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Voyage apostolique du Pape en Irak

5-8 MARS 2021 RENCONTRE AVEC LES AUTORITES, LA SOCIETE CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

DISCOURS DU SAINT-PERE

Palais présidentiel à Bagdad Vendredi 5 mars 2021

Monsieur le Président, Membres du Gouvernement et du Corps diplomatique, Autorités distinguées, Représentants de la Société civile, Mesdames et Messieurs,

je suis heureux de l’opportunité qui m’est offerte de faire cette Visite, longtemps attendue et désirée, en République d’Irak, de venir sur cette terre, berceau de la civilisation, étroitement liée, à travers le Patriarche Abraham et de nombreux prophètes, à l’histoire du salut et aux grandes traditions religieuses du judaïsme, du christianisme et de l’islam. J’exprime ma gratitude à Monsieur le Président Salih pour son invitation et pour les aimables paroles de bienvenue qu’il m’a adressées également au nom des autres Autorités et de son bien aimé peuple. Je salue également les Membres du Corps diplomatique et les Représentants de la société civile.

Je salue affectueusement les évêques et les prêtres, les religieux et les religieuses et tous les fidèles de l’Eglise catholique. Je viens en pèlerin pour les encourager dans leur témoignage de foi, d’espérance et de charité dans la société irakienne. Je salue aussi les membres des autres Eglises et Communautés ecclésiales chrétiennes, les musulmans et les représentants des autres traditions religieuses. Que Dieu nous accorde de marcher ensemble, comme des frères et des sœurs, dans « la forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix […] de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019).

Ma visite a lieu au moment où le monde entier cherche à sortir de la crise de la pandémie de la Covid-19 qui non seulement a touché la santé de nombreuses personnes, mais qui a aussi provoqué la détérioration de conditions sociales et économiques déjà marquées par la fragilité et l’instabilité. Cette crise exige des efforts communs de la part de chacun pour faire les nombreux pas nécessaires, parmi lesquels une distribution équitable des vaccins pour tous. Mais cela ne suffit pas : cette crise est surtout un appel à « repenser nos modes de vie, […] le sens de notre existence » (Enc. Fratelli tutti, n. 33). Il s’agit de sortir de ce temps d’épreuve meilleurs que nous étions avant ; de construire un avenir fondé davantage sur ce qui nous unit que sur ce qui nous divise.

Au cours des dernières décennies, l’Irak a souffert des désastres des guerres, du fléau du terrorisme et des conflits sectaires souvent fondés sur un fondamentalisme qui ne peut accepter la coexistence pacifique de différents groupes ethniques et religieux, d’idées et de cultures diverses. Tout cela a apporté mort, destructions, ruines encore visibles, et pas seulement au niveau matériel : les dommages sont encore plus profonds si l’on pense aux blessures des cœurs de tant de personnes et de communautés qui auront besoin d’années pour guérir. Et ici, parmi les nombreuses personnes qui ont souffert, je ne peux pas ne pas rappeler les Yézidis, victimes innocentes de barbaries insensées et inhumaines, persécutés et tués en raison de leur appartenance religieuse dont l’identité même et la survie ont été menacées. Par conséquent, c’est seulement si nous réussissons à nous regarder entre nous avec nos différences, en tant que membres de la même famille humaine, que nous pourrons engager un véritable processus de reconstruction et laisser aux générations futures un monde meilleur, plus juste et plus humain. A cet égard, la diversité religieuse, culturelle et ethnique, qui a caractérisé la société irakienne pendant des millénaires, est une précieuse ressource à laquelle puiser, non pas un obstacle à éliminer. Aujourd’hui, l’Irak est appelé à montrer à tous, en particulier au Moyen Orient, que les différences, plutôt que de donner lieu à des conflits doivent coopérer en harmonie dans la vie civile.

La coexistence fraternelle a besoin du dialogue patient et sincère, protégé par la justice et le respect du droit. Ce n’est pas un exercice facile. Il demande effort et engagement de la part de tous pour dépasser rivalités et oppositions, et il requiert de se parler à partir de l’identité la plus profonde que nous avons, celle de fils de l’unique Dieu et Créateur (cf. Conc. œcum. Vat. II, Décl. Nostra aetate, n. 5). Sur la base de ce principe, le Saint-Siège, en Irak comme ailleurs, ne se lasse pas d’en appeler aux Autorités compétentes afin qu’elles accordent à toutes les communautés religieuses reconnaissance, respect, droits et protection. J’apprécie les efforts déjà entrepris en ce sens et j’unis ma voix à celle des hommes et des femmes de bonne volonté pour qu’elles persévèrent au bénéfice du pays.

Une société qui porte l’empreinte de l’unité fraternelle est une société dont les membres vivent dans la solidarité. « La solidarité nous aide à regarder l’autre […] comme notre prochain, compagnon de route » (Message pour la 54èmeJournée Mondiale de la Paix, 1erjanvier 2021). Elle est une vertu qui nous porte à faire des gestes concrets de soin et de service, avec une attention particulière aux plus vulnérables et aux plus nécessiteux. Je pense à ceux qui, à cause de la violence, de la persécution et du terrorisme, ont perdu des membres de leurs familles et des personnes chères, leur maison ou des biens de première nécessité. Mais je pense à tous ceux qui luttent chaque jour à la recherche de sécurité et de moyens pour avancer, alors que le chômage et la pauvreté augmentent. « La conscience que nous avons d’être responsables de la fragilité des autres » (Fratelli tutti, n. 115) devrait inspirer tout effort pour créer des possibilités concrètes, que ce soit sur le plan économique ou dans le domaine de l’éducation, comme aussi pour le soin de la création, notre maison commune. Après une crise, il ne suffit pas de reconstruire, il faut le faire bien, de manière à ce que tous puissent mener une vie digne. On ne sort pas d’une crise pareils qu’avant : on en sort ou meilleurs, ou pires.

En tant que responsables politiques et diplomatiques, vous êtes appelés à promouvoir cet esprit de solidarité fraternelle. Il est nécessaire de lutter contre la plaie de la corruption, les abus de pouvoir et l’illégalité, mais ce n’est pas suffisant. Il faut en même temps édifier la justice, faire grandir l’honnêteté, la transparence et renforcer les institutions à cet effet. De cette manière, la stabilité peut grandir et une saine politique peut se développer, capable d’offrir à tous, en particulier aux jeunes – si nombreux dans ce pays –, l’espérance d’un avenir meilleur.

Monsieur le Président, Autorités distinguées, chers amis ! Je viens comme un pénitent qui demande pardon au Ciel et aux frères pour de nombreuses destructions et cruautés. Je viens comme pèlerin de paix, au nom du Christ, Prince de la paix. Combien nous avons prié, ces années, pour la paix en Irak ! Saint Jean-Paul II n’a pas épargné les initiatives, et il a surtout offert prières et souffrances pour cela. Et Dieu écoute, écoute toujours ! C’est à nous de l’écouter, de marcher dans ses voies. Que se taisent les armes ! Que la diffusion en soit limitée, ici et partout ! Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale. Que l’on donne la parole aux bâtisseurs, aux artisans de paix ; aux petits, aux pauvres, aux personnes simples qui veulent vivre, travailler, prier en paix ! Assez de violences, d’extrémismes, de factions, d’intolérances ! Qu’on laisse de la place à tous les citoyens qui veulent construire ensemble ce pays dans le dialogue, dans une confrontation franche et sincère, constructive ; à celui qui s’engage pour la réconciliation et qui, pour le bien commun, est prêt à mettre de côté ses intérêts particuliers ! Durant ces années, l’Irak a cherché à poser les bases d’une société démocratique. Il est indispensable en ce sens d’assurer la participation de tous les groupes politiques, sociaux et religieux, et de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens. Que personne ne soit considéré comme citoyen de deuxième classe. J’encourage les pas accomplis jusqu’ici sur ce parcours et j’espère qu’ils renforceront la sécurité et la concorde.

La Communauté internationale a, elle aussi, un rôle décisif à jouer dans la promotion de la paix sur cette terre et dans tout le Moyen Orient. Comme nous l’avons vu pendant le long conflit en Syrie toute proche – commencé cela fait dix ans ces jours-ci ! –, les défis interpellent toujours davantage l’ensemble de la famille humaine. Ceux-ci requièrent une coopération à l’échelle mondiale dans le but d’affronter également les inégalités économiques et les tensions régionales qui menacent la stabilité de ces terres. Je remercie les Etats et les Organisations internationales qui œuvrent en Irak pour la reconstruction et pour procurer assistance aux réfugiés, aux déplacés internes et à ceux qui ont du mal à retourner chez eux, en rendant disponibles dans le pays nourriture, eau, logements, services sanitaires et hygiéniques, comme aussi des programmes en faveur de la réconciliation et de l’édification de la paix. Et là, je ne peux pas ne pas rappeler les nombreuses agences, dont plusieurs catholiques, qui assistent avec grand dévouement depuis des années les populations civiles. Venir à la rencontre des besoins essentiels de tant de frères et sœurs est un acte de charité et de justice, et contribue à une paix durable. Je souhaite que les nations ne retirent pas du peuple irakien la main tendue de l’amitié et de l’engagement constructif, mais qu’elles continuent à œuvrer en esprit de commune responsabilité avec les Autorités locales, sans imposer des intérêts politiques ou idéologiques.

