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Le fanatisme religieux, marque de l’absence de Dieu

Religieux et islamologue, le frère Adrien Candiard se penche sur la question délicate de la violence commise au nom de Dieu. 

Il existe mille façons d’esquiver la question complexe, douloureuse même pour un croyant, de la violence commise au nom de Dieu. Invité début janvier à donner une conférence chez ses frères dominicains de Lyon, le frère Adrien Candiard a au contraire choisi de s’y confronter : ce petit livre offre une version enrichie du texte de sa réflexion. Anne-Bénédicte Hoffner,

Il n’est, certes, pas le seul à reconnaître une certaine « urgence » au sujet : les journaux, y compris La Croix, sont les témoins plus que réguliers des exactions commises aux quatre coins de la planète par des croyants dévoués, ou qui du moins se considèrent comme tels. Mais ce jeune dominicain, déjà auteur du précieux Comprendre l’islam. Ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien (Flammarion, 2016) et de la pièce Pierre et Mohamed (Cerf et Tallandier, 2018), a le mérite de tenter d’en cerner les contours, les racines, les motivations. Acceptant même, pour une fois, de faire dialoguer en lui « le religieux et l’islamologue ».

À l’écoute des discours contemporains

Pour entamer sa réflexion, Adrien Candiard se met à l’écoute des discours contemporains sur le sujet, sur ces « fous de Dieu » dont le procès des assassins de Charlie Hebdo nous offre ces jours-ci un glaçant témoignage. Pas à pas, il remonte le fil de ces qualificatifs puisés dans le registre médical, voire psychiatrique : une approche utile, à ses yeux, mais insuffisante.

« Le comportement fanatique n’est pas seulement le produit de traumas psychologiques ou de la relégation sociale : le fanatisme est aussi le fruit, parfois assez direct, de certaines théologies, de certaines conceptions de Dieu et de notre capacité à le connaître », affirme-t-il, laissant la place au croyant et au théologien en lui pour ouvrir une autre piste : celle de l’« idolâtrie ».

Remettre Dieu à sa place

« Le fanatisme n’est pas la conséquence d’une présence excessive de Dieu mais au contraire la marque de son absence », avance le dominicain. « La place laissée vide par cette absence n’est pas laissée vacante bien longtemps : elle est vite occupée par autre chose. » Selon leur religion (ou le courant à l’intérieur de celle-ci), certains remplaceront Dieu par ses « commandements », sa « Loi ». D’autres par des versets bibliques, par la liturgie, d’autres encore par des figures charismatiques érigées en « saints », une confusion dont « nous connaissons désormais les conséquences terrifiantes », écrit Adrien Candiard.

À chacun de trouver le moyen – accompagnement spirituel, formation théologique, prière, dialogue interreligieux – de remettre Dieu à la place qui lui revient, et à lui seul. La dédicace de ce petit livre – adressée aux membres chrétiens et musulmans du groupe Théologie en dialogue – dit magnifiquement ce que nous pouvons gagner à faire ce chemin à plusieurs.

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