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Conclusion

Vers un traité de « Mémoire et vérité »

Partie IV

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme ; interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. »

L’émir Abd el-Kader

« Trop d’attachement hystérique à ce que fut l’Algérie a perturbé les relations entre métropole et pieds-noirs, entre les Algériens et nos gouvernants, entre Français de souche et Français de l’immigration avec leurs divergences où se côtoient ou non les vieux ouvriers de Renault, les harkis et les jeunes de la seconde et troisième génération. Cet attachement sentimental est pathologique mais ne s’efface pas. Seule l’éducation par la presse et l’école peut, en mêlant histoire, philosophie, morale et civisme, convaincre d’ériger la tolérance en mode absolu. Tâche ardue et toujours recommencée que vous illustrez au mieux et dont vous ne vous découragez pas, même si un éloignement temporaire peut vous être nécessaire pour apaiser les regrets et une irritation compréhensible. »

Lettre de Jean-Louis Roy, fils de Jules Roy, décembre 2020.

Dans sa lettre de mission qu’il m’avait adressée, le président Emmanuel Macron indiquait vouloir « s’inscrire dans une volonté

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nouvelle de réconciliation des peuples français et algérien ». À l’approche du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022, la nécessité d’un nouveau traité de réconciliation, d’amitié entre les deux peuples, reste plus que jamais d’actualité.

D’abord parce qu’il est question de développement pour l’avenir des deux pays.

Dans la préface au livre Réconciliations, publié par l’Agence française de développement, Mme Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne ministre du Nigéria et directrice générale de la Banque mondiale, écrivait : « Réconcilier les peuples et les personnes déchirés par les antagonismes et les conflits, réconcilier les objectifs contradictoires et tous également nobles que servent les politiques publiques, la prospérité d’aujourd’hui et le bien-être de demain, les aspirations à l’idéal et la résistance du réel, les aspirations des différentes générations, voilà au fond ce que c’est de travailler chaque jour pour le développement1. »

Réconciliation, parce que l’Algérie occupe une place très importante dans l’ensemble du bassin méditerranéen. L’Algérie, avec ses 1 400 kilomètres de côtes, est la plus longue frontière entre l’Afrique et l’Europe. Il est inutile de préciser que son rôle dans les développements migratoires est essentiel dans cette partie du monde. D’autre part, le Sahara algérien, plus grand désert du monde, occupe des centaines de kilomètres de frontières, avec la Libye, le Niger, le Mali… C’est la plus grande frontière saharienne, où se joue un affrontement considérable face aux groupes djihadistes qui tentent de déstabiliser la région subsaharienne.

Cette double frontière, méditerranéenne et saharienne, donne à l’Algérie un poids considérable dans le règlement des problèmes actuels liés à l’immigration, au terrorisme, ou à l’instabilité qui règne dans certains pays de cette zone. Comment, alors, ne pas regarder

ensemble vers l’avenir pour affronter ces défis du XXIe siècle ? On pourrait aussi ajouter à ces questions essentielles la recherche

commune d’énergies renouvelables ; l’approfondissement de nos relations économiques au moment où la Chine occupe une place de premier ordre sur le marché algérien ; ou la nécessité de parler aux jeunes générations en perte de repères identitaires.

Le passé colonial – et la guerre d’Algérie – constitue désormais en France l’un des points de cristallisation de la réflexion fébrile qui s’est nouée çà et là autour de l’« identité nationale », au sein d’une société française éminemment diverse dans ses origines. Ainsi en atteste la virulence de débats récents autour de la loi du 23 février 2005 sur la « colonisation positive », et des dangers de la « repentance », ou à propos des traumatismes laissés par l’esclavage. Les souvenirs de la colonisation ont laissé des traces fort inégales dans l’histoire coloniale et l’Algérie y occupe une place centrale par la longueur du temps de la présence française (cent trente-deux ans), la forte colonisation de peuplement européen, la découverte du pétrole et du gaz, l’expérimentation des essais nucléaires au Sahara, et la cruauté d’une guerre de plus de sept ans.

On a vu que cette histoire particulière concerne toujours des millions de Français, pieds-noirs et soldats, officiers et harkis, immigrés algériens, binationaux vivant des deux côtés de la Méditerranée. Comme je l’ai montré, des pas ont été accomplis comme le vote à l’Assemblée nationale en 1999 de la reconnaissance d’une « guerre » qui avait eu lieu en Algérie. Ou la reconnaissance, en 2005, des massacres commis à Sétif et à Guelma en 1945. Ou encore le discours prononcé par François Hollande en décembre 2012 sur la « férocité » du système colonial. La déclaration d’Emmanuel Macron sur l’affaire Audin s’inscrit dans

la grande tradition des décisions de reconnaissance historique du passé sombre de la France (comme, dans un autre registre, le discours de Jacques Chirac sur le Vél’ d’Hiv’). Elle marque un seuil sur lequel il sera bien difficile de revenir. Car cette déclaration nous parle d’un système établi à la faveur des « pouvoirs spéciaux », votés en 1956, qui a limité la liberté d’expression, entravé les droits individuels, légitimé des centres de rétention administrative, mis en place des « zones interdites » où l’on pouvait tirer sans sommation sur un civil aperçu.

D’autres gestes à caractère symbolique et politique sont nécessaires aujourd’hui, touchant spécialement les personnalités politiques du nationalisme algérien assassinées. Je pense en particulier à des hommes politiques algériens considérés comme des héros de la lutte nationaliste en Algérie, comme Ali Boumendjel, avocat, ami de René Capitant, compagnon du général de Gaulle, défenestré par l’officier français Paul Aussaresses en mars 1957. Ce meurtre a été avoué par Paul Aussaresses dans ses mémoires. Une reconnaissance officielle de cet assassinat marquerait un pas supplémentaire dans le fait de regarder en face ce passé colonial. Il est, à mon sens, préférable à des discours de « repentance », dont on a pu mesurer les effets illusoires dans le conflit entre le Japon, la Chine, la Corée (effets mentionnés précédemment dans mon rapport).

D’autres gestes pourraient être faits (il y en a tant de possibles à propos de l’Algérie), notamment pour rappeler le refus algérien de la colonisation. Comme le rapatriement des corps des membres de la famille de l’émir Abd el-Kader, enterrés au château d’Amboise, lieu de résidence de l’émir après sa défaite. Et, à cette occasion, il faudrait expliquer ce que fut l’action de l’émir, après sa captivité, en faveur des populations des chrétiens d’Orient réfugiés à Damas, en

1860. Et, pourquoi, aussi, ne pas étudier la restitution du célèbre canon Baba Merzoug, aussi appelé La Consulaire, transféré à Brest par Victor-Guy Duperré, amiral en chef breton de la marine coloniale ? En juillet 1830, dès les premiers jours de la chute d’Alger, ce canon avait été saisi et expédié comme précieux trophée de guerre pour être installé dans l’arsenal militaire de la ville.

On trouvera dans les préconisations qui suivent d’autres façons pratiques d’avancer concrètement que beaucoup attendent, en France et en Algérie. Achevée depuis soixante ans, la guerre d’Algérie pourra ainsi davantage s’éloigner des esprits malheureux. Cette séparation de l’Algérie et de la France, au terme d’un conflit cruel de sept ans, s’est perdue avec une infinie possibilité de sens où se sont mêlées des nostalgies coloniales et des hontes inavouables. Depuis plusieurs années, des efforts ont été accomplis pour remonter en amont, avant la guerre, pour précisément tenter de la comprendre. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment au niveau de l’Éducation nationale, pour regarder tout le passé colonial de la France conduisant à des décolonisations difficiles, cruelles. Les manuels scolaires ont commencé ce travail, mais il faut accentuer cette connaissance d’une histoire coloniale, histoire très française.

Par la multiplication des gestes politiques et symboliques, on pourra de la sorte s’éloigner d’une mémoire devenue enfermement dans un passé, où se rejouent en permanence les conflits d’autrefois. Motif de discorde, la mémoire peut aussi se révéler puissance créatrice face à ceux qui voudraient effacer les pages sombres du passé. Il faut donc trouver la « juste mémoire », comme le dit le philosophe Paul Ricœur, entre les écueils de la répétition des guerres anciennes dans le présent, et celui de l’effacement de faits pouvant ouvrir à un négationnisme généralisé. Le travail

historique et les gestes politiques aident à sortir de ce dilemme entre trop-plein et absence de mémoires. L’objectif n’est donc pas d’écrire une histoire commune, mais de chercher à expliquer ensemble l’événement colonial, et ne pas croire que tout pourra se trancher en un verdict définitif. Ce travail en commun doit maintenir ouverte la porte des controverses citoyennes.

Cette longue route, entre prises de position politiques, témoignages, recherches historiques et controverses s’ouvre encore devant les sociétés, française et algérienne. Pour construire l’avenir, et sortir de la rumination du passé.

Ce mouvement vers la réconciliation ouvre sur la possibilité du passage d’une mémoire communautarisée à une mémoire commune, en France, et entre historiens algériens et historiens français. L’Histoire n’a pas de nationalité, elle est l’œuvre des historiens qui disposent d’outils, de références pouvant être des archives écrites, des témoignages.

Il permet également la sortie de la concurrence victimaire. Entre les différents groupes porteurs de la mémoire algérienne, existe comme une fixation dans une mémoire cloisonnée où chacun se pose en victime supérieure à l’autre dans l’abandon, dans la blessure, dans l’exil, dans la trahison. Il est nécessaire de freiner cette concurrence terrible, au sein même des sociétés, parce qu’elle est stérile. Il est difficile de bâtir sur le ressassement, la rumination. L’essentiel est de comprendre ce qui s’est passé dans cette histoire, de cerner les raisons de cette séparation.

Le métissage (le « vivre-ensemble ») a échoué dans l’Algérie coloniale, mais dans la France d’aujourd’hui sa réussite est un enjeu majeur. Il en est de même en Algérie, où doivent être reconnus la part prise par les Européens dans l’histoire contemporaine, ou le destin particulier des juifs d’Algérie.

Dans mon livre La Gangrène et l’Oubli, publié en 1991, j’avais tenté de montrer comment ce conflit ne se finissait pas, dans les têtes et dans les cœurs, parce que de part et d’autre de la Méditerranée, il n’avait pas été suffisamment nommé, montré, assumé dans et par une mémoire collective. Et en quoi la reconnaissance pratique d’exactions commises pendant la guerre d’Algérie était une condition essentielle pour aller vers une mémoire plus apaisée. On sait que vivre dans le déni d’une tragédie expose toujours à des retours de mémoires dangereuses, cruelles2. Et il s’est tissé autour du divorce franco-algérien, le plus tragique de l’époque de la décolonisation, des refoulements, des volontés d’oubli, causes d’innombrables malentendus qui persistent encore. Il faut donc aller vers plus de vérités.

La prise de position du président de la République Emmanuel Macron à propos de Maurice Audin nous renvoie aussi à la question des disparus de la guerre d’Algérie. Le corps de Maurice Audin n’a jamais été retrouvé. Comme ceux de milliers d’Algériens pendant la « bataille d’Alger », ou d’Européens à Oran à l’été 1962. Comment faire son deuil de cette guerre si l’on n’évoque pas le sort des personnes qui n’ont jamais été enterrées ? Et qui continuent d’errer, comme des fantômes, dans les consciences collectives, française et algérienne ? Sortir de l’effacement, de la disparition permet de s’approcher de la réalité, de la réconciliation possible. Bien sûr, ce travail de vérité a fait pousser des cris à ceux qui disent qu’il s’agit là de « repentance », et qu’il ne faut surtout pas évoquer la face d’ombre du passé français. Mais pour l’immense masse de ceux qui ont vécu le temps de la colonisation, elle encourage ceux qui se battent aujourd’hui pour aller vers la compréhension de leur propre passé.

Plutôt que de parler de « repentance », la France devrait donc reconnaître les discriminations et exactions dont ont été victimes les populations algériennes : mettre en avant des faits précis. Car les excès d’une culture de repentance, ou les visions lénifiantes d’une histoire prisonnière des lobbies mémoriels, ne contribuent pas à apaiser la relation à notre passé.

Tous ces faits expliqués, portés à la connaissance des jeunes générations, ne sont pas des verdicts définitifs à propos de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Ces faits énoncés, déjà établis depuis longtemps par les historiens, maintiennent ouverte la porte des controverses citoyennes pour sortir de la rumination du passé et des blessures mémorielles ; encouragent les acteurs et témoins à parler de leurs souffrances (en particulier les anciens appelés d’Algérie, les pieds-noirs et les harkis). Ce faisant, ce travail de reconnaissance recrée les outils d’un travail de mémoire jamais clos, en soulignant aussi la nécessaire ouverture, des deux côtés de la Méditerranée, des archives de la guerre d’Algérie.

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1. Réconciliations, sous la direction de Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement, Éd. Débats publics, juin 2019.

2. Sur ce point, voir mon dialogue avec Alexis Jenni, Les Mémoires dangereuses, Paris, Albin Michel, 2016.

Des préconisations

– Constitution d’une commission « Mémoire et vérité » chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires. Cette commission pourrait être constituée par différentes personnalités engagées dans le dialogue franco-algérien, comme Mme Fadila Khattabi, qui préside le groupe d’amitié France-Algérie de l’Assemblée nationale, comme M. Karim Amellal, ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée, des intellectuels, médecins, chercheurs, chefs d’entreprise, animateurs d’associations (comme Coup de soleil). Un secrétariat général sera chargé d’assurer la mise en œuvre et le suivi des décisions prises par cette commission.

Cette commission pourrait notamment proposer :

– La poursuite de commémorations, comme celle des accords d’Évian le 19 mars 1962, demandée par plusieurs associations d’anciens combattants, premier pas vers la fin de la guerre d’Algérie. D’autres initiatives de commémorations importantes pourraient être organisées autour de la participation des Européens d’Algérie à la Seconde Guerre mondiale ; du 25 septembre, journée d’hommage aux harkis et autres membres de formations supplétives dans la guerre d’Algérie ; de la date du 17 octobre 1961, symbole de la répression des travailleurs algériens en France. À tous ces moments

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de commémoration pourraient être invités les représentants des groupes de mémoires concernés par cette histoire.

