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En Algérie, on ne se reconnaît pas dans les violences des supporters en France

Boualem Sansal :

« réputation d’incivilité et de vulgarité »

Vus d’Algérie, à l’heure des manifestations pacifiques, les dérapages français de supporters des Fennecs ne passent pas. Deux identités se font face : l’une, réelle et construite ; l’autre, rêvée et confuse.

« Eux, c’est eux et nous, c’est nous ! » plaisante la voix au téléphone, entre gouaille et irritation. De son balcon du Telemly, joli quartier des hauts d’Alger, Farouk, 28 ans, préparateur en pharmacie, veut remettre la Méditerranée entre lui et « les cousins », comme il appelle les Franco-Algériens descendus en masse dans les rues de l’Hexagone, de Paris à Marseille, le drapeau algérien à la main pour fêter, casseurs hélas à l’appui, la victoire en demi-finale de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des nations. Le jeune Algérois n’apprécie pas du tout : « Des pillages l’autre semaine, près de 300 interpellations la nuit du 14 juillet, c’est de la folie ! On n’est pas les mêmes, nous, on crie “silmiya”, “pacifisme”, dans toutes les rues du pays depuis cinq mois en prenant des risques. Eux, en quoi nous aident-ils ? Le comportement de quelques irresponsables conforte les racistes et le Rassemblement national ! »

« Il y a plus d’interpellations en France après un match de foot que durant cinq mois de manifestations en Algérie ! »

Comme en écho, l’écrivain Kamel Daoud tweete : « La fête doit être digne et responsable partout. Fière et pacifique. C’est comme ça qu’on peut vaincre les adversités… » Et la fête, dans toutes les villes d’Algérie, ils l’ont faite. Sans débordements autres que la joie.

L’écrivain algérien Boualem Sansal, fin observateur du mal-être identitaire de son pays, réagit aux violences de supporters algériens en France dans la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019, dont la finale Algérie-Sénégal se déroule  vendredi 19 juillet au Caire.

UN JEUNE  algérien chante du Francis Cabrel MAGNIFIQUE

« Nous, Algériens, avons rarement l’occasion d’être fiers de nous. Constamment, nous vivons dans la honte de ce qu’ont fait de nous et de notre pays ceux qui nous gouvernent depuis

l’indépendance. Partout dans le monde, « Algérien » rime avec « vaurien ». Cette réputation d’incivilité et de vulgarité est dure à porter pour ceux d’entre nous qui vivent dans le respect d’eux-mêmes et le respect de l’autre.

Je crois que le hirak (le « mouvement ») du 22 février, au-delà des revendications politiques, est vraiment venu nous laver de cette honte et nous a permis de retrouver la lumière et le bonheur de vivre en paix avec les autres. Mais aussi de punir les responsables de cette descente aux enfers de tout un peuple, soixante ans durant. Par Martine Gozlan