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Archives mensuelles : avril 2021

Marlène Schiappa:«Je ne pense pas qu’il faille…

 …interdire Millî Görüş», 

La ministre a toutefois dénoncé «la lâcheté» de la mairie de Strasbourg qui n’a, selon elle, «assumé (…) aucune décision».

 
Séparatisme: Marlène Schiappa «ne pense pas qu’il faille interdire» Millî Görüş
 

La Confédération islamique Millî Görüş vient de retirer sa demande de subvention d’une mosquée auprès de la mairie de Strasbourg après avoir constaté «le besoin de consolider (son) plan de financement», a-t-on appris, vendredi 16 avril, dans une tribune publiée par la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, dans les Dernières Nouvelles d’Alsace .

Le mercredi

Un éclairage exclusif par Guillaume Tabard sur les grands faits et les petites histoires politiques.

Interrogée sur le sujet sur LCI ce matin, Marlène Schiappa s’est «réjoui» que les deux millions et demi d’euros initialement accordés à l’organisation n’aillent finalement pas «financer une association qui promeut l’islam politique». Elle a toutefois dénoncé la «lâcheté» de la municipalité de Strasbourg, estimant qu’aucune de ses décisions n’avait été vraiment «assumée». «On a le sentiment que les responsables politiques qui ont été élus à la mairie de Strasbourg subissent cette histoire du début à la fin», a regretté la ministre chargée de la Citoyenneté.

«Je ne pense pas qu’il faille l’interdire»

Marlène Schiappa a tenu à rappeler que «les responsables politiques» n’étaient pas là «pour subir face aux offensives de l’islamisme radical» mais «pour prendre des décisions (…) même quand elles sont difficiles». Et de rappeler que l’association Millî Görüş avait des «accointances avec les sphères d’Erdogan (président de la République de Turquie, NDLR)» et qu’elle avait refusé de signer la charte pour l’islam de France, pourtant créée et ratifiée par des fédérations musulmanes.

En refusant de signer ce document spécifiant que «les lois de la République prévalent sur les lois religieuses», cette association a prouvé qu’elle prônait «islam politique», estime Schiappa. «Ce n’est pas acceptable (…). Avec Gérald Darmanin, nous avons adressé des consignes et une circulaire très stricte pour demander partout sur les territoires que l’on cesse de travailler avec les deux fédérations qui ont refusé de s’engager dans cette charte», a précisé la ministre.

Malgré cela, Marlène Schiappa «ne pense pas qu’il faille» interdire Millî Görüş. «Si je venais vous dire que nous allons interdire toutes les associations avec lesquelles nous sommes en désaccord ou que nous considérons comme non-républicaines, vous seriez le premier à me dire que c’est une atteinte forte à la liberté d’association», a-t-elle ensuite précisé à son interlocuteur.

Nordafem : quand la diaspora maghrébine…

…en France s’empare du féminisme

En 2018, le hashtag Nordafem a fait son apparition sur Twitter. Entre féminisme décolonial et militantisme sur les réseaux sociaux, des jeunes femmes issues de la diaspora nord-africaine dessinent les fondements d’un nouveau mouvement
 
« On est censées ressembler à ce que les hommes souhaitent et si tu te permets de dénoncer ça, tu es vue comme une traîtresse, une gawria [une blanche] » – Kenza, militante féministe nord-africaine (Nordafem)
 

Liza*, une étudiante de 23 ans connue sous le pseudonyme de Louz sur Twitter et co-fondatrice du collectif Nta Rajel, se rappelle les prémices de ce mouvement. « Au début, nous n’avions aucune prétention à devenir quoi que ce soit, c’était vraiment pour nous soutenir, sans plus. »

Ayant toujours milité, Liza avoue que son expérience dans les milieux anti-racistes lui a laissé un goût amer. « Je me suis rendu compte que ce sont des milieux très masculins où les hommes et les égos prennent une très grande place », confie-t-elle à Middle East Eye.

Sexisme et stigmatisation

Avec d’autres militantes nord-africaines, elles prennent alors conscience de la nécessité de se réunir entre elles. « On a vu la misogynie qu’il peut y avoir dans nos communautés et on s’est dit qu’il fallait créer des espaces de non mixité », affirme la jeune femme.

Très vite, une des jeunes filles écrit le fameux « Nta rajel ? » dans sa bio sur les réseaux sociaux, questionnant et provoquant ainsi la virilité de la gent masculine.