– Cette commission pourrait recueillir la parole des témoins frappés douloureusement par cette guerre, pour établir plus de vérités, et parvenir à la réconciliation des mémoires.

– Un geste pourrait être l’inclusion dans le décret 2003-925 du 26 septembre 2003 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie d’un paragraphe dédié au souvenir et à l’œuvre des femmes et des hommes qui ont vécu dans des territoires autrefois français et qui ont cru devoir les quitter à la suite de leur accession à la souveraineté.

– La construction d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’émir Abd el-Kader, au moment du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022. La restitution à l’Algérie de l’épée de l’émir.

– À la suite de la déclaration concernant Maurice Audin, la reconnaissance par la France de l’assassinat d’Ali Boumendjel, avocat, ami de René Capitant, dirigeant politique du nationalisme algérien assassiné pendant la « bataille d’Alger » de 1957.

– À la suite de la déclaration d’amitié signée lors de la visite du président de la République à Alger en 2012, un groupe de travail a été créé pour permettre la localisation des sépultures des disparus algériens et français de la guerre d’indépendance. Ce groupe pourrait poursuivre son travail pour la publication d’un « Guide des disparus » de la guerre d’Algérie, disparus algériens et européens.

– Identifier les emplacements où furent inhumés les condamnés à mort exécutés pendant la guerre. À la fin des années 1960, dans un mouvement symétrique à celui qu’effectuait alors l’État français, l’État algérien a demandé à récupérer les corps des Algériens morts

en France pendant la guerre. Or, les démarches entreprises sont inabouties. On pourrait se centrer sur la situation des condamnés à mort exécutés qui doit être distinguée dans la mesure où il s’agit de décisions de justice et d’exécutions officielles, ce qui devrait permettre une identification plus aisée.

– La poursuite du travail conjoint concernant les lieux des essais nucléaires en Algérie et leurs conséquences ainsi que la pose des mines aux frontières.

– La poursuite de l’activité du comité mixte d’experts scientifiques algériens et français chargés d’étudier les restes humains de combattants algériens du XIXe siècle conservés au Muséum national d’histoire naturelle.

– Voir avec les autorités algériennes la possibilité de faciliter le déplacement des harkis et de leurs enfants entre la France et l’Algérie.

– La mise en place d’une commission mixte d’historiens français et algériens pour faire la lumière sur les enlèvements et assassinats d’Européens à Oran en juillet 1962, pour entendre la parole des témoins de cette tragédie.

– Faire des quatre camps d’internement situés sur le territoire français des lieux de mémoire. À partir de 1957, des milliers d’Algériens ont été internés administrativement en France. Quatre camps les accueillirent : le camp du Larzac (Aveyron), celui de Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard), celui de Thol (Ain) et celui de Vadenay (Marne). Le camp du Larzac fut le plus important. Celui de Saint-Maurice-l’Ardoise a la particularité d’avoir vu s’y succéder, pendant la guerre, des suspects algériens, puis des membres de l’OAS, et enfin des harkis rapatriés et leurs familles. Des plaques, apposées à proximité de chacun de ces camps, pourraient rappeler leur histoire.

– Encourager la préservation des cimetières européens en Algérie (travaux, entretien, réhabilitation des tombes), ainsi que des cimetières juifs (par exemple ceux de Constantine et de Tlemcen). Financer l’entretien des tombes des soldats algériens musulmans « morts pour la France » entre 1954 et 1962 et enterrés en Algérie. Ces tombes ne reçoivent aucun soin spécifique de la part de l’État français puisqu’elles n’ont pas été regroupées au cimetière du Petit- Lac avec celles des autres militaires français. Avec l’accord des familles, un recensement de ces tombes et une aide pour leur entretien pourraient être proposés.

– L’activation du groupe de travail conjoint sur les archives, constitué en 2013 à la suite de la visite du président de la République en 2012. Le groupe s’est réuni à six reprises, jusqu’au 31 mars 2016. Ce groupe de travail sur les archives devra faire le point sur l’inventaire des archives emportées par la France, et celles laissées en Algérie. Sur la base de ce travail d’inventaire, certaines archives (originaux) seraient récupérées par l’Algérie. Celles laissées en Algérie pourront être consultées par les chercheurs français et algériens. Le « comité de pilotage » pourrait proposer la constitution d’un premier fonds d’archives commun aux deux pays, librement accessible. Il pourrait également demander l’application stricte de la loi sur le patrimoine de 2008 en France. Concrètement, il s’agit de revenir dans les plus brefs délais à la pratique consistant en une déclassification des documents « secrets » déjà archivés antérieurs à 1970 – étant entendu qu’il revient à l’administration de procéder à la déclassification des documents postérieurs à cette date avant leur versement.

– La coopération universitaire pourrait, avant le règlement de la domiciliation des archives, trouver un moyen pour chacune des parties de montrer la volonté de transparence sur leur passé

commun. La France proposerait ainsi de donner chaque année à dix chercheurs inscrits en thèse sur l’histoire de l’Algérie coloniale et la guerre d’indépendance dans un établissement universitaire algérien la possibilité d’effectuer des recherches dans les fonds d’archives en France.

– Le visa de chercheur à entrées multiples serait d’une durée de six mois, pouvant être prolongée de trois mois, ce qui correspond à une année universitaire. Le chercheur pourrait ainsi effectuer des allers-retours en fonction des besoins de sa recherche. Ce visa pourrait être renouvelable.

– Afin que ces recherches puissent être menées dans de bonnes conditions matérielles, un accord serait passé avec le Conseil national des œuvres universitaires pour mettre à disposition une chambre au sein d’une cité universitaire proche des lieux d’archive dans des modalités pratiques à approfondir. Enfin, ces étudiants pourraient bénéficier pendant leur séjour en France de la même bourse d’études que les étudiants français inscrits en thèse, ramenée au prorata de la durée de séjour.

– En parallèle, des étudiants français, dans un nombre qui reste à discuter avec les autorités algériennes, devraient pouvoir bénéficier d’un visa à entrées multiples et d’un accès facilité aux archives algériennes concernant la même période.

– Favoriser la diffusion des travaux des historiens par la création d’une collection « franco-algérienne » dans une grande maison d’édition. Cela afin de poser des bases communes aux mémoires particulières, de définir un cadre acceptable par tous des deux côtés de la Méditerranée.

– La création d’un fonds permettant la traduction du français vers l’arabe, et de l’arabe vers le français, d’œuvres littéraires, et à

caractère historique. Ce fonds pourra également prendre en charge les écrits de langue berbère.

– Accorder dans les programmes scolaires plus de place à l’histoire de la France en Algérie. À côté d’une avancée récente – ne plus traiter de la guerre sans parler de la colonisation –, il convient de généraliser cet enseignement à l’ensemble des élèves (y compris dans les lycées professionnels).

– Aller vers la mise en place d’un office franco-algérien de la jeunesse, chargé principalement d’impulser les œuvres de jeunes créateurs (œuvres d’animation, courts-métrages de fiction, création de plate-forme numérique pour le son et l’image).

– La réactivation du projet de musée de l’Histoire de la France et de l’Algérie, prévu à Montpellier et abandonné en 2014.

– À l’instar de la mesure instaurée par le Président de la République visant à donner à des rues de communes françaises des noms de personnes issues de l’immigration et de l’outre-mer, inscription de noms de Français d’origine européenne particulièrement méritants, en particulier médecins, artistes, enseignants, issus de territoires antérieurement placés sous la souveraineté de la France.

– L’organisation, en 2021, d’un colloque international dédié au refus de la guerre d’Algérie par certaines grandes personnalités comme François Mauriac, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, André Mandouze, Paul Ricœur.

– L’organisation en 2021, au musée national de l’Histoire de l’immigration, d’une exposition ou d’un colloque sur les indépendances africaines.

– L’entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, grande figure féminine d’opposition à la guerre d’Algérie.

– La création d’une commission franco-algérienne d’historiens chargée d’établir l’historique du canon Baba Merzoug – ou « La Consulaire » – et de formuler des propositions partagées quant à son avenir, respectueuses de la charge mémorielle qu’il porte des deux côtés de la Méditerranée ».

Remerciements

Je voudrais remercier tout particulièrement les personnes avec qui je me suis entretenu (quelquefois longuement) pour la rédaction de ce rapport.

Kader Abderrahim, politologue, journaliste.
Karim Amellal, ambassadeur, délégué interministériel sur la Méditerranée.
Linda Amiri, historienne.
Rachid Arhab, journaliste.
Pierre Audin, comité Josette-et-Maurice-Audin.
Agnès Aziza, pour l’Association des amis du cimetière Saint-Eugène d’Alger.
Françoise Banat-Berger, cheffe du service interministériel des Archives de France.
Georges-Marc Benamou, journaliste, producteur.
Amine Benyamina, psychiatre, président de la Fédération française d’addictologie.
Michel Berthelemy, ancien appelé.
Emmanuel Bonne, diplomate.
Patrick Bouveret, ICAN et Observatoire des armées.
Nadjia Bouzeghrane, journaliste.
Naoufel Brahimi El Mili, journaliste au Soir d’Algérie.
Raphaëlle Branche, historienne.
Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives nationales algériennes.

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Jean-Marie Collin, ICAN et Observatoire des armées.
Jacques Cros, ancien adhérent de la FNACA.
Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants.
Bruno Dary, général d’armée, président du Comité national d’entente. Cent trente-sixième gouverneur de Paris de 2007 à 2012, actuellement président du comité de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, association ayant la charge de raviver la flamme de la tombe du soldat inconnu.

Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie.
Serge Drouot, FNACA, membre de la commission Guerre d’Algérie-Jeunesse-Enseignement (GAGE).
Patrick Durel, diplomate.
Delphine Falchier, responsable cellule Maghreb-Moyen-Orient à l’Agence française de développement (AFD).
Christophe Farnaud, directeur Afrique du Nord, Moyen-Orient, Quai d’Orsay.
Malika Fecih, adhérente de l’Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).
François Gérard, membre fondateur d’une association de fils de harkis.
François Gouyette, ambassadeur de France en Algérie.
Frédéric Grasset, diplomate, ancien directeur Afrique du Nord au Quai d’Orsay, ambassadeur de France au Maroc (2001-2004). Jean Grosset, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Laëtitia Habchi, responsable projets, AFD.
Abdelkader Haroun, commissionnaire divisionnaire de police à Roubaix.

Fatiha Hassanine, comité Josette-et-Maurice-Audin. Stanislas Hutin, ancien appelé.
Nacer Kettane, président de Beur FM et Beur TV. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères. Nicolas Le Scanff, dessinateur BD.

Salah Lebdioui, ambassadeur d’Algérie en France.
François Lecointre, général d’armée, chef d’État-Major des armées. Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
Gilles Manceron, historien.
Abdelmadjid Merdaci, historien.
Djanina Messali-Benkelfat, fille de Messali Hadj.
Samia Messaoudi, journaliste.
René Moreau, ancien appelé.
Georges Morin, fondateur de Coup de soleil.
Paul Morin, historien.
Jean Mouttapa, éditeur, Albin Michel.
Jacques Nakache, membre fondateur de l’Association des juifs originaires du Constantinois (AJOC).
Didier Nebot, membre fondateur de Morial.
Tony Orengo, ancien appelé.
Guy Pervillé, historien.
Frédérique Pons, attachée de presse, Albin Michel.
Jacques Pradel, membre fondateur de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA).
Tramor Quemeneur, historien.
François-Xavier Ricard, ancien appelé, président de la 4ACG. Rémy Rioux, directeur général de l’AFD.

Jean-Louis Roy, fils de Jules Roy.

Kamel Sadji, fils de harkis, association Mémoire du camp du Logis d’Anne.

Fatiha Saou, comité Josette-et-Maurice-Audin. Sadek Sellam, historien.
Richard Senghor, ministère de l’Éducation nationale. Dominique Sopo, SOS Racisme.

Pierre-François Souyri, historien de l’Asie.
Sylvie Thénault, historienne.
Jean-Félix Vallat, Maison des agriculteurs rapatriés (MAFA). Jean-Louis Wander, sociologue.
Naïma Yahi, historienne.
Youssef Zerarka, journaliste.
Henri Zuber, conservateur général du patrimoine.

Annexes

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Annexe 1
Les discours présidentiels

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l’occasion de l’inauguration du Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie

Paris, le jeudi 5 décembre 2002.

Quand le bruit des armes s’est tu depuis longtemps, quand les plaies se sont lentement refermées, non sans laisser de profondes cicatrices, alors, vient le temps de la mémoire et de la reconnaissance.

Aujourd’hui, au nom de tous les Français, je veux rendre l’hommage de la nation aux soldats morts pour la France en Afrique du Nord, il y a presque un demi-siècle. Ils furent plus de 22 000. Je veux saluer, avec ferveur et gratitude, leur dévouement, leur courage, leur jeunesse sacrifiée. Je veux dire à leurs familles meurtries que nous ne les oublierons jamais. C’est le message que porte ce Mémorial national de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie.

Comme la loi du 18 octobre 1999, votée à l’unanimité, ce monument était attendu par beaucoup de nos compatriotes. Il signifie que les soldats d’Afrique du Nord occupent enfin, comme leurs aînés de 1914 et de 1940, la place qui leur revient dans la mémoire de notre patrie.

Soldats de métier, combattants volontaires, Français musulmans engagés dans les forces supplétives, appelés et rappelés du contingent : tous ont connu les mêmes épreuves. Tous ont lutté pour le même idéal au service de la République et au service de la France.

Près d’un million et demi d’appelés et de rappelés ont participé à la guerre d’Algérie. Ils formaient l’essentiel des effectifs. Ces hommes, jeunes, grandis à l’ombre de la Deuxième Guerre mondiale dont ils avaient enduré les souffrances et les privations, ont, à l’orée de leur vie adulte, connu l’épreuve d’une autre guerre.

Leur existence en a été marquée pour toujours.