La religion, de par sa nature, doit être au service de la paix et de la fraternité. Le nom de Dieu ne peut pas être utilisé pour « justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). Au contraire, Dieu, qui a créé les êtres humains égaux en dignité et en droit, nous appelle à répandre amour, bienveillance, concorde. En Irak aussi l’Eglise catholique désire être amie de tous et, par le dialogue, collaborer de façon constructive avec les autres religions, à la cause de la paix. La présence très ancienne des chrétiens sur cette terre et leur contribution à la vie du pays constituent un riche héritage qui veut pouvoir se poursuivre au service de tous. Leur participation à la vie publique, en tant que citoyens jouissant pleinement de droits, de liberté et de responsabilité, témoignera qu’un sain pluralisme religieux, ethnique et culturel peut contribuer à la prospérité et à l’harmonie du pays.

Chers amis, je désire exprimer encore une fois ma sincère gratitude pour tout ce que vous avez fait et continuez de faire afin d’édifier une société empreinte d’unité fraternelle, de solidarité et de concorde. Le service du bien commun qui est le vôtre est une œuvre noble. Je demande au Tout-Puissant de vous soutenir dans vos responsabilités et de vous guider tous sur la voie de la sagesse, de la justice et de la vérité. Sur chacun de vous, sur vos familles et sur les personnes qui vous sont chères, et sur tout le peuple irakien, j’invoque l’abondance des bénédictions divines.

Merci.

RENCONTRE AVEC LES EVEQUES, LES PRETRES, LES RELIGIEUX ET RELIGIEUSES, LES SEMINARISTES ET LES CATECHISTES

DISCOURS DU SAINT-PERE

Cathédrale syro-catholique Notre-Dame de l’Intercession à Bagdad
Vendredi 5 mars 2021

Béatitudes, Excellences,

Chers Prêtres et Religieux, Chères Sœurs, Chers frères et sœurs !

Je vous embrasse tous avec une affection paternelle. Je rends grâce au Seigneur qui dans sa providence nous a permis de nous rencontrer aujourd’hui. Je remercie Sa Béatitude le Patriarche Ignace Youssif Younan et Sa Béatitude le Cardinal Louis Sako pour ses paroles de bienvenue. Nous sommes réunis dans cette Cathédrale Notre-Dame du Salut, bénis par le sang de nos frères et sœurs qui ont payé le prix extrême de leur fidélité au Seigneur et à son Eglise. Puisse le souvenir de leur sacrifice nous inspirer à renouveler notre foi dans la force de la Croix et de son message salvifique de pardon, de réconciliation et de renaissance. Le chrétien, en effet, est appelé à témoigner de l’amour du Christ partout et en tout temps. C’est l’Evangile à proclamer et à incarner aussi dans ce bien aimé pays.

En tant qu’évêques et prêtres, religieux et religieuses, catéchistes et responsables laïcs, vous partagez tous les joies et les souffrances, les espérances et les angoisses des fidèles du Christ. Les besoins du peuple de Dieu et les difficiles défis pastoraux que vous affrontez quotidiennement se sont aggravés en ce temps de pandémie. Cependant, ce qui ne doit jamais être bloqué ou réduit, c’est notre zèle apostolique que vous puisez aux racines très anciennes de la présence ininterrompue de l’Eglise sur ces terres, depuis les premiers temps (cf. Benoît XVI, Exhort. ap. postsyn. Ecclesia in Medio Oriente, n. 5). Nous savons combien il est facile d’être contaminé par le virus du découragement qui semble parfois se répandre autour de nous. Pourtant, le Seigneur nous a donné un vaccin efficace contre ce mauvais virus : c’est l’espérance. L’espérance qui naît de la prière persévérante et de la fidélité quotidienne à notre apostolat. Avec ce vaccin, nous pouvons aller de l’avant avec une énergie toujours nouvelle, pour partager la joie de l’Evangile, comme disciples missionnaires et signes vivants de la présence du Règne de Dieu, Règne de sainteté, de justice et de paix.

Comme le monde autour de nous a besoin d’entendre ce message ! N’oublions jamais que le Christ est annoncé surtout par le témoignage de vies transformées par la joie de l’Evangile. Comme nous le voyons dans l’histoire antique de l’Eglise sur ces terres, une foi vivante en Jésus est « contagieuse », elle peut changer le monde. L’exemple des saints nous montre que suivre Jésus Christ « n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n.167).

Les difficultés font partie de l’expérience quotidienne des fidèles irakiens. Au cours des dernières décennies, vous et vos concitoyens avez dû affronter les effets de la guerre et des persécutions, la fragilité des infrastructures de base et la lutte continuelle pour la sécurité économique et personnelle, qui a souvent conduit à des déplacements internes et à la migration de nombreuses personnes, aussi parmi les chrétiens, dans d’autres parties du monde. Je vous remercie, frères Evêques et Prêtres, d’être demeurés proches de votre peuple – proches de votre peuple !, – en le soutenant, en vous efforçant de satisfaire les besoins des gens et en aidant chacun à accomplir sa part au service du bien commun. L’apostolat éducatif et l’apostolat caritatif de vos Eglises particulières, représentent une ressource précieuse aussi bien pour la vie de la communauté ecclésiale que pour celle de toute la société. Je vous encourage à persévérer dans cet engagement afin de garantir que la communauté catholique en Irak, bien que petite comme une graine de moutarde (cf. Mt13, 31-32), continue à enrichir la marche du pays dans son ensemble.

L’amour du Christ nous demande de mettre de côté tout type d’égocentrisme et de compétition ; il nous pousse à la communion universelle et nous appelle à former une communauté de frères et de sœurs qui s’accueillent et prennent soin les uns des autres (cf. Enc. Fratelli tutti, nn. 95-96). Je pense à l’image familière d’un tapis. Les différentes Eglises présentes en Irak, chacune avec son patrimoine historique, liturgique et spirituel séculaire, sont comme autant de fils colorés qui, entrelacés, forment un unique très beau tapis qui, non seulement atteste notre fraternité, mais renvoie également à sa source. Parce que Dieu lui-même est l’artiste qui a conçu ce tapis, qui l’a tissé avec patience et le reprise avec soin, nous voulant tous bien entrelacés entre nous comme ses fils et ses filles. Que l’exhortation de saint Ignace d’Antioche soit toujours dans notre cœur : « Qu’il n’y ait rien entre vous qui puisse vous séparer, […] mais qu’il n’y ait qu’une seule prière, un seul esprit, une seule espérance, dans l’amour et dans la joie » (Ad Magnesios, 6-7 : PL5, 667). Comme ce témoignage d’union fraternelle est important dans un monde souvent fragmenté et déchiré par les divisions ! Tout effort accompli pour construire des ponts entre communautés et institutions ecclésiales, paroissiales et diocésaines servira de geste prophétique de l’Eglise en Irak et de réponse féconde à la prière de Jésus afin que tous soient un (cf. Jn17, 21; Ecclesia in Medio Oriente, n. 37).

Pasteurs et fidèles, prêtres, religieux et catéchistes partagent, même si c’est de façons différentes, la responsabilité de promouvoir la mission de l’Eglise. Parfois des incompréhensions peuvent surgir et nous pouvons faire l’expérience de tensions : ce sont les nœuds qui empêchent le tissage de la fraternité. Ce sont les nœuds que nous portons en nous. D’ailleurs nous sommes tous pécheurs. Cependant ces nœuds peuvent être défaits par la Grâce, par un amour plus grand ; ils peuvent être guéries par le pardon et par le dialogue fraternel, en portant patiemment les fardeaux les uns des autres (cf. Gal6, 2) et en se réconfortant mutuellement dans les moments d’épreuve et de difficulté.

Je voudrais dire maintenant une parole spéciale à mes frères évêques. J’aime penser à notre ministère épiscopal en terme de proximité : notre besoin de rester avec Dieu dans la prière, à côté des fidèles confiés à nos soins, et de nos prêtres. Soyez particulièrement proches de vos prêtres. Qu’ils ne vous voient pas seulement comme des administrateurs ou des managers, mais comme des pères soucieux que leurs enfants se portent bien, prêts à leur offrir soutien et encouragement avec un cœur ouvert. Accompagnez-les par votre prière, par votre temps, par votre patience, en appréciant leur travail et en guidant leur croissance. De cette façon vous serez pour vos prêtres un signe visible de Jésus, le Bon Pasteur qui connaît ses brebis et donne sa vie pour elles (cf. Jn10, 14-15).

