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Raphaël Doan : « Sur l’assimilation…

Publié le 11 janvier 2021
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 …nous sommes devenus hypocrites »

Alors que le Parlement va examiner le projet de loi sur le séparatisme, anatomie du « gène » français de l’assimilation avec l’historien Raphaël Doan.

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron lors de la ceremonie organisee au Mont-Valerien, le 18 juin 2020.
Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron lors de la cérémonie organisée au Mont-Valérien, le 18 juin 2020.  © LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
Par François-Guillaume Lorrain
Il n’y a plus qu’à droite toute qu’on emploie ce terme connoté d’« assimilation », notion théorisée par la gauche au XIXe siècle pour évoquer le « devenir-français » des immigrés. Le dernier président à s’y risquer fut Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire en 2016. Il n’est pas exclu qu’Emmanuel Macron fasse retirer le terme, présent encore, dans le Code civil. L’assimilation fait cependant partie de l’ADN français, d’une politique menée depuis des siècles, élaborée dans les colonies, comme le décrit avec précision Raphaël Doan. Dans son ouvrage*, le jeune historien brosse une brillante fresque de la notion depuis les Grecs, les Romains, en passant par l’Islam, les Etats-Unis et le Japon. À cet égard, la France, qui n’a jamais varié jusqu’à la fin des années 1970, s’est inscrite, comme souvent, dans les pas de la Rome antique. Cette constante, qui fut aussi un rêve, une utopie, jalonnée d’échecs, raconte donc une certaine histoire de France. Doan analyse fort bien aussi les raisons de son abandon au profit d’autres notions plus souples – l’intégration, l’insertion –, sans que le pays, pour le moment, ne succombe au multiculturalisme, étranger à sa culture. Mais, à l’heure où se prépare le projet de loi sur le séparatisme, Doan montre que la France continue, comme Monsieur Jourdain, à pratiquer l’assimilation sans le savoir, ou plutôt en feignant de ne pas vouloir le savoir. Le mot, qui rappelle trop l’empire colonial, a été passé à la trappe, mais la chose demeure. Une hypocrisie, une gêne qui résume bien l’un des malaises français.

*Le Rêve de l’assimilation (éd. Passés composés, 350 p., 22 €). Parution le 13 janvier.

Le Point : Qui, le premier, a mis en pratique sinon théorisé l’assimilation ?

Raphaël Doan : En Occident, on peut penser à Alexandre le Grand, qui a eu l’intuition, après ses conquêtes, que des peuples de culture différente pourraient rejoindre la civilisation grecque. Dès qu’il y a impérialisme se pose la question de l’assimilation. Avant lui, les Grecs n’étaient pas assimilationnistes : les Athéniens ou les Spartiates formaient un club très fermé, inaccessible aux étrangers. Les premiers à avoir pratiqué l’assimilation de manière intensive, ce sont les Romains, peuple plus spontanément ouvert vers l’extérieur, plus universaliste. Or il existe un lien étroit entre universalisme et assimilation. À Rome, fondée selon la légende par un agrégat de bandits de diverses origines, n’importe qui pouvait devenir romain, à condition de parler latin, de vivre à la romaine et de prendre un nom romain. On connaît des empereurs venus d’Espagne ou d’Afrique, et ils sont indistinguables des Romains d’origine. Mais, vers la fin de l’Empire, la romanisation a connu un coup d’arrêt. Peut-être la romanité est-elle devenue trop abstraite après l’édit de Caracalla, qui accordait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire. Si tout le monde est romain, qu’est-ce que veut dire être romain ? On a vu des généraux censément romains mais portant des noms germains. Fin de l’Empire et fin de l’assimilation romaine sont allées de pair, s’entretenant réciproquement.

L’historien Bernard Lewis relève le pouvoir d’assimilation étonnant de la culture arabe. Qu’est-ce qui l’explique ?

L’Islam a donné une dimension universaliste et donc assimilatrice à une culture arabe d’abord tribale et plutôt fermée à l’étranger. Cette culture a en outre été raffinée par des apports venus des régions conquises (grammairiens perses, architectes byzantins…), ce qui en a fait une civilisation brillante et séduisante. Car l’assimilation arabe médiévale n’est pas qu’une conversion religieuse. On constate même chez les non-convertis, juifs ou chrétiens, une assimilation culturelle à la civilisation arabo-musulmane. En Espagne andalouse, des chrétiens se passionnent pour la culture et la poésie arabe. L’islam est essentiel à la diffusion de la civilisation arabe, mais celle-ci ne s’y réduit pas.

C’est une constante en France et ailleurs, les racistes sont systématiquement contre l’assimilation, puisque leur hiérarchie des races parie sur son impossibilité.

Le terme assimilation prend une acception culturelle et non plus biologique au XVIIe siècle chez les Anglais, qui constatent sa réussite chez les Hollandais, mais ce sont les Français qui théorisent la notion et en font le plus grand usage. Pourquoi ce « gène » français de l’assimilation ?

La France est le pays de l’assimilation d’abord parce qu’elle est elle-même le produit d’une assimilation, étatique et administrative. Au XVIIIe siècle, de nombreux auteurs soulignent qu’il n’y a pas de pays où les habitants se ressemblent plus entre eux. Les monarques absolus, Louis XIV notamment, se sont souciés que les nouvelles provinces annexées vivent à la française. Cette « francisation » – on ne parle pas encore d’assimilation – est aussi expérimentée au Canada par Colbert, dont le raisonnement est le suivant : puisqu’il y a si peu de Français qui s’y installent, transformons les Indiens en Français, afin de faire nombre. L’argument démographique est classique pour l’époque : la population est source de richesse et de force militaire. L’idée est un peu naïve et échouera. Mais les colonies opèrent comme un laboratoire où s’éprouve cette recherche cartésienne d’homogénéité, fondée sur un ethnocentrisme dénué de racisme. C’est une constante en France et ailleurs, les racistes sont systématiquement contre l’assimilation, puisque leur hiérarchie des races parie sur son impossibilité. D’autres ingrédients alimentent l’assimilationnisme français : la conviction que la France est l’héritière de la Rome antique, qui pratiquait, on l’a vu, cette politique, mais aussi l’universalisme issu des Lumières et de la Révolution, amplifié par la IIIe République colonialiste. La « mission civilisatrice » de la France est une mission d’assimilation. Dans le même temps, les Anglais se contentaient d’un multiculturalisme pragmatique, quand ils ne pratiquaient pas l’extermination plus ou moins avouée des autochtones…

Lire aussi Pourquoi le racisme n’est pas le principal problème des minorités

L’assimilation à la française sera pourtant un échec…

Dans l’empire, elle est généralement demeurée un rêve. En 1960, on tentait encore de franciser massivement l’Algérie rurale. Or, pour réussir une assimilation, il faut une pression démographique. La France échoue dans ses colonies, car très peu de Français s’y installent pour répandre leur mode de vie. Mais, en métropole, l’assimilation a été un succès, notamment grâce à des mesures administratives exigeantes. Dans le Code de la nationalité de 1927, on avait placé l’assimilation au centre des demandes de naturalisation. On évaluait très minutieusement le degré d’assimilation de chaque candidat. Les vagues d’immigration du début du XXe siècle ont été entièrement assimilées, de même que beaucoup d’indigènes venus de l’empire s’installer en France.