Il y a eu la découverte de paysages grandioses et rudes. Les couleurs et les rythmes de terres familières et lointaines. Il y a eu la mission impérieuse de protéger des populations qui faisaient confiance à la France. L’isolement des unités dans le Djebel. L’alternance de l’attente et des combats soudains contre un ennemi imprévisible, insaisissable. Il y a eu l’expérience de la souffrance, de la mort, de la haine. De retour en France, beaucoup, qui avaient servi avec honneur, ont porté seuls le poids de cette guerre dont on ne parlait pas, et qui a laissé de profonds stigmates dans notre mémoire nationale.

Les Harkis, les membres des forces supplétives, qui ont tant donné à notre pays, ont également payé un très lourd tribut. À eux, à leur honneur de soldats, à leurs enfants qui doivent trouver toute leur place dans notre pays, la France adresse aujourd’hui un message tout particulier d’estime, de gratitude et d’amitié.

C’est autour de ces soldats de toutes armées et de toutes armes que nous nous recueillons, loin des polémiques et des passions. Tous sont unis dans notre souvenir. Tous ont leur place dans le cortège glorieux des fils de France qui se sont illustrés sur tous les continents et ont servi notre pays aux heures les plus tragiques de son histoire.

Tous les soldats tombés en Afrique du Nord, tous ceux que nous avons pu identifier, ont leur nom sur ce monument du souvenir placé au centre de Paris. Aucun ne doit être oublié. Et je remercie les associations d’anciens combattants qui, avec le ministère de la Défense, ont accompli les longues et patientes recherches nécessaires à cette œuvre de mémoire.

La liste qu’ils ont établie n’est pas close. Elle suscitera peut-être des témoignages qui permettront de la compléter et de rendre ainsi justice à des héroïsmes méconnus.

À côté de ces noms de valeureux, que nous arrachons à l’oubli pour les rendre à l’histoire, nos pensées vont aussi aux victimes civiles, à ces femmes et à ces hommes qui ont tant contribué à l’œuvre de la France outre-mer, ainsi qu’à tous les soldats inconnus de cette guerre, et notamment aux membres des forces supplétives tués après le cessez-le-feu en Algérie et dont beaucoup n’ont pas été identifiés. Tous ont droit à notre fidélité et à notre reconnaissance.

Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, après ces déchirements terribles au terme desquels les pays d’Afrique du Nord se sont séparés de la France, notre République doit assumer pleinement son devoir de mémoire.

Au-delà des ombres et des lumières. Au-delà de la mort et des souffrances, elle doit garder vivante la mémoire des deux millions de soldats qui ont combattu, de tous ceux qui ont été tués ou blessés. Fidèle à ses principes et à son histoire, elle associe dans un même hommage ses enfants de toutes origines morts pour la France.

Honneur à leur courage et à leur sacrifice !
Honneur aux soldats d’Algérie, du Maroc et de Tunisie ! Vive la République !
Et vive la France !

Discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Constantine devant des étudiants algériens,
mercredi 5 décembre 2007

Monsieur le Président de la République, cher Abdelaziz, qu’il me soit permis en commençant de vous dire mon amitié, mon respect et mon admiration,

Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs,

C’est une immense joie pour moi de pouvoir m’adresser à vous aujourd’hui, et à travers vous à la jeunesse et au peuple algériens. Si j’ai souhaité le faire ici, à Constantine, ce n’est pas seulement parce que cette ville est, comme tant d’autres villes de la Méditerranée, l’héritière d’une histoire plusieurs fois millénaire qui a mêlé depuis la plus haute Antiquité les destins de tant de peuples.

Si j’ai souhaité venir dans cette ville qui porte encore le nom du premier empereur romain converti au christianisme, ce n’est pas seulement parce que Constantine est depuis si longtemps le symbole de l’identité arabo-musulmane de l’Algérie.

Tout homme qui vient à elle ne peut s’empêcher, quelles que soient ses croyances, d’éprouver à son contact ce sentiment religieux d’être dans un de ces lieux sacrés où le Ciel paraît si proche et la foi si naturelle. Combien de visiteurs ont ressenti ce qu’avait ressenti ce voyageur des siècles passés qui, voyant apparaître Constantine au-dessus des brumes matinales, croyait « voir quelque cité fantastique éclose tout à coup des ombres de la nuit et portée dans le ciel par deux oiseaux blancs » ? Cette ville est une ville de foi. Combien d’hommes qui n’avaient pas la même religion, qui n’avaient pas la même culture, qui n’avaient pas la même origine, se sont pourtant sentis saisis par la même émotion, celle que j’ai éprouvée tout à l’heure en arrivant devant Constantine que tant de travail, que tant de peine, que tant de volonté farouche ont suspendue au-dessus des ravins comme pour témoigner qu’il n’est rien de plus fort que la volonté humaine lorsqu’elle est soutenue par une foi vivante ? Ainsi est votre ville de Constantine. J’ai donc souhaité parler dans ce lieu, ce lieu qui appartient à tous les hommes parce que ce lieu incarne pour tous les hommes l’esprit de résistance, l’esprit de conquête, l’esprit de dépassement de soi. J’ai souhaité parler dans ce lieu où l’identité et la civilisation musulmanes parlent à tous les hommes. Et j’ai souhaité parler à la jeunesse algérienne parce que la jeunesse d’Algérie tient dans ses mains une partie du destin d’une grande civilisation qui a tant apporté à l’Humanité de sagesse, d’art, de culture et de science, et dans laquelle tant d’hommes dans le monde espèrent encore. Jeunes d’Algérie, je suis venu vous dire que vous pouvez être fiers de votre pays parce que l’Algérie est un grand pays. Jeunes d’Algérie, je suis venu vous dire que vous pouvez être fiers d’être des jeunes musulmans parce que la civilisation musulmane est une grande civilisation.

Jeunes d’Algérie, je suis venu vous dire que le peuple français vous aime et que le peuple français vous respecte. Je sais, cher Abdelaziz, les souffrances du passé, je sais les blessures profondes que les tragédies de l’Histoire ont laissées dans l’âme du peuple algérien. Et dans cette ville de Constantine, je n’ignore nullement que les universités portent les noms de grands résistants qui furent des héros de la cause algérienne.

Dans cette ville, que je n’ai pas choisie par hasard, les pierres se souviennent encore de ce jour de 1837 où un peuple libre et fier, exténué après avoir résisté jusqu’à l’extrême limite de ses forces, fut contraint de renoncer à sa liberté. Les pierres de Constantine se souviennent encore de cette journée terrible du 20 août 1955 où chacun fit couler ici le sang, pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime. Ce n’est pas parce que 1955 est l’année de ma naissance que je dois ignorer cette bataille et cette date. Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là, submergea Constantine et toute sa région et tua tant d’innocents étaient le produit de l’injustice que depuis plus de cent ans le système colonial avait infligée au peuple algérien.

L’injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation.

De part et d’autre – et c’est mon devoir de président de la République de le dire –, de part et d’autre, il y a eu des douleurs, il y a eu des souffrances, il y a eu des peines. Ces douleurs, ces souffrances et ces peines, nul en Algérie ni en France ne les a oubliées. Je n’oublie ni ceux qui sont tombés les armes à la main pour que le peuple algérien soit de nouveau un peuple libre, je n’oublie ni les victimes innocentes d’une répression aveugle et brutale, ni ceux qui ont été tués dans les attentats et qui n’avaient jamais fait de mal à personne, ni ceux qui ont dû tout abandonner : le fruit d’une vie de travail, la terre qu’ils aimaient, la tombe de leurs parents, les lieux familiers de leur enfance. Mais, jeunes d’Algérie, c’est en regardant ensemble, Algériens et Français, vers l’avenir, que nous serons fidèles aux souvenirs de nos morts, qu’ils soient Algériens ou Français. C’est en tendant l’un vers l’autre une main fraternelle que nos deux peuples comprendront que tant de fautes, que tant de crimes, que tant de malheurs n’auront pas été vains puisqu’ils nous auront appris à détester la guerre et à rejeter la haine. Je ne suis pas venu nier le passé. Je suis venu vous dire que le futur est plus important. Ce qui compte c’est ce que nous allons accomplir, et ce que nous allons accomplir ensemble ne dépend que de nous. Ce qui compte c’est que l’Algérie est aujourd’hui un pays libre, un pays moderne. Ce qui compte c’est que l’Algérie et la France ont en commun des valeurs, une culture, des intérêts. Ce qui compte c’est que la géographie, la mer, la culture, l’héritage des siècles lient à jamais les destinées de l’Algérie et de la France. Ce qui compte c’est que dans tant de cœurs français l’attachement à l’Algérie soit si fort, ce qui compte c’est que tant d’Algériens ne peuvent s’empêcher au fond d’eux- mêmes de considérer la France comme une forme de deuxième patrie. Ce qui compte c’est que l’Algérie et la France aient la langue française en partage et que tant d’écrivains, tant de savants expriment en français ce qu’il y a de plus grand et de plus beau dans l’art, dans la sagesse et dans la pensée algérienne. Et je souhaite que davantage de Français prennent en

partage la langue arabe par laquelle s’expriment tant de valeurs de civilisation et de valeurs spirituelles. En 2008 j’organiserai en France les Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes, parce que c’est en apprenant chacun la langue et la culture de l’autre que nos enfants apprendront à se connaître et à se comprendre. Parce que la pluralité des langues et des cultures est une richesse qu’il nous faut à tout prix préserver.

Mes chers amis, je vous le dis du fond du cœur, ce qui compte ce n’est pas ce qui a été pris hier, c’est ce qui sera donné demain ; ce n’est pas le mal qui a été fait, c’est le bien qui sera rendu ; ce n’est pas ce qui a été détruit, c’est ce qui sera construit. C’est le message, au nom de la République française, que je voulais dire au peuple d’Algérie et à la jeunesse d’Algérie. Les fautes et les crimes du passé furent impardonnables. Mais c’est sur notre capacité à conjurer l’intolérance, le fanatisme et le racisme qui préparent les crimes et les guerres de demain que nos enfants nous jugeront. Je le dis dans cette ville qu’on appelait jadis « la Jérusalem du Maghreb » parce que sa communauté juive y était la plus importante d’Afrique du Nord, dans cette ville qui se souvient encore que pendant des siècles juifs et musulmans y vécurent en paix les uns avec les autres : l’antisémitisme n’est pas qu’un crime contre les juifs, c’est un crime contre tous les hommes et un crime contre toutes les religions. Aucune cause aussi juste soit-elle ne peut justifier, à mes yeux, ce crime.

Je le dis dans Constantine si croyante et dont la tolérance fut pendant tant de siècles la marque du génie : il ne s’agit pas seulement de condamner le racisme, encore moins de répondre au racisme par le racisme, il s’agit de le combattre. Je combattrai le racisme qu’il soit anti-arabe, anti-juif, anti-noir, anti-blanc, il n’est pas possible de transiger avec le racisme. Et la France ne transigera jamais avec le racisme. La France sera toujours au côté de ceux qui ne transigent pas. La France ne transigera pas avec l’islamophobie. La France ne transigera pas avec l’antisémitisme. La France ne transigera pas avec le fanatisme. La France ne transigera pas avec l’intégrisme. Elle ne transigera avec aucune forme d’extrémisme, avec aucune forme de terrorisme. L’Algérie – je suis venu vous le dire – trouvera toujours la France à ses côtés lorsqu’il s’agira de combattre le terrorisme, l’extrémisme, l’intégrisme, l’islamophobie. Mais si nous voulons ensemble vaincre un jour l’islamophobie, l’antisémitisme, le racisme, le fanatisme, si nous voulons décourager le terrorisme, il ne faut pas que nous transigions non plus avec la justice. Et je sais que le mot justice ici, en Algérie, cela compte. Car c’est du sentiment de l’injustice que les terroristes tirent leur plus grande force. Priver les Palestiniens d’un État-nation est une injustice que la France n’acceptera pas. Ne pas reconnaître à Israël le droit de vivre en sécurité est une injustice. Empêcher les croyants de pratiquer leur religion, refuser la liberté de conscience et la liberté de culte, c’est une injustice. On ne combat pas le fanatisme, on ne combat pas l’intégrisme en combattant la religion. On combat l’intégrisme et le fanatisme en favorisant une idée ouverte et tolérante de la religion. Je ne crois pas que les grandes religions soient une menace pour la paix. Je ne crois pas que les grandes religions constituent un obstacle au progrès, je ne crois pas que les grandes religions soient un facteur d’obscurantisme. Je crois tout le contraire. Je crois que le sentiment religieux est un sentiment très noble. Et quand je regarde vos mosquées et quand je regarde nos cathédrales, je vois ce que la foi peut accomplir de grand et de plus beau.

Et je me dis que ce que nous pouvons accomplir ensemble, musulmans, chrétiens, juifs, doit pouvoir être plus beau et plus grand encore. Je pense à la coupole de la basilique Notre- Dame-d’Afrique à Alger, sur laquelle il est écrit : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous chrétiens et pour les musulmans. » Je pense au testament si émouvant du père Christian, supérieur du monastère de Tibhirine, s’adressant, visionnaire, à son assassin : « Et toi aussi, l’ami de la dernière minute qui n’auras pas su ce que tu faisais […] qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux au Paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous les deux. » Et le père Christian termine en disant : « Amen ! Inch Allah ! » Ce jour-là, le père Christian a fait honneur à l’Algérie, à la France et à la foi universelle dans le monde des croyants. Je pense à l’émir Abd el-Kader, sans doute la plus belle et la plus noble figure de l’histoire algérienne, je pense à sa foi, une foi si rayonnante, je pense à son islam si authentique, si ouvert, si humaniste. Je pense à ce héros qui s’était battu jusqu’au bout de ses forces pour l’indépendance de l’Algérie et qui en 1860 à Damas sauva tant de vies chrétiennes du massacre, non pas parce qu’elles étaient chrétiennes mais parce que c’étaient des vies et qu’il considérait que sa foi de musulman lui faisait un devoir de sauver des vies. C’est cela le message de l’islam que vous devez porter en Algérie et ailleurs. Oui, moi, le président de la République française, je pense à la sagesse de cet homme de culture et de foi qui entretenait une correspondance suivie avec l’évêque d’Alger, qui s’intéressait à la franc-maçonnerie et qui voulut être enterré à côté du tombeau d’Ibn Arabî, ce grand sage de l’islam dont il se considérait comme le disciple et qui a dit : « Je professe la religion de l’Amour, l’Amour est ma religion et ma foi. » Les terroristes salissent un islam qu’ils ne connaissent pas.

