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Le président Macron l’a nommé…

…ambassadeur de France en Algérie

Entre l’Algérie et la France, rien n’est simple. C’est là une évidence au regard des relations, tantôt chaleureuses jusqu’à en «brûler de satisfaction», tantôt glaciales au point de désespérer les plus optimistes. Les deux pays ont traversé, ces derniers mois, tout le spectre, du meilleur au pire, amenant les observateurs à ne plus savoir où mettre le curseur. Dans ce tumulte politico-diplomatique, il est une valeur sûre, un homme qui connaît parfaitement les méandres de l’establishment parisien, a une profonde admiration pour la culture algérienne et un authentique respect pour les hommes et les femmes d’un pays auquel il est lié par son épouse, mais également par son père et grand-père qui y ont vécu. Cela suffit-il pour en faire la carte gagnante du président Macron qui l’a nommé ambassadeur de France en Algérie ? La réponse est oui, sans aucune hésitation. Nous l’avons rencontré, hier. Proche de Jean-Pierre Chevènement, un immense ami de l’Algérie, François Gouyette a quelque chose d’authentique lorsqu’il parle de sa mission en Algérie.

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                           François Gouyette, l’Ambassadeur

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, où il a été question de mémoire, de relations bilatérales et des questions régionales d’intérêt commun entre la France et l’Algérie, il a su admirablement faire montre de ses qualités de diplomate. Il a également démontré qu’entre l’Algérie et la France, il y a deux gouvernements, mais aussi deux peuples, deux sociétés et une multitude de ponts très solides que les «périodes de glaciations» n’ont pas pu démolir.

MARDI 2 MARS 2021

Entretien

Exportations algériennes.
 Ou en sommes-nous ?

En 2020, le commerce a forte- ment ralenti du fait de la conjoncture internationale, mais nos échanges restent très importants. Au-delà de ces échanges, les entreprises françaises ont fortement investi en Algérie ces dernières années.
 Le stock de nos IDE représente 2,7 milliards d’euros, ce qui place la France parmi les tout premiers investisseurs en Algérie, et ce, dans tous les domaines. Nos entreprises créent de la valeur en Algérie dans des secteurs productifs tels que l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, l’automo- bile et les services. Elles génèrent aussi plusieurs dizaines de milliers d’emplois directs et indirects. Il suffit d’interroger les partenaires algériens des entreprises françaises ou leurs employés, ils vous diront que la relation économique entre nos deux pays est une relation gagnant-gagnant.

Mais l’économie, c’est aussi, et surtout, le capital humain. La France investit également beaucoup dans le domaine de la formation professionnelle. Nos entreprises développent en Algérie des centres de formation professionnelle qui assurent un transfert de savoir-faire. C’est aussi le cas des Instituts en sciences et technologies appliquées (Ista), l’équivalent des IUT français, qui sont le fruit de notre coopération et qui contribuent à la professionnalisation et à l’employabilité des jeunes Algériens.

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«Le rapport Stora a été mal compris » Entretien réalisé par Brahim Takheroubt,  Saïd Boucetta et Chabane Bensaci. 

Plusieurs réalisations remarquables peuvent servir d’exem- ple. Dans le domaine pharmaceutique par exemple, Sanofi a inauguré en 2018, à Sidi Abdallah, son plus important complexe industriel en Afrique et au Moyen-Orient. Dans l’agroalimentaire, des entreprises françaises comme Bel, Lactalis, Danone ou encore Avril/Lesieur ont investi dans des capacités de production. C’est également le cas de Total, qui est engagée dans la production de lubrifiants, mais aussi dans des projets de grande ampleur aux côtés de la Sonatrach. D’autres projets sont en cours, dans la pharmacie, l’agroalimentaire, l’agriculture, par exemple. Nous souhaitons bien sûr que ces réalisations soient encore plus nombreuses, mais l’investissement d’entreprises privées ne se décrète pas, et il est important que l’environnement des affaires et le cadre règlementaire soient attractifs pour les investisseurs.

Parmi les grandes réalisations, il y a évidemment aussi l’usine Renault d’Oran inaugurée en 2014. Elle est à l’arrêt depuis plus d’une année et a dû procéder récemment à une réduction importante de ses effectifs. C’est malheureux. L’importation des kits de montage nécessaires à la reprise de son activité reste, à ce stade, bloquée. Mais je puis vous assurer que nos entreprises, en général, sont animées de la volonté de nouer des partenariats de long terme en Algérie.

Les deux pays se sont entendus sur une coopération dans de nombreux domaines. Cela a-t-il impacté la perception des deux sociétés que l’une a pour l’autre ?

