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L’association L’islam au XXIe siècle

 lance sa revue éponyme

Avec L’islam au XXIe siècle, un « outing » de musulmans engagés pour donner une tribune à un islam contemporain

 

« Lutter contre l’ignorance et l’indifférence envers l’islam », c’est l’ambition affichée de l’association L’islam au XXIe siècle, qui entend valoriser pour cela les voix d’un islam contemporain, « tolérant et moderne ».


L’islam au XXIe siècle a organisé un point presse le 8 juillet pour présenter la nouvelle gouvernance : Michel de Rosen, Sadek Beloucif, Eva Janadin et Hakim El Karoui (de gauche à droite). Au centre, la réalisatrice Yamina Benguigui, qui a prêté main forte à l'association pour produire un documentaire prévu en octobre 2020.
 
L’islam au XXIe siècle a organisé un point presse le 8 juillet pour présenter la nouvelle gouvernance : Michel de Rosen, Sadek Beloucif, Eva Janadin et Hakim El Karoui (de gauche à droite). Au centre, la réalisatrice Yamina Benguigui, qui a prêté main forte à l’association pour produire un documentaire prévu en octobre 2020.
Près de 18 mois après le colloque inaugural de L’islam au XXIe siècle, c’est pour présenter sa nouvelle gouvernance que l’association a organisé, mercredi 8 juillet, une conférence de presse à Paris. Après l’islamologue tunisien Mohammed Haddad, c’est au tour du professeur de médecine Sadek Beloucif d’assumer la présidence de L’islam au XXIe siècle, qui affiche encore aujourd’hui de grandes ambitions.

Prônant un triple engagement auprès des Français non musulmans « qui ne connaissent pas l’islam mais qui en ont peur », des Français dits de « la majorité silencieuse », et des Français musulmans « à l’écoute de discours populistes exprimant une authentique dérive séparatiste », Sadek Beloucif a formulé le vœu, avec l’association qu’il dirige, de « faire que l’islam soit mieux compris et connu (de tous) pour désamorcer une hypothétique clash des civilisations ».
 
Donner une « tribune à un islam moderne »
 
« Nous avons l’ambition de lutter contre l’ignorance et l’indifférence envers l’islam », a exposé, à son tour, Michel de Rosen, chef d’entreprise, lui-même non musulman mais résolument animé d’une volonté de contribuer « à réduire les tensions et les malentendus et à faire progresser le respect réciproque ».

A ce titre, et bien avant la tenue d’une prochaine grande conférence internationale en automne 2021, l’association entend organiser des ateliers de travail réunissant des universitaires sur leurs domaines de spécialité « afin de faire avancer la réflexion et la connaissance de leur champ d’étude » mais aussi lancer une revue destinée au « grand public » dans les prochains mois. Un défi de taille au regard de l’approche jusque là élitiste qui se dégage des initiatives prises ou voulues par l’association.

Les fondateurs de L’islam au XXIe siècle dont fait partie Michel de Rosen « s’inscrivent résolument dans la tradition et le sillon de l’islam de lumière, l’islam ouvert au dialogue, tolérant et moderne »qu’ils veulent « modestement et courageusement » faire briller. « La cause est belle, vive l’avenir ! », a-t-il lancé.

C’est un « outing » qui est aujourd’hui engagé, selon les mots de Sadek Beloucif. Il faut « montrer aux extrémistes qu’ils n’ont pas le monopole de l’interprétation des textes », a indiqué, pour sa part, Eva Janadin, déléguée générale de l’association. « Le vrai islam n’existe pas, c’est ce que les musulmanes et les musulmans en font », a appuyé la co-fondatrice du mouvement Voix d’un islam éclairé (VIE), à l’initiative du projet de mosquée Simorgh.
 
Faire converger des initiatives
 
Même son de cloche pour Hakim El Karoui, qui a rejoint l’association en tant qu’administrateur. Les rigoristes, en faisant croire qu’ils sont majoritaires, « ont créé une orthopraxie où, du matin au soir, et de la naissance à la mort, tous vos faits et gestes sont considérés et organisés par cette imitation du Prophète fondée sur des dires, des écrits et des propos rapportés dont la valeur historique est questionnable pour le moins que l’on puisse dire ».
 
