EXPERT EN RADICALISATION et DERIVES
Articles les plus vus
Catégories
Partenaire
Visites

La délinquance gagne la France des campagnes

La radicalisation des comportements dans les zones rurales et périurbaines confiées à la gendarmerie est spectaculaire. 

Devant la gendarmerie d’Aiguillon (Lot-et-Garonne), le 6 juillet 2020, où un hommage est rendu à Mélanie Lemée, 26 ans, mortellement fauchée deux jours avant, lors d’un refus d’obtempérer à Port-Sainte-Marie. MEHDI FEDOUACH/AFP

Pas moins de 8% de hausse des violences en 2020, toutes catégories confondues, dans les zones rurales et périurbaines confiées à la gendarmerie. Alors que ces mêmes atteintes volontaires à l’intégrité physique ont baissé de plus de 5% dans les zones urbaines de la police nationale. Rien ne va plus dans la France des campagnes, décidément de moins en moins paisible. Le Figaro a analysé les chiffres du ministère de l’Intérieur, qui brossent le tableau des crimes et délits déclarés aux autorités. La dégradation est patente. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg car, selon le Service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMI), «toutes les victimes ne se font pas connaître».

Dans les départements ruraux, en tout cas, la hausse des violences signalées en zone gendarmerie est parfois spectaculaire. Ainsi en Bretagne: plus de 20% d’augmentation en Îlle-et-Vilaine, quasiment autant dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. Avec des records également en Gironde (autour de 15%), sans oublier, au même niveau ou presque, la Marne ou le Calvados, La Seine-et-Marne, la Vendée et le Rhône. L’Essonne aussi s’allume en rouge (nos cartes élaborées sur 12 mois glissants en attestent).

En zone police, Paris s’en sort mieux qu’on n’aurait pu l’imaginer. Le niveau global des violences y a baissé l’an dernier de plus de 10%. La Seine-Saint-Denis également s’inscrit dans un cercle vertueux, avec plus de 5% de baisse. Le Nord, la Seine-et-Marne, le Val-d’Oise connaissent aussi des embellies en zone urbaine.

Un préfet du sud de la France le dit: «Dans les zones gendarmerie particulièrement, l’essentiel des faits de violence, dans mon département, vient des violences intrafamiliales, qui ont connu une hausse de 30%, mais aussi des outrages, rébellions et refus d’obtempérer. Est-ce la conséquence du confinement sur l’humeur de certains de nos concitoyens?». Bien des préfets, en province, ont fait remonter à Gérald Darmanin, Place Beauvau, le même questionnement.

Pour ce qui est des violences dites crapuleuses, c’est-à-dire celles exercées dans le but de voler, la baisse est importante, en revanche. Une tendance déjà bien ancrée depuis quelques années, mais que les mesures restreignant les allées et venues des Français ont visiblement accentuée. La diminution est là: de plus de 15% côté police, mais aussi côté gendarmerie.

Effet amplificateur du confinement

Contrastée, l’année 2020? On lit parfaitement dans la statistique brute les répercussions des deux confinements successifs imposés à compter de mars dernier (voir notre infographie ci-dessous). Les cambriolages de résidences principales, par exemple, ont accusé une baisse, police et gendarmerie confondues, de plus de 44% dès le départ, puis de 71% en avril, avant de remonter progressivement à 2% de hausse en septembre, puis de replonger fortement de 51% en novembre, pour le second plan de restriction des déplacements dicté par les autorités.

Quand les Français restent chez eux, les cambrioleurs n’ont manifestement plus les coudées franches. «Et les dépôts de plaintes sont aussi inévitablement retardés, ce qui rend la statistique instable», confie un commissaire du Rhône. À l’en croire, «les mesures sanitaires ne dureront qu’un temps et la délinquance repartira de plus belle».

Au-delà de ces fluctuations, on voit bien le décrochage de la France dite périphérique, celle des campagnes, des villes moyennes et des quartiers pavillonnaires ou d’habitat collectif en marge des grandes villes, où la gendarmerie voit croître la population et les problèmes.