Je pense que la perception de la relation entre nos deux pays est parfois présentée de manière déformée dans la presse. On a tendance à la réduire à une relation politique où le moindre signe est sur-interprété. Le moindre événement fait l’objet de supputations qui finissent par conclure à un « coup de froid » ou à « une crise bilatérale ». La réalité est beaucoup plus simple : nos gouvernements coopèrent, comme deux partenaires très importants l’un pour l’autre, dans le respect mutuel de la souveraineté de chacun. Il y a une volonté constructive des deux côtés, et nos intérêts sont nombreux et convergents.

Dans le débat public, l’on a souvent tendance à présenter la relation franco-algérienne comme une relation à sens unique. C’est faux. C’est du gagnant-gagnant. La France est très engagée aux côtés de l’Algérie. Notre ambassade à Alger dispose d’un budget de coopération de 6 millions d’euros, l’un des tout premiers du réseau diplomatique français.

Comme vous le voyez, la relation entre la France et l’Algérie ?

Elle ne se limite pas aux échanges politiques, elle est très concrète et bénéficie directement aux populations des deux pays. Demandez aux entrepreneurs algériens, aux étudiants, aux chercheurs, aux journalistes, aux artistes ! Ils ne voient que du positif dans notre relation. Ils nourrissent leur activité des nombreuses passerelles qui existent entre nos deux sociétés. Les Français sont curieux de l’Algérie et souhaiteraient mieux connaître votre pays qui est d’une grande richesse humaine et culturelle. Un pays varié, accueillant et vivant, où la population est jeune, créative, éduquée et compétente. Nous souhaitons d’ailleurs, développer les séjours d’étudiants et de chercheurs et les résidences d’artistes français en Algérie.

Des demandes avec les dispositions du Code Schengen qui détermine le nombre de visas délivrés ?

La décision de délivrer un visa reste une décision souveraine. La lutte contre l’immigration irrégulière implique un contrôle accru des dossiers des demandeurs de visas. Ces contrôles révèlent parfois des abus, des détournements de l’objet du visa et des personnes qui laissent des dettes importantes dans les hôpitaux français. Il y a, chaque année, plusieurs milliers d’Algériens qui restent en France de manière irrégulière, parmi eux des mineurs algériens non accompagnés, recueillis par les services sociaux.

Nos consulats généraux accordent une attention particu- lière aux voyageurs qui se rendent fréquemment en France pour des raisons professionnelles. Ils ont ainsi signé près de 120 partenariats avec des institutions, des entreprises, des Chambres de commerce. Ces partenariats permettent aux professionnels et aux acteurs économiques de bénéficier d’un traitement rapide de leurs demandes.

La circulation des personnes entre la France et l’Algérie fait l’objet d’un dialogue constant, franc et constructif. Ainsi nos deux pays ont souhaité faciliter la mobilité des jeunes professionnels, afin que de jeunes Algériens et de jeunes Français puissent acquérir une expérience professionnelle dans des entreprises, en France et en Algérie. C’est le sens de l’accord sur « les jeunes actifs » signé en 2016, dont nous souhaitons qu’il puisse être mis en œuvre rapidement, une fois la crise sanitaire passée. Ce dialogue se poursuit.

Il doit s’amplifier et prendre en considération toute la dimension de ce sujet d’importance. Ne réduisons pas la mobilité à celle des Algériens vers la France. Elle intéresse également les Français qui ont des liens avec l’Algérie ou qui souhaitent en tisser. Il faut travailler à une autre approche, plus équilibrée et porteuse d’avenir, à la hau- teur de la relation d’exception qui nous unit.

La France est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle est donc engagée, à ce titre, par les résolutions prises dans ce cadre sur la décolonisation de ce territoire.

Comment se fait-il que sa politique réelle va dans un tout autre sens, appuyant, diplomatiquement, la prétendue marocanité du Sahara occidental et participant au pillage des ressources naturelles du peuple sahraoui ?

D’abord, la France n’a jamais pris de position sur « la marocanité » du Sahara occidental. Notre pays considère que le conflit au Sahara occidental n’a que trop duré et fait peser un risque permanent de tensions, comme nous l’avons vu récemment à El Guerguerat. La France est attachée à la recherche d’une solution politique dans le cadre de la légalité internationale. Elle est, sur cette base, favorable à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous considérons le plan d’autonomie marocain comme une base de discussions sérieuse, comme l’Algérie, nous appelons de nos vœux la désignation rapide d’un envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies en vue de relancer le processus politique.