« Les images et les représentations des femmes maghrébines sont un héritage de l’imaginaire colonial. Elles ont été représentées par l’orientalisme en peinture comme étant sensuelles et sexuellement disponibles »

– Nadia Hathroubi-Safsaf, doctorante en sociologie

« Elle s’est fait harceler, alors on a toutes mis ce hashtag dans notre bio pour la soutenir et puis, au fur et à mesure, d’autres filles ont commencé à témoigner du sexisme qu’il peut y avoir au sein de nos communautés nord-africaines », explique Liza.

Très vite, les jeunes militantes craignent une récupération de leurs témoignages qui ferait d’elles les femmes à sauver du patriarcat arabe et musulman.

Une crainte des plus légitimes selon Nadia Hathroubi-Safsaf, rédactrice en chef du mensuel Le Courrier de l’Atlas, auteure et doctorante en sociologie.

« Les images et les représentations des femmes maghrébines sont un héritage de l’imaginaire colonial. Elles ont été représentées par l’orientalisme en peinture comme étant sensuelles et sexuellement disponibles. Pendant la colonisation, ces mêmes images de femmes d’Afrique du Nord aux seins nus étaient envoyées à la métropole pour dire aux hommes français : venez coloniser, il y a des femmes qui vous attendent ! », analyse-t-elle pour MEE .

Les femmes maghrébines ont, depuis l’époque de la colonisation, fait l’objet de fantasmes au sein de la société française, explique Nadia Hathroubi-Safsaf, qui travaille sur une thèse intitulée « De la Mauresque à la beurette, la fabrication du cliché médiatique au croisement du genre et du post-colonial ».

« Dans l’édition, il y avait souvent des romans témoignages où le personnage principal était une femme française d’origine maghrébine qui s’appelait Karima, Fatima ou encore Sonia ; elle n’avait pas de patronyme et était souvent battue par son père ou son frère. Elle voulait se libérer, s’émanciper et sortir de sa cité. Le problème, c’est que ce genre de récits était tellement anonymisé qu’on ne comprenait plus s’il s’agissait de réels témoignages ou de fantasmes », poursuit la doctorante en sociologie.

« N’êtes-vous pas jolie ? Dévoilez-vous ! » : affiche coloniale française distribuée au cours de la révolution algérienne (Twitter @musab_ys)
« N’êtes-vous pas jolie ? Dévoilez-vous ! » : affiche coloniale française distribuée au cours de la révolution algérienne (Twitter @musab_ys)

De même, les hommes nord-africains ont souvent fait l’objet d’une très grande discrimination dans l’imaginaire collectif français. Nadia Hathroubi-Safsaf cite comme autre exemple le mouvement Ni putes ni soumises, fondé en 2003 par Fadel Amara.

« Il s’agissait d’un mouvement féministe qui souhaitait porter la voix des femmes issues des quartiers populaires et dont une partie des membres était issue de l’immigration nord-africaine. Les hommes arabes et nord-africains étaient montrés [par ce mouvement] comme des délinquants, des hommes violents et ignorants. Tout cela reprenait bien les stigmates employés durant la colonisation pour valoriser les hommes blancs qui, eux, seraient civilisés et ouverts d’esprit », commente-t-elle.

Selon elle, le problème avec le mouvement Ni putes ni soumises se trouvait au niveau de la méthodologie : « En 2003, il y a eu une exposition à l’Assemblée nationale avec des photos des Mariannes d’aujourd’hui et on y voyait des photos des militantes du mouvement. » Une action qui, pour certains, entretient l’idée que les femmes nord-africaines et musulmanes ne peuvent qu’être sauvées par la République et les hommes blancs des griffes des hommes de leur famille.   

« On a beaucoup reproché à ce mouvement une méthodologie bancale, on n’a jamais su comment les témoignages des femmes étaient recueillis. Les femmes franco-maghrébines étaient présentées comme un seul bloc monolithique », déplore-t-elle.

Récupérations racistes et islamophobes

Les Nordafem souhaitent s’éloigner du diktat qui impliquerait qu’elles choisissent entre leur combat féministe et leur communauté.

« C’est très difficile de jongler entre nos revendications et les récupérations racistes et islamophobes. Le sexisme n’est pas une spécificité des hommes nord-africains, cela touche toutes les franges de la société »

– Kenza, Nordafem

« Quand nous avons vu que nos témoignages commençaient à être récupérés par des personnes racistes et islamophobes, nous avons décidé de fonder notre collectif Nta rajel ? pour délivrer notre parole à notre manière », précise Liza.

