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La criminalité en ligne toujours plus sophistiquée.

Daech tente d’obtenir des fonds auprès de leurs sympathisants.

Daech a besoin d’argent pour entretenir ses troupes ou inciter de nouveaux adeptes à commettre des attentats – En 2014, l’organisation tirait des revenus colossaux du contrôle d’un territoire riche en hydrocarbures, peuplé de 7 millions d’habitants, à cheval sur la Syrie et l’Irak. « Mais avec le recul qu’ils enregistrent sur le terrain, les djihadistes sont de plus en plus dépendants de sources extérieures de financement »

Où qu’ils se trouvent géographiquement, ils tentent d’obtenir des fonds auprès de leurs sympathisants en ayant recours au financement participatif. Le principe est simple : n’importe qui peut ouvrir une cagnotte en ligne afin de collecter des dons, par exemple pour offrir un cadeau d’anniversaire. A partir de là, il est possible de détourner du but annoncé la somme recueillie et de la reverser à un groupe terroriste ou un individu cherchant, par exemple, à acheter une arme pour commettre un attentat.[1] Tracfin, le service de renseignement chargé de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, passe au scanner ces millions de cagnottes pour détecter les cas suspects.  Cependant, pour gagner de l’argent via Internet et les réseaux sociaux, l’imagination des djihadistes est sans limites. Sur Instagram, cette application très populaire de partage de photos, on ne trouve pas que des selfies d’ados ou des images de « chats mignons ». On y débusque aussi des offres commerciales très particulières : des bijoux ornés d’inscriptions et de motifs caractéristiques de groupes djihadistes, des tee-shirts arborant un logo KHUYA, (qui signifie mon frère), une scène de décapitation d’un prisonnier par un tueur de Daech… Un merchandising macabre qui allie propagande et gains financiers.  Procédé plus étonnant, quand on connaît la pudibonderie affichée par les adeptes du salafisme djihadiste : « l’arnaque aux sentiments ». Un classique pour certains escrocs du Web. Sur un site de rencontres, un homme parvient à séduire une femme en lui faisant une cour assidue, uniquement par messagerie interposée. Au bout de quelques semaines, l’homme évoque ses déboires financiers et obtient de la femme amoureuse un « prêt » de quelques milliers d’euros. Une fois l’argent empoché, le prince charmant s’évanouit dans la nature… En 2017, des enquêteurs du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N), unité informatique d’élite de la Gendarmerie nationale, ont détecté le cas d’un homme fiché S qui était parvenu à extorquer près de 100 000 euros auprès de plusieurs dizaines de victimes éplorées.  Autre source de revenus potentiels : les quêtes sur les marchés, la vente de produits islamiques classiques – vêtements, livres, parfums sans alcool… -, dont les bénéfices peuvent être également clandestinement reversés à des individus ou organisations gravitant dans l’orbite de groupes djihadistes. « Les sites marchands sur Internet sont dans leur quasi-totalité parfaitement légaux, mais parfois l’un d’entre eux est en lien avec des comptes Twitter ou Facebook qui relaient de la propagande terroriste, explique le colonel Nicolas Duvinage, chef du C3N. Dans ce cas, nous poursuivons les investigations et, le cas échéant, nous signalons les faits à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). »  Le gendarme du Web ajoute : « Un site marchand de produits islamiques est une source de revenus, mais il permet aussi d’entrer en contact avec une multitude de clients. Un commerçant radicalisé et mal intentionné peut essayer de détecter des individus sensibles aux thèses djihadistes. » Dans ce cas, les échanges pourront se poursuivre via des messageries cryptées ou des forums Internet privés, auxquels il faut être invité pour accéder.  Dans la guerre permanente entre cybers djihadistes et policiers d’Internet, ces derniers marquent incontestablement des points. Au mois d’avril 2018, une opération menée par les services de police de huit pays, coordonnée par Europol, a permis de paralyser pendant quelques semaines les principaux médias de l’Etat islamique : l’agence « Amaq », qui diffuse les communiqués officiels, la radio sur Internet Al-Bayan ainsi que plusieurs sites. Quatre serveurs utilisés pour diffuser la propagande ont été bloqués.  Cependant, le principal compte Telegram par lequel communiquait l’agence « Amaq » n’a pas été mis hors service. A cette occasion, les services de police ont constaté que les informaticiens de Daech étaient parvenus à usurper les noms de domaine sur Internet de grandes sociétés pour diffuser leur propagande.

  • En France, la plateforme « Pharos»,[2] dépendant du ministère de l’Intérieur, qui permet au public de signaler des contenus illicites, a enregistré 6 253 signalements à caractère terroriste en 2017, contre 11 422 en 2016.[3]  Surtout, à la demande expresse des pays du G7, les géants d’Internet ont pris l’engagement, en octobre 2017, de supprimer les contenus en ligne faisant l’apologie du terrorisme. Facebook affirme supprimer 99,5 % de ces messages avant même qu’ils s’affichent, grâce à un algorithme de détection. Twitter revendique un taux de succès de 93 %, Google, de 81 %.  L’étau numérique se resserre donc, mais les djihadistes adaptent leurs usages et leurs messages. Les réseaux sociaux bloquent à tout-va ? La propagande réapparaît sur des forums Internet « à l’ancienne ». La confidentialité est nulle, mais le public potentiel est décuplé… « La tonalité des messages évolue. On relève moins d’imagerie ultra-violente, mais plutôt des messages insidieux, surfant sur les failles identitaires, en présentant les musulmans comme d’éternels boucs émissaires, explique Muriel. Domenach, secrétaire générale du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation. En martelant un discours victimaire, complotiste et antisémite, on voit que cette propagande vise à toucher un public endogène, sur le territoire national, comme s’il s’agissait de constituer pour l’avenir une armée de réserve. » Face à l’idéologie apocalyptique de Daech, entièrement tournée vers le jour du Jugement dernier, la lutte contre le cyberdjihadisme a des allures de guerre sans fin.  
  • [1] Escroquerie, pédophilie, racisme…Chaque jour, la plateforme internet-signalement.gouv.fr reçoit des centaines d’alertes lancées par des internautes.

[1] Article de Boris Thiolay, reporter au service Enquêtes de L’Express.

[2] Escroquerie, pédophilie, racisme…Chaque jour, la plateforme internet-signalement.gouv.fr reçoit des centaines d’alertes lancées par des internautes.