Après avoir été à l’origine de la crise dans ce pays voisin, en 2011, la France a soutenu l’offensive militaire de Haftar contre Tripoli, avant de se prononcer en faveur de la solution du dialogue politique inclusif, sans cesse défendue par l’Algérie. Avec les derniers évènements qui confortent cette position, Paris va-t-il apporter sa pleine contribution à la fin des ingérences étrangères et au respect du libre arbitre et de la souveraineté du peuple libyen ?

Rendre la France responsable de la crise de 2011 est malhonnête. Il convient de replacer les faits dans leur contexte : l’intervention en Libye a eu lieu sous l’égide des Nations unies, et résultait de l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité. L’objectif était alors, et je cite les termes de la résolution, de « prendre toutes mesures nécessaires […] pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque », en instaurant une zone d’exclusion aérienne. Je tiens d’ailleurs, à vous rappeler qu’à l’époque, la Ligue arabe avait également demandé l’instauration de cette zone d’exclusion aérienne et exhortait les Nations unies à voter un texte en ce sens. La France n’était pas le seul pays à participer à cette opération, puisqu’il s’agissait d’une coalition internationale, à laquelle l’Otan était associée.

Mais il faut aussi savoir reconnaître nos responsabilités, et c’est ce qu’a fait le président de la République, en 2018, lorsqu’il a estimé que l’intervention en Libye était une erreur collective, dans la mesure où les pays qui avaient soutenu l’option militaire n’avaient pas pour autant de projet pour la suite, plongeant la Libye dans « l’anomie », comme il l’a dit. Je ne peux pas non plus vous laisser dire que la France a soutenu l’intervention de Haftar contre Tripoli : nous avons, au contraire, immédiatement exprimé notre profonde préoccupation devant cette offensive et rappelé qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit libyen. Le président Macron avait alors souligné l’impératif d’agir immédiatement pour mettre fin aux combats et apaiser les tensions et avait appelé l’ensemble des parties à renouer avec le dialogue. En Libye, nous consi- dérons, comme l’Algérie, qu’il n’y a pas de solution militaire et, comme elle, nous soutenons le dialogue politique entre toutes les parties libyennes, sous l’é- gide des Nations unies.

À la suite de la désignation d’un exécutif de transition par le Forum de dialogue politique libyen, la France a souligné l’im- portance d’une véritable transition vers les élections prévues à la fin de l’année, avec la formation et l’investiture rapides d’un gouvernement inclusif et repré- sentatif. Nous avons également réitéré à de multiples reprises la nécessité d’une pleine mise en œuvre du cessez-le-feu du 23 octobre 2020, notamment le départ des forces et des mercenaires étrangers. 

B.T., S.B. et C.B. sont très dynamique : il y a 250 accords actifs entre les universités et laboratoires de nos deux pays. En matière de coopération institutionnelle, des dizaines de projets sont financés, chaque année, à parité avec le gouvernement algérien. La France partage son expertise avec l’Algérie dans des domaines aussi variés que la santé, l’agriculture, la protection de l’environnement, le sport ou la préservation du patrimoine. La coopération culturelle est également très riche dans le domaine du livre, du cinéma, de la musique ou des arts plastiques : elle donne lieu à des échanges fructueux, des coproductions, des résidences croisées…

Des milliers d’Algériens de tous âges fréquentent chaque année les cinq instituts français de Tlemcen, Oran, Alger, Annaba et Constantine. Nous développons, au demeurant, de plus en plus de programmes et d’événements bilingues, en français et en arabe. Nous œuvrons également au rapprochement entre les associations des deux rives de la Méditerranée afin de soutenir les initiatives de la société civile en matière d’insertion économique et sociale.

Les relations algéro-françaises sont souvent vues sous le prisme des visas que la France accorde aux ressortissants algériens, avec parcimonie, malgré l’importance de la diaspora algérienne en France. Ce problème n’est visiblement pas prêt à trouver sa solution. 

La mobilité entre la France et l’Algérie est en effet très importante, compte tenu des liens humains très denses entre les deux pays. La France y est très attentive, et les chiffres le prouvent. Je rappelle qu’en 2019, 272 000 visas ont été délivrés, un chiffre tout à fait conséquent. L’année 2020, marquée par la crise sanitaire et la fermeture des frontières qu’elle a entraînée, est évidemment singulière. Pour autant, à la rentrée 2020, ce sont près de 6 000 étudiants qui ont obtenu un visa pour poursuivre leurs études en France grâce au formidable travail réalisé par Campus France et par nos trois consulats généraux. C’est plus qu’en 2019.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe aucun quota de visas délivrés ou refusés aux demandeurs algériens. Cela n’a aucun sens.