C’est à cette Algérie de la tolérance, c’est à cette Algérie de l’amour qui est son plus beau visage que je veux m’adresser. Si chacun d’entre nous, chrétiens, musulmans, juifs, nous allons au fond de nous-mêmes, au fond de nos traditions, au fond de nos croyances, au fond des cultures dont nous sommes les héritiers, alors nous découvrirons au-delà de tout ce qui nous sépare, de tout ce qui nous oppose, que ce que nous avons accompli de plus beau et de plus grand procède, au fond, des mêmes valeurs, de la même raison et du même idéal. En m’adressant aujourd’hui à la jeunesse algérienne, je m’adresse à la jeunesse d’un pays qui s’est toujours reconnu dans un islam humaniste et ouvert, un islam des Lumières. En m’adressant à la jeunesse algérienne, je veux parler à ces centaines de millions de musulmans dans le monde qui se reconnaissent comme les héritiers d’un islam qui a toujours su faire dialoguer la foi et la raison. Je veux parler d’ici, à Constantine, à ces centaines de millions de musulmans dans le monde qui ne sont pas seulement les enfants d’Ibn Arabî, mais aussi les enfants de Platon, d’Aristote et de saint Augustin, et qui ne se reconnaissent pas dans le fanatisme et dans l’intégrisme. Je ne veux pas d’un amalgame entre l’islam et les terroristes. Je ne veux pas d’un amalgame entre les musulmans et les fanatiques. Il fallait que cela soit dit ici, à Constantine. Au nom de la France laïque et républicaine, je veux dire à des centaines de millions de musulmans dans le monde que leur foi, que les valeurs de la civilisation dont ils sont les dépositaires peuvent être une chance pour le monde. Je veux leur dire qu’ils doivent se battre pour l’idée qu’ils se font de leur foi et pour leurs valeurs. Je veux leur dire que la France les aime, que la France les respecte et que dans ce combat elle sera à leur côté parce que ce combat d’un islam ouvert, d’un islam des Lumières, est un combat pour tous les hommes, un combat pour toute l’humanité. Je ne suis pas venu vanter une fois de plus les mérites d’un dialogue hypothétique des civilisations, des cultures ou des religions. Parce qu’il ne s’agit plus simplement de dialoguer, il s’agit d’agir et de construire maintenant, tout de suite, ensemble. À voir la situation politique, économique et sociale dans certaines parties du monde méditerranéen, à voir les conflits qui les déchirent à plusieurs endroits, à voir les inégalités souvent si grandes et la misère si criante, à constater, comme l’actualité nous en donne chaque jour l’occasion, le retour de la violence primitive à travers toutes les formes du fanatisme religieux et du terrorisme, je veux me demander devant vous si depuis quelques décennies nous n’avons pas trop parlé et pas assez agi. On peut se demander si le moment n’est pas enfin venu d’aller solliciter au fond de nous-mêmes ce qui fait l’unité intellectuelle, morale, religieuse du monde méditerranéen que durant des siècles tant de croisades, de guerres prétendument saintes, d’entreprises coloniales ont fait éclater. Tournons la page ! C’est le temps maintenant. Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, où des forces matérielles et humaines d’une extraordinaire puissance sont à l’œuvre, il nous faut nous convaincre les uns et les autres qu’il est devenu vital de donner plus de force à ce qui nous unit et d’arrêter de parler de ce qui nous oppose.

Nous devons réapprendre à vivre avec un mot que je veux vous proposer en partage, nous devons apprendre à vivre notre diversité au nom de ce que nous avons en commun. Le mot diversité ne me fait pas peur. Il est beau. La Méditerranée ne se place à l’avant-garde de la civilisation mondiale que lorsqu’elle sait brasser les hommes et les idées. La civilisation méditerranéenne n’a jamais été grande que par l’échange, que par le mélange et j’ose le mot, elle n’a jamais été si grande, la civilisation méditerranéenne, que par le métissage. La civilisation méditerranéenne ne résistera pas autrement demain à l’aplatissement programmé du monde. La civilisation méditerranéenne ne conjurera pas autrement le risque d’un choc des civilisations et d’une nouvelle guerre des religions. Elle n’empêchera pas autrement la grande catastrophe écologique qui nous menace. La diversité, j’ai voulu qu’elle soit reconnue en France en organisant l’islam de France. Je salue la présence de Dalil. Mais la diversité, nous devons la reconnaître partout comme une valeur de civilisation, comme un principe politique fondamental aussi important que la démocratie. C’est au nom de la diversité que le Liban doit vivre libre, indépendant, débarrassé des influences extérieures. C’est au nom de la diversité que l’intégrisme et l’intolérance doivent être combattus sans merci. Le peuple d’Algérie, vous avez été bien courageux dans les années 1990, et bien seuls. Ceux qui vous jugeaient alors voient dans le tribunal de l’histoire qu’ils ont eu tort, parce que si vous n’aviez pas combattu dans les années 1990, eh bien nous n’en serions pas là et je ne pourrais pas aujourd’hui, à Constantine, dire ce que j’ai envie de dire. La diversité, l’échange, le métissage, l’ouverture à l’autre, tels sont les principes qui doivent fonder l’Union de la Méditerranée. Tels sont les principes sur lesquels les pays riverains de la Méditerranée doivent s’entendre pour construire un avenir commun qui ne soit pas seulement celui que le destin et les événements choisiront de nous imposer. Alors, les sceptiques, Abdelaziz, et Dieu sait s’il y en a, doutent qu’une telle entreprise puisse réussir. Les sceptiques croient que les différences sont trop grandes, les fractures trop profondes. Tous ceux qui m’expliquaient : « C’est dur d’aller en Algérie. » Ah bon, pourquoi ? Ce n’est jamais que deux heures et demie d’avion ! Mais moi, je pose la question : ce que firent jadis les grands savants musulmans qui transmirent à l’Occident l’héritage de la Grèce qu’ils avaient sauvé de la destruction, eux l’ont réussi et nous, nous ne le pourrions pas ? Pourquoi le grand miracle andalou, pourquoi le miracle de Cordoue et celui de Grenade, ne pourraient-ils plus se reproduire ? Ils étaient donc plus intelligents, plus courageux que nous ? Pourquoi la diversité qui fut si longtemps le lot de Constantine, d’Alexandrie ou de Beyrouth, pourquoi cette diversité serait-elle devenue impossible ? Serions-nous si peu à l’image de ceux qui nous ont précédés ? Ils étaient ouverts, nous serions devenus sectaires. Alors qu’il n’a jamais été aussi facile de se déplacer et de communiquer, ce qu’ils ont fait avant-hier, nous ne serions pas capables de le faire pour demain ? Pourquoi les grandes religions monothéistes, dont j’affirme qu’elles sont des religions d’amour et non de haine, pourquoi donc seraient-elles incapables de vivre en paix les unes avec les autres ? Je n’ai pas l’intention que nous nous laissions imposer le

calendrier et le bréviaire de tous les fanatiques du monde. Pourquoi la sagesse d’Abd el- Kader serait-elle hors de portée des croyants d’aujourd’hui ? Pourquoi les croyants d’aujourd’hui se laisseraient-ils manipuler ? Pourquoi le testament du père Christian sur cette terre d’Algérie n’amènerait-il pas les hommes de bonne volonté à préférer le pardon à la vengeance ? Pourquoi la paix et la fraternité seraient-elles plus difficiles entre nous, les peuples de la Méditerranée, qu’elles ne l’ont été dans l’après-guerre entre les peuples européens ? Croyez-vous que nous nous soyons moins battus en Europe qu’en Méditerranée ? Nous nous sommes tant combattus en Europe, pendant des siècles, et nous nous sommes combattus en Europe jusqu’à l’extrême limite de l’horreur. Et pourtant, nous nous sommes pardonné. L’Union de la Méditerranée, je ne l’ignore nullement, c’est un pari et c’est un défi. Un pari dicté par l’idéal autant que par la raison. Un pari qui n’est ni plus ni moins raisonnable que celui de l’Europe il y a soixante ans. Je fais le pari de la compréhension, du respect, de la solidarité et de l’amour. Je préfère ce pari-là à celui de la vengeance, des malentendus, de la haine, de la barbarie. Ce pari, la France est venue le proposer à l’Algérie. Ce pari, la France veut le gagner avec l’Algérie. Comme la France offrit jadis à l’Allemagne de construire l’Union de l’Europe sur l’amitié franco-allemande, la France est venue aujourd’hui proposer à l’Algérie de bâtir l’Union de la Méditerranée sur l’amitié franco-algérienne.

C’est parce qu’il y avait tant de douleurs à surmonter que ce que firent le chancelier Adenauer et le général de Gaulle eut une telle importance pour l’Europe. C’est parce qu’il y a tant de douleurs à surmonter que ce que vont faire ensemble l’Algérie et la France a tant d’importance pour ce qui va advenir de la Méditerranée. Vous savez, j’ai été élevé par mon grand-père. Il détestait les Allemands. Chez moi, on n’appelait pas les Allemands de ce nom- là. J’ai été élevé comme cela. Quand de Gaulle a dit avec Adenauer qu’il fallait pardonner et qu’il fallait regarder vers l’avenir, mon grand-père qui avait eu peur et qui avait tant souffert a suivi les hommes d’État qui proposaient la paix et non pas la vengeance.

Eh bien, croyez-moi, je n’ignore nullement les douleurs, les souffrances, les malheurs que votre peuple a ressentis. Mais je vous dis une chose : ce qu’il a été possible de faire en Europe, il est possible de le faire en Méditerranée.

Cette amitié entre nos deux peuples, elle ne peut reposer que sur la confiance. Il faut que l’Algérie et la France se fassent confiance. C’est difficile de dire cela et je n’ignore rien de tout ce qui se passe, mais il faut se faire confiance.

L’accord de coopération dans le nucléaire civil que nos deux pays ont conclu est la marque de cette confiance que la France fait à l’Algérie. Et, je le dis au nom de la France, le partage du nucléaire civil sera l’un des fondements du pacte de confiance que l’Occident doit passer avec le monde musulman. Parce qu’elles ont choisi de se faire confiance, l’Algérie et la France se sont mises d’accord pour réfléchir à la mise en œuvre d’une nouvelle politique d’immigration qui serait décidée ensemble. Il faut parler des questions qui fâchent. C’est la seule façon de surmonter des malentendus et des désaccords. Parce qu’elles se feront confiance, l’Algérie et la France permettront aux jeunesses de nos deux pays de pouvoir aller étudier plus facilement là où elles le souhaitent ; à ceux qui veulent aller rendre visite à leurs familles de mieux pouvoir le faire ; aux entrepreneurs, aux hommes d’affaires, aux chercheurs de circuler plus librement ; mais elle permettrait aussi de mieux lutter ensemble contre une immigration clandestine, ou de définir ensemble les incitations à mettre en place pour que l’élite de la jeunesse algérienne formée dans les écoles et les universités françaises soit encouragée à revenir en Algérie, parce que l’Algérie a besoin de l’intelligence, des compétences, de l’énergie et de l’imagination de ses jeunes élites.

Mais l’amitié, c’est la jeunesse qui la fera vivre.

Cette amitié, Abdelaziz, les gouvernants peuvent en faire le principe de leurs politiques mais, en fin de compte, cette amitié sera l’œuvre de la jeunesse algérienne et de la jeunesse française.

Puissent-elles, l’une et l’autre, comme la jeunesse française et la jeunesse allemande quand il s’est agi pour nos deux vieux pays si longtemps ennemis de se tourner vers l’avenir, puissent-elles se rapprocher, se connaître mieux, se lier davantage. Les jeunesses de nos deux pays ont ceci en commun que se pose à elles avec insistance l’angoissante question de leur avenir. Je voudrais que pour une partie au moins nous y répondions ensemble.

C’est pourquoi j’ai proposé au Président Bouteflika de réfléchir à la création d’une université commune franco-algérienne. Ce sera l’objectif aussi des pôles d’excellence communs composés d’universitaires, de chercheurs et de techniciens de nos deux pays que nous allons mettre en place dans la médecine, dans la microbiologie, dans l’eau, dans les énergies renouvelables ou les risques majeurs…

La France apportera son concours à la réforme des écoles d’ingénieurs qui va être mise en œuvre par le gouvernement algérien. La France continuera d’accueillir encore plus d’étudiants algériens dans ses écoles et dans ses universités. Mais le plus important peut- être serait, pour que les jeunesses de nos deux pays se lient davantage, que nous puissions un jour, Abdelaziz, créer une institution commune franco-algérienne de la jeunesse. Elle permettrait de faciliter les échanges d’écoliers, de lycéens, d’étudiants, de sportifs, d’organiser des événements, des rencontres. Elle pourrait servir de préfiguration à d’autres institutions du même genre autour de la Méditerranée et peut-être même à une institution méditerranéenne de la jeunesse qui pourrait s’inspirer de ce qui se fait déjà au sein de l’Union européenne entre tous les pays membres avec le programme Erasmus. Jeunes d’Algérie, depuis bien longtemps nos deux pays se mélangent. Depuis longtemps ce ne sont plus deux pays étrangers l’un à l’autre. Beaucoup d’entre vous apprennent le français et beaucoup d’entre vous rêvent de venir en France.

Il reste en Algérie 28 000 anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui se sont battus pour la libération de la France et envers qui la France a une dette éternelle. La France n’oubliera jamais ce qu’ont fait les Algériens pour sa libération. La plupart des Algériens ont un membre de leur famille qui vit en France. Il y a en France presque un million d’Algériens officiellement enregistrés dont près de la moitié a la double nationalité. Des centaines de milliers de Français sont nés en Algérie.

Cette imbrication de nos deux peuples nous crée un devoir, un devoir de solidarité appelé à devenir toujours plus fort.