Kenza, une militante féministe nord-africaine de 22 ans connue sous le pseudonyme « Tata Du Bled » et dont le compte Twitter est suivi par plus de 12 000 followers, renchérit : « C’est très difficile de jongler entre nos revendications et les récupérations racistes et islamophobes. Le sexisme n’est pas une spécificité des hommes nord-africains, cela touche toutes les franges de la société. »

Liza définit le mouvement Nordafem comme « féministe et anti-raciste ». Il s’agit de dénoncer toutes les formes de sexisme, comme celles que « subissent les femmes portant le voile en France quotidiennement », mais également « celles qu’on va trouver à l’intérieur des communautés nord-africaines », poursuit Kenza.

« Il y a beaucoup de slut-shaming [humiliation d’une femme sur la base de son physique ou attitude jugée provocante]. On va très vite parler de l’honneur de la famille, il existe une très grande facilité à demander à une fille si elle est vierge ou pas. Sur les réseaux sociaux, beaucoup se permettent de commenter les tenues vestimentaires des filles qui portent le voile », regrette la militante.

« On est censées ressembler à ce que les hommes souhaitent et si tu te permets de dénoncer ça, tu es vue comme une traîtresse, une gawria [une blanche] », ajoute Kenza.

Aller au bout de la pensée décoloniale

L’autre particularité du groupe Nordafem tient à son aspect « décolonial », selon les deux jeunes activistes.

« On emploie le terme nord-africain car il fait référence à une région, dont nous sommes issues. En France, nous sommes perçues comme étant socialement des Arabes et nous ne voulons pas nous définir selon le regard de la « blanchité » », souligne Liza.

Pour cette étudiante, il s’agit de penser « l’Afrique du Nord dans toute sa complexité et d’aller au bout de la pensée décoloniale ».

Un point sur lequel elle est rejointe par Kenza, pour qui « essayer de décoloniser les esprits passe par plusieurs étapes. Il y a bien sûr la colonisation française et ce qu’elle a laissé comme traces, mais aussi la domination arabe exercée en Afrique du Nord. Les traditions, dialectes et les cultures natives d’Afrique du Nord continuent à disparaître au profil d’une uniformisation et d’une arabisation totale », estime-t-elle, en référence notamment au combat des populations amazighes pour faire reconnaître leur drapeau au Maroc.

Le courant des Nordafem puise également ses inspirations dans « l’afro-féminisme », et notamment la notion d’intersectionnalité développée par la féministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw.

Liza insiste également sur l’importance du féminisme islamique, avec des figures de proue comme Asma Lamrabet ou encore Amina Wadud, qui déconstruisent les lectures patriarcales des textes saints de l’islam.

« Les femmes de nos familles sont de grands modèles féministes. Dans les cultures nord-africaines, il y a toujours eu des femmes qui s’autodéterminent, un esprit de rébellion, la création d’espaces bienveillants entre nous », observe Liza.

Issue d’une famille d’immigrés tunisiens, Kenza a également tiré son inspiration de féministes de son pays d’origine. « J’ai vraiment été frappée par le rôle déterminant qu’ont joué les femmes durant la révolution de 2011 », confie-t-elle.

Transformer l’essai en dehors des réseaux sociaux

Si les réseaux sociaux tiennent une place très importante dans la constitution de ce mouvement, les deux jeunes femmes affirment que leurs actions se concrétisent bien au-delà du cadre virtuel. Twitter a par exemple permis la rencontre des membres de Nordafem.

« Avec le collectif Nta rajel, nous organisons des rencontres et des échanges entre femmes nord-africaines et personnes non binaires [qui ne se considèrent ni comme homme ni comme femme]. C’est très important de mener des actions dans la vie réelle », commente Liza.

« Quand je parle de féminisme ou encore de race dans la vraie vie, je me retrouve fréquemment devant des réactions violentes de la part de mes interlocuteurs »

– Liza, Nordafem

« Grâce à twitter, j’ai pu m’éduquer et apprendre énormément de choses sur le féminisme. C’est là que j’ai rencontré beaucoup d’autres ‘’Nordafem’’ », rebondit Kenza.

« Quand on milite, ce sont des outils très importants. Par exemple, certaines filles ont peur de se rendre seules aux manifestations, alors via Twitter, on s’organise pour constituer des groupes », explique la jeune femme à Middle East Eye. « Certaines personnes ont aussi peur de témoigner et les réseaux sociaux apparaissent comme un espace où elles peuvent s’exprimer plus librement ou de façon anonyme. »

Quant à ceux qui pourraient reprocher aux Nordafem de faire du militantisme 2.0, la réponse fuse.

