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Les personnes vaccinées peuvent transmettre le virus

Le vaccin de Pfizer ne protégerait qu’à 39 % contre les infections par le variant Delta

L’efficacité des vaccins contre le Covid diminuetelle dans le temps ? Dans tous les pays où la campagne vaccinale est déjà bien avancée, la réponse à cette question est cruciale pour déterminer l’évolution des stratégies de lutte contre le Covid19.

Plus de sept mois après l’autorisation du premier vaccin – celui des laboratoires Pfizer et BioNTech –, la durée de l’immunité qu’il confère reste difficile à évaluer, faute de recul, ce qui complique la tâche des autorités de santé.

Faut-il dès à présent prévoir une troisième dose pour tout ou partie de la population ? Quel risque ont les personnes vaccinées d’être malgré tout infectées et de contaminer d’autres personnes ? Le port du masque doit-il rester obligatoire « au cas où » ?

Face à ces incertitudes, les scientifiques suivent de près l’évolution des cas de Covid parmi les personnes vaccinées qui se font tester – parce qu’elles ont des symptômes ou parce qu’elles sont cas contact – ou qui sont hospitalisées.

Cette approche a été notamment utilisée en Israël et au Royaume Uni longtemps les pays les plus avancés dans la vaccination – pour évaluer l’efficacité des vaccins « envie réelle ». Avec des résultats encourageants : une étude israélienne publiée le 5 mai montrait que le vaccin de Pfizer et BioNTech protégeait à plus de 95 % contre l’infection (symptomatique et asymptomatique) et une étude britannique publiée le 20 mai confirmait que cette efficacité diminuait un peu face au variant Delta, mais restait élevée, à 88 %, contre l’infection symptomatique.

Jeudi 22 juillet, le ministère de la santé israélien a cependant dévoilé des données suggérant que le vaccin de Pfizer et BioNtech ne protégerait plus qu’à 39 % contre l’infection. La nouvelle a fait depuis couler beaucoup d’encre, mais de nombreux scientifiques estiment qu’il est encore un peu tôt pour en tirer des conclusions.

« L’analyse, qui a été réalisée entre le 20 juin et le 17 juillet, porte sur peu de cas », nuance Cyrille Cohen, immunologue à l’université BarIlan à TelAviv, en rappelant qu’environ 300 cas ont été dénombrés en Israël le 20 juin et environ 6 000 le 17 juillet pour une population de 9 millions. « Maintenant qu’on a plus de cas, ces données sont en train d’être confirmées », ajoute le scientifique, membre du conseil consultatif sur les essais cliniques des vaccins contre le Covid19.

D’autres scientifiques ont émis des réserves quant à l’analyse du ministère de la santé israélien, soulignant un biais important dans ce type d’étude : le profil des personnes qui choisissent de se faire tester. « En théorie, les personnes vaccinées devraient moins se tester, car en cas d’infection, elles ne présentent souvent que des symptômes légers. Cependant, les données suggèrent que les personnes les moins enclines à se faire diagnostiquer sont les non vaccinées », estime le bio informaticien Dvir Aran.

« Il faut prendre des mesures »

Véritable cas d’école, Israël est le premier le pays à affronter le variant Delta avec une population vaccinée depuis plusieurs mois.

Lorsque le virus a été détecté en avril au Royaume Uni, moins de 10 % de la population était complètement immunisée contre 55 % en Israël. « La population britannique a été vaccinée plus tard et a vu le variant plus tôt », résume Cyrille Cohen, selon qui ce décalage pourrait expliquer les différences d’efficacité observées dans les deux pays. Une étude des laboratoires Pfizer et BioNTech mise en ligne mercredi 28 juillet montre en effet que la protection est maximale jusqu’à deux mois après la seconde dose, puis décline d’environ 6 % en moyenne tous les deux mois.

Les données ont été collectées dans le cadre d’un essai clinique jusqu’à la mi mars à un moment où le variant Alpha était majoritaire.

La diminution d’efficacité pourrait être plus marquée avec d’autres variants. « On verra d’ici quelques mois ce qui passe avec Delta dans les autres pays doublement vaccinés », souligne le scientifique, selon qui il est malgré tout « certain » que l’efficacité du vaccin baisse avec le temps contre le variant Delta, bien plus contagieux que les lignées historiques.

Si ce chiffre de 39 % est confirmé, cela signifie que le virus peut continuer à circuler par l’entremise et parfois à l’insu des personnes vaccinées, quand elles sont asymptomatiques.

« Il faut envisager le pire des scénarios, et prendre dès à présent des mesures », estime l’immunologue, pour qui la question du masque dans les lieux clos ne devrait même pas se poser.

Mercredi, les autorités américaines ont ainsi revu leur position sur le sujet. « Dans les zones où la transmission [du Covid19] est importante, les CDC [Centres de prévention et de lutte contre les maladies] recommandent aux personnes entièrement vaccinées de porter des masques dans les lieux publics en intérieur », a déclaré Rochelle Walensky, directrice des CDC. Si la vaccination reste efficace face au variant Delta, de nouvelles données « indiquent qu’en de rares occasions, des personnes vaccinées (…) pourraient être contagieuses et transmettre le virus », a-t-elle ajouté. « Ces nouvelles découvertes sont inquiétantes et justifient malheureusement une mise à jour de notre recommandation. » 

Chloé Hecketsweiler

 

Covid-19 : qu’est-ce que le variant « Delta Plus » ?

En quoi ce variant diffère-t-il du variant Delta, et que sait-on de sa capacité à échapper à l’immunité vaccinale ?

 
 
Covid-19 : qu’est-ce que le variant « Delta Plus » ?

                           Covid-19 : qu’est-ce que le variant « Delta Plus » ?
© © pixabay.com

Sunit K. Singh, Banaras Hindu University

Baptisé « Delta Plus » en raison de cette mutation additionnelle, ce nouveau variant (aussi appelé AY.1 ou B.1.617.2.1) a été identifié en Inde chez 48 personnes infectées par le variant Delta (sur un total de plus de 45 000 échantillons analysés). Delta Plus a été classé comme « variant préoccupant » par le ministère de la Santé indien, à cause notamment d’une transmissibilité accrue.

En quoi ce variant diffère-t-il du variant Delta, et que sait-on de sa capacité à échapper à l’immunité vaccinale ?

Le variant Delta

Initialement détecté en Inde, le variant Delta du coronavirus SARS-CoV-2 est en train de devenir majoritaire partout sur la planète, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Il a notamment joué un rôle majeur dans la violente seconde vague qui a frappé l’Inde au printemps dernier

L’Inde en apnée sous la deuxième vague de la Covid-19
Diverses études ont établi que le variant Delta est capable de se répliquer plus rapidement et de se disséminer plus facilement que les autres variants, et qu’il se lierait plus fortement aux récepteurs situés à la surface des cellules pulmonaires.