« Cette orthopraxie, à l’évidence, n’est pas compatible avec le système de valeurs de la France contemporaine. Ce qui est très frappant, c’est qu’elle évolue indépendamment de ce qui se passe dans le monde arabe, c’est-à-dire qu’il y a un islamisme français (…) qui est en train de s’inventer et qui est franchement assez inquiétant », estime le fondateur de l’Association musulmane pour l’islam de France (AMIF) dont il vante l’utilité si la structure (que Sadek Beloucif et Eva Janadin soutiennent tous deux) finit un jour par être opérationnelle. « En France, l’État est laïque : il décide de tout mais, en même temps, il n’assume rien sur ces sujets (de l’islam, ndlr), ce qui n’est pas facile car on ne sait jamais s’il est là mais on a quand même besoin de lui », fait-il part au passage.

A ce jour, L’islam au XXIe siècle est financé sur des fonds privés de généreux donateurs. L’AMIF serait « une caisse de financement » pour le travail théologique sur laquelle Islam XXI entend contribuer, indique Hakim El Karoui, pour qui « il faut absolument diffuser une autre offre » que salafiste « même soft, sans appel à la violence » mais prônant « une islamisation totale de la modernité ». Il faut « se sauver du clash que certains veulent organiser, que ce soit les islamistes, les jihadistes ou bien l’extrême droite ».

« Pour moi, il n’est pas question d’évolution des mentalités sans l’image, sans la parole, sans outil, sans film. Nous ne pouvons pas nous amputer de l’image pour faire avancer le débat », a jugé la réalisatrice Yamina Benguigui, qui produit « à titre bénévole » pour l’association un documentaire recueillant la parole des intervenants au colloque de février 2019 à l’UNESCO. Le film, dont la sortie est prévue « en octobre 2020 », vise à « faire entendre une parole contemporaine de l’islam en posant des questions fondamentales sans imposer les réponses que les musulmans peuvent construire ensemble et avec les autres ».
 
Plus de six mois après la présentation de sa gouvernance, l’association L’islam au XXIe siècle vient de lancer sa revue trimestrielle éponyme. « Quelle idée de lancer une nouvelle publication en 2021, au moment où de belles revues de haut niveau, comme Le Débat, mettent la clef sous la porte, et que d’autres ont du mal à trouver ou conserver leur lectorat et leur équilibre économique ? », écrivent Sadek Beloucif et Eva Janadin, respectivement président et déléguée générale de l’association, au sommaire du premier numéro numérique disponible à la lecture ici.

« Nous voulons relever le défi et créons cette revue pour trois raisons, qui sont pour nous autant d’idées fortes », assurent-ils. Voulant être « un acteur « comme les autres » du débat intellectuel contemporain », l’association souhaite « pouvoir approcher, discuter et déchiffrer les liens entre l’islam-religion et l’Islam-civilisation » avec, pour objectif, de « promouvoir les éléments de compréhension mutuelle dont notre monde globalisé a besoin ».
 
Des enjeux intellectuel et spirituel mis en avant
 
« La dernière raison a trait à la distinction entre le culturel et le cultuel. Habituelle dans le monde occidental puisqu’elle permet le partage (et donc l’établissement de rapports sereins) entre le politique et le religieux, elle est parfois plus difficile dans la sphère musulmane. Cette potentielle confusion, intensifiée par la multitude des interprétations, et donc des compréhensions et représentations partagées, doit être levée », lit-on.

« L’enjeu d’une telle revue est d’abord intellectuel », estime les dirigeants de l’association, qui souhaitent ainsi « produire et mettre en valeur un contenu intellectuel rigoureux qui puisse renouveler l’interprétation du corpus islamique à l’aune des nouveaux enjeux du XXIe siècle et ainsi contrer les discours de rupture extrémistes ». L’enjeu de cette revue est aussi « spirituel » afin de « répondre à une véritable demande parmi les musulmans dans le renouvellement de leur interprétation des textes ».

« L’islam est mal connu aujourd’hui, pas seulement chez les non-musulmans. L’objectif de cette revue est ainsi d’éduquer sur cet héritage pour qu’il soit mieux compris, mais aussi pour accompagner et faire savoir ses évolutions au XXIe siècle », note l’association, qui entend « créer du commun partageable, à partir de multiples ressources culturelles et cultuelles dont personne n’a le monopole ».

L’islam au XXIe siècle : « Il est encore possible à l’islam de s’accommoder aux réalités nouvelles »

Rédigé par Association L’islam au XXIème siècle

« Contribuer à ce que l’islam soit mieux connu et compris » et « donner une tribune à l’islam moderne », telle est l’ambition affichée de la jeune association L’Islam au XXIème siècle, à l’initiative d’une conférence articulée autour de quatre thèmes (« islam et liberté de conscience », « islam et violence », « islam et égalité », « islam et médias ») qui s’est tenue les 26 et 27 février à l’UNESCO. A l’issue des deux jours, elle fait valoir une déclaration que relaye aujourd’hui Saphirnews.