« C’est du mépris envers des personnes qui ne peuvent pas forcément lutter dans la vraie vie, comme les personnes non valides », lance Kenza, étudiante en communication digitale.

Pour Liza, ce sont surtout les thématiques qu’elles soulèvent qui dérangent : « Beaucoup disent qu’il y a énormément d’agressivité sur les réseaux sociaux. Je ne suis pas d’accord. Quand je parle de féminisme ou encore de race dans la vraie vie, je me retrouve fréquemment devant des réactions violentes de la part de mes interlocuteurs », regrette-t-elle.

Depuis deux ans, le mouvement a pris une autre dimension. « Avec notre collectif Nta Rajel ?, on essaie de créer de réels espaces d’échange, de débats sur le féminisme nord-africain. Les réseaux sociaux sont des outils importants, mais les luttes et échanges doivent aller plus loin et c’est ce qu’on souhaite faire », conclut Liza.

Algérie. Après la visite reportée de Castex!

« Un rapport de force permanent » : après la visite reportée de Castex, nouvelles crispations entre Paris et Alger

Alors que les présidents Macron et Tebboune affichent leur connivence, la relation bilatérale entre la France et l’Algérie continue à patiner sur plusieurs dossiers, surtout économiques
 
« L’Algérie n’est pas à vendre » : slogan et pancarte antifrançais lors de la manifestation du vendredi 10 avril à Alger (AFP)
 
« L’Algérie n’est pas à vendre » : slogan et pancarte antifrançais lors de la manifestation du vendredi 10 avril à Alger (AFP)
Par  Malek Bachir
 
« Deux attaques de ministres en moins d’une semaine ! Je veux bien que les présidents français et algérien s’entendent bien, mais alors, qu’on nous dise ce qui ne va pas ! » La politique, ce Français installé en Algérie pour les affaires la suit de près, car il sait combien elle pèse sur « le business ».

Jeudi, le ministre algérien du Travail, Hachemi Djaâboub, traitait la France « d’ennemi éternel et traditionnel » de l’Algérie.

Samedi, le ministre de la Communication, aussi porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, invitait l’ambassadeur de France François Gouyette à s’abstenir de rencontrer les opposants du hirak (mouvement populaire ayant obtenu la démission d’Abdelaziz Bouteflika et qui réclame aujourd’hui un changement de système).

En parallèle, la visite du Premier ministre français Jean Castex, qui devait arriver dimanche 11 avril à Alger, a été reportée à jeudi. « Un nouveau coup dur pour la France en Algérie, déjà malmenée », constate l’homme d’affaires. 

France-Algérie : Paris promet des « actes symboliques », mais il n’y aura « ni repentance ni excuses 

La cinquième session du Comité international de haut niveau franco-algérien (CIHN), réunions impulsées par François Hollande en 2012 pour soutenir la relation bilatérale, devait à cette occasion rassembler plusieurs ministres algériens et français – huit exactement étaient attendus de Paris en début de semaine dernière.

Mais jeudi dans l’après-midi, alors que Matignon peinait à donner la liste finale de la délégation, Ennahar, chaîne de télévision privée algérienne bien câblée avec les autorités, affirmait que la visite « avait été reportée à la demande de la partie algérienne, en raison de ses réserves sur le niveau de la délégation, qui ne correspond pas à l’importance de l’événement ».

En début de soirée, l’information devenait officielle du côté de Matignon, mais pas pour les mêmes motifs : « D’un commun accord et compte tenu du contexte sanitaire, les autorités algériennes et françaises ont décidé de reporter la cinquième session du [CIHN] ».

Selon les informations recueillies par MEE, la prochaine session du CIHN devra sans doute « attendre l’automne », que « le Ramadan, les élections législatives prévues en juin et sans doute l’été soient passés ». 

« Les politiques peuvent nous raconter ce qu’ils veulent. Nous, sur le terrain, on est quand même bien placés pour dire comment ça se passe. Et que ce soit sur la question des visas, du climat global des affaires ou même des contacts avec nos interlocuteurs algériens, c’est la galère à tous les niveaux », constate un autre membre de la communauté française. 

« Les motifs de crispation ne manquent pas »

En l’absence de réaction officielle algérienne, plusieurs théories ont été échafaudées sur les « véritables » raisons qui auraient poussé Alger à annuler cette visite importante à la dernière minute, alors même que les relations entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune sont, de l’avis de leurs cercles proches des deux côtés de la Méditerranée, « excellentes ». 