Cette solidarité, nous devons la refonder sur l’amitié et sur la confiance.
À la France, il appartient de repenser son modèle d’intégration.
À l’Algérie, il appartient de décider ce qu’elle veut faire avec la France et comment elle veut le faire. À chacun de nos deux pays, il appartient de respecter la mémoire de l’autre, et sans rien oublier, de regarder vers l’avenir.

À chacun de nos deux pays, il appartient de promouvoir la meilleure part de lui-même, la plus ouverte, la plus humaniste, la plus tolérante, sans renoncer à ce qu’il est.

Après bien des détours et des ruses de l’Histoire, la France et l’Algérie se trouvent en même temps confrontées au même défi. La France et l’Algérie ont besoin l’une et l’autre d’une nouvelle Renaissance. La France et l’Algérie ont besoin l’une et l’autre d’une politique de civilisation qui ne produise pas seulement des progrès matériels mais qui produise aussi des valeurs, qui produise aussi de l’identité, qui produise aussi une espérance, qui produise de la qualité et pas seulement de la quantité.

Je veux lancer ici à Constantine un appel pressant à l’Occident pour qu’il se dépouille de toute volonté de domination et qu’il cesse de croire qu’il est à lui seul toute la civilisation mondiale.

Je veux lancer le même appel pressant à tous ceux qui se reconnaissent dans un islam de progrès pour qu’il défende l’égalité de l’homme et de la femme, pour qu’il défende les droits de l’homme, pour qu’il défende le respect de la diversité, parce que ces principes, ces valeurs lui appartiennent aussi.

Je lance un appel à cet islam de progrès pour qu’il reconnaisse au peuple d’Israël qui a tant souffert le droit de vivre libre.

Je lance un appel au peuple d’Israël pour qu’il n’inflige pas au peuple palestinien la même injustice que celle qu’il a subie lui-même pendant tant de siècles. Je lance un appel aux dirigeants du peuple israélien et du peuple palestinien pour qu’ils saisissent la paix qui est aujourd’hui à portée de leurs mains s’ils savent se montrer capables de surmonter la haine qui se nourrit du souvenir de leurs malheurs respectifs. Je lance un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour qu’ils s’unissent et que dans cette union ils mettent toute leur énergie et toutes leurs forces au lieu de les mettre à se combattre, et à se détester. Il n’y a pas d’avenir dans la haine. Et à vous, jeunes d’Algérie, je veux lancer un message d’amitié et de confiance. Faites vôtre ce grand rêve méditerranéen de fraternité qui attend depuis des siècles qu’une jeunesse ardente s’en empare et avec votre intelligence, avec votre vitalité, avec votre imagination vous changerez l’Algérie, vous changerez le monde. Vive l’Algérie ! Vive la France !

Discours du Président de la République François Hollande au Mémorial de la guerre d’Algérie,
19 mars 2016

Mesdames, Messieurs les ministres,

Il y a cinquante-quatre ans aujourd’hui, le cessez-le-feu était proclamé en Algérie en application des accords d’Évian. Après huit années d’une guerre douloureuse, les peuples français et algérien allaient chacun s’engager dans un nouvel avenir, dans de nouvelles frontières, dans de nouveaux rapports de part et d’autre de la Méditerranée.

Le 6 décembre 2012, j’ai promulgué comme président de la République la loi qui proclame le 19 mars « Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ». Et je tenais aujourd’hui à donner une traduction à cette loi.

Le 19 mars est une date de l’Histoire, elle marque l’aboutissement d’un processus long et difficile de négociations pour sortir d’une guerre de décolonisation qui fut aussi une guerre civile. La signature des accords d’Évian fut une promesse de paix mais elle portait aussi en elle, et nous en sommes tous conscients, les violences et les drames des mois qui ont suivi. Le 19 mars 1962, ce n’était pas encore la paix, c’était le début de la sortie de la guerre dont l’Histoire nous apprend qu’elle est bien souvent la source de violence, ce qui fut tragiquement le cas en Algérie avec des représailles, des vengeances, des attentats et des massacres.

Néanmoins, le 19 mars annonce la fin du conflit et c’est pourquoi ce sont les mémoires de toutes les victimes qui sont reconnues.

Il y a le 19 mars des Algériens qui s’étaient battus pour l’indépendance de leur pays, laquelle sera proclamée le 3 juillet.

Il y a le 19 mars des appelés qui venaient d’effectuer parfois plus de deux ans de service en Algérie et pour lesquels cette date signifiait la certitude du départ, du retour dans l’Hexagone.

Il y a le 19 mars de l’Armée Française qui voyait bientôt s’achever une guerre qui n’avait jamais dit son nom et qui l’avait profondément déchirée.

Il y a le 19 mars des Français d’Algérie qui se souviennent de cette date comme d’un jour de détresse car signifiant la fin d’un monde, en tout cas de leur monde et le départ d’une terre qu’ils considéraient comme la leur.

Il y a le 19 mars des troupes supplétives de l’Armée Française, les Harkis, pour lesquelles le cessez-le-feu était lourd de menaces, pour eux et pour leurs familles, et qui ont été dramatiquement abandonnés par la France comme je l’ai reconnu le 25 septembre 2012.

Il y a le 19 mars des Français de métropole qui avaient vécu au rythme des troubles pendant huit ans et qui, le 8 avril 1962, approuvèrent par plus de 90 % de suffrages le contenu des accords d’Évian, voulus par le général de Gaulle et fruits d’un long processus.

La guerre d’Algérie aura duré huit ans, de la Toussaint de 1954 aux tragédies d’Oran de juillet 1962. Elle était la dernière page de l’histoire de l’empire colonial français. De 1830 à 1962, d’abord en Algérie puis dans le reste de l’Afrique et en Extrême-Orient, la France a construit un système injuste car fondé sur l’inégalité des conditions, des statuts et des droits, le système colonial qui niait les aspirations des peuples à décider d’eux-mêmes.

Un régime d’exploitation des ressources de ces territoires mais où aussi, des hommes et des femmes s’attachaient sincèrement à vouloir apporter le progrès. Je pense à ces instituteurs, ces médecins, ces commerçants, ces agriculteurs, ces fonctionnaires qui se sont attachés à mettre en valeur ce que l’on appelait alors la France d’outre-mer.

Pendant toutes ces années, des liens humains se sont créés, se sont formés avec une solidarité dans les épreuves. Aussi lorsque la France fut attaquée en 1914 comme en 1939, c’est côte à côte que les soldats de métropole, l’armée d’Afrique et les troupes coloniales ont versé le sang, leur sang, pour défendre la patrie en danger. De Douaumont à Monte Cassino, ces combattants de toutes origines ont alors défendu les mêmes principes, y compris celui de l’émancipation et c’est pourquoi la France leur rend toujours hommage lorsqu’elle commémore les deux guerres mondiales.

Mais le système colonial contenait en lui-même sa propre fin.

La Seconde Guerre mondiale et surtout la Libération ont levé une espérance irrépressible pour l’émancipation des peuples et rendaient inéluctable la décolonisation. Et faute d’avoir pleinement compris ce processus, ce mouvement de l’Histoire, la IVe République en paya lourdement le prix. La guerre d’Indochine n’était pas achevée que débutaient les troubles en Tunisie et au Maroc. Ils aboutiront en 1956 à l’indépendance de ces deux pays qui sont aujourd’hui des pays amis et nous saluerons avec cette année le soixantième anniversaire de leur accession à la pleine souveraineté.

Et puis il y a ce 1er novembre 1954. Le début de la guerre d’Algérie. Huit années terribles. Huit années qui ont vu le déplacement de millions de gens, huit années de combats, d’attentats, d’exactions, d’enlèvements, de tortures et de répressions qui ont causé la mort de plusieurs centaines de milliers d’Algériens et de plusieurs dizaines de milliers de Français, soldats qui étaient partis mobilisés appelés, rappelés parce que c’était leur devoir. Huit années d’une guerre qui, longtemps, comme je l’ai dit, n’a pas osé dire son nom mais en contenait toutes les horreurs. Huit années qui ont profondément marqué la France et même provoqué un changement de République. Huit années qui ont endeuillé aussi terriblement l’Algérie. Huit années qui ont déchiré de nombreuses familles d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée.

C’est vrai que jamais aucune date ne pourra résumer à elle seule la variété de ces situations. C’est pourquoi la France en a officiellement dédié trois au souvenir de cette période : le 19 mars, le 25 septembre, le 5 décembre puisque c’était le jour de l’inauguration de ce Mémorial, je voulais le rappeler.

Le sens de la Journée nationale du 19 mars, c’est de rendre hommage à toutes les victimes civiles ou militaires qui sont tombées durant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie. Le sens de la Journée nationale du 19 mars, c’est d’honorer toutes les douleurs et de reconnaître toutes les souffrances.

Celle des appelés du contingent, des militaires de carrière, des membres des forces supplétives ou assimilées, des forces de l’ordre originaires de métropole, 1,5 million de jeunes soldats envoyés de l’autre côté de la Méditerranée, 60 000 furent blessés, près de 30 000 ne sont jamais revenus, tués ou disparus. J’ai une pensée pour eux en cet instant, oui.

C’est aussi les souffrances des civils de toutes origines, de toutes confessions, victimes d’exactions, fauchés par un attentat ou assistant, impuissants, à la destruction de leur maison, de leur village. Les souffrances aussi des Français d’Algérie exilés, rapatriés dans la hâte, privés de tout, de leurs biens, mais surtout de leurs racines.

Souffrances des Harkis, pourchassés en Algérie, abandonnés par la patrie qui les avait appelés, accueillis dans des conditions indignes en France avant que notre pays ne reconnaisse leur sacrifice et ne leur apporte la réparation à laquelle ils ont droit.

Drame aussi des disparus, de ces hommes, de ces femmes-là aussi de toutes origines dont la trace s’est perdue dans la guerre. Je sais à quel point cette question est douloureuse pour les familles concernées. La France et l’Algérie travaillent ensemble pour continuer à lever le voile sur le sort de ces victimes.

Enfin, je pense aussi aux immigrés qui étaient en France durant la guerre d’Algérie et qui ont vécu à distance une guerre qui les déchirait ; ils ont alors connu la suspicion, parfois la répression la plus brutale comme le 17 octobre 1961.

Cinquante-quatre années après la guerre d’Algérie, cette mémoire ou plutôt ces mémoires demeurent encore vives. Derrière chacune d’entre elles, il y a une famille, il y a des survivants, il y a des descendants, il y a une plaie qui ne s’est jamais complètement refermée, d’où le sens aussi de cette cérémonie de rappeler toutes les mémoires pour les réconcilier.

Cette mémoire, elle vit aussi dans des lieux. À Marseille qui était le port de départ des appelés du contingent pour l’Algérie, le port d’arrivée des rapatriés à partir de 1962. Le souvenir vit aussi dans des centaines de villes de France dont les habitants ont en partage l’Algérie. La mémoire vit aussi à travers des monuments qui ont été édifiés : à Sète où a été bâti le mémorial en hommage aux Héraultais morts pour la France dans des combats d’Afrique du Nord et dans la guerre d’Algérie ; à Montredon-Labessonnié dans le Tarn qui accueille un mémorial aux victimes d’Afrique du Nord mortes pour la France construit symboliquement avec des pierres venues de tous les départements.

Il y a en France 4 000 lieux, places ou rues qui portent la date du 19 mars 1962.

Cette mémoire vit enfin à travers tous les enfants de ces millions de Français dont les racines étaient en Algérie mais aussi au Maroc, en Tunisie et qui apportent aujourd’hui cet héritage dans le creuset national.

D’où l’enjeu de la paix des mémoires pour les reconnaître toutes et n’en occulter aucune. Pour faire du souvenir douloureux de la guerre d’Algérie qui a divisé et meurtri un facteur de réconciliation et de rassemblement. Pour rappeler que pendant un siècle, la France et l’Algérie ont partagé la même histoire et que nous sommes capables de la regarder en face pour bâtir une relation qui restera toujours singulière et qui doit toujours être à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres, celles de la France et de l’Algérie.

Il s’agit de dire ce qui a été, de comprendre ce qui nous a séparés, pour réaliser ce qui aujourd’hui nous réunit. Faire la paix des mémoires, cela veut dire à tous les Français qui ont l’Algérie en partage que nous sommes ensemble, qu’il y a des lieux, des signes, des symboles qui nous permettent de comprendre comment ils peuvent inscrire leur parcours personnel dans notre destin national et combien leur présence est une chance pour la République.

Pour faire ce travail de mémoire et de transmission, nous avons besoin aussi de rassembler toutes les collections, toutes les traces, tous les éléments qui nous permettent de connaître ce qui a été – je pense notamment aux collections qui ont été réunies à Montpellier mais aussi aux expositions temporaires qui ont été réalisées, celles que le musée de l’Armée a accueillies en 2012 sur la guerre d’Algérie, celle que le MuCEM à Marseille accueille en ce moment même sur la représentation de l’Algérie par les cartes ; il y a aussi de nombreuses archives qui restent à exploiter – pour ces documents et pour le rassemblement de toutes ces collections une mission sera constituée ; il lui reviendra de nous dire si ce projet de réunion de toutes ces pièces, de tous ces documents peut s’incarner dans une institution nouvelle ou peut trouver son siège dans un lieu existant.

L’école doit également être mobilisée. L’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre lancera cette année un programme global « Histoire commune et mémoire partagée de la guerre d’Algérie ». Ce programme comportera une exposition et permettra également des interventions dans les classes de témoins de la guerre d’Algérie – il y en a de nombreux ici – en appui aux enseignements d’histoire et de morale civique.

Je veux également encourager la recherche historique sur la guerre d’Algérie comme sur la présence de la France en Algérie. Je sais le travail que mènent les historiens ; ce sont eux qui nous permettent justement d’arriver à ce travail de mémoire qui nous donne l’espérance de ce rassemblement et de cette réconciliation.

Depuis 2008, nos archives sur cette période sont pour l’essentiel ouvertes mais ici, je le dis, elles devront l’être entièrement, ouvertes et mises à la disposition de tous les citoyens.

