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«Le terrorisme djihadiste subsiste…

 …en Syrie et en Irak et menace toujours la France»

Les groupes djihadistes n’ont pas été éradiqués de Syrie et d’Irak, et continuent à participer à des attentats perpétrés en Europe, souligne Jean-Charles Brisard, le président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT).

«Des réseaux terroristes sont toujours actifs dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où le statu quo actuel profite aux groupes sur place», indique Jean-Charles Brisard. Illustration Fabien Clairefond

De nombreux actes terroristes perpétrés en 2020 –à Villejuif, Romans-sur-Isère, Colombes, Paris, Conflans-Sainte-Honorine et Nice-, dont les auteurs n’avaient pas de liens apparents avec des organisations terroristes ou des zones de conflit, attestent de la dimension désormais principalement endogène de la menace terroriste. Ce cycle ne saurait cependant faire oublier que la France, menacée par des organisations terroristes globales, fait face à un terrorisme protéiforme, dont la composante endogène n’est que l’un des fronts.

Croire que nous en avons terminé avec la menace constituée par les filières djihadistes syro-irakiennes après la défaite territoriale de l’État islamique serait une erreur majeure. Outre la menace intérieure, diffuse et entretenue par la propagande et l’idéologie de ces organisations, la menace projetée, qui se matérialise par l’envoi d’individus depuis la zone pour commettre en France des attentats organisés et commandités (menace certes affaiblie par l’action de la coalition internationale), est désormais portée par les individus membres de ces groupes encore présents en Syrie.

Les vecteurs de la menace en provenance de cette zone sont multiples.

Il s’agit en premier lieu des djihadistes détenus par les Kurdes, soit près de 200 Français adultes qui, moyennant quelques milliers de dollars, parviennent à s’évader de camps rudimentaires, avec le risque, à terme, soit de leur dispersion et de la reconstitution de capacités opérationnelles, soit d’une menace importée, avec des individus qui tenteraient de rentrer clandestinement en Europe pour y commettre des attentats.

Leur rapatriement s’impose depuis longtemps comme une évidence sur le plan judiciaire, afin qu’ils soient détenus dans des conditions garantissant leur neutralisation, puis jugés avec équité et sévérité. Elle s’impose également sur le plan sécuritaire, compte tenu du risque de dispersion que fait courir leur maintien sur zone. Enfin il s’impose, s’agissant des enfants, pour des considérations purement humanitaires, au vu des conditions de détention dans les camps du Nord-Est syrien.

Des réseaux terroristes sont toujours actifs à Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Près de 300 Français sont encore présents dans cette région

De récents procès ont également montré combien le témoignage de ces individus, dont certains ont évolué dans l’environnement d’auteurs d’attentats ou de projets terroristes en France, pouvait être décisif. Ainsi, l’ex-épouse d’un haut cadre de l’EI qui s’était enfuie d’un camp du Nord-Est syrien avant d’être arrêtée en Turquie et renvoyée en France, a permis d’établir le séjour syrien de Sid Ahmed Ghlam, l’auteur de la tentative d’attentat de Villejuif en 2015, qui affirmait ne s’être jamais rendu en Syrie. De même, elle a révélé aux enquêteurs qu’Hayat Boumeddiene, compagne d’Amedy Coulibaly, était toujours en vie.

Parallèlement, des réseaux terroristes sont toujours actifs dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où le statu quo actuel profite aux groupes sur place. Près de 300 Français sont encore présents dans ce foyer terroriste. Parmi eux, une centaine forme la brigade Firqatul Ghuraba constituée par le djihadiste Omar Diaby, une cinquantaine ont rejoint Hayat Tahrir al-Sham et une trentaine ont rallié la branche locale d’al-Qaida, Houras-al-Din. Plus d’une centaine sont liés à l’État islamique, et quelques autres ont formé des groupes combattants indépendants. Parmi ces djihadistes figurent des individus particulièrement aguerris, comme Farid Melouk et Slimane Khalfaoui, anciens du GIA et vétérans du djihad en Afghanistan et en Bosnie, ainsi que des Français déjà condamnés pour terrorisme.

