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Yémen, un drame à huis clos

C’est le pays le plus pauvre du monde arabe.

90% de la population dans le besoin d’une aide humanitaire. Un gros tiers menacé de famine. Une société fracturée par une guerre civile. Des puissances étrangères qui s’en mêlent. Une épidémie de choléra. Une autre de coronavirus. La menace d’une marée noire. Cela se passe en ce moment, au Yémen, un pays qui traverse la «pire période» de son histoire et presque aucun signe qui ne laisse penser que la situation puisse s’améliorer à court terme. 

Dix millions de personnes sont menacées de famine et 24 des 27 millions d’habitants ont besoin d’aide humanitaire.

Comme si ça ne suffisait pas, il est frappé par une guerre civile, le terrorisme islamiste, une épidémie de choléra et le Covid-19 s’y balade tranquillement. Pour ajouter une nouvelle ombre au tableau, un gigantesque navire échoué à 7 kilo-mètres des côtes yéménites menace de détruire l’écosystème s’il déversait ses millions de barils de brut dans la mer Rouge. Sur 27 millions d’habitants, 24 ont besoin d’une aide humanitaire. Le chaos est total. Trois entités, toutes soutenues par au moins une grande puissance, revendiquent le pouvoir et s’affrontent malgré les accords de cessez-le-feu: un gouvernement internationalement reconnu, basé à Riyad (Arabie Saoudite), un mouvement rebelle, les houthistes, appuyé par l’Iran, et un mouvement séparatiste, défendu par les Émirats arabes unis, explique Georges Malbrunot. Le conflit est d’autant plus complexe que chaque belligérant est divisé en un tas de tribus qui structurent la société et ont leurs propres intérêts. Les Yéménites sont persuadés que «tous les acteurs locaux sont manipulés de l’extérieur». Y compris les djihadistes.Le Yémen sombre dans l’indifférence quasi-générale mais quelques personnalités se retroussent les manches pour tenter de sortir la population de ce bourbier. C’est le cas de Bachir al-Mohallal, un directeur d’une ONG qui met en contact des hommes d’affaires yéménites et français pour bâtir des HLM. Le masque sur le nez et le nez sur l’épidémie qui bouleverse nos vies, nous croyons être à plaindre. Mais, à 7000 kilomètres de Paris, un pays est plongé dans «une souffrance inimaginable», alerte l’International Rescue Committee (IRC). Après plus de quinze ans de conflit, le Yémen additionne les malheurs sans en voir la fin: une guerre civile et tribale inextricable, exacerbée par les ingérences étrangères, chaos sur lequel a prospéré le terrorisme islamiste d’al-Qaida et de Daech, auquel ont fini par se greffer le choléra et la famine, et qui subit maintenant l’ultime malédiction du Covid-19.

On peut encore compter les morts des bombardements sur ce champ de bataille aux 43 lignes de front. Mais on ne compte plus ceux de la faim, qui plane sur dix millions de personnes. Quant aux victimes du coronavirus, officiellement 530, bien malin qui pourrait estimer la véritable ampleur de la maladie au milieu d’infrastructures sanitaires en ruine et d’une absence totale de tests.

Les sept plaies du Yémen n’ont pas déclenché un exode de réfugiés, si bien que l’Europe regarde ailleurs. Les puissances régionales – Iran et Arabie saoudite en tête – s’affrontent en terrain neutre sans considération pour les civils. Les États-Unis ferment les yeux sur les bavures de Riyad au nom de leur animosité envers Téhéran. L’ONU fait la somme de ces impuissances et démissions, ne parvenant qu’à grand-peine à acheminer l’aide humanitaire dont dépendent 24 des 28 millions de Yéménites.

Le vieux royaume de Saba, prospère carrefour commercial et oasis verdoyante alors savamment irriguée, terre envoûtante que les Anciens appelaient «l’Arabie heureuse», n’est plus aujourd’hui qu’un huis clos de tous les fléaux de la planète. La diplomatie piétine et les Nations unies tirent le signal d’alarme: le pays le plus pauvre du monde arabe est en train de «chuter dans l’abîme». Il faut croire que dans le scénario du pire auquel semble condamné le Yémen la conscience des nations ne se réveillera que lorsque leurs intérêts immédiats seront en jeu.