Leur accès sera facilité par la mise en ligne de toutes ces ressources. Vous savez qu’il existe un portail général qui s’appelle « France Archives », qui doit permettre de numériser toutes les archives écrites et audiovisuelles. Je souhaite que les archives relatives à la guerre d’Algérie et aux combats de Tunisie et du Maroc soient traitées en priorité.

De même, un programme de recueil de témoignages, de témoins, d’acteurs de cette période sera lancé cette année afin que tout soit conservé, que la mémoire soit enregistrée, entretenue, grâce encore à la présence des survivants de cette période.

En 2016 également, une « Grande Collecte » des archives privées – et je sais que beaucoup d’associations en ont à leur disposition à travers les membres de leurs associations – oui, je demande que cette Grande Collecte puisse être consacrée au souvenir de la France d’outre-mer, de l’Algérie, du Maroc, de la Tunisie, car nous avons besoin de rassembler ces documents pour continuer à faire l’histoire et à donner à notre mémoire tous les éléments, tous les ingrédients qui font qu’elle est partagée.

Entre la France et l’Algérie, il y a une amitié et je salue tous les projets franco-algériens qui témoignent de la vitalité des relations entre nos deux pays dans le domaine économique, scientifique et politique. Nous savons le rôle que joue l’Algérie dans la région et je n’oublie pas la force des liens qui nous unissent également avec le Maroc et avec la Tunisie. La Tunisie, ce pays si durement touché par le terrorisme, le terrorisme qui menace d’ailleurs toute la région comme il nous menace et c’est pourquoi nous devons aussi, en ce moment même, partager là encore les valeurs qui sont les nôtres pour nous défendre communément et lutter partout contre le terrorisme.

Je veux également saluer les échanges culturels, ce que font nos artistes, nos écrivains, nos intellectuels, nos historiens et ils le font à travers la langue française qui continue de nous attacher les uns les autres et notamment les pays du Maghreb et la France.

Mesdames et Messieurs, en décidant de faire du 19 mars la Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, le Parlement a voulu que toutes ces mémoires soient évoquées et que toutes les victimes soient honorées. Les victimes françaises et les victimes algériennes, les victimes civiles et les victimes militaires, les victimes d’avant le 19 mars et les victimes qui sont mortes après le 19 mars et puis aussi tous ceux qui ont survécu et qui portent encore douloureusement le souvenir de cette guerre et de ses combats.
La grandeur d’un pays se mesure à sa capacité à regarder son histoire, à ne pas en cacher des éléments pour en glorifier d’autres qui seraient inutiles, c’est de prendre l’histoire pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle nous apprend, pour les leçons qu’il convient communément d’en tirer. Oui, de convoquer l’histoire, non pas pour nous diviser mais pour nous réunir. La grandeur d’un pays, c’est d’être capable de réconcilier toutes les mémoires et de les reconnaître. Alimenter la guerre des mémoires, c’est rester prisonnier du passé ; faire la paix des mémoires, c’est regarder vers l’avenir.

C’est ce message d’unité et de paix, de rassemblement aussi que j’entendais, aujourd’hui en ce 19 mars, délivrer devant vous.

Vive la République et vive la France !

Déclaration du Président de la République française, Emmanuel Macron, à propos de Maurice Audin

13 septembre 2018

Au soir du 11 juin 1957, Maurice Audin, assistant de mathématiques à la Faculté d’Alger, militant du Parti communiste algérien (PCA), est arrêté à son domicile par des militaires. Après le déclenchement de la guerre par le Front de libération nationale (FLN), le PCA, qui soutient la lutte indépendantiste, est dissous et ses dirigeants sont activement recherchés. Maurice Audin fait partie de ceux qui les aident dans la clandestinité.

Tout le monde sait alors à Alger que les hommes et les femmes arrêtés dans ces circonstances ne reviennent pas toujours. Certains sont relâchés, d’autres sont internés, d’autres encore sont remis à la justice, mais nombre de familles perdent la trace d’un des leurs cette année-là dans la future capitale algérienne. Les « disparitions », qu’on déplore du reste de tous côtés pendant le conflit, se comptent bientôt par milliers.

Aussi, Josette Audin, restée seule avec trois jeunes enfants, retenue plusieurs jours dans son appartement, se démène dès qu’elle le peut pour tenter de savoir où son mari est détenu. Le commandement militaire lui livre alors ce qui allait rester pour des décennies la version officielle : son mari s’est évadé. La réponse est couramment faite aux familles en quête d’informations. La plainte pour enlèvement et séquestration qu’elle dépose alors achoppe, comme d’autres, sur le silence ou le mensonge des témoins-clés qui font obstruction à l’enquête. Celle-ci est définitivement close en 1962 par un non-lieu, en raison des décrets d’amnistie pris à la fin de la guerre d’Algérie, qui ont mis fin à toute possibilité de poursuite.

Maurice Audin n’a jamais réapparu et les circonstances exactes de sa disparition demeurent floues. Le récit de l’évasion qui figure dans les comptes rendus et procès-verbaux officiels souffre de trop de contradictions et d’invraisemblances pour être crédible. Il s’agit manifestement d’une mise en scène visant à camoufler sa mort. Les éléments recueillis au cours de l’instruction de la plainte de Josette Audin ou auprès de témoins indiquent en revanche avec certitude qu’il a été torturé.

Plusieurs hypothèses ont été formulées sur la mort de Maurice Audin. L’historien Pierre Vidal-Naquet a défendu, sur la foi d’un témoignage, que l’officier de renseignement chargé d’interroger Maurice Audin l’avait lui-même tué. Paul Aussaresses et d’autres ont affirmé qu’un commando sous ses ordres avait exécuté le jeune mathématicien. Il est aussi possible qu’il soit décédé sous la torture.

Quoi qu’il en soit précisément, sa disparition a été rendue possible par un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé « arrestation-détention » à l’époque même, qui autorise les forces de l’ordre à arrêter, détenir et interroger tout « suspect » dans l’objectif d’une lutte plus efficace contre l’adversaire.

Ce système s’est institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux. Cette loi, votée par le Parlement en 1956, a donné carte blanche au gouvernement pour rétablir l’ordre en Algérie. Elle a permis l’adoption d’un décret autorisant la délégation des pouvoirs de police à l’armée, qui a été mis en œuvre par arrêté préfectoral, d’abord à Alger, puis dans toute l’Algérie, en 1957.

Ce système a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture, que l’affaire Audin a mis en lumière. Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie. Et elle restait impunie parce qu’elle était conçue comme une arme contre le FLN, qui avait lancé l’insurrection en 1954, mais aussi contre ceux qui étaient vus comme ses alliés, militants et partisans de l’indépendance ; une arme considérée comme légitime dans cette guerre-là, en dépit de son illégalité.

En échouant à prévenir et à punir le recours à la torture, les gouvernements successifs ont mis en péril la survie des hommes et des femmes dont se saisissaient les forces de l’ordre. En dernier ressort, pourtant, c’est à eux que revient la responsabilité d’assurer la sauvegarde des droits humains et, en premier lieu, l’intégrité physique de celles et de ceux qui sont détenus sous leur souveraineté.

Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité.

Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France. Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé. C’est dans cet esprit, en tout cas, qu’elle est pensée et aujourd’hui formulée.

Il en va aussi de l’honneur de tous les Français qui, civils ou militaires, ont désapprouvé la torture, ne s’y sont pas livrés ou s’y sont soustraits, et qui, aujourd’hui comme hier, refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont instituée et pratiquée.

Il en va de l’honneur de tous les militaires morts pour la France et plus généralement de tous ceux qui ont perdu la vie dans ce conflit.

Il en va enfin du devoir de vérité qui incombe à la République française, laquelle dans ce domaine comme dans d’autres doit montrer la voie, car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible et il n’est pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans exercice de vérité.

La République ne saurait, par conséquent, minimiser ni excuser les crimes et atrocités commis de part et d’autre durant ce conflit. La France en porte encore les cicatrices, parfois mal refermées.

Aussi le travail de mémoire ne s’achève-t-il pas avec cette déclaration. Cette reconnaissance vise notamment à encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires.

Une dérogation générale, dont les contours seront précisés par arrêtés ministériels après identification des sources disponibles, ouvrira à la libre consultation tous les fonds d’archives de l’État qui concernent ce sujet.

Enfin, ceux qui auraient des documents ou des témoignages à livrer sont appelés à se tourner vers les Archives nationales pour participer à cet effort de vérité historique.

L’approfondissement de ce travail de vérité doit ouvrir la voie à une meilleure compréhension de notre passé, à une plus grande lucidité sur les blessures de notre histoire, et à une volonté nouvelle de réconciliation des mémoires et des peuples français et algérien.

Annexe 2

Quelques signes de coopération entre les sociétés civiles

– Le groupe d’amitié France-Algérie de l’Assemblée nationale, aujourd’hui présidé par Mme Fadila Khattabi, députée de la Côte-d’Or, joue un grand rôle dans l’animation des liens entre la France et l’Algérie sur la longue durée. Jean-Pierre Chevènement y a joué un grand rôle pendant de nombreuses années.

– Dès 1972-1973, une première convention interuniversitaire a été lancée entre Grenoble et Constantine avec Mohamed Seddik Benyahia et Abdelhak Bererhi du côté algérien ; Jean-Louis Quermonne et Georges Morin, du côté français. Ce programme a fonctionné plus de dix années. En octobre 1999, une coopération décentralisée franco-algérienne a été lancée avec Abdelmalek Sellal et Brahim Djeffal, du côté algérien ; Bernard Stasi et Georges Morin pour la partie française, avec l’appui d’Hubert Védrine et de Jean-Pierre Chevènement. Ce programme extrêmement actif jusqu’en 2009 a peu à peu disparu. Au printemps 2007, une opération est lancée dans le cadre de cette coopération décentralisée, un « programme concerté pluri-acteurs » (PCPA), soutenu par l’AFD. Ce programme visait à renforcer les associations jeunesse et enfance d’Algérie par la coopération avec leurs homologues françaises. Programmée pour 2019, elle n’a pas survécu à l’après-« Hirak ».

– Dans les années 1980, l’association Coup de soleil, lancée par un groupe de personnes originaires d’Algérie, organise chaque année le Maghreb des livres, à Paris, qui connaît un très grand succès. De nombreux auteurs algériens, français sont venus à cette occasion signer leurs livres, ou participer à des débats, autour du passé ou de l’avenir de l’Algérie.

– La Société franco-algérienne de psychiatrie (SFAP) est née le 25 février 2002, à l’initiative de psychiatres français et algériens. Sous la direction des docteurs Amine Benyamina et Mohammed Taleb, elle a organisé plusieurs rencontres et initiatives entre les deux rives de la Méditerranée. Elle a ainsi organisé le 11 octobre 2017 à l’auditorium de l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris un colloque consacré aux aspects mémoriels liés aux traumatismes de la guerre d’Algérie. L’objectif était de traiter des traumatismes de la mémoire et de la mémoire des traumatismes en croisant divers regards sur la question : ceux d’historiens, d’universitaires, de psychiatres, d’écrivains, de neuropsychologues.

– Dans les années 2000, une association, Les Amis du cimetière de Saint-Eugène d’Alger, a été créée avec Jean-Paul Durand (comme président), Jean-Paul Seror (vice-président), et Luc Migueres (vice-président ). On estime à 250 000 le nombre de Français inhumés dans la nécropole. Le cimetière chrétien, créé en 1836, et le cimetière israélite, créé en 1849, sont contigus. L’ensemble s’étend sur 18 hectares. Dans sa lettre d’information, en date de juillet 2020, on peut lire que « en mars 2020 le directeur du site M. Keddouche nous avait annoncé le lancement d’une expertise portant sur la restauration des bâtisses principales du cimetière israélite (le monument aux morts, le mausolée des rabbanim et l’ossuaire des grands rabbins). Nous avons à plusieurs reprises dénoncé leur état extrêmement inquiétant de dégradation. Le consulat confirme la réalisation de cette expertise. Ces monuments ayant une architecture et une décoration intérieure très particulières, nous sommes préoccupés par la nature et la forme des travaux qui seront effectués. Nous avons donc demandé à avoir accès à cette expertise de façon à soumettre ce dossier, à titre informatif, à un architecte spécialiste du patrimoine ».

– Depuis les années 2000, l’AJOC (Association des juifs originaires du Constantinois), présidée par le professeur Marc Zerbib et animée par Jacques Nakache, membre du conseil d’administration de Morial (association des juifs d’Algérie), est responsable d’une mission de grande portée mémorielle : préserver le cimetière juif de Constantine, situé en hauteur et en périphérie de la cité, pour faire en sorte que soient évitées des vandalisations ou profanations éventuelles.

– En 2004, au moment de percevoir leur pension d’anciens combattants de la guerre d’Algérie, quatre agriculteurs du Tarn s’unissent pour déclarer : « Nous sommes quatre anciens appelés en Algérie. À cette époque, nous les gars du contingent, nous n’avons rien dit. Nous n’avons pas eu le courage de hurler notre désaccord au monde. Aujourd’hui, bien que percevant de modestes retraites, nous avons décidé de refuser pour nous-mêmes la pension liée à la retraite du combattant et de la reverser à des populations qui souffrent de la guerre ou à des organismes qui œuvrent pour la paix. Ce que nous avons vu et vécu en Algérie, l’inutilité de ce conflit, la conscience de l’horreur de la guerre, le désir de transmettre cette mémoire aux jeunes générations, nous poussent à cette démarche. Dans cet esprit, nous venons de créer l’AAAACG. L’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre. » L’association est intervenue dans les établissements d’enseignement, en y associant d’autres protagonistes de ce conflit : moudjahidine, pieds-noirs, parfois harkis… Depuis 2004, ce sont plusieurs centaines de ces rencontres auxquelles ont participé, à travers toute la France, un grand nombre de jeunes.

– L’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis, présidée par Jacques Pradel, a pour but de contribuer par des témoignages à l’écriture d’une histoire « lucide et dépassionnée de la France en Algérie, dans la complexité des moments et des parcours individuels ». Fondée en 2008, cette association entend « œuvrer à la réconciliation de nos deux pays, au renforcement de l’amitié entre les peuples des deux rives de la Méditerranée ; et lutter en France contre le racisme et la xénophobie ».