En face, Paris cherche clairement à désamorcer toute tension. Clément Beaune, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a tenu à rappeler dimanche au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI que même s’il y avait de la part des Algériens « des paroles parfois excessives », il fallait « apaiser tout cela », et qu’il n’y avait pas lieu, pour répondre à la question de la journaliste, de « rappeler l’ambassadeur ». 

Le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum écoute son homologue français, Jean-Yves Le Drian, lors d’une conférence de presse le 21 janvier 2020 (AFP)
Le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum écoute son homologue français, Jean-Yves Le Drian, lors d’une conférence de presse le 21 janvier 2020 (AFP)

« Jean-Yves Le Drian a eu des contacts ces derniers jours [avec son homologue Sabri Boukadoum], en aura dans les prochains jours », a-t-il ajouté en démentant toute tension politique. 

Lundi soir, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a déclaré : « Nous déplorons ces différentes déclarations, qui ne reflètent ni la qualité de nos relations bilatérales, ni la dynamique de leur renforcement, soutenue au plus haut niveau par les autorités de nos deux pays. »

« Mais il faut bien reconnaître que les motifs de crispation ne manquent pas », assure à MEE un cadre de l’État algérien en reconnaissant que les sorties « non cautionnées par le sommet de l’État » de « ministres zélés » finissent de « plomber l’ambiance générale » et « d’apporter de l’eau au moulin des politiques français, qui reprochent à Emmanuel Macron une trop grande indulgence face à l’Algérie ».

Mais quels sont ces motifs de crispation ? Les sujets liés à la toujours sensible question mémorielle pourraient-ils être en cause ? En aucun cas, assurent à MEE plusieurs sources algériennes impliquées dans le sujet, en s’appuyant sur la rencontre, jeudi 8 avril, des chefs d’état-major des deux armées, Said Chengriha et François Lecointre. 

« Ce qui était inimaginable il y a encore quelques mois est arrivé lors de cette rencontre », selon une source sécuritaire algérienne : le général algérien a demandé à son homologue « l’assistance de la France » pour la réhabilitation des sites des essais nucléaires français au Sahara il y a 60 ans, un des principaux dossiers de contentieux entre les deux pays.

Alger souhaite notamment que Paris lui fournisse les cartes topographiques permettant la localisation des zones d’enfouissement, non découvertes à ce jour, des déchets contaminés, radioactifs ou chimiques. 

Une démarche déjà appuyé par neuf députés français, qui ont interpellé Emmanuel Macron, dans une tribune publiée le 11 avril dans Le Journal du dimanche : « Après soixante longues années de silence et d’opacité, n’est-il pas temps de publier les données et les cartes des zones où ces déchets ont été enterré ? », demandent-ils. 

Sahara occidental et lobbies

Autre dossier sensible incriminé : celui du Sahara occidental

Le quotidien El Watan, qui parle de « grave hostilité française », dénonce dans un édito : « On attaque l’Algérie en soutenant le colonialisme marocain ». Le journal explique que La République en marche (LREM), le parti d’Emmanuel Macron, aurait annoncé jeudi par la voix de Marie-Christine Verdier-Jouclas, sa porte-parole, aussi vice-présidente du groupe d’amitié France-Maroc, l’ouverture d’un comité LREM à Agadir et Dakhla, au Sahara occidental, sur lequel le Maroc fait prévaloir sa souveraineté et pour lequel l’Algérie demande un référendum d’autodétermination.

« Ce communiqué n’est pas un communiqué de LREM mais de notre référent local », botte en touche LREM, contacté par MEE.

« Les instances nationales n’ont pas été consultées et il ne s’agit en aucun cas d’un signal ou message politique », a par ailleurs insisté auprès de l’AFP un membre du parti, « visiblement gêné par les poussées évidentes des lobbies marocains », estime un observateur algérien. 

Ni guerre des mémoires, ni Sahara occidental : du côté algérien, on assure que « rien de tout cela n’est en cause » mais que l’importance de la visite a juste été « mal évaluée par Matignon »

Ni guerre des mémoires, ni Sahara occidental : du côté algérien, on assure que « rien de tout cela n’est en cause » mais que l’importance de la visite a juste été « mal évaluée par Matignon ». 

En d’autres termes : la réduction de la délégation de huit à deux ministres (Le Drian et Le Maire selon nos informations), la défection de la délégation du MEDEF et la durée de la visite, d’abord envisagée à 48 heures avant de passer à 24 heures , étaient des raisons suffisantes pour reporter le rendez-vous. 