Par ailleurs, dans une étude préliminaire qui n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs, des chercheurs indiens ont découvert que ce variant aurait été à l’origine des trois quarts des flambées infectieuses de la ville de Dehli chez des personnes vaccinées (8 % de ces infections auraient été dues au variant Kappa – ou B.1.617.1, et 76 % au variant Delta – ou B.1.617.2, le reste étant lié à d’autres variants de la lignée B.1).

En quoi le variant Delta Plus diffère-t-il du variant Delta ?

La nouvelle mutation du variant Delta a été initialement détectée en Europe au mois de mars 2021.

En juin, des patients malades de la Covid-19 se sont également avérés porteurs de ce nouveau mutant, qui est devenu une source de préoccupation pour les autorités, certains scientifiques indiens craignant qu’il ne soit à l’origine de nouvelles infections.

La mutation de la protéine Spike portée par le variant Delta Plus n’est cependant pas nouvelle. Connue sous la dénomination « K417N », elle a déjà été décrite chez le variant Bêta, initialement détecté en Afrique du Sud. Le variant Bêta porteur de cette mutation s’est avéré capable d’échapper dans une certaine mesure aux anticorps induits par le vaccin d’AstraZeneca. On pourrait donc craindre que certains vaccins ne s’avèrent pas aussi efficaces contre le variant Delta Plus que contre les autres variants.

Les vaccins seront-ils efficaces contre le variant Delta Plus ?

Selon le ministère de la Santé indien, le variant Delta Plus pourrait posséder une capacité similaire à échapper à l’immunité et à résister aux effets des thérapies anti-Covid-19 basées à base d’anticorps monoclonaux.

Cette mutation est préoccupante car elle est située sur la protéine Spike, une composante clé du virus, qui lui sert à pénétrer dans les cellules humaines. Les mutations précédentes touchaient le domaine de liaison au récepteur de la protéine Spike, qui permet au virus de s’attacher aux récepteurs situés à la surface desdites cellules.

Les mutations présentes sur le variant Delta pouvaient déjà, dans une certaine mesure, l’aider à échapper au système immunitaire. Certains vaccins se sont ainsi avérés avoir une efficacité un peu moindre face à lui, une dose unique offrant une protection réduite. Cependant, une seconde dose de vaccins continuait à entraîner la production de quantités d’anticorps suffisantes pour protéger des infections symptomatiques et prévenir les formes sévères de la maladie. Il est important de se souvenir que la plupart des vaccins anti-Covid-19 ne procurent pas une immunité absolue, mais limitent la sévérité de la maladie.

Des chercheurs britanniques ont ainsi montré qu’une dose de vaccin à ARN de Pfizer avait une efficacité de 33 % contre le variant Delta, et de 88 % après une seconde injection. Dans le cas du vaccin d’AstraZeneca, l’efficacité est de 33 % après la première dose, et de 60 % après la seconde.

Le variant Delta Plus pourrait être concerné par des réductions similaires d’efficacité, cependant les données disponibles manquent encore pour pouvoir l’affirmer. Des études sont en cours en Inde pour tester l’efficacité des vaccins actuellement utilisés contre ce nouveau variant.

Il est important de souligner que le variant Delta Plus ne s’est pas encore diffusé largement, et que l’Organisation mondiale de la Santé ne l’a pas encore classé parmi les variants préoccupants.

Que reste-t-il à apprendre ?

L’émergence de variants à la transmissibilité accrue et capables d’échapper aux anticorps menace le succès des efforts visant à contrôler et atténuer la pandémie. Les pays dont les taux de vaccination sont les plus bas sont en outre à risque de nouvelles flambées.

L’existence de ces nouvelles mutations ne signifie pas que de nouvelles mesures doivent être prises face à l’épidémie. Il faut en revanche faire en sorte que le nombre de personnes vaccinées continue à croître, continuer à se conformer aux recommandations en matière de comportement en période d’épidémie, et améliorer la surveillance génomique, afin d’être en mesure de suivre au plus près l’évolution du coronavirus SARS-CoV-2.

Sunit K. Singh, Professor of Molecular Immunology and Virology, Institute of Medical Sciences, Banaras Hindu University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Le petit guide philosophique pour réussir son été, par M. Onfray

Malmenés par la pandémie de Covid-19, les Français ont repris le chemin des vacances avec le désir de revivre et de se retrouver.

GRAND ENTRETIEN – Malmenés par la pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas, les Français ont repris le chemin des vacances avec le désir de revivre et de retrouver un peu de légèreté. Ce qui n’est pas incompatible avec la recherche de sens ou d’élévation, comme l’explique le philosophe. Propos recueillis par Jean-René Van der Plaetsen.

 

«Le calme, le silence, la méditation, la solitude sont les choses du monde les moins partagées… Ce sont pourtant les biens les plus précieux. Ce sont les pointes de diamant de la vie inactive: une vie intérieure trépidante», estime le philosophe Michel Onfray. Le Figaro

C ’est le retour des grandes vacances après de longs mois vécus sous l’emprise du Covid. Quelles sont les priorités selon vous? Ne rien faire, relire les classiques, retisser des liens avec ses proches, prendre du bon temps puisque celui-ci nous est compté? Autre chose encore? 

En philosophie, comme partout ailleurs, je suis nominaliste, c’est-à-dire que je n’essentialise rien, ce qui est à rebours de l’institution philosophante qui ne vit que de ça. Donc, je n’essentialise pas les vacances. Les vacances de ma mère, qui est femme de ménage retraitée, de mon petit frère, qui va bientôt avoir 60 ans et qui travaille à l’entretien mécanique du matériel dans une carrière, de ma belle-sœur, qui est cantinière, ne sont évidemment pas les mêmes, ni semblables aux miennes. Elles n’obéissent pas aux mêmes nécessités physiques, psychologiques, spirituelles, économiques.

Pour peu qu’on soit en bonne santé, la retraite est une longue vacance. Celle d’un travailleur manuel qui peine à l’ouvrage, le cas de mon frère qu’un lourd diabète fatigue depuis trois décennies, n’est pas la même que celle d’un travailleur intellectuel qui a plaisir à l’ouvrage, ce qui est mon cas… Les vacances de qui dispose d’un pouvoir d’achat ne sont pas les mêmes de qui a des problèmes de fins de mois. Avant de faire une théorie des vacances, il faudrait en faire une sociologie.

Pour ma part, je n’aurais jamais pu imaginer, venant du milieu dont je viens, que ma vie aurait pu être aussi heureuse: mon travail est en effet ma passion, je lis, je prends des notes, j’écris des livres, je suis invité dans les médias pour en parler, je fais des conférences où le public vient nombreux, des lecteurs en assez grand nombre me permettent de vivre de ma plume: quelles vacances pourrais-je donc bien m’inventer?

Il n’y a pas pour moi de séparation entre la semaine et le week-end, les jours normaux et les jours fériés, l’année de travail et les vacances, un jour de Noël et un jour en semaine. Je travaille tout le temps. Disons que les vacances des autres sont un peu les miennes: moins sollicité pour l’écume des choses par l’écume des gens, je peux travailler dix heures par jour. Ces temps-ci: à un éloge de Lucrèce pour un prochain livre.