– L’association Mémoire du camp du Logis d’Anne, dont le président est Kamel Sadji, porte depuis plusieurs années un projet de Conservatoire national de la mémoire des harkis au camp du Logis d’Anne à côté d’Aix-en-Provence. Entre le musée mémorial et le centre de réflexion, ce projet reçoit le soutien de nombreux acteurs publics, dont les maires de Marseille, d’Aix-en-Provence, de Jouques, de la région PACA, et de l’État par le préfet de Région. Au-delà d’un encouragement moral, aucun concours financier n’est encore assuré. Un tel projet veut allier la mémoire des harkis pris dans la grande histoire de la décolonisation, le souvenir de la vie précaire d’une petite communauté dans le camp du Logis d’Anne, près d’Aix-en-Provence, pendant une trentaine d’années, si emblématique du sort qui leur a été fait dans l’ensemble du territoire national, mais aussi de celui qui est souvent imposé aux peuples migrants pris dans les tourmentes de guerres et de conflits qui les dépassent.

– Dans le même registre de défense des droits de la « communauté harkie », une association dirigée par François Gérard entend insister sur la spécificité des hameaux, lieux d’arrivée de petites communautés harkies dans les années 1960, en proposant l’inscription suivante sur des stèles : « La République française reconnaissante rappelle et honore le sacrifice des harkis et des harkettes dans la défense des valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité. Elle s’incline devant la souffrance des familles et rend hommage au parcours et à l’œuvre accomplis dans les hameaux de forestage au service de la nation. »

– Interventions et décisions de municipalités. La mémoire vit aussi à travers des monuments qui ont été édifiés : par exemple à Sète où a été bâti le mémorial en hommage aux Héraultais morts pour la France dans des combats d’Afrique du Nord et dans la guerre d’Algérie ; à Montredon-Labessonnié dans le Tarn qui accueille un mémorial aux victimes d’Afrique du Nord morts pour la France construit symboliquement avec des pierres venues de tous les départements. Et il y a en France plusieurs centaines de lieux, places ou rues qui portent la date du 19 mars 1962 1.

– L’Agence française de développement est la seule institution de développement à avoir maintenu constamment une présence dans le pays, y compris durant les années de terrorisme (la « décennie sanglante »). Lorsque l’Algérie a décidé à partir de 2005 de ne plus recourir à l’endettement externe, elle a remboursé par anticipation toutes les institutions, à l’exception de l’AFD auprès de laquelle elle honore encore aujourd’hui régulièrement ses échéances de remboursement.

– En 2016, l’Office national des combattants et victimes de guerre inaugure un programme d’actions de mémoires et de pédagogies sur l’histoire et les mémoires de la guerre d’Algérie. Il s’agit d’un vaste programme, dans les territoires, à destination des enseignants et des jeunes. Parmi les différentes actions structurantes, un programme de témoignages à quatre voix mérite une attention particulière. Il associe un ancien membre des formations supplétives, un ou une rapatrié(e), un ancien appelé ou engagé et un ancien militant de l’indépendance algérienne qui témoignent ensemble devant des classes du secondaire. En cinq années d’existence, 150 séances de témoignages ont déjà été organisées et ont touché 6 500 élèves.

Annexe 3

Quatrième session du Comité intergouvernemental de haut niveau franco- algérien (CIHN)

Paris, 7 décembre 2017 Communiqué conjoint

1 À la suite de la visite de Son Excellence M. Emmanuel Macron, président de la République française en Algérie le . 6 décembre 2017, et en application de la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre l’Algérie et la France, signée le 20 décembre 2012, à Alger, à l’occasion de la visite d’État en Algérie du président François Hollande, la quatrième session du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) s’est tenue, le 7 décembre 2017, à Paris, sous la coprésidence de M. Édouard Philippe, Premier ministre de la République française, et

Ahmed Ouyahia, Premier ministre de la République algérienne démocratique et populaire.

2 Cette session, à laquelle ont pris part plusieurs membres des gouvernements algérien et français, a été l’occasion . pour les deux parties de dresser un bilan des progrès réalisés dans la feuille de route bilatérale retenue lors de la troisième session du CIHN, tenue le 10 avril 2016, à Alger, et de dégager de nouvelles perspectives de coopération dans l’ensemble des domaines, à même de hisser la relation bilatérale à un partenariat d’exception

que les deux parties ambitionnent de construire.

3 Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de hisser le partenariat économique et industriel entre l’Algérie et la . France au niveau d’excellence de leurs relations politiques et se sont félicitées de la réussite de la quatrième session du Comité mixte économique franco-algérien (COMEFA), tenue à Alger, le 12 novembre 2017, qui a été couronnée par la signature de trois accords de partenariat dans les domaines de l’automobile, l’énergie et

l’agroalimentaire.

4 Les deux parties ont procédé à la signature à l’occasion de la quatrième session du CIHN des accords cités en . annexe.

5 Les deux parties se sont félicitées des résultats découlant des visites à très haut niveau et des nombreux . échanges de responsables parlementaires et gouvernementaux des deux pays. Ces échanges reflètent l’excellence du dialogue politique entre les deux pays et leur volonté partagée d’approfondir la concertation sur les

questions régionales et internationales d’intérêt commun.

6 Les deux parties ont noté avec satisfaction la tenue à Alger, le 25 septembre 2017, de la quatrième session du . comité de suivi du CIHN, au niveau des secrétaires généraux des ministères des Affaires étrangères des deux

pays. Elles sont convenues que la prochaine session se tiendra à Paris.

Paix et sécurité

  1. Les deux parties sont convenues de continuer à soutenir activement la médiation menée par M. Ghassan Salamé, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, dont elles saluent le travail. La médiation des Nations unies est la seule à même d’apporter la stabilité en Libye et de préserver sa souveraineté, son intégrité territoriale et l’unité de son peuple. Elles se sont félicitées des contacts établis entre les deux chambres, sous l’égide des Nations unies, en vue d’amender l’accord politique libyen et sont convenues de poursuivre leur échange régulier sur la crise libyenne.

  2. Passant en revue la situation au Mali, les deux parties ont noté avec satisfaction l’évolution positive du processus de paix à la suite de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger, et ont souligné la nécessité de la mise en œuvre diligente et intégrale de l’Accord, avec l’appui politique, technique et financier de la communauté internationale, en vue de permettre un règlement durable de la crise qui affecte le Mali.

    À cet égard, elles ont exprimé leur préoccupation à l’égard des retards pris dans l’application de l’Accord et ont appelé les parties à s’engager pleinement et de bonne foi et à assumer leurs responsabilités respectives dans un esprit de coopération et en toute sincérité en vue de la concrétisation des engagements auxquels elles ont souscrit. Elles ont également appelé à une implication plus active et à une appropriation effective par les parties du processus de mise en œuvre de l’Accord de paix.

    Elles se sont félicitées de la poursuite de l’implication internationale en appui au Mali et ont affirmé, par ailleurs, leur soutien au représentant spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la MINUSMA, M. Mahamat Saleh Annadif, dans l’accomplissement de sa mission.

  3. Les deux parties, préoccupées par la situation sécuritaire qui prévaut au niveau de la bande sahélo-saharienne, caractérisée par la prolifération de la criminalité organisée sous toutes ses formes, et sa conjonction avec le terrorisme transnational auquel elle offre un terreau fertile visant à déstabiliser la région de l’Afrique du Nord et du bassin occidental de la Méditerranée, ont manifesté le souhait de renforcer significativement la coopération pour faire face aux différentes menaces, en particulier le terrorisme.

10 Les deux parties ont également noté avec satisfaction le bon niveau de coopération bilatérale militaire et . sécuritaire et réitéré leur souhait de poursuivre cette dynamique positive dans l’intérêt des deux pays et

d’approfondir leur coopération.

Dimension humaine

11. Les deux parties ont souligné l’importance de la dimension humaine en ce qu’elle constitue un élément central et structurant de la relation bilatérale et sont convenues de poursuivre les efforts entrepris de part et d’autre pour améliorer davantage les conditions pratiques de la mobilité et du séjour des Algériens en France et des Français en Algérie.

12 Les deux parties se sont félicitées de la dynamique des mobilités légales entre les deux pays qui contribuent au . renforcement des échanges humains, universitaires et économiques. À ce titre, les deux parties se félicitent de la signature de l’accord relatif aux échanges de jeunes actifs en octobre 2015 et considèrent que son entrée en vigueur prochaine donnera un signal fort et nouveau de la volonté des deux gouvernements d’aller de l’avant dans ce domaine. Les deux parties se félicitent de la coopération bilatérale en matière de régulation de la circulation des personnes et conviennent de poursuivre et d’approfondir cette coopération dans l’esprit positif qui

les a toujours animées.

13 Les deux parties ont pris note des progrès enregistrés sur la question des biens immobiliers appartenant aux . ressortissants français restés en Algérie après l’indépendance, et propriétaires légaux de biens immobiliers dans l’exercice de leurs droits de propriété, et ont invité le groupe de travail mixte mis en place à cet effet à poursuivre

l’examen des cas qui lui sont soumis par une prochaine réunion en vue d’un règlement définitif sur ce dossier.

14 Les deux parties se félicitent du niveau de la coopération judiciaire entre les deux pays, reposant notamment sur . de multiples jumelages institutionnels et des échanges en matière d’expertise et de formation des personnels de

justice. Les deux parties envisagent de continuer dans la même voie en approfondissant les jumelages, particulièrement entre cours, et en poursuivant les échanges d’expériences dans le domaine des réformes judiciaires et de la modernisation de la justice.

15 Les deux parties se félicitent de leur coopération dans le domaine de l’entraide judiciaire en matière pénale et de . l’accord trouvé sur la garantie peine de mort dans la convention relative à l’extradition judiciaire. Elles s’engagent pour sa signature dans les meilleurs délais, ainsi qu’à poursuivre les discussions sur le projet de convention

d’entraide en matière civile.

16 Les deux parties ont souligné la nécessité de poursuivre, dans l’intérêt supérieur des enfants issus de couples . mixtes, les réunions annuelles du groupe d’experts sur les déplacements illicites d’enfants issus de couples mixtes et l’exercice des droits de visite transfrontaliers. Elles se sont engagées à poursuivre leur coopération

pour protéger et préserver les droits des enfants concernés.

17 Les deux parties se sont félicitées de la poursuite des actions communes menées dans le cadre des . commémorations des deux conflits mondiaux permettant de rappeler notamment le rôle joué par les combattants algériens dans la libération de la France et pour leur rendre hommage. Elles ont réitéré la volonté exprimée par

les chefs d’État français et algérien en 2012 de concourir à la paix des mémoires.

18 Les deux parties ont exprimé leur souhait de poursuivre le travail engagé par la cinquième rencontre du groupe . de travail sur les archives qui a permis, en mars 2016, d’adopter un cahier des charges opérationnel pour progresser dans la négociation archivistique. La France se tient à la disposition de son partenaire algérien pour la tenue d’une prochaine réunion, notamment en matière de coopération et de remise des copies numérisées déjà disponibles. Les deux parties se félicitent à cette occasion de la remise, en marge du CIHN, de copies des

inventaires réalisés, qui décrivent trente-sept fonds d’archives.

19 Les deux parties ont confirmé leur volonté d’aboutir sur le dossier de la restitution des restes humains présumés . algériens conservés dans les collections publiques françaises. Elles se sont accordées sur la nécessité de mettre en place une commission chargée d’identifier ces restes et de faire évoluer le cadre juridique français sur

cette question.

20 Faisant suite à la première réunion du groupe de travail mixte sur l’indemnisation des victimes algériennes des . essais nucléaires français au Sahara ou leurs ayants droit à Alger le 3 février 2016, les deux parties sont

convenues de la mise en place d’un dialogue spécifique dans les meilleurs délais.

21 Les deux parties se sont félicitées de l’ouverture de discussions bilatérales sur les disparus algériens et français . de la guerre d’indépendance et ont réaffirmé leur volonté de faciliter la recherche et l’échange d’informations pouvant permettre la localisation des sépultures de disparus algériens et français de la guerre d’indépendance.

Elles sont convenues de tenir prochainement une seconde réunion du groupe de travail chargé de ce dossier.

22 Les deux parties ont exprimé leur satisfaction à la suite de travaux engagés pour une meilleure coordination . entre les institutions de sécurité sociale des deux pays et la réduction des situations contentieuses. Elles sont convenues de tenir une prochaine session de la commission dédiée, à Paris, au cours du deuxième semestre

2018.

23 Les deux parties ont mis l’accent sur l’importance du renforcement de la coopération bilatérale en matière . religieuse concernant la formation des imams et des aumôniers algériens exerçant en France, afin d’améliorer leur connaissance de la langue et des institutions françaises. Elles se sont félicitées des progrès réalisés lors de la deuxième réunion du groupe de travail sur les affaires religieuses et sont convenues de continuer à

développer cette coopération qui pourra s’étendre au dialogue interreligieux.
Les deux parties ont souligné de manière particulière l’importance des échanges d’expériences en matière de

déradicalisation et sont convenues de faire de cette question une priorité dans le cadre du dialogue politique stratégique établi entre les deux pays.

Coopération institutionnelle, éducative et culturelle

24 Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre et d’intensifier la coopération bilatérale. Elles se . félicitent du niveau qualitatif et quantitatif des actions entreprises dans le cadre du document cadre de partenariat 2013-2017. Elles marquent leur volonté de renouveler, à très brève échéance, ce document afin

d’ouvrir de nouveaux axes de travail pour les années 2018 à 2022.

25 Les deux parties s’engagent à faire de l’employabilité des jeunes Algériens l’ambition majeure de leur . coopération. Elles se félicitent des résultats concrets et satisfaisants obtenus en matière d’éducation, d’enseignement supérieur et de formation professionnelle ces dernières années, notamment par la création des Instituts des sciences et technologies appliquées (ISTA), par la relance de l’École supérieure algérienne des affaires, la réforme du programme « PROFAS » et la création d’antennes « Campus France » dans les instituts

français.

