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Coronavirus: le médecin chinois qui a sonné l’alerte muselé par le pouvoir

Vous ne devez révéler à personne cette nouvelle pneumonie.

Le témoignage accablant de cette praticienne de Wuhan est censuré à l’heure où le régime réécrit l’histoire de l’épidémie à son avantage. La grande muraille de la censure. «Vous ne devez révéler à personne cette nouvelle pneumonie. Pas même à vos maris!» (…)

Cette injonction brutale assenée à la docteure Ai Fen par le chef de l’hôpital central de Wuhan, le 1er janvier, est un témoignage embarrassant pour le régime communiste à l’heure où il met en scène sa victoire face à l’épidémie sous la houlette de Xi Jinping.
L’interview choc de ce médecin urgentiste brisant l’omerta rouge, publié le jour de la visite du président à Wuhan, le 10 mars, a été immédiatement bloquée.

Mais les internautes rebelles prennent de vitesse la censure en ligne en usant de subterfuges hors normes. Le texte publié par le magazine Ranwu a déjà été traduit en plus de 50 langues, y compris en braille, et partagé plusieurs centaines de milliers de fois sur la messagerie Wechat.

Une goutte d’eau à l’échelle de la Chine, mais un indice de la colère sous-jacente face à la tentative du Parti communiste de réécrire l’histoire de l’épidémie à son avantage. «C’est comme une course de relais: quand l’article est effacé, on le rediffuse encore une fois. Le bâton est transmis de l’un à l’autre, en toute langue, en toute forme. Conserver en vie ce témoignage est devenu un devoir sacré», affirme Fang Fang, écrivaine de Wuhan.

La docteure Ai Fen, qui fut la première à sonner l’alerte face au virus à Wuhan avant d’être muselée par ses supérieurs, a choisi de sortir de son silence devant l’ampleur du drame. «Si j’avais su ou nous en serions aujourd’hui, je n’aurais pas courbé l’échine sous la menace. J’aurais balancé tout ce que je savais à tout le monde», confesse avec amertume le médecin alors que l’épidémie a depuis infecté plus de 80.000 malades, tué 3100 personnes dans la province du Hubei, et s’étend à travers la planète.

Cette directrice des urgences de l’hôpital central de Wuhan se souvient avec précision de cet après-midi du 30 décembre, lorsqu’elle a examiné le diagnostic d’un patient atteint d’une mystérieuse pneumonie, vers 16 heures. «Quand j’ai vu le terme SRAS-Coronavirus, j’ai transpiré d’angoisse», se souvient-elle. Le spectre de l’épidémie qui tua 800 personnes en 2003 est dans toutes les mémoires en Chine.
Aussitôt Ai Fen alerte ses supérieurs, et ses collègues en envoyant une capture d’écran du rapport confidentiel. Elle entoure en rouge le terme «Sras». Mais à sa surprise, elle est rapidement priée de se taire par les autorités sanitaires de la ville alertées. «La nouvelle concernant cette pneumonie inconnue ne doit pas être diffusée afin de ne pas semer la panique dans la population», lui affirme le comité de santé municipal.

Vous êtes une professionnelle. Comment pouvez vous colporter une rumeur sans respecter la discipline ? Le directeur de l’hôpital de Wuhan

Le directeur de l’hôpital de Wuhan Ai Fen en perd le sommeil, mais a le temps de partager ces nouvelles inquiétantes avec certains de ses collègues sur la messagerie Wechat. Parmi eux, le jeune docteur Li Wenliang, qui met à son tour en garde ses proches dans la capitale du Hubei et sera rappelé à l’ordre par la police quelques jours plus tard. Ce père de famille de 34 ans deviendra un mois plus tard le visage martyr de l’épidémie, en succombant de la maladie le 7 février, déclenchant un torrent de colère en ligne.

Trop tard. La machine autoritaire s’enclenche pour étouffer les révélations inquiétantes d’Ai Fen. Le 1er janvier au matin, le médecin est convoquée d’urgence par le directeur de l’hôpital en personne. La mise au point est brutale. «Vous êtes une professionnelle. Comment pouvez vous colporter une rumeur sans respecter la discipline?», la tance-t-il .

Il interdit toute communication sur le sujet et ordonne aux 200 membres de son équipe de garder sous le boisseau les informations sur la mystérieuse pneumonie, y compris auprès de leur propre famille. «Ce rappel à l’ordre m’a fait mal. Après ça, mon cœur était sur le point d’exploser», ajoute la docteure qui se mure dans le silence.

La suite est connue. Il faudra attendre encore trois longues semaines de langue de bois, pendant lesquels le virus se répand à travers la ville de 11 millions d’habitants, avant que le président Xi reconnaisse l’ampleur du défi le 20 janvier. Ce retard crucial a entraîné de lourdes conséquences pour la Chine et le reste du monde. Face à la courbe exponentielle de l’épidémie, chaque jour compte, rappellent les experts. Si la mise en quarantaine de Wuhan annoncée le 23 janvier avait eu lieu «cinq jours plus tôt», le nombre de contaminés serait de seulement «un tiers du bilan actuel» (soit 25.000 plutôt que 75.000), écrit l‘épidémiologiste chinois Zhong Nanshan, dans un article paru le 28 février dans le Journal of Thoracic Disease.
Ce témoignage embarrassant survient au moment ou le pouvoir réécrit l’histoire de l’épidémie à son avantage, tentant de camoufler ses faux pas initiaux. Alors que Pékin déclare, jeudi, que le «pic de l’épidémie» a été passé, la propagande a lancé une campagne à la gloire du leadership de Xi Jinping, et mène une contre-offensive à l’international soulignant que la Chine s’est «sacrifiée» pour le monde en plaçant Wuhan en quarantaine. Pékin élude également l’origine «chinoise» du Covid-19, parlant d’une menace «globale» et dénonçant bille en tête le «racisme» du Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a osé parlé du «virus de Wuhan».

«Le sang et la sueur de la Chine dans la bataille du virus doivent être glorifiés comme une cause mondiale», assène l’agence officielle Xinhua. Et la façon dont le pouvoir a camouflé sa découverte à Wuhan dès décembre, doit tomber dans les oubliettes de l’histoire officielle.