Cette « brouille », pour le quotidien Liberté, « participe de la régularité des épisodes de froid [entre la France et l’Algérie] et du principe de réciprocité, les deux capitales se soutenant inconditionnellement lorsqu’il s’agit d’un événement politique majeur ». 

« Mais il est vrai », admet une source algérienne proche de la décision, que « certains courants participent à polluer la relation bilatérale ». Un message que cherche aussi à faire passer l’ambassadeur d’Algérie en France, Antar Daoud.

Dans un entretien à la chaîne publique Canal Algérie, il affirme qu’« il y a des lobbies qui travaillent contre une entente cordiale entre l’Algérie et la France » dans « une action qui consiste à contrecarrer tout effort de développement entre les deux pays », et qui ruisselle jusque dans la rue, comme le disent les pancartes brandies par les manifestants du hirak vendredi 10 avril. 

Pour les entreprises françaises, le marché algérien est bien « compliqué »
Lire

Un argument « qui ne suffit pas à expliquer un rapport de force permanent », soupire-t-on dans les milieux d’affaires, où l’on s’évertue à marteler que « seule l’économie peut débloquer le politique ». 

L’ambassadeur de France a beau rappeler plusieurs « réalisations remarquables », comme l’inauguration en 2018 par Sanofi du plus important complexe industriel en Afrique et au Moyen-Orient ou les investissements de Bel, Lactalis ou encore Avril/Lesieur, les entreprises sourient jaune.

« Personne ne remet en question la bonne volonté de la France mais entre les déconvenues de Renault, les rappels à l’ordre de Total, les attaques contre Danone, pour ne citer que ces groupes, la réalité est un peu moins rose », constate un investisseur français à MEE

Et on ne peut pas non plus tout mettre sur le dos de Paris, laissent entendre d’autres compatriotes, qui soulignent combien « l’environnement réglementaire, la bureaucratie, mais aussi l’absence de décisions et tous les blocages côté algérien » affectent les projets bilatéraux.

Observatoire de la laïcité…

…entre diabolisation et exaltation

Depuis des années, l’Observatoire de la laïcité fait l’objet en France de remises en cause qui culminent aujourd’hui avec sa fermeture. S’il faut condamner cette diabolisation, il convient aussi de ne pas taire son bilan contrasté en ce qui concerne les rapports entre l’État et le culte musulman
 
Une musulmane manifeste aux abords de l’Assemblée nationale, à Paris, contre le projet de loi sur les signes religieux à l’école, le 4 février 2004 (AFP)
Une musulmane manifeste aux abords de l’Assemblée nationale, à Paris, contre le projet de loi sur les signes religieux à l’école, le 4 février 2004 (AFP) 195Shares
           Défigurer la laïcité au nom de la laïcité

Commençons dès lors par souligner à quel point, dans un espace politico-médiatique français gangréné par l’obsession de l’islam et une fuite en avant subséquente en matière d’atteintes aux droits fondamentaux pourtant consacrés tant par la Constitution que par une série de normes internationales au premier rang desquelles la Convention européenne des droits humains, l’Observatoire de la laïcité constitue un véritable ovni dont on peut se demander comment il a pu survivre jusqu’ici.

Que, dans un contexte pareil, en huit ans d’existence (bien que la création officielle par décret date de 2007), l’Observatoire ait pu fonctionner, malgré des moyens limités, avec sérieux, professionnalisme et une réelle utilité sur le terrain à travers des éclairages, la mise à disposition de données, l’organisation ou la validation de formations sur la laïcité et la gestion du fait religieux, le tout en mobilisant une approche sereine consistant à refuser de crier avec les loups et de céder à l’hystérisation du débat public sur les questions de laïcité et en particulier de visibilité des musulmans, cela force le respect.

Le désormais ex-président de l’Observatoire, Jean-Louis Bianco, et son rapporteur général, Nicolas Cadène, ont joué un rôle essentiel à cet égard.

Dénaturation de la laïcité

Il reste que la France est depuis bientôt vingt ans dans une logique d’idéologisation de la laïcité qui consiste, dans un mouvement inavoué mais de moins en moins inavouable de rejet de l’islam et des musulmans, à élargir son domaine d’application à la société dans son ensemble, y compris donc les usagers des services publics, les entreprises privées, les associations d’intérêt général, les voies publiques, les parents accompagnateurs de sorties scolaires, etc. Le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » traduit cette idéologisation – et donc cette dénaturation totale – de la laïcité.