L'islam au XXIe siècle : « Il est encore possible à l’islam de s’accommoder aux réalités nouvelles »
 
L’islam vit encore le défi de la réforme. Après la découverte de la modernité et de la pensée des Lumières, au XIXe siècle, des voix musulmanes s’étaient élevées pour appeler à l’ouverture et au changement. Des réformateurs issus des institutions religieuses s’étaient rebellés contre ces institutions pour défendre des thèses et des idées novatrices.

Que l’on se rappelle Tahtaoui traduisant en arabe la Constitution française, Ali Abderrazik défendant le principe de la séparation entre l’Etat et la religion, Qâsim Amîn et Tahar Haddad dénonçant le statut des femmes en terres d’islam, et tant d’autres. Des débats s’étaient ouverts dans une partie du monde musulman et des sujets brûlants furent posés sans tabous, menant à une dynamique qui aurait pu aller loin dans la voie du renouvellement.

Cet élan réformiste fut entravé par plusieurs facteurs successifs de blocage qu’il serait trop long d’énumérer : conservatisme social et culturel, choc colonial, mobilisation de la religion dans les mouvements de libération nationale, idéologie du progrès, désenchantement national, guerre froide, conséquences du boom pétrolier, gouvernances autoritaires, migrations de masse et échec des politiques d’intégration, notamment. Éluder ce contexte socio-historique complexe et réduire les problèmes des musulmans à une dimension purement religieuse fausse le débat et paralyse les efforts de changement.

A ces facteurs s’est ajouté l’émergence de l’islam radical, militant et violent qui a rendu encore plus difficile les projets de réforme et de modernisation. Pourtant, l’historicité de l’islam aurait pu permettre de déboucher sur d’autres alternatives.

La bataille n’est pas pour autant perdue, bien au contraire. Il est encore possible à l’islam de s’accommoder aux réalités nouvelles et aux mutations historiques. Ainsi, il n’y a pas de raison de se résigner aux thèses décrivant l’islam comme intrinsèquement « irréformable ».

Néanmoins, le refus de figer l’islam ne doit pas conduire à un déni du réel. L’islam pose problème, autant dans les sociétés à majorité musulmane que dans celles où il est minoritaire. Sans complaisance, il faut oser pointer les difficultés et dénoncer les blocages.

En matière de liberté de conscience, les musulmans sont appelés à accepter sans détour la diversité et la liberté religieuses, y compris dans les sociétés à majorité musulmane. Ils accepteront aussi le fait que l’appartenance ou la non appartenance à une religion soit un choix individuel et libre. Adopter, quitter, changer de religion ou vivre sans, est un droit inaliénable.

En matière de violence, les musulmans sont appelés à manifester clairement et sans détours leur refus de donner une légitimité religieuse à toute forme d’atteinte à la vie, à l’intégrité, à la dignité et aux biens d’autrui. Cet appel concerne la violence terroriste et l’application de peines obsolètes et contraires aux principes de droits de l’Homme et des libertés individuelles, à l’instar de la peine dite de l’apostasie, et des châtiments qui touchent à l’intégrité physique.

En matière d’égalité, les musulmans sont appelés à aller jusqu’au bout de l’impératif de sécularisation en acceptant l’égalité entre tous les citoyens, hommes et femmes, musulmans et non-musulmans.

En matière de communication, les journalistes, musulmans et non-musulmans, sont appelés à éviter le déni de réalités ; à éviter l’essentialisation, le manichéisme et la déformation ; à donner la parole aux musulmans modernistes ; à favoriser le dialogue avec ceux qui sont prêts à créer les conditions d’un débat constructif.

Re-spiritualiser l’islam ? Déconstruire l’histoire fantasmée de l’islam ? Cet espoir ne doit pas être porté uniquement par les musulmans de foi, mais aussi de culture et par tous les humanistes. Il est de l’intérêt général que cesse la fixation sur l’islam et la suspicion envers plus d’un milliard et demi de musulmans. L’Islam est un patrimoine universel, ne peut être abandonné aux radicaux. La réforme de l’islam, aujourd’hui portée par un nombre de plus en plus grand de femmes et d’hommes éclairés, est irréversible.
 
 


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