Parmi les nombreux enseignements de l’épisode Covid, il y a eu la brusque rupture, du fait de la crise sanitaire, du lien social, parfois même familial. Dans une société soumise en permanence à la tentation de l’individualisme, retisser ce lien n’est-il pas la première des urgences?

Le lien n’est pas que physique. On pouvait s’écrire, se parler, se téléphoner, échanger par Skype. Ne pas pouvoir se rencontrer physiquement a peut-être clarifié les relations qu’on avait avec tel ou tel. Tant de relations sont faciles, superficielles, légères, mondaines, frivoles, futiles que, nécessité faisant vertu, le confinement a été pour quelques-uns l’occasion de faire le ménage dans leurs relations. Dans la famille, déjà, il me semble qu’une coexistence et une cohabitation forcées pouvaient devenir forcenées dans ces circonstances…

Le travail ou les activités à l’extérieur ayant disparu, certains se trouvaient condamnés à un face-à-face qui a probablement été une épreuve de vérité. L’un redécouvrait l’autre, pour le meilleur et pour le pire, même chose avec les enfants qui découvraient peut-être le vrai visage de leurs parents.

L’urgence est toujours de construire des relations vraies. Et il n’y a pas plus urgent que l’urgent

Je crois que cette épreuve aura révélé, au sens photographique du terme, la véritable nature des relations que chacun entretenait avec autrui. Avec autrui et avec lui-même… Retisser du lien social? Probablement. Mais avec qui et pour quoi faire? Si le Covid a mis par terre des édifices branlants et qu’il en a en revanche conforté d’autres, sinon créé d’autres, disons que ça n’est ni une bonne ni une mauvaise chose: la vie aurait trouvé de toute façon d’autres moyens pour parvenir aux mêmes fins…

L’urgence est toujours de construire des relations vraies. Et il n’y a pas plus urgent que l’urgent.

Les vacances, c’est un peu l’art de ne rien faire. Mais comment réussir à ne rien faire quand nous paraissons tous souffrir d’un mal qu’on pourrait nommer l’agitation perpétuelle? Ou, si vous préférez, comment réussir une vie inactive?

Ne rien faire est pour moi l’enfer! Il m’arrive de temps en temps, dans le train entre Caen et Paris et retour, de regarder avec une incroyable stupéfaction des gens qui passent les deux heures du trajet à ne rien faire… J’en vois également qui consacrent ces durées-là à regarder des films dont, pour ce que j’en aperçois, l’histoire du cinéma pourrait se passer. Il y a également ceux qui, adultes chauves et bedonnants, jouent à des jeux électroniques l’œil rivé sur l’écran pendant cent vingt minutes.

C’est le triomphe du divertissement au sens que lui donnait Pascal. Il parlait du billard, du ballon poussé au pied, de la chasse au lièvre ou au sanglier. Nous y sommes encore: le calme, le silence, la méditation, la solitude sont les choses du monde les moins partagées… Ce sont pourtant les biens les plus précieux. Ce sont les pointes de diamant de la vie inactive: une vie intérieure trépidante. Je ne mets rien au-dessus du calme, du silence, de la méditation, de la solitude.

L’oisiveté de l’alcoolique au zinc du bistrot, du chômeur qui ne cherche plus de travail et passe ses journées devant la télévision en buvant de la bière, du fainéant qui, comme la couleuvre, cherche tous les soleils pour s’y endormir, cette oisiveté-là n’est guère philosophique, convenez-en

L’oisiveté n’est-elle pas une activité supérieure, très philosophique, car elle permet la contemplation et favorise la réflexion?

Disons que tout dépend de l’oisif! J’en connais dont l’oisiveté ne conduit guère au-delà d’eux-mêmes – ce qui ne va guère au-delà de leurs petites personnes, et ça n’est pas loin… C’est l’oisiveté du nombril, celle de l’égotiste, de Narcisse perdu dans son reflet. L’oisiveté de l’alcoolique au zinc du bistrot, du chômeur qui ne cherche plus de travail et passe ses journées devant la télévision en buvant de la bière, du fainéant qui, comme la couleuvre, cherche tous les soleils pour s’y endormir, cette oisiveté-là n’est guère philosophique, convenez-en…

Dans son magnifique roman Oblomov, Gontcharov avait théorisé cette oisiveté d’effondré. Il a créé un personnage associé à un comportement, l’oblomovisme, qui caractérise ce défaut d’énergie structurel qui débouche sur l’apathie, l’effondrement, la pétrification de soi, son devenir pierre, sa chosification. Cette oisiveté pathologique ne me paraît pas désirable. C’est celle du légume. Et encore…

Quant à ce que vous nommez oisiveté pour qualifier «une activité supérieure, philosophique», il me semble, si vous permettez, que le mot ne convient pas. Car se préparer à recevoir des idées, des intuitions, de l’inspiration n’est pas ne rien faire: c’est solliciter ce dont on est porteur pour faire. Autrement dit: penser, voire penser à penser. L’oisiveté d’Oblomov est négative: elle ne prépare rien et ne débouche sur rien ; celle du philosophe est positive, elle prépare le surgissement en soi de plus que soi.

Vous avez longtemps été considéré comme un épicurien. Autrement dit: un philosophe qui souhaite jouir des plaisirs de l’existence. Vous reconnaissez-vous aujourd’hui encore dans cette description de vous-même?

Oui, bien sûr. Mais le mot «épicurien» est à double entrée: c’est aussi bien le disciple d’Épicure – qui enseignait une ascèse éthique pourvoyeuse d’un plaisir négatif, l’ataraxie, qui constitue à jouir d’un état dans lequel on ne souffre pas – que le jouisseur sans conscience, sans morale, sans éthique, sans vertu. Il est bien évident que, pour stigmatiser les épicuriens historiques, dont Épicure lui-même, il était plus facile d’en faire un débauché qui prostituait ses frères, mangeait comme un goinfre, se faisait vomir deux fois par jour afin de pouvoir recommencer, fréquentait les prostituées, flattait les puissants, proférait des obscénités, dépensait une fortune en nourriture, couchait avec les femmes de son école, toutes insultes proférées en son temps, que d’attaquer ses thèses et les invalider par l’usage d’une raison critique.

Je ne crois pas que les vacances suffisent à suspendre la culpabilité, qui est un signe fort de notre civilisation judéo-chrétienne ! On est peut-être plus à ce qu’on fait parce qu’on a le temps de faire ce qu’on fait. On ne mange pas vite fait avant de repartir au travail en restant sobre. On a plaisir à préparer un repas, à prendre l’apéritif, à boire du rosé frais, à marivauder avec une voisine de plage, de camping, de ­table au restaurant

Je vous confiais à l’instant que je travaillais à un éloge de Lucrèce justement pour expliquer comment il est mon maître de vie depuis quarante ans… Mais il faut lire De la nature des choses pour voir qu’il y a loin de ce texte à la caricature qu’on fait de moi…

Les vacances d’été, pour la plupart des Français, c’est le soleil, la plage, les barbecues entre amis, les parties de pétanque, etc. Peut-on trouver un sens à la simple recherche de ces plaisirs?