Alors que les coups et blessures volontaires, tant révélateurs du climat de violence au quotidien, ont stagné l’an dernier en zone police, ils ont ainsi augmenté de l’ordre de 10% dans les secteurs confiés aux gendarmes. Dans le même temps, les séquestrations ont diminué dans les zones de police de 3%, alors qu’elles ont grimpé en zone gendarmerie de près de 15%. Idem pour les indicateurs cumulés des règlements de comptes, homicides et tentatives d’homicide, expression ultime de la violence, qui ont augmenté de l’ordre de 3% en zone police et explosé en zone gendarmerie de plus de 15% par rapport à 2019.

Autre indicateur attestant d’une radicalisation des comportements dans la France rurale et périurbaine: alors que les violences à dépositaires de l’autorité ont baissé en zone police de l’ordre de 15% (2019, l’année de comparaison, a été, il est vrai, riche en heurts avec les forces de l’ordre dans le contexte des «gilets jaunes»), l’année 2020 se solde dans les zones gendarmerie par une hausse d’environ 7%. Plus de 20 agressions par jour contre les porteurs d’uniforme dans les campagnes!

Ce n’est pas tout. Quand les viols ont augmenté de 7% environ l’an dernier, en zone police, ces graves agressions ont augmenté de près de 18% en zone gendarmerie, avec plus de 12.000 faits révélés, soit plus de 30 par jour. Or, en la matière, la zone grise demeure considérable. Les statisticiens de Beauvau prennent soin de préciser que «dans un contexte de libération de la parole et d’amélioration de l’accueil des victimes par les services de police et de gendarmerie, le nombre de violences sexuelles augmentait depuis 2017» et que «la tendance à la hausse était marquée sur la période précédant la crise sanitaire». Il s’agit bien d’un phénomène de grande ampleur.

Les cambriolages (toutes catégories confondues) ont, pour leur part, baissé de 10% en zone police et de plus de 15% en zone gendarmerie. Les vols de véhicules et à l’intérieur des véhicules ont aussi chuté de respectivement 13% et 17% en un an. Les destructions et dégradations ont connu une baisse équivalente. Celle des vols sans violences contre les personnes a été de 24%. Par ailleurs, les vols à main armée ont chuté de plus de 10% en zone police et un peu moins en zone gendarmerie. Effet amplificateur du confinement, à n’en point douter.

Un dernier ratio marque les esprits: alors que les escroqueries ont stagné dans les grandes villes, elles ont augmenté l’an dernier de plus de 15% en zone gendarmerie. Là encore, le fossé se creuse. La France des campagnes et des villes moyennes souffre, c’est indéniable. La réponse judiciaire n’y est pas meilleure que dans les grands centres urbains, tant s’en faut. Aussi atypique soit-il, ce bilan 2020 révèle des fragilités profondes.


Une «Force d’appui rapide» pour lutter contre les violences

La «FAR», force d’appui rapide. Tel est l’acronyme d’une nouvelle unité mobile des CRS qui devrait voir le jour l’été prochain. Composée de 200 agents, elle serait mobilisable 24 heures sur 24 et dans un délai maximal de 15 minutes pour intervenir en tout point du territoire. Sa mission: faire face à des violences urbaines ou des événements graves, comme les récents troubles à Dijon, en juin dernier, par exemple. La CRS 8 de Bièvres (Essonne) pourrait servir de matrice à cette force d’élite. Située à côté de l’aéroport de Villacoublay, près du Raid, elle bénéficierait d’un d’équipement renforcé. Le syndicat FO maison redoute toutefois que ce projet, limité en apparence, masque une «volonté inavouée de démantèlement des CRS dans leur forme actuelle».

» À VOIR AUSSI – La violence augmente-t-elle vraiment en France? (vidéo du 7 septembre 2020)

La violence augmente-t-elle vraiment en France ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.