Vous situez la fin de l’assimilation en France à la fin des années 1970 ? Pour quelles raisons y renonce-t-on ?

C’est d’abord la fin de l’empire qui porte un coup fatal à cette notion élaborée dans les colonies. L’assimilation à la France a été rejetée par les peuples colonisés, d’où un grand abattement de nos élites administratives. Au surplus, l’immigration ne devait être qu’une immigration de main-d’œuvre et non de peuplement. Pourquoi assimiler des individus qui ne sont pas voués à rester ? Dans le même temps, on assiste à un éloge croissant de la différence et de la diversité. Nos intellectuels diffusent des idées qui vont à rebours de l’assimilation : Deleuze prône le « devenir-minoritaire de tout le monde », Derrida défend une politique de l’hospitalité fondée sur l’altérité. D’autres termes, comme « intégration » ou « insertion », prennent le pas. Ils sont d’abord lancés par la gauche, qui avait pourtant théorisé l’assimilation sous la IIIe République, puis repris par la droite. Notons que la notion n’a pas stricto sensu disparu du droit français, même si Emmanuel Macron, qui refuse le terme, a tout récemment évoqué la possibilité qu’on le supprime.

Vous évoquez Derrida, Deleuze, Foucault. Des penseurs très bien reçus aux Etats-Unis, où, au même moment, le multiculturalisme prend son essor.

Mais pour d’autres raisons, spécifiques à ce pays. L’« américanisation », un mouvement né pendant la Première Guerre mondiale et visant à un melting-pot 100 % américain, recule au profit du pluralisme culturel. Cette dernière notion était née dans les années 1930 sous la plume de Horace Kallen, qui incitait à valoriser les origines de tous les étrangers. Les Etats-Unis avaient mené une politique d’assimilation efficace mais gravement limitée, puisqu’elle excluait les Indiens et les Noirs. Dans les années 1960, ce sont ces angles morts qui sapent sa légitimité : l’assimilation est dénoncée comme un leurre dirigé contre les minorités. En 1974, une loi oblige les écoles à proposer aux élèves un enseignement de leur langue ; progressivement, les Etats-Unis encouragent le multiculturalisme. Ce n’est que récemment que le mot assimilation est réapparu dans le débat public américain.

Lire aussi Julien Dray : « Sur la laïcité, Mélenchon a pris des positions qui interpellent »

Vous citez les propos du ministre Maurice Schumann, qui mentionne en 1969 des îlots étrangers en métropole « imperméables à l’assimilation ». Si le terme « séparatisme » n’existe pas encore, a-t-on affaire à ses prémices ?

Dès 1927, un ministre de la Justice parlait d’assimiler les immigrés pour faire « obstacle à la constitution de groupements étrangers et homogènes ». L’actuel projet de loi sur le séparatisme s’ancre dans la tradition française d’assimilation, mais sans l’assumer. Malgré les injonctions de l’opinion internationale, le multiculturalisme reste chez nous inenvisageable, mais nous avons peur de parler d’assimilation. Alors nous sommes devenus hypocrites : nous avons justifié la loi sur le port de signes distinctifs à l’école par la laïcité, mais c’est un cache-sexe de l’assimilation. Ce modèle assimilationniste qui ne dit pas son nom est schizophrène, les immigrés et leurs enfants sont soumis à des injonctions contradictoires : d’une part, on leur envoie de multiples signaux pour qu’ils imitent nos mœurs, d’autre part, on affirme que leurs origines doivent être valorisées. Nos interminables débats sur l’identité française sont également liés à l’assimilation. Qu’est-ce qu’être français ? Si nous avons ce débat, c’est uniquement parce qu’une minorité ne s’assimile plus, c’est-à-dire qu’elle ne partage pas, très concrètement, le mode de vie français. Ils ont une autre vision des relations entre les sexes, des habitudes alimentaires ou vestimentaires. De ce point de vue, le projet de loi, qui veut réaffirmer les « valeurs de la République », me paraît trop abstrait. Ce qui pose problème, ce sont plutôt des manières de vivre au quotidien que de grands principes. Nous n’assumons pas notre politique d’assimilation. Or toute assimilation qui ne s’assume pas est vouée à l’échec.

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Le roman, paru chez Gallimard, a remporté le prix Goncourt 2020.

Publié le 11 janvier 2021
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Hervé Le Tellier: «L’Anomalie se prête à une adaptation en série»

Le roman, paru en août chez Gallimard, a remporté le prix Goncourt 2020. Et rencontre un succès de ventes en librairie. Entretien avec son auteur.

Par Etienne Sorin
 
Hervé Le Tellier. Francesca Mantovani/©MANTOVANI ©Gallimard/Opale

La meilleure série française du moment est un roman. L’Anomalie(Gallimard), d’Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020 et succès phénoménal en librairie avec 800.000 exemplaires vendus. En 2021, un vol Paris-New York transporte les mêmes passagers à trois mois d’intervalle. Une duplication surnaturelle qui bouleverse la vie des personnages victimes de ce dédoublement. Entretien avec un auteur qui doit autant à Italo Calvino qu’à la pop culture.

Comment expliquez-vous le succès de votre roman L’Anomalie?

Hervé LE TELLIER. – Il y a avant tout des raisons objectives. Le confinement, le prix Goncourt, qui est un facteur multiplicateur puisque le livre se vendait bien avant même son obtention (autour de 45.000 ventes). Et puis le fait que c’est une vraie fiction, une évasion. Je voulais une profusion de personnages et un jeu avec les genres, de la science-fiction au polar en passant par le roman sentimental, en rendant le lecteur complice de ce jeu. J’assume son côté populaire.

