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Pour femmes terroristes…

…en prison, des unités spéciales 

L’administration pénitentiaire s’apprête à ouvrir des unités dédiées à ces détenues considérées comme dangereuses et prosélytes.

Un quartier d’évaluation de radicalisation est en projet à Fresnes. JACQUES DEMARTHON/AFP

Une première dans l’histoire du terrorisme. L’administration pénitentiaire finalise la création de deux structures de détention dévolues aux femmes écrouées pour actes de terrorisme. À ce jour en effet, ces détenues particulières sont mélangées à la détention classique, contrairement aux hommes incarcérés dans des quartiers dédiés d’évaluation et de prise en charge.

Entre le mois de juin et le cœur de l’été prochain, s’ouvrira ainsi au centre pénitentiaire de femmes, à Rennes, un quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR). Six femmes devraient y être initialement accueillies pour une montée en charge d’ici à la fin de 2022. Si le chiffre d’une trentaine de places est avancé, il n’est pas officiellement confirmé. L’administration pénitentiaire, qui entend anticiper les évolutions politiques et diplomatiques, n’exclut pas qu’y puissent être un jour incarcérées les femmes de retour de Syrie actuellement cantonnées dans les camps kurdes. Soit en tout une centaine de Françaises, dont les avocats et plusieurs parlementaires demandent le retour.

Le choix de Rennes répond à la nécessité d’une étanchéité entre la détention classique et ces quartiers spécialisés, qui accueillent un public souvent jugé dangereux et prosélyte. Une trentaine de membres du personnel seront en charge de ce quartier, dont 17 surveillants assurant un service jour et nuit, mais aussi quatre conseillers d’insertion et de probation, et un binôme de soutien psychologue éducateur.

Par ailleurs, l’administration pénitentiaire a sur le métier un projet de quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) complètement dédiée aux femmes à la maison d’arrêt de Fresnes. À l’étude, entre 15 et 20 places qui pourraient être créées en lieu et place d’une unité de l’hôpital psychiatrique du complexe pénitentiaire de Fresnes. Si le projet est validé, ce dernier pourrait voir le jour à la fin de cette année. «Toutes les femmes incarcérées pour terrorisme ont fait l’objet d’une évaluation par des éducateurs, des psychologues et même des spécialistes du fait religieux. Mais la création de quartiers d’évaluation permettrait d’intensifier et d’approfondir le travail effectué comme nous le faisons déjà pour les hommes depuis plusieurs années», affirme-t-on au sein de l’administration pénitentiaire. Aujourd’hui, 66 femmes sont écrouées pour acte de terrorisme dans les prisons françaises. Ce type de dispositif entièrement dévolu aux femmes est inédit en Europe. Les dispositifs mis en place dans l’Hexagone sont suivis de près par les autres pays qui tâtonnent toujours pour la prise en charge du terrorisme en milieu carcéral. Et ce même si les critiques demeurent concernant l’absence de bilan en matière de déradicalisation et de visibilité sur le suivi des sortants de prison, ainsi que sur l’absence d’une étanchéité totale entre ces détenus, dont l’idéologie infuse facilement le milieu clos de la détention, et les autres.

Places étanches

L’administration pénitentiaire réfléchirait à la suppression du QER de Fresnes, dévolu aux hommes. Pionnière du genre, née dans la foulée des attentats de 2015, située non loin du quartier arrivants, cette entité a toujours été critiquée par les organisations syndicales car pas assez étanche du reste de la détention. Alors qu’il existe en France six autres quartiers d’évaluation, la suppression de celui de Fresnes devrait permettre un redéploiement sur les établissements de région parisienne ou des environs.

D’autant que sur les deux dernières années, le nombre de détenus pour terrorisme a singulièrement baissé, à la fois sous le coup des sorties – autour d’une centaine prévue entre 2020 et 2021 – et d’une baisse des entrées en détention. On compterait désormais dans les prisons françaises un millier de détenus radicalisés ou écroués pour actes de terrorisme. Régulièrement, les organisations syndicales rappellent que la chancellerie s’est engagée en 2018 à créer 450 places étanches, qui n’ont toujours pas vu entièrement le jour.

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