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Un général algérien obligé de vivre sa convalescence au pays

Le général Abdelhamid Ghriss, secrétaire du ministère de la Défense atteint par le Covid-19

Il s’agit, a priori, d’un fait divers sans grande importance. Le général major Abdelhamid Ghriss, secrétaire général du ministère de la Défense nationale, est admis en cardiologie à l’hôpital universitaire de Genève (HUG) pour y subir une intervention chirurgicale. En raison de la suspension des liaisons aériennes entre la Suisse et l’Algérie, le militaire souhaite effectuer sa convalescence sur les bords du lac Léman. Refus de l’hôpital, qui le prie de rentrer chez lui.

L’hospitalisation du général Abdelhamid Ghriss en Suisse, où Abdelaziz Bouteflika avait ses habitudes, a fait réagir en Algérie

L’hôpital lui propose un rendez-vous en juin prochain. Motif ? En raison de l’épidémie de coronavirus, la priorité est donnée aux urgences vitales (la Confédération compte 21 000 cas d’infection et déplore 715 morts). Ce mot d’ordre s’adresse d’ailleurs à toutes les personnalités étrangères qui se font habituellement soigner en Suisse. L’affaire aurait pu en rester là si les réseaux sociaux algériens ne s’étaient pas emparés de l’histoire.

Le site Web francophone Algérie patriotique affirme que les Algériens sont déçus « d’apprendre que le haut gradé s’est fait soigner dans le même hôpital que l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika et que les autorités sanitaires helvétiques ont viré le généralissime comme un loquedu ». Quant à Algérie Part, qui a révélé l’affaire, le général major Abdelhamid Ghriss se serait montré « frustré et exaspéré » de l’attitude des Suisses. Et, à son retour à Alger, « les relations algéro-suisses ont subi un nouveau refroidissement alors que les tensions entre les deux pays remontent à la fin de l’année 2018 en raison des désaccords opposant les deux pays dans plusieurs dossiers politiques et judiciaires ». Ce supposé « couac diplomatique » a été aussitôt démenti du côté suisse comme du côté algérien dans les colonnes de La Tribune de Genève. Le département fédéral (ministère) des Affaires étrangères souligne, au contraire, qu’un vol de retour de Suisses bloqués en Algérie a pu « se réaliser grâce à la collaboration exemplaire des autorités algériennes ».

En revanche, la révélation qu’une haute personnalité algérienne a pu partir se faire opérer à l’étranger, de plus dans le même hôpital que l’ancien président Bouteflika, n’a pas manqué d’interpeller la population algérienne. « Elle pensait que, depuis le début du hirak, en février 2019, la classe dirigeante ne se permettait plus ce genre de déplacement. Celui-ci montre, de la part d’un haut gradé, un manque de confiance quant à la qualité de soins dispensés dans les hôpitaux algériens. En période d’épidémie, cela tombe plutôt mal », constate Ali Benouari, ancien ministre du Budget, installé à Genève depuis de nombreuses années. Abdelaziz Bouteflika, qui a vécu de nombreuses années en Suisse, entre 1980 et 1999, venait régulièrement se faire soigner aux hôpitaux universitaires de Genève ou à la clinique de Genolier, dans le canton de Vaud. Il était encore hospitalisé au HUG début 2019, avant son retour en Algérie.

En attendant la nomination d’un ministre de la Défense, le général major Abdelhamid Ghriss, en poste depuis septembre 2018 au secrétariat général du ministère de la Défense nationale (il dirigeait précédemment le département de l’organisation et de la logistique du ministère), est effectivement l’un des nouveaux « barons » du régime algérien. « Toutes les liaisons entre le président et l’armée passent par lui. C’est lui qui décide des mouvements de troupes », constate un connaisseur de la politique algérienne. Ce qui expliquerait vraisemblablement qu’il ait pu obtenir un bon de sortie pour partir se faire opérer à l’étranger.

À son arrivée au pouvoir en décembre dernier, le nouveau président Abdel Madjid Tebbane a fait de la récupération des avoirs détournés, et dissimulés dans des banques à l’étranger, l’une de ses priorités. Les premiers mandats d’arrêt internationaux et les premières commissions rogatoires internationales sont effectivement partis il y a deux mois en direction de la France, de la Grande-Bretagne, de la Suisse et de la Belgique. Toutefois, on peut imaginer que les anciens bénéficiaires de la générosité du clan Bouteflika ont eu largement le temps, depuis des mois, de fermer leurs comptes – notamment en Suisse – pour en ouvrir d’autres dans des lieux plus cléments, dans la Caraïbe, l’océan Indien ou les pays du Golfe. Dans le passé, après le Printemps arabe pour la Tunisie et l’Égypte, la chasse aux biens mal acquis s’est avérée très décevante.