Chers prêtres, religieux et religieuses, catéchistes, séminaristes qui vous préparez au futur ministère : vous avez tous entendu la voix du Seigneur dans vos cœurs et comme le jeune Samuel vous avez répondu : « Me voici » (1 Sam3, 4). Que cette réponse, que je vous invite à renouveler chaque jour, conduise chacun d’entre vous à partager la Bonne Nouvelle avec enthousiasme et avec courage, en vivant et en cheminant toujours à la lumière de la Parole de Dieu que nous avons le don et le devoir d’annoncer. Nous savons que notre service comporte également une composante administrative, mais cela ne signifie pas que nous devions passer tout notre temps en réunions ou derrière un bureau. Il est important de sortir au milieu de notre troupeau et d’offrir notre présence et notre accompagnement aux fidèles dans les villes et les villages. Je pense à tous ceux qui risquent de rester à la traîne : aux jeunes, aux personnes âgées, aux malades et aux pauvres. Quand nous servons le prochain avec dévouement, comme vous le faites, dans un esprit de compassion, d’humilité, de bienveillance, avec amour, nous servons réellement Jésus, comme lui-même nous l’a dit (cf. Mt25, 40). Et en servant Jésus dans les autres, nous découvrons la vraie joie. Ne vous éloignez pas du peuple saint de Dieu dans lequel vous êtes nés. N’oubliez pas vos mamans et vos grands-mères qui vous ont “allaités” dans la foi, comme le dirait Saint Paul (cf. 2 Tm1, 5). Soyez des pasteurs, des serviteurs du peuple de Dieu et non des clercs d’état. Toujours parmi le peuple de Dieu, jamais détachés comme si vous étiez une classe privilégiée. Ne reniez pas ce “lignage” noble qui est le peuple saint de Dieu.

Je voudrais revenir maintenant à nos frères et sœurs morts lors de l’attentat terroriste dans cette cathédrale il y a dix ans et dont la cause de béatification est en cours. Leur mort nous rappelle avec force que l’incitation à la guerre, les attitudes de haine, la violence et l’effusion de sang sont incompatibles avec les enseignements religieux (cf. Enc. Fratelli tutti, n. 285). Et je veux rappeler toutes les victimes de violences et de persécutions, appartenant à quelque communauté religieuse que ce soit. Demain, à Ur, je rencontrerai les Leadersdes traditions religieuses présentes dans ce pays, pour proclamer une fois encore notre conviction que la religion doit servir la cause de la paix et de l’unité entre tous les enfants de Dieu. Ce soir, je veux vous remercier pour votre engagement à être des artisans de paix, au sein de vos communautés et avec les croyants des autres traditions religieuses, en répandant des semences de réconciliation et de coexistence fraternelle qui peuvent porter à une renaissance d’espérance pour tous.

Je pense en particulier aux jeunes. Partout ils sont porteurs de promesse et d’espérance, surtout dans ce pays. Ici, en effet, il n’y a pas seulement un inestimable patrimoine archéologique, mais une richesse incalculable pour l’avenir : ce sont les jeunes ! Ils sont votre trésor et il convient d’en prendre soin, en nourrissant leurs rêves, en accompagnant leur chemin, en faisant grandir leur espérance. Bien que jeunes, en effet, leur patience a déjà été mise durement à l’épreuve par les conflits de ces années. Mais rappelons-nous, avec les anciens ils sont la pointe de diamant du pays, les fruits les plus savoureux de l’arbre : il nous revient, à nous, de les cultiver dans le bien et de les irriguer d’espérance.

Frères et sœurs, par le Baptême et la Confirmation, par l’Ordination ou la Profession religieuse, vous avez été consacrés au Seigneur et envoyés pour être des disciples missionnaires sur cette terre liée si étroitement à l’histoire du salut. Vous faites partie de cette histoire, témoignant fidèlement des promesses de Dieu qui ne manquent jamais, et cherchant à construire un avenir nouveau.

Que votre témoignage, mûri dans les épreuves et renforcé par le sang des martyrs, soit une lumière qui resplendit en Irak et au-delà, pour annoncer la grandeur du Seigneur et faire exulter l’esprit de ce peuple en Dieu notre Sauveur (cf. Lc1, 46-47).

De nouveau, je rends grâce parce que nous avons pu nous rencontrer. Que Notre-Dame du Salut et l’Apôtre Saint Thomas intercèdent pour vous et vous protègent toujours. Je bénis de tout cœur chacun de vous et vos communautés. Et je vous demande s’il vous plaît de prier pour moi.

Merci !

Signature du livre d’or de la cathédrale

Pénitent et pèlerin de la foi et de la paix en Irak,

j’invoque de Dieu pour ce peuple,

par l’intercession de la Vierge Marie,

la force de reconstruire ensemble le pays dans la fraternité.

FRANÇOIS

Rencontre historique entre le Pape François et le grand ayatollah Al-Sistani à Najaf  le 6 mars 2021

RENCONTRE INTERRELIGIEUSE

Ur  Samedi 6 mars 2021

DISCOURS DU SAINT-PERE

Chers frères et sœurs,

Ce lieu béni nous reporte aux origines, aux sources de l’œuvre de Dieu, à la naissance de nos religions. Ici, où vécut Abraham, notre père, il nous semble revenir à la maison. C’est ici qu’il entendit l’appel de Dieu, d’ici il partit pour un voyage qui devait changer l’histoire. Nous sommes le fruit de cet appel et de ce voyage. Dieu demanda à Abraham de lever les yeux vers le ciel et d’y compter les étoiles (cf. Gn15, 5). Dans ces étoiles, il vit la promesse de sa postérité, il nous vit. Et aujourd’hui, nous, juifs, chrétiens et musulmans, avec nos frères et sœurs d’autres religions, nous honorons notre père Abraham en faisant comme lui : nous regardons le cielet nous marchons sur la terre.

  1. Nous regardons le ciel. En contemplant, après des millénaires, le même ciel, les mêmes étoiles apparaissent. Elles illuminent les nuits les plus obscures parce qu’elles brillent ensemble. Le ciel nous livre ainsi un message d’unité : le Très-Haut au-dessus de nous nous invite à ne jamais nous séparer du frère qui est à côté de nous. L’Au-delà de Dieu nous renvoie à l’autredu frère. Mais si nous voulons préserver la fraternité, nous ne devons pas perdre de vue le ciel. Nous, descendance d’Abraham et représentants de diverses religions, nous sentons avoir avant tout ce rôle : aider nos frères et sœurs à élever le regard et la prière vers le ciel. Nous en avons tous besoin parce que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes. L’homme n’est pas tout-puissant, il ne peut pas s’en sortir tout seul. Et s’il expulse Dieu, il finit par adorer les choses terrestres. Mais les biens du monde, qui font que beaucoup oublient Dieu et les autres, ne sont pas le motif de notre voyage sur la Terre. Nous levons les yeux vers le ciel pour nous élever des bassesses de la vanité ; nous servons Dieu afin de sortir de l’esclavage du moi, parce que Dieu nous pousse à aimer. Voici la vraie religiosité : adorer Dieu et aimer le prochain. Dans le monde d’aujourd’hui, qui oublie souvent le Très-Haut ou en présente une image déformée, les croyants sont appelés à témoigner de sa bonté, à montrer sa paternité à travers leur fraternité.

De ce lieu source de foi, de la terre de notre père Abraham, nous affirmons que Dieu est miséricordieuxet que l’offense la plus blasphématoire est de profaner son nom en haïssant le frère. Hostilité, extrémisme et violence ne naissent pas d’une âme religieuse : ce sont des trahisons de la religion. Et nous, croyants, nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion. Au contraire, c’est à nous de dissiper avec clarté les malentendus. Ne permettons pas que la lumière du Ciel soit couverte par les nuages de la haine ! Au-dessus de ce pays, se sont accumulés les sombres nuages du terrorisme, de la guerre et de la violence. Toutes les communautés ethniques et religieuses en ont souffert. Je voudrais rappeler en particulier la communauté yézidie, qui a pleuré la mort de nombreux hommes et a vu des milliers de femmes, de jeunes filles et d’enfants enlevés, vendus comme esclaves et soumis à des violences physiques et à des conversions forcées. Aujourd’hui nous prions pour tous ceux qui ont subi de telles souffrances, pour tous ceux qui sont encore dispersés et séquestrés, afin qu’ils puissent vite revenir chez eux. Et nous prions pour que la liberté de conscience et la liberté religieuse soient respectées et reconnues partout : ce sont des droits fondamentaux parce qu’ils rendent l’homme libre de contempler le Ciel pour lequel il a été créé.