Cette dimension chorale fait beaucoup penser à la série, un médium très populaire.

Ce n’était pas quelque chose de conscient au départ. C’est en l’écrivant que je me suis rendu compte que ça se prêtait à une adaptation en série. Mon agent, Laure Pécher, a présenté le roman en mars, bien avant sa parution, dans le cadre du festival Séries Mania, qui s’est tenu en virtuel à cause du Covid. La boîte de production 247 Max a pris une option sur les droits à ce moment-là. Avec le Goncourt, les choses s’accélèrent, le livre a été acheté dans 35 pays et maintenant il faudrait trouver une production américaine pour respecter la logique du récit, situé en grande partie aux États-Unis, et bénéficier de moyens importants. En l’écrivant, je ne me suis pas fixé de limites ni privé d’effets spéciaux! Quand Tolstoï écrit Guerre et paix, il a toute l’armée du tsar. Moi, j’ai eu le Pentagone et la Maison-Blanche!

L’imaginaire du roman est très américain. On croise un tueur à gages, un vétéran de la guerre en Afghanistan, une avocate redoutable, un professeur à Princeton, le FBI, la CIA, la NSA et même le président des États-Unis…

C’est un choix de gamin, je me suis amusé en prenant des stéréotypes. J’ai bien sûr pensé à Lost, la série sur cet avion qui s’écrase sur une île mystérieuse. Il y en a plein d’autres dont on m’a parlé et que j’ai découvertes après avoir écrit L’Anomalie. Manifest, sur les passagers d’un vol entre la Jamaïque et New York qui atterrissent cinq ans après avoir décollé et sont présumés morts. The Leftovers, qui imagine la disparition du jour au lendemain de 2 % de la population de la surface de la terre, elle aussi fascinante à partir de la question «Et si?». Ou encore Sense 8, qui met en scène des personnages de plusieurs pays connectés entre eux, et Black Mirror, série britannique qui pousse un peu plus loin les possibilités des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Il y a cette idée qu’on peut créer des avatars qui expérimentent des choses à notre place. Les conséquences sont souvent terrifiantes.

Outre les séries, le cinéma et la pop culture sont des références très présentes.

Ces références à la pop culture créent un effet de réel, elles ancrent le fantastique dans un quotidien qui ressemble au nôtre. Blake, le tueur à gages, est influencé par Hollywood. À travers lui, je rends hommage à Mickey Spillane, le créateur de Mike Hammer, jugé trop violent dans les années 1950 par les ligues de vertu. Je cite aussi Rencontre du troisième type, Docteur Folamour, Interstellar, Ed Sheeran et Elton John. Le personnage de David, qui meurt à chaque fois, peut faire penser à Un jour sans fin.

Donald Trump, lui, ne connaît que Star Trek…

Je fais de Trump un personnage et d’ailleurs je ne cite jamais son nom. Pour lui expliquer la situation, ses conseillers lui proposent une imagerie d’adolescents qui lui parle, donc Star Trek. J’ai fini d’écrire L’Anomalie en janvier 2020, il me paraissait évident que Trump serait réélu. Sans le Covid, il l’aurait sûrement été. Dans l’univers en arborescence du livre, on peut très bien penser qu’il existe une branche de réalité dans laquelle il reste le président des États-Unis.

L’Anomalie est une sorte de dystopie qui résonne avec la pandémie.

La déréalisation dans laquelle nous vivons, faite de masques et de couvre-feux, trouve un écho avec celle du livre mais elle dépasse amplement ce que j’ai pu imaginer.

Vous abordez le thème du double en confrontant les passagers du vol de mars avec ceux du vol de juin…

Le titre provisoire était L’Incident Dostoïevski. On trouve aussi le double chez Gogol ou K. Dick, chez qui il est un clone. Le thème de la virtualité du monde date d’au moins trente ans, mais la thèse de la simulation, je la dois à Nick Bostrom, philosophe suédois, probabiliste et professeur à Oxford, à qui j’ai demandé de valider ma fiction.

Le cœur battant du livre, c’est l’amour, non?

Oui, c’est la limite de la duplication et le nœud du problème. Quand on aime quelqu’un, on n’est pas prêt à le partager. On ne peut pas non plus aimer deux personnes. Et autant on peut rivaliser contre un autre, autant, si l’autre, c’est nous, comment lutter? Question essentielle et existentielle.

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«Ces faits qui font craindre…

Publié le 11 janvier 2021
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…de nouveaux attentats islamistes en France»

Fin septembre, peu avant les nouvelles attaques terroristes qui ont récemment frappé la France, Jean-Charles Brisard et Thibault de Montbrial alertaient déjà sur le risque d’actions violentes ciblées venant de la mouvance de l’islam radical, renforcée par la remise en liberté progressive de nombreux condamnés pour terrorisme.

Par Jean-Charles Brisard et Thibault de Montbrial
Jean-Charles Brisard et Thibault de Montbrial. SIPA / IBO/SIPA / FABRICE SCHIFF / FABRICE SCHIFF

Jean-Charles Brisard est président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT).
Thibault de Montbrial est avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI).


Il y a quelques jours, nous alertions les pouvoirs publics sur la présence et l’activisme accrus dans l’espace public de prévenus pour des faits de terrorisme ou d’anciens détenus condamnés pour des faits liés au terrorisme islamiste (TIS) ayant purgé leur peine.

Il s’agit d’une tendance émergente, observée depuis plusieurs mois et liée à de nombreuses sorties de prison. Elle témoigne, de la part des intéressés, d’une volonté manifeste d’intimidation, sinon de harcèlement à l’égard des institutions publiques et privées impliquées dans la lutte contre le terrorisme ou la défense des victimes.

Cette situation est d’autant plus marquée dans le contexte du procès des attentats de janvier 2015, qui s’est ouvert le 2 septembre. À partir du 10 septembre dernier, des menaces étaient émises et réitérées par al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) et l’État islamique (EI), contre la France et Charlie Hebdo , notamment après la republication des caricatures dans l’hebdomadaire. Ainsi, le 10 septembre, Aqpa diffusait un communiqué officiel appelant à prendre pour cible «les employés du journal (…), son directeur et ses dessinateurs» et à soutenir «les accusés dans l’affaire Charlie Hebdo». L’organe médiatique al-Kifah Media, proche d’al-Qaida, diffusait le même jour un communiqué appelant à tuer ceux qui insultent le Prophète, désignant nommément trois des responsables du journal Charlie Hebdo. Le 11 septembre, l’organe médiatique d’al-Qaida,
as-Sahab Media, diffusait le périodique One Ummah, réitérant les mêmes menaces contre la France et Charlie Hebdo. Plusieurs appels à frapper notre pays ont également été lancés par des sympathisants de l’État islamique depuis lors.