La France est depuis bientôt vingt ans dans une logique d’idéologisation de la laïcité qui consiste, dans un mouvement inavoué mais de moins en moins inavouable de rejet de l’islam et des musulmans, à élargir son domaine d’application à la société dans son ensemble

Parallèlement, nous assistons à une mise sous tutelle du culte musulman par l’État français. La « charte des principes pour l’islam de France » marque la consécration de l’« islam tutélaire de France ».

Dans cette spirale, les fossoyeurs de la laïcité au nom de la laïcité, dont le crédit au sommet de l’État n’a jamais été aussi fort, considèrent que l’Observatoire ne soutient pas, ou pas assez bruyamment, ces initiatives. C’est pourquoi le gouvernement a annoncé la disparition prochaine de cette institution et son probable remplacement par un « haut conseil à la laïcité » doublé d’une « administration » de la laïcité.

Une série de démocrates et de progressistes, notamment des associations, des élus et des intellectuels, s’expriment dès lors logiquement depuis quelques jours pour soutenir l’Observatoire. Sur le principe, je comprends et peux même adhérer à ce soutien tant il est clair que l’objectif derrière la disparition de l’Observatoire ne s’inscrit pas dans une démarche de réaffirmation de la laïcité.

         France : une loi pour défendre les principes de la République qui cache mal son      .          obsession de l’islam

Toutefois, je suis mal à l’aise devant cet unanimisme dithyrambique en réaction aux tentatives bien réelles de diabolisation. Il est dit que l’Observatoire est fidèle à l’esprit de la loi de 1905 sur la séparation des cultes et de l’État, qu’il se limite à rappeler le droit « laïque », qu’il lutte rigoureusement contre les idées reçues et les idées fausses sur la laïcité.

Or, on peut – et, sur le plan éthique, on doit – soutenir un principe sans faire comme si tout était parfait pour autant. Et il faut bien le dire : le bilan de l’Observatoire, avec tout le crédit qui lui est dû, est contrasté.

Loi de 2004 comme péché originel

Le péché originel en matière d’idéologisation de la laïcité et de son instrumentalisation à des fins d’exclusion, c’est l’introduction dans le Code de l’éducation de l’article L-141-5-1 par la loi du 15 mars 2004.

Cette loi a interdit aux élèves des écoles, collèges et lycées publics le port de signes convictionnels (plus exactement ceux qui sont « ostensibles », notion hautement floue), et ce au nom de la laïcité alors que ce principe, qui implique la neutralité de l’État, ne concerne pas, par définition, les usagers du service public. Un élève ou un accompagnateur qui n’est pas enseignant est un usager du service public, donc lui imposer d’être neutre va même à l’encontre de ce principe.

L’Observatoire n’a jamais remis en question la loi de 2004. Au contraire, il l’a toujours normalisée alors qu’elle est le précédent à partir duquel toutes les normes et initiatives ultérieurement prises […] ont pu se déployer

Or, l’Observatoire n’a jamais remis en question la loi de 2004. Au contraire, il l’a toujours normalisée alors qu’elle est le précédent à partir duquel toutes les normes et initiatives ultérieurement prises et qui ont chaque fois marqué une extension inadéquate du domaine d’application de la laïcité à la société en général ont pu se déployer.

Toutes les initiatives actuelles, en ce compris le projet de loi contre le séparatisme islamiste, rebaptisé projet de loi renforçant la laïcité, rebaptisé encore projet de loi confortant le respect des principes de la République, sont le prolongement direct de cette trahison originelle.

Sur ce projet de loi justement, l’Observatoire a très tôt emboîté le pas au gouvernement pour souligner son bien-fondé alors que tant la logique qui le surdétermine que les dispositions qu’il contient portent frontalement atteinte aussi bien à la lettre qu’à l’esprit de la loi de 1905. Ce projet de loi, c’est la revanche posthume de Combes (contrôle de l’Église par l’État) sur Briand (séparation de l’Église et de l’État et liberté de conscience) et ce dernier doit (pour la énième fois) se retourner dans sa tombe.

Que l’Observatoire se borne à exprimer certains « points de vigilance » sur ce texte, c’est donc incontestablement une déception. Certes, l’Observatoire s’émeut du traitement auquel ce texte est soumis au Sénat dominé par le groupe Les Républicains, mais les amendements qui y sont déposés et votés sont tellement caricaturalement xénophobes, stigmatisants et discriminatoires (interdiction du seul foulard « islamique » pour toutes les mineures dans tout l’espace public, interdiction des drapeaux étrangers dans les mariages, j’en passe) que c’est la moindre des choses.