Le terrorisme, quand il a envahi le nord de ce cher pays, a détruit de façon barbare une partie de son merveilleux patrimoine religieux, dont des églises, des monastères et des lieux de culte de diverses communautés. Mais, même durant ce moment sombre, des étoiles ont brillé. Je pense aux jeunes volontaires musulmans de Mossoul qui ont aidé à réaménager des églises et des monastères en construisant des amitiés fraternelles sur les décombres de la haine, et aux chrétiens et musulmans qui ensemble restaurent aujourd’hui des mosquées et des églises. Le professeur Ali Thajeel nous a aussi raconté le retour des pèlerins dans cette ville. Il est important de pérégriner vers les lieux sacrés : c’est le plus beau signe de la nostalgie du Ciel sur la Terre. C’est pourquoi aimer et préserver les lieux sacrés est une nécessité existentielle, en souvenir de notre père Abraham qui, en divers endroits, éleva vers le ciel des autels au Seigneur (cf Gn12, 7.8; 13, 18; 22, 9). Que le grand patriarche nous aide à faire, des lieux sacrés de chacun, des oasis de paix et de rencontre pour tous ! Par sa fidélité à Dieu, il devint une bénédiction pour toutes les nations (cf. Gn12, 3) ; que notre présence ici aujourd’hui sur ses traces soit un signe de bénédiction et d’espérance pour l’Irak, pour le Moyen-Orient et pour le monde entier. Le Ciel ne s’est pas lassé de la Terre : Dieu aime chaque peuple, chacune de ses filles et chacun de ses fils ! Ne nous lassons jamais de regarder le ciel, de regarder ces étoiles, les mêmes que, en son temps, notre père Abraham regarda.

  1. Nous marchons sur la terre. Les yeux levés au ciel ne détournèrent pas, mais encouragèrent Abraham à marcher sur la terre, à entreprendre un voyage qui, à travers sa descendance, devait toucher chaque siècle et chaque latitude. Mais tout commença ici, avec le Seigneur qui “le fit sortir d’Ur” (cf. Gn15, 7). Son chemin fut doncun chemin en sortie, qui exigea des sacrifices : il dut laisser terre, maison et parenté. Mais, en renonçant à sa famille, il devint père d’une famille de peuples. Il nous arrive aussi quelque chose de semblable : en chemin, nous sommes appelés à laisser ces liens et ces attachements qui, en nous enfermant dans nos groupes, nous empêchent d’accueillir l’amour infini de Dieu et de voir dans les autres des frères. Oui, nous avons besoin de sortir de nous-mêmes, parce que nous avons besoin les uns des autres. La pandémie nous a fait comprendre que « personne ne se sauve tout seul » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 54). Pourtant, la tentation de prendre des distances par rapport aux autres revient souvent. Mais « le “sauve qui peut” deviendra vite “tous contre tous”, et ceci sera pire qu’une pandémie » (ibid., n. 36). Dans les tempêtes que nous sommes en train de traverser, l’isolement ne nous sauvera pas, la course pour renforcer les armements et pour ériger des murs, qui nous rendront au contraire toujours plus distants et fâchés, ne nous sauvera pas. L’idolâtrie de l’argent, qui enferme sur soi et provoque des gouffres d’inégalités dans lesquelles l’humanité s’enfonce, ne nous sauvera pas. Le consumérisme, qui anesthésie l’esprit et paralyse le cœur ne nous sauvera pas.

La voie que le Ciel indique à notre marche est autre, c’estla voie de la paix. Elle demande, surtout dans la tempête, de ramer ensemble du même côté. Il est indigne, alors que nous sommes tous éprouvés par la crise pandémique, et surtout ici où les conflits ont causé tant de misère, que l’on pense avidement à ses propres affaires. Il n’y aura pas de paix sans partage et accueil, sans une justice qui assure équité et promotion pour tous, à commencer par les plus faibles. Il n’y aura pas de paix sans des peuples qui tendent la main à d’autres peuples. Il n’y aura pas de paix tant que les autres seront un euxet non un nous. Il n’y aura pas de paix tant que les alliances seront contre quelqu’un, parce que les alliances des uns contre les autres augmentent seulement les divisions. La paix n’exige ni vainqueurs ni vaincus, mais des frères et des sœurs qui, malgré les incompréhensions et les blessures du passé, cheminent du conflit à l’unité. Demandons-le dans la prière pour tout le Moyen-Orient, je pense en particulier à la Syrie voisine, martyrisée.

Le patriarche Abraham, qui nous rassemble aujourd’hui dans l’unité, fut un prophète du Très-Haut. Une ancienne prophétie dit que les peuples, « de leurs épées, forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles » (Is2, 4). Cette prophétie ne s’est pas réalisée ; au contraire épées et lances sont devenues missiles et bombes. D’où le chemin de la paix peut-il alors commencer ? Du renoncement à avoir des ennemis. Celui qui a le courage de regarder les étoiles, celui qui croit en Dieu, n’a pas d’ennemis à combattre. Il a un seul ennemi à affronter, qui se tient à la porte du cœur et frappe pour entrer : c’est l’inimitié. Tandis que certains cherchent à avoir des ennemis plus qu’à être amis, tandis que beaucoup cherchent leur propre bénéfice au détriment des autres, celui qui regarde les étoiles des promesses, celui qui suit les voies de Dieu ne peut pas être contrequelqu’un, mais pourtous. Il ne peut justifier aucune forme d’imposition, d’oppression et de prévarication, il ne peut pas se comporter de manière agressive.

Chers amis, tout cela est-il possible ? Le père Abraham, qui a su espérer contre toute espérance (cf. Rm4, 18) nous encourage. Au cours de l’histoire, nous avons souvent poursuivi des buts trop terrestres et nous avons cheminé chacun pour son propre compte ; mais avec l’aide de Dieu nous pouvons changer en mieux. Il nous revient, humanité d’aujourd’hui, et surtout à nous, croyants de toute religion, de convertir les instruments de haine en instruments de paix. Il nous revient d’exhorter avec force les responsables des nations afin que la prolifération croissante des armes cède le pas à la distribution de nourriture pour tous. Il nous revient de réduire au silence les accusations réciproques pour donner une voix au cri des opprimés et des rejetés sur la planète : trop sont privés de pain, de médicaments, d’instruction, de droit et de dignité ! Il nous revient de mettre en lumière les manœuvres douteuses qui tournent autour de l’argent et de demander avec force que l’argent ne finisse pas toujours et seulement par alimenter le confort effréné de quelques-uns. Il nous revient de protéger la maison commune de nos intentions prédatrices. Il nous revient de rappeler au monde que la vie humaine vaut pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a, et que les vies des enfants à naître, des personnes âgées, des migrants, des hommes et des femmes de toutes couleurs et nationalités sont toujours sacrées et comptent comme celles de chacun ! Il nous revient d’avoir le courage de lever les yeuxet de regarder les étoiles, les étoiles que notre père Abraham a vues, les étoiles de la promesse.

Le chemin d’Abraham fut une bénédiction de paix. Mais ce ne fut pas facile : il dut affronter des luttes et des imprévus. Nous aussi, nous avons devant nous un chemin accidenté, mais nous avons besoin, comme le grand patriarche, de faire des pas concrets, de pérégriner à la découverte du visage de l’autre, de partager des souvenirs, des regards et des silences, des histoires et des expériences. J’ai été frappé par le témoignage de Dawood et de Hasan, un chrétien et un musulman qui, sans se laisser décourager par les différences, ont étudié et travaillé ensemble. Ensemble, ils ont construit l’avenir et ils se sont découverts frères. Nous aussi, pour aller de l’avant, nous avons besoin de faire ensemble quelque chose de bon et de concret. Telle est la voie, surtout pour les jeunes qui ne peuvent voir leurs rêves anéantis par les conflits du passé ! Il est urgent de les éduquer à la fraternité, de les éduquer à regarder les étoiles. C’est une véritable urgence ; ce sera le vaccin le plus efficace pour un lendemain de paix. Parce que vous êtes, vous chers jeunes, notre présent et notre avenir !

