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Covid-19: pourquoi l’épidémie a enfin entamé sa décrue

Tous les indicateurs sont désormais en nette amélioration sur le territoire.

La dynamique de l’épidémie en France est à la baisse depuis près de deux semaines. Jean-Christophe Marmara

Emmanuel Macron serait-il en passe de gagner son pari? En avançant les vacances scolaires et en les concentrant sur la même période sur tout le territoire, le gouvernement semble avoir réussi à reprendre le contrôle sur l’épidémie. La situation n’est pas encore idyllique puisque 250 personnes meurent chaque jour du Covid. Et les hôpitaux accueillent quotidiennement près de 1500 malades, dont environ 300 sont pris en charge dans un service de soins intensifs. La plupart des services restent donc au-dessus de leurs capacités d’accueil.

Mais la dynamique est à la baisse depuis près de deux semaines. Ainsi, un peu moins de 21.000 tests reviennent positifs chaque jour, contre 40.000 quand le président de la République a pris la parole. «Il n’y a pas de raison que cette baisse s’arrête dans les dix prochains jours, analyse Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin. On peut ainsi légitimement espérer que l’incidence passe à 15.000 cas quotidiens autour de la mi-mai et que la mortalité commence sérieusement à chuter.»

Tous les indicateurs traduisent désormais une amélioration de la situation et, pour la première fois depuis début janvier, le taux d’incidence est passé à moins de 400 cas quotidiens sur sept jours pour 100.000 habitants dans l’ensemble des départements métropolitains (seuil requis pour la réouverture des terrasses le 19 mai alors que le taux d’alerte maximal était fixé à 250 l’été dernier).

«Une dynamique très satisfaisante»

Mais, si la décrue est réelle, elle est cependant beaucoup moins rapide que lors des deux premières vagues. «Les mesures prises pour juguler l’épidémie ne sont pas comparables, juge Mahmoud Zureik. Le taux de reproduction R du virus tourne autour de 0,9, alors qu’il était descendu à 0,7 lors des précédents confinements.» En avril 2020, il n’avait fallu qu’une semaine pour que les admissions quotidiennes en réanimation passent de 600 à 350. Cette fois-ci, le pic a été atteint il y a trois semaines, avec un maximum de 490, contre 300 aujourd’hui. En outre, les concentrations de virus dans les eaux usées ne marquent pas une rupture aussi franche qu’il y a un an, explique Vincent Maréchal, professeur de virologie à la Sorbonne et cofondateur du réseau Obépine, observatoire épidémiologique des eaux usées. «On voit des scénarios très différents d’un endroit à l’autre du territoire, ajoute le virologue. On sort d’une période avec beaucoup de mouvements, les enfants ont passé les vacances chez les grands-parents, par exemple. Ça contribue à brouiller un peu la lecture locale. Dans certains départements, on peut voir des petites hausses. Globalement, on est donc davantage sur des plateaux que sur des baisses marquées. Les mesures prises sont bien plus modérées qu’il y a un an, les effets le sont aussi. La concentration virale reste ainsi très élevée, et ce depuis le mois de novembre 2020!»

«C’est une dynamique qui reste tout de même très satisfaisante, ajoute Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et responsable de la plateforme de modélisation Modcov19. On note que les 19 départements qui ont été confinés un peu plus tôt ont vu un effet anticipé sur leurs admissions en réanimation. La difficulté, c’est qu’on commence en parallèle à lever les restrictions alors que l’incidence reste très élevée. Ça rend les projections à moyen terme très incertaines.»

S’il est encore trop tôt pour mesurer l’effet de la réouverture des collèges et lycées ce lundi 3 mai, la rentrée des plus petits dans les écoles primaires et maternelles n’a pas encore eu d’impact sur les courbes épidémiques. «Même si on peut être optimiste pour les prochaines semaines et espérer que les vaccins et le beau temps permettent de contrebalancer la réouverture à venir des commerces et des restaurants, la fin de l’épidémie n’est pas quelque chose qui se décrète, prévient Mahmoud Zureik. Il est tout à fait impossible de prévoir quand elle aura lieu, et nous sommes toujours très exposés au risque de rebond.»

Dans un premier temps, la vaccination a contribué à ramener la mortalité à environ 300 décès par jour et a permis de limiter la hausse des hospitalisations. En revanche ses effets sur les admissions en réanimation étaient trop faibles pour empêcher un confinement. Les trois courbes qui se suivaient jusque-là de manière symétrique se sont totalement désynchronisées. «On va sans doute assister dans les semaines à venir à une décorrélation des indicateurs, note Vincent Maréchal. L’incidence, et par voie de conséquence la concentration dans les eaux usées, pourra rester élevée, alors que les indicateurs hospitaliers continueront à baisser.»

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