se met à l'anglais pour lire Edgar Poe
  • Il se met à l’anglais pour lire Edgar Poe

    « Edgar Poe m’a appris à penser. » Quand le jeune Baudelaire découvre l’écrivain américain, c’est la révélation. Il lit des phrases qu’il aurait pu écrire. Il se met à questionner ses amis et les cabaretiers sur leurs connaissances, souvent nulles, de cet auteur obscur. Son enthousiasme ne faiblit pas, et pendant une quinzaine d’années, le poète s’efforce de traduire les oeuvres du romancier fantastique. Il apprend l’anglais en autodidacte et se démène pour trouver le sens exact des mots, allant jusqu’à correspondre avec des Américains. Baudelaire fournit ses traductions aux journaux ; ce qui constitue, de loin, ses publications les plus rémunératrices. Surtout, il révèle Edgar Poe au grand public et, aujourd’hui encore, les nouvelles éditions s’appuient sur son travail méticuleux.

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Ce n'est pas le locataire idéal
  • Ce n’est pas le locataire idéal

    Enfant, Baudelaire voulait voyager. Adulte, il déménage. Et de manière frénétique. Rue Vaneau, rue de Provence, rue Tournon, rue Pigalle, quai d’Anjou… La liste des domiciles parisiens où il a vécu, de deux nuits à deux ans, est interminable. On lui connaît plus d’une cinquantaine d’adresses ! Sans compter toutes les fois où il est allé quémander une place sur le canapé d’un ami. Cette bougeotte n’est pas un choix. Incapable de payer le loyer d’un hôtel garni, le poète s’échappe en toute hâte quand le tenancier arrive à bout de patience. Logé dans le plus grand confort durant sa belle jeunesse, il connaîtra, avec l’âge, des chambres de plus en plus miteuses.

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Le spleen et la procrastination freinent sa création
  • Le spleen et la procrastination freinent sa création

    Baudelaire a un problème, il n’est pas touché par la grâce de la création. Chaque poème est le résultat d’une longue besogne. Il n’y a qu’à voir les épreuves des Fleurs du mal, bourrées de ratures et de corrections. Baudelaire n’est jamais content, des autres bien sûr, mais surtout de lui-même. Roi de la procrastination, il peste contre son manque de volonté et sa paresse naturelle. Alors il se fait violence. Dans son carnet intime, il écrit : « Tout travail, même mauvais, vaut mieux que la rêverie. » Il s’en remet aussi à Dieu et à la prière. Mais l’oeuvre qu’il a laissée ne constitue qu’une infime partie de ce dont il avait rêvé.

     

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L'académie lui refuse l'immortalité
  • L’académie lui refuse l’immortalité

    Le 11 décembre 1861, Baudelaire, alors âgé de 40 ans, dépose sa candidature à l’Académie française.

    Lui, le poète de la rue, condamné pour outrage à la morale publique, revendique un fauteuil vert de l’Institut. La démarche est surprenante, mais sincère. L’écrivain cherche le repos de l’âme et la respectabilité. « Etre de l’Académie est le seul honneur qu’un vrai homme de lettres puisse solliciter sans rougir », écrit-il. Son intention n’est pas comprise. Il est le plus souvent mal reçu par ceux qu’il espère rejoindre, notamment par le secrétaire perpétuel de l’Institut, Abel François Villemain. Baudelaire en conçoit une grande amertume et songe, un temps, à se venger par écrit. Après deux mois d’une campagne éreintante durant laquelle ses proches relations – dont Gustave Flaubert – ont plaidé sa cause partout où ils le pouvaient, le poète maudit abandonne, sur les conseils d’Alfred de Vigny et de Sainte-Beuve, les deux seuls Immortels à comprendre son talent.

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C’est un grand amoureux des chats
  • C’est un grand amoureux des chats

    C’est une habitude que le flâneur gardera toute sa vie. Quand il croise un chat dans la rue, il s’arrête pour le caresser. Les félidés sont déifiés par Baudelaire. Dans Les Fleurs du mal, il leur consacre deux poèmes, et lorsqu’il habite sur l’île Saint-Louis, nombreux sont les matous du quartier qui trouvent refuge dans son appartement. Parmi eux, Tibère, qui a dévoré la souris domestique d’un homme venu visiter son maître, et Rosalie, qui aimait se prélasser sur les genoux du poète en l’écoutant déclamer ses vers.

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Il a une sainte horreur de tout ce qui vient de Belgique
  • Il a une sainte horreur de tout ce qui vient de Belgique

    En avril 1864, Baudelaire quitte Paris pour Bruxelles, en espérant toucher de l’argent grâce à des conférences et pour vendre ses oeuvres à un éditeur belge. Mais ce séjour est un fiasco. Ses conférences n’ont aucun succès et l’éditeur refuse de le recevoir. Loin de ses amis, il se morfond, nourrit sa rancoeur et entreprend de se venger d’un pays qui ne comprend rien à l’art. Il veut écrire un portrait à charge de la Belgique, dans lequel il maudira tout ce qu’elle est : sa nourriture, ses vins, ses magasins, ses femmes, ses peintres, ses moeurs… Les notes éparses, réunies et publiées pour la première fois sous le titre de Pauvre Belgique ! en 1952, constituent un précieux témoignage des troubles mentaux du poète dus à la syphilis.

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Il achève sa carrière sur un juron
  • Il achève sa carrière sur un juron

    En mars 1866, Baudelaire subit, en l’espace de quinze jours, deux attaques cérébrales. La seconde, un ictus hémiplégique, paralyse la moitié de son corps et lui fait perdre l’usage de la parole. Enfin, presque. Un son résiste encore au silence : « Crénom ! » Un juron qui résume les derniers mois de la vie du poète, incapable d’exprimer ses volontés mais à l’esprit toujours vif. Cruelle ironie pour le maître de la langue, réduit à un terme de charretier.