Oui, bien sûr, car chacun trouve son plaisir là où il peut, comme il peut, quand il peut. Je sais que certains paieraient des fortunes pour assister à la finale d’une Coupe du monde de football ou aux Jeux olympiques, ce qui serait pour moi une terrible punition…

En revanche, je me dis depuis trente ans, sans jamais le faire, que je devrais m’inscrire pour assister à la représentation d’un opéra de Wagner, dont j’adore Tristan et la Tétralogie. Mais je comprends sans difficulté que Bayreuth pourrait être pour tel ou telle la punition que serait pour moi d’assister à ces manifestations sportives.

N’allez pas imaginer que, pour autant, je n’aimerais ni les barbecues avec des amis, ni le soleil, ni me baigner… Et je n’exclurais pas non plus de jouer à la pétanque si l’occasion se présentait!

Les vacances d’été ne sont-elles pas le moment où l’on peut justement s’adonner aux plaisirs de la vie sans éprouver aucun sentiment de culpabilité?

Je ne crois pas que les vacances suffisent à suspendre la culpabilité, qui est un signe fort de notre civilisation judéo-chrétienne! On est peut-être plus à ce qu’on fait parce qu’on a le temps de faire ce qu’on fait. On ne mange pas vite fait avant de repartir au travail en restant sobre. On a plaisir à préparer un repas, à prendre l’apéritif, à boire du rosé frais, à marivauder avec une voisine de plage, de camping, de table au restaurant… Mais de là à abolir la culpabilité! Je crois d’ailleurs en la matière que Mai 68 a plus fait pour envoyer la culpabilité aux orties que toutes les vacances depuis un siècle!

S’il me faut redescendre du ciel des idées, les vacances sont pour moi une ascèse au carré ! Disons que je me mets en vacances d’autrui et me concentre totalement sur ce que je préfère au monde : lire et écrire

Si certains vous ont souvent décrit comme un épicurien, d’autres voient plutôt en vous un stoïcien. Pour vous, les vacances, c’est plutôt gourmandise ou abstinence?

La séparation est une affaire de professeurs de philosophie qui veulent faire rentrer les philosophes dans des cases. Les universitaires adorent trouver des périodes chez Montaigne, le dernier de nos penseurs romains: il aurait été stoïcien, puis sceptique, puis épicurien… En fait, Montaigne était tout à la fois, suivant l’heure, le moment, l’occasion, la circonstance! Regardez les Lettres à Lucilius de Sénèque, un chef-d’œuvre. Sénèque initie son interlocuteur en lui vantant les mérites d’une pensée stoïcienne tout autant qu’une pensée épicurienne! Disons, s’il faut entrer dans le détail technique, que la métaphysique et la cosmogonie stoïcienne me vont moins que la physique et la cosmogonie épicurienne. Je ne souscris pas au panthéisme stoïcien, je consens en revanche au matérialisme radical des épicuriens. Mais s’il me faut redescendre du ciel des idées, les vacances sont pour moi une ascèse au carré! Disons que je me mets en vacances d’autrui et me concentre totalement sur ce que je préfère au monde: lire et écrire…

Les vacances, c’est le moment idéal pour essayer de s’oublier et consacrer un peu plus de temps aux autres. Selon vous, qu’est-ce qu’une amitié réussie?

Une amitié à la hauteur de l’amitié! Du moins à la hauteur de l’idée que je m’en fais qui, ici comme ailleurs, est plus proche des sagesses existentielles antiques stoïciennes et épicuriennes que des flasques copinages ou des molles camaraderies contemporaines. Les «potes»? Très peu pour moi…

Je vous disais que j’étais nominaliste: je ne crois pas à l’amitié platonicienne, à l’idée d’amitié, aux déclarations verbales d’amitié, aux proclamations majuscules d’amitié. Je crois, en revanche, à tout ce qui montre qu’elle existe véritablement, à savoir aux preuves. Les preuves d’amitié sont sans cesse à donner, sinon elle s’étiole, fane, meurt. L’amitié n’est pas un graal atteint une fois pour toutes. C’est une vertu remise en jeu chaque jour, qui peut tout aussi bien connaître des cimes que des gouffres, de véritables passions ou d’authentiques fâcheries, car l’amitié ne permet pas tout… Par exemple, elle ne permet pas qu’on soit inamical avec son ami! C’est le moins qu’on puisse exiger. Je n’ignore pas que je place la barre haut…

Je déteste cette expression de « lâcher prise » autant que « prendre soin de soi » ! C’est tout le business du développement personnel qui se trouve en effet derrière ces sottises ! Quelle est cette prise qu’il faudrait lâcher ? Qui a pris quoi ? Quand et comment ? Avec quel organe de préhension ?

À l’approche des vacances, la plupart des journaux féminins recommandent à leurs lectrices de «lâcher prise». Comment comprenez-vous cette expression issue du jargon psychologisant?

Je déteste cette expression autant que «prendre soin de soi»! C’est tout le business du développement personnel qui se trouve en effet derrière ces sottises! Quelle est cette prise qu’il faudrait lâcher? Qui a pris quoi? Quand et comment? Avec quel organe de préhension? Par ailleurs, il me semble que les alpinistes nous feraient remarquer que lâcher prise, c’est tomber dans le vide et perdre la vie…

Je ne peux m’empêcher d’associer cette expression à la prescription d’un relâchement régressif des sphincters par un Diafoirus de la psychologie…Je lui préfère franchement son inverse, son antidote: «Reprenez-vous!» Mais l’époque est au culte du relâché plus qu’à celui de la tension du vouloir et de la mobilisation de la volonté. Elle est vouée à l’hédonisme vulgaire, sûrement pas à un nouveau stoïcisme.

On entend souvent dire que l’épidémie de Covid a porté un rude coup aux désirs de tourisme et d’évasion. Faut-il, selon vous, renoncer aux voyages lointains et à la découverte de l’exotisme?

L’exotisme peut être immobile: il est dans le regard plus que dans la chose regardée. L’exotisme se trouve exacerbé dans toute présence exacerbée au monde. Je me suis parfois trouvé dans des endroits que d’autres diraient exotiques – sur des chemins de falaises aux Marquises, sur les collines de Ngong au Kenya, sur un bateau à quelques mètres d’icebergs au-delà du cercle polaire en terre de Baffin, dans un jardin zen près de Kyoto où un ami qui vit au Japon m’avait conduit et dans lequel ne se trouvait aucun touriste. Or, l’exotisme n’était pas dans ces lieux-là mais dans le regard que je portais sur ces lieux-là. De sorte que je peux retrouver ce même regard quand je regarde comment a poussé le saule pleureur que j’ai planté avec mon frère dans le jardin de ma maison de Chambois près de la Dives, la rivière qui traverse le village.