Cet activisme se manifeste en France même par des menaces de mort explicites et ciblées ainsi que par des provocations, parfois physiques. Leurs auteurs menacent des institutions publiques ou privées ainsi que des personnes nommément désignées, notamment via les réseaux sociaux. Ces menaces sont proférées le plus souvent en toute impunité, protégées qu’elles sont par l’anonymat et surtout par le refus de ces plateformes d’agir en conséquence. Le fait que des menaces de mort enfreignent la loi française mais pas les règles d’utilisation des plateformes internet est devenu inacceptable.

Il est désormais fréquent de croiser dans le public de ces audiences d’anciens membres de l’État islamique, des « frères d’armes » des prévenus ou des individus radicalisés

L’activisme de la mouvance islamiste radicale endogène se manifeste également par une présence désormais désinhibée de ces personnes dans l’espace public. Ainsi, d’anciens détenus pour des faits liés au terrorisme islamiste sont régulièrement présents aux audiences pénales, devant le tribunal correctionnel comme devant la Cour d’assises spécialement composée. Il est désormais fréquent de croiser dans le public de ces audiences d’anciens membres de l’État islamique, des «frères d’armes» des prévenus ou des individus radicalisés. Ils sont régulièrement impliqués dans des incidents qui se produisent en marge de ces audiences et qui ne témoignent pas seulement d’un soutien aux prévenus mais également d’une défiance à l’égard des institutions et du prolongement d’un combat idéologique. Il s’agit d’insultes et de menaces verbales, y compris contre les magistrats, de manifestations d’hostilité et parfois de filatures de nos collaborateurs.

Factu : peut-on surveiller les terroristes libérés ?
D’ici les trois prochaines années, près de 150 terroristes seront sortis de prison après avoir purgé leur peine. Leur suivi pose question sur le respect du droit et des libertés individuelles. Peut-on les surveiller ?
 

Ainsi, lors du procès des attentats de janvier 2015, plusieurs individus connus des services ont été identifiés dans le public.

Ils sont également présents à d’autres événements publics en lien avec le terrorisme tels que des conférences sur ce thème, où ils adoptent une attitude de défiance, soit en tentant de déjouer les filtres et les contrôles de sécurité, soit en perturbant ces manifestations.

Pareilles provocations se manifestent également au quotidien par des appels téléphoniques, des courriels et des courriers d’intimidation de la part de ces personnes. Le croira-t-on? On ne compte plus les démarches de signalement que les intéressés opèrent auprès des réseaux sociaux dans le but d’obtenir le retrait de contenus relatifs au terrorisme. Une plainte surréaliste a même été déposée pour avoir révélé un projet d’attentat dont le plaignant est lui-même le protagoniste.

Le procès des attentats de janvier 2015, en tout point hors normes, a entraîné un regain d’activité et d’hostilité dans la sphère islamiste endogène, sur l’ensemble du spectre des individus radicalisés, avec les encouragements des principaux groupes djihadistes. Face à cette situation, on reste confondu par la naïveté, la complaisance et parfois la lâcheté de certains observateurs.

Les menaces et incidents à l’encontre des acteurs de ce procès sont multiples, elles visent des parties civiles, des témoins, notamment des membres de Charlie Hebdo – en particulier sa DRH, qui a dû être exfiltrée en urgence de son domicile – ainsi que deux avocats.

Combinés à un calendrier symboliquement chargé en cette fin d’année 2020 tant sur le plan judiciaire (procès des attentats de janvier 2015, de l’attaque avortée de Villejuif, puis de celle du Thalys) que politique (projet de loi annoncé contre le séparatisme), ces éléments nous conduisent à craindre une résurgence d’attaques terroristes sur notre territoire.

Dans un contexte marqué par une menace terroriste endogène protéiforme, diffuse et largement imprévisible, en raison de passages à l’acte inspirés par la propagande des organisations djihadistes, l’hypothèse d’actions violentes ciblées contre des personnalités régaliennes ou engagées dans la lutte contre le terrorisme ou contre l’islamisme en général nous paraît devoir être sérieusement envisagée.

 
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«Le terrorisme djihadiste subsiste en Syrie et en Irak…

Publié le 11 janvier 2021
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…et menace toujours la France »

Les groupes djihadistes n’ont pas été éradiqués de Syrie et d’Irak, et continuent à participer à des attentats perpétrés en Europe, souligne Jean-Charles Brisard, le président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT).

Par Jean-Charles Brisard
«Des réseaux terroristes sont toujours actifs dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où le statu quo actuel profite aux groupes sur place», indique Jean-Charles Brisard. Illustration Fabien Clairefond

De nombreux actes terroristes perpétrés en 2020 –à Villejuif, Romans-sur-Isère, Colombes, Paris, Conflans-Sainte-Honorine et Nice-, dont les auteurs n’avaient pas de liens apparents avec des organisations terroristes ou des zones de conflit, attestent de la dimension désormais principalement endogène de la menace terroriste. Ce cycle ne saurait cependant faire oublier que la France, menacée par des organisations terroristes globales, fait face à un terrorisme protéiforme, dont la composante endogène n’est que l’un des fronts.

Croire que nous en avons terminé avec la menace constituée par les filières djihadistes syro-irakiennes après la défaite territoriale de l’État islamique serait une erreur majeure. Outre la menace intérieure, diffuse et entretenue par la propagande et l’idéologie de ces organisations, la menace projetée, qui se matérialise par l’envoi d’individus depuis la zone pour commettre en France des attentats organisés et commandités (menace certes affaiblie par l’action de la coalition internationale), est désormais portée par les individus membres de ces groupes encore présents en Syrie.

Les vecteurs de la menace en provenance de cette zone sont multiples.

Il s’agit en premier lieu des djihadistes détenus par les Kurdes, soit près de 200 Français adultes qui, moyennant quelques milliers de dollars, parviennent à s’évader de camps rudimentaires, avec le risque, à terme, soit de leur dispersion et de la reconstitution de capacités opérationnelles, soit d’une menace importée, avec des individus qui tenteraient de rentrer clandestinement en Europe pour y commettre des attentats.