C’est seulement avec les autres qu’on peut soigner les blessures du passé. Madame Rafah nous a raconté l’exemple héroïque de Najy, de la communauté sabéenne mandéenne, qui a perdu la vie en essayant de sauver la famille de son voisin musulman. Combien de personnes ici, dans le silence et dans le désintérêt du monde, ont entamé des chemins de fraternité ! Rafah nous a aussi raconté les souffrances indicibles de la guerre qui a contraint de nombreuses personnes à abandonner leur maison et leur patrie à la recherche d’un avenir pour leurs enfants. Merci, Rafah, d’avoir partagé avec nous ta ferme volonté de rester ici, sur la terre de tes pères. Que ceux qui n’y sont pas parvenus et ont dû fuir trouvent un accueil bienveillant, digne de personnes vulnérables et blessées.

Ce fut précisément à travers l’hospitalité, trait distinctif de ces terres, que Abraham reçut la visite de Dieu et le don désormais inespéré d’un fils (cf. Gn18, 1-10). Nous, frères et sœurs de diverses religions, nous nous sommes retrouvés ici, à la maison, et d’ici, ensemble, nous voulons nous engager afin que se réalise le rêve de Dieu : que la famille humaine devienne hospitalière et accueillante envers tous ses fils ; qu’en regardant le même ciel, elle chemine dans la paix sur la même terre.

PRIERE DES ENFANTS D’ABRAHAM

Dieu Tout-Puissant, notre Créateur qui aime la famille humaine et tout ce que tes mains ont accompli, nous, fils et filles d’Abraham appartenant au judaïsme, au christianisme et à l’islam, avec les autres croyants et toutes les personnes de bonne volonté, nous te remercions de nous avoir donné comme père commun dans la foi Abraham, fils éminent de cette noble et bien-aimée terre.

Nous te remercions pour son exemple d’homme de foi qui t’a obéi jusqu’au bout, en laissant sa famille, sa tribu et sa patrie pour aller vers une terre qu’il ne connaissait pas.

Nous te remercions aussi pour l’exemple de courage, de résistance et de force d’âme, de générosité et d’hospitalité que notre père commun dans la foi nous a donné.

Nous te remercions en particulier pour sa foi héroïque, manifestée par sa disponibilité à sacrifier son fils afin d’obéir à ton commandement. Nous savons que c’était une épreuve très difficile dont il est sorti vainqueur parce qu’il t’a fait confiance sans réserve, que tu es miséricordieux et que tu ouvres toujours des possibilités nouvelles pour recommencer.

Nous te remercions parce que, en bénissant notre père Abraham, tu as fait de lui une bénédiction pour tous les peuples.

Nous te demandons, Dieu de notre père Abraham et notre Dieu, de nous accorder une foi forte, active à faire le bien, une foi qui t’ouvre nos cœurs ainsi qu’à tous nos frères et sœurs ; et une espérance irrépressible, capable de voir partout la fidélité de tes promesses.

Fais de chacun de nous un témoin du soin affectueux que tu as pour tous, en particulier pour les réfugiés et les déplacés, les veuves et les orphelins, les pauvres et les malades.

Ouvre nos cœurs au pardon réciproque et fais de nous des instruments de réconciliation, des bâtisseurs d’une société plus juste et plus fraternelle.

Accueille dans ta demeure de paix et de lumière tous les défunts, en particulier les victimes de la violence et des guerres.

Aide les autorités civiles à chercher et à retrouver les personnes qui ont été enlevées, et à protéger de façon particulière les femmes et les enfants.

Aide-nous à prendre soin de la planète, maison commune que, dans ta bonté et générosité, tu nous as donnée à tous.

Soutiens nos mains dans la reconstruction de ce pays, et donne-nous la force nécessaire pour aider ceux qui ont dû laisser leurs maisons et leurs terres à rentrer en sécurité et avec dignité, et à entreprendre une vie nouvelle, sereine et prospère. Amen.

MESSE A BAGDAD

HOMELIE DU SAINT-PERE

Cathédrale chaldéenne Saint-Joseph à Bagdad
Samedi 6 mars 2021

La Parole de Dieu nous parle aujourd’hui de sagesse, de témoignage et de promesses.

La sagessesur ces terres a été cultivée depuis des temps très anciens. Sa recherche a depuis toujours fasciné l’homme ; mais souvent, celui qui a davantage de moyens peut acquérir plus de connaissances et avoir plus d’opportunités, tandis que celui qui en a moins est mis de côté. C’est une inégalité inacceptable qui s’est étendue aujourd’hui. Mais le Livre de la Sagesse nous surprend en renversant la perspective. Il dit que « au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance » (Sg6, 6). Pour le monde, celui qui a moins est écarté et celui qui a plus est privilégié. Pour Dieu non : celui qui a plus de pouvoir est soumis à un examen rigoureux, tandis que les derniers sont les privilégiés de Dieu.

Jésus, la Sagesse en personne, complète ce renversement dans l’Evangile : non pas à un moment quelconque, mais au début de son premier discours, avec les Béatitudes. Le renversement est total : les pauvres, ceux qui pleurent, les persécutés sont dits bienheureux. Comment est-ce possible ? Bienheureux, pour le monde, sont les riches, les puissants, les célèbres ! A de la valeur celui qui possède, celui qui peut, celui qui compte ! Pour Dieu non : n’est pas plus grand celui qui possède, mais celui qui est pauvre en esprit ; non pas celui qui peut tout sur les autres, mais celui qui est doux avec tous ; non pas celui qui est acclamé par les foules, mais celui qui est miséricordieux envers son frère. A ce point, il peut y avoir un doute : si je vis comme Jésus demande, qu’est-ce que j’y gagne ? Est-ce que je ne risque pas de me faire marcher sur les pieds par les autres ? La proposition de Jésus convient-elle ? Ou est-elle perdante ? Elle n’est pas perdante, mais sage.

La proposition de Jésus est sage parce que l’amour, qui est le cœur des Béatitudes, même s’il paraît faible aux yeux du monde, en réalité est gagnant. Sur la croix il s’est montré plus fort que le péché, dans le sépulcre il a vaincu la mort. C’est le même amour qui a rendu les martyrs victorieux dans l’épreuve, et combien il y en a eu au siècle dernier, plus que dans les précédents ! L’amour est notre force, la force de nombreux frères et sœurs qui, ici aussi, ont subi des préjugés et des offenses, des mauvais traitements et des persécutions pour le nom de Jésus. Mais tandis que la puissance, la gloire et la vanité du monde passent, l’amour demeure : comme nous l’a dit l’Apôtre Paul, « l’amour ne passera jamais » (1 Co13, 8). Vivre les Béatitudes, alors, c’est rendre éternel ce qui passe. C’est porter le Ciel sur la terre.

Mais comment se pratiquent les Béatitudes ? Elles ne demandent pas de faire des choses extraordinaires, d’accomplir des exploits qui vont au-delà de nos capacités. Elles demandent le témoignagequotidien.Bienheureux est celui qui vit avec douceur, qui pratique la miséricorde là où il se trouve, qui maintient le cœur pur là où il vit. Pour devenir bienheureux, il n’est pas nécessaire d’être des héros de temps à autre, mais des témoinschaque jour. Le témoignage est le chemin pour incarner la sagesse de Jésus. C’est ainsi que l’on change le monde : non pas par le pouvoir ou par la force, mais avec les Béatitudes. Parce que c’est ce qu’a fait Jésus, en vivant jusqu’au bout ce qu’il avait dit au début. Tout consiste à témoigner de l’amour de Jésus, de la même charité que saint Paul décrit magnifiquement dans la deuxième lecture d’aujourd’hui. Voyons comment il la présente.

Pour commencer il dit que « la charité est longanime » (v. 4). Nous ne nous attendions pas à cet adjectif. Amour semble être synonyme de bonté, de générosité, de bonnes œuvres ; pourtant Paul dit que la charité est avant tout longanime. C’est une parole qui, dans la Bible, raconte la patience de Dieu. Tout au long de l’histoire, l’homme a continué à trahir l’alliance avec lui, à tomber dans les mêmes péchés, et le Seigneur, au lieu de se lasser et de s’en aller, chaque fois est demeuré fidèle, a pardonné, a recommencé. La patience de recommencer à chaque fois est la première qualité de l’amour, parce que l’amour ne s’indigne pas, mais repart toujours. Il ne s’attriste pas, mais stimule ; il ne se décourage pas, mais il reste créatif. Face au mal, il n’abandonne pas, il ne se résigne pas. Celui qui aime ne s’enferme pas en lui-même quand les choses vont mal, mais il répond au mal par le bien, en rappelant la sagesse victorieuse de la croix. Le témoin de Dieu fait ainsi : il n’est pas passif, fataliste, il ne vit pas à la merci des circonstances, de l’instinct et de l’instant, mais il est toujours plein d’espoir, parce qu’il est fondé dans l’amour qui « supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout » (v. 7).