26 Les deux parties se félicitent de la signature, au cours de cette session, de la convention-cadre pour la . reconduction du réseau « Langue française et expressions francophones » qui permettra la poursuite d’activités

scientifiques pour les jeunes doctorants jusqu’en 2021.

27 Les deux parties se sont félicitées de la signature lors de ce quatrième CIHN de la convention de partenariat . tripartite sur l’implantation des filières d’excellence en matière de formation professionnelle en coopération avec l’entreprise Schneider Electric et le développement de la formation aux métiers des secteurs de l’électricité, de

l’automatisme industriel et de l’efficacité énergétique.

28 Les deux parties ont salué l’ouverture en septembre 2017 de l’annexe du lycée international d’Alger à Oran et . s’engagent à l’ouverture en septembre 2018 d’une seconde annexe à Annaba.

29 Dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, les deux parties ont enregistré . avec satisfaction les résultats obtenus dans la mise en œuvre du programme boursier algéro-français de soutien

à la mobilité et dans la réalisation de thèses de doctorat (PROFAS B+).

30 Tout en faisant part de l’état d’avancement de la mise en œuvre du programme de partenariat institutionnel . (PROFAS C+), les deux parties ont invité les institutions concernées à mieux mobiliser les moyens conjoints

permettant de réaliser les objectifs prioritaires de cette coopération.

31 Les deux parties ont encouragé les autres actions de coopération visant à renforcer l’employabilité des jeunes . diplômés, notamment par la signature à l’occasion de ce quatrième CIHN d’une convention-cadre du réseau mixte des écoles supérieures qui vise à accompagner les grandes écoles algériennes et françaises dans leurs

actions de collaboration dans les domaines de la formation, de la recherche et du développement technologique.

32 Les deux parties sont convenues de renforcer leur coopération dans le domaine culturel. Elles se sont félicitées . des invitations respectives de la France au Festival international de la bande dessinée d’Alger et de l’Algérie au

Festival du cinéma méditerranéen à Montpellier.

33 Les deux parties s’engagent à promouvoir un rayonnement culturel dans les deux pays, en permettant . l’ouverture de nouvelles antennes culturelles algériennes et françaises, par le biais notamment de la délocalisation de certaines activités culturelles de l’Institut français d’Algérie et du Centre culturel algérien en

France et de la création d’Espaces France en liaison avec les universités.

34 Les deux parties ont relevé avec satisfaction le bilan positif de la coopération en matière de protection civile et . les progrès réalisés par les deux institutions de protection et sécurité civiles des deux pays. Elles s’engagent à poursuivre cette coopération concrète et opérationnelle, notamment par la mise en place d’un nouveau plan

pluriannuel de protection civile à partir de l’été 2018.

35 Les deux parties ont exprimé leur satisfaction concernant les échanges en matière de gouvernance territoriale. . Elles sont convenues de la tenue en Algérie au premier trimestre 2018 du séminaire Walis-Préfets qui permettra

un échange d’expériences et se félicitent du haut niveau de coopération bilatérale dans ce domaine.

Partenariat économique

36 Au titre du partenariat industriel et technologique, les deux parties notent avec satisfaction que les progrès . enregistrés dans la poursuite des objectifs énoncés dans la déclaration conjointe sur l’amitié et la coopération, signée à Alger le 19 décembre 2012, se sont concrétisés d’une manière encourageante. Elles se félicitent de la signature du projet d’usine PSA à Oran le 12 novembre 2017 et rappellent par là même la volonté politique des

hautes autorités des deux pays d’accompagner ces projets en leur assurant toutes les conditions de succès.

37 Les deux parties se sont réjouies du travail accompli dans le cadre du Comité mixte économique franco-algérien . (COMEFA), dont la quatrième session s’est tenue à Alger le 12 novembre 2017, ouvrant ainsi des perspectives nouvelles pour une densification et une diversification du partenariat entre les opérateurs économiques des deux

pays.

38 Elles ont réitéré leur volonté de poursuivre la construction du partenariat bilatéral dans une logique de . coproduction et d’investissements croisés, vecteurs essentiels pour le développement des liens économiques, et favoriser par la même occasion le transfert de savoir-faire et de technologie, ainsi qu’à travers la montée en puissance de projets innovants, notamment pour la jeunesse. Les deux parties sont convenues d’étudier les

modalités de mise en place d’un mécanisme bilatéral pour faciliter les investissements dans les deux pays.

39 Elles ont marqué leur volonté d’approfondir leur partenariat dans des secteurs stratégiques pour la diversification . de l’économie algérienne dans les domaines ciblés tels que l’industrie, notamment automobile, l’agriculture, la

mobilité territoriale, le numérique, la transition énergétique, et le tourisme.

40 Elles se réjouissent de la relance des activités de l’Agence française de développement en Algérie. Elles . conviennent de poursuivre les discussions engagées sur les conventions de financement des études sur les énergies renouvelables, de l’appui au ministère des Ressources en eau et des ateliers thématiques « ville

durable, planification urbaine et valorisation des fonciers et immobiliers ».

41 Elles portent une attention particulière au rôle que jouent les PME et les ETI dans la densification du tissu . d’échanges bilatéraux, à tous les niveaux, et s’engagent à faciliter leurs activités et leurs implantations.

42 Elles soulignent l’intérêt des discussions engagées en matière de coopération entre les secteurs publics et privés . pour promouvoir l’employabilité des jeunes, notamment par le projet de création d’une école formant des techniciens et ingénieurs de production et par la proposition de l’entreprise Peugeot/PSA de développer en Algérie une formation professionnelle sur les métiers de l’automobile qui viendra utilement compléter les centres

de formation du groupe Renault.

43 Elles conviennent de l’importance des relations avec l’Union européenne à travers l’Accord d’association. .

Calendrier bilatéral

44 Les deux parties ont confirmé certaines des échéances bilatérales importantes de l’année 2018, notamment la . tenue d’une réunion ministérielle du Comité mixte économique franco-algérien (COMEFA), la prochaine réunion du comité de suivi du CIHN et du dialogue stratégique.

45 Elles conviennent par ailleurs de poursuivre leur coordination afin de faciliter l’organisation des réunions . ministérielles du 5+5 « Affaires étrangères » et « Finances ».

46. Les deux parties se sont entendues sur la tenue de la cinquième réunion du CIHN en 2018 en Algérie.

Annexe 4
Archives relatives à l’Algérie

Classements, numérisations et mises en ligne Bilan et perspectives, 2017-2024

Présentation des fonds relatifs à l’Algérie

Le classement des archives de l’Algérie a toujours été une des principales préoccupations des directrices et directeurs des ANOM depuis 1966.

Les Archives nationales d’outre-mer conservent trois types de fonds d’archives relatifs à l’Algérie :

– les archives ministérielles issues des ministères ayant successivement eu en charge l’Algérie, à savoir le ministère de la Guerre et de l’Intérieur (1830-1910), le ministère des Affaires algériennes (1945-1963), le ministère du Sahara (1956-1961) (soit 600 mètres linéaires) ;

– les archives territoriales produites par les services de l’administration française en Algérie avant 1962 et transférées partiellement en 1961 et 1962, telles que celles du gouvernement général d’Algérie (puis délégation générale et haut-commissariat), préfectures et préfectures régionales, sous- préfectures, communes mixtes, sections administratives spécialisées, services de police… (7 000 mètres linéaires) ;

– les archives d’organismes publics ou semi-publics comme la Banque d’Algérie et de Tunisie (notamment dossiers de personnel), le Crédit foncier Algérie-Tunisie, l’Organisation commune des régions sahariennes, le Bureau industriel algérien (soit 2 300 mètres linéaires).

L’ensemble de ces archives constitue un total d’environ dix kilomètres linéaires. Les archives territoriales rapatriées sont estimées à 10 à 12 % du total des archives produites en Algérie avant 1962.

Bilan des traitements déjà effectués

… en matière de classement et de description de fonds d’archives

L’ensemble des fonds relatifs à l’Algérie, qu’ils soient déjà classés ou non, sont identifiés et décrits dans l’« état général des fonds », mis en ligne sur le site Internet des ANOM :

(http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/wz818idcda).

75 % de ces fonds sont classés et accessibles en salle de lecture. Environ 2 kilomètres linéaires restent à classer.

Depuis une dizaine d’années, les classements ont porté en priorité sur les fonds :
– du gouvernement général d’Algérie (notamment les archives des cabinets civils et militaires),
– des services de police (renseignements généraux, services régionaux de la police judiciaire,

commissariats de police),
– des préfectures (notamment services des liaisons nord-africaines et sous-préfectures).
355 instruments de recherche décrivent ces fonds déjà classés : 80 instruments de recherche

(20 %) sont d’ores et déjà disponibles en ligne sur le site des ANOM (http://anom.archivesnationales.culture.go -uv.fr/ir) et sur le portail France Archives (https://francearchives.fr/) tandis que 275 instruments de recherche sont disponibles sous forme numérique ou numérisée sur demande et sous forme papier consultable en salle des inventaires des ANOM.

… en matière de numérisation de documents

Parallèlement, seize fonds ont été numérisés.
Sont déjà visualisables en ligne plus de 600 000 images, à savoir :
– les archives des bureaux arabes de l’Algérois, de l’Oranie et du Constantinois pour la période

1830-1922 (séries I, II, J, JJ et K, KK du gouvernement général de l’Algérie),
– les registres des procès-verbaux des conseils de gouvernement de 1832 à 1870 (sous-série 3F du gouvernement général d’Algérie).
S’ajoutent à cet ensemble l’état civil de l’Algérie (717 028 images) et les registres matricules militaires (427 945 images).
Près de 1,2 million d’images sont encore en cours de contrôle, de retraitement et d’indexation en prévision de leur mise en ligne (voir liste ci-dessous).

Perspectives de travail pour la période 2020-2024

… en matière de traitement, de description de fonds et de rétroconversion des fonds

Des classements sur de grands ensembles sont à terminer (renseignements généraux d’Oran, préfecture de Constantine) ; d’autres classements seront entrepris (ministère du Sahara, secrétariat général du gouvernement général de l’Algérie). Le classement des archives des communes mixtes sera poursuivi et achevé, tout comme celui des dossiers de procédure de non-lieu issus des tribunaux algériens des régions de Constantine et d’Alger (voir tableau détaillé en annexe).

Entre 2020 et 2024, 1 200 m.l. auront ainsi fait l’objet d’un classement (87 % de l’ensemble). Resteront à classer environ 1 100 m.l.

Un marché de rétroconversion de l’ensemble des instruments de recherche existant aux ANOM est en cours, dont l’objectif est que tous ceux relatifs à l’Algérie soient mis en ligne d’ici 2024. Il portera donc sur les 275 instruments en recherche non encore accessibles via le portail IREL.

Cette opération concernant les instruments de recherche relatifs à l’Algérie est d’autant plus prioritaire que les chercheurs algériens sont nombreux à travailler sur ces fonds.

… en matière de numérisation de documents

Comme évoqué précédemment, des fonds déjà numérisés seront mis en ligne progressivement (notamment le fonds du sénatus-consulte du gouvernement général de l’Algérie relatif à la délimitation des tribus et des douars).

Cette mise en ligne permettra d’avoir accès à 320 m.l. d’archives, qui représentent l’ensemble des fonds numérisés sur l’Algérie jusqu’en 2020.

La numérisation sera poursuivie par des séries relatives à la propriété indigène (séries M du gouvernement général). En 2024, plus de 70 m.l. compléteront les fonds précédemment numérisés, soit 390 m.l. au total.

Dans le même temps, les ANOM transmettront à l’Algérie l’ensemble des inventaires réalisés au fur et à mesure du classement des fonds, ainsi qu’une copie des fonds numérisés.

… en matière de recherches administratives et historiques

Les ANOM envisagent la rédaction d’un guide de recherches administratives sur l’Algérie (recherches sur la nationalité, l’état civil, le recrutement militaire, les assignations à résidence…) en lien avec le SIAF et les services d’archives du ministère des Armées et du ministère des Affaires étrangères.

L’absence d’information relative aux fonds d’archives antérieurs à 1962 actuellement conservés en Algérie est fortement préjudiciable à l’orientation des chercheurs, professionnels ou amateurs, et des particuliers, notamment des citoyens algériens, toujours plus nombreux à solliciter les ANOM pour des documents qu’elles sont pourtant réputées ne pas détenir (état civil indigène, cadastre, actes notariés, jugements civils et correctionnels, etc.).

Les ANOM participent enfin aux travaux interministériels pilotés par le SIAF concernant la facilitation de l’accès aux archives relatives aux disparus de la guerre d’Algérie, pour la part qui les concerne : dérogations générales, déclassifications, guide sur les archives. Ces travaux déboucheront ensuite sur l’élaboration commune d’un guide des sources sur la guerre d’Algérie.

Documents ottomans

Parmi les archives territoriales transférées partiellement lors de l’indépendance ont été retrouvés, au fur et à mesure des classements, des documents dits « ottomans » antérieurs à la présence française en Algérie et rédigés en langue turque.

Ces documents ont fait l’objet à diverses reprises de restitution à l’Algérie :

– en 1967, André Chamson a remis à l’ambassadeur d’Algérie 450 registres ou cahiers (soit 47 cartons) ;

– en 1975, Valéry Giscard d’Estaing a remis lors de sa visite en Algérie des registres originaux en langues turque et arabe (152 cartons) ;

– le 6 décembre 1981, l’ambassade de France en Algérie a remis des registres turcs antérieurs à 1830 (15 cartons) ;

– le 21 octobre 2001, des traités de la série C du gouvernement général d’Algérie « archives espagnoles » (XVIe-XIXe siècles) (4 cartons) et des documents divers non classés des XVIIIe-XIXe siècles (2 cartons).

À l’occasion du dernier récolement des ANOM en 2018, un reliquat de 10 cartons a été retrouvé et pourrait faire l’objet d’une restitution à l’Algérie. Le fonds comprend des documents financiers et comptables et des cahiers d’exercices de grammaire arabe (XVIIe-XIXe siècles).