Leur rapatriement s’impose depuis longtemps comme une évidence sur le plan judiciaire, afin qu’ils soient détenus dans des conditions garantissant leur neutralisation, puis jugés avec équité et sévérité. Elle s’impose également sur le plan sécuritaire, compte tenu du risque de dispersion que fait courir leur maintien sur zone. Enfin il s’impose, s’agissant des enfants, pour des considérations purement humanitaires, au vu des conditions de détention dans les camps du Nord-Est syrien.

Des réseaux terroristes sont toujours actifs à Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Près de 300 Français sont encore présents dans cette région

De récents procès ont également montré combien le témoignage de ces individus, dont certains ont évolué dans l’environnement d’auteurs d’attentats ou de projets terroristes en France, pouvait être décisif. Ainsi, l’ex-épouse d’un haut cadre de l’EI qui s’était enfuie d’un camp du Nord-Est syrien avant d’être arrêtée en Turquie et renvoyée en France, a permis d’établir le séjour syrien de Sid Ahmed Ghlam, l’auteur de la tentative d’attentat de Villejuif en 2015, qui affirmait ne s’être jamais rendu en Syrie. De même, elle a révélé aux enquêteurs qu’Hayat Boumeddiene, compagne d’Amedy Coulibaly, était toujours en vie.

Parallèlement, des réseaux terroristes sont toujours actifs dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où le statu quo actuel profite aux groupes sur place. Près de 300 Français sont encore présents dans ce foyer terroriste. Parmi eux, une centaine forme la brigade Firqatul Ghuraba constituée par le djihadiste Omar Diaby, une cinquantaine ont rejoint Hayat Tahrir al-Sham et une trentaine ont rallié la branche locale d’al-Qaida, Houras-al-Din. Plus d’une centaine sont liés à l’État islamique, et quelques autres ont formé des groupes combattants indépendants. Parmi ces djihadistes figurent des individus particulièrement aguerris, comme Farid Melouk et Slimane Khalfaoui, anciens du GIA et vétérans du djihad en Afghanistan et en Bosnie, ainsi que des Français déjà condamnés pour terrorisme.

Idlib est la principale zone d’exfiltration des djihadistes en Syrie. Beaucoup s’y maintiennent dans la clandestinité après avoir fui les zones de combats ou les camps du Nord-Est syrien, soit dans le but de s’y établir durablement, soit pour rejoindre la Turquie, tandis que d’autres demeurent actifs et en contact avec des acteurs endogènes de la menace, comme l’a rappelé l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine où l’assassin de Samuel Paty était en contact avec deux djihadistes géolocalisés dans la région d’Idlib.

La récente inculpation aux États-Unis d’un membre des chebab, nous rappelle que cette organisation n’a jamais renoncé à son objectif de frapper l’Occident

En Europe, plusieurs attentats déjoués ces derniers mois étaient liés à des cadres de l’EI basés à Idlib. Ainsi, en avril dernier, l’Allemagne a déjoué un attentat de ce type visant des bases militaires américaines.

La menace provenant de cette région peut être téléguidée ou importée, c’est-à-dire liée à la relocalisation en Europe d’ex-combattants d’organisations terroristes. Six acteurs de cette menace importée ont ainsi été détectés par les services de renseignement français depuis 2018.

La focalisation de la coalition sur la lutte contre l’EI en Syrie et en Irak, ainsi que l’instabilité régionale, ont rendu possible la relative impunité et la consolidation des groupes djihadistes dans la région d’Idlib – à de rares exceptions près (celles de frappes ciblées de la coalition contre des chefs djihadistes). Cette situation est une source majeure de risque à court, moyen et long terme. L’action de la France et de la coalition dans cette région doit être aujourd’hui amplifiée afin d’entraver la menace et d’en neutraliser les acteurs. Il s’agit en particulier d’empêcher la constitution de sanctuaires terroristes qui seraient des foyers de recrutement, de propagande et de menaces pour l’Europe et la France.

La menace extérieure provient également d’autres zones où l’EI et al-Qaïda disposent de filiales structurées et opérationnelles. C’est notamment le cas en Afghanistan, pays depuis lequel plusieurs projets visant l’Europe ont été déjoués ces dernières années et même ces derniers mois. De même que le théâtre libyen a été à l’origine de plusieurs actes terroristes en Europe, dont l’attentat du marché de Noël de Berlin en 2016. La récente inculpation aux États-Unis d’un membre des chebab, filiale est-africaine d’al-Qaida, qui avait suivi des cours de pilotage aux Philippines afin de commettre un attentat sur le sol américain similaire à ceux du 11 septembre 2001, nous rappelle que cette organisation n’a jamais renoncé à son objectif de frapper l’Occident.

 
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Régis Debray: «La France du XXIe siècle face à la guerre…

Publié le 11 janvier 2021
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…l’éternel retour des mêmes erreurs »

L’intellectuel et écrivain souligne que, pour la première fois depuis deux siècles, la France est gouvernée par une génération de «managers» qui n’ont participé, à titre personnel, à aucun conflit armé.  Par Régis Debray

«C’est le destin des guerres dans nos démocraties contemporaines de passer par trois phases: l’euphorie de la cause juste, la morosité de la guerre d’usure et la préparation du rapatriement des troupes», juge Régis Debray; Clairefond

Faire simple est difficile. Marx peut aider. J’entends les Marx Brothers. «Un enfant de 7 ans résoudrait ce problème!», s’exclame Groucho en maréchal, penché sur une carte d’état-major. Un silence, puis: «Faites venir un enfant de 7 ans.»

Que verrait cet ingénu en se penchant sur la France guerroyant vaillamment en Afrique? D’abord, qu’un cher et vieux pays pour lequel la mort de deux soldats en opération est un traumatisme national, avec un discours présidentiel et une émouvante cérémonie, est parvenu, dans sa société civile, à un point de sa trajectoire historique et à un degré de civilisation tels qu’il est pour lui déraisonnable de faire la guerre, où que ce soit. En 14-18, une journée à 1000 tués sur le front était une bonne journée et, à 10.000, dans une offensive, une mauvaise journée. Pour la première fois depuis deux siècles, la France est gouvernée par une génération qui n’a pas connu de guerre, civile, mondiale ou coloniale. Pour nos jeunes managers, enfants gâtés de l’histoire, les soldats sont des fonctionnaires en poste, tenus à des règles comptables, même si nos volontaires ont, eux, une plus haute idée de leur mission. Quand, de notre côté, rien ne vaut la vie et qu’en face la vie ne vaut rien, mieux vaudrait assigner à un service public (non encore privatisé), des taches moins exposées: psychologiques – patrouiller en ville -, technologiques – robotiser -, et plus urgentes – la cyberguerre.