Nous pouvons nous demander : et moi, comment est-ce que je réagis aux situations qui ne vont pas ? Face aux épreuves, il y a toujours deux tentations. La première est la fuite : fuir, tourner le dos, ne plus vouloir savoir. La seconde est de réagir avec colère, par la force. C’est ce qui est arrivé aux disciples à Gethsémani : devant le trouble, plusieurs s’enfuirent et Pierre prit l’épée. Mais ni la fuite ni l’épée n’ont résolu quoi que ce soit. Jésus, par contre, a changé l’histoire. Comment ? par la force humble de l’amour, par son témoignage patient. Nous sommes appelés à faire ainsi ; Dieu réalise ses promesses de cette manière.

Promesses. La sagesse de Jésus, qui s’incarne dans les Béatitudes, demande le témoignage et offre la récompense contenue dans les promesses divines. Nous voyons en effet que chaque béatitude est suivie d’une promesse : celui qui les vit aura le Royaume des Cieux, il sera consolé, rassasié, il verra Dieu… (cf. Mt5, 3-12). Les promesses de Dieu assurent une joie sans égale et ne déçoivent pas. Mais comment s’accomplissent-elles ? A travers nos faiblesses. Dieu rend bienheureux ceux qui parcourent jusqu’au bout le chemin de leur pauvreté intérieure. La route est celle-là, il n’y en a pas d’autre. Regardons le patriarche Abraham. Dieu lui promet une nombreuse descendance, mais lui et Sara sont âgés et sans enfants. Précisément dans leur vieillesse patiente et confiante Dieu opère des merveilles et leur donne un fils. Regardons Moïse : Dieu lui promet qu’il libèrera le peuple de l’esclavage et pour cela il lui demande de parler au pharaon. Moïse fait remarquer qu’il est embarrassé pour parler, pourtant Dieu réalisera la promesse à travers ses paroles. Regardons la Vierge qui, en raison de la Loi, ne peut avoir d’enfant, est appelée à devenir mère. Et regardons Pierre : il renie le Seigneur et c’est lui que Jésus appelle à confirmer ses frères. Chers frères et sœurs, parfois nous pouvons nous sentir incapables, inutiles. N’y croyons pas, car Dieu veut accomplir des prodiges précisément à travers nos faiblesses.

Il aime faire ainsi et, ce soir, huit fois de suite, il nous a dit tūb’ā[bienheureux], pour nous faire comprendre, qu’avec lui, nous le sommes réellement. Certes, nous sommes éprouvés, nous tombons souvent, mais nous ne devons pas oublier qu’avec Jésus, nous sommes bienheureux. Ce que le monde nous enlève n’est rien comparé à l’amour tendre et patient avec lequel le Seigneur accomplit ses promesses. Chère sœur, cher frère, peut-être que tu regardes tes mains et elles te semblent vides, peut-être que dans ton cœur la méfiance s’insinue et que tu ne te sens pas récompensé par la vie. Si c’est le cas, ne crains pas : les Béatitudes sont pour toi, pour toi qui es affligé, affamé et assoiffé de justice, persécuté. Le Seigneur te promet que ton nom est écrit dans son cœur, dans les Cieux ! Et moi aujourd’hui je le remercie avec vous et pour vous, car ici, là où dans l’antiquité est née la sagesse, en ces temps-ci se sont levés beaucoup de témoins, souvent négligés par les chroniques, mais précieux aux yeux de Dieu ; des témoins qui, vivant les Béatitudes, aident Dieu à réaliser ses promesses de paix.

 

 

 

PRIERE POUR LES VICTIMES DE LA GUERRE

Place Hosh al-Bieaa (place de l’Eglise) à Mossoul
Dimanche 7 mars 2021

 

SALUTDU SAINT-PERE AVANT LA PRIERE

 

Chers frères et sœurs,

Chers amis !

Je remercie l’Archevêque Najeeb Michaeel pour ses paroles de bienvenue et je suis particulièrement reconnaissant au Père Raid Kallo et à Monsieur Gutayba Aagha pour leurs touchants témoignages.

Merci beaucoup, Père Raid. Vous nous avez parlé du déplacement forcé de nombreuses familles chrétiennes de leurs maisons. La diminution tragique des disciples du Christ, ici et dans tout le Moyen-Orient, est un dommage incalculable non seulement pour les personnes et les communautés intéressées, mais pour la société elle-même qu’ils laissent derrière eux. En effet, un tissu culturel et religieux aussi riche de diversité est affaibli par la perte de n’importe lequel de ses membres, aussi petit soit-il. Comme dans un de vos tapis artistiques, un petit fil arraché peut endommager l’ensemble. Mon Père, vous avez parlé de l’expérience fraternelle que vous vivez avec les musulmans, après être revenu à Mossoul. Vous avez trouvé accueil, respect, collaboration. Merci, mon Père, pour avoir partagé ces signes que l’Esprit fait fleurir dans le désert, et pour nous avoir montré qu’il est possible d’espérer la réconciliation et une nouvelle vie.

Monsieur Aagha, vous nous avez rappelé que la véritable identité de cette ville est celle de la coexistence harmonieuse entre des personnes d’origines et de cultures différentes. C’est pourquoi j’apprécie grandement votre invitation à la communauté chrétienne à revenir à Mossoul, et à assumer le rôle vital qui est le sien dans le processus de redressement et de renouveau.

Aujourd’hui nous élevons tous nos voix en prière vers Dieu Tout-Puissant pour toutes les victimes de la guerre et des conflits armés. Ici à Mossoul les tragiques conséquences de la guerre et des hostilités ne sont que trop évidentes. Comme il est cruel que ce pays, berceau de civilisations, ait été frappé par une tempête aussi inhumaine, avec d’antiques lieux de culte détruits et des milliers et des milliers de personnes – musulmanes, chrétiennes, les yézidis, qui ont été anéantis cruellement par le terrorisme, et autres – déplacées de force ou tuées !

Aujourd’hui, malgré tout, nous réaffirmons notre conviction que la fraternité est plus forte que le fratricide, que l’espérance est plus forte que la mort, que la paix est plus forte que la guerre. Cette conviction parle d’une voix plus éloquente que celle de la haine et de la violence ; et jamais elle ne pourra être étouffée dans le sang versé par ceux qui pervertissent le nom de Dieu en parcourant des chemins de destruction.

PAROLESINTRODUCTIVES DU SAINT-PERE

Avant de prier pour toutes les victimes de la guerre dans cette ville de Mossoul, en Iraq et dans tout le Moyen Orient, je voudrais partager avec vous ces pensées :

Si Dieu est le Dieu de la vie – et il l’est – il ne nous est pas permis de tuer nos frères en son nom.
Si Dieu est le Dieu de la paix – et il l’est – il ne nous est pas permis de faire la guerre en son nom.
Si Dieu est le Dieu de l’amour – et il l’est – il ne nous est pas permis de haïr nos frères.

Maintenant prions ensemble pour toutes les victimes de la guerre, afin que Dieu Tout Puissant leur accorde la vie éternelle et la paix sans fin, et qu’il les accueille dans ses bras très aimants. Et prions aussi pour nous tous, afin qu’au-delà des appartenances religieuses, nous puissions vivre en harmonie et en paix, conscients qu’aux yeux de Dieu nous sommes tous frères et sœurs.

PRIERE

Dieu très haut, Seigneur du temps et de l’histoire, par amour tu as créé le monde et tu ne cesses jamais de déverser tes bénédictions sur tes créatures. Toi, au-delà de l’océan de la souffrance et de la mort, au-delà des tentations de la violence, de l’injustice et du gain inique, accompagne tes fils et tes filles avec un tendre amour de Père.

Mais nous les hommes, ingrats à l’égard de tes dons et distraits par nos préoccupations et par nos ambitions trop terrestres, nous avons souvent oublié tes desseins de paix et d’harmonie. Nous nous sommes enfermés en nous-mêmes et dans nos intérêts partisans et, indifférents à toi et aux autres, nous avons fermé les portes à la paix. S’est ainsi répété ce que le prophète Jonas avait entendu dire de Ninive : la méchanceté des hommes est montée jusqu’au ciel (cf. Jon1, 2). Nous n’avons pas élevé des mains pures vers le Ciel (cf.1 Tm2, 8), mais de la terre est monté une fois encore le cri du sang innocent (cf. Gn4, 10). Les habitants de Ninive, dans le récit de Jonas, ont écouté la voix de ton prophète et ont trouvé le salut dans la conversion. Nous aussi, Seigneur, alors que nous te confions les nombreuses victimes de la haine de l’homme contre l’homme, nous invoquons ton pardon et nous implorons la grâce de la conversion :

Kyrie eleison ! Kyrie eleison ! Kyrie eleison !