Un regard, cela s’éduque. Mais qui, quand et où éduque-t-on à regarder dans un monde où il y a désormais tant à voir? J’ai vu de mes yeux vu des yeux morts incapables de regarder en direct les pyramides de Louxor, le Grand Canal de Venise, le Forum impérial à Rome, le Parthénon d’Athènes, autrement qu’au travers l’objectif de leur téléphone portable, avec eux-mêmes en premier plan pour justifier l’existence de ces monuments qui ont traversé l’Histoire.

Il faut apprendre à trouver l’exotisme ici et maintenant, là où l’on est. Il n’est pas dans une géographie physique, un espace lointain, mais dans une géographie intime, un espace mental

L’exotisme ici consisterait à jeter le smartphone dans l’eau de la fontaine de Trevi pour la regarder vraiment: alors on verrait ce qu’il y a vraiment à voir, à savoir l’aura tremblante de toute œuvre capable de charger une mémoire proustienne. Le tourisme de masse est devenu consumérisme de masse. En rentrant de vacances, certains disent qu’ils ont «fait les musées», en ignorant que le but de ceux qui, après la Révolution française, ont voulu les musées, c’était que les musées les fassent, autrement dit: qu’ils travaillent à la construction du regard afin qu’un jugement de goût soit possible. Il faut apprendre à trouver l’exotisme ici et maintenant, là où l’on est. Il n’est pas dans une géographie physique, un espace lointain, mais dans une géographie intime, un espace mental.

Vous-même, êtes-vous plus enclin à chercher le grand lointain ou à essayer de redécouvrir le très proche? Autre question: restez-vous en France cet été ou partez-vous à l’étranger?

Ce n’est pas exactement la même question… Après ce que je viens de vous dire, je ne saurais opposer «le grand lointain» (d’ailleurs où commence le «grand» du grand lointain?) et «le très proche» car, excusez-moi de me répéter, mais je crois plus juste de chercher le grand lointain dans le très proche, là où certains, dans le grand lointain, voudraient retrouver leur très proche et cherchent désespérément un steak frites avec une bière sous une toile de tente dans le Sahara.

Pour l’autre question, j’ai la chance d’avoir une maison à Saint-Pierre en Martinique achetée après un AVC qui me rendait l’hiver cérébralement pénible. Je suis d’ailleurs en train de corriger notre entretien avec une vue sur la mer des Caraïbes… Pour le reste du temps, j’irai voir des amis – en Corse, à Toulon, à Bordeaux – et je travaillerai à mon bureau de Chambois avec vue sur les toits de mon village, l’église et le donjon – la photo de ce que je vois sert de couverture à mon Art d’être français *.

Dans «La Carte et le Territoire», Michel Houellebecq plaidait pour que la France prenne conscience que son patrimoine (ses monuments, ses paysages, sa culture, son art de vivre) est la première de ses richesses. Partagez-vous cette idée?

Il a entièrement raison. Mais la haine de soi qui caractérise notre époque nous prive de cette sagesse. Nos cuisines, nos régions, nos paysages, nos langues, nos patois, nos climats, nos géologies, nos monuments, nos grottes préhistoriques, nos alignements de mégalithes, nos églises romanes, nos cathédrales, l’urbanisme de nos villes quand, comme en Normandie, elles n’ont pas été détruites par les bombardements américains de juin 1944, nos maisons d’écrivains, nos régions viticoles, nos vins, notre littoral, sans oublier les départements et territoires d’outre-mer que l’on néglige si souvent – on dit peu, par exemple, que la plus grande frontière de la France est avec le Brésil parce qu’on oublie la Guyane… -, tout cela mériterait un engouement sinon d’État, du moins du peuple français.

Mon père disait parfois d’une personne que c’était « quelqu’un de bien ». Il aurait pu dire « une belle personne » mais ça n’était pas dans son vocabulaire. Je crois que tendre vers cela suffit à la vie d’un homme

On sait que vous aimez contempler les paysages normands et observer les étoiles la nuit. La leçon de beauté du monde ne commence-t-elle pas au bout de son jardin?

Quand je suis seul dans le jardin de ma maison de Chambois, la nuit, je me dis toujours par-devers moi, dans le silence bruissant du cosmos, que c’est le plus bel endroit du monde! Qu’on pourrait tendre le bras pour toucher les étoiles – même si je dois avouer que, dans le désert mauritanien, j’ai constaté que Chambois n’arrivait pas premier… Le village dort, tout est silencieux, on entend parfois des oiseaux de nuit, chouettes et chats-huants, des crapauds ou des grenouilles, le murmure de la Dives qui s’écoule comme le fleuve d’Héraclite. Il y a de la beauté, si l’on veut, mais plus encore, ici, non loin du cimetière où repose mon père, une énergie tellurique sans laquelle je ne serais pas ce que je suis.

Dans notre époque qui semble vouloir toujours accélérer, les vacances permettent de ralentir et d’essayer de discerner l’essentiel. Quel est-il pour vous?

Mener une vie philosophique. Autrement dit: une existence qui coïncide avec ce que je pense, ce que j’écris. Mettre de la philosophie dans ma vie et de la vie, de ma vie, dans la philosophie. Mon père disait parfois d’une personne que c’était «quelqu’un de bien». Il aurait pu dire «une belle personne» mais ça n’était pas dans son vocabulaire. Je crois que tendre vers cela suffit à la vie d’un homme.

* Éditions Bouquins.


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Covid-19 : le directeur d’un hôpital tunisien fond en larmes…

 … confronté à une pénurie d’oxygène

Covid-19 : le directeur d’un hôpital tunisien fond en larmes, confronté à une pénurie d’oxygène

 
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À LIRE PLUS TARD

LA SCÈNE A BOULEVERSÉ DE TRÈS NOMBREUX INTERNAUTES. DANS LA VILLE TUNISIENNE DE MATEUR, SITUÉE À QUELQUES DIZAINES DE KILOMÈTRES AU NORD-OUEST DE TUNIS, LE DIRECTEUR D’UN HÔPITAL A ÉTÉ FILMÉ PAR UN JOURNALISTE LOCAL EN TRAIN DE FONDRE EN LARMES AU TÉLÉPHONE, DIMANCHE 18 JUILLET, FACE AU MANQUE D’OXYGÈNE DESTINÉ À MAINTENIR EN VIE LES PATIENTS ATTEINTS DE FORMES GRAVES DU COVID-19.

DES IMAGES QUI APPARAISSENT COMME UN SYMBOLE DE LA SITUATION TRAGIQUE DU PAYS, DÉBORDÉ PAR LA RECRUDESCENCE DE L’ÉPIDÉMIE ET QUI AFFICHE LE PLUS FORT TAUX DE MORTALITÉ LIÉ AU COVID-19 EN AFRIQUE, SELON LES DONNÉES DE L’OMS. CHAQUE JOUR, 150 PERSONNES MEURENT DU VIRUS EN TUNISIE.