Reste qu’une nation, comme un individu, hérite de son passé certaines compulsions de répétition, des «conduites incoercibles par lesquelles le sujet se place activement dans des situations pénibles sans se souvenir du prototype et avec l’impression très vive qu’il s’agit d’une chose pleinement motivée dans l’actuel» (Freud). L’une de ces conduites amnésiques porte en France le nom d’«opex» (opération extérieure). Soit un scénario immuable, comportant trois séquences.

Le trio utile sur les plateaux serait l’ethnologue, l’historien et le géographe, spécialistes des lieux, mais non nos leaders d’opinion

La première est à l’euphorie. Il est question non de conflit, mais d’intervention, pacification ou «stabilisation régionale». Les premiers succès poussent à l’optimisme. L’opération paraît de bon sens parce qu’elle n’a qu’un ennemi, partout le même: un «isme» multiface et conquérant. Hier, le communisme ; aujourd’hui, le terrorisme. Que des pays communistes aient pu en venir aux mains (URSS, Chine, Vietnam, Cambodge, etc.) prouve assez qu’il ne s’agissait pas d’une entité homogène. Le terrorisme l’est encore moins: pas de Moscou, ni de partis, ni de doctrine. Aussi ses praticiens d’occasion savent-ils fort bien s’exterminer les uns les autres (chiites et sunnites, par exemple). Quand on prend un qualificatif pour un substantif, on se trompe de sujet. On a oublié le fait national, religieux ou tribal. On escamote dans son discours une réalité complexe derrière une abstraction simpliste: définition de l’idéologie.

L’«isme» simplifie et facilite la vente à l’opinion. Le consensus est entretenu par l’expert, le baroudeur et l’intellectuel. Le premier (genre cadre de réserve) parlera tactique, matériel, renforcement des effectifs en vue du dernier quart d’heure (le «surge»). Le second (genre type bien) évoquera, retour d’une visite sur place, les affres mais aussi les difficiles vertus de l’engagement. Le troisième (genre phraseur) veillera aux majuscules, aux valeurs et à l’Occident. Jusqu’à transmuer des talibans en «freedom fighters» et des djihadistes en admirables rebelles.

Et, coiffant ce trio classique, se tient le donneur d’ordre. C’est le plus dangereux, parce que le locataire de l’Élysée ne connaît rien de la région où porter le fer, qu’il a le dernier sondage pour boussole et pense, s’il pense, à très court terme, à sa réélection.

Le trio utile sur les plateaux serait l’ethnologue, l’historien et le géographe, spécialistes des lieux, mais non nos leaders d’opinion. Le risque, avec ces savants trop discrets, serait de voir les choses se compliquer (montrant un enchevêtrementde traditions, tribus, climats, clans et confessions). La brillante invasion de la Libye s’est opérée, par exemple, sans consultation des connaisseurs du pays ni même de notre ambassadeur sur place, arabisant émérite. Un médiatique ignare servit de référence.

C’est un vieux paradoxe: les civils qui n’ont pas l’expérience du feu ni du service militaire sont beaucoup plus bellicistes que les militaires eux-mêmes

C’est ainsi qu’avec les meilleures intentions du monde – répondre à un appel au secours ou riposter à une atrocité (comme le massacre par le FLN algérien d’un village entier, Melouza) – des valeureux se retrouvent au milieu de populations dont on ignore et le passé, et la langue, et la religion, et la cuisine, et les structures de parenté. Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés, et l’autochtone sait bien que les Robocop tombés du ciel repartiront un jour ; après quoi viendront les règlements de compte (ce qui incite à la réserve). Sur le papier, l’homme des droits de l’homme n’a pas de mémoire, ni de dieux particuliers, ni d’ancrage au sol. Sur le terrain, il y a des surprises.

McNamara, l’ancien ordonnateur de la «guerre du Vietnam», a fait ses comptes dix ans après (le temps qu’il faut à un adulte pour parvenir à l’âge de raison). «Nous ne connaissions rien du Vietnam et de son peuple. Nous n’étions pas chez nous et nous ne pouvions que perdre cette guerre d’indépendance, malgré notre formidable supériorité militaire. Et notre théorie des dominos était fausse (si le Vietnam tombe, toute l’Asie s’écroule).» Mais il n’y a pas de leçons de l’histoire, et le franc-parler d’un responsable nord-américain courageux et matter of fact n’est pas à la portée de tous. Il n’a pas empêché son pays d’enchaîner imperturbablement sur la Somalie, l’Irak, l’Afghanistan et la Syrie – même veine, même amertume. Tout se passe comme si la France, à son échelle (5000 hommes, non 500.000), entendait poursuivre la lourde tâche (seule, quoique avec le soutien logistique et décisif du grand patron leading from behind).

Avec une différence notable: le complexe «militaro-industriel» compte peu, chez nous, à côté du complexe «militaro-intellectuel» (Pierre Conesa) où le boutefeu n’est pas celui qu’on croit. C’est un vieux paradoxe: les civils qui n’ont pas l’expérience du feu ni du service militaire sont beaucoup plus bellicistes que les militaires eux-mêmes, qui sont des gens pondérés et sachant de quoi ils parlent.

Le fait qu’il n’y ait jamais de précédent fait partie du tragique de l’histoire

La deuxième phase est à la morosité. Il y eut certes un bon départ, dans la capitale, vu l’écrasante disproportion des capacités (maîtrise complète du ciel, des mers et des grandes villes, satellites d’observation, drones, etc.), ainsi qu’un président qui a vu bondir à domicile sa cote de popularité, exulte et bombe le torse. La posture «chef des armées» est toujours d’excellent rapport. Mais peu après commence, dans l’inattention et l’indifférence générale (on a d’autres chats à fouetter), une guerre d’usure, enlisante et sans éclat, avec ses victimes et ses bavures. On en appelle alors aux «alliés», qui rechignent, en dépit d’un crochet humanitaire par l’ONU, car seul un empire peut bricoler de chic une «coalition internationale». Ce n’est pas dans nos moyens. La grande pensée, c’est une montée en puissance de forces locales, afin que ceux qu’on était venu sauver puissent devenir les sauveteurs des sauveurs.