Seigneur notre Dieu, dans cette ville, deux symboles témoignent du perpétuel désir de l’humanité de se rapprocher de toi : la mosquée Al-Nouri avec son minaret Al Hadba, et l’église Notre Dame de l’horloge. C’est une horloge qui depuis plus de cent ans rappelle aux passants que la vie est brève et que le temps est précieux. Apprend-nous à comprendre que tu nous as confié ton dessein d’amour, de paix et de réconciliation, afin que nous le réalisions dans le temps, au cours du bref passage de notre vie terrestre. Fais-nous comprendre que c’est seulement en le mettant en pratique sans délai, que cette ville et ce pays pourront être reconstruits et que les cœurs déchirés par la douleur pourront être guéris. Aide-nous à ne pas passer notre temps au service de nos intérêts égoïstes, personnels ou de groupe, mais au service de ton dessein d’amour. Et quand nous nous égarons, fais que nous puissions écouter la voix des vrais hommes de Dieu et nous ressaisir à temps, pour ne pas nous laisser ruiner encore par la destruction et la mort.

Nous te confions ceux dont la vie terrestre a été écourtée par la main violente de leurs frères, et nous t’implorons aussi pour tous ceux qui ont fait du mal à leurs frères et à leurs sœurs : qu’ils se repentent, touchés par la puissance de ta miséricorde.

Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.

Requiescant in pace. Amen.

VISITE A LA COMMUNAUTE DE QARAQOSH

DISCOURS DU SAINT-PERE

Eglise de l’Immaculée Conception à Qaraqosh
Dimanche 7 mars 2021

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je rends grâce au Seigneur pour l’occasion qu’il me donne d’être parmi vous ce matin. J’ai attendu avec impatience ce moment. Je remercie Sa Béatitude le Patriarche Ignace Youssif Younan pour ses paroles de salutation, et aussi Madame Doha Sabah Abdallah et le Père Ammar Yako pour leurs témoignages. En vous regardant, je vois la diversité culturelle et religieuse des habitants de Quaraquosh, et cela montre quelque chose de la beauté que votre région offre pour l’avenir. Votre présence ici rappelle que la beauté n’est pas unicolore, mais qu’elle rayonne par la variété et les différences.

En même temps, avec grande tristesse, nous regardons tout autour et nous voyons d’autres signes, des signes du pouvoir destructeur de la violence, de la haine et de la guerre. Que de choses ont été détruites ! Et combien doivent être reconstruites. Notre rencontre montre que le terrorisme et la mort n’ont jamais le dernier mot. Le dernier mot appartient à Dieu et à son Fils, vainqueur du péché et de la mort. Même au milieu des dévastations du terrorisme et de la guerre, nous pouvons voir, avec les yeux de la foi, le triomphe de la vie sur la mort. Vous avez devant vous l’exemple de vos pères et de vos mères dans la foi qui ont adoré et loué Dieu en ce lieu. Ils ont persévéré dans une ferme espérance sur leur chemin terrestre, faisant confiance à Dieu qui ne déçoit jamais et qui nous soutient toujours de sa grâce. Le grand héritage spirituel qu’ils nous ont laissé continue de vivre en vous. Etreignez cet héritage ! Cet héritage est votre force ! Le moment est venu de reconstruire et de recommencer, en se confiant à la grâce de Dieu qui guide le destin de tout homme et de tous les peuples. Vous n’êtes pas seuls ! L’Eglise toute entière vous est proche, par la prière et la charité concrète. Et dans cette région, beaucoup vous ont ouvert les portes quand il y en avait besoin.

Très chers, c’est le moment de restaurer non seulement les édifices, mais aussi d’abord les liens qui unissent communautés et familles, jeunes et anciens. Le prophète Joël dit : « Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (Jl3, 1). Quand les anciens et les jeunes se rencontrent, que se passe-t-il ? Les anciens rêvent, ils rêvent d’un avenir pour les jeunes ; et les jeunes peuvent accueillir ces rêves et prophétiser, les mettre en œuvre. Quand les anciens et les jeunes s’unissent, nous préservons et transmettons les dons que Dieu fait. Regardons nos enfants sachant qu’ils hériteront non seulement d’une terre, d’une culture et d’une tradition, mais aussi des fruits vivants de la foi que sont les bénédictions de Dieu sur cette terre. Je vous encourage à ne pas oublier qui vous êtes et d’où vous venez ! à protéger les liens qui vous tiennent ensemble, à protéger vos racines !

Il y a sûrement des moments où la foi peut vaciller, lorsqu’il semble que Dieu ne voit pas ni n’agit. Cela a été vrai pour vous aux jours les plus sombres de la guerre, et cela est vrai aussi en ces jours de crise sanitaire mondiale et de grande insécurité. En ces instants, rappelez-vous que Jésus est à votre côté. Ne cessez pas de rêver! Ne vous rendez pas, ne perdez pas l’espérance! Du ciel, les saints veillent sur nous : invoquons-les et ne nous lassons pas de demander leur intercession. Et il y a aussi “les saints de la porte d’à côté” « qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 7). Cette terre en a beaucoup, c’est une terre où les saints, hommes et femmes, sont nombreux. Laissez-les vous accompagner vers un avenir meilleur, un avenir d’espérance.

Une chose qu’a dite Madame Doha m’a bouleversé : elle a dit que le pardon est nécessaire de la part de ceux qui ont survécu aux attaques terroristes. Pardon : c’est une parole clé. Le pardon est nécessaire pour demeurer dans l’amour, pour demeurer chrétien. La route vers une pleine guérison peut-être encore longue, mais je vous demande, s’il vous plait, de ne pas vous décourager. La capacité de pardonner est nécessaire et, en même temps, le courage de lutter. Je sais que cela est très difficile. Mais nous croyons que Dieu peut apporter la paix sur cette terre. Nous lui faisons confiance et, avec toutes les personnes de bonne volonté, nous disons “non” au terrorisme et à l’instrumentalisation de la religion.

Le Père Ammar, en rappelant les horreurs du terrorisme et de la guerre, a remercié le Seigneur qui vous a toujours soutenus dans les temps bons et dans les mauvais, dans la santé et dans la maladie. La gratitude naît et grandit lorsque nous nous souvenons des dons et des promesses de Dieu. La mémoire du passé façonne le présent et nous porte en avant vers l’avenir.

A tout moment, rendons grâce à Dieu pour ses dons et demandons-lui d’accorder paix, pardon et fraternité à cette terre et à ceux qui l’habitent. Ne nous lassons pas de prier pour la conversion des cœurs et pour le triomphe d’une culture de la vie, de la réconciliation et de l’amour fraternel, dans le respect des différences, des diverses traditions religieuses, dans l’effort de construire un avenir d’unité et de collaboration entre toutes les personnes de bonne volonté. Un amour fraternel qui reconnaisse « les valeurs fondamentales de la commune humanité, valeurs au nom desquelles on peut et on doit collaborer, construire et dialoguer, pardonner et grandir » (Enc. Fratelli tutti, n.283).

Lorsque j’arrivais avec l’hélicoptère, j’ai vu la statue de la Vierge Marie sur cette église de l’Immaculée Conception, et je lui ai confié la renaissance de cette ville. La Vierge non seulement nous protège d’en haut, mais elle descend vers nous avec une tendresse maternelle. Sa représentation a été ici blessée et bafouée, mais le visage de la Mère de Dieu continue à nous regarder avec tendresse. Car c’est ainsi que font les mères : elles consolent, elles confortent, elle donne vie. Et je voudrais dire merci de tout cœur à toutes les mères et les femmes de ce pays, des femmes courageuses qui continuent à donner vie malgré les exactions et les blessures. Que les femmes soient respectées et protégées ! Que leur soient données attention et opportunités ! Et maintenant prions ensemble notre Mère, invoquant son intercession pour vos nécessités et vos projets. Je vous mets tous sous sa protection. Et je vous demande, s’il vous plait, de ne pas oublier de prier pour moi.

MESSE A ERBIL

HOMELIE DU SAINT-PERE

Stade “Franso Hariri” Dimanche 7 mars 2021

Saint Paul nous a rappelé que « le Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co1, 24). Jésus a révélé cette puissance et cette sagesse surtout par la miséricorde et le pardon. Il n’a pas voulu le faire par des démonstrations de force ou en imposant d’en haut sa voix, ni par de longs discours ou des étalages de science inégalable. Il l’a fait en donnant sa vie sur la croix. Il a révélé sa sagesse et sa puissance divines en nous montrant, jusqu’à la fin, la fidélité de l’amour du Père, la fidélité du Dieu de l’Alliance qui a fait sortir son peuple de l’esclavage et l’a guidé sur le chemin de la liberté (cf. Ex20, 1-2).