À suivre : Inde : plusieurs malades du Covid-19 meurent dans l’incendie d’un hôpital

Interrogé par Le Parisien, Soufien Ben Aissa, le journaliste local qui a filmé ces images, explique : “Des familles de malades inquiètes étaient dehors, impatientes de voir les bouteilles d’oxygène arriver. Mais le camion chargé de ravitailler l’hôpital ne venait pas. J’ai tourné la tête et j’ai vu cet homme s’effondrer, en larmes, qui nous a dit qu’il n’y avait plus du tout d’oxygène et qu’il perdait des patients”.

De son côté, le professeur Skander Mebazza, chef de Service de l’Anesthésie-Réanimation à l’APHP, a lancé le 13 juillet un appel à l’aide sur la page Facebook de l’ambassade de Tunisie en France : “L’urgence est terrible en Tunisie. On a énormément de cas, dans énormément de régions (…). Nous devons rapidement envoyer du matériel. Il faut qu’on soit tous unis derrière cette démarche et qu’on puisse faire ces dons très rapidement”. Une démarche aussi suivie par Cyril Hanouna :

Un appel à la diaspora

Et ultime signe que la situation est désormais quasiment hors de contrôle en Tunisie, les autorités locales ont lancé un appel à l’aide à la diaspora tunisienne installée en France le 11 juillet. “L’Ambassade de Tunisie en France exhorte les Tunisiens résidents en France (…) à contribuer activement au soutien des établissements de santé en Tunisie à travers des dons en nature – équipement et matériel médical et paramédical – ou sous forme pécuniaire”, peut-on lire sur le site de l’ambassade.

 

 

Enquête: Covid-19, le mystère des origines

Lab-leak : être complotiste, est-ce avoir raison trop tôt ?

Enquête: Covid-19, le mystère des origines

La virologue chinoise Shi Zhengli, dite “Bat Woman”, au laboratoire P4 de Wuhan, 3 février 2017 © Johannes EISELE/AFP
Chauve-souris des cavernes ou laboratoire du 3e type, d’où vient ce virus qui a remodelé le paysage mondial depuis un an et demi ? Et pourquoi le discours dominant a-t-il favorisé pendant des mois l’hypothèse de l’origine naturelle, disqualifiant comme complotiste la thèse d’une erreur des blouses blanches ?

Quelle est l’origine du Covid-19 ? Est-il produit par la nature, le périple des chauves-souris des cavernes de Yunnan au marché d’animaux vivants à Wuhan ? Ou plutôt par des hommes atteints du « syndrome de Faust » qui, depuis le laboratoire P4 de Wuhan, auraient lâché leur progéniture dans la nature, accidentellement ou à dessein ? Seul un fait est sûr : aucune des deux hypothèses sur l’origine du Covid-19 ne peut être exclue. Mais alors, pourquoi le discours dominant chez les scientifiques et dans les médias en Occident a-t-il, pendant de longs mois, favorisé l’hypothèse de l’origine naturelle et rejeté comme complotistes toutes les théories évoquant une origine en laboratoire ? Comme le dit le chercheur Étienne Decroly, préfaçant l’excellente enquête de Brice Perrier, la question de l’origine est « essentielle pour l’avenir de l’humanité si l’on désire limiter le retour des risques pandémiques dans les prochaines années » [1].

Manœuvres chinoises et “diplomatie du masque”

Quand, en janvier 2020, les nouvelles concernant le virus qui allait s’appeler le SARS-CoV-2 ont commencé à fuiter en provenance de Chine, plusieurs pays l’ont immédiatement accusée de dissimuler la vérité sur ce qui se produisait sur son sol. Non sans raison, l’État chinois étant connu pour sa maîtrise de l’information. La méfiance s’est aggravée lorsque celui-ci a réduit au silence lanceurs d’alertes et journalistes tout en censurant les publications académiques sur les coronavirus. Et plus encore quand Pékin a cru voir dans la pandémie une opportunité pour étendre son influence internationale à travers ce qui a été baptisé « la diplomatie du masque ». Cette manœuvre visant à présenter le pays comme une superpuissance bienfaitrice envers les autres nations en difficulté a tourné court quand elle s’est accompagnée d’une tentative d’interdire aux bénéficiaires de ces prétendues bontés toute critique de la Chine pour ce qui concerne le Covid-19. Cette politique a conforté ceux qui accusaient l’OMS d’être à la botte de la Chine, poussant le président Trump à annoncer, en juillet 2020, le retrait de son pays de cette organisation.

Le premier récit officiel chinois évoque une pandémie née au marché d’animaux vivants de Wuhan. Seulement, coïncidence fâcheuse, c’est aussi dans cette ville que sont situés l’Institut de virologie (le fameux P4, construit par la France) et le Centre de prévention et de contrôle des maladies. Pour faire diversion, Pékin change de version : à partir de mars 2020, l’origine du virus est « délocalisée » et des fonctionnaires chinois commencent à pointer l’Italie en déformant les propos d’un médecin italien, Giuseppe Remuzzi, puis ceux de Michael Ryan, directeur exécutif de l’OMS, et du chercheur allemand Alexander Kekulé.

Mais les Chinois n’ont pas craint de courir deux lièvres à la fois. En plus de la thèse italienne, deux porte-parole du ministère des Affaires étrangères suggèrent, toujours en mars 2020, que le virus a été créé artificiellement et répandu par l’armée américaine, proposition qui trouve un très large écho sur les médias sociaux chinois. En janvier 2021, une autre porte-parole, Hua Chunying, a même précisé que le virus aurait été développé au centre biomédical militaire américain de Fort Detrick.

Consensus médiatique

C’est donc la Chine qui a la première et très tôt abandonné officiellement l’hypothèse de l’origine pangoline au marché de Wuhan, ouvrant un champ très large à toutes les contre-hypothèses possibles. Pourtant, en Occident, un consensus médiatique, politique et scientifique continuait à soutenir l’hypothèse d’une origine animale.

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En 2002, un virus de chauve-souris, le SARS-CoV, s’était transmis à des civettes vendues sur les marchés, provoquant l’épidémie de SARS. En 2012, un virus similaire provenant également de la chauve-souris a provoqué une deuxième épidémie connue sous le nom de MERS. Quand le séquençage du génome du Covid-19 a montré qu’il appartenait à la même famille, il était naturel de supposer qu’il avait lui aussi une origine animale.

En même temps, un certain nombre de chercheurs occidentaux ont rapidement exclu la possibilité d’une origine en laboratoire (que le virus soit fabriqué ou pas, échappé ou diffusé sciemment). Le 19 février 2020, 27 chercheurs publient une déclaration solennelle dans The Lancet, pour « condamner fermement les théories du complot suggérant que le Covid-19 n’a pas d’origine naturelle »[2]. Sous prétexte de solidarité avec leurs collègues chinois, en première ligne dans la lutte contre la maladie, ils proclament que la communauté scientifique « conclut à une écrasante majorité que ce coronavirus est originaire de la faune ». Abandonnant toute prudence scientifique, ils dénoncent le complotisme de l’hypothèse de l’origine artificielle, fermant la porte à toute nouvelle donnée allant dans ce sens.