On parlera donc de vietnamiser, afghaniser, sahéliser (etc.) une partie mal engagée, en entraînant et encadrant une armée «nationale et souveraine». C’est l’heure de la «nation building» à la charge d’un occupant étranger: le paradoxe ne fait rire personne. Résultat: corruption, désertions, double jeu et peu d’entrain. L’armée indigène et supposée flambant neuve, chargée de protéger les protecteurs, ne rendra pas les services attendus. Elle est d’emblée déconsidérée comme une force supplétive, et le sentiment anti-intervenant gagne la population. Elle s’exaspère et manifeste. Se lèvent alors, en métropole, des questions murmurées prudemment, puis bientôt à voix haute. À quoi bon tous ces morts? Tous ces dévouements pour de l’ingratitude? Et pourquoi tant de milliards dépensés au loin quand on en aurait tant besoin sur place ?

La troisième phase est l’organisation en sous-main du retour à la maison. Elle commence par la dénonciation officielle des «lâches partisans de l’abandon», insoucieux des funestes conséquences qui en résulteraient, car, c’est évident, «on ne négocie pas avec des terroristes». Elle est le préalable obligé à l’ouverture de pourparlers secrets, bientôt publics. Mais c’est déjà tard et il n’y a plus rien d’autre à discuter que les modalités d’une retraite qu’on espère honorable, à quoi s’ajoute rarement le sort réservé aux recrutés locaux. L’Occident (l’Union soviétique n’a pas dérogé à la règle en Afghanistan) abrite une espèce invasive, mais qui a l’art, à Kaboul comme à Tripoli, de fausser compagnie sans s’occuper de la suite. Et pour cause: venue pour réparer un désordre, on laisse derrière soi un chaos.

La page sera tournée sans mot dire. Comment un rapport de forces conventionnelles de 100 à 1 peut-il déboucher à chaque reprise sur une déconfiture – c’est la question à ne pas poser, le bilan critique à éviter, ce qui permettra de recommencer à la prochaine décennie, avec d’autres présidents, moralistes et humanitaires. Le fait qu’il n’y ait jamais de précédent fait partie du tragique de l’histoire. Mais alors, on cesse de défendre nos intérêts, nos entreprises, nos compatriotes? On déchire les accords de défense, on laisse tomber nos obligés? Un réaliste à l’américaine pourrait ici souffler à ses épigones deux façons de procéder: l’opération coup de poing, aéroportée, type commando ; et/ou le camp retranché sur le terrain, comme en Irak. Cela ne résout rien sur le long terme, mais limite la casse. Un cynisme peu glorieux, certes, mais dans le conflit asymétrique où de supérieures intelligences accumulent les bêtises, inutile de rêver: le pont d’Arcole est et restera hors de portée.


Le dernier ouvrage paru de l’écrivain Régis Debray est «D’un siècle l’autre» (Gallimard, 304 p., 20 €).

À VOIR AUSSI – 3 questions à Régis Debray (13/10/2017)

 
Régis Debray est le prochain invité des rencontres du Figaro. Nous avons posé trois questions à l’écrivain.
 
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Charlie Hebdo : les confidences d’un membre du GIGN…

Publié le 11 janvier 2021
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…au cœur de l’assaut contre les frères Kouachi

Romain Agure, 42 ans, a participé à la neutralisation des terroristes islamistes, le 9 janvier 2015, à l’imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne).

Par Etienne Jacob
 
Romain Agure.
Romain Agure. Ring

Le 7 janvier 2015, vers 11h30, Chérif et Saïd Kouachi décimaient la rédaction de Charlie Hebdo, tuant 11 personnes dont un agent de maintenance, au siège du journal satirique, dans le 11e arrondissement de Paris. Un policier sera également tué dans ce périple meurtrier qui marqua le début d’une série d’attentats terroristes islamistes sans précédent dans l’histoire de France. Romain Agure, 42 ans, un ancien agent du GIGN aujourd’hui reconverti dans une cellule spécialisée de la gendarmerie, a participé, sur le terrain, à la neutralisation des frères Kouachi, fidèles de l’État islamique, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Dans «Kouachi : l’assaut final»* (éditions Ring), il offre un récit inédit, vu de l’intérieur, de cet affrontement entre ces forces spéciales et deux «fous de Dieu» qui voulaient «venger le prophète». Et livre des confidences édifiantes au Figaro.

Nous sommes le 9 janvier 2015. En fuite après leur massacre, les frères Kouachi ont pris en otage Michel Catalano, le propriétaire d’une imprimerie à Dammartin-en-Goële. Vous et vos collègues du GIGN intervenez rapidement sur place. Comment vous sentez-vous à ce moment précis?

Romain AGURE. On ne perd pas nos moyens. On sait que ça va être risqué, que certains de nos camarades sont en danger. On pense plus à leur vie qu’à la nôtre. On donnera tout pour les protéger, ainsi que les otages. On a conscience qu’une grosse page du terrorisme de notre pays est en train de se jouer. On a l’habitude d’avoir un niveau de stress élevé, on a conscience du danger. D’ailleurs, quand on n’a plus conscience du danger, on devient un danger pour soi et les autres. Celui qui n’a pas peur est fou.

Les frères Kouachi étaient particulièrement déterminés…

Arrivés à l’imprimerie, les Kouachi s’attendaient probablement à un niveau d’engagement similaire à celui qu’ils avaient constaté quand ils se sont confrontés aux policiers en sortant des locaux de Charlie Hebdo. Ces fonctionnaires étaient des agents de voie publique, avec, certes, une bonne formation de base, mais qui tirent peu de cartouches par an. Ils étaient mal équipés, avec un gilet par balles léger qui est une feuille de papier face à une Kalachnikov. À Dammartin-en-Goële, quand les frères ont été confrontés à des agents du GIGN formés, préparés, équipés, ça s’est beaucoup moins bien passé pour eux. Ils pensaient emporter beaucoup de monde avec eux au paradis. Je remercie la bonne étoile du GIGN, Saint-Michel, patron des parachutistes, que ce ne soit pas arrivé.

« Lorsque vous faites face à des individus qui sautent partout, ont les membres qui fléchissent malgré la pluie de balles, tombent mais se relèvent, récupèrent l’arme après l’avoir lâchée pour continuer à vous tirer dessus, vous savez qu’il y a de très gros risques qu’ils se fassent exploser ».

Romain Agure

Étiez-vous satisfaits de les abattre?

