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D’ici à 2023, Erdogan veut transformer la Turquie

Objectif Lune : d’ici à 2023, Erdogan veut transformer la Turquie en puissance spatiale

Objectif Lune : d'ici à 2023, Erdogan veut transformer la Turquie en puissance spatiale
HALIL SAGIRKAYA / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP
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Viser la Lune : c’est le nouvel objectif du président turc, à travers un ambitieux programme spatial promettant notamment un « premier contact » avec l’astre lunaire en 2023. Une date toute symbolique pour l’autocrate qui ambitionne à haute voix de restaurer le califat un siècle après la chute de l’empire ottoman…

À l’approche du centenaire de la chute de l’Empire ottoman, le président Recep Tayyip Erdogan cherche tous azimuts à redonner sa grandeur à la Turquie. Un plan qui passe forcément selon lui par la conquête spatiale. Or, le pays est touché par une crise économique sans précédent. En effet, depuis janvier, la livre turque, qui n’a de cesse de dégringoler, a perdu 35 % de sa valeur par rapport au dollar.

Qu’importe, l’autocrate turc est bien décidé ! Le 9 février, il a détaillé une feuille de route avec 10 objectifs stratégiques. Parmi ceux-ci, on retrouve le développement de systèmes météorologiques et d’observation astronomique, mais aussi l’envoi d’un Turc sur la Lune en 2023. Un sondage sur Internet a même désigné le « Reis » comme potentiel candidat. « Nous ferons ressentir à notre nation la fierté d’envoyer le croissant, qui est aussi le symbole de la géographie de notre civilisation, sur la Lune avec notre drapeau rouge », a déclaré le leader néoottoman en février.

UN CALENDRIER DIFFICILE À TENIR

Le premier alunissage doit se faire avec une navette hybride lancée en orbite à la fin de 2023 via une coopération internationale. « En matière de conquête spatiale, les Turcs n’ont pas fait grand-chose pour le moment. Dans ce cas précis, ce sera un atterrissage brutal, donc un crash. C’est une mission purement symbolique » relève Francis Rocard responsable depuis 1989 du programme d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (CNRS). « L’objectif de 2023 est un peu agressif », ​a quant à lui déclaré aux médias Serdar Hüseyin, le patron de l’agence spatiale turque qui estime – prudemment – inférieures à 50 %, les chances d’atteindre l’objectif.

Des doutes quant au succès en temps et en heure de la mission que partage Isabelle Sourbès-Verger, chercheuse au CNRS et spécialiste des politiques spatiales « Les Turcs envisagent depuis longtemps d’être autonomes en termes de lancement, mais l’échéance semble bien courte » Et d’ajouter « il faut donc qu’ils accélèrent leur programme. Faire un premier tir vers la Lune sans expérimentation est très difficile. Toutefois ça va aussi leur permettre de développer leurs compétences technologiques en termes de lancement de missiles. » Un prétexte pour se renforcer sur le plan militaire ? Pas sûr, mais ces objectifs pourraient avoir une conséquence positive sur la recherche. Selon Isabelle Sourbès-Verger, « ce type de mission donne une aura scientifique qui permet de justifier le fait de vouloir acquérir des technologies de lancement de missiles.»

UNE COOPÉRATION INTERNATIONALE ANNONCÉE

« Le premier alunissage se fera avec notre roquette hybride nationale qui sera lancée en orbite à la fin de 2023 via une coopération internationale » a ainsi lancé Erdogan lors d’un événement à Ankara, sans davantage de précisions sur cette coopération. Il s’est ainsi entretenu en janvier avec le gourou de SpaceX, Elon Musk, sur une possible coopération sur les technologies spatiales avec des entreprises turques. Et si la Turquie ne parvient pas à  développer son lanceur à temps, elle pourra être tentée d’utiliser celui d’une autre puissance spatiale.

Aussi, selon Isabelle Sourbès-Verger « les Russes pourraient avoir envie de renforcer leur partenariat avec la Turquie et de réapparaître sur la scène internationale comme partenaire de pays tiers». « Tout comme les Chinois… Mais les logiques spatiales en termes de coopération ne sont pas toujours là où on les attend », prévient-elle. Une décision aux conséquences géopolitiques sensibles pour la Turquie, qui a été vertement critiquée par l’OTAN pour avoir acheté des systèmes de défenses S-400 russes, incompatibles avec les équipements de l’alliance. « La stratégie turque de coopération sur le sujet est donc tout feu tout flamme, sans grande cohérence, mais marquée par l’opportunisme » avertit Jean-François Pérouse, chercheur, coauteur du livre Erdogan : nouveau père de la Turquie.

UNE FORTE SYMBOLIQUE

Autre fait intéressant : en mars, lors du lancement de la mission Persévérance par la NASA, le robot a embarqué sur une carte mémoire, plus de 10,9 millions de noms de personnes du monde entier. « Parmi eux, une majorité de citoyens turcs » précise Francis Rocard. De quoi démontrer l’imprégnation de la conquête spatiale dans l’imaginaire collectif du peuple turc.

D’autant que l’annonce d’Erdogan en février a eu lieu le jour où les Émirats arabes unis annonçaient la mise en orbite autour de mars de leur sonde « Hope », et la veille du jour où la Chine faisait de même avec « Tianwen-1 » Preuve supplémentaire de la volonté d’Ankara de s’établir comme une puissance spatiale, autrement dit comme une puissance qui compte vraiment. Selon Jean-François Pérouse « la Turquie a la prétention d’être le pays leader qui défend les opprimés, et dans le même temps qui réécrit l’histoire du monde musulman.» Pour ce faire, la Turquie devra démontrer au plus vite sa capacité de s’inscrire dans les grands défis de la recherche internationale. Or cela a un coût…. Le prix à payer pour décrocher la Lune.

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