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“Lettre ouverte des Généraux”: Qu’en penser?

Maxime Tandonnet. 

La lettre ouverte de vingt généraux à la retraite “appelant les dirigeants politiques à l’honneur” suscite de nombreuses réactions. Elle dénonce le chaos dans lequel sombre le pays à travers la vague d’attentats islamistes et suggère explicitement une possible intervention musclée des “camarades d’active”.

Les réactions à cette démarche sont des plus attendues: tollé hystérique de la plupart des médias bienpensants et odieuse récupération lepéniste qui jette une suspicion politicienne sur la lettre ouverte.

Certains commentateurs font un rapprochement avec le putsch maudit d’Alger du 21 avril 1961 par “un quarteron de généraux à la retraite”. Ils oublient de parler de l’autre rébellion de l’armée du 13 mai 1958 à Alger animée par des militants gaullistes aux cris de “Vive de Gaulle” (Delbecque, Soustelle, Neuwirth, Ribeaud) autour du général Massu qui déboucha directement sur le retour du général de Gaulle au pouvoir – dont la Ve République est issue.

Tout ceci est évidemment exagéré dès lors que les vingt généraux actuels n’appellent pas, eux, à un putsch militaire. Quand on prépare un putsch, on ne l’annonce pas à l’avance dans une lettre collective.

Cette lettre ouverte n’est pas pour autant anodine. Certes elle n’a pas de caractère putschiste; mais il n’empêche que des généraux qui font la leçon au pouvoir politique en des termes ne souffrant aucune ambiguïté, cela n’a rien de banal.

Un événement sans précédent

Que vingt généraux retraités de l’armée française lancent un avertissement de ce type sans être, semble-t-il, condamnés par la grande masse des officiers français – et reflet d’une inquiétude largement partagée dans le pays – est en soi un événement sans précédent qui rompt dangereusement avec la tradition démocratique de soumission silencieuse de l’armée au pouvoir politique.

Mais plutôt que de pousser des cris d’orfraies, de crier au putsch, de se livrer à des coups de menton et de brandir eux-mêmes des menaces stériles de représailles, les dirigeants politiques devraient s’interroger sur leur degré de responsabilité dans la déliquescence de la société française que révèle une démarche aussi incongrue. Comment en arrive-t-on à un tel discrédit de l’autorité politique pour que des généraux à le retraite se permettent une telle mise en cause du pouvoir politique ? A quel niveau de dévalorisation du pouvoir politique en sommes-nous venus pour qu’un tel événement puisse se produire? Qu’ont-ils fait, eux, les dirigeants politiques, d’année en année, pour se discréditer au point de susciter, par leur faute, une telle démarche? A quel niveau de désintégration du pays en est-on arrivé pour libérer une contestation militaire collective qui n’a pas de légitimité en temps normal dans une démocratie?

Bref, cette prise de parole, à l’évidence contraire à la tradition démocratique française – l’armée est aux ordres du pouvoir politique et des généraux à la retraite qui signent en tant que généraux font toujours partie de l’armée – est un signe supplémentaire du désordre et de l’apocalypse dans lequel un régime, un pouvoir politique (sur le long terme), par sa mégalomanie stérile, son nihilisme et son impuissance entraîne le pays.

 © Maxime TANDONNET

Fin observateur de la vie politique française et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié André Tardieu. L’incompris (Perrin, 2019).

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