Comme il est facile de tomber dans le piège de penser que nous devons montrer aux autres que nous sommes forts, que nous sommes sages… dans le piège de nous faire de fausses images de Dieu qui nous donnent sécurité… (cf. Ex20, 4-5). En réalité, c’est le contraire, nous avons tous besoin de la puissance et de la sagesse de Dieu révélées par Jésus sur la croix. Sur le Calvaire il a offert au Père les blessures par lesquelles nous avons été guéris (cf. 1 P2, 24). Ici, en Irak, combien de vos frères et sœurs, amis et concitoyens portent les blessures de la guerre et de la violence, des blessures visibles et invisibles. La tentation est de leur répondre, ainsi qu’à d’autres faits douloureux, avec une force humaine, avec une sagesse humaine. Jésus nous montre au contraire la voie de Dieu, celle que lui a parcourue et sur laquelle il nous appelle à le suivre.

Dans l’Evangile que nous venons d’entendre (Jn2, 13-25), nous voyons comment Jésus a chassé du Temple de Jérusalem les changeurs et tous ceux qui achetaient et vendaient. Pourquoi Jésus at-t-il fait ce geste si fort, si provoquant ? Il l’a fait parce que le Père l’a envoyé purifier le Temple : non seulement le temple de pierre, mais surtout celui de notre cœur. De même que Jésus n’a pas toléré que la maison de son Père devienne un marché (cf. Jn2, 16), ainsi il désire que notre cœur ne soit pas un lieu d’agitation, de désordre et de confusion.Le cœur doit être nettoyé, mis en ordre, purifié. De quoi ? Des tromperies qui le salissent, des duplicités de l’hypocrisie. Nous en avons tous. Ce sont des maladies qui font du mal au cœur, qui salissent la vie, la rendent double. Nous avons besoin d’être nettoyés de nos sécurités trompeuses qui marchandent la foi en Dieu avec des choses qui passent, avec les convenances du moment. Nous avons besoin que soient chassés de notre cœur et de l’Eglise les suggestions néfastes du pouvoir et de l’argent. Pour nettoyer le cœur nous avons besoin de nous salir les mains : de nous sentir responsables et non pas de rester à regarder alors que le frère ou la sœur souffre. Mais comment purifier le cœur ? Nous ne sommes pas capables tout seuls, nous avons besoin de Jésus. Il a le pouvoir de vaincre nos maux, de guérir nos maladies, de restaurer le temple de notre cœur.

Pour confirmer cela,en signe de son autorité, Jésus dit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (v. 19). Jésus-Christ, lui seul, peut purifier des œuvres du mal, lui qui est mort et ressuscité, lui qui est le Seigneur ! Chers frères et sœurs, Dieu ne nous laisse pas mourir dans notre péché. Même quand nous lui tournons le dos, il ne nous abandonne jamais à nous-mêmes. Il nous cherche, il nous suit pour nous appeler au repentir et pour nous purifier. « Par ma vie – dit le Seigneur par la bouche d’Ezéchiel – je ne prends pas plaisir à la mort du méchant, mais bien plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive » (33, 11). Le Seigneur veut que nous soyons sauvés et que nous devenions un temple vivant de son amour, dans la fraternité, dans le service, dans la miséricorde.

Jésus nous purifie non seulement de nos péchés, mais il nous rend participants de sa puissance même et de sa sagesse. Il nous libère d’une manière de comprendre la foi, la famille, la communauté, qui divise, qui oppose, qui exclut, afin que nous puissions construire une Eglise et une société ouvertes à tous et soucieuse de nos frères et sœurs les plus nécessiteux. Et en même temps, il nous fortifie afin que nous sachions résister à la tentation de chercher à se venger, qui fait s’enfoncer dans une spirale de représailles sans fin. Avec la puissance de l’Esprit Saint, il nous envoie, non pas faire du prosélytisme, mais comme ses disciples missionnaires, des hommes et des femmes appelés à témoigner que l’Evangile a le pouvoir de changer la vie. Le Ressuscité fait de nous des instruments de la paix de Dieu et de sa miséricorde, des artisans patients et courageux d’un nouvel ordre social. Ainsi, par la force du Christ et de son Esprit, il se produit ce que l’Apôtre Paul prophétise aux Corinthiens : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co1, 25).  Des communautés chrétiennes composées de personnes humbles et simples deviennent signe du Règne qui vient, Règne d’amour, de justice et de paix.

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn2, 19). Il parlait du temple de son corps, et donc aussi de son Eglise. Le Seigneur nous promet que, par la puissance de sa Résurrection, il peut nous relever, nous et nos communautés, des ruines causées par l’injustice, par la division, et par la haine. C’est la promesse que nous célébrons dans cette Eucharistie. Avec les yeux de la foi, reconnaissons la présence du Seigneur crucifié et ressuscité au milieu de nous, et apprenons à accueillir sa sagesse libératrice, à nous reposer dans ses blessures, et à trouver la guérison et la force de servir son Règne qui vient dans notre monde. Par ses blessures nous avons été guéris (cf. 1 P2, 24), dans ses blessures, chers frères et sœurs, nous trouvons le baume de son amour miséricordieux parce que lui, le Bon Samaritain de l’humanité, désire oindre toute blessure, guérir tout souvenir douloureux et insuffler un avenir de paix et de fraternité sur cette terre.

L’Eglise en Irak, par la grâce de Dieu, a fait et est en train de faire beaucoup pour proclamer cette merveilleuse sagesse de la croix, répandant la miséricorde et le pardon du Christ, spécialement aux plus nécessiteux. Même au milieu de grandes pauvretés et difficultés, nombreux parmi vous ont généreusement offert une aide concrète et une solidarité aux pauvres et aux personnes souffrantes. Ceci est l’une des raisons qui m’ont poussé à venir en pèlerinage parmi vous, à vous remercier et vous confirmer dans la foi et dans le témoignage. Aujourd’hui, je peux voir et toucher du doigt le fait que l’Eglise en Irak est vivante, que le Christ vit et œuvre dans ce peuple saint et fidèle qui est le sien.

Chers frères et sœurs, je vous confie, ainsi que vos familles et vos communautés, à la protection maternelle de la Vierge Marie qui a été associée à la passion et à la mort de son Fils, et qui a participé à la joie de sa résurrection. Qu’elle intercède pour nouset nous conduise à lui, puissance et sagesse de Dieu.

Salutation à la fine de la Messe

Je salue avec affection Sa Sainteté Mar Gewargis III, Catholicos-Patriarche de l’Eglise Assyrienne d’Orient, qui réside dans cette ville et nous honore de sa présence. Merci, merci, cher Frère ! Avec lui j’embrasse les chrétiens des diverses confessions : beaucoup ici ont versé leur sang sur le même sol ! Mais nos martyrs resplendissent ensemble, étoiles dans le même ciel ! De là-haut ils nous demandent de marcher ensemble, sans hésiter, vers la plénitude de l’unité.

Au terme de cette célébration, je remercie l’Archevêque Mgr Bashar Matti Warda, ainsi que Mgr Nizar Semaan et mes autres frères Evêques, qui ont beaucoup travaillé pour ce voyage. Je suis reconnaissant à vous tous qui l’avez préparé et accompagné par la prière et qui m’avez accueilli avec affection. Je salue en particulier, la chère population kurde.J’exprime ma vive reconnaissance au Gouvernement et aux autorités civiles pour leur contribution indispensable ; et je remercie tous ceux qui, de bien des manières, ont contribué à l’organisation de tout le voyage en Irak, les Autorités irakiennes – toutes – et les nombreux volontaires. Merci à tous !

Durant ces jours passés au milieu de vous, j’ai entendu des voix de douleur et d’angoisse, mais j’ai aussi entendu des voix d’espérance et de consolation. Et c’est le mérite, en grande partie, de ces inlassables bonnes œuvres qui ont été rendues possibles grâce aux institutions religieuses de chaque confession, grâce à vos Eglises locales et aux diverses organisations caritatives qui assistent les gens de ce pays dans l’œuvre de reconstruction et de renaissance sociale. Je remercie de façon particulière, les membres de la ROACO et les agences qu’ils représentent.

Maintenant, se rapproche le moment de repartir pour Rome. Mais l’Irak restera toujours avec moi, dans mon cœur. Je vous demande à tous, chers frères et sœurs, de travailler ensemble dans l’unité pour un avenir de paix et de prospérité qui ne laisse personne à la traîne et ne discrimine personne. Je vous assure de ma prière pour ce pays bien aimé. Je prie de façon particulière pour que les membres des différentes communautés religieuses, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, coopèrent afin de nouer des liens de fraternité et de solidarité au service du bien et de la paix. Salam, salam, salam ! Shukrán ! [Merci] !Que Dieu vous bénisse tous ! Que Dieu bénisse l’Irak ! Allah ma’akum ! [Que Dieu soit avec vous].