Il s’est avéré plus tard que cette lettre avait été rédigée par Peter Daszak, président de l’EcoHealth Alliance de New York, une organisation à but non lucratif qui avait financé la recherche sur les coronavirus à l’Institut de virologie de Wuhan. Si jamais l’institut était coupable, Daszak le serait aussi par association. Ce conflit d’intérêts n’a pas été porté à la connaissance des lecteurs du Lancet. Au contraire, la lettre concluait : « Nous n’avons aucun conflit d’intérêts à déclarer. »

Des membres de l’équipe d’enquête de l’OMS, parmi lesquels Peter Daszak, arrivent à l’institut de virologie de Wuhan en Chine, 3 février 2021 © Hector RETAMAL/AFP

Une seconde déclaration collective est publiée le 17 mars dans Nature Medicine par une équipe de cinq chercheurs. « Nos analyses, constatent-ils, montrent clairement que le SARS-CoV-2 n’est pas une construction de laboratoire ou un virus délibérément manipulé. » À l’appui de cette certitude, les auteurs affirment que le génome du coronavirus ne présenterait aucun signe d’intervention humaine. La difficulté scientifique ici consiste à prouver que quelque chose n’existe pas. Comment exclure une manipulation du virus par une technique que ces auteurs et ses collègues n’ont pas considérée ? Or, justement, ce genre de techniques existe (les approches seamless). 

Le marché désinfecté dès janvier 2020

Lorsque l’équipe de l’OMS arrive enfin en Chine le 14 janvier 2021 pour enquêter sur l’origine du virus, le même Peter Daszak est de la partie. Les conclusions de cette enquête, dont même le président de l’OMS n’est pas satisfait, sont étonnantes : l’origine la plus probable est la transmission de la chauve-souris à l’homme par un animal intermédiaire ; un accident de labo est encore moins probable qu’une transmission par la chaîne alimentaire, rarement évoquée par les scientifiques.

Pourtant, l’animal intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme – l’hypothétique pangolin – n’a pas été identifié à ce jour. Or, cette étape est nécessaire pour étayer l’hypothèse de l’origine naturelle, car le virus porté par les chauves-souris n’est proche du SARS-CoV-2 qu’à 96 % et donc doit passer par un animal intermédiaire pour subir les mutations nécessaires à la transmission à l’homme. Sur place toutes les preuves ont disparu, car le 1er janvier 2020, les autorités locales ont vidé et désinfecté le marché sans prélever le moindre échantillon.

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Si l’hypothèse (car c’est toujours une hypothèse !) de l’origine naturelle a bénéficié depuis le début d’excellents porte-parole, les défenseurs les plus médiatisés de l’hypothèse de l’origine en laboratoire n’inspiraient pas grande confiance. En tête, le Français Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, devenu depuis un paria de la communauté scientifique pour ses positions complotistes, notamment antivaccins. Et puis un certain Donald Trump.

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas Trump qui lance l’hypothèse de l’origine artificielle contre la Chine, mais un certain Tom Cotton, sénateur républicain de l’Arkansas. Le 16 février 2020, sur Fox News, il accuse les Chinois d’avoir fabriqué le Covid-19 comme arme biologique. Cotton est immédiatement taxé de complotiste, sapant de fait la crédibilité de toute la famille des « hypothèses du labo » – comme la fabrication d’un virus à des fins scientifiques ou un accident lié à un échantillon contenant le virus collecté dans la nature –, celles-ci étant désormais assimilées dans les médias à un acte de guerre délibéré – très invraisemblable.

L’affaire prend un autre tournant le 14 avril 2020, quand Josh Rogin, du Washington Post, publie les « dépêches de Wuhan » envoyées à Washington par des spécialistes de la santé attachés à l’ambassade américaine à Pékin, donnant plus de plausibilité à l’hypothèse du labo[3]. Ces spécialistes ne parlent pas en l’air. En effet, fin 2017, ils ont été invités par les Chinois à une présentation de leurs recherches sur les coronavirus de chauve-souris à l’Institut de virologie de Wuhan, recherches que les États-Unis avaient subventionnées afin de prévenir une future pandémie coronavirale. Les chercheurs chinois, dont l’éminente Shi Zhengli, surnommée « Bat Woman », révèlent avoir trouvé chez les chauves-souris des cavernes du Yunnan trois nouvelles souches de SARS-CoV apparentées au virus du SARS et compatibles avec l’homme, souches qu’ils détiennent maintenant dans le labo de Wuhan. Ils demandent de l’aide, car cet institut n’a le statut de sécurité P4 que depuis cette année-là et il manque de techniciens ayant une formation adaptée. D’ailleurs, après des visites au labo, les Américains soupçonnent leurs collègues chinois d’utiliser une méthode qui accélère les cycles naturels de l’évolution d’un virus, en le rendant plus mortifère ou plus facilement transmissible à l’homme, afin de mieux étudier ses propriétés. Or, trois ans auparavant le gouvernement d’Obama avait décrété un moratoire général sur de telles expériences… Les visiteurs américains, inquiets de ce qu’ils découvrent, alertent leur hiérarchie.

Trump charge Pékin et n’est pas pris au sérieux, Biden plus respectable

Leurs dépêches permettent de mieux comprendre d’autres éléments troublants. Le 15 février 2020, une équipe chinoise a publié dans The Lancet (ô ironie !) une étude montrant que beaucoup de cas précoces de Covid-19 n’avaient rien à voir avec le marché de Wuhan, suggérant que celui-ci n’était pas le point de départ. Un autre article publié le même mois dans Nature par Shi « Bat Woman » Zhengli, révèle que son labo détient dans ses bases de données non le virus du Covid-19, mais un autre, le RaTG13, qui forme avec le Covid-19 une lignée à part dans la famille des coronavirus. Le RaTG13 a été découvert en 2013 dans une mine du Yunnan quand quelques mineurs ont succombé à une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux du Covid-19. À l’époque, Shi attribue l’infection à un champignon, non à des chauves-souris.

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Un autre indice émerge en juillet 2020. Une étude publiée par des chercheurs à Pékin, dont certains appartenant à l’Académie militaire de science médicale, parle d’expériences conduites sur le Covid-19 avec des souris génétiquement modifiées pour interagir avec le virus comme l’organisme humain, impliquant la possibilité que de telles expériences aient déjà été en cours avant la pandémie.

Malgré le fait que suffisamment d’indices étaient publics pour étayer la plausibilité de l’hypothèse du labo, le climat de l’été préélectoral de 2020 n’était pas propice à un débat apaisé sur l’origine du Covid-19. Puisque Donald Trump, cherchant à rendre les Chinois responsables de ses propres difficultés à gérer la pandémie, « chargeait » Pékin – souvent de manière outrancière –, il devenait impossible de prendre au sérieux les thèses qu’il défendait.