On n’ira pas dire qu’untel ou untel est satisfait d’avoir tué les frères Kouachi. C’est une action de groupe. Le GIGN est une unité très discrète, ce qui n’enlève rien à ses capacités ou à sa valeur. Et puis, on ne considère pas les avoir abattus, mais neutralisés. Le terme est plus juste, car notre objectif n’était pas de les tuer. On les voulait vivants, à la base. On n’est pas des bourreaux, des juges ou quoi que ce soit. Au GIGN, on nous inculque la culture du tir et un respect des valeurs de la vie. C’est tellement important. On a une telle culture de la précision du tir qu’on considère avoir besoin d’une seule cartouche pour neutraliser quelqu’un. Christian Prouteau, notre père à tous (le créateur du GIGN, NDLR), disait que lorsqu’on utilise une deuxième cartouche, on a déjà fait un mauvais tir. Mais lorsque vous faites face à des individus qui se sentent tout-puissant, qui tombent mais se relèvent malgré la pluie de balles sur eux, récupèrent l’arme après l’avoir lâchée pour continuer à vous tirer dessus, vous devez agir. D’autant que vous savez qu’il y a de très gros risques d’avoir un piégeage de leur part, qu’ils se fassent exploser. On ne se serait jamais pardonné de les laisser «monter» sur nos camarades, prenant le risque d’engendrer des blessés graves, voire pire. Ils nous ont contraints à les tuer.

Était-ce un moment marquant de votre vie professionnelle?

Compte tenu de la puissance de feu des terroristes en face de nous, c’est un des moments marquants de ma carrière. Quand ils sont sortis de l’imprimerie, ils ont ouvert le feu sur l’ensemble de nos hommes. C’est la première fois qu’on était aussi nombreux d’un seul coup face au feu. Alors que, sur d’autres interventions, on a en général à faire à des forcenés, dans une maison, avec des colonnes de binômes ou de trinômes. Le feu est engagé sur deux, trois ou cinq personnes maximum.

Cet esprit de compagnonnage, propre aux militaires, transparaît dans votre livre. Est-il indispensable dans un métier comme le vôtre?

C’est une question de vie ou de mort. C’est pour cette raison que les présélections, les sélections et la formation pour intégrer le GIGN sont si difficiles. Si vous commencez à desserrer les mailles du filtre, il y a peut-être un jour où un caractère peut engendrer une défaillance.

Outre l’assaut, vous revenez dans votre livre sur le parcours de radicalisation des frères Kouachi, jusqu’aux menaces faites à l’encontre de Charlie Hebdo. Aurait-on pu éviter un tel drame?

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on aurait pu l’éviter. Malheureusement, chaque attentat n’est ni plus ni moins que l’addition de petits grains de sable qui passent à travers le tamis du renseignement et qui finissent par tout traverser. Les attentats sont un concours de malchance du côté des institutions et de la République. Au niveau de Charlie Hebdo – et ça n’engage que moi -, je pense que c’est une erreur d’avoir désengagé les dispositifs mis en place pour la protection du journal. Cela fait des années qu’ils étaient menacés, cibles d’une «fatwa plus plus». Il y avait quelque chose de très hostile à leur encontre. Les décideurs ont pris des décisions inverses. Ce n’est pas toujours le terrain qui commande.

Cet ouvrage, vous l’avez dédié aux victimes de ces attentats, quatorze au total. Michel Catalano, le patron de l’entreprise de l’imprimerie, a d’ailleurs écrit la préface…

Michel Catalano a été particulièrement courageux. Il a eu des réactions parfaites face aux deux individus. Il est venu s’asseoir dos à la vitrine pour garder un œil sur eux. Il leur a servi le café, leur montrant comment marchait la machine, pour sortir les terroristes de son bureau, persuadé que Lilian, son collègue, était dans le bureau d’à côté. Le tout, alors qu’il était persuadé qu’il allait mourir.

Vous aussi, vous avez fait preuve de courage, non ?

Nous, on est beaucoup plus formés, notre engagement est différent. Quand on est au GIGN, on vit par, pour et dans l’intervention. Quand j’ai quitté l’unité, j’ai commencé à travailler sur le terrorisme à proprement parler. J’ai lu sur le sujet, je me suis beaucoup renseigné auprès des camarades du renseignement. Je me suis aussi penché sur la manière dont les victimes vivaient les choses, leur prise en charge. J’ai envie d’être utile auprès d’elles. Il y a un devoir de mémoire envers elles.

Marc Trévidic: «Nous sommes aujourd’hui devant un terrorisme pulsionnel»

Pensez-vous que l’on oublie trop vite ces évènements terribles ?

Oui, on oublie trop vite. Je parle encore une fois à titre personnel, mais selon moi, il y a plusieurs secteurs avec des signaux faibles qui font comprendre ce pourquoi le niveau écarlate attentat est toujours activé. Plusieurs facteurs font que l’on risque de bientôt se retrouver face à des actes de barbarie sur notre sol. Ce seront des piqûres de rappel… Il faut que les Français arrivent à comprendre que le terrorisme se combat tous les jours. La sécurité est une mentalité. En Israël, les gens sont vigilants. Chez nous, sortir une arme, ça terrorise les enfants. Il faudrait leur expliquer que les gendarmes et les policiers sont là pour les protéger. Derrière l’uniforme, il y a des hommes, des femmes et des familles.

« Plusieurs facteurs font que l’on risque de bientôt se retrouver face à des actes de barbarie sur notre sol »

Romain Agure

Dans votre livre, vous multipliez les attaques à l’encontre des médias. Un journaliste de BFMTV a par exemple été en contact lui-même avec les terroristes… Ont-ils été trop voyeuristes ?

Il y a une médiatisation, c’est tout à fait normal. Mais une médiatisation «parasitante», c’est devenu dangereux. Sur le terrain, ils étaient tout le temps derrière nous, collés à la colonne ! Au nom de la liberté de la presse, ne se rendant pas compte du danger qu’ils prenaient, qu’ils faisaient courir, aussi, à nos camarades. La liberté de la presse est très importante, mais ne doit pas parasiter l’action. Il faut que la presse prenne conscience qu’il y a un danger vital sur place.

Vous expliquez aussi avoir appris certaines informations à la télévision, avant de les connaître en interne. Les sources des journalistes (police, justice, etc.) devraient-elles se faire plus discrètes dans ces moments critiques ?

C’est une évidence. Il faut être capable de distiller l’information. Les sources gendarmerie sont plus rares ; il y a une discipline quasi-militaire dans la boutique, alors forcément, les informations sont beaucoup plus cadrées.

*«Kouachi : l’assaut final», aux éditions Ring, sortira le 14 janvier 2021.

/ Ring

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