Idlib est la principale zone d’exfiltration des djihadistes en Syrie. Beaucoup s’y maintiennent dans la clandestinité après avoir fui les zones de combats ou les camps du Nord-Est syrien, soit dans le but de s’y établir durablement, soit pour rejoindre la Turquie, tandis que d’autres demeurent actifs et en contact avec des acteurs endogènes de la menace, comme l’a rappelé l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine où l’assassin de Samuel Paty était en contact avec deux djihadistes géolocalisés dans la région d’Idlib.

La récente inculpation aux États-Unis d’un membre des chebab, nous rappelle que cette organisation n’a jamais renoncé à son objectif de frapper l’Occident

En Europe, plusieurs attentats déjoués ces derniers mois étaient liés à des cadres de l’EI basés à Idlib. Ainsi, en avril dernier, l’Allemagne a déjoué un attentat de ce type visant des bases militaires américaines.

La menace provenant de cette région peut être téléguidée ou importée, c’est-à-dire liée à la relocalisation en Europe d’ex-combattants d’organisations terroristes. Six acteurs de cette menace importée ont ainsi été détectés par les services de renseignement français depuis 2018.

La focalisation de la coalition sur la lutte contre l’EI en Syrie et en Irak, ainsi que l’instabilité régionale, ont rendu possible la relative impunité et la consolidation des groupes djihadistes dans la région d’Idlib – à de rares exceptions près (celles de frappes ciblées de la coalition contre des chefs djihadistes). Cette situation est une source majeure de risque à court, moyen et long terme. L’action de la France et de la coalition dans cette région doit être aujourd’hui amplifiée afin d’entraver la menace et d’en neutraliser les acteurs. Il s’agit en particulier d’empêcher la constitution de sanctuaires terroristes qui seraient des foyers de recrutement, de propagande et de menaces pour l’Europe et la France.

La menace extérieure provient également d’autres zones où l’EI et al-Qaïda disposent de filiales structurées et opérationnelles. C’est notamment le cas en Afghanistan, pays depuis lequel plusieurs projets visant l’Europe ont été déjoués ces dernières années et même ces derniers mois. De même que le théâtre libyen a été à l’origine de plusieurs actes terroristes en Europe, dont l’attentat du marché de Noël de Berlin en 2016. La récente inculpation aux États-Unis d’un membre des chebab, filiale est-africaine d’al-Qaida, qui avait suivi des cours de pilotage aux Philippines afin de commettre un attentat sur le sol américain similaire à ceux du 11 septembre 2001, nous rappelle que cette organisation n’a jamais renoncé à son objectif de frapper l’Occident.

 
Commentaires

Idlib : poche de résistance à Bachar, dit-on. Mais comment EI et Al Qaida y cohabitent-ils alors qu’ils sont en guerre ouverte partout ailleurs ?
En passant, n’oublions pas que notre « ami » le Qatar est le premier financier d’Al Qaida et que, du côté EI, ce sont nos « amis » arabes qui financent.
Nous avons quand même de drôles « d’amis » !!!

Prétexte pour justifier des guerres sans fin au bénéfice d un pays dont on veut nous faire croire que les intérêts coïncident avec les nôtres. Funeste erreur en passe d’être reconduite pour des années. Nous n avons rien à faire là bas et avons à nous préoccuper de notre sécurité avant tout.

Russie et Syrie voulaient réduire cette poche d’Idlib truffée de djihadistes ce que tous ceux suivant l’actualité savaient aux mains de Tarir al Cham. Quand ils ont commencé, nous avons hurlé pour les protéger !! Et finalement devant ce concert hypocrite et ces crises d’orfraies, ils ont renoncé

Maintenant, nous avons une zone hyperdangereuse, contrôlée par des djihadistes qui ont formé une coalition et qui rêvent de nous envoyer des terroristes. Etre lâche, n’est jamais une bonne option.Nous avons pactisé tout au long de ce conflit avec les pires. Nous en récolterons les fruits