Charte pour une tutelle sur l’islam de France

Enfin, il faut revenir sur la « charte des principes pour l’islam de France ». Cette charte est destinée à être le socle normatif du futur Conseil national des imams (CNI), dans le cadre de la « réforme de l’islam » menée par le président Emmanuel Macron.

Cette charte est élaborée sous la pression de l’État – elle reprend même littéralement les termes du discours prononcé par le président français aux Mureaux sur le « séparatisme islamiste ». Cette charte consacre la doctrine du loyalisme politique appliquée aux seuls citoyens musulmans, placés à côté (et donc en dehors) de la « communauté nationale ».

Même le plan de la charte reproduit, en intertitre et dans l’ordre, les principes de la devise républicaine : liberté, égalité et fraternité, en y ajoutant « l’attachement à la raison et au libre arbitre » et « l’attachement à la laïcité et aux services publics ».

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Cette charte stipule, en son préambule, qu’aucune conviction religieuse ne peut être invoquée pour se soustraire aux obligations des citoyens et que les convictions religieuses ne sauraient supplanter les principes qui fondent le droit et la Constitution de la République.

Pourtant, il n’y a pas à mettre en concurrence convictions religieuses et lois civiles ; les premières n’ont à passer ni devant ni derrière, elles sont d’un autre ordre. C’est le sens même de la loi de 1905 qui consacre le principe de « séparation des Églises et de l’État ».

En revanche, des comportements mus par les convictions religieuses peuvent être sujets à sanction s’ils contreviennent à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, et autres critères prévus par la loi conformément à l’article 9 de la Convention européenne des droits humains.

L’État sous-traite l’application de cette charte au Conseil français du culte musulman (CFCM), organe censé représenter les musulmans de France mais créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur. La boucle est bouclée et cette séquence dans les rapports entre les Églises et l’État en France constitue donc une « perle » en matière d’atteinte au principe de laïcité dans son volet « non-ingérence de l’État dans la sphère religieuse », plus précisément islamique.

Rétrospectivement, l’Observatoire aurait donc pu – et, selon moi, dû – privilégier la cohérence et la fidélité totales à la loi de 1905. Au moins, le tombé de rideau se serait produit avec panache et la chute avec tous les honneurs

Oui, islamique et même exclusivement islamique, puisque pareil dispositif n’existe pour aucun autre culte présent en France – ce serait même inimaginable.

Il y a donc non seulement atteinte au principe de non-ingérence, mais aussi consécration d’une discrimination institutionnalisée. D’ailleurs, il est attendu des imams de France à travers cette charte qu’ils s’interdisent absolument de critiquer l’État, ses politiques et ses agents. Or, cette interprétation forte de l’absence de compétence des religieux en matière politique n’est imposée à aucune autre institution religieuse.

Pourtant, l’Observatoire est bien silencieux. Cette succession d’entérinements et de compromissions peut largement s’expliquer par l’extrême toxicité de l’espace politico-médiatique français et par une volonté de rester audible là où règnent le dialogue de sourds et la loi du plus fort enrobée dans un discours (pseudo-)juridique. Mais cela n’aura pas suffi à faire échapper l’Observatoire à sa disparition annoncée.

Rétrospectivement, l’Observatoire aurait donc pu – et, selon moi, dû – privilégier la cohérence et la fidélité totales à la loi de 1905. Au moins, le tombé de rideau se serait produit avec panache et la chute avec tous les honneurs.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Mehmet Saygin
Mehmet Saygin est titulaire d’un master en droit et d’un master en science politique de l’Université libre de Bruxelles. Il est spécialisé en droit public, en droit social, en droit du travail et en liberté religieuse. Il est conseiller juridique au sein d’une fédération d’employeurs du secteur non marchand et il est par ailleurs chargé de cours de législation sociale dans l’enseignement supérieur. Parmi ses centres d’intérêt, la laïcité, la séparation Églises/État, les droits et libertés fondamentaux et la lutte contre les discriminations. Il prend activement part à la lutte contre ces dernières et participe régulièrement à des conférences et des séminaires sur ces différents sujets. Il est l’auteur de nombreux articles et d’un livre intitulé La Laïcité dans l’ordre constitutionnel belge (2015, éditions Academia, préface d’Hervé Hasquin).

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