Ce n’est qu’à l’arrivée au pouvoir de Biden, en janvier 2021, que l’hypothèse artificielle devient enfin « respectable ». Comme le dit le chercheur Bret Weinstein : « Ce n’est que maintenant, au bout d’un an, que l’on arrive à en parler tout haut sans être stigmatisé. » En février 2021, la Maison-Blanche exprime son insatisfaction vis-à-vis de l’enquête de l’OMS. Le 26 mai, Biden demande à ses différents services de renseignement de chercher l’origine de la pandémie, en considérant l’hypothèse du labo, et leur mande un rapport dans les quatre-vingt-dix jours. Le 23 mai, le Wall Street Journal révèle que, selon un rapport confidentiel du gouvernement, trois chercheurs du laboratoire de Wuhan sont tombés malades et présentaient des symptômes compatibles avec ceux du Covid-19 dès novembre 2019, soit avant le premier cas identifié officiellement.

En attendant que la question soit définitivement tranchée, on peut déjà conclure que, au cours de cette histoire, les scientifiques et les journalistes ont perdu en crédibilité, au moment où nous avions le plus besoin à la fois de faits certains et d’ouverture d’esprit.


[1] Brice Perrier, SARS-COV-2. Aux origines du mal, Belin, 2021.

[2]  « Statement in support of the scientists, public health professionals, and medical professionals of China combatting COVID-19 », The Lancet, 19 février 2020.

[3] Josh Rogin, Chaos under Heaven : Trump, Xi and the Battle for the 21st Century,Houghton Mifflin, 2021. Voir aussi Brice Perrier, SARS-COV-2. Aux origines du mal(Belin, 2021).

Chloroquine :Une étude donne RAISON au Pr Raoult !

Ces derniers jours, les grands médias ont beaucoup parlé d’une étude américaine qui conclut à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine.

Même le Ministre de la Santé Olivier Véran a cité cette étude.

Mais le gouvernement et les médias sont de mauvaise foi, car il s’agit d’une étude « poubelle », qui ne veut rien dire du tout !

Le Pr Raoult lui-même a publié un article pour démontrer en détail que c’était de la mauvaise science, quasi frauduleuse[1]!

Et il faut le dire et le répéter : on sait déjà que le traitement du Pr Raoult n’est plus efficace quand il est administré trop tard – quand les patients sont en détresse respiratoire.

Au contraire, le protocole du Pr Raoult semble efficace quand il est donné dès les premiers symptômes de Covid-19 !!

Et une nouvelle étude brésilienne vient de le confirmer[2] !

Je vous la décris rapidement, car ses résultats sont impressionnants :

Des chercheurs ont suivi 636 patients ayant des symptômes de Covid-19, mais pas (encore) dans un état suffisamment grave pour être hospitalisés.

A ces 636 patients, les médecins ont proposé le traitement du protocole Raoult : l’hydroxychloroquine + un antibiotique (azithromycine) :

  • 412 personnes ont accepté et ont reçu ce traitement pendant 5 jours ;
  • 224 personnes l’ont refusé et n’ont donc pas reçu ce traitement.

(Ceux qui l’ont refusé étaient probablement moins inquiets de subir des complications – et de fait, il y avait moins de diabétiques chez ceux qui l’ont refusé).

Et pourtant, c’est bien le groupe qui a reçu le traitement, pourtant plus à risque, qui s’en est sorti le mieux !

Les résultats sont spectaculaires :

  • Il y a eu seulement 1,9 % d’hospitalisation dans le groupe traité par le protocole Raoult,
  • contre 5,4 % d’hospitalisation dans le groupe non traité !

Cela veut dire que ceux qui n’ont pas reçu le traitement du Pr Raoult ont eu 3 fois plus de risques d’être hospitalisés !!

Les résultats sont encore meilleurs pour ceux qui ont pris le traitement dès le début des symptômes, comme le conseille le Pr Raoult.

Et au total, seulement 2 personnes sont mortes dans le groupe qui a reçu le protocole du Pr Raoult (un arrêt cardiaque et un homme ayant un cancer métastasé), soit 0,5 %.

Alors que dans le groupe non traité, il y a eu 5 morts, soit 2 % du total !

Ceux qui ont reçu le traitement ont donc été 4 fois moins nombreux à mourir !

Alors bien sûr, cette étude n’est pas parfaite scientifiquement, car il n’y avait pas de « placebo ».

Mais cela reste une preuve de plus que le traitement du Pr Raoult est prometteur.

Et plus il est donné tôt, plus il est efficace !

C’est pour ça qu’il est absurde d’interdire aux médecins généralistes de le prescrire !

Les médecins de terrain devraient avoir le droit de proposer le traitement du Pr Raoult à leurs patients les plus à risques, dès les premiers symptômes !!

Je rappelle que les chiffres obtenus par le Pr Raoult à Marseille sont excellents.

Sur plus de 3 000 personnes traitées par son équipe, il n’y a eu que 12 morts, soit 0,4 % !

Et sur ces 3 000 personnes, aucun n’a eu d’effet indésirable grave !!

C’est bien la preuve que ce traitement est sans danger quand il est prescrit par un médecin, contrairement à ce qu’on essaie de vous faire croire !

Voilà pourquoi vous avez eu raison de signer notre notre grande pétition contre l’interdiction de l’hydroxychloroquine !

Et voilà pourquoi je vous invite à transférer ce message et continuer à la faire signer autour de vous !

Il ne faut surtout pas baisser les bras maintenant.

Si l’étude brésilienne est confirmée, cela veut dire qu’on aurait pu avoir 4 fois moins de morts du Covid-19 en France, simplement en suivant le traitement du Pr Raoult !!

Sachant qu’il y a plus de 20 000 morts en France, cela veut dire qu’on aurait pu sauver la vie de 15 000 personnes !!!

C’est énorme… mais il n’est pas trop tard pour agir !

L’épidémie n’est pas finie, et il y a toujours 500 morts par jour en France, en ce moment.

Voilà je compte sur vous pour continuer à signer et faire signer la pétition.

Le Président Macron et le ministre Véran doivent d’urgence supprimer ce décret absurde, qui interdit aux médecins de terrain de donner le traitement du Pr Raoult.

Je compte sur vous.

Votre dévoué,

Guillaume Chopin

PS : vous êtes nombreux à m’avoir posé la question : pourquoi les médecins ne prennent pas la responsabilité de transgresser cette interdiction absurde pour prescrire quand même l’hydroxychloroquine à leurs patients ?

La réponse est que cela ne servirait à rien, car les pharmacies de ville ont l’interdiction de donner de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, y compris sur prescription médicale !

Donc, même si les médecins de terrain prescrivent ce médicament, la pharmacie ne le donnera pas à leurs patients.

C’est honteux, et je vous invite signer et faire signer la pétition pour faire cesser ce scandale.

Monsieur le Président, autorisez le protocole du Pr Raoult, c’est URGENT

Signez la pétition pour que les médecins puissent dès maintenant prescrire de la le seul traitement efficace pou…

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Sources :
[1] https://www.mediterranee-infection.com/wp-content/uploads/2020/04/Response-to-Magagnoli.pdf
[2] https://pgibertie.files.wordpress.com/2020/04/2020.04.15-journal-manuscript-final.pdf