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Un danger représente pour l’Occident ce qui reste de l’État islamique.

Le calme que nous connaissons est trompeur.

La déroute de l’État islamique en Syrie et en Irak ne signifie pas que l’organisation terroriste n’ait plus aucune capacité de nuire. En Syrie comme en Irak, la victoire militaire sur le califat territorial ne fait plus aucun doute. Les divisions entre alliés d’hier vont se traduire mécaniquement par une décomposition et des recompositions entre alliés du régime de Bachar el-Assad, alaouites de l’État profond syrien, kurdes de diverses obédiences, turcs, iraniens, russes, agents des monarchies sunnites, alliés de Washington dans l’Armée syrienne libre, et tribus mercenaires aux alliances tarifées et en CDD.

Abou Bakr al-Baghdadi, le chef du groupe terroriste État islamique, serait «toujours vivant» et se cacherait «dans la région de la Jaziré» dans le nord-est de la Syrie.

L’État islamique a donc vécu en tant qu’État. Il restera des zones de guérilla et, comme en Afghanistan, la guerre sur place ne fera que continuer, tant les haines millénaires semblent insurmontables.En Occident, le calme trompeur qui règne provoque l’effet habituel d’ennui, d’inertie, de procrastination. On se prépare doucement à baisser la garde, à réduire les frais, à alléger une sécurité parfois un peu tatillonne et souvent sans grand effet, mais qui rassurait les citoyens. Un califat virtuel mais puissantOr, il existe un autre califat. Virtuel mais puissant, décentralisé mais disposant de ressources d’autant plus difficiles à saisir qu’il n’en tient lui-même pas d’inventaire. Al-Souri, le conseiller de Ben Laden, n’avait pas réussi à le convaincre de créer un califat territorial car ce dernier était persuadé qu’une défaite sur le terrain provoquerait son effondrement symbolique. En revanche, Abou Bakral-Baghdadi a mieux accompli ce projet en créant un double califat, à la fois État et organisation sur Internet, ou, suivant l’expression américaine, « click and mortar » (des clics et du mortier, formule qui désigne une entreprise qui développe la vente en ligne en complément de ses magasins, NDLR).Ce dispositif, pensé par les anciens des services secrets de Saddam Hussein, mais amélioré par la sainte alliance des sunnites qui en a assuré les fondations depuis leur rencontre dans la prison de Bucca après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, semble donc pouvoir perdurerL’État islamique résiste mieux sur la Toile que sur le terrain. Ses propagandistes sont présents et ses fidèles n’ont pas tous disparuCette situation devrait nous interpeller quant aux mutations à venir de l’État islamique.Il n’existe pas de profils clairs de ses opérateurs, peu ou pas de points communs avec les organisations qui l’ont précédé dans l’histoire du terrorisme. En revanche, l’État islamique reste l’organisation qui a disposé du plus vaste territoire avec le nombre d’habitants le plus élevé, du plus grand nombre connu d’agents armés, de femmes djihadistes, de convertis parmi ses membres, de criminels reconvertis ou hybrides dans ses effectifs.Si ce qui reste de l’État islamique n’est pas mort, il est plus que probable que nous assistions à des phénomènes déjà subis ou signalés dans le passé.Une partie de ses agents sont restés sur place, pour des raisons personnelles, familiales, tribales ou d’attachement territorial. D’autres, comme antérieurement en Algérie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Afghanistan, aux Philippines, au Daguestan, dans l’espace ouïgour, continuent le combat de maquis en maquis, nouveaux mercenaires d’une cause dévoyée. Certains rentrent, traumatisés par une expérience de guerre civile dont les effets psychologiques et psychiatriques sont plus préoccupants que le risque terroriste en tant que tel. D’autres, notamment des très jeunes et des femmes, sont des bombes à retardement, dont la dangerosité doit être traitée.Comme lors des conflits précédents, il est faux de croire que les phénomènes de «déradicalisation» sont impossibles. Mais ils ne peuvent réussir que par la volonté individuelle de chacunComme lors des conflits précédents, il est faux de croire que les phénomènes de « déradicalisation » (ce mot n’a guère de sens mais admettons d’en partager la signification) sont impossibles. Mais ils ne peuvent réussir que par la volonté individuelle de chacun. On peut y être accompagné, elle ne peut s’imposer.À ce jour, ces politiques de quarantaine sont bien peu utilisés et tous les États, notamment en Occident, pataugent dans la définition d’un axe cohérent et surtout efficace d’actions.L’État islamique, hélas, résiste mieux sur la Toile que sur le terrain. Ses propagandistes sont présents et ses fidèles n’ont pas tous disparu. Certains, seuls, attendent que leurs démons les poussent à une action individuelle le plus souvent vouée à l’échec ou à la mort, mais au fort retentissement médiatique. D’autres tentent de reconstituer groupes logistiques ou cellules d’action. Cherchant à échapper aux radars, ils se préparent car telle est leur destinée à leurs yeux. Le calme que nous connaissons est trompeur. (Alain Bauer).

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