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Jeunes imames cherchent mosquée désespérément

Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay sont deux des trois femmes imames de France.

Converties depuis une dizaine d’années, Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay sont deux des trois femmes imames de France. Ces promotrices d’un islam progressiste cherchent un lieu de culte à louer à Paris ou alentour. Par Dominique Perrin

Les imames Anne-Sophie Monsinay (à gauche) et Eva Janadin, le 5 décembre 2020, à Paris. Simone Perolari pour M Le magazine du Monde

Cherche local à louer, 40 mètres carrés minimum, Paris ou proche banlieue, pour installer mosquée. Eva Janadin, 31 ans, et Anne-Sophie Monsinay, 30 ans, ont bien conscience que, ainsi résumée, leur quête risque d’être compliquée. Elles font partie des trois premières imames en France (avec Kahina Bahloul) et connaissent « le degré de méfiance de la société par rapport à l’islam ».

Pour autant, elles ne veulent pas se cacher derrière des euphémismes, parler de salle de prière ou de lieu associatif. C’est bien le mot « mosquée » qu’elles ont employé dans leurs lettres de recherche de location, envoyées fin octobre à quarante maires d’arrondissements parisiens et de la petite couronne. Résultat : seulement six réponses pour l’instant. Six refus. Selon elle, l’aide d’élus prouverait la volonté de la France de soutenir un « islam spirituel et progressiste ». En attendant, elles dirigent la prière du vendredi une fois par mois avec une centaine de fidèles, sur Zoom.

Première prière musulmane mixte

Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay sortent d’une période d’un peu plus d’un an où elles ont préféré rester discrètes. Le 7 septembre 2019, elles inaugurent, dans une salle à Paris, la première prière musulmane mixte, à laquelle assistent quelques journalistes. A partir de cette date, elles disent avoir été « débordées par les médias ». Victimes « de réactions très hostiles dans le monde entier » sur les réseaux sociaux, surtout de la part de musulmans, elles continuent à rassembler une soixantaine de personnes pour leurs offices, surveillés par deux vigiles.

Après avoir publié une tribune dans Le Monde le 15 octobre (« Etre une femme imame en France en 2020 n’a rien d’exceptionnel ») et à la suite du choc de l’assassinat du professeur Samuel Paty, elles sont de nouveau sollicitées et décident de sortir de leur réserve. À ce moment-là, elles apprennent aussi que le propriétaire qui leur loue leur salle va fermer ses portes à cause de problèmes financiers dus à la pandémie. La mosquée Sîmorgh, du nom d’un oiseau de la mythologie perse, est devenue une mosquée virtuelle.

Il en faut plus pour décourager les deux trentenaires. Aussi posées que décidées, Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, toutes deux enseignantes agrégées, tiennent plus que jamais à réformer la pratique de l’islam. Converties il y a une dizaine d’années, elles se sont rencontrées en 2015 grâce au philosophe Abdennour Bidar, puis ont créé leur mouvement, Voix d